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Interview de Dieudonné dans Causeur : Ce qu’en disent Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut

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Fallait-il, oui ou non, interviewer Dieudonné, comme l’ont fait Elisabeth Lévy et Gil Mihaely dans le dernier numéro de Causeur?

Preuve que cette question est légitime, nous nous la sommes nous-mêmes posée dans la préparation de ce numéro 10 et avons tous, en comité de rédac, pesé le pour et le contre, avant de trancher à l’unanimité dans le sens que vous savez. À titre personnel, si vous voulez tout savoir, j’étais très chaudement partisan d’aller au contact, et donc au choc. Une opinion dix fois confortée quand j’ai vu le sacré bon boulot réalisé par Gil et Elisabeth.

N’empêche, plusieurs personnes, y compris des proches, me demandent « si c’était bien raisonnable de donner la parole à Dieudonné ». Si vous êtes de ceux-là, ou si la curiosité intellectuelle figure au nombre de vos vilains défauts, alors filez dare-dare sur le site de RCJ. Sur cette question chaude entre toutes, les deux protagonistes de l’émission dominicale ont inversé les rôles : c’est donc Alain Finkielkraut qui interviewe Elisabeth, laquelle se fait un plaisir de répondre aux questions légitimes que se posent nos amis –et aussi, tant qu’à faire, aux méchancetés diverses que répandent nos ennemis !

Il faut bannir du débat public le chiffre unique sur la délinquance

soullez delinquance valls

Christophe Soullez a co-écrit La criminologie pour les Nuls (First) et Une histoire criminelle de la France (Odile Jacob).

Eugénie Bastié. Fin janvier , l‘Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a publié un rapport assez accablant sur les chiffres de la délinquance. L’UMP s’est empressé de triompher sur « l’échec » du locataire de Beauvau. Manuel Valls est-il vraiment le « pire ministre de l’intérieur depuis dix ans », comme le prétend le député UMP Christian Jacob ?

Christophe Soullez. Je ne crois pas qu’on puisse juger de l’action d’un ministre de l’Intérieur à l’aune des seules statistiques sur les crimes et délits enregistrés. Pour une raison bien simple, mais que nous avons du mal à admettre dans notre pays, c’est que police et gendarmerie nationales (et donc le ministre de l’Intérieur) ne sont qu’une partie des acteurs de la filière pénale et qu’ils ne peuvent être tenus pour seuls responsables ! Les magistrats (parquet et siège) jouent un rôle majeur. Si les personnes mises en cause par la police ou la gendarmerie ne sont pas poursuivies et condamnées, la délinquance ne baissera pas ! Le bilan publié il y a quelques semaines n’est pas accablant mais contrasté, comme l’étaient les bilans des précédents gouvernements. On observe des tendances positives et d’autres négatives. Ainsi, si les vols à la titre affichent une hausse, tout comme les cambriolages, on note une baisse des coups et blessures volontaires, des vols à main armée ou encore une stabilisation des vols violents sans armes. La hausse des cambriolages n’a pas débuté avec Manuel Valls mais est continue depuis 2008. Entre 2010 et 2011 elle était même de 21,5 % en zone gendarmerie et de 14,6 % en zone police (contre + 1,3 % et + 7 % en 2013). Les vols violents contre les femmes sur la voie publique affichaient des hausses de + 7 % et + 13,4 % en 2009 et 2010.  En 2013 ils sont stabilisés. Les vols à main armée étaient en hausse de plus de 15 % en 2009, etc. Il faut donc relativiser : il y avait donc aussi, durant les périodes précédentes, des types d’infractions qui étaient fortement en hausse comme en baisse. Vous ne trouverez jamais de période où toutes les infractions étaient en baisse. Donc, si vous voulez juger un ministre, il faut le faire à l’aune d’un type d’infraction précise. Il peut bien entendu y avoir un décalage entre les chiffres et les annonces du ministre et on peut juger que ce dernier s’est un peu trop avancé sur les résultats qu’il comptait obtenir. On peut également donner un avis sur ses orientations ou ses réformes et trouver qu’il ne va pas assez loin ou assez vite. Mais porter un jugement sur les seules statistiques policières n’a pas grand sens. Une politique de sécurité demande aussi du temps. Par exemple, les cambriolages sont des infractions difficiles à élucider. Elles sont commises par des individus qui sont mobiles, qui laissent de moins en moins de traces de leurs passages, qui se professionnalisent et qui agissent en toute discrétion. Le travail policier est d’autant plus complexe et long que nous sommes confrontés aujourd’hui à des organisations criminelles. Il faut procéder à des recoupements judiciaires sur les modes opératoires, exploiter le peu d’indices laissés grâce à la police scientifique, localiser les membres d’une organisation, organiser des filatures si des individus ont pu être identifiés, etc. C’est un travail de longue haleine mais qui peut être payant si des réseaux sont démantelés comme cela a été le cas en Bretagne s’agissant organisation géorgienne. Il faut ensuite que policiers et gendarmes aient des moyens : police technique, développement des fichiers de rapprochement judiciaire, etc. Nous sommes dans un pays de droit et pour pouvoir poursuivre et condamner une personne il faut des preuves tangibles. Ces preuves sont parfois difficiles à réunir et à matérialiser notamment lorsque des dizaines de faits sont commis par les mêmes personnes. Cela est rendu d’autant plus difficile que les objets volés sont très vite écoulés sur le marché parallèle ou renvoyés dans les pays d’origine des cambrioleurs d’où l’impossibilité pour les services de police ou les unités de gendarmerie de les retrouver en possession des auteurs.

Justement, parlons des cambriolages. Si on examine les statistiques de ces dernières années, on constate leur hausse spectaculaire. Comment expliquez-vous ce phénomène?

On dispose de deux éléments d’interprétation complémentaires de cette tendance : l’intérêt pour les objets en or, notamment les bijoux, et l’implication croissante de la criminalité organisée dont une partie des membres sont originaires des pays de l’Est. On a mesuré, dans l’enquête nationale de victimation que l’Observatoire mène chaque avec l’INSEE, une hausse de la part des ménages qui, se déclarant victimes de cambriolages de leur logement, ont dit que des bijoux leur ont été volés. Nous avons, de plus, publié une étude sur le profil des personnes mises en cause par la police nationale pour vols, qui a révélé une part en forte augmentation des mis en cause de nationale roumaine, géorgienne, et plus généralement en provenance d’Europe balkanique ou d’ex-URSS en matière de vol avec effractions. Les réseaux criminels ont bien compris l’intérêt de s’investir dans les cambriolages. Ils en commettent des dizaines en très peu de temps, ne restent pas plus de 5 minutes dans le logement, volent les bijoux puis les écoulent ensuite. À l’inverse d’un vol à main où ce qui est important c’est la valeur du butin, en matière de cambriolages, c’est le nombre de ceux-ci qui va être l’élément le plus important.

La polémique rebondit souvent sur la fiabilité d’une mesure de la délinquance : n’est-il pas grossier de la mesurer à l’aide d’un chiffre unique ?

Si, bien sûr. Depuis dix ans, l’ONDRP affirme que le chiffre unique de la délinquance ne veut rien dire et qu’il faut le bannir du débat public. Vous ne pouvez pas additionner des infractions qui font des victimes et des infractions qui n’ont que des auteurs (les stupéfiants ou l’immigration clandestine par exemple). Est-ce que cela a un sens de cumuler des chiffres qui évoluent en fonction de la propension des victimes à aller déposer plainte et d’autres qui ne sont liés qu’à l’activité d’initiative des services et des orientations qui leur sont données ? Est-ce que cela a un sens d’additionner des homicides, des viols et des vols d’accessoires sur automobile ? Si, demain, sur un territoire, les atteintes aux biens baissent de 10 %, et notamment les vols d’accessoires sur les véhicules ou les vols à la roulotte, mais que dans le même temps les homicides croissent de 50 %, en ne regardant que le chiffre unique, vous ne verrez pas la hausse des homicides qui sera dissimulée derrière la masse du contentieux des atteintes aux biens. Pour la sécurité de nos concitoyens qu’est ce qui est le plus important : une vague d’homicides ou une légère augmentation des vols à la roulette ? Est-il crédible, et honnête, d’additionner des données dont on sait que, pour certaines, elles sont en baisse parce que les pratiques d’enregistrement ont été modifiées[1. En 2010/2011, les autorités ont décidé de ne plus enregistrer de plainte pour les débits frauduleux commis sur Internet sans dépossession de la carte bancaire.] ? C’est bien pourquoi le chiffre unique ne veut rien dire. Enfin, ne perdons pas de vue que les statistiques policières ne reflètent pas la délinquance mais l’activité d’enregistrement des plaintes par les services de police et les unités de gendarmerie. Le taux de plainte est très faible et varie selon les infractions. Ce chiffre n’atteint que 10 % pour les violences conjugales et les viols, 30 % pour les vols avec violences et de 50 % pour les violences physiques hors ménage. Les infractions relevées par la police et la gendarmerie sont donc bien loin de ce que vivent les victimes.

N’accorde-t-on pas beaucoup trop d’importance aux statistiques de la délinquance dans le débat public ?

Il est normal que la population ait connaissance de l’évolution des phénomènes criminels dans le pays. Il est logique que nos parlementaires, et le pouvoir exécutif, puissent s’appuyer sur des données pour adapter et orienter nos politiques publiques. Les statistiques de la délinquance sont utiles au débat public et il ne faut surtout pas qu’elles soient cachées. Mais il faut savoir les interpréter, ne pas en faire un usage exclusivement politique sans s’interroger sur leur pertinence, et surtout ne pas se focaliser sur un chiffre, une seule source de données ou un seul type de statistiques.

Manuel Valls souhaitait rompre avec la « politique du chiffre » mise en place par Nicolas Sarkozy, mais n’est-ce pas le seul moyen d’obtenir des résultats ?

Non. Si les données sont essentielles à la connaissance des phénomènes criminels, à l’étude des profils des auteurs et des victimes, et à la mesure de l’efficience de nos services, le chiffre ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une politique publique. Par ailleurs les chiffres ne doivent pas cacher certaines évolutions criminelles qui n’apparaissent pas nécessairement dans les statistiques. Et c’est pour cela qu’il est essentiel de procéder aussi à des analyses plus fines, dites qualitatives, sur certaines formes de criminalité et notamment sur le crime organisé par exemple. Il est également nécessaire de diversifier les indicateurs et les données utilisées. Quand on aura admis que la police et la gendarmerie sont des services publics, on pourra se poser la question de la création d’indicateurs permettant de juger la perception des victimes et des usagers. C’est ce que font les Britanniques depuis des années.

*Photo : jakeandlindsay.

Théorie du genre : SOS Fantômes

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La soi-disant théorie du « genre » n’en est pas une, nous expose-t-on pour rassurer les familles. En effet, ce n’est pas une théorie mais une pratique de la déconstruction qui tient moins à l’enseignement d’une vérité nécessaire qu’à l’obsession d’une égalité introuvable. Comme toujours, chez les nouveaux prêcheurs, l’argutie est avant tout morale. L’essentiel n’est pas tant que la théorie ou la pratique soit vraie ou fausse, ou dans quelle mesure elle peut l’être, non, l’essentiel, c’est qu’elle est en tout cas satisfaisante d’une point de vue moral, promouvant une stricte égalité entre tous. Qui prétendrait remettre en cause ce manichéisme primaire déconnectant inné et acquis, nature et culture, serait avant tout suspecté de rechigner à ce haut but moral et condamné pour cette raison. Face au camp du « Progrès », on n’est jamais un interlocuteur, pas même un adversaire, toujours un salaud.

Mais fort bien, puisque le vrai nœud du débat se situe en fait sur le plan moral, allons complètement sur ce terrain. Cette manière d’affronter le monde, ses contingences, ses limitations, ses iniquités, par la déconstruction égalitariste, que vaut-elle d’un point de vue moral ? Rien. C’est même à cet endroit qu’elle est la plus criminelle. Les hommes ont toujours souffert des limitations biologiques ou socio-culturelles qui leur étaient imposées par les coordonnées de leur incarnation physique. Ces limites, seulement, la sagesse consistait jusque là à tenter de les surpasser, quand on nous intime aujourd’hui de les déconstruire. Pragmatiquement, c’est idiot : elles se déplaceront toujours. Philosophiquement, c’est lâche. La belle attitude païenne de l’amor fati, revigorée par Nietzsche, et qui s’était illustrée au plus haut point dans le christianisme sous la forme du consentement à la Divine Providence, y est prise strictement à rebours. Il faut aimer ce qui nous arrive, nous disait celle-là, pour les deux excellentes raisons que cela est et que cela nous concerne. En bien ou en mal, accepter de manière loyale ce qui advient, s’y confronter avec courage, s’y éprouver, s’y transformer, mûrir. Considérer tout événement comme un défi, chaque obstacle comme un franchissement possible. Faire de son existence un destin.

Mais cela paraît sans doute bien « violent » pour un égalitariste contemporain, oui, violent comme l’est pourtant toute expérience accouchant d’un progrès véritable. Et celui-ci préfère s’illusionner sur la manière d’éliminer l’obstacle afin que la vie ressemble toujours davantage aux travées bien nettes d’un supermarché où chacun pourrait fabriquer son identité à l’envi, dans un solipsisme absolu et en fouillant dans les rayons, au lieu de s’acheminer vers la révélation de soi par l’amour et le combat. Demeure un problème : l’existence n’est pas aussi lisse que leurs concepts, elle n’est même faite que d’arrêtes, l’existence, elle heurte, elle choque, elle manque souvent de briser. Alors ces gamins qu’on voudrait moralement désarmer en leur laissant croire que leur vie consistera à choisir abstraitement, sur un pied d’égalité, ce que leur ignorance leur suggère, que feront-ils plus tard ? Que feront-ils face à un deuil, un échec fondamental, une rupture, un accident grave ? Ils lanceront des pétitions ? Déconstruiront la notion de santé ? Reprocheront son fascisme à la mort ?

Ce qui obsède nos démagogues post-modernes, c’est une horror fati, une horreur du monde tel qu’il est et tel qu’il se donne, un refus d’adhérer au destin. Cette déloyauté se trouve compensée par une hybris : reprogrammer l’univers entier en fonction de quelques critères abstraits, ce qui le réduirait par ailleurs à l’état d’antichambre du néant dans lequel vivre ne s’entendrait que sous une acception végétative. Il est vrai, au demeurant, qu’un peuple de plantes pourrait tout à fait se satisfaire du règne de François Hollande. Des plantes sous serre, on s’entend, et taillées précisément au même niveau. Alors bien entendu qu’il est bon de corriger au mieux l’inertie des inégalités qui structurent une société, mais cette obsession égalitariste est de l’ordre de la névrose. Il se trouve que lorsque son exigence première est de pouvoir choisir et d’avoir autant que le voisin, lorsque son exigence première est cette exigence de rivaux de caddies, on entre en complète contradiction avec une autre : celle de pouvoir répondre librement à ce que le destin nous impose précisément à nous, et se montrer à la hauteur.

Si, comme le notait Heidegger, le national-socialisme se lança dans la production industrielle de cadavres, le libéral-socialisme voudrait verser, lui, dans la production industrielle de fantômes. Fabriquer des êtres sans chair, ni corps, ni origine, ni destinée, seulement voués à hanter infiniment, dans un flottement indécis et un « genre » aléatoire, les galeries désinfectées du no man’s land global.

*Photo : LECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000004.

Les vaches qui ne rient plus

Il existe plusieurs types de vaches. Les vaches normandes, qui ont des robes tachetées. Les vaches sans imagination, qui regardent passer les trains. Les Prim’Holstein, les Montbéliardes, qui produisent du lait. Les vaches enragées. Les stars du salon de l’agriculture, dont les sourires sont assurés à la Lloyd’s. Les vaches à viande. Les vaches maigres. Les vaches qui rient sur les emballages de fromage industriel à tartiner. Et les vaches qui ne rient pas, celles que visent le « Mort aux vaches ! » Sans oublier les vaches nostalgiques, qui regrettent le temps des aurochs d’antan.

À cela il faut naturellement ajouter la vache Limousine, dont le corps est fait de résine (qui est un polymère, sachez-le). Ce sont nos confrères de La Montagne qui nous ont alertés sur un psychodrame syndical creusois d’un niveau international, qui met en lumière la vache limousine en plastique, dans toute la majesté de sa beauté et toute la noblesse de sa race.

Tout commence par une banale manifestation. Une vingtaine de sympathisants de la Confédération paysanne (syndicat de gauche, dont l’une des figures de proue fut José Bové), se saisissent d’une vache en résine exposée dans des locaux de la Chambre d’agriculture de Guéret, afin de la déposer devant la direction départementale des territoires pour protester contre la suppression de la prime à la vache allaitante pour les petits exploitants.

Sauf que… grave impair… la vache sacrée en résine appartient au syndicat agricole concurrent, la Fédération des Syndicats d’Exploitants Agricoles, dont le président département porte plainte illico pour enlèvement. Euh, non, pour vol… Le responsable de la FDSEA explique, plein d’amertume : « Cette vache a été volée et détériorée. Nous allons être obligés de la poncer et de la repeindre car la confédération a marqué son logo dessus. » L’affront ! L’animal – d’une valeur de 1400 euros – ne sera peut-être pas remis sur pattes pour un prochain congrès du syndicat. Ce qui serait un déficit d’image irréparable.

L’affaire suit son cours.

Osons le mot : les vacheries vont bon train dans le syndicalisme agricole creusois.

 

Syrie : Avons-nous enterré Assad trop vite ?

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Bachar Al-Assad est en passe de gagner la guerre civile en Syrie. Et le pire, c’est que ça arrange tout le monde – plus précisément ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Il y a seulement quelques mois, l’usage d’armes chimiques déclenchait une salve (justifiée) de proclamations indignées, assorties de la promesse de frappes occidentales imminentes. Aujourd’hui, dans les chancelleries, on est convaincu que le régime tiendra. Et beaucoup, à l’image de l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, soutiennent ouvertement que la victoire d’Assad est non seulement le scénario le plus probable, mais aussi le plus souhaitable, toutes les autres options – victoire des rebelles ou plongée dans l’anarchie – s’apparentant à des cauchemars pour la Syrie et l’ensemble de la région. Ce double revirement, du diagnostic autant que du remède suggéré, invite tous ceux qui, comme votre serviteur, estimaient la chute du clan Assad quasi inéluctable, à revisiter leurs analyses passées.[access capability= »lire_inedits »] Reconnaissons tout d’abord une erreur majeure d’appréciation : nous avions largement sous-estimé la capacité de l’armée et des forces de sécurité syriennes à tenir le choc.

Certes, l’aide étrangère – principale- ment celle de l’Iran et du Hezbollah – et le recours massif aux milices populaires d’autodéfense ont joué un rôle crucial dans la reconquête des zones rebelles, comme nous le confirme Fabrice Balanche dans les pages précédentes. Mais force est de constater que, malgré des dizaines de milliers de défections et d’importantes pertes humaines, l’institution militaire ne s’est pas écroulée. À la différence de ce qui s’était passé en Tunisie et en Égypte, le haut commandement n’a pas lâché le chef de l’État, preuve que le régime a su lier son propre destin à celui de l’armée. Sur le terrain, la surprenante rési- lience des forces loyalistes syriennes depuis le printemps 2013 a permis au régime de reprendre l’initiative, d’in- verser la dynamique de la guerre et de marquer des points. Plus significatif encore, le régime arrive à « pacifier » durablement les territoires conquis, lesquels ne reprennent pas les armes lorsque le gros de la troupe se déplace vers un autre objectif. Certes, on ne peut pas exclure que la machine contre-insurrectionnelle s’enraye.

Reste que le pouvoir syrien a d’ores et déjà desserré l’étau de la rébellion sur Damas et les voies de communication essentielles à sa survie. Sur le front politique, l’attitude des populations a ouvert un boulevard au régime. Contrairement aux Occidentaux qui, dans une guerre contre-insurrectionnelle, cherchent d’abord à « gagner les cœurs », les Syriens, comme les Algériens des années 1990, tablent sur la lassitude et la résignation plutôt que sur la reconnaissance et l’adhésion – en somme, ils espèrent vaincre à l’usure, non pas grâce à ce qu’ils offrent, mais grâce aux privations qu’ils infligent. Au fond, comme dans un siège, l’objectif est de pourrir autant que possible la vie des civils. Ainsi, la fatigue, la faim, le manque de médicaments, les maladies, les désillusions, l’exil et les exactions de certains rebelles islamistes ont convaincu nombre de Syriens qu’Assad était peut-être un moindre mal. Il faut bien l’admettre, la politique du pire menée par Assad a réussi, plaçant la population devant un terrible dilemme : la dictature ou le chaos.

Seconde erreur : nous avons surestimé la puissance des forces anti-Assad. Car si l’armée, sonnée, n’a pas cédé, c’est aussi parce que ses adversaires, divisés, mal organisés et dépourvus de direction et de stratégie communes, n’ont pas su profiter de la situation pour l’emporter. Pourtant, la division et la radicalisation des rebelles n’étaient sans doute pas inéluctables. Il y deux ans et demi, lorsque la contestation pacifique s’est transformée en guerre civile sous les coups de la répression, l’unification de l’opposition et sa volonté d’apparaître comme un interlocuteur crédible laissaient entrevoir de tout autres perspectives. Il faut cependant noter que ceux qui se désolent aujourd’hui de l’échec des rebelles sont les premiers à y avoir contribué. Après la désastreuse expérience libyenne, les Américains et les Européens avaient, certes, de bonnes raisons de réfléchir à deux fois avant d’aider l’opposition syrienne. Il n’empêche, leur hésitation à fournir des armes (notamment des munitions antichar et des armes légères) a sans doute encouragé la création de groupes armés incontrôlés, dont l’existence a ensuite été invoquée pour justifier l’inaction occidentale. Ainsi, la prophétie de l’échec de la rébellion syrienne s’est-elle autoréalisée.

Reste à se demander si la désillusion d’aujourd’hui n’est pas aussi absurde que l’euphorie d’hier, quand on croyait que des manifestations feraient tomber la dictature. En supposant qu’elle ait encore une chance de se produire, est-il si sûr que la victoire de la rébellion serait catastrophique ? L’expérience des Américains en Afghanistan fait plutôt penser le contraire. À Washington, on explique volontiers que les insurgés afghans en général et les talibans en particulier ne forment pas une entité monolithique, qu’ils ne sont pas tous adeptes du jihad international et qu’on peut prendre langue avec les plus pragmatiques et patriotes d’entre eux. Pourquoi ne pas appliquer le même raisonnement à la rébellion syrienne ? Pourquoi assimiler tous les rebelles, même islamistes, à d’irrécupérables jihadistes en reprenant, qui plus est, les mots mêmes du régime syrien ? Ce deux poids-deux mesures démontre, si besoin était, que la diplomatie sait parler le langage de ses intérêts.

Savons-nous vraiment, enfin, ce que signifierait la victoire d’Assad ? Imaginons une « Syrie année zéro » où les armes se seraient tues et les réfugiés rentrés d’exil.  Indépendamment de la reconstruction matérielle, comment les Syriens parviendraient-ils à reconstituer l’État et la nation mis à mal par des années de guerre civile ? Les millions de gens qui ont des comptes à régler avec leurs voisins trouveraient-ils la force d’oublier, sinon de pardonner ? Autour de quelle histoire partagée pourraient-ils reconstruire leur Cité ? Aussi résignés et épuisés soient-ils, accepteraient-ils le retour du joug baasiste avec son arbitraire et ses exactions, renonçant ainsi au peu qu’ils ont arraché à ce régime : leur dignité ?  Si ce scénario se produit, on verra si Bachar Al-Assad peut faire mentir Talleyrand en montrant qu’on peut aussi s’asseoir sur les baïonnettes dont on a fait si habile et si terrible usage.[/access]

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21522596_000006.

Liberté d’expression : Plus jamais de « Plus jamais ça »!

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Dans une splendide conférence prononcée à Athènes en 1955, Albert Camus distingue la tragédie, où les forces qui s’affrontent sont toutes légitimes, du mélodrame, où il n’y en a qu’une qui soit justifiable : « Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort. De même Prométhée est à la fois juste et injuste, et Zeus qui l’opprime sans pitié est aussi dans son droit. La formule du mélodrame serait en somme : « Cela seul est juste et justifiable », et la formule tragique par excellence : « Tous sont justifiables, personne n’est juste ». C’est pourquoi le chœur des tragédies antiques donne toujours des conseils de prudence. » Et Finkielkraut de rappeler que « sous le choc de Hitler, le chœur tragique est devenu muet : le manichéisme moral se répand à nouveau, la vigilance antinazie assure le règne sans partage du mélodrame stupide sur les meilleurs esprits. » Traumatisées par la bête immonde, abruties au « plus jamais ça », les grandes âmes occidentales ont en effet opté pour la mise sous tutelle de la parole au moyen d’un solide arsenal juridique permettant la mise au ban immédiate de toute pensée jugée nauséabonde, sans passer par la case « déconstruction ». Puisque contre-argumenter reviendrait implicitement à légitimer, on préfère le procès en sorcellerie à la dispute civilisée convoquant à tours de bras « les heures les plus sombres de notre histoire » pour disqualifier d’entrée le puant adversaire. Patrick Cohen 1, Frédéric Taddeï 0.

Si l’objectif paraît louable, l’efficacité de la méthode ne convainc guère, tant du côté de ses  détracteurs… que de ses adeptes. « Si c’était à refaire, je ne le referais pas », savoureux lapsus de la bouche d’un ministre de l’Intérieur qui, au sujet de Dieudonné, reconnaît peut-être en son for intérieur l’inutilité, voire le caractère contre-productif, d’un tel procédé. Car il faut bien l’admettre : le comique le plus célèbre de France sort bel et bien renforcé de cette affaire, quoi qu’en disent les triomphalistes du moment qui ont fait de la lutte anti-M’bala M’bala leur fonds de commerce. Hommages appuyés sur les réseaux sociaux, festivals de « quenelles » à travers le monde, tous ses fans se mobilisent pour soutenir leur héros devenu en quelques jours la superbe victime d’un système réputé aux ordres de Tel-Aviv. Au final peu importe de savoir si les multiples provocations de l’artiste relèvent d’une idéologie de haine, l’apparente persécution qu’il subit lui offre aux yeux de ses innombrables groupies l’absolution inconditionnelle. Tel est le terreau fécond sur lequel se propage à vitesse grand V la pensée soralo-dieudonniste. Nul besoin de pousser la réflexion très loin pour comprendre que le délire paranoïaque qui caractérise le débat ambiant renforce puissamment ceux que nous prétendons combattre.

Sloterdijk nous rappelle qu’aux Etats-Unis, avant la montée du politiquement correct, «  il était légitime de défendre toutes les opinions, même les plus extrêmes, y compris antisémites et racistes, ce qui est beaucoup plus sain que de faire des suppositions sur les arrière-pensées éventuelles de l’autre.  Aujourd’hui, un climat de persécution a envahi l’espace public. Personne ne pense plus que l’autre dit ce qu’il veut dire. Le politically correctness déclenche un processus menant à la paranoïa généralisée. » En d’autres termes, il est préférable d’affronter les négationnistes dans un combat d’idées plutôt que de leur offrir sur un plateau la voie du martyre ! Voilà qui suppose la réhabilitation, dans l’espace public, de la figure de l’Ennemi Irréductible dont les propos doivent être combattus plutôt que caricaturés, et ce d’autant plus urgemment que les vieux remèdes ne fonctionnent plus.

Contrairement à la période dorée de l’antiracisme, où tout un peuple se mettait en ordre de bataille à la moindre injonction des belles âmes, rares sont ceux qui aujourd’hui tombent dans le panneau de la sacrosainte défense des valeurs républicaines. Au péril fasciste si souvent invoqué par des politiques en mal de projets, le peuple ne répond plus par la mobilisation mais par la dérision, convaincu avec Marx que l’histoire se répète toujours deux fois ; « la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ». Pire, l’antiracisme serait vécu par certains comme un outil de domination, voire comme un ascenseur social qui profite à un cercle de privilégiés incarnés on ne peut mieux par l’actuel premier secrétaire du parti au pouvoir. La sauvegarde des valeurs républicaines, servie à longueur de journée sur nos ondes, agit de moins en moins sur les esprits et renvoie au contraire à la marque d’une idéologie dominante qui ne profite qu’à une caste. D’où le danger non négligeable de voir émerger demain une majorité de Français prêts à jeter le bébé (nos gouvernants) avec l’eau du bain (les valeurs auxquelles ils s’arc-boutent).

En se posant comme les plus fervents défenseurs de « nos valeurs», nos représentants, auxquels plus personne ne croit, sont les premiers à les mettre en danger. Il faut donc se résoudre à se salir les mains, c’est-à-dire à combattre vigoureusement l’ennemi sur son propre terrain plutôt qu’à le diaboliser sans relâche. En ce sens, la virulente mais drolatique diatribe anti-dieudonniste d’un Nicolas Bedos a sans doute contribué à davantage éveiller les consciences qu’une interdiction pure et simple du ministre de l’Intérieur confirmée par le Conseil d’Etat.

Lors de l’émission Des paroles et des actes, Valls concluait très justement face à Finkielkraut ; « Il y a le déclin et il y a la peur du déclin. Méfions-nous de la peur du déclin »… Ce à quoi le principal intéressé aurait pu répondre « Méfions-nous aussi de la peur de l’ennemi. »

*Photo : wikicommons.

Le souverainisme, stratégie de la résignation

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france europe souverainisme

Chez Causeur, vous savez causer. Vous maniez la rhétorique avec un art consommé. Vous accuse-t-on, souverainistes que vous êtes, d’être dogmatiques, d’avoir la religion de l’État-nation, de croupir dans une nostalgie moisie ? Vous retournez ces flèches, une par une.

En couverture du magazine de janvier, vous affichez un pragmatisme de bon aloi (« Et si on essayait la France ? ») ; puis, dans un éditorial habile, vous comparez les pro-européens aux « croyants » d’une « secte » ; le plus fort, c’est ce titre, « Le réveil de l’Europe moisie » : beau retour à l’envoyeur d’un mot qui vous colle aux basques depuis la célèbre tribune de Philippe Sollers[1. « La France moisie », Le Monde, 28 janvier 1999.] dans laquelle l’écrivain fustigeait nos pulsions xénophobes et cocardières.

À vous lire, c’est donc l’idée européenne qui serait finie, moisie, morte.[access capability= »lire_inedits »] Pour en arriver à cette conclusion, vous passez par un parfait faux syllogisme : 1. L’Europe, aujourd’hui, est dans un état catastrophique ; 2. Les pro-européens ont fait cette Europe ; 3. L’idée européenne est morte, il faut revenir à nos États-nations. Je vous suis pleinement sur le premier point : oui, l’UE est opaque et lointaine, elle est plus bureaucratique que démocratique, elle a aggravé les problèmes économiques en infligeant aux peuples une potion déflationniste digne des années 1930.

Mais les deux suivants relèvent de la mauvaise foi. À vous lire, les partisans de l’Europe (que vous désignez d’un bloc comme les « fédéralistes », une façon de nier les nuances des positions…) seraient les auteurs de ce gâchis. Eh bien non, désolé : ils sont les premiers cocus de cette histoire. L’Europe ne ressemble pas du tout à leur rêve d’Europe, car les égoïsmes et les rivalités des États-nations que vous chérissez l’ont emporté. L’Union monétaire a été prise en otage par l’Allemagne, pendant que la France refusait systématiquement toute avancée vers une union plus politique et plus démocratique (proposée par Helmut Kohl en 1989, Karl Lamers et Wolfgang Schäuble en 1994, Joschka Fischer en 2000…). Si l’Union monétaire fonctionne si mal, c’est aussi parce qu’on l’a privée de son pendant, l’Union économique. Si l’Europe fonctionne si mal, c’est à cause de toutes ces réticences à aller plus loin dans l’intégration communautaire.

Deux voies sont possibles pour sortir de cette nasse. La mienne, celle d’une autre Europe, radicalement différente ; la vôtre, celle du repli sur l’ancien modèle, l’État-nation. La première est utopique ? OK, mais « l’utopie, c’est simplement ce qu’on n’a pas encore essayé » (Théodore Monod). La seconde, elle, est clairement irréaliste.
Elle fait mine d’ignorer que l’Europe existe déjà, très concrètement, comme espace politique, économique et culturel très intégré. Elle oublie, surtout, que la simple coopération entre États-nations et la règle de l’unanimité ne sont plus du tout efficaces pour répondre aux défis d’aujourd’hui.

Proposer d’« essayer la France », c’est proposer de revenir au Minitel pour corriger les travers d’Internet. La voie que vous indiquez, enfin, relève de la stratégie de résignation. Pessimiste, craintive, elle repose sur un mythe mortifère, celui d’un âge d’or fantasmé – une France projetant sa puissance. Un mythe, c’est bien pratique pour exciter les esprits en cette période de crise, mais cela se nourrit toujours d’une marée d’illusions. Je préfère, pour ma part, la voie optimiste.

Je préfère « essayer » non pas la France, mais une autre Europe : avec moins de pays, sur des bases vraiment démocratiques et lisibles. Et avec, au cœur, l’idée de solidarité et non celle de rivalité.[/access]

*Photo : wikicommons.

Tu ne diras point : les 10 commandements socialistes

valls ps manif hollande

Tu ne diras point que les vertus pédagogiques d’un livre intitulé Tous à poil, distribué aux enfants, t’échappent totalement. Et encore moins que cela te parait suspect. Marisol Touraine t’opposera que c’est de l’hystérisation de débat public, sans intérêt. Car « ce n’est pas par le retour à l’ordre moral que la droite clarifiera ses positions… Nous avons besoin que la droite dise clairement qu’elle est en faveur de l’égalité ». En d’autres termes, ne pas adhérer, c’est déjà pécher.

Tu ne diras point qu’un ministre de l’Intérieur doit s’occuper en priorité des questions de sécurité, protéger les citoyens contre des dangers réels et avérés  et non trouver mille autres problématiques afin d’exister sur tous les fronts. C’est faire bien peu de cas du problème fondamental de la France qu’est le racisme. Si tu ne comprends pas cela, tu n’es pas digne de t’exprimer.

Tu ne diras point que la Manif pour tous est un mouvement populaire et pacifique qui cherche simplement  à exprimer une voix existante et à alerter sur le caractère expérimental dangereux des lois sociétales en cours. Car la réalité est toute autre. C’est une bande d’hystériques obscurantistes et incontrôlables, maquée avec le Front national, qui rappelle les pires heures de la IIIe république.

Tu ne diras point que le Président et son gouvernement doivent incarner une certaine exemplarité, dans leur comportement public comme privé. C’est dangereusement has been. Le Président est un petit bonhomme so normal, dont les turpitudes ne regardent que lui. Après tout, tu n’as jamais trompé personne, toi ? Alors qui es-tu pour donner des leçons ?

Tu ne diras point que tu t’inquiètes d’une dette galopante, du délaissement de la France par les investisseurs étrangers, de la chute de résultats de l’école de la République. Tu es un Cassandre, un catastrophiste, un défaitiste et à ce titre, te laisser t’exprimer est dangereux. Tu risques de saper le moral de tous ceux qui voient à la France un avenir radieux.

Tu ne diras point que les Suisses ont peut-être exprimé un point de vue digne d’intérêt dans leur votation de dimanche dernier. Ils ont fait preuve d’un odieux repli sur eux-mêmes qui ne correspond en rien aux valeurs de notre république ouverte à tous. C’est une décision inquiétante.

Tu ne diras point que tu doutes des capacités du gouvernement à changer de cap aujourd’hui. 1) il ne change pas de cap, il s’inscrit dans la continuité de ce qu’il fait depuis 20 mois avec les succès que l’on sait. 2). Et comme ce qu’il a entrepris jusqu’ici a fait ses preuves, continuer va dans la bonne direction.

Tu ne diras point que tu souhaites décider en privé de la répartition des tâches dans ta famille, de l’éducation que tu veux donner à tes enfants, des valeurs que tu désires leur transmettre. Tu te trompes. C’est le rôle de l’école de sociabiliser les enfants, de leur apprendre à vivre en communauté et de leur transmettre les valeurs de la république. Si tu n’es pas d’accord avec cela, tu es un dangereux ennemi de la république.

Tu ne diras point que tu déplores l’image que donne la France à l’étranger. Que lire à longueur de journaux tout le mal que pensent les autres pays de notre Président te heurte. La France est le gendarme du monde, elle est sur tous les fronts –traque toutes les formes de totalitarisme- et bénéficie d’une excellente image en matière de relations internationales. Celui qui n’a pas vu cela est un aveugle… pardon, un malvoyant.

Tu ne diras point que les hausses d’impôts concernent trop souvent  les familles, que d’autres catégories pourraient être mises à contribution et que tout cela te paraît un peu à sens unique. Tu vois le mal partout et d’ailleurs si tu te sens lésé c’est que tu paies des impôts, donc que tu gagnes de l’argent et cela aussi c’est une offense à tes concitoyens.

Tu boiras le catéchisme socialiste, tu admettras, tu te tairas et tu seras alors citoyen fréquentable… dans la démocratie du « faire France ». C’est clair ?

 *Photo : ABCD de l’égalité. 

OGM, gaz de schiste, nucléaire : vers un printemps de la raison ?

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Trois petites hirondelles viennent d’apparaître dans le ciel noir de l’hiver dogmatique imposé depuis trop longtemps chez nous par les khmers verts. A la surprise générale, le Conseil européen vient d’approuver, à la majorité qualifiée, l’introduction sur le continent  de la semence de maïs TC 1507, produite par la frime américaine Pionner, et utilisée depuis 2001 outre-Atlantique sans dommage constaté pour l’environnement et les consommateurs.

On a pu également observer l’amorce d’un virage du gouvernement français sur l’exploitation du gaz de schiste : Arnaud Montebourg, favorable à la recherche de nouveaux procédés d’extraction moins polluants que la fracturation hydraulique, vient d’être rejoint sur ce point par Laurent Fabius. François Hollande, en visite chez son ami Barack Obama, a souligné que «  l’énergie bon marché » était un atout des Etats-Unis dans la relance de son économie.

Enfin, EDF annonce le remplacement des centrales nucléaires en fin de vie par les nouveaux réacteurs EPR, tout en maintenant formellement (mais pour combien de temps ?) l’objectif de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production française d’énergie à l’échéance 2025.

Dans le même temps, les supercheries médiatiques et pseudo-scientifiques qui ont semé la panique dans l’opinion – le film Gasland de Josh Fox – et l’expérimentation apocalyptique de Gilles Seralini sur les OGM prétendument cancérogènes, promue à grand bruit par Le Nouvel Obs – ont été démasquées. José Bové s’étrangle de rage, et Corinne Lepage est au bord de l’apoplexie. Une hirondelle, et même trois, ne font pas le printemps, mais les temps pourraient devenir durs pour les marchands de peur.

Dieudonné dans le Mur !

dieudonne valls mur

Je m’étais promis, un peu vite, de consacrer ce moi-ci à la religion en général, et à notre bon pape marxiste et gay friendly en particulier. Une fois de plus, hélas, j’ai été rattrapé par l’actualité.  Un diariste sérieux peut-il faire totalement abstraction de ce qui se passe autour de lui ? Ni l’étincelant Jules Renard, ni les laborieux Goncourt siamois ne s’y sont risqués avant moi. Dieu me pardonne donc, mais le pape attendra. J’ai suivi pas à pas les dossiers les plus chauds de janvier : l’affaire M’Bala M’Bala bien sûr, mais aussi les aventures extra-extra- conjugales de notre Président et mes dernières réflexions sur les Maximes de La Rochefoucauld.

M’BALA M’BALA, MÊME COMBAT !

SAMEDI 28 DÉCEMBRE 2013 | Manuel Valls rompt la trêve des confiseurs pour annoncer que « Dieudonné, ça suffit ! », en conséquence de quoi il va « tout faire » pour interdire ses spectacles.[access capability= »lire_inedits »]  « Un seuil a été franchi », explique-t-il, gravement, en référence au numéro de « Complément d’enquête » où l’on voit Dieudonné faire, sur scène, sa fameuse saillie sur Patrick Cohen.  Mais si ligne rouge il y a, ça fait belle lurette que l’humoriste l’a franchie. Le spectacle incriminé, « Le Mur », se joue à Paris depuis six mois déjà, sans « trouble à l’ordre public » au sens de la jurisprudence de l’époque (1933-2014), comme ne manquera pas de le relever le tribunal administratif de Nantes.  Quant à Dieudonné, ça fait dix ans qu’il multiplie quenelles et provo- cations, même que la plus scandaleuse date d’il y a cinq ans tout rond. Dans le genre blague antisémiste, suggérer la chambre à gaz pour Patrick Cohen, est-ce vraiment plus grave que d’en suggérer l’inexistence avec Faurisson ?  Habile, notre fantaisiste a pris d’avance ses distances avec le négationnisme du professeur : « Il ne croi- rait même pas à la chaise sur laquelle il est assis. » N’empêche que, le 26 décembre 2008, sur la scène du Zénith de Paris, il lui remet un « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence ». Autant dire que les « dérapages » dieudonnesques, dans les milieux autorisés, tout le monde était au

courant depuis longtemps – encore plus que pour François & Julie ! Reste à comprendre pour- quoi, à l’époque, l’État n’a pas déclaré la République en danger ni même bronché, et pourquoi il tombe de l’armoire cinq ans plus tard. Certes, on peut toujours dire que notre « vivre- ensemble » s’est dégradé entre- temps ; l’essentiel, cependant, c’est qu’il y a cinq ans, le locataire de Beauvau ne s’appelait pas Valls, mais seulement Alliot-Marie. Mettez-vous à la place de Manuel, aussi : être ministre de l’Intérieur et de gauche à la fois, ce n’est pas une sinécure. Après sa sortie de septembre sur les Roms, qui a séduit à droite mais choqué dans le camp humaniste, l’occasion a dû lui paraître trop belle de se recentrer en montant au créneau contre le facho-nazo Dieudonné : « Je suis de droite, voyez les Roms Je suis de gauche, à bas Dieudo ! »

C’est comme ça qu’on se construit une image de présidentiable, pense- t-il. Ce mois-ci, les sondages lui ont plutôt donné tort, enregistrant une baisse de 6 ou 7 points dans sa cote de popularité ; mais les sondages, ça va ça vient, n’est-ce pas, sans compter que « Valls était anormalement haut », se rassurent ses amis.  Accessoirement, si j’ose, son coup d’éclat n’était pas si bien ajusté. Dans le camp de la réaction, on a pu penser qu’il en faisait un peu beau- coup, avec son combat de titans contre Dieudonné, quitte à déserter le champ de la sécurité. Et aux yeux de la gauche morale, la lutte contre l’antisémitisme, pour légitime qu’elle soit, ne suffit pas à laver de tout soupçon de racisme. Hors champ poli- tique, il s’est même trouvé des jeunes, voire des intellos, pour considérer cette affaire et la façon dont elle avait été menée comme une « atteinte aux libertés publiques ».

Décidément, les gens ne sont jamais contents. Mais bon, pas d’affole- ment ! L’échéance normale, c’est 2022. Manuel Valls n’est pas pressé, et moi encore moins.

TOUT ET SON CONTRAIRE

JEUDI 2 JANVIER (SAINT BASILE) | Jolie phrase de Montesquieu, citée par l’ami Jérôme Leroy, l’autre dimanche, sur Causeur.fr : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Hélas, pour moi, c’est l’in- verse : un vrai chagrin m’empêche même de lire. Tout juste puis-je relire mes sempiternels Jules Renard, Chesterton et Simon Leys qui, à force, sont tout dépenaillés.  D’ailleurs, beaucoup de pensées ne sont-elles pas réversibles ? C’est en tout cas ce que suggéraient mes amis parodistes d’outre-siècle, Charles Reboux et Paul Muller. Dans un volume rare, que j’ai bien sûr égaré, nos duettistes s’en prenaient aux Maximes de La Rochefoucauld (telle- ment célèbres qu’aujourd’hui, dans les salons, on croit volontiers que c’est son prénom). Eh bien, figurez-vous qu’en guise de pastiche, nos diablotins s’étaient contentés de recopier une dizaine de ces maximes en en inversant les termes ! Faisons le test au hasard, ou presque. Le moraliste a-t-il écrit : « Il est de bons mariages, mais il n’en est point de délicieux » – ou le contraire ? « Le bon goût vient plus de l’esprit que du jugement » – ou l’inverse[1. Solution du test : a. Maxime rochefoucaldienne. b. Maxime rochefoucaldienne inversée.] ? Parfois même l’exercice s’avère vain, tant l’aphorisme dit à lui seul tout et son contraire. Exemple : « En vieillissant, on devient plus fou et plus sage. » Mille pardons, mon duc, mais ne dirait-on pas déjà du Reboux & Muller ?

PAS DE CENSURE POUR LES ENNEMIS DE LA CENSURE !

JEUDI 9 JANVIER, 18H30 | Boum, la décision du Conseil d’État est tombée ! Mais pas de très haut : deux heures avant, son président statutaire, Jean-Marc Ayrault, s’était déclaré « confiant ».  Juridiquement, cette ordonnance est plutôt décoiffante. Le juge des référés avait quarante-huit heures pour statuer ; il ne lui en faudra que quatre. Au prétexte d’un arrêt de 1995 sur le « lancer de nains », il interdit le spectacle de Dieudonné à Nantes comme attentatoire à la « dignité humaine ».  Ainsi un magistrat unique renverse-t-il en urgence une jurisprudence inchangée depuis quatre-vingts ans, et particulièrement libérale en fait de liberté d’expression[2. Que la Justice ne confond pas d’ordinaire avec la liberté de lancer des nains en l’air.]. Comment ne pas penser qu’en l’occurrence, le Conseil d’État s’est plié à la volonté du pouvoir politique ? « Une victoire pour la République ! », triomphe aussitôt Manuel Valls. Allons donc ! Le rétablissement de la censure préalable, ça rappellerait plutôt l’ultime sursaut de Charles X : cette fameuse « loi de justice et d’amour » destinée, comme son nom l’indique, à museler la presse gauchiste, mais qui sonnera le glas de la monarchie légitim(ist)e. Pour le coup, je serais plutôt d’accord avec Pierre Tartakowski, président de la Ligue des droits de l’Homme, qui nous met en garde dans son style solennel : « Cette interdiction a priori ouvre la porte sur des couloirs extrêmement sombres… » Plus drôlement, Roseline Letteron, professeur de droit public à la Sorbonne, commente sur Le Point.fr : « Peut-être interdira-t-on un jour La Cage aux folles parce qu’elle tourne en ridicule la communauté homosexuelle… » Sur LCI enfin, Philippe Bilger en appelle au bon sens et à l’esprit des lois : « Il faut poursuivre tous les propos racistes et antisémites, sans pour autant jeter aux chiens la liberté d’expression. » Une victoire pour Valls, alors ? C’est l’avis des médias ; déjà plus crédible, même si dans l’immédiat, les enquêtes d’opinion disent plutôt le contraire. Une victoire pour Dieudonné en tout cas, qui a bénéficié là d’une exposition médiatique jamais vue, rattrapant en quinze jours de campagne étatique dix ans de boycottage médiatique.

Pour être franc, on ne voit même pas bien le but de la manœuvre. Interviewé sur Causeur.fr par le président Mihaely, l’internetologue Boris Beaude souligne que l’intérêt suscité par l’« ex- humoriste » sur la Toile n’a jamais été aussi grand ; sa dernière vidéo aurait été vue trois millions de fois en trois jours. Comme dirait Dieudonné en personne, « Quel est le projet ? » Le problème avec ce mec, vous me direz, c’est qu’une croix gammée noire sur fond noir, ça ne se voit pas au premier coup d’œil. Espérons en tout cas que Dieudonné, c’est pas vraiment Hitler en version bronzée, sinon on s’y est mal pris : Valls l’aura fait passer d’un coup de 23 à 32. En attendant la paille, surveillons donc la poutre. Avez-vous entendu Valls et Filipetti (ministre de la Culture, quand même) décréter una voce : « Dieudonné n’est plus un artiste ! » Et Bilger de s’indigner à juste titre : « Dans quel régime sommes-nous, où le pouvoir décide de qui est un artiste ? » Le plus épatant, dans cette affaire, c’est que l’arrêt libéral du même Conseil d’État, en 1933, concernait un authentique activiste d’extrême droite qui ne se prétendait même pas artiste, et encore moins drôle. Bref, la séparation des pouvoirs, selon le pouvoir actuel, nous ramène, assez vite et sûrement, vers le slogan terroriste : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » Après, comme on sait, les ennemis disparaissent, et avec eux la liberté. « Au début, ils s’en sont pris à Dieudonné et je n’ai rien dit, parce que je n’étais ni noir ni même antisémite… » (etc.)  Je dramatise, bien sûr, à moins que je n’anticipe. Il n’y a pas que le caramel ; le totalitarisme mou a aussi ses dangers. L’idéal, voyez-vous, ce serait une démocratie assez représentative et forte pour entendre le peuple. Ce qu’on appellerait aujourd’hui une République.

DE LA VIE PRIVÉE DES PRÉSIDENTS 

VENDREDI 10 JANVIER |

Closer dévoile l’ « amour secret » de François Hollande. « Chacun, fût-il président, a droit au respect de sa vie privée », s’indignent aussitôt en canon ses proches, amis et alliés, au premier plan desquels le toujours excellent Jean-Michel Ribes.  En est-on si sûr ? Moi, président (même pas de la République, mais seulement de Jalons), je peux témoigner du contraire. À l’occasion de la Manif pour tous (saison 1), mon épouse et moi-même, par alliance, avons reçu sur la tronche un tombereau d’ordures que je ne vous raconte pas[3. Rassurez-vous, ça se trouve encore en trois clics sur Internet.]. Les plus grossières de ces calomnies figuraient sur un blog anonyme, lyriquement intitulé « Adieu, Frigide ! », recopié depuis lors un peu partout et néanmoins « intraçable », selon mon ex-avocat. N’importe qui peut faire pareil, à ce qu’il paraît. Il suffit de poster son poulet d’un cybercafé à l’adresse d’un hébergeur états-unien, et hop ! on peut raconter impunément n’importe quoi sur n’importe qui. En ce qui nous concerne, c’était du lourd, où cohabitaient harmonieusement cocaïnomanie, néo- paganisme, mariage intégriste et partouzes trisexuelles. Le grand écart barjotien, avec moi dans le rôle de Pina Bausch ! Mon collègue François a eu plus de chance : au moins les révélations sur sa liaison avec Julie Gayet, c’était vrai, du moins je l’espère.

J’AI HONTE D’ÊTRE FRANÇAIS, ET ABONNÉ À L’OBS

MARDI 14 JANVIER | Avec tout ça, je découvre un peu tard mon Obs blisterisé. Dommage, parce qu’avec lui, on prend tout de suite de la hauteur. Des bas-fonds dieudonnesques, ces Mongols fiers vous emmènent tout droit aux cimes de la Bonne pensée.  Le problème, c’est « La Haine », nous explique d’emblée la couverture, comme un remake en papier du film de Kassovitz, starring pour l’occasion le fameux trio antiracisémiste Soral- Dieudo-Zemmour. Ça tombe bien, la prestation de Nabe chez Taddeï vient juste de me convertir en 7’ au complotisme[4. L ’antisémitisme des imbéciles, si j’ai bien suivi.], et celui-là m’a l’air carabiné. Sur douze pages, l’hebdo nous paye un « voyage dans la France raciste » all inclusive ; même les clichés-souvenirs sont fournis. Outre nos trois têtes d’affiche, on y côtoie entre autres Renaud Camus et Finkielkraut, un maire UDI de Cholet et même « Monique, retraitée de 65 ans au Mans », qui visiblement n’a pas bien compris la question.  Leur point commun, savez-vous : le rejet de l’autre en tant qu’autre – qu’il soit arabe, juif, rom, noir, jaune ou même jeune. Eh bien, cette logique d’exclusion, Le Nouvel Obs est contre, et il ne s’en cache pas ! Pour lui, tous les hommes sont frères, y compris les femmes ; il voudrait tant que tout le monde comprenne ça, et qu’on fasse une ronde. Hélas, c’est l’inverse qui est en train de se produire : un peu partout, et sans qu’on sache bien comment ni pourquoi, « la parole raciste s’est libérée ! » Mais qui gardait la cage ?  Non seulement le racisme n’est plus « politiquement incorrect, [mais] il est devenu la doxa des temps nouveaux ». Le pire, pour le salut de leur âme, c’est que nos observateurs ne sont pas assez cons pour croire vraiment ce qu’ils racontent. D’ailleurs que disent-ils, au juste, dans ce numéro collector ? Après huit pages de gloubi-boulga où tous les méchants sont convoqués ensemble, touillés et ratatouillés, la « Haine » de la « une » fait scission : une double sur l’antisémitisme, une autre sur l’islamophobie. Et tout ça pour dire quoi, en fin de compte ? Que « le racisme, c’est mal » ? Mais ça, on savait, au moins depuis Proust. Faute de le clamer sur scène comme tout le monde, l’ami Gaspard le concède volontiers en interview, pour peu qu’il se sente en confiance.

ENFIN UNE THÈSE SUR MOI !

MARDI 21 JANVIER (221E ANNI- VERSAIRE DE LA MORT DU ROY) | Dix ans après sa dernière réédition, mon Histoire de France de Cro-Magnon à Jacques Chirac me vaut enfin les honneurs d’une (mini) thèse universitaire, mise en ligne par Leshistoriensdegarde.fr.  Ce site, tenu par les trois coauteurs du livre éponyme, s’est donné

pour mission de dénoncer les salopards qui travaillent à la résurgence d’un « roman national » aussi fictif que nauséabond, au détriment de la vraie Histoire (la leur). Et soudain, tel un Hégésippe Simon de la réaction, me voilà désigné comme leur précurseur. La classe ! Dans leur chapô, les responsables du site m’en font porter un superbe : « Une bonne partie du discours de Max Gallo, Dimitri Casali, Lorant Deutsch et Franck Ferrand est en germe dans ce livre. » Même s’il convient de recontextualiser, n’est-ce pas : « Au moment de sa sortie, en 2004, son auteur [moi] devait masquer ses outrances sous le couvert de l’humour. » Ainsi aurai-je constitué à moi tout seul « l’avant-garde des historiens de garde », ouvrant vaillamment la voie à Max, Dimitri, Lorant et les autres. Quand Zemmour sera président et Élisabeth premier ministre, ou l’inverse, j’espère avoir droit à une médaille en chocolat. Mais surtout, j’espère vivre assez longtemps pour raconter ça à mes petits-enfants[5. J’en veux au moins quatre.]. Quant à la copie proprement dite, il faut voir comment, sur trente feuillets, notre apprenti historien s’échine à décrypter cette parodie de manuel scolaire à l’ancienne pour y trouver enfin ce qu’il cherche : « les fondements du discours des historiens de garde ». Est-il vraiment gland, ce Michel Deniau, ou court-il avec des œillères pour courir plus vite ? En tout cas, sa méthode de travail est originale, qui consiste à extraire du bouquin les citations les plus épastrouillantes,  assorties de commentaires imperturbablement solennels. Le résultat, c’est du pur Bergson : du mécanique plaqué sur du vivant !  Faute de place, on ne donnera ici qu’un exemple de cet exercice. Dès la quatrième de couverture, notre futur prof d’histoire croit débusquer une phrase imprudente qui, selon lui, « permet de mettre en avant que l’ouvrage se veut sérieux sur le fond autant que fantasque sur la forme » (sic) :  Je me cite : « Basile de Koch signe ici un vrai-faux “Manuel d’histoire à l’usage des cours élémentaires” qui, compte tenu de la baisse générale du niveau, sera lu avec profit par les anciens élèves de l’ENA. » Pour l’auteur, aucun doute : ça prouve la « vocation sérieuse » de mon entreprise. Sous le masque du rire, il sent déjà la truffe, et entend aboyer d’ici la meute des « historiens de garde ». Quant à moi, hélas, j’ai bien peur de ne rien pouvoir faire pour le jeune Michel, au moins dans l’immédiat.[/access]

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21504341_000002. 

Interview de Dieudonné dans Causeur : Ce qu’en disent Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut

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Fallait-il, oui ou non, interviewer Dieudonné, comme l’ont fait Elisabeth Lévy et Gil Mihaely dans le dernier numéro de Causeur?

Preuve que cette question est légitime, nous nous la sommes nous-mêmes posée dans la préparation de ce numéro 10 et avons tous, en comité de rédac, pesé le pour et le contre, avant de trancher à l’unanimité dans le sens que vous savez. À titre personnel, si vous voulez tout savoir, j’étais très chaudement partisan d’aller au contact, et donc au choc. Une opinion dix fois confortée quand j’ai vu le sacré bon boulot réalisé par Gil et Elisabeth.

N’empêche, plusieurs personnes, y compris des proches, me demandent « si c’était bien raisonnable de donner la parole à Dieudonné ». Si vous êtes de ceux-là, ou si la curiosité intellectuelle figure au nombre de vos vilains défauts, alors filez dare-dare sur le site de RCJ. Sur cette question chaude entre toutes, les deux protagonistes de l’émission dominicale ont inversé les rôles : c’est donc Alain Finkielkraut qui interviewe Elisabeth, laquelle se fait un plaisir de répondre aux questions légitimes que se posent nos amis –et aussi, tant qu’à faire, aux méchancetés diverses que répandent nos ennemis !

Il faut bannir du débat public le chiffre unique sur la délinquance

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soullez delinquance valls

soullez delinquance valls

Christophe Soullez a co-écrit La criminologie pour les Nuls (First) et Une histoire criminelle de la France (Odile Jacob).

Eugénie Bastié. Fin janvier , l‘Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a publié un rapport assez accablant sur les chiffres de la délinquance. L’UMP s’est empressé de triompher sur « l’échec » du locataire de Beauvau. Manuel Valls est-il vraiment le « pire ministre de l’intérieur depuis dix ans », comme le prétend le député UMP Christian Jacob ?

Christophe Soullez. Je ne crois pas qu’on puisse juger de l’action d’un ministre de l’Intérieur à l’aune des seules statistiques sur les crimes et délits enregistrés. Pour une raison bien simple, mais que nous avons du mal à admettre dans notre pays, c’est que police et gendarmerie nationales (et donc le ministre de l’Intérieur) ne sont qu’une partie des acteurs de la filière pénale et qu’ils ne peuvent être tenus pour seuls responsables ! Les magistrats (parquet et siège) jouent un rôle majeur. Si les personnes mises en cause par la police ou la gendarmerie ne sont pas poursuivies et condamnées, la délinquance ne baissera pas ! Le bilan publié il y a quelques semaines n’est pas accablant mais contrasté, comme l’étaient les bilans des précédents gouvernements. On observe des tendances positives et d’autres négatives. Ainsi, si les vols à la titre affichent une hausse, tout comme les cambriolages, on note une baisse des coups et blessures volontaires, des vols à main armée ou encore une stabilisation des vols violents sans armes. La hausse des cambriolages n’a pas débuté avec Manuel Valls mais est continue depuis 2008. Entre 2010 et 2011 elle était même de 21,5 % en zone gendarmerie et de 14,6 % en zone police (contre + 1,3 % et + 7 % en 2013). Les vols violents contre les femmes sur la voie publique affichaient des hausses de + 7 % et + 13,4 % en 2009 et 2010.  En 2013 ils sont stabilisés. Les vols à main armée étaient en hausse de plus de 15 % en 2009, etc. Il faut donc relativiser : il y avait donc aussi, durant les périodes précédentes, des types d’infractions qui étaient fortement en hausse comme en baisse. Vous ne trouverez jamais de période où toutes les infractions étaient en baisse. Donc, si vous voulez juger un ministre, il faut le faire à l’aune d’un type d’infraction précise. Il peut bien entendu y avoir un décalage entre les chiffres et les annonces du ministre et on peut juger que ce dernier s’est un peu trop avancé sur les résultats qu’il comptait obtenir. On peut également donner un avis sur ses orientations ou ses réformes et trouver qu’il ne va pas assez loin ou assez vite. Mais porter un jugement sur les seules statistiques policières n’a pas grand sens. Une politique de sécurité demande aussi du temps. Par exemple, les cambriolages sont des infractions difficiles à élucider. Elles sont commises par des individus qui sont mobiles, qui laissent de moins en moins de traces de leurs passages, qui se professionnalisent et qui agissent en toute discrétion. Le travail policier est d’autant plus complexe et long que nous sommes confrontés aujourd’hui à des organisations criminelles. Il faut procéder à des recoupements judiciaires sur les modes opératoires, exploiter le peu d’indices laissés grâce à la police scientifique, localiser les membres d’une organisation, organiser des filatures si des individus ont pu être identifiés, etc. C’est un travail de longue haleine mais qui peut être payant si des réseaux sont démantelés comme cela a été le cas en Bretagne s’agissant organisation géorgienne. Il faut ensuite que policiers et gendarmes aient des moyens : police technique, développement des fichiers de rapprochement judiciaire, etc. Nous sommes dans un pays de droit et pour pouvoir poursuivre et condamner une personne il faut des preuves tangibles. Ces preuves sont parfois difficiles à réunir et à matérialiser notamment lorsque des dizaines de faits sont commis par les mêmes personnes. Cela est rendu d’autant plus difficile que les objets volés sont très vite écoulés sur le marché parallèle ou renvoyés dans les pays d’origine des cambrioleurs d’où l’impossibilité pour les services de police ou les unités de gendarmerie de les retrouver en possession des auteurs.

Justement, parlons des cambriolages. Si on examine les statistiques de ces dernières années, on constate leur hausse spectaculaire. Comment expliquez-vous ce phénomène?

On dispose de deux éléments d’interprétation complémentaires de cette tendance : l’intérêt pour les objets en or, notamment les bijoux, et l’implication croissante de la criminalité organisée dont une partie des membres sont originaires des pays de l’Est. On a mesuré, dans l’enquête nationale de victimation que l’Observatoire mène chaque avec l’INSEE, une hausse de la part des ménages qui, se déclarant victimes de cambriolages de leur logement, ont dit que des bijoux leur ont été volés. Nous avons, de plus, publié une étude sur le profil des personnes mises en cause par la police nationale pour vols, qui a révélé une part en forte augmentation des mis en cause de nationale roumaine, géorgienne, et plus généralement en provenance d’Europe balkanique ou d’ex-URSS en matière de vol avec effractions. Les réseaux criminels ont bien compris l’intérêt de s’investir dans les cambriolages. Ils en commettent des dizaines en très peu de temps, ne restent pas plus de 5 minutes dans le logement, volent les bijoux puis les écoulent ensuite. À l’inverse d’un vol à main où ce qui est important c’est la valeur du butin, en matière de cambriolages, c’est le nombre de ceux-ci qui va être l’élément le plus important.

La polémique rebondit souvent sur la fiabilité d’une mesure de la délinquance : n’est-il pas grossier de la mesurer à l’aide d’un chiffre unique ?

Si, bien sûr. Depuis dix ans, l’ONDRP affirme que le chiffre unique de la délinquance ne veut rien dire et qu’il faut le bannir du débat public. Vous ne pouvez pas additionner des infractions qui font des victimes et des infractions qui n’ont que des auteurs (les stupéfiants ou l’immigration clandestine par exemple). Est-ce que cela a un sens de cumuler des chiffres qui évoluent en fonction de la propension des victimes à aller déposer plainte et d’autres qui ne sont liés qu’à l’activité d’initiative des services et des orientations qui leur sont données ? Est-ce que cela a un sens d’additionner des homicides, des viols et des vols d’accessoires sur automobile ? Si, demain, sur un territoire, les atteintes aux biens baissent de 10 %, et notamment les vols d’accessoires sur les véhicules ou les vols à la roulotte, mais que dans le même temps les homicides croissent de 50 %, en ne regardant que le chiffre unique, vous ne verrez pas la hausse des homicides qui sera dissimulée derrière la masse du contentieux des atteintes aux biens. Pour la sécurité de nos concitoyens qu’est ce qui est le plus important : une vague d’homicides ou une légère augmentation des vols à la roulette ? Est-il crédible, et honnête, d’additionner des données dont on sait que, pour certaines, elles sont en baisse parce que les pratiques d’enregistrement ont été modifiées[1. En 2010/2011, les autorités ont décidé de ne plus enregistrer de plainte pour les débits frauduleux commis sur Internet sans dépossession de la carte bancaire.] ? C’est bien pourquoi le chiffre unique ne veut rien dire. Enfin, ne perdons pas de vue que les statistiques policières ne reflètent pas la délinquance mais l’activité d’enregistrement des plaintes par les services de police et les unités de gendarmerie. Le taux de plainte est très faible et varie selon les infractions. Ce chiffre n’atteint que 10 % pour les violences conjugales et les viols, 30 % pour les vols avec violences et de 50 % pour les violences physiques hors ménage. Les infractions relevées par la police et la gendarmerie sont donc bien loin de ce que vivent les victimes.

N’accorde-t-on pas beaucoup trop d’importance aux statistiques de la délinquance dans le débat public ?

Il est normal que la population ait connaissance de l’évolution des phénomènes criminels dans le pays. Il est logique que nos parlementaires, et le pouvoir exécutif, puissent s’appuyer sur des données pour adapter et orienter nos politiques publiques. Les statistiques de la délinquance sont utiles au débat public et il ne faut surtout pas qu’elles soient cachées. Mais il faut savoir les interpréter, ne pas en faire un usage exclusivement politique sans s’interroger sur leur pertinence, et surtout ne pas se focaliser sur un chiffre, une seule source de données ou un seul type de statistiques.

Manuel Valls souhaitait rompre avec la « politique du chiffre » mise en place par Nicolas Sarkozy, mais n’est-ce pas le seul moyen d’obtenir des résultats ?

Non. Si les données sont essentielles à la connaissance des phénomènes criminels, à l’étude des profils des auteurs et des victimes, et à la mesure de l’efficience de nos services, le chiffre ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une politique publique. Par ailleurs les chiffres ne doivent pas cacher certaines évolutions criminelles qui n’apparaissent pas nécessairement dans les statistiques. Et c’est pour cela qu’il est essentiel de procéder aussi à des analyses plus fines, dites qualitatives, sur certaines formes de criminalité et notamment sur le crime organisé par exemple. Il est également nécessaire de diversifier les indicateurs et les données utilisées. Quand on aura admis que la police et la gendarmerie sont des services publics, on pourra se poser la question de la création d’indicateurs permettant de juger la perception des victimes et des usagers. C’est ce que font les Britanniques depuis des années.

*Photo : jakeandlindsay.

Théorie du genre : SOS Fantômes

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La soi-disant théorie du « genre » n’en est pas une, nous expose-t-on pour rassurer les familles. En effet, ce n’est pas une théorie mais une pratique de la déconstruction qui tient moins à l’enseignement d’une vérité nécessaire qu’à l’obsession d’une égalité introuvable. Comme toujours, chez les nouveaux prêcheurs, l’argutie est avant tout morale. L’essentiel n’est pas tant que la théorie ou la pratique soit vraie ou fausse, ou dans quelle mesure elle peut l’être, non, l’essentiel, c’est qu’elle est en tout cas satisfaisante d’une point de vue moral, promouvant une stricte égalité entre tous. Qui prétendrait remettre en cause ce manichéisme primaire déconnectant inné et acquis, nature et culture, serait avant tout suspecté de rechigner à ce haut but moral et condamné pour cette raison. Face au camp du « Progrès », on n’est jamais un interlocuteur, pas même un adversaire, toujours un salaud.

Mais fort bien, puisque le vrai nœud du débat se situe en fait sur le plan moral, allons complètement sur ce terrain. Cette manière d’affronter le monde, ses contingences, ses limitations, ses iniquités, par la déconstruction égalitariste, que vaut-elle d’un point de vue moral ? Rien. C’est même à cet endroit qu’elle est la plus criminelle. Les hommes ont toujours souffert des limitations biologiques ou socio-culturelles qui leur étaient imposées par les coordonnées de leur incarnation physique. Ces limites, seulement, la sagesse consistait jusque là à tenter de les surpasser, quand on nous intime aujourd’hui de les déconstruire. Pragmatiquement, c’est idiot : elles se déplaceront toujours. Philosophiquement, c’est lâche. La belle attitude païenne de l’amor fati, revigorée par Nietzsche, et qui s’était illustrée au plus haut point dans le christianisme sous la forme du consentement à la Divine Providence, y est prise strictement à rebours. Il faut aimer ce qui nous arrive, nous disait celle-là, pour les deux excellentes raisons que cela est et que cela nous concerne. En bien ou en mal, accepter de manière loyale ce qui advient, s’y confronter avec courage, s’y éprouver, s’y transformer, mûrir. Considérer tout événement comme un défi, chaque obstacle comme un franchissement possible. Faire de son existence un destin.

Mais cela paraît sans doute bien « violent » pour un égalitariste contemporain, oui, violent comme l’est pourtant toute expérience accouchant d’un progrès véritable. Et celui-ci préfère s’illusionner sur la manière d’éliminer l’obstacle afin que la vie ressemble toujours davantage aux travées bien nettes d’un supermarché où chacun pourrait fabriquer son identité à l’envi, dans un solipsisme absolu et en fouillant dans les rayons, au lieu de s’acheminer vers la révélation de soi par l’amour et le combat. Demeure un problème : l’existence n’est pas aussi lisse que leurs concepts, elle n’est même faite que d’arrêtes, l’existence, elle heurte, elle choque, elle manque souvent de briser. Alors ces gamins qu’on voudrait moralement désarmer en leur laissant croire que leur vie consistera à choisir abstraitement, sur un pied d’égalité, ce que leur ignorance leur suggère, que feront-ils plus tard ? Que feront-ils face à un deuil, un échec fondamental, une rupture, un accident grave ? Ils lanceront des pétitions ? Déconstruiront la notion de santé ? Reprocheront son fascisme à la mort ?

Ce qui obsède nos démagogues post-modernes, c’est une horror fati, une horreur du monde tel qu’il est et tel qu’il se donne, un refus d’adhérer au destin. Cette déloyauté se trouve compensée par une hybris : reprogrammer l’univers entier en fonction de quelques critères abstraits, ce qui le réduirait par ailleurs à l’état d’antichambre du néant dans lequel vivre ne s’entendrait que sous une acception végétative. Il est vrai, au demeurant, qu’un peuple de plantes pourrait tout à fait se satisfaire du règne de François Hollande. Des plantes sous serre, on s’entend, et taillées précisément au même niveau. Alors bien entendu qu’il est bon de corriger au mieux l’inertie des inégalités qui structurent une société, mais cette obsession égalitariste est de l’ordre de la névrose. Il se trouve que lorsque son exigence première est de pouvoir choisir et d’avoir autant que le voisin, lorsque son exigence première est cette exigence de rivaux de caddies, on entre en complète contradiction avec une autre : celle de pouvoir répondre librement à ce que le destin nous impose précisément à nous, et se montrer à la hauteur.

Si, comme le notait Heidegger, le national-socialisme se lança dans la production industrielle de cadavres, le libéral-socialisme voudrait verser, lui, dans la production industrielle de fantômes. Fabriquer des êtres sans chair, ni corps, ni origine, ni destinée, seulement voués à hanter infiniment, dans un flottement indécis et un « genre » aléatoire, les galeries désinfectées du no man’s land global.

*Photo : LECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000004.

Les vaches qui ne rient plus

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Il existe plusieurs types de vaches. Les vaches normandes, qui ont des robes tachetées. Les vaches sans imagination, qui regardent passer les trains. Les Prim’Holstein, les Montbéliardes, qui produisent du lait. Les vaches enragées. Les stars du salon de l’agriculture, dont les sourires sont assurés à la Lloyd’s. Les vaches à viande. Les vaches maigres. Les vaches qui rient sur les emballages de fromage industriel à tartiner. Et les vaches qui ne rient pas, celles que visent le « Mort aux vaches ! » Sans oublier les vaches nostalgiques, qui regrettent le temps des aurochs d’antan.

À cela il faut naturellement ajouter la vache Limousine, dont le corps est fait de résine (qui est un polymère, sachez-le). Ce sont nos confrères de La Montagne qui nous ont alertés sur un psychodrame syndical creusois d’un niveau international, qui met en lumière la vache limousine en plastique, dans toute la majesté de sa beauté et toute la noblesse de sa race.

Tout commence par une banale manifestation. Une vingtaine de sympathisants de la Confédération paysanne (syndicat de gauche, dont l’une des figures de proue fut José Bové), se saisissent d’une vache en résine exposée dans des locaux de la Chambre d’agriculture de Guéret, afin de la déposer devant la direction départementale des territoires pour protester contre la suppression de la prime à la vache allaitante pour les petits exploitants.

Sauf que… grave impair… la vache sacrée en résine appartient au syndicat agricole concurrent, la Fédération des Syndicats d’Exploitants Agricoles, dont le président département porte plainte illico pour enlèvement. Euh, non, pour vol… Le responsable de la FDSEA explique, plein d’amertume : « Cette vache a été volée et détériorée. Nous allons être obligés de la poncer et de la repeindre car la confédération a marqué son logo dessus. » L’affront ! L’animal – d’une valeur de 1400 euros – ne sera peut-être pas remis sur pattes pour un prochain congrès du syndicat. Ce qui serait un déficit d’image irréparable.

L’affaire suit son cours.

Osons le mot : les vacheries vont bon train dans le syndicalisme agricole creusois.

 

Syrie : Avons-nous enterré Assad trop vite ?

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syrie assad usa

syrie assad usa

Bachar Al-Assad est en passe de gagner la guerre civile en Syrie. Et le pire, c’est que ça arrange tout le monde – plus précisément ce qu’on appelle la « communauté internationale ». Il y a seulement quelques mois, l’usage d’armes chimiques déclenchait une salve (justifiée) de proclamations indignées, assorties de la promesse de frappes occidentales imminentes. Aujourd’hui, dans les chancelleries, on est convaincu que le régime tiendra. Et beaucoup, à l’image de l’ancien directeur de la CIA Michael Hayden, soutiennent ouvertement que la victoire d’Assad est non seulement le scénario le plus probable, mais aussi le plus souhaitable, toutes les autres options – victoire des rebelles ou plongée dans l’anarchie – s’apparentant à des cauchemars pour la Syrie et l’ensemble de la région. Ce double revirement, du diagnostic autant que du remède suggéré, invite tous ceux qui, comme votre serviteur, estimaient la chute du clan Assad quasi inéluctable, à revisiter leurs analyses passées.[access capability= »lire_inedits »] Reconnaissons tout d’abord une erreur majeure d’appréciation : nous avions largement sous-estimé la capacité de l’armée et des forces de sécurité syriennes à tenir le choc.

Certes, l’aide étrangère – principale- ment celle de l’Iran et du Hezbollah – et le recours massif aux milices populaires d’autodéfense ont joué un rôle crucial dans la reconquête des zones rebelles, comme nous le confirme Fabrice Balanche dans les pages précédentes. Mais force est de constater que, malgré des dizaines de milliers de défections et d’importantes pertes humaines, l’institution militaire ne s’est pas écroulée. À la différence de ce qui s’était passé en Tunisie et en Égypte, le haut commandement n’a pas lâché le chef de l’État, preuve que le régime a su lier son propre destin à celui de l’armée. Sur le terrain, la surprenante rési- lience des forces loyalistes syriennes depuis le printemps 2013 a permis au régime de reprendre l’initiative, d’in- verser la dynamique de la guerre et de marquer des points. Plus significatif encore, le régime arrive à « pacifier » durablement les territoires conquis, lesquels ne reprennent pas les armes lorsque le gros de la troupe se déplace vers un autre objectif. Certes, on ne peut pas exclure que la machine contre-insurrectionnelle s’enraye.

Reste que le pouvoir syrien a d’ores et déjà desserré l’étau de la rébellion sur Damas et les voies de communication essentielles à sa survie. Sur le front politique, l’attitude des populations a ouvert un boulevard au régime. Contrairement aux Occidentaux qui, dans une guerre contre-insurrectionnelle, cherchent d’abord à « gagner les cœurs », les Syriens, comme les Algériens des années 1990, tablent sur la lassitude et la résignation plutôt que sur la reconnaissance et l’adhésion – en somme, ils espèrent vaincre à l’usure, non pas grâce à ce qu’ils offrent, mais grâce aux privations qu’ils infligent. Au fond, comme dans un siège, l’objectif est de pourrir autant que possible la vie des civils. Ainsi, la fatigue, la faim, le manque de médicaments, les maladies, les désillusions, l’exil et les exactions de certains rebelles islamistes ont convaincu nombre de Syriens qu’Assad était peut-être un moindre mal. Il faut bien l’admettre, la politique du pire menée par Assad a réussi, plaçant la population devant un terrible dilemme : la dictature ou le chaos.

Seconde erreur : nous avons surestimé la puissance des forces anti-Assad. Car si l’armée, sonnée, n’a pas cédé, c’est aussi parce que ses adversaires, divisés, mal organisés et dépourvus de direction et de stratégie communes, n’ont pas su profiter de la situation pour l’emporter. Pourtant, la division et la radicalisation des rebelles n’étaient sans doute pas inéluctables. Il y deux ans et demi, lorsque la contestation pacifique s’est transformée en guerre civile sous les coups de la répression, l’unification de l’opposition et sa volonté d’apparaître comme un interlocuteur crédible laissaient entrevoir de tout autres perspectives. Il faut cependant noter que ceux qui se désolent aujourd’hui de l’échec des rebelles sont les premiers à y avoir contribué. Après la désastreuse expérience libyenne, les Américains et les Européens avaient, certes, de bonnes raisons de réfléchir à deux fois avant d’aider l’opposition syrienne. Il n’empêche, leur hésitation à fournir des armes (notamment des munitions antichar et des armes légères) a sans doute encouragé la création de groupes armés incontrôlés, dont l’existence a ensuite été invoquée pour justifier l’inaction occidentale. Ainsi, la prophétie de l’échec de la rébellion syrienne s’est-elle autoréalisée.

Reste à se demander si la désillusion d’aujourd’hui n’est pas aussi absurde que l’euphorie d’hier, quand on croyait que des manifestations feraient tomber la dictature. En supposant qu’elle ait encore une chance de se produire, est-il si sûr que la victoire de la rébellion serait catastrophique ? L’expérience des Américains en Afghanistan fait plutôt penser le contraire. À Washington, on explique volontiers que les insurgés afghans en général et les talibans en particulier ne forment pas une entité monolithique, qu’ils ne sont pas tous adeptes du jihad international et qu’on peut prendre langue avec les plus pragmatiques et patriotes d’entre eux. Pourquoi ne pas appliquer le même raisonnement à la rébellion syrienne ? Pourquoi assimiler tous les rebelles, même islamistes, à d’irrécupérables jihadistes en reprenant, qui plus est, les mots mêmes du régime syrien ? Ce deux poids-deux mesures démontre, si besoin était, que la diplomatie sait parler le langage de ses intérêts.

Savons-nous vraiment, enfin, ce que signifierait la victoire d’Assad ? Imaginons une « Syrie année zéro » où les armes se seraient tues et les réfugiés rentrés d’exil.  Indépendamment de la reconstruction matérielle, comment les Syriens parviendraient-ils à reconstituer l’État et la nation mis à mal par des années de guerre civile ? Les millions de gens qui ont des comptes à régler avec leurs voisins trouveraient-ils la force d’oublier, sinon de pardonner ? Autour de quelle histoire partagée pourraient-ils reconstruire leur Cité ? Aussi résignés et épuisés soient-ils, accepteraient-ils le retour du joug baasiste avec son arbitraire et ses exactions, renonçant ainsi au peu qu’ils ont arraché à ce régime : leur dignité ?  Si ce scénario se produit, on verra si Bachar Al-Assad peut faire mentir Talleyrand en montrant qu’on peut aussi s’asseoir sur les baïonnettes dont on a fait si habile et si terrible usage.[/access]

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21522596_000006.

Liberté d’expression : Plus jamais de « Plus jamais ça »!

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liberte expression dieudonne

liberte expression dieudonne

Dans une splendide conférence prononcée à Athènes en 1955, Albert Camus distingue la tragédie, où les forces qui s’affrontent sont toutes légitimes, du mélodrame, où il n’y en a qu’une qui soit justifiable : « Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort. De même Prométhée est à la fois juste et injuste, et Zeus qui l’opprime sans pitié est aussi dans son droit. La formule du mélodrame serait en somme : « Cela seul est juste et justifiable », et la formule tragique par excellence : « Tous sont justifiables, personne n’est juste ». C’est pourquoi le chœur des tragédies antiques donne toujours des conseils de prudence. » Et Finkielkraut de rappeler que « sous le choc de Hitler, le chœur tragique est devenu muet : le manichéisme moral se répand à nouveau, la vigilance antinazie assure le règne sans partage du mélodrame stupide sur les meilleurs esprits. » Traumatisées par la bête immonde, abruties au « plus jamais ça », les grandes âmes occidentales ont en effet opté pour la mise sous tutelle de la parole au moyen d’un solide arsenal juridique permettant la mise au ban immédiate de toute pensée jugée nauséabonde, sans passer par la case « déconstruction ». Puisque contre-argumenter reviendrait implicitement à légitimer, on préfère le procès en sorcellerie à la dispute civilisée convoquant à tours de bras « les heures les plus sombres de notre histoire » pour disqualifier d’entrée le puant adversaire. Patrick Cohen 1, Frédéric Taddeï 0.

Si l’objectif paraît louable, l’efficacité de la méthode ne convainc guère, tant du côté de ses  détracteurs… que de ses adeptes. « Si c’était à refaire, je ne le referais pas », savoureux lapsus de la bouche d’un ministre de l’Intérieur qui, au sujet de Dieudonné, reconnaît peut-être en son for intérieur l’inutilité, voire le caractère contre-productif, d’un tel procédé. Car il faut bien l’admettre : le comique le plus célèbre de France sort bel et bien renforcé de cette affaire, quoi qu’en disent les triomphalistes du moment qui ont fait de la lutte anti-M’bala M’bala leur fonds de commerce. Hommages appuyés sur les réseaux sociaux, festivals de « quenelles » à travers le monde, tous ses fans se mobilisent pour soutenir leur héros devenu en quelques jours la superbe victime d’un système réputé aux ordres de Tel-Aviv. Au final peu importe de savoir si les multiples provocations de l’artiste relèvent d’une idéologie de haine, l’apparente persécution qu’il subit lui offre aux yeux de ses innombrables groupies l’absolution inconditionnelle. Tel est le terreau fécond sur lequel se propage à vitesse grand V la pensée soralo-dieudonniste. Nul besoin de pousser la réflexion très loin pour comprendre que le délire paranoïaque qui caractérise le débat ambiant renforce puissamment ceux que nous prétendons combattre.

Sloterdijk nous rappelle qu’aux Etats-Unis, avant la montée du politiquement correct, «  il était légitime de défendre toutes les opinions, même les plus extrêmes, y compris antisémites et racistes, ce qui est beaucoup plus sain que de faire des suppositions sur les arrière-pensées éventuelles de l’autre.  Aujourd’hui, un climat de persécution a envahi l’espace public. Personne ne pense plus que l’autre dit ce qu’il veut dire. Le politically correctness déclenche un processus menant à la paranoïa généralisée. » En d’autres termes, il est préférable d’affronter les négationnistes dans un combat d’idées plutôt que de leur offrir sur un plateau la voie du martyre ! Voilà qui suppose la réhabilitation, dans l’espace public, de la figure de l’Ennemi Irréductible dont les propos doivent être combattus plutôt que caricaturés, et ce d’autant plus urgemment que les vieux remèdes ne fonctionnent plus.

Contrairement à la période dorée de l’antiracisme, où tout un peuple se mettait en ordre de bataille à la moindre injonction des belles âmes, rares sont ceux qui aujourd’hui tombent dans le panneau de la sacrosainte défense des valeurs républicaines. Au péril fasciste si souvent invoqué par des politiques en mal de projets, le peuple ne répond plus par la mobilisation mais par la dérision, convaincu avec Marx que l’histoire se répète toujours deux fois ; « la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ». Pire, l’antiracisme serait vécu par certains comme un outil de domination, voire comme un ascenseur social qui profite à un cercle de privilégiés incarnés on ne peut mieux par l’actuel premier secrétaire du parti au pouvoir. La sauvegarde des valeurs républicaines, servie à longueur de journée sur nos ondes, agit de moins en moins sur les esprits et renvoie au contraire à la marque d’une idéologie dominante qui ne profite qu’à une caste. D’où le danger non négligeable de voir émerger demain une majorité de Français prêts à jeter le bébé (nos gouvernants) avec l’eau du bain (les valeurs auxquelles ils s’arc-boutent).

En se posant comme les plus fervents défenseurs de « nos valeurs», nos représentants, auxquels plus personne ne croit, sont les premiers à les mettre en danger. Il faut donc se résoudre à se salir les mains, c’est-à-dire à combattre vigoureusement l’ennemi sur son propre terrain plutôt qu’à le diaboliser sans relâche. En ce sens, la virulente mais drolatique diatribe anti-dieudonniste d’un Nicolas Bedos a sans doute contribué à davantage éveiller les consciences qu’une interdiction pure et simple du ministre de l’Intérieur confirmée par le Conseil d’Etat.

Lors de l’émission Des paroles et des actes, Valls concluait très justement face à Finkielkraut ; « Il y a le déclin et il y a la peur du déclin. Méfions-nous de la peur du déclin »… Ce à quoi le principal intéressé aurait pu répondre « Méfions-nous aussi de la peur de l’ennemi. »

*Photo : wikicommons.

Le souverainisme, stratégie de la résignation

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france europe souverainisme

france europe souverainisme

Chez Causeur, vous savez causer. Vous maniez la rhétorique avec un art consommé. Vous accuse-t-on, souverainistes que vous êtes, d’être dogmatiques, d’avoir la religion de l’État-nation, de croupir dans une nostalgie moisie ? Vous retournez ces flèches, une par une.

En couverture du magazine de janvier, vous affichez un pragmatisme de bon aloi (« Et si on essayait la France ? ») ; puis, dans un éditorial habile, vous comparez les pro-européens aux « croyants » d’une « secte » ; le plus fort, c’est ce titre, « Le réveil de l’Europe moisie » : beau retour à l’envoyeur d’un mot qui vous colle aux basques depuis la célèbre tribune de Philippe Sollers[1. « La France moisie », Le Monde, 28 janvier 1999.] dans laquelle l’écrivain fustigeait nos pulsions xénophobes et cocardières.

À vous lire, c’est donc l’idée européenne qui serait finie, moisie, morte.[access capability= »lire_inedits »] Pour en arriver à cette conclusion, vous passez par un parfait faux syllogisme : 1. L’Europe, aujourd’hui, est dans un état catastrophique ; 2. Les pro-européens ont fait cette Europe ; 3. L’idée européenne est morte, il faut revenir à nos États-nations. Je vous suis pleinement sur le premier point : oui, l’UE est opaque et lointaine, elle est plus bureaucratique que démocratique, elle a aggravé les problèmes économiques en infligeant aux peuples une potion déflationniste digne des années 1930.

Mais les deux suivants relèvent de la mauvaise foi. À vous lire, les partisans de l’Europe (que vous désignez d’un bloc comme les « fédéralistes », une façon de nier les nuances des positions…) seraient les auteurs de ce gâchis. Eh bien non, désolé : ils sont les premiers cocus de cette histoire. L’Europe ne ressemble pas du tout à leur rêve d’Europe, car les égoïsmes et les rivalités des États-nations que vous chérissez l’ont emporté. L’Union monétaire a été prise en otage par l’Allemagne, pendant que la France refusait systématiquement toute avancée vers une union plus politique et plus démocratique (proposée par Helmut Kohl en 1989, Karl Lamers et Wolfgang Schäuble en 1994, Joschka Fischer en 2000…). Si l’Union monétaire fonctionne si mal, c’est aussi parce qu’on l’a privée de son pendant, l’Union économique. Si l’Europe fonctionne si mal, c’est à cause de toutes ces réticences à aller plus loin dans l’intégration communautaire.

Deux voies sont possibles pour sortir de cette nasse. La mienne, celle d’une autre Europe, radicalement différente ; la vôtre, celle du repli sur l’ancien modèle, l’État-nation. La première est utopique ? OK, mais « l’utopie, c’est simplement ce qu’on n’a pas encore essayé » (Théodore Monod). La seconde, elle, est clairement irréaliste.
Elle fait mine d’ignorer que l’Europe existe déjà, très concrètement, comme espace politique, économique et culturel très intégré. Elle oublie, surtout, que la simple coopération entre États-nations et la règle de l’unanimité ne sont plus du tout efficaces pour répondre aux défis d’aujourd’hui.

Proposer d’« essayer la France », c’est proposer de revenir au Minitel pour corriger les travers d’Internet. La voie que vous indiquez, enfin, relève de la stratégie de résignation. Pessimiste, craintive, elle repose sur un mythe mortifère, celui d’un âge d’or fantasmé – une France projetant sa puissance. Un mythe, c’est bien pratique pour exciter les esprits en cette période de crise, mais cela se nourrit toujours d’une marée d’illusions. Je préfère, pour ma part, la voie optimiste.

Je préfère « essayer » non pas la France, mais une autre Europe : avec moins de pays, sur des bases vraiment démocratiques et lisibles. Et avec, au cœur, l’idée de solidarité et non celle de rivalité.[/access]

*Photo : wikicommons.

Tu ne diras point : les 10 commandements socialistes

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valls ps manif hollande

valls ps manif hollande

Tu ne diras point que les vertus pédagogiques d’un livre intitulé Tous à poil, distribué aux enfants, t’échappent totalement. Et encore moins que cela te parait suspect. Marisol Touraine t’opposera que c’est de l’hystérisation de débat public, sans intérêt. Car « ce n’est pas par le retour à l’ordre moral que la droite clarifiera ses positions… Nous avons besoin que la droite dise clairement qu’elle est en faveur de l’égalité ». En d’autres termes, ne pas adhérer, c’est déjà pécher.

Tu ne diras point qu’un ministre de l’Intérieur doit s’occuper en priorité des questions de sécurité, protéger les citoyens contre des dangers réels et avérés  et non trouver mille autres problématiques afin d’exister sur tous les fronts. C’est faire bien peu de cas du problème fondamental de la France qu’est le racisme. Si tu ne comprends pas cela, tu n’es pas digne de t’exprimer.

Tu ne diras point que la Manif pour tous est un mouvement populaire et pacifique qui cherche simplement  à exprimer une voix existante et à alerter sur le caractère expérimental dangereux des lois sociétales en cours. Car la réalité est toute autre. C’est une bande d’hystériques obscurantistes et incontrôlables, maquée avec le Front national, qui rappelle les pires heures de la IIIe république.

Tu ne diras point que le Président et son gouvernement doivent incarner une certaine exemplarité, dans leur comportement public comme privé. C’est dangereusement has been. Le Président est un petit bonhomme so normal, dont les turpitudes ne regardent que lui. Après tout, tu n’as jamais trompé personne, toi ? Alors qui es-tu pour donner des leçons ?

Tu ne diras point que tu t’inquiètes d’une dette galopante, du délaissement de la France par les investisseurs étrangers, de la chute de résultats de l’école de la République. Tu es un Cassandre, un catastrophiste, un défaitiste et à ce titre, te laisser t’exprimer est dangereux. Tu risques de saper le moral de tous ceux qui voient à la France un avenir radieux.

Tu ne diras point que les Suisses ont peut-être exprimé un point de vue digne d’intérêt dans leur votation de dimanche dernier. Ils ont fait preuve d’un odieux repli sur eux-mêmes qui ne correspond en rien aux valeurs de notre république ouverte à tous. C’est une décision inquiétante.

Tu ne diras point que tu doutes des capacités du gouvernement à changer de cap aujourd’hui. 1) il ne change pas de cap, il s’inscrit dans la continuité de ce qu’il fait depuis 20 mois avec les succès que l’on sait. 2). Et comme ce qu’il a entrepris jusqu’ici a fait ses preuves, continuer va dans la bonne direction.

Tu ne diras point que tu souhaites décider en privé de la répartition des tâches dans ta famille, de l’éducation que tu veux donner à tes enfants, des valeurs que tu désires leur transmettre. Tu te trompes. C’est le rôle de l’école de sociabiliser les enfants, de leur apprendre à vivre en communauté et de leur transmettre les valeurs de la république. Si tu n’es pas d’accord avec cela, tu es un dangereux ennemi de la république.

Tu ne diras point que tu déplores l’image que donne la France à l’étranger. Que lire à longueur de journaux tout le mal que pensent les autres pays de notre Président te heurte. La France est le gendarme du monde, elle est sur tous les fronts –traque toutes les formes de totalitarisme- et bénéficie d’une excellente image en matière de relations internationales. Celui qui n’a pas vu cela est un aveugle… pardon, un malvoyant.

Tu ne diras point que les hausses d’impôts concernent trop souvent  les familles, que d’autres catégories pourraient être mises à contribution et que tout cela te paraît un peu à sens unique. Tu vois le mal partout et d’ailleurs si tu te sens lésé c’est que tu paies des impôts, donc que tu gagnes de l’argent et cela aussi c’est une offense à tes concitoyens.

Tu boiras le catéchisme socialiste, tu admettras, tu te tairas et tu seras alors citoyen fréquentable… dans la démocratie du « faire France ». C’est clair ?

 *Photo : ABCD de l’égalité. 

OGM, gaz de schiste, nucléaire : vers un printemps de la raison ?

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Trois petites hirondelles viennent d’apparaître dans le ciel noir de l’hiver dogmatique imposé depuis trop longtemps chez nous par les khmers verts. A la surprise générale, le Conseil européen vient d’approuver, à la majorité qualifiée, l’introduction sur le continent  de la semence de maïs TC 1507, produite par la frime américaine Pionner, et utilisée depuis 2001 outre-Atlantique sans dommage constaté pour l’environnement et les consommateurs.

On a pu également observer l’amorce d’un virage du gouvernement français sur l’exploitation du gaz de schiste : Arnaud Montebourg, favorable à la recherche de nouveaux procédés d’extraction moins polluants que la fracturation hydraulique, vient d’être rejoint sur ce point par Laurent Fabius. François Hollande, en visite chez son ami Barack Obama, a souligné que «  l’énergie bon marché » était un atout des Etats-Unis dans la relance de son économie.

Enfin, EDF annonce le remplacement des centrales nucléaires en fin de vie par les nouveaux réacteurs EPR, tout en maintenant formellement (mais pour combien de temps ?) l’objectif de la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production française d’énergie à l’échéance 2025.

Dans le même temps, les supercheries médiatiques et pseudo-scientifiques qui ont semé la panique dans l’opinion – le film Gasland de Josh Fox – et l’expérimentation apocalyptique de Gilles Seralini sur les OGM prétendument cancérogènes, promue à grand bruit par Le Nouvel Obs – ont été démasquées. José Bové s’étrangle de rage, et Corinne Lepage est au bord de l’apoplexie. Une hirondelle, et même trois, ne font pas le printemps, mais les temps pourraient devenir durs pour les marchands de peur.

Dieudonné dans le Mur !

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dieudonne valls mur

dieudonne valls mur

Je m’étais promis, un peu vite, de consacrer ce moi-ci à la religion en général, et à notre bon pape marxiste et gay friendly en particulier. Une fois de plus, hélas, j’ai été rattrapé par l’actualité.  Un diariste sérieux peut-il faire totalement abstraction de ce qui se passe autour de lui ? Ni l’étincelant Jules Renard, ni les laborieux Goncourt siamois ne s’y sont risqués avant moi. Dieu me pardonne donc, mais le pape attendra. J’ai suivi pas à pas les dossiers les plus chauds de janvier : l’affaire M’Bala M’Bala bien sûr, mais aussi les aventures extra-extra- conjugales de notre Président et mes dernières réflexions sur les Maximes de La Rochefoucauld.

M’BALA M’BALA, MÊME COMBAT !

SAMEDI 28 DÉCEMBRE 2013 | Manuel Valls rompt la trêve des confiseurs pour annoncer que « Dieudonné, ça suffit ! », en conséquence de quoi il va « tout faire » pour interdire ses spectacles.[access capability= »lire_inedits »]  « Un seuil a été franchi », explique-t-il, gravement, en référence au numéro de « Complément d’enquête » où l’on voit Dieudonné faire, sur scène, sa fameuse saillie sur Patrick Cohen.  Mais si ligne rouge il y a, ça fait belle lurette que l’humoriste l’a franchie. Le spectacle incriminé, « Le Mur », se joue à Paris depuis six mois déjà, sans « trouble à l’ordre public » au sens de la jurisprudence de l’époque (1933-2014), comme ne manquera pas de le relever le tribunal administratif de Nantes.  Quant à Dieudonné, ça fait dix ans qu’il multiplie quenelles et provo- cations, même que la plus scandaleuse date d’il y a cinq ans tout rond. Dans le genre blague antisémiste, suggérer la chambre à gaz pour Patrick Cohen, est-ce vraiment plus grave que d’en suggérer l’inexistence avec Faurisson ?  Habile, notre fantaisiste a pris d’avance ses distances avec le négationnisme du professeur : « Il ne croi- rait même pas à la chaise sur laquelle il est assis. » N’empêche que, le 26 décembre 2008, sur la scène du Zénith de Paris, il lui remet un « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence ». Autant dire que les « dérapages » dieudonnesques, dans les milieux autorisés, tout le monde était au

courant depuis longtemps – encore plus que pour François & Julie ! Reste à comprendre pour- quoi, à l’époque, l’État n’a pas déclaré la République en danger ni même bronché, et pourquoi il tombe de l’armoire cinq ans plus tard. Certes, on peut toujours dire que notre « vivre- ensemble » s’est dégradé entre- temps ; l’essentiel, cependant, c’est qu’il y a cinq ans, le locataire de Beauvau ne s’appelait pas Valls, mais seulement Alliot-Marie. Mettez-vous à la place de Manuel, aussi : être ministre de l’Intérieur et de gauche à la fois, ce n’est pas une sinécure. Après sa sortie de septembre sur les Roms, qui a séduit à droite mais choqué dans le camp humaniste, l’occasion a dû lui paraître trop belle de se recentrer en montant au créneau contre le facho-nazo Dieudonné : « Je suis de droite, voyez les Roms Je suis de gauche, à bas Dieudo ! »

C’est comme ça qu’on se construit une image de présidentiable, pense- t-il. Ce mois-ci, les sondages lui ont plutôt donné tort, enregistrant une baisse de 6 ou 7 points dans sa cote de popularité ; mais les sondages, ça va ça vient, n’est-ce pas, sans compter que « Valls était anormalement haut », se rassurent ses amis.  Accessoirement, si j’ose, son coup d’éclat n’était pas si bien ajusté. Dans le camp de la réaction, on a pu penser qu’il en faisait un peu beau- coup, avec son combat de titans contre Dieudonné, quitte à déserter le champ de la sécurité. Et aux yeux de la gauche morale, la lutte contre l’antisémitisme, pour légitime qu’elle soit, ne suffit pas à laver de tout soupçon de racisme. Hors champ poli- tique, il s’est même trouvé des jeunes, voire des intellos, pour considérer cette affaire et la façon dont elle avait été menée comme une « atteinte aux libertés publiques ».

Décidément, les gens ne sont jamais contents. Mais bon, pas d’affole- ment ! L’échéance normale, c’est 2022. Manuel Valls n’est pas pressé, et moi encore moins.

TOUT ET SON CONTRAIRE

JEUDI 2 JANVIER (SAINT BASILE) | Jolie phrase de Montesquieu, citée par l’ami Jérôme Leroy, l’autre dimanche, sur Causeur.fr : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Hélas, pour moi, c’est l’in- verse : un vrai chagrin m’empêche même de lire. Tout juste puis-je relire mes sempiternels Jules Renard, Chesterton et Simon Leys qui, à force, sont tout dépenaillés.  D’ailleurs, beaucoup de pensées ne sont-elles pas réversibles ? C’est en tout cas ce que suggéraient mes amis parodistes d’outre-siècle, Charles Reboux et Paul Muller. Dans un volume rare, que j’ai bien sûr égaré, nos duettistes s’en prenaient aux Maximes de La Rochefoucauld (telle- ment célèbres qu’aujourd’hui, dans les salons, on croit volontiers que c’est son prénom). Eh bien, figurez-vous qu’en guise de pastiche, nos diablotins s’étaient contentés de recopier une dizaine de ces maximes en en inversant les termes ! Faisons le test au hasard, ou presque. Le moraliste a-t-il écrit : « Il est de bons mariages, mais il n’en est point de délicieux » – ou le contraire ? « Le bon goût vient plus de l’esprit que du jugement » – ou l’inverse[1. Solution du test : a. Maxime rochefoucaldienne. b. Maxime rochefoucaldienne inversée.] ? Parfois même l’exercice s’avère vain, tant l’aphorisme dit à lui seul tout et son contraire. Exemple : « En vieillissant, on devient plus fou et plus sage. » Mille pardons, mon duc, mais ne dirait-on pas déjà du Reboux & Muller ?

PAS DE CENSURE POUR LES ENNEMIS DE LA CENSURE !

JEUDI 9 JANVIER, 18H30 | Boum, la décision du Conseil d’État est tombée ! Mais pas de très haut : deux heures avant, son président statutaire, Jean-Marc Ayrault, s’était déclaré « confiant ».  Juridiquement, cette ordonnance est plutôt décoiffante. Le juge des référés avait quarante-huit heures pour statuer ; il ne lui en faudra que quatre. Au prétexte d’un arrêt de 1995 sur le « lancer de nains », il interdit le spectacle de Dieudonné à Nantes comme attentatoire à la « dignité humaine ».  Ainsi un magistrat unique renverse-t-il en urgence une jurisprudence inchangée depuis quatre-vingts ans, et particulièrement libérale en fait de liberté d’expression[2. Que la Justice ne confond pas d’ordinaire avec la liberté de lancer des nains en l’air.]. Comment ne pas penser qu’en l’occurrence, le Conseil d’État s’est plié à la volonté du pouvoir politique ? « Une victoire pour la République ! », triomphe aussitôt Manuel Valls. Allons donc ! Le rétablissement de la censure préalable, ça rappellerait plutôt l’ultime sursaut de Charles X : cette fameuse « loi de justice et d’amour » destinée, comme son nom l’indique, à museler la presse gauchiste, mais qui sonnera le glas de la monarchie légitim(ist)e. Pour le coup, je serais plutôt d’accord avec Pierre Tartakowski, président de la Ligue des droits de l’Homme, qui nous met en garde dans son style solennel : « Cette interdiction a priori ouvre la porte sur des couloirs extrêmement sombres… » Plus drôlement, Roseline Letteron, professeur de droit public à la Sorbonne, commente sur Le Point.fr : « Peut-être interdira-t-on un jour La Cage aux folles parce qu’elle tourne en ridicule la communauté homosexuelle… » Sur LCI enfin, Philippe Bilger en appelle au bon sens et à l’esprit des lois : « Il faut poursuivre tous les propos racistes et antisémites, sans pour autant jeter aux chiens la liberté d’expression. » Une victoire pour Valls, alors ? C’est l’avis des médias ; déjà plus crédible, même si dans l’immédiat, les enquêtes d’opinion disent plutôt le contraire. Une victoire pour Dieudonné en tout cas, qui a bénéficié là d’une exposition médiatique jamais vue, rattrapant en quinze jours de campagne étatique dix ans de boycottage médiatique.

Pour être franc, on ne voit même pas bien le but de la manœuvre. Interviewé sur Causeur.fr par le président Mihaely, l’internetologue Boris Beaude souligne que l’intérêt suscité par l’« ex- humoriste » sur la Toile n’a jamais été aussi grand ; sa dernière vidéo aurait été vue trois millions de fois en trois jours. Comme dirait Dieudonné en personne, « Quel est le projet ? » Le problème avec ce mec, vous me direz, c’est qu’une croix gammée noire sur fond noir, ça ne se voit pas au premier coup d’œil. Espérons en tout cas que Dieudonné, c’est pas vraiment Hitler en version bronzée, sinon on s’y est mal pris : Valls l’aura fait passer d’un coup de 23 à 32. En attendant la paille, surveillons donc la poutre. Avez-vous entendu Valls et Filipetti (ministre de la Culture, quand même) décréter una voce : « Dieudonné n’est plus un artiste ! » Et Bilger de s’indigner à juste titre : « Dans quel régime sommes-nous, où le pouvoir décide de qui est un artiste ? » Le plus épatant, dans cette affaire, c’est que l’arrêt libéral du même Conseil d’État, en 1933, concernait un authentique activiste d’extrême droite qui ne se prétendait même pas artiste, et encore moins drôle. Bref, la séparation des pouvoirs, selon le pouvoir actuel, nous ramène, assez vite et sûrement, vers le slogan terroriste : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » Après, comme on sait, les ennemis disparaissent, et avec eux la liberté. « Au début, ils s’en sont pris à Dieudonné et je n’ai rien dit, parce que je n’étais ni noir ni même antisémite… » (etc.)  Je dramatise, bien sûr, à moins que je n’anticipe. Il n’y a pas que le caramel ; le totalitarisme mou a aussi ses dangers. L’idéal, voyez-vous, ce serait une démocratie assez représentative et forte pour entendre le peuple. Ce qu’on appellerait aujourd’hui une République.

DE LA VIE PRIVÉE DES PRÉSIDENTS 

VENDREDI 10 JANVIER |

Closer dévoile l’ « amour secret » de François Hollande. « Chacun, fût-il président, a droit au respect de sa vie privée », s’indignent aussitôt en canon ses proches, amis et alliés, au premier plan desquels le toujours excellent Jean-Michel Ribes.  En est-on si sûr ? Moi, président (même pas de la République, mais seulement de Jalons), je peux témoigner du contraire. À l’occasion de la Manif pour tous (saison 1), mon épouse et moi-même, par alliance, avons reçu sur la tronche un tombereau d’ordures que je ne vous raconte pas[3. Rassurez-vous, ça se trouve encore en trois clics sur Internet.]. Les plus grossières de ces calomnies figuraient sur un blog anonyme, lyriquement intitulé « Adieu, Frigide ! », recopié depuis lors un peu partout et néanmoins « intraçable », selon mon ex-avocat. N’importe qui peut faire pareil, à ce qu’il paraît. Il suffit de poster son poulet d’un cybercafé à l’adresse d’un hébergeur états-unien, et hop ! on peut raconter impunément n’importe quoi sur n’importe qui. En ce qui nous concerne, c’était du lourd, où cohabitaient harmonieusement cocaïnomanie, néo- paganisme, mariage intégriste et partouzes trisexuelles. Le grand écart barjotien, avec moi dans le rôle de Pina Bausch ! Mon collègue François a eu plus de chance : au moins les révélations sur sa liaison avec Julie Gayet, c’était vrai, du moins je l’espère.

J’AI HONTE D’ÊTRE FRANÇAIS, ET ABONNÉ À L’OBS

MARDI 14 JANVIER | Avec tout ça, je découvre un peu tard mon Obs blisterisé. Dommage, parce qu’avec lui, on prend tout de suite de la hauteur. Des bas-fonds dieudonnesques, ces Mongols fiers vous emmènent tout droit aux cimes de la Bonne pensée.  Le problème, c’est « La Haine », nous explique d’emblée la couverture, comme un remake en papier du film de Kassovitz, starring pour l’occasion le fameux trio antiracisémiste Soral- Dieudo-Zemmour. Ça tombe bien, la prestation de Nabe chez Taddeï vient juste de me convertir en 7’ au complotisme[4. L ’antisémitisme des imbéciles, si j’ai bien suivi.], et celui-là m’a l’air carabiné. Sur douze pages, l’hebdo nous paye un « voyage dans la France raciste » all inclusive ; même les clichés-souvenirs sont fournis. Outre nos trois têtes d’affiche, on y côtoie entre autres Renaud Camus et Finkielkraut, un maire UDI de Cholet et même « Monique, retraitée de 65 ans au Mans », qui visiblement n’a pas bien compris la question.  Leur point commun, savez-vous : le rejet de l’autre en tant qu’autre – qu’il soit arabe, juif, rom, noir, jaune ou même jeune. Eh bien, cette logique d’exclusion, Le Nouvel Obs est contre, et il ne s’en cache pas ! Pour lui, tous les hommes sont frères, y compris les femmes ; il voudrait tant que tout le monde comprenne ça, et qu’on fasse une ronde. Hélas, c’est l’inverse qui est en train de se produire : un peu partout, et sans qu’on sache bien comment ni pourquoi, « la parole raciste s’est libérée ! » Mais qui gardait la cage ?  Non seulement le racisme n’est plus « politiquement incorrect, [mais] il est devenu la doxa des temps nouveaux ». Le pire, pour le salut de leur âme, c’est que nos observateurs ne sont pas assez cons pour croire vraiment ce qu’ils racontent. D’ailleurs que disent-ils, au juste, dans ce numéro collector ? Après huit pages de gloubi-boulga où tous les méchants sont convoqués ensemble, touillés et ratatouillés, la « Haine » de la « une » fait scission : une double sur l’antisémitisme, une autre sur l’islamophobie. Et tout ça pour dire quoi, en fin de compte ? Que « le racisme, c’est mal » ? Mais ça, on savait, au moins depuis Proust. Faute de le clamer sur scène comme tout le monde, l’ami Gaspard le concède volontiers en interview, pour peu qu’il se sente en confiance.

ENFIN UNE THÈSE SUR MOI !

MARDI 21 JANVIER (221E ANNI- VERSAIRE DE LA MORT DU ROY) | Dix ans après sa dernière réédition, mon Histoire de France de Cro-Magnon à Jacques Chirac me vaut enfin les honneurs d’une (mini) thèse universitaire, mise en ligne par Leshistoriensdegarde.fr.  Ce site, tenu par les trois coauteurs du livre éponyme, s’est donné

pour mission de dénoncer les salopards qui travaillent à la résurgence d’un « roman national » aussi fictif que nauséabond, au détriment de la vraie Histoire (la leur). Et soudain, tel un Hégésippe Simon de la réaction, me voilà désigné comme leur précurseur. La classe ! Dans leur chapô, les responsables du site m’en font porter un superbe : « Une bonne partie du discours de Max Gallo, Dimitri Casali, Lorant Deutsch et Franck Ferrand est en germe dans ce livre. » Même s’il convient de recontextualiser, n’est-ce pas : « Au moment de sa sortie, en 2004, son auteur [moi] devait masquer ses outrances sous le couvert de l’humour. » Ainsi aurai-je constitué à moi tout seul « l’avant-garde des historiens de garde », ouvrant vaillamment la voie à Max, Dimitri, Lorant et les autres. Quand Zemmour sera président et Élisabeth premier ministre, ou l’inverse, j’espère avoir droit à une médaille en chocolat. Mais surtout, j’espère vivre assez longtemps pour raconter ça à mes petits-enfants[5. J’en veux au moins quatre.]. Quant à la copie proprement dite, il faut voir comment, sur trente feuillets, notre apprenti historien s’échine à décrypter cette parodie de manuel scolaire à l’ancienne pour y trouver enfin ce qu’il cherche : « les fondements du discours des historiens de garde ». Est-il vraiment gland, ce Michel Deniau, ou court-il avec des œillères pour courir plus vite ? En tout cas, sa méthode de travail est originale, qui consiste à extraire du bouquin les citations les plus épastrouillantes,  assorties de commentaires imperturbablement solennels. Le résultat, c’est du pur Bergson : du mécanique plaqué sur du vivant !  Faute de place, on ne donnera ici qu’un exemple de cet exercice. Dès la quatrième de couverture, notre futur prof d’histoire croit débusquer une phrase imprudente qui, selon lui, « permet de mettre en avant que l’ouvrage se veut sérieux sur le fond autant que fantasque sur la forme » (sic) :  Je me cite : « Basile de Koch signe ici un vrai-faux “Manuel d’histoire à l’usage des cours élémentaires” qui, compte tenu de la baisse générale du niveau, sera lu avec profit par les anciens élèves de l’ENA. » Pour l’auteur, aucun doute : ça prouve la « vocation sérieuse » de mon entreprise. Sous le masque du rire, il sent déjà la truffe, et entend aboyer d’ici la meute des « historiens de garde ». Quant à moi, hélas, j’ai bien peur de ne rien pouvoir faire pour le jeune Michel, au moins dans l’immédiat.[/access]

*Photo : Christophe Ena/AP/SIPA. AP21504341_000002.