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Europe, Mélenchon, Le Pen : Il est libre, Guaino

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On présente souvent Henri Guaino comme l’exemple du « sarkolâtre ». Il est vrai qu’en certaines occasions, l’ancien conseiller spécial avait poussé un peu loin le bouchon dans la célébration de l’ancien président. Expliquer que, sans Nicolas Sarkozy, « il n’y aurait plus de démocratie en France, dans l’Europe et dans le monde », par exemple, c’est too much. Guaino est un sentimental. Il ne le cache pas. Il n’hésite pas à témoigner de son cas personnel pour dire son opposition à la Loi Taubira. Il n’hésite pas à quitter un plateau de télévision lorsque l’insupportable Romero fait son numéro habituel au lieu de débattre. Il lui arrive aussi de perdre son sang-froid dans d’autres confrontations télévisuelles, comme face à Joseph Macé-Scaron ou Jérôme Guedj. Il est comme ça, Guaino. Entier. C’est à cette aune qu’il faut lire son lien à Nicolas Sarkozy, et les excès qui vont avec.

Pourtant, il ne faudrait pas en conclure qu’il approuve tout ce que fait l’ex-chef de l’Etat. Guaino est un sentimental mais il n’est pas un inconditionnel. Il a répété sur tous les plateaux et studios que la candidature à la présidence de l’UMP n’était pas une bonne idée. Il n’a pas dit que c’était « une connerie » mais il le pensait si fort que nous l’entendions tous, assis devant nos téléviseurs ou écoutant nos radios. Il continue aussi d’expliquer qu’il abhorre les « primaires » pour désigner un candidat, alors que Nicolas Sarkozy en accepté le principe. Lors des dernières élections européennes, il a annoncé qu’il ne voterait pas pour la liste UMP conduite par Alain Lamassoure. Certes, Nicolas Sarkozy n’était pas alors revenu officiellement mais on imagine que redevenu chef de l’UMP, ce genre de dissidence ne serait désormais plus admise.

Ce mardi sur France Info, Guaino nous a aussi gratifiés de sorties plutôt iconoclastes pour un député UMP. Alors que ses congénères rivalisent de prosternations quand on prononce le nom d’Angela Merkel, il a expliqué que Jean-Luc Mélenchon avait eu raison de tweeter en allemand « Maul zu », c’est-à-dire « « Ferme-la ». « Il a dit tout haut ce que sans doute beaucoup de gens pensent tout bas. Moi je n’emploierais pas ces mots, je dirais simplement que chacun s’occupe de ses affaires. », a indiqué la plume de Nicolas Sarkozy. Nul doute qu’il a dû faire tousser dans les rangs de l’UMP où l’on hurle à la germanophobie aussitôt qu’une once de critique est formulée en direction de la Chancelière. Mais ce n’est pas tout. Il a aussi dit ne pas comprendre la polémique autour de l’emprunt contracté auprès d’une banque russe par le Front national. Il reprend d’ailleurs sans aucune difficulté les arguments de Marine Le Pen selon lesquels le problème réside davantage dans le refus des banques françaises de prêter à un parti politique et que le taux de l’emprunt est assez cher. Alors que toute la classe politique, UMP en tête (Xavier Bertrand a d’ailleurs été très offensif sur le sujet dimanche) tire à boulets rouges sur la présidente frontiste depuis quelques jours à ce sujet, cette position d’Henri Guaino démontre une indépendance et une liberté que beaucoup pourraient lui envier, surtout quand on connaît l’image de Marine Le Pen et de la Russie réunis dans le monde politico-médiatique français.

Guaino ne va pas se faire que des copains. Il a même dû faire grincer des dents célèbres du côté de la rue de Vaugirard. Mais il s’en fiche. Il est libre, Henri.

SNCF et Shoah : la mémoire outrancière

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sncf genocide vichy

Vendredi dernier, le 5 décembre, a été révélé le contenu d’un accord trouvé entre le Département d’État américain et le ministère français des Affaires étrangères. A travers la création d’un fonds de compensation, le gouvernement français consent, après des années de procédures, à indemniser les victimes américaines du génocide juif, au nom de la participation de la SNCF à celui-ci. Près de 50 millions d’euros seront ainsi versés par la République française à plusieurs milliers de déportés survivants ou à leurs descendants.

Les motivations de cet accord sont multiples. Elles tiennent en premier lieu à la détermination, aux États-Unis, de responsables politiques, d’avocats et de groupes de pression à faire condamner, entre autres, la SNCF pour son rôle dans l’acheminement de 76000 Juifs français vers les camps de concentration nazis, entre 1942 et 1944. Elles tiennent également à certains enjeux économiques et diplomatiques : la signature de contrats pour la construction de lignes à grande vitesse outre-Atlantique est, depuis plusieurs années, bloquée dans certains États américains par de nombreuses poursuites judiciaires lancées contre la SNCF. Les gouvernements français et américain entendent en effet, par cet accord, éteindre les griefs soulevés devant les juridictions américaines pour relancer ces contrats.

La SNCF, bien que directement incriminée, n’est pas partie à l’élaboration ou à la mise en œuvre de l’accord. En tant qu’entreprise, elle bénéficie d’une immunité de juridiction accordée par le législateur américain aux entreprises étrangères implantées aux États-Unis, qui la protège de tous types de poursuites judiciaires. Mais la SNCF est un établissement public, et c’est à ce titre que le Quai d’Orsay se retrouve partie de cet accord. Par la voix de son ambassadrice aux droits de l’Homme, Mme Patrizianna Sparacino-Thiellay, la République reconnaît ainsi, par cet accord, « la responsabilité des autorités françaises » d’assumer les conséquences des activités de la société ferroviaire durant l’Occupation.

C’est ainsi qu’en 2014, des victimes de la Shoah vont être « indemnisées » par la République française au nom du régime godillot qui l’a détruite, pour les crimes d’une entreprise réquisitionnée par une dictature étrangère.

L’affaire apparaît dès lors sous son jour le plus critiquable : pour la signature de quelques contrats, le pouvoir français s’apprête à céder sur l’honneur national. Car au-delà de sa logique détestable – des sommes d’argent pour dédommager des vies perdues et pour signer quelques contrats juteux -, cet accord, en soumettant la République à l’expiation des crimes de ses contempteurs, ouvre une plaie béante dans la mémoire de la Résistance. Car c’est historiquement établi : la République a disparu le 10 juillet 1940 avec le vote des pleins pouvoirs constituants au Maréchal Pétain, et n’est reparu qu’en août 1944, avec l’installation du Gouvernement provisoire de la République française. C’est durant ces quatre années que les convois ont été affrétés. Quatre années durant lesquelles la République et son message universel n’existaient plus que dans les actes des Justes, des Résistants et des martyrs patriotes.

Car, avec cet accord, que reste-t-il de l’œuvre des Français libres aux côtés des Alliés, si leur combat victorieux est aujourd’hui rendu vain ? Quelle place laisse-t-on à la Résistance dans la mémoire nationale, si son œuvre restauratrice est niée ? Quel cas fait-on des centaines de cheminots insoumis, fusillés pour actes de Résistance, si leur entreprise réquisitionnée est hissée en parangon de culpabilité nationale ? En somme, que devient la République rétablie après-guerre par la gloire de celles et ceux qui n’ont pas transigé ? Que ses dirigeants actuels acceptent en son nom cet accord en dit long sur le sort qu’ils font à la mémoire des héros d’hier, sans qui elle n’aurait pas ressuscité.

L’enjeu de cet accord est d’autant plus critique qu’il s’inscrit dans un engrenage qui, d’année en année, voit une funeste repentance s’étendre sans limites visibles sur le territoire de la mémoire. Alors que Guillaume Pépy, président de la SNCF, reconnaissait en 2011 le rôle de « rouage » de son entreprise dans « la machine d’extermination nazie », l’accord en question franchit la digue. Et ses termes, qui n’ouvrent réparation qu’aux victimes américaines, ont pour conséquence naturelle d’ouvrir grand la voie à une concurrence entre victimes : celles françaises qui n’avaient pas été reconnues bénéficiaires de la loi de 1948 et qui sont exclues de cet accord de 2014 ont décidé de combattre cette exclusion et de prétendre aux réparations versées par la République française.

Cette affaire illustre en définitive la faiblesse des autorités françaises à opposer la raison d’État, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, aux passions légitimes mais inextinguibles des familles meurtries, en quête d’une justice dont le temps les a privées, et aux pressions des milieux financiers face à l’attrait des contrats espérés.

Alain Finkielkraut, à l’occasion du procès de Klaus Barbie, dénonçait déjà en 1989 l’utilisation de cette mémoire des victimes et des crimes d’hier pour « mettre le passé à la disposition des vivants ».  Il qualifiait la mémoire ainsi instrumentalisée de « vaine ». Avec cet accord, elle devient outrancière.

*Photo : Philippe Wojazer/AP/SIPA. AP21663165_000001.

Convertis à l’islam : Punk the Casbah!

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Mais qu’est-ce qu’ils ont à se convertir à l’islam ? Qu’est-ce qui leur prend ? Eh bien c’est simple : cette époque est navrante, désolante, castratrice… et en plus, se convertir à l’islam, il n’y a rien de plus facile. Tu regardes trois vidéos sur Internet. Le Coran sur Wikipédia. Tu prononces (je crois) « Walaouakhbawalawala » trois fois en tournant autour de ton armoire, et c’est bon, te voilà musulman ! Quinze jours sans se raser, et tu as une belle barbe de prophète. Ensuite, il faut se lever tôt pour les prières, bon…

Avant, pour emmerder ses parents, on devenait punk. Une teinture verte de chez Carrefour, un vieux blouson, vingt clébards, The Exploited à fond dans la chambre, et ça faisait bien râler la daronne. Et puis, on prenait le bateau à Saint-Malo et on filait à Londres s’acheter des patchs « Discharge ». Aujourd’hui, on fait converti et on va en Syrie, le Coran en poche et des images de série Z en tête.

Alors dites-moi pourquoi, en 2014, il n’y a plus de punks et plein de convertis ? Parce que le jeune d’aujourd’hui aime son époque, son pays et sa mère ? Vous n’y êtes pas, il les vomit tout autant qu’hier. Le problème, c’est que les punks d’aujourd’hui sont ringards. Ils sentent le chien, le pétard et la bière de chez Franprix. Ils ne font plus peur à personne. Même ma tata a été punk en 1977 !

N’empêche, ils avaient tout compris les mecs. Ils savaient que tout est dans le look.[access capability= »lire_inedits »] Si Che Guevara avait eu la gueule de Giscard, il ne se serait jamais retrouvé sur des tee-shirts ! Bon, aujourd’hui, pour épater le bourgeois et faire causer le journaliste, rien ne vaut le look « moudjahid ». Ça « virilise » n’importe qui ! Avec une djellaba et un duvet de trois semaines, le plus loser des ados passe pour la terreur du village ! Call of Duty en vrai. Il paraît qu’il y a des filles qui aiment ça, le look Wallahouakhbar. Tu peux même en avoir quatre, cinq, dix ! C’est marqué dans le Coran ! Ça fait plaisir à Allah ! T’as qu’à dérouler un tapis de prière au milieu du lycée ou dans le hall B de la fac Rennes 2. Tout le monde communiera dans la félicité antifasciste. Imaginez le scandale si une procession de curés tentait d’occuper ce haut lieu de la pensée libre.

Pourtant, quand j’y pense, promener la Sainte Vierge un mardi, à 10 heures, dans le hall de Rennes 2 en chantant « Alléluia », ce serait l’absolu de la rébellion surréaliste. L’acte dada par excellence. Mais revenons à nos chameaux. Aujourd’hui on se convertit parce que l’époque est nullasse. Plus de transcendance. iPhone. Nabinabila, écran plat. OU l’autre tendance. Antifascisse. Anticapitalisse. Antiflicisse. Antisexisse. Antihomophobisse. Ça nous fait chier. Mais chier ! MAIS CHIER !!!! VOUS NOUS FAITES CHIER !!!! TOUS !!!! Alors certains, beaucoup maintenant ! se convertissent. Look ultime. Viril ! Punk 1977 mode 2014. Attitioude ! Sens de la vie. Pas comme les plumeaux d’aujourd’hui. Pas comme les chrétiens et leurs messes ringardes.

Alors, en Occident, il va falloir retrouver rapidement un putain de truc qui transcende. Qui donne un sens à la vie. Un truc auquel on croit. Un truc qui fait bander et qui donne envie de donner sa vie pour lui. La Bretagne par exemple. Le Pays Basque ! La Corse ! L’Occitanie ! La Catalogne ! Le rêve français, faites-moi rire. Je veux un coup de neuf. Un espoir. Parce que sinon, moi aussi, je me convertis ! Allah est grand ! Bouddha est gros ! Yahvé est loin ! Je pars en Syrie et je fous à fond Les Wampas sur les haut-parleurs de la mosquée. À l’heure de la prière du vendredi ! Mon improbable exploit fera le tour du monde comme ceux de Maxime Hauchard et Jean-Claude Mohammed. Et il y a bien un squat de Brighton où on boira une bière à ma santé ![/access]

*Photo : La rappeuse Diam’s explique sa conversion à l’islam sur TF1.

Vive la crèche pour tous

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Alors comme ça, on rallume une petite guerre de religion à la veille de Noël ? C’est vrai que pendant que l’on va s’étriper autour des crèches, on ne parle pas de la régression sociale annoncée par la loi Macron et la surenchère patronale de Gattaz qui se croit tout permis. C’est pourtant joli, une crèche et qu’elle devienne un enjeu presque hystérique en ce temps de l’Avent prouve au moins trois choses.

Primo, si la loi Veil de 1974 n’a pas été acceptée par une frange de la population particulièrement bien représentée chez les contributeurs de Causeur alors qu’elle a quarante ans, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 ne l’a pas été non plus, alors qu’elle en aura bientôt 110. Cette fraction de la population, minoritaire mais aux croyances profondément enracinées comme l’a prouvée sa capacité à mobiliser contre le mariage pour tous, n’a à vrai dire rien digéré de ce qui s’est joué en matière d’émancipation depuis les Lumières, qu’il s’agisse du suffrage universel, de la condition des femmes, de la liberté de conscience, de l’égalité en droit.

Secundo, de même que le mot « laïcité » est difficilement traduisible à l’étranger, il l’est aussi, apparemment, pour les Français eux-mêmes. Des groupes de droite extrémiste s’en sont emparés pour « riposter » contre l’islamisation à moins que ce ne soit contre l’Islam lui-même, qu’il soit « de » France ou « en » France. Des maires du FN ou assimilés comme Robert Ménard ne cessent de leur côté d’avoir ce mot à la bouche dès qu’il est question de mosquées mais n’hésitent pas à dénoncer des « laïcards d’un autre temps » quand ils refusent de retirer la crèche du hall de la mairie malgré l’ordonnance préfectorale. Il faudrait savoir, monsieur le Maire.

Tertio, il est devenu impossible de parler d’entendre les  voix modérées de chaque camp sur cette question. On n’a plus le choix qu’entre des discours de croisade de la part des chrétiens intégristes, des musulmans durs, des juifs orthodoxes ou des athées façon Union rationaliste ou Amis du Chevalier de La Barre. Même le Pape se fait traiter de gauchiste quand il tient un discours de simple ouverture évangélique et l’Iran qui laisse sa population fêter Noël si elle le souhaite va bientôt nous sembler un modèle de tolérance. C’est dire où on en est arrivé, en tout cas bien loin de la hauteur de vues qui avait présidé à la commission Stasi.

Alors quoi ? Il faudrait peut-être rappeler quelques banalités de base. Si la laïcité ne doit pas s’affaiblir avec des adjectifs comme laïcité ouverte, elle ne s’est jamais définie comme une religion supplémentaire mais davantage comme la possibilité de créer des espaces et des moments où elle doit s’exercer dans la société. Les bâtiments publics en font partie, c’est vrai, mais on a aussi le droit de se souvenir que la France a existé avant la laïcité et que son histoire est chrétienne, que cela nous plaise ou non. Si la lutte a été rude pour la République contre l’Eglise, la République a finalement gagné. Elle peut se permettre d’être magnanime un mois par an et accepter une Crèche dans une mairie ou un conseil général même si les intentions politiques de ceux qui l’ont mis là ne sont pas franchement casher. Tant que les mêmes ne braillent pas parce qu’on prépare des œufs sur le plat le jour de la côtelette de porc dans les cantines, on peut sans doute y arriver avec un poil de bonne volonté.

En plus, comme d’habitude, un peu de culture générale ne ferait pas de mal. Si cela fait plaisir à quelques intégristes de surexposer des Crèches pour montrer à quel point l’Occident chrétien est combattif et à quelques excités de l’autre bord d’y voir une offense inexcusable, libre à eux. On peut aussi, comme moi et quelques autres, qui sont allés au catéchisme, ont fait leur première Communion et même leur Confirmation, ont lu l’Evangile avec passion et même parfois avec foi, mais qui ont toujours été du côté des Rouges et des Partageux mal lunés, on peut aussi, donc, voir dans Noël et dans la Crèche un récit fondateur qui raconte une histoire universelle, quel que soit le contenu religieux qu’on y met. Des parents traqués par un pouvoir cruel, un refuge d’un extrême dénuement, la naissance d’un enfant au milieu des damnés de la terre et des animaux et qui pourtant va apporter la Bonne Nouvelle.

Alors que j’apprends que les refuges pour SDF du Nord-Pas de Calais ne vont ouvrir que lorsque la température sera de -5° , il me semble que la Crèche nous parle à tous, vraiment à tous et qu’elle ne porte pas forcément le message que ceux qui l’instrumentalisent voudraient qu’on entende.

*Photo : mccartyv (pixabay).

L’université de Liège et les «salauds magnifiques» de Causeur

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Avis aux amateurs de train fantôme : n’allez pas vous abêtir dans le grand lunapark de Marne-la-Vallée, d’aujourd’hui à samedi, la Belgique wallonne se met en quatre pour vous distraire. L’université de Liège, sous l’égide du très sérieux Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) organise en effet un colloque international mystérieusement intitulé : « Les nouveaux réactionnaires : genèse, configurations, discours ». C’est peu dire que le  programme  donne envie : trois jours de conférences soutenues à une cadence stakhanoviste par des universitaires déguisés en procureurs, ça ne se loupe pas.

Sur le banc des prévenus, quelques étiquettes infamantes désignent votre journal préféré (« Des « salauds » magnifiques : ethos et interdiscours dans Causeur », sic !)[1. Un sondage express réalisé auprès de la rédaction de Causeur révèle que 100% de ses membres se disent très fiers de cette appellation!], l’excessif Philippe Muray, le pathogène Jean-Claude Michéa (« L’enseignement de l’ignorance. Crise ou invariant historique ? Les pathos des archéo-réactionnaires », un symposium qui ne nomme pas sa cible, sans doute parce que l’anarcho-réac s’avère aussi contagieux qu’Ebola), le vilain réac Jean-Paul Brighelli (« certitudes et ambiguïtés des discours réactionnaires sur l’école »), ou encore l’ambigu Michel Houellebecq (« extension ou liquidation de la lutte »). Comme dans les meilleurs procès staliniens, les prétoires seront vides, histoire de ne pas perdre de temps en donnant la parole à la défense. Que nos magistrats en prennent de la graine, on juge plus vite, plus loin et plus fort sans prévenus dans la salle…

L’ennui, c’est que l’anarcho-réac auteur de ces lignes manque de cellules grises pour comprendre tous les exposés ronflants promis çà et là. Par exemple, il sera probablement passionnant de s’interroger avec Mohamed Aaït-Arab : « Déclin français et antiaméricanisme. Quand les nouveaux réactionnaires » chaussent les bottes idéologiques des écrivains de l’entre-deux-guerres » mais le « thème vecteur » précédent énonce : « Contre la guerre, contre la paix : l’Afghanistan et l’Irak comme moments nouveaux réactionnaires ». J’en perds mon latin : est-il néo-réac, donc blâmable, de s’être opposé ou d’avoir soutenu les interventions armées en Afghanistan et en Irak ? C’est probablement selon… la tête du client, comme devrait conclure l’ultra-déterministe Didier Eribon au cours de son topo dont le seul énoncé fait déjà saliver : « La pensée de droite aujourd’hui ».

Inutile de vous le cacher : je regrette amèrement de n’avoir pu franchir la frontière pour prendre un bain de science. Mais ce n’est que partie remise. Parole d’anarcho-réac (diantre, quelle fabuleuse expression, merci à son concepteur !), je n’attendrai pas le retour des beaux jours pour revoir Bruges, Anvers et Gand. On peut penser ce qu’on veut des Flamands, toutes tendances confondues. Reste qu’ils possèdent une vertu à mes yeux inestimable : je ne les comprends pas!

Tintin au Congo : la culture au Kärcher

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C’est presque trop beau pour être vrai. Une agit-prop’ aussi dérisoire que spectaculaire : avant-hier, des militants du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) présidé par l’ineffable Louis-Georges Tin, ont investi la FNAC des Halles pour y réaliser une performance antiraciste. N’écoutant que leur courage, ces valeureux ont collé des autocollants « relents racistes, peut nuire à la santé mentale » sur les albums de Tintin au Congo. Un client parfait que le génial Georges Rémi dit Hergé ? Tout le monde n’a pas eu la chance de fricoter avec les milieux rexistes dans les années 1930 et 1940, au point que Léon Degrelle a pu s’exclamer « Tintin c’est moi »,  avant d’entamer la carrière illustre que l’on sait. Premier album d’une longue série de bandes dessinées en couleurs[1. Camarades fact-checkers, ne dégainez pas trop vite, je sais bien que Tintin au pays des soviets a précédé Tintin au Congo, mais cet album scandaleusement anticommuniste brillait par son absence non moins scandaleuse de couleurs.], Tintin au Congo reste gravé dans la mémoire collective comme un précis de racisme en pantalon de golf, le reporter du Petit vingtième suppléant les pères blancs dans leur enseignement aux petits indigènes pas très fute-fute. Quand on connaît la réalité sanguinaire de la conquête du Congo-Kinshasa par les troupes du roi Léopold II, les pérégrinations de Tintin en pays noir paraissent une partie de ballon prisonnier exotique, où autochtones et belges paternalistes rivalisent de bienveillance face aux prédateurs de la brousse.

Si j’en crois Louis-Georges Tin et ses sbires, malgré la morale en guimauve qui enrobe cet album paru en 1931 (cela ne nous rajeunit pas…), le fait d’avoir appris à lire avec Tintin au Congo devrait faire de moi un cerveau malade, autant dire raciste jusqu’à la moelle, quelque part entre Anders Breivik et un redneck échappé du Ku Klux Klan. Désolé les mecs, mais il n’en est rien. J’ai même quelques scrupules antifascistes à voir certains épingler des BD comme d’autres brûlaient des livres aux heures-les-plus-sombres. À ce compte-là, j’attends qu’on incendie Shakespeare pour son Shylock, qu’on mette Dostoïevski au pilon pour les infâmes propos antisémites qu’il lâche dans son Journal d’un écrivain, ou qu’on jette Montesquieu aux oubliettes pour avoir rejeté nos frères de couleur hors des frontières de l’humanité et refusé d’affranchir ses esclaves jusque sur son lit de mort. Amis censeurs, si vous avez la force d’adapter les grands classiques de la littérature à nos standards antiracistes, votre tâche est immense. De mauvaises langues prétendront que le CRAN ayant raté le coche du « scandale » Exhibit B au bénéfice d’un autre collectif victimaire, il se refait une virginité en tondant la laine sur le dos de Tintin. Mais qu’importe les aléas de l’histoire, il y a des autodafés qui se perdent : comme chantait Vian, faut que ça saigne !
Bon, si j’ai bien compris la logique du CRAN, il en va des avertissements aux lecteurs comme des images de poumons vérolés et de pieds défigurés illustrant les paquets de cigarette. Ces injonctions servent notre souverain Bien, nous ne saurions donc nous en soustraire sans sombrer dans la pestilence et devenir gros, raciste et fumeur. Soit dit en passant, en tant que tintinophile patenté, j’estime qu’Hergé réserve un sort peu enviable aux Japonais, qui ne sont que fourberie et cruauté, notamment dans Le lotus bleu – à quand une action en justice des enfants d’immigrés nippons ?

Il faut croire que l’indignation anti-Hergé immunise contre le virus xénophobe que ses horribles planches voudraient nous inoculer. En farfouillant dans les archives de Causeur, j’ai exhumé un papier du sieur Bennasar remonté comme une pendule contre le procès qu’intentaient (déjà) des avocats belges et français afin d’interdire l’album incriminé. Que n’ai-je consulté plus tôt la liste des soutiens de cette honorable cause…  Car, ô surprise, parmi les vedettes du barreau montées sur leurs grands léopards antiracistes, j’ai retrouvé un certain Me Gilbert Collard. Oui, il s’agit bien du secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine, devenu entre-temps député du Gard apparenté FN. À l’époque où maître Collard sur son estrade perché portait haut la moraline antifasciste, ses confrères belges et français saluaient avec des trémolos sa croisade anti-Tintin.  Mais c’était en 2009, une autre ère !

Je me garderai bien de sermonner qui que ce soit. Ni d’intenter quelque procès en insincérité en raison des engagements successifs de Collard : quoi qu’en disent les oies blanches, le marinisme n’est peut-être pas un humanisme, mais il n’appartient pas à la grande famille des racismes. « Plutôt la Corrèze que le Zambèze », claironnait Jean-Marie Le Pen en reprenant Barrès, à l’époque où Me Collard le poursuivait de sa vindicte. Depuis, la gauche postmoderne a inversé la proposition, affectionnant les lignes bleues du Tibet ou du Zaïre, quitte à escamoter l’amour des siens. Histoire de couper la poire en deux,  je laisse le mot de la fin aux Wampas : si les Dupont Lajoie avaient le portefeuille de Manu Chao, ils partiraient à Noël au moins jusqu’au Congo…

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP20932410_000004.

Hommage à Diane Lazarevic

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À l’occasion de la libération de l’otage français Serge Lazarevic, qui était détenu au Mali depuis trois ans, nous republions cet article qui n’a rien perdu de son acuité.

La rédaction 

On ne peut qu’être frappé par la symétrie de ce qu’il est convenu d’appeler l’« affaire Léonarda » et de ce que nous appellerons la « non-affaire » Diane Lazarevic.

D’un côté, un État qui s’agenouille aux pieds de l’individu et qui pousse jusqu’à l’absurde la poursuite d’une introuvable politique des droits de l’homme, le droit de l’homme étant ici le droit d’être éduqué en France. Un président de la République qui incite une jeune mineure à quitter sa famille pour bénéficier de ce droit inaliénable. Un Président qui, fidèle à ses alliés écologistes, pratique la désobéissance civile et, n’écoutant que sa conscience ou celle de sa « concubine », contredit les lois et leur application dont il est pourtant  le garant. Un Président dont on ne mesure pas suffisamment à quel point il n’agit pas par simple faiblesse psychologique, mais par idéologie.

De l’autre côté, une jeune femme dont le père est retenu en otage depuis deux ans, et qui rappelle l’Etat à la raison, en lui signifiant qu’il ne faut pas céder au chantage, parce que payer pour des otages présents c’est subventionner de futures prises d’otages ; c’est manquer, au-delà de la protection de l’individu, à la protection des ressortissants français dans leur ensemble.

D’un côté, une affaire qui prend des proportions démesurées et qui ameute le troupeau des journalistes, qui attise facilement la haine et la vindicte contre la nullité du gouvernement, car il est plus facile de tirer aujourd’hui sur l’ambulance du socialisme finissant, que de porter haut et fort un autre idéal qui soit véritablement affirmatif.

De l’autre côté, une « non-affaire » dont personne ne s’empare, et qui pourrait pourtant être le véritable symbole d’un héroïsme républicain, lequel n’a disparu que chez ceux qui s’obstinent à en déplorer la perte.  À la recherche de victimes ou de boucs émissaires, les commentateurs ne se sont pas arrêtés sur la parole si fragile et si forte de Diane Lazarevic.

Diane Lazarevic a parlé d’un au-delà de la souffrance et d’un au-delà du cas de son père. Cet au-delà est celui du politique en sa plus noble acception. C’est cet horizon du politique qu’elle a maintenu dans sa parole et qu’elle a opposé à la proposition compassionnelle qu’on lui offrait. Pour la souffrance elle a demandé qu’on lui la laisse, parce qu’il s’agit d’une affaire privée…

Ne restaient plus que les yeux effarés d’Yves Calvi et des experts présents sur le plateau, les yeux effarés des éternels spectateurs si bien dressés à s’identifier à l’éternelle victime. Mais voilà que la victime refusait le statut qu’on lui proposait et nous rappelait le tragique du politique.

Hommage à cette frêle et belle jeune femme isolée sur un plateau de télévision, et qui met sa pureté d’Antigone au service d’une raison d’Etat que plus aucun Créon n’est désormais capable d’envisager, ni même de comprendre…

*Photo : AP/SIPA. AP21576680_000001.

Les lions sont fâchés

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On ne dira jamais assez la pénible condition des animaux dans les zoos. Non seulement ils sont obligés de rester toute la journée dans des espaces plus ou moins exigus sous les yeux d’une foule stupide et amorphe mais en plus on leur donne souvent à manger n’importe quoi. C’est ce qui est arrivé aux lions du zoo de Barcelone, ce dimanche 7 décembre quand un néo-nazi catalan, ce qui est une variante relativement rare, a escaladé les grilles en plein jour pour se jeter dans la fosse des susnommés. Il s’agissait d’un certain Justo Jose et il était pour l’occasion vêtu d’un treillis militaire. Les fauves, pour leur part, soucieux de leur régime alimentaire qui leur interdit de manger des ordures, ont bien un peu chipoté avec cette nourriture putative mais finalement ont laissé les secouristes intervenir avec des lances à eaux et ramener à l’extérieur Justo Jose qui s’en est tiré avec de multiples morsures et griffures.

On recherche maintenant, du côté de la police, ce qui a poussé  Justo José a un tel comportement. Cet homme de 45 ans, ex-policier, était juste-là simplement connu pour des comportements anodins et habituels dans les milieux néo-nazis : drapeau à croix gammée brandi sur le toit d’un immeuble lors d’une manifestation anti-avortement, drapeau catalan brûlé publiquement, tatouages divers et variés célébrant le IIIème Reich. Parmi les hypothèses pour expliquer son acte, on peut retenir le désir de prouver que, comme tous les néo-nazis, il n’avait rien compris à Nietzche en voulant expérimenter la citation usée « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » ou encore  prouver qu’il pouvait faire aussi bien que Daniel, ce petit prophète juif que l’on trouve dans le livre des adeptes de la religion du vilain Nazaréen.

De leur côté,  les lions ont  réclamé, sans succès pour l’instant, l’assistance d’une cellule psychologique.

France-Russie : l’impromptu de Vnoukovo

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La rencontre impromptue du samedi 6 décembre entre les Présidents Hollande et Poutine, lors d’une escale du premier à son retour du Kazakhstan marque peut-être un tournant dans les relations avec la Russie. Ces dernières étaient devenues franchement détestables avec la crise ukrainienne, mais leur détérioration était en réalité bien antérieure à cette crise.

Même s’il ne faut pas trop attendre d’une réunion d’une heure, même si – et l’Elysée a bien tenu à le préciser – il y a eu concertation préalable avec la Chancelière Angela Merkel, il est clair que cette rencontre, organisée à la demande du Président français, constitue une étape importante dans l’amélioration de ces relations. Il faut donc s’en réjouir.

Cette rencontre, pour inattendue qu’elle ait été, n’en était pas moins prévisible. En France, tout d’abord, de nombreuses voix commençaient à se faire entendre pour souligner l’extrême fragilité de notre position, qu’on la considère sur le plan moral, en raison de la révélation progressive tant des crimes de guerre commis par certaines des troupes du gouvernement de Kiev que des conditions réelle de son arrivée au pouvoir, ou politique, avec le risque réel de déboucher sur une nouvelle « guerre froide », ou enfin économique. La France, tout comme l’Italie et l’Allemagne, a beaucoup à perdre avec le maintien des « sanctions ». Le risque de voir la Russie se détourner de l’Europe pour de longues années était bien réel. Bref, il fallait mettre un coup d’arrêt à cette logique profondément destructrice. Un tel point de vue était apparu depuis ces dernières semaines dans les milieux proches du Quai d’Orsay. Dans la conférence de presse commune qu’il avait faite avec le Président du Kazakhstan, M. Nursultan Nazerbaev, François Hollande avait largement ménagé, dans ses propos, son homologue russe. Par ailleurs, il ne pouvait pas ne pas mesurer l’incohérence d’une position qui amène la France à avoir des bonnes relations avec des pays avec lesquels les causes de conflits, qu’elles soient latentes ou explicites, sont bien plus importantes qu’avec la Russie. Ceci a été dit et répété. Tout ceci rendait nécessaire une initiative forte de la diplomatie française sur ce dossier. La visite du président François Hollande au Kazakhstan fournissait l’occasion. Elle fut donc saisie. Mais, il convient ici de rappeler que François Hollande était demandeur.

Il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas trop en attendre. Assurément, toutes les conditions pour la « désescalade » sont réunies. On a déjà noté la déclaration du Commandant en Chef des forces de l’OTAN, le général Breedlove, qui déclarait le 26 novembre dernier à Kiev qu’il n’y avait pas de troupes de combat russes dans le Donbass. Par ailleurs, un nouvel accord de cessez-le-feu entrera en vigueur le 9 décembre entre les troupes de Kiev et celles des insurgés. De plus, avec l’arrivée de l’hiver, un certain sens des réalités va s’imposer à Kiev. Des accords économiques ont d’ailleurs été signés, tant avec la Russie qu’avec les insurgés du Donbass. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la décision de Kiev de suspendre tous les salaires et tous les versements sociaux à la population du Donbass. Pour scandaleuse que puisse paraître cette mesure, il faut aussi comprendre qu’elle signifie une reconnaissance de fait que la partie insurgée n’est plus l’Ukraine. En un sens, c’est aussi une décision qui va vers une stabilisation de la situation.

On peut donc s’attendre à ce que tant l’OTAN que les Russes, comprenant que cette crise les entrainait dans une spirale dont ils pouvaient à tout instant perdre le contrôle, trouvent un intérêt commun à faire descendre la tension. Il est tout aussi certain que tel est bien l’intérêt de la France, et ceci est compris par François Hollande. Outre la pression des industriels, qui va bien au-delà de la question de la livraison des deux BPC de classe « Mistral », il conçoit que cette tension est délétère pour l’ensemble du continent.

Il n’en reste pas moins que la position de la France n’est plus aujourd’hui celle qu’elle avait dans les années 1960 et 1970. D’une part, la France a réintégré le commandement intégré des forces de l’OTAN. Cet acte nous lie bien plus étroitement que par le passé à la politique des États-Unis. D’autre part, l’existence de l’Union européenne, mais aussi le parti-pris très européiste de François Hollande, viennent limiter l’autonomie de la politique étrangère française. On sait qu’au sein de l’UE, un groupe de pays donne dans une véritable hystérie anti-russe, comme la Pologne, la Suède et les Pays Baltes. Cette hystérie est largement partagée au Parlement européen. D’autres pays, tels la Hongrie, la Slovaquie ou la Bulgarie, ont des positions bien plus compréhensives quant il s’agit de la Russie. Enfin, de ce point de vue, l’Allemagne, la France et l’Italie ont toujours adopté une attitude médiane, qui s’explique tant par leur histoire que par l’étendue de leurs relations économiques avec la Russie. Il faut comprendre que les tensions internes à l’UE étaient en train d’atteindre un point de rupture. La décision de la Russie d’annuler le projet « South Stream », prise ces derniers jours, constituait un avertissement très clair. La Russie signifiait par ce geste une préférence pour des livraisons de gaz à l’Asie (Chine, mais aussi Corée du Sud et Japon). Il est clair que, dans les motivations qui ont poussé François Hollande à demander cette rencontre à Vladimir Poutine, il y a aussi la volonté d’éviter que cette crise, si elle continuait à monter en agressivité, ne provoque des déchirements irrémédiables dans l’UE. Aussi, rien ne serait plus faux que de voir en François Hollande un « continuateur » de la politique du Général de Gaulle. Sa démarche s’inscrit dans la ligne européiste et atlantiste qui est la sienne.

Il faut maintenant considérer quels pourraient être les débouchés de cette rencontre. La situation au Donbass peut se stabiliser, si Kiev est décidé à jouer le jeu du cessez-le-feu. Mais la solution de la « fédéralisation » de l’Ukraine, telle qu’elle est officiellement défendue par la Russie, n’apparaît pas réellement applicable. Cette solution eût été possible en juin 2014, avant les combats de la fin juin au début du mois de septembre. D’ailleurs, dans certaines vidéos, on sent bien qu’au-delà de leurs divergences il y a bien le sentiment tant des militaires ukrainiens que des insurgés d’appartenir à la même Nation. Mais, aujourd’hui, il est à craindre qu’il n’y ait trop de haines inexpiables. Au mieux, la « fédéralisation » pourrait prendre la forme d’une région autonome de l’Ukraine, sur le modèle du Kurdistan comme région autonome (et de fait quasi-indépendante) de l’Irak. L’autre solution est celle d’une indépendance non-reconnue, comme c’est le cas en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. Un point important est ici celui de la monnaie. Si Kiev maintient son blocus monétaire, les responsables de Donetsk et Lougansk n’auront le choix qu’entre imprimer leur propre monnaie ou adopter le rouble russe. Dans tous les cas, ceci rendra encore plus difficile la perspective d’une future réunification de l’Ukraine.

Dans le reste de l’Ukraine, une fois l’émotion nationaliste passée, il faudra se rendre à l’évidence : le pays n’intègrera pas l’UE avant au moins vingt ans, et peut-être plus, et ne sera pas membre de l’OTAN. Les dirigeants ukrainiens ne veulent pas l’admettre alors que c’est une évidence, répétée par l’ensemble de leurs interlocuteurs officiels. Que se passera-t-il quand la population comprendra que le rêve d’une adhésion rapide à l’UE, si tant est que ce soit un « rêve », ne se réalisera pas ? Qu’à la place, elle aura affaire aux sbires de la Troïka et du FMI, et à une austérité meurtrière ainsi qu’à une destruction de toutes ses conquêtes sociales ? Dans ce contexte, tout devient possible, du retour vers la Russie à des demandes locales de rejoindre des pays de l’UE (la Galicie vers la Pologne, et la Ruthénie vers la Hongrie), qui signifieraient l’éclatement pur et simple du pays.

La rencontre entre les Présidents Hollande et Poutine a été un pas en direction d’une meilleure compréhension réciproque. Mais, le chemin pour désamorcer la défiance qui s’est accumulée des deux côtés sera long tant sont importants et durables les griefs. Il faut comprendre que la crise ukrainienne a cristallisé plus qu’elle n’a créé ces griefs qui se sont accumulés, surtout du côté russe, depuis 1998. Que l’on se souvienne de l’affaire du Kosovo, de l’intervention des parachutistes russes à Pristina, ou de la décision américaine d’envahir l’Irak en 2003. Si l’on veut rétablir la confiance il faudra mettre toutes ces questions sur la table. Pour cela une conférence, sur le modèle de celle qui se tint à Helsinki en 1975, s’impose. La conférence historique CSCE (ou Conference on Security and Cooperation in Europe) fut en effet une étape majeure dans le rétablissement d’un véritable dialogue entre les pays du Pacte de Varsovie et l’OTAN. Mais, cette fois, le dialogue devra être limité aux seuls pays européens, ce qui revient à en exclure les États-Unis et le Canada. J’ai déjà présenté l’idée de cette conférence dans une table ronde organisée par la Douma à Moscou, le 25 novembre. J’en rappelle ici les thèmes qui me semblent importants. Il y en a trois :

  • Définir les règles qui permettent de gérer la contradiction existant entre les principes westphaliens et ceux nés des Lumières et de la Révolution française de 1789. La souveraineté de l’État demeure la pierre de touche de toutes les relations internationales, mais aussi de la démocratie à l’intérieur de chaque État. Mais, certains principes comme le droit de décider de son propre futur et la nécessité de protéger les populations ont acquis une importance grandissante. La question est de savoir comment ces principes contradictoires peuvent se réconcilier avec le moins d’ambiguïté possible. Il n’est plus possible de voir les règles internationales subverties comme on le vit au Kosovo pour ensuite entendre les pays de l’UE proclamer leur attachement indéfectible à ces mêmes règles.
  • Définir les règles de la sécurité collective, mais aussi du possible emploi de la force militaire, en Europe et dans sa périphérie. Le traité CFE est mort mais il nous faut un autre traité. Il doit inclure des règles sur l’utilisation légitime de la force militaire, là encore avec le moins d’ambiguïté possible. L’idée d’un monde où nulle force militaire ne serait nécessaire n’est pas aujourd’hui réaliste. Ce traité permettrait de résoudre des situations comme celles de la Libye en 2011 ou celle qui est en train de se développer à la frontière entre la Syrie et l’Irak, ou encore celle qui se développe en Afrique sub-sahélienne où la France intervient militairement depuis janvier 2013.
  • Définir les règles de la coopération économique, scientifique et culturelle. La coopération est nécessaire non seulement entre les États mais aussi entre des régions constituées de différents États. Nous devons trouver des règles communes gouvernant cette coopération sans mettre en danger le principe de souveraineté tel qu’il est définit dans le premier point. Le problème principal est ici d’atteindre la coopération et non de désigner d’en-haut quelque nouvel État “supranational” sous un quelconque travesti économique ou social.

Ce programme est ambitieux, mais il est le seul qui puisse permettre de reconstruire une véritable confiance qui est nécessaire si nous voulons réellement dépasser la situation actuelle. Cependant, pour atteindre cet objectif, il est nécessaire que meurent certains comportements et certains discours. Le premier est la prétention des pays de l’Union Européenne de vouloir représenter l’Europe et en même temps d’être les porteurs des plus hautes valeurs morales. C’est ce que l’on peut appeler « l’exceptionnalisme » européen, tout aussi nocif que l’exceptionnalisme américain. Il faut se souvenir que l’Europe n’est pas l’UE. Ceci est vrai au sens géographique, au sens culturel et aussi dans un sens politique. Les discours au sujet des “valeurs européennes” que l’on entend dans différentes capitales ne servent en fait qu’à établir une nouvelle barrière idéologique à la coopération. Non que le développement des institutions de l’UE n’ait donné lieu à des débats vigoureux et importants. Mais revendiquer une position dominante en ce qui concerne les “valeurs morales” est ici sans fondement et est en fait autodestructeur. Les pays de l’UE ont à plusieurs reprises manqué à leurs prétendus “principes,” que ce soit dans les affaires internationales comme avec le Kosovo et plus tard avec la participation de certains pays de l’UE (comme la Pologne) dans la guerre d’agression des États-Unis contre l’Iraq en 2003, ainsi que dans leurs affaires intérieures.

Il faudra donc que l’Union européenne fasse preuve d’humilité et de raison si elle veut aboutir à une véritable confiance avec la Russie.

 *Photo : Alexei Druzhinin/AP/SIPA. AP21663523_000024.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

Insécurité : la justice tourne à vide

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Jean de Maillard est vice-président au tribunal de grande instance de Paris, où il est aujourd’hui représentant du syndicat FO-Magistrats. Il a occupé des fonctions pénales pendant la plus grande partie de sa carrière. Parallèlement, il a publié plusieurs livres sur le lien entre la mondialisation et la criminalité et de nombreux articles de réflexion sur la justice. Son dernier livre, La Fabrique du temps nouveau. Entretiens sur la civilisation néolibérale, a été publié en 2011 par les éditions Temps Présent.  

Élisabeth Lévy. Un grand nombre de Français ont le sentiment que la police et la justice ne les protègent plus, notamment contre l’insécurité quotidienne – que l’on camoufle pudiquement dans le package des incivilités. Que nous disent les chiffres ?

Jean de Maillard. Les chiffres nous disent des choses paradoxales. Depuis le milieu des années 1990, quand on prend les statistiques du ministère de la Justice, on constate une baisse de 15 % du nombre de procédures des services de police et de gendarmerie reçues par les parquets. Or, dans le même temps, les juridictions pénales ont doublé leur activité. Cherchez l’erreur !

Oui, comment est-ce possible ?

Eh bien, c’est possible, parce que la justice tourne aujourd’hui à vide ! La chaîne répressive, depuis le commissariat de quartier ou la brigade du village jusqu’au tribunal correctionnel ou la cour d’appel, fonctionne sur une matière qui n’a plus à voir avec la réalité vécue, mais avec la seule réalité dont veut bien se saisir la police et celle que veut bien ensuite traiter la justice.

Pouvez-vous donner un exemple concret ?

Bien sûr. Supposons que vous vouliez porter plainte après avoir été victime d’une escroquerie sur Internet. Si vous insistez beaucoup, on vous fera attendre trois heures dans le couloir du commissariat ; et si vous vous obstinez, au moment d’enregistrer votre plainte, on vous dit que cela ne servira à rien car il n’y aura pas d’enquête. Et, effectivement, il n’y aura pas d’enquête.

Voulez-vous dire que les policiers s’efforcent de décourager les attentes des citoyens au lieu d’y répondre ?

Il faut bien voir qu’ils sont souvent eux-mêmes débordés. Laissez-moi vous donner un autre exemple, dans mon environnement proche. Il s’agit d’un couple de personnes âgées, le mari est handicapé, et ils habitent au 1er étage d’un immeuble. La nuit, la femme entend du bruit à travers la fenêtre laissée ouverte, elle se lève, et voit deux malfrats cagoulés en train d’escalader son balcon avec un grappin et une corde. Elle crie, et ils prennent la fuite. Elle compose le 17, et on lui demande : « Sont-ils toujours là ? » Elle : « Non, ils sont partis. » « Mais madame, vous pouvez aller vous recoucher, ils ne reviendront pas ! » Et personne ne s’est dérangé ![access capability= »lire_inedits »]

Mais la police se plaint d’arrêter des délinquants que les tribunaux relâchent.

La police devrait peut-être s’interroger sur ses méthodes. La doctrine policière, c’est de faire « du crâne », le crâne étant le petit bâton inscrit dans l’état statistique qui comptabilise les affaires élucidées. Comme on n’a plus le temps de faire de la dentelle puisqu’il faut des résultats visibles, le meilleur moyen d’élucider une affaire, c’est de ne pas enquêter trop loin. Vous interpellez un second couteau et basta – je l’ai vu souvent dans les affaires de drogue, où on coffrait la mule sans chercher à remonter à ses fournisseurs. Une arrestation, trois interrogatoires et votre dossier est plié. Trop souvent, hélas, quand un dossier est gros, il est vide, et quand il est petit, il est plein..

Quoi qu’il en soit, cela n’explique pas la suractivité judiciaire…

Celle-ci est un leurre ! Il faut bien comprendre que l’objectif de tout gouvernement est de faire baisser les « chiffres de l’insécurité » (d’où la mauvaise volonté de la police), tout en donnant l’impression d’une activité très soutenue. Le système judiciaire s’est donc adapté de façon à pouvoir, dans la masse des procès-verbaux qui lui arrivent, traiter le maximum de procédures en produisant le minimum de résultats, c’est-à-dire en évitant le plus possible d’avoir à juger les auteurs de délits. On a doublé en 20 ans le nombre de contentieux traités, mais pas les moyens pour le faire. La moitié des PV sont donc traités en direct par les parquets selon des voies douces qui permettent de ne pas passer par la case « procès » : saisine du délégué du procureur, compositions pénales (petites amendes), « plaider-coupable » ou encore rappels à la loi, dont on imagine l’effet dissuasif… Certes, du point de vue de la justice, cela concerne des affaires mineures. Mais pour le justiciable ordinaire, cela peut être l’affaire de sa vie. Et l’on ne pense guère aux victimes. Le problème est de faire la différence selon que les affaires méritent ou non des poursuites : or quand la chaîne pénale doit choisir entre le complexe et le simple, ses méthodes et ses moyens la dirigent vers le facile et le visible.

Peut-on écoper d’un simple « rappel à la loi » pour des actes de violence ?

Oui, surtout si les auteurs sont des mineurs. Quand il s’agit des mineurs, tout le système, à commencer par les juges et tribunaux pour enfants (âgés de moins de 18 ans), est exclusivement orienté vers la « réinsertion » ou l’« insertion », et pas du tout vers la sanction. Tout est fait pour gommer l’aspect pénal des comportements. On ne jure plus que par ce que le Code pénal lui-même qualifie de « justice restauratrice », censée ramener le délinquant dans le droit chemin.

Objectif fort louable et empreint d’excellents sentiments. Cela ne revient-il pas à transformer les juges en assistantes sociales ?

Exactement. Et c’est aussi vrai pour les majeurs, qui échappent de plus en plus à la prison. On nous dit qu’il n’y a pas de place en prison, et c’est un fait, puisque le programme de construction n’a pas suivi l’évolution démographique ni l’évolution réelle de la délinquance (mesurée par l’Observatoire national de la délinquance, et non par les statistiques de police). Or, les deux conjuguées ont abouti simultanément à une augmentation du nombre de peines de prison prononcées et à une explosion des peines alternatives. On parle de la première augmentation, jamais de la seconde. Quand les affaires arrivent à l’audience (c’est-à-dire, rappelons-le, dans la moitié des cas transmis à la justice), les tribunaux prononcent massivement des sursis avec mise à l’épreuve pour les peines les plus lourdes, ou des peines fermes inférieures à deux ans, et donc aménageables. Aujourd’hui, les peines d’emprisonnement supérieures à deux ans sont rares.

La femme qui a insulté Christiane Taubira n’a pas bénéficié de peine alternative, il me semble…

Pour le moment, elle n’est pas définitivement condamnée, et il s’agit d’une procédure hors norme compte tenu de la qualité de la victime, ce qui explique peut-être que les juges se soient emballés. Mais si sa condamnation devient définitive, son exécution dépendra du juge d’application des peines. J’ignore ce qu’il fera dans un tel cas, mais il faut savoir qu’il détient un pouvoir très étendu de modifier les peines prononcées par les tribunaux en les remplaçant purement et simplement par des bracelets électroniques, des libérations conditionnelles ou des régimes de semi-liberté aujourd’hui accordés dans des conditions assez étonnantes – par exemple, pour s’occuper d’un enfant à charge. Je résume : les tribunaux ne sont plus saisis que de la moitié des affaires qui arrivent aux parquets, et les peines qu’ils prononcent sont souvent allègrement déconstruites par les juges d’application des peines. Mais je rappelle que c’est la loi, puisque l’aménagement de la peine est un droit.

C’est peut-être le plus grave : à Paris, le juge Thiel dit qu’en dessous de deux ans, la consigne est de ne pas incarcérer.

Je crois que c’est une réalité. Les parquets et les juges de l’application des peines doivent gérer une situation qui deviendrait explosive s’ils ne mettaient pas dehors à tour de bras les condamnés. J’ai vu des condamnés convoqués par le JAP pour un aménagement de peine, alors qu’ils avaient commis de nouveaux délits en récidive dans les jours précédant la convocation. Alors que le juge le savait, ils bénéficiaient quand même du bracelet électronique ! J’ai vu aussi qu’un conseiller de probation pouvait cacher au JAP que le délinquant avait récidivé pendant qu’il avait le bracelet électronique sans que celui-ci soit par conséquent révoqué ! Je ne jurerais pas que, dans certains cas, les JAP ne ferment pas les yeux pour ne pas avoir à réincarcérer des condamnés qui exécutent ainsi leur peine.

En clair, il faut avoir commis des actes très graves pour aller en prison ?

Nous ne parlons ici que des délits, pas des crimes. Il est clair que le premier délit, quelle que soit sa gravité, ne vous conduira très certainement jamais en prison. Les délinquants ont droit à un coup pour rien, parfois d’ailleurs beaucoup plus…

L’ensemble de la machine judiciaire serait donc saisi par l’idéologie compassionnelle ?

Chez certains, c’est du compassionnalisme, chez d’autres, c’est un choix de société, chez la plupart, c’est la pression de l’environnement. À leur décharge, je dirais que nous n’avons plus de repères puisque plus personne ne veut assumer la prison. Les juges savent que les conditions de détention sont déplorables, ils ont envie de croire comme tout le monde ce qu’on leur dit surla réinsertion. On fait donc comme si on pouvait régler quoi que ce soit en prononçant des obligations de travailler pour des chômeurs quand il y en a cinq millions dans le pays, des obligations de se faire soigner pour des gens qui ont des personnalités déstructurées, psychopathes, etc. En supposant que ce soit la solution, il n’y a pas l’ombre d’un moyen pour la mettre en œuvre ! La chancellerie n’est même pas en mesure de savoir combien de condamnés sous le régime du sursis avec mise à l’épreuve récidivent pendant leur mise à l’épreuve, ni même combien de dossiers de condamnés censés être suivis par des éducateurs sont cachés dans les armoires. Il y a pourtant un profil qui va toujours en prison : personnalité déstructurée, totalement désocialisée, multirécidiviste, et de préférence un étranger. Mais si vous avez une solution, donnez-la moi.

Voulez-vous dire que les juges condamnent au faciès ?

Bien sûr que non, mais il faut appeler un chat un chat. La seule délinquance que connaît la justice, c’est la délinquance de rue et des paumés. Notre filet attrape les petits poissons mais laisse toujours passer les gros. La population pénale est donc composée des délinquants les plus visibles. Figurez-vous qu’en plus, c’est une chance pour les services répressifs, puisque ce sont souvent les affaires les plus simples, donc les plus faciles à résoudre. Mais cette population qu’on met en prison est aussi celle pour laquelle on déploie tout l’arsenal des peines alternatives pour l’en faire sortir au plus vite.

Quoi qu’il en soit, si les juges sont invités à jouer les nounous, les prisons sont-elles en train de devenir des hôpitaux psychiatriques ? N’y a-t-il pas dans nos prisons beaucoup de gens qui devraient être en hôpital psychiatrique ?[1. Selon des estimations reprises par les pouvoirs publics, et notamment d’après les chiffres de l’OIP, il y aurait près de 25 % de personnes atteintes de troubles mentaux en prison. Cette proportion a beaucoup augmenté ces dernières années (une des raisons : suppression de nombreuses places en unité psychiatrique).] 

Si ! Et on devrait se demander pourquoi. Aujourd’hui, la société – et je ne parle pas de la prison – produit de plus en plus de psychopathes et de déséquilibrés, car elle déstructure toutes les institutions : famille, école, justice, travail… Certains n’ont plus aucun ancrage social. On a par exemple des gamins qui depuis l’âge de 7 ans font le « chouf » (le guet) pour le business dans les banlieues et passent ensuite au niveau supérieur pour gagner plus d’argent. Et même ceux qui ne le font pas ont un rapport perverti à la loi et à l’autre… Le rapport à l’autre s’est complètement modifié, avec comme conséquence une violence intrinsèque et palpable dans les relations sociales !

Des tas de gens grandissent en banlieue et ne deviennent pas des criminels pour autant !

Heureusement qu’il n’y a pas de fatalité ! Je dis seulement que, dans l’ensemble des couches de la société, on observe des comportements de moins en moins civiques, voire de plus en plus violents. Et ils s’aggravent au fur et à mesure que les gens ont moins de contrôle sur eux-mêmes. Plus une personne est insérée dans la société, plus elle a en général du contrôle de soi. Mais, aujourd’hui, on voit des gens parfaitement intégrés péter les plombs. Et si ces gens-là déjà ne sont plus capables de s’autocontrôler, qu’advient-il des autres ? Si je vois dans le métro quelqu’un qui met les pieds sur une banquette, est-ce que je suis sûr qu’il ne va pas sortir un couteau si je lui fais une remarque ? Et si je vois une femme se faire importuner, aurai-je raison d’intervenir en dessous d’un certain niveau de tension, au risque de déclencher quelque chose de pire ?

L’idéologie que vous décrivez – l’excuse, la compassion, la mauvaise conscience de punir – est plutôt de gauche. Or, les représentativités syndicales laissent penser que la magistrature est un corps plutôt droitier.

Tout d’abord, la magistrature est un corps avant tout docile, qui a tendance à faire ce qu’on lui dit et à penser comme on attend de lui qu’il pense. Le pouvoir hiérarchique qui pèse sur les juges n’est pas une vue de l’esprit. Cela étant, il ne s’agit pas d’une idéologie de gauche, mais d’une idéologie de bobos, de classes sociales coupées des réalités. Je voudrais savoir combien de magistrats en France ont assisté un jour à une bagarre de rue et a fortiori y ont été impliqués ? Et combien se sont fait agresser ? J’ai vu des magistrats qui n’étaient jamais sortis de leur beaux quartiers reprocher à des gendarmes d’avoir utilisé leur arme pour se défendre dans une fusillade, au risque de commettre l’irréparable…

En tout cas, les juges ne voient pas toujours d’un bon œil les citoyens qui se défendent ou s’interposent…

La légitime défense est un droit, il reste ensuite à évaluer comment elle est utilisée, car elle est strictement définie. Une bonne justice est de faire la différence entre ceux qui veulent jouer les vengeurs et ceux qui ne cherchent qu’à se protéger ou à protéger leurs proches.

Il y a quelque temps, un homme qui avait empêché une agression en frappant l’agresseur a été condamné !

Je comprends que, dans un tel cas, on interpelle la justice.

En dehors de ces cas qui défraient la chronique, on voit fleurir les associations de vigilance citoyenne, un peu à l’américaine. Il semble d’ailleurs que cela produise de bons résultats.

Dès qu’on installe quelque part une surveillance, une protection passive, on fait diminuer le risque. Cela révèle d’ailleurs une nouvelle inégalité. Ceux qui vivent dans des immeubles sécurisés, à l’abri de caméras de surveillance, n’ont pas besoin de comité de quartier pour se protéger. Ils ne risquent pas d’être traités de Dupont-Lajoie.

Ce n’est pas ce que raconte le reportage de Pascal Bories dans le quartier de la Bastille à Paris.

Je vous parle de la sécurité passive, qui consiste à mettre en place des modes de sécurité permanents, pour faire face à des menaces ordinaires. Tous les quartiers ne sont pas égaux devant l’insécurité, et un comité de vigilance ne vous met pas non plus à l’abri. Cela dit, quel espoir, quel recours y a-t-il quand on vit au fin fond d’une région désindustrialisée, dans un lotissement où plus personne ne vient, ou dans un quartier qui est régulièrement la cible de raids des cités avoisinantes, déserté par les services publics et oublié par la police ? La seule issue qui reste aux gens, c’est de se regrouper pour se protéger eux-mêmes. Et, jusque-là, les citoyens font preuve d’une très grande maturité en essayant de pallier la déliquescence des services publics dans les zones à haut risque. On n’observe pas de passages à l’acte « sans retour ». Mais cela pourrait arriver un jour.

Pour le moment, les vigilants sont armés de leurs seuls téléphones portables… Il n’y pas d’explosion des ventes d’armes, mais il semble que des commerçants sont plus nombreux à se procurer des armes à feu.

Les ventes d’armes légales n’augmentent pas, mais les armes illégales, il y en a autant qu’on veut. Quant aux permis, on n’en donnera pas aux commerçants, exception faite des bijoutiers, et ils n’auront pas non plus d’armes illégales. Ils savent que s’ils font usage d’armes, ils n’auront pas le droit à l’indulgence : comme on est ici dans l’idéologie qui considère que le délinquant est un malheureux, victime de sa propre délinquance, le commerçant n’est pas délinquant, donc pas malheureux, et ne peut être victime de l’acte qu’il a commis. Donc il sera entièrement responsable et il n’aura droit à aucune compassion judiciaire.

La loi Taubira, qui instaure la « contrainte pénale », aggrave-t-elle les tendances que vous décrivez ?

Je crois qu’en pratique la contrainte pénale aura peu d’effet. Mais, symboliquement, comment pourrait-elle ne pas en avoir, puisqu’elle officialise la conception d’une justice non punitive ? On n’a plus à rendre compte de ce que l’on fait, on a toujours une excuse, et même quand on en n’a plus aucune, la société est toujours là pour vous aider à vous en sortir.

Est-ce ce que veulent les juges ou ce que veut le pouvoir ?

C’est ce que veut l’état d’esprit qui nous gouverne.[/access]

*Photo : VILLARD/SIPA.  00696146_000003.

Europe, Mélenchon, Le Pen : Il est libre, Guaino

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guaino melenchon marine russie

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On présente souvent Henri Guaino comme l’exemple du « sarkolâtre ». Il est vrai qu’en certaines occasions, l’ancien conseiller spécial avait poussé un peu loin le bouchon dans la célébration de l’ancien président. Expliquer que, sans Nicolas Sarkozy, « il n’y aurait plus de démocratie en France, dans l’Europe et dans le monde », par exemple, c’est too much. Guaino est un sentimental. Il ne le cache pas. Il n’hésite pas à témoigner de son cas personnel pour dire son opposition à la Loi Taubira. Il n’hésite pas à quitter un plateau de télévision lorsque l’insupportable Romero fait son numéro habituel au lieu de débattre. Il lui arrive aussi de perdre son sang-froid dans d’autres confrontations télévisuelles, comme face à Joseph Macé-Scaron ou Jérôme Guedj. Il est comme ça, Guaino. Entier. C’est à cette aune qu’il faut lire son lien à Nicolas Sarkozy, et les excès qui vont avec.

Pourtant, il ne faudrait pas en conclure qu’il approuve tout ce que fait l’ex-chef de l’Etat. Guaino est un sentimental mais il n’est pas un inconditionnel. Il a répété sur tous les plateaux et studios que la candidature à la présidence de l’UMP n’était pas une bonne idée. Il n’a pas dit que c’était « une connerie » mais il le pensait si fort que nous l’entendions tous, assis devant nos téléviseurs ou écoutant nos radios. Il continue aussi d’expliquer qu’il abhorre les « primaires » pour désigner un candidat, alors que Nicolas Sarkozy en accepté le principe. Lors des dernières élections européennes, il a annoncé qu’il ne voterait pas pour la liste UMP conduite par Alain Lamassoure. Certes, Nicolas Sarkozy n’était pas alors revenu officiellement mais on imagine que redevenu chef de l’UMP, ce genre de dissidence ne serait désormais plus admise.

Ce mardi sur France Info, Guaino nous a aussi gratifiés de sorties plutôt iconoclastes pour un député UMP. Alors que ses congénères rivalisent de prosternations quand on prononce le nom d’Angela Merkel, il a expliqué que Jean-Luc Mélenchon avait eu raison de tweeter en allemand « Maul zu », c’est-à-dire « « Ferme-la ». « Il a dit tout haut ce que sans doute beaucoup de gens pensent tout bas. Moi je n’emploierais pas ces mots, je dirais simplement que chacun s’occupe de ses affaires. », a indiqué la plume de Nicolas Sarkozy. Nul doute qu’il a dû faire tousser dans les rangs de l’UMP où l’on hurle à la germanophobie aussitôt qu’une once de critique est formulée en direction de la Chancelière. Mais ce n’est pas tout. Il a aussi dit ne pas comprendre la polémique autour de l’emprunt contracté auprès d’une banque russe par le Front national. Il reprend d’ailleurs sans aucune difficulté les arguments de Marine Le Pen selon lesquels le problème réside davantage dans le refus des banques françaises de prêter à un parti politique et que le taux de l’emprunt est assez cher. Alors que toute la classe politique, UMP en tête (Xavier Bertrand a d’ailleurs été très offensif sur le sujet dimanche) tire à boulets rouges sur la présidente frontiste depuis quelques jours à ce sujet, cette position d’Henri Guaino démontre une indépendance et une liberté que beaucoup pourraient lui envier, surtout quand on connaît l’image de Marine Le Pen et de la Russie réunis dans le monde politico-médiatique français.

Guaino ne va pas se faire que des copains. Il a même dû faire grincer des dents célèbres du côté de la rue de Vaugirard. Mais il s’en fiche. Il est libre, Henri.

SNCF et Shoah : la mémoire outrancière

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sncf genocide vichy

sncf genocide vichy

Vendredi dernier, le 5 décembre, a été révélé le contenu d’un accord trouvé entre le Département d’État américain et le ministère français des Affaires étrangères. A travers la création d’un fonds de compensation, le gouvernement français consent, après des années de procédures, à indemniser les victimes américaines du génocide juif, au nom de la participation de la SNCF à celui-ci. Près de 50 millions d’euros seront ainsi versés par la République française à plusieurs milliers de déportés survivants ou à leurs descendants.

Les motivations de cet accord sont multiples. Elles tiennent en premier lieu à la détermination, aux États-Unis, de responsables politiques, d’avocats et de groupes de pression à faire condamner, entre autres, la SNCF pour son rôle dans l’acheminement de 76000 Juifs français vers les camps de concentration nazis, entre 1942 et 1944. Elles tiennent également à certains enjeux économiques et diplomatiques : la signature de contrats pour la construction de lignes à grande vitesse outre-Atlantique est, depuis plusieurs années, bloquée dans certains États américains par de nombreuses poursuites judiciaires lancées contre la SNCF. Les gouvernements français et américain entendent en effet, par cet accord, éteindre les griefs soulevés devant les juridictions américaines pour relancer ces contrats.

La SNCF, bien que directement incriminée, n’est pas partie à l’élaboration ou à la mise en œuvre de l’accord. En tant qu’entreprise, elle bénéficie d’une immunité de juridiction accordée par le législateur américain aux entreprises étrangères implantées aux États-Unis, qui la protège de tous types de poursuites judiciaires. Mais la SNCF est un établissement public, et c’est à ce titre que le Quai d’Orsay se retrouve partie de cet accord. Par la voix de son ambassadrice aux droits de l’Homme, Mme Patrizianna Sparacino-Thiellay, la République reconnaît ainsi, par cet accord, « la responsabilité des autorités françaises » d’assumer les conséquences des activités de la société ferroviaire durant l’Occupation.

C’est ainsi qu’en 2014, des victimes de la Shoah vont être « indemnisées » par la République française au nom du régime godillot qui l’a détruite, pour les crimes d’une entreprise réquisitionnée par une dictature étrangère.

L’affaire apparaît dès lors sous son jour le plus critiquable : pour la signature de quelques contrats, le pouvoir français s’apprête à céder sur l’honneur national. Car au-delà de sa logique détestable – des sommes d’argent pour dédommager des vies perdues et pour signer quelques contrats juteux -, cet accord, en soumettant la République à l’expiation des crimes de ses contempteurs, ouvre une plaie béante dans la mémoire de la Résistance. Car c’est historiquement établi : la République a disparu le 10 juillet 1940 avec le vote des pleins pouvoirs constituants au Maréchal Pétain, et n’est reparu qu’en août 1944, avec l’installation du Gouvernement provisoire de la République française. C’est durant ces quatre années que les convois ont été affrétés. Quatre années durant lesquelles la République et son message universel n’existaient plus que dans les actes des Justes, des Résistants et des martyrs patriotes.

Car, avec cet accord, que reste-t-il de l’œuvre des Français libres aux côtés des Alliés, si leur combat victorieux est aujourd’hui rendu vain ? Quelle place laisse-t-on à la Résistance dans la mémoire nationale, si son œuvre restauratrice est niée ? Quel cas fait-on des centaines de cheminots insoumis, fusillés pour actes de Résistance, si leur entreprise réquisitionnée est hissée en parangon de culpabilité nationale ? En somme, que devient la République rétablie après-guerre par la gloire de celles et ceux qui n’ont pas transigé ? Que ses dirigeants actuels acceptent en son nom cet accord en dit long sur le sort qu’ils font à la mémoire des héros d’hier, sans qui elle n’aurait pas ressuscité.

L’enjeu de cet accord est d’autant plus critique qu’il s’inscrit dans un engrenage qui, d’année en année, voit une funeste repentance s’étendre sans limites visibles sur le territoire de la mémoire. Alors que Guillaume Pépy, président de la SNCF, reconnaissait en 2011 le rôle de « rouage » de son entreprise dans « la machine d’extermination nazie », l’accord en question franchit la digue. Et ses termes, qui n’ouvrent réparation qu’aux victimes américaines, ont pour conséquence naturelle d’ouvrir grand la voie à une concurrence entre victimes : celles françaises qui n’avaient pas été reconnues bénéficiaires de la loi de 1948 et qui sont exclues de cet accord de 2014 ont décidé de combattre cette exclusion et de prétendre aux réparations versées par la République française.

Cette affaire illustre en définitive la faiblesse des autorités françaises à opposer la raison d’État, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, aux passions légitimes mais inextinguibles des familles meurtries, en quête d’une justice dont le temps les a privées, et aux pressions des milieux financiers face à l’attrait des contrats espérés.

Alain Finkielkraut, à l’occasion du procès de Klaus Barbie, dénonçait déjà en 1989 l’utilisation de cette mémoire des victimes et des crimes d’hier pour « mettre le passé à la disposition des vivants ».  Il qualifiait la mémoire ainsi instrumentalisée de « vaine ». Avec cet accord, elle devient outrancière.

*Photo : Philippe Wojazer/AP/SIPA. AP21663165_000001.

Convertis à l’islam : Punk the Casbah!

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diams convertis islam

diams convertis islam

Mais qu’est-ce qu’ils ont à se convertir à l’islam ? Qu’est-ce qui leur prend ? Eh bien c’est simple : cette époque est navrante, désolante, castratrice… et en plus, se convertir à l’islam, il n’y a rien de plus facile. Tu regardes trois vidéos sur Internet. Le Coran sur Wikipédia. Tu prononces (je crois) « Walaouakhbawalawala » trois fois en tournant autour de ton armoire, et c’est bon, te voilà musulman ! Quinze jours sans se raser, et tu as une belle barbe de prophète. Ensuite, il faut se lever tôt pour les prières, bon…

Avant, pour emmerder ses parents, on devenait punk. Une teinture verte de chez Carrefour, un vieux blouson, vingt clébards, The Exploited à fond dans la chambre, et ça faisait bien râler la daronne. Et puis, on prenait le bateau à Saint-Malo et on filait à Londres s’acheter des patchs « Discharge ». Aujourd’hui, on fait converti et on va en Syrie, le Coran en poche et des images de série Z en tête.

Alors dites-moi pourquoi, en 2014, il n’y a plus de punks et plein de convertis ? Parce que le jeune d’aujourd’hui aime son époque, son pays et sa mère ? Vous n’y êtes pas, il les vomit tout autant qu’hier. Le problème, c’est que les punks d’aujourd’hui sont ringards. Ils sentent le chien, le pétard et la bière de chez Franprix. Ils ne font plus peur à personne. Même ma tata a été punk en 1977 !

N’empêche, ils avaient tout compris les mecs. Ils savaient que tout est dans le look.[access capability= »lire_inedits »] Si Che Guevara avait eu la gueule de Giscard, il ne se serait jamais retrouvé sur des tee-shirts ! Bon, aujourd’hui, pour épater le bourgeois et faire causer le journaliste, rien ne vaut le look « moudjahid ». Ça « virilise » n’importe qui ! Avec une djellaba et un duvet de trois semaines, le plus loser des ados passe pour la terreur du village ! Call of Duty en vrai. Il paraît qu’il y a des filles qui aiment ça, le look Wallahouakhbar. Tu peux même en avoir quatre, cinq, dix ! C’est marqué dans le Coran ! Ça fait plaisir à Allah ! T’as qu’à dérouler un tapis de prière au milieu du lycée ou dans le hall B de la fac Rennes 2. Tout le monde communiera dans la félicité antifasciste. Imaginez le scandale si une procession de curés tentait d’occuper ce haut lieu de la pensée libre.

Pourtant, quand j’y pense, promener la Sainte Vierge un mardi, à 10 heures, dans le hall de Rennes 2 en chantant « Alléluia », ce serait l’absolu de la rébellion surréaliste. L’acte dada par excellence. Mais revenons à nos chameaux. Aujourd’hui on se convertit parce que l’époque est nullasse. Plus de transcendance. iPhone. Nabinabila, écran plat. OU l’autre tendance. Antifascisse. Anticapitalisse. Antiflicisse. Antisexisse. Antihomophobisse. Ça nous fait chier. Mais chier ! MAIS CHIER !!!! VOUS NOUS FAITES CHIER !!!! TOUS !!!! Alors certains, beaucoup maintenant ! se convertissent. Look ultime. Viril ! Punk 1977 mode 2014. Attitioude ! Sens de la vie. Pas comme les plumeaux d’aujourd’hui. Pas comme les chrétiens et leurs messes ringardes.

Alors, en Occident, il va falloir retrouver rapidement un putain de truc qui transcende. Qui donne un sens à la vie. Un truc auquel on croit. Un truc qui fait bander et qui donne envie de donner sa vie pour lui. La Bretagne par exemple. Le Pays Basque ! La Corse ! L’Occitanie ! La Catalogne ! Le rêve français, faites-moi rire. Je veux un coup de neuf. Un espoir. Parce que sinon, moi aussi, je me convertis ! Allah est grand ! Bouddha est gros ! Yahvé est loin ! Je pars en Syrie et je fous à fond Les Wampas sur les haut-parleurs de la mosquée. À l’heure de la prière du vendredi ! Mon improbable exploit fera le tour du monde comme ceux de Maxime Hauchard et Jean-Claude Mohammed. Et il y a bien un squat de Brighton où on boira une bière à ma santé ![/access]

*Photo : La rappeuse Diam’s explique sa conversion à l’islam sur TF1.

Vive la crèche pour tous

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creche noel beziers vendee

creche noel beziers vendee

Alors comme ça, on rallume une petite guerre de religion à la veille de Noël ? C’est vrai que pendant que l’on va s’étriper autour des crèches, on ne parle pas de la régression sociale annoncée par la loi Macron et la surenchère patronale de Gattaz qui se croit tout permis. C’est pourtant joli, une crèche et qu’elle devienne un enjeu presque hystérique en ce temps de l’Avent prouve au moins trois choses.

Primo, si la loi Veil de 1974 n’a pas été acceptée par une frange de la population particulièrement bien représentée chez les contributeurs de Causeur alors qu’elle a quarante ans, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 ne l’a pas été non plus, alors qu’elle en aura bientôt 110. Cette fraction de la population, minoritaire mais aux croyances profondément enracinées comme l’a prouvée sa capacité à mobiliser contre le mariage pour tous, n’a à vrai dire rien digéré de ce qui s’est joué en matière d’émancipation depuis les Lumières, qu’il s’agisse du suffrage universel, de la condition des femmes, de la liberté de conscience, de l’égalité en droit.

Secundo, de même que le mot « laïcité » est difficilement traduisible à l’étranger, il l’est aussi, apparemment, pour les Français eux-mêmes. Des groupes de droite extrémiste s’en sont emparés pour « riposter » contre l’islamisation à moins que ce ne soit contre l’Islam lui-même, qu’il soit « de » France ou « en » France. Des maires du FN ou assimilés comme Robert Ménard ne cessent de leur côté d’avoir ce mot à la bouche dès qu’il est question de mosquées mais n’hésitent pas à dénoncer des « laïcards d’un autre temps » quand ils refusent de retirer la crèche du hall de la mairie malgré l’ordonnance préfectorale. Il faudrait savoir, monsieur le Maire.

Tertio, il est devenu impossible de parler d’entendre les  voix modérées de chaque camp sur cette question. On n’a plus le choix qu’entre des discours de croisade de la part des chrétiens intégristes, des musulmans durs, des juifs orthodoxes ou des athées façon Union rationaliste ou Amis du Chevalier de La Barre. Même le Pape se fait traiter de gauchiste quand il tient un discours de simple ouverture évangélique et l’Iran qui laisse sa population fêter Noël si elle le souhaite va bientôt nous sembler un modèle de tolérance. C’est dire où on en est arrivé, en tout cas bien loin de la hauteur de vues qui avait présidé à la commission Stasi.

Alors quoi ? Il faudrait peut-être rappeler quelques banalités de base. Si la laïcité ne doit pas s’affaiblir avec des adjectifs comme laïcité ouverte, elle ne s’est jamais définie comme une religion supplémentaire mais davantage comme la possibilité de créer des espaces et des moments où elle doit s’exercer dans la société. Les bâtiments publics en font partie, c’est vrai, mais on a aussi le droit de se souvenir que la France a existé avant la laïcité et que son histoire est chrétienne, que cela nous plaise ou non. Si la lutte a été rude pour la République contre l’Eglise, la République a finalement gagné. Elle peut se permettre d’être magnanime un mois par an et accepter une Crèche dans une mairie ou un conseil général même si les intentions politiques de ceux qui l’ont mis là ne sont pas franchement casher. Tant que les mêmes ne braillent pas parce qu’on prépare des œufs sur le plat le jour de la côtelette de porc dans les cantines, on peut sans doute y arriver avec un poil de bonne volonté.

En plus, comme d’habitude, un peu de culture générale ne ferait pas de mal. Si cela fait plaisir à quelques intégristes de surexposer des Crèches pour montrer à quel point l’Occident chrétien est combattif et à quelques excités de l’autre bord d’y voir une offense inexcusable, libre à eux. On peut aussi, comme moi et quelques autres, qui sont allés au catéchisme, ont fait leur première Communion et même leur Confirmation, ont lu l’Evangile avec passion et même parfois avec foi, mais qui ont toujours été du côté des Rouges et des Partageux mal lunés, on peut aussi, donc, voir dans Noël et dans la Crèche un récit fondateur qui raconte une histoire universelle, quel que soit le contenu religieux qu’on y met. Des parents traqués par un pouvoir cruel, un refuge d’un extrême dénuement, la naissance d’un enfant au milieu des damnés de la terre et des animaux et qui pourtant va apporter la Bonne Nouvelle.

Alors que j’apprends que les refuges pour SDF du Nord-Pas de Calais ne vont ouvrir que lorsque la température sera de -5° , il me semble que la Crèche nous parle à tous, vraiment à tous et qu’elle ne porte pas forcément le message que ceux qui l’instrumentalisent voudraient qu’on entende.

*Photo : mccartyv (pixabay).

L’université de Liège et les «salauds magnifiques» de Causeur

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Avis aux amateurs de train fantôme : n’allez pas vous abêtir dans le grand lunapark de Marne-la-Vallée, d’aujourd’hui à samedi, la Belgique wallonne se met en quatre pour vous distraire. L’université de Liège, sous l’égide du très sérieux Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) organise en effet un colloque international mystérieusement intitulé : « Les nouveaux réactionnaires : genèse, configurations, discours ». C’est peu dire que le  programme  donne envie : trois jours de conférences soutenues à une cadence stakhanoviste par des universitaires déguisés en procureurs, ça ne se loupe pas.

Sur le banc des prévenus, quelques étiquettes infamantes désignent votre journal préféré (« Des « salauds » magnifiques : ethos et interdiscours dans Causeur », sic !)[1. Un sondage express réalisé auprès de la rédaction de Causeur révèle que 100% de ses membres se disent très fiers de cette appellation!], l’excessif Philippe Muray, le pathogène Jean-Claude Michéa (« L’enseignement de l’ignorance. Crise ou invariant historique ? Les pathos des archéo-réactionnaires », un symposium qui ne nomme pas sa cible, sans doute parce que l’anarcho-réac s’avère aussi contagieux qu’Ebola), le vilain réac Jean-Paul Brighelli (« certitudes et ambiguïtés des discours réactionnaires sur l’école »), ou encore l’ambigu Michel Houellebecq (« extension ou liquidation de la lutte »). Comme dans les meilleurs procès staliniens, les prétoires seront vides, histoire de ne pas perdre de temps en donnant la parole à la défense. Que nos magistrats en prennent de la graine, on juge plus vite, plus loin et plus fort sans prévenus dans la salle…

L’ennui, c’est que l’anarcho-réac auteur de ces lignes manque de cellules grises pour comprendre tous les exposés ronflants promis çà et là. Par exemple, il sera probablement passionnant de s’interroger avec Mohamed Aaït-Arab : « Déclin français et antiaméricanisme. Quand les nouveaux réactionnaires » chaussent les bottes idéologiques des écrivains de l’entre-deux-guerres » mais le « thème vecteur » précédent énonce : « Contre la guerre, contre la paix : l’Afghanistan et l’Irak comme moments nouveaux réactionnaires ». J’en perds mon latin : est-il néo-réac, donc blâmable, de s’être opposé ou d’avoir soutenu les interventions armées en Afghanistan et en Irak ? C’est probablement selon… la tête du client, comme devrait conclure l’ultra-déterministe Didier Eribon au cours de son topo dont le seul énoncé fait déjà saliver : « La pensée de droite aujourd’hui ».

Inutile de vous le cacher : je regrette amèrement de n’avoir pu franchir la frontière pour prendre un bain de science. Mais ce n’est que partie remise. Parole d’anarcho-réac (diantre, quelle fabuleuse expression, merci à son concepteur !), je n’attendrai pas le retour des beaux jours pour revoir Bruges, Anvers et Gand. On peut penser ce qu’on veut des Flamands, toutes tendances confondues. Reste qu’ils possèdent une vertu à mes yeux inestimable : je ne les comprends pas!

Tintin au Congo : la culture au Kärcher

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tintin cran tin collard

tintin cran tin collard

C’est presque trop beau pour être vrai. Une agit-prop’ aussi dérisoire que spectaculaire : avant-hier, des militants du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) présidé par l’ineffable Louis-Georges Tin, ont investi la FNAC des Halles pour y réaliser une performance antiraciste. N’écoutant que leur courage, ces valeureux ont collé des autocollants « relents racistes, peut nuire à la santé mentale » sur les albums de Tintin au Congo. Un client parfait que le génial Georges Rémi dit Hergé ? Tout le monde n’a pas eu la chance de fricoter avec les milieux rexistes dans les années 1930 et 1940, au point que Léon Degrelle a pu s’exclamer « Tintin c’est moi »,  avant d’entamer la carrière illustre que l’on sait. Premier album d’une longue série de bandes dessinées en couleurs[1. Camarades fact-checkers, ne dégainez pas trop vite, je sais bien que Tintin au pays des soviets a précédé Tintin au Congo, mais cet album scandaleusement anticommuniste brillait par son absence non moins scandaleuse de couleurs.], Tintin au Congo reste gravé dans la mémoire collective comme un précis de racisme en pantalon de golf, le reporter du Petit vingtième suppléant les pères blancs dans leur enseignement aux petits indigènes pas très fute-fute. Quand on connaît la réalité sanguinaire de la conquête du Congo-Kinshasa par les troupes du roi Léopold II, les pérégrinations de Tintin en pays noir paraissent une partie de ballon prisonnier exotique, où autochtones et belges paternalistes rivalisent de bienveillance face aux prédateurs de la brousse.

Si j’en crois Louis-Georges Tin et ses sbires, malgré la morale en guimauve qui enrobe cet album paru en 1931 (cela ne nous rajeunit pas…), le fait d’avoir appris à lire avec Tintin au Congo devrait faire de moi un cerveau malade, autant dire raciste jusqu’à la moelle, quelque part entre Anders Breivik et un redneck échappé du Ku Klux Klan. Désolé les mecs, mais il n’en est rien. J’ai même quelques scrupules antifascistes à voir certains épingler des BD comme d’autres brûlaient des livres aux heures-les-plus-sombres. À ce compte-là, j’attends qu’on incendie Shakespeare pour son Shylock, qu’on mette Dostoïevski au pilon pour les infâmes propos antisémites qu’il lâche dans son Journal d’un écrivain, ou qu’on jette Montesquieu aux oubliettes pour avoir rejeté nos frères de couleur hors des frontières de l’humanité et refusé d’affranchir ses esclaves jusque sur son lit de mort. Amis censeurs, si vous avez la force d’adapter les grands classiques de la littérature à nos standards antiracistes, votre tâche est immense. De mauvaises langues prétendront que le CRAN ayant raté le coche du « scandale » Exhibit B au bénéfice d’un autre collectif victimaire, il se refait une virginité en tondant la laine sur le dos de Tintin. Mais qu’importe les aléas de l’histoire, il y a des autodafés qui se perdent : comme chantait Vian, faut que ça saigne !
Bon, si j’ai bien compris la logique du CRAN, il en va des avertissements aux lecteurs comme des images de poumons vérolés et de pieds défigurés illustrant les paquets de cigarette. Ces injonctions servent notre souverain Bien, nous ne saurions donc nous en soustraire sans sombrer dans la pestilence et devenir gros, raciste et fumeur. Soit dit en passant, en tant que tintinophile patenté, j’estime qu’Hergé réserve un sort peu enviable aux Japonais, qui ne sont que fourberie et cruauté, notamment dans Le lotus bleu – à quand une action en justice des enfants d’immigrés nippons ?

Il faut croire que l’indignation anti-Hergé immunise contre le virus xénophobe que ses horribles planches voudraient nous inoculer. En farfouillant dans les archives de Causeur, j’ai exhumé un papier du sieur Bennasar remonté comme une pendule contre le procès qu’intentaient (déjà) des avocats belges et français afin d’interdire l’album incriminé. Que n’ai-je consulté plus tôt la liste des soutiens de cette honorable cause…  Car, ô surprise, parmi les vedettes du barreau montées sur leurs grands léopards antiracistes, j’ai retrouvé un certain Me Gilbert Collard. Oui, il s’agit bien du secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine, devenu entre-temps député du Gard apparenté FN. À l’époque où maître Collard sur son estrade perché portait haut la moraline antifasciste, ses confrères belges et français saluaient avec des trémolos sa croisade anti-Tintin.  Mais c’était en 2009, une autre ère !

Je me garderai bien de sermonner qui que ce soit. Ni d’intenter quelque procès en insincérité en raison des engagements successifs de Collard : quoi qu’en disent les oies blanches, le marinisme n’est peut-être pas un humanisme, mais il n’appartient pas à la grande famille des racismes. « Plutôt la Corrèze que le Zambèze », claironnait Jean-Marie Le Pen en reprenant Barrès, à l’époque où Me Collard le poursuivait de sa vindicte. Depuis, la gauche postmoderne a inversé la proposition, affectionnant les lignes bleues du Tibet ou du Zaïre, quitte à escamoter l’amour des siens. Histoire de couper la poire en deux,  je laisse le mot de la fin aux Wampas : si les Dupont Lajoie avaient le portefeuille de Manu Chao, ils partiraient à Noël au moins jusqu’au Congo…

*Photo : Virginia Mayo/AP/SIPA. AP20932410_000004.

Hommage à Diane Lazarevic

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serge lazarevic mali

serge lazarevic mali

À l’occasion de la libération de l’otage français Serge Lazarevic, qui était détenu au Mali depuis trois ans, nous republions cet article qui n’a rien perdu de son acuité.

La rédaction 

On ne peut qu’être frappé par la symétrie de ce qu’il est convenu d’appeler l’« affaire Léonarda » et de ce que nous appellerons la « non-affaire » Diane Lazarevic.

D’un côté, un État qui s’agenouille aux pieds de l’individu et qui pousse jusqu’à l’absurde la poursuite d’une introuvable politique des droits de l’homme, le droit de l’homme étant ici le droit d’être éduqué en France. Un président de la République qui incite une jeune mineure à quitter sa famille pour bénéficier de ce droit inaliénable. Un Président qui, fidèle à ses alliés écologistes, pratique la désobéissance civile et, n’écoutant que sa conscience ou celle de sa « concubine », contredit les lois et leur application dont il est pourtant  le garant. Un Président dont on ne mesure pas suffisamment à quel point il n’agit pas par simple faiblesse psychologique, mais par idéologie.

De l’autre côté, une jeune femme dont le père est retenu en otage depuis deux ans, et qui rappelle l’Etat à la raison, en lui signifiant qu’il ne faut pas céder au chantage, parce que payer pour des otages présents c’est subventionner de futures prises d’otages ; c’est manquer, au-delà de la protection de l’individu, à la protection des ressortissants français dans leur ensemble.

D’un côté, une affaire qui prend des proportions démesurées et qui ameute le troupeau des journalistes, qui attise facilement la haine et la vindicte contre la nullité du gouvernement, car il est plus facile de tirer aujourd’hui sur l’ambulance du socialisme finissant, que de porter haut et fort un autre idéal qui soit véritablement affirmatif.

De l’autre côté, une « non-affaire » dont personne ne s’empare, et qui pourrait pourtant être le véritable symbole d’un héroïsme républicain, lequel n’a disparu que chez ceux qui s’obstinent à en déplorer la perte.  À la recherche de victimes ou de boucs émissaires, les commentateurs ne se sont pas arrêtés sur la parole si fragile et si forte de Diane Lazarevic.

Diane Lazarevic a parlé d’un au-delà de la souffrance et d’un au-delà du cas de son père. Cet au-delà est celui du politique en sa plus noble acception. C’est cet horizon du politique qu’elle a maintenu dans sa parole et qu’elle a opposé à la proposition compassionnelle qu’on lui offrait. Pour la souffrance elle a demandé qu’on lui la laisse, parce qu’il s’agit d’une affaire privée…

Ne restaient plus que les yeux effarés d’Yves Calvi et des experts présents sur le plateau, les yeux effarés des éternels spectateurs si bien dressés à s’identifier à l’éternelle victime. Mais voilà que la victime refusait le statut qu’on lui proposait et nous rappelait le tragique du politique.

Hommage à cette frêle et belle jeune femme isolée sur un plateau de télévision, et qui met sa pureté d’Antigone au service d’une raison d’Etat que plus aucun Créon n’est désormais capable d’envisager, ni même de comprendre…

*Photo : AP/SIPA. AP21576680_000001.

Les lions sont fâchés

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On ne dira jamais assez la pénible condition des animaux dans les zoos. Non seulement ils sont obligés de rester toute la journée dans des espaces plus ou moins exigus sous les yeux d’une foule stupide et amorphe mais en plus on leur donne souvent à manger n’importe quoi. C’est ce qui est arrivé aux lions du zoo de Barcelone, ce dimanche 7 décembre quand un néo-nazi catalan, ce qui est une variante relativement rare, a escaladé les grilles en plein jour pour se jeter dans la fosse des susnommés. Il s’agissait d’un certain Justo Jose et il était pour l’occasion vêtu d’un treillis militaire. Les fauves, pour leur part, soucieux de leur régime alimentaire qui leur interdit de manger des ordures, ont bien un peu chipoté avec cette nourriture putative mais finalement ont laissé les secouristes intervenir avec des lances à eaux et ramener à l’extérieur Justo Jose qui s’en est tiré avec de multiples morsures et griffures.

On recherche maintenant, du côté de la police, ce qui a poussé  Justo José a un tel comportement. Cet homme de 45 ans, ex-policier, était juste-là simplement connu pour des comportements anodins et habituels dans les milieux néo-nazis : drapeau à croix gammée brandi sur le toit d’un immeuble lors d’une manifestation anti-avortement, drapeau catalan brûlé publiquement, tatouages divers et variés célébrant le IIIème Reich. Parmi les hypothèses pour expliquer son acte, on peut retenir le désir de prouver que, comme tous les néo-nazis, il n’avait rien compris à Nietzche en voulant expérimenter la citation usée « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » ou encore  prouver qu’il pouvait faire aussi bien que Daniel, ce petit prophète juif que l’on trouve dans le livre des adeptes de la religion du vilain Nazaréen.

De leur côté,  les lions ont  réclamé, sans succès pour l’instant, l’assistance d’une cellule psychologique.

France-Russie : l’impromptu de Vnoukovo

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poutine hollande moscou ukraine

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La rencontre impromptue du samedi 6 décembre entre les Présidents Hollande et Poutine, lors d’une escale du premier à son retour du Kazakhstan marque peut-être un tournant dans les relations avec la Russie. Ces dernières étaient devenues franchement détestables avec la crise ukrainienne, mais leur détérioration était en réalité bien antérieure à cette crise.

Même s’il ne faut pas trop attendre d’une réunion d’une heure, même si – et l’Elysée a bien tenu à le préciser – il y a eu concertation préalable avec la Chancelière Angela Merkel, il est clair que cette rencontre, organisée à la demande du Président français, constitue une étape importante dans l’amélioration de ces relations. Il faut donc s’en réjouir.

Cette rencontre, pour inattendue qu’elle ait été, n’en était pas moins prévisible. En France, tout d’abord, de nombreuses voix commençaient à se faire entendre pour souligner l’extrême fragilité de notre position, qu’on la considère sur le plan moral, en raison de la révélation progressive tant des crimes de guerre commis par certaines des troupes du gouvernement de Kiev que des conditions réelle de son arrivée au pouvoir, ou politique, avec le risque réel de déboucher sur une nouvelle « guerre froide », ou enfin économique. La France, tout comme l’Italie et l’Allemagne, a beaucoup à perdre avec le maintien des « sanctions ». Le risque de voir la Russie se détourner de l’Europe pour de longues années était bien réel. Bref, il fallait mettre un coup d’arrêt à cette logique profondément destructrice. Un tel point de vue était apparu depuis ces dernières semaines dans les milieux proches du Quai d’Orsay. Dans la conférence de presse commune qu’il avait faite avec le Président du Kazakhstan, M. Nursultan Nazerbaev, François Hollande avait largement ménagé, dans ses propos, son homologue russe. Par ailleurs, il ne pouvait pas ne pas mesurer l’incohérence d’une position qui amène la France à avoir des bonnes relations avec des pays avec lesquels les causes de conflits, qu’elles soient latentes ou explicites, sont bien plus importantes qu’avec la Russie. Ceci a été dit et répété. Tout ceci rendait nécessaire une initiative forte de la diplomatie française sur ce dossier. La visite du président François Hollande au Kazakhstan fournissait l’occasion. Elle fut donc saisie. Mais, il convient ici de rappeler que François Hollande était demandeur.

Il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas trop en attendre. Assurément, toutes les conditions pour la « désescalade » sont réunies. On a déjà noté la déclaration du Commandant en Chef des forces de l’OTAN, le général Breedlove, qui déclarait le 26 novembre dernier à Kiev qu’il n’y avait pas de troupes de combat russes dans le Donbass. Par ailleurs, un nouvel accord de cessez-le-feu entrera en vigueur le 9 décembre entre les troupes de Kiev et celles des insurgés. De plus, avec l’arrivée de l’hiver, un certain sens des réalités va s’imposer à Kiev. Des accords économiques ont d’ailleurs été signés, tant avec la Russie qu’avec les insurgés du Donbass. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la décision de Kiev de suspendre tous les salaires et tous les versements sociaux à la population du Donbass. Pour scandaleuse que puisse paraître cette mesure, il faut aussi comprendre qu’elle signifie une reconnaissance de fait que la partie insurgée n’est plus l’Ukraine. En un sens, c’est aussi une décision qui va vers une stabilisation de la situation.

On peut donc s’attendre à ce que tant l’OTAN que les Russes, comprenant que cette crise les entrainait dans une spirale dont ils pouvaient à tout instant perdre le contrôle, trouvent un intérêt commun à faire descendre la tension. Il est tout aussi certain que tel est bien l’intérêt de la France, et ceci est compris par François Hollande. Outre la pression des industriels, qui va bien au-delà de la question de la livraison des deux BPC de classe « Mistral », il conçoit que cette tension est délétère pour l’ensemble du continent.

Il n’en reste pas moins que la position de la France n’est plus aujourd’hui celle qu’elle avait dans les années 1960 et 1970. D’une part, la France a réintégré le commandement intégré des forces de l’OTAN. Cet acte nous lie bien plus étroitement que par le passé à la politique des États-Unis. D’autre part, l’existence de l’Union européenne, mais aussi le parti-pris très européiste de François Hollande, viennent limiter l’autonomie de la politique étrangère française. On sait qu’au sein de l’UE, un groupe de pays donne dans une véritable hystérie anti-russe, comme la Pologne, la Suède et les Pays Baltes. Cette hystérie est largement partagée au Parlement européen. D’autres pays, tels la Hongrie, la Slovaquie ou la Bulgarie, ont des positions bien plus compréhensives quant il s’agit de la Russie. Enfin, de ce point de vue, l’Allemagne, la France et l’Italie ont toujours adopté une attitude médiane, qui s’explique tant par leur histoire que par l’étendue de leurs relations économiques avec la Russie. Il faut comprendre que les tensions internes à l’UE étaient en train d’atteindre un point de rupture. La décision de la Russie d’annuler le projet « South Stream », prise ces derniers jours, constituait un avertissement très clair. La Russie signifiait par ce geste une préférence pour des livraisons de gaz à l’Asie (Chine, mais aussi Corée du Sud et Japon). Il est clair que, dans les motivations qui ont poussé François Hollande à demander cette rencontre à Vladimir Poutine, il y a aussi la volonté d’éviter que cette crise, si elle continuait à monter en agressivité, ne provoque des déchirements irrémédiables dans l’UE. Aussi, rien ne serait plus faux que de voir en François Hollande un « continuateur » de la politique du Général de Gaulle. Sa démarche s’inscrit dans la ligne européiste et atlantiste qui est la sienne.

Il faut maintenant considérer quels pourraient être les débouchés de cette rencontre. La situation au Donbass peut se stabiliser, si Kiev est décidé à jouer le jeu du cessez-le-feu. Mais la solution de la « fédéralisation » de l’Ukraine, telle qu’elle est officiellement défendue par la Russie, n’apparaît pas réellement applicable. Cette solution eût été possible en juin 2014, avant les combats de la fin juin au début du mois de septembre. D’ailleurs, dans certaines vidéos, on sent bien qu’au-delà de leurs divergences il y a bien le sentiment tant des militaires ukrainiens que des insurgés d’appartenir à la même Nation. Mais, aujourd’hui, il est à craindre qu’il n’y ait trop de haines inexpiables. Au mieux, la « fédéralisation » pourrait prendre la forme d’une région autonome de l’Ukraine, sur le modèle du Kurdistan comme région autonome (et de fait quasi-indépendante) de l’Irak. L’autre solution est celle d’une indépendance non-reconnue, comme c’est le cas en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. Un point important est ici celui de la monnaie. Si Kiev maintient son blocus monétaire, les responsables de Donetsk et Lougansk n’auront le choix qu’entre imprimer leur propre monnaie ou adopter le rouble russe. Dans tous les cas, ceci rendra encore plus difficile la perspective d’une future réunification de l’Ukraine.

Dans le reste de l’Ukraine, une fois l’émotion nationaliste passée, il faudra se rendre à l’évidence : le pays n’intègrera pas l’UE avant au moins vingt ans, et peut-être plus, et ne sera pas membre de l’OTAN. Les dirigeants ukrainiens ne veulent pas l’admettre alors que c’est une évidence, répétée par l’ensemble de leurs interlocuteurs officiels. Que se passera-t-il quand la population comprendra que le rêve d’une adhésion rapide à l’UE, si tant est que ce soit un « rêve », ne se réalisera pas ? Qu’à la place, elle aura affaire aux sbires de la Troïka et du FMI, et à une austérité meurtrière ainsi qu’à une destruction de toutes ses conquêtes sociales ? Dans ce contexte, tout devient possible, du retour vers la Russie à des demandes locales de rejoindre des pays de l’UE (la Galicie vers la Pologne, et la Ruthénie vers la Hongrie), qui signifieraient l’éclatement pur et simple du pays.

La rencontre entre les Présidents Hollande et Poutine a été un pas en direction d’une meilleure compréhension réciproque. Mais, le chemin pour désamorcer la défiance qui s’est accumulée des deux côtés sera long tant sont importants et durables les griefs. Il faut comprendre que la crise ukrainienne a cristallisé plus qu’elle n’a créé ces griefs qui se sont accumulés, surtout du côté russe, depuis 1998. Que l’on se souvienne de l’affaire du Kosovo, de l’intervention des parachutistes russes à Pristina, ou de la décision américaine d’envahir l’Irak en 2003. Si l’on veut rétablir la confiance il faudra mettre toutes ces questions sur la table. Pour cela une conférence, sur le modèle de celle qui se tint à Helsinki en 1975, s’impose. La conférence historique CSCE (ou Conference on Security and Cooperation in Europe) fut en effet une étape majeure dans le rétablissement d’un véritable dialogue entre les pays du Pacte de Varsovie et l’OTAN. Mais, cette fois, le dialogue devra être limité aux seuls pays européens, ce qui revient à en exclure les États-Unis et le Canada. J’ai déjà présenté l’idée de cette conférence dans une table ronde organisée par la Douma à Moscou, le 25 novembre. J’en rappelle ici les thèmes qui me semblent importants. Il y en a trois :

  • Définir les règles qui permettent de gérer la contradiction existant entre les principes westphaliens et ceux nés des Lumières et de la Révolution française de 1789. La souveraineté de l’État demeure la pierre de touche de toutes les relations internationales, mais aussi de la démocratie à l’intérieur de chaque État. Mais, certains principes comme le droit de décider de son propre futur et la nécessité de protéger les populations ont acquis une importance grandissante. La question est de savoir comment ces principes contradictoires peuvent se réconcilier avec le moins d’ambiguïté possible. Il n’est plus possible de voir les règles internationales subverties comme on le vit au Kosovo pour ensuite entendre les pays de l’UE proclamer leur attachement indéfectible à ces mêmes règles.
  • Définir les règles de la sécurité collective, mais aussi du possible emploi de la force militaire, en Europe et dans sa périphérie. Le traité CFE est mort mais il nous faut un autre traité. Il doit inclure des règles sur l’utilisation légitime de la force militaire, là encore avec le moins d’ambiguïté possible. L’idée d’un monde où nulle force militaire ne serait nécessaire n’est pas aujourd’hui réaliste. Ce traité permettrait de résoudre des situations comme celles de la Libye en 2011 ou celle qui est en train de se développer à la frontière entre la Syrie et l’Irak, ou encore celle qui se développe en Afrique sub-sahélienne où la France intervient militairement depuis janvier 2013.
  • Définir les règles de la coopération économique, scientifique et culturelle. La coopération est nécessaire non seulement entre les États mais aussi entre des régions constituées de différents États. Nous devons trouver des règles communes gouvernant cette coopération sans mettre en danger le principe de souveraineté tel qu’il est définit dans le premier point. Le problème principal est ici d’atteindre la coopération et non de désigner d’en-haut quelque nouvel État “supranational” sous un quelconque travesti économique ou social.

Ce programme est ambitieux, mais il est le seul qui puisse permettre de reconstruire une véritable confiance qui est nécessaire si nous voulons réellement dépasser la situation actuelle. Cependant, pour atteindre cet objectif, il est nécessaire que meurent certains comportements et certains discours. Le premier est la prétention des pays de l’Union Européenne de vouloir représenter l’Europe et en même temps d’être les porteurs des plus hautes valeurs morales. C’est ce que l’on peut appeler « l’exceptionnalisme » européen, tout aussi nocif que l’exceptionnalisme américain. Il faut se souvenir que l’Europe n’est pas l’UE. Ceci est vrai au sens géographique, au sens culturel et aussi dans un sens politique. Les discours au sujet des “valeurs européennes” que l’on entend dans différentes capitales ne servent en fait qu’à établir une nouvelle barrière idéologique à la coopération. Non que le développement des institutions de l’UE n’ait donné lieu à des débats vigoureux et importants. Mais revendiquer une position dominante en ce qui concerne les “valeurs morales” est ici sans fondement et est en fait autodestructeur. Les pays de l’UE ont à plusieurs reprises manqué à leurs prétendus “principes,” que ce soit dans les affaires internationales comme avec le Kosovo et plus tard avec la participation de certains pays de l’UE (comme la Pologne) dans la guerre d’agression des États-Unis contre l’Iraq en 2003, ainsi que dans leurs affaires intérieures.

Il faudra donc que l’Union européenne fasse preuve d’humilité et de raison si elle veut aboutir à une véritable confiance avec la Russie.

 *Photo : Alexei Druzhinin/AP/SIPA. AP21663523_000024.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

Insécurité : la justice tourne à vide

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taubira jean maillard juges

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Jean de Maillard est vice-président au tribunal de grande instance de Paris, où il est aujourd’hui représentant du syndicat FO-Magistrats. Il a occupé des fonctions pénales pendant la plus grande partie de sa carrière. Parallèlement, il a publié plusieurs livres sur le lien entre la mondialisation et la criminalité et de nombreux articles de réflexion sur la justice. Son dernier livre, La Fabrique du temps nouveau. Entretiens sur la civilisation néolibérale, a été publié en 2011 par les éditions Temps Présent.  

Élisabeth Lévy. Un grand nombre de Français ont le sentiment que la police et la justice ne les protègent plus, notamment contre l’insécurité quotidienne – que l’on camoufle pudiquement dans le package des incivilités. Que nous disent les chiffres ?

Jean de Maillard. Les chiffres nous disent des choses paradoxales. Depuis le milieu des années 1990, quand on prend les statistiques du ministère de la Justice, on constate une baisse de 15 % du nombre de procédures des services de police et de gendarmerie reçues par les parquets. Or, dans le même temps, les juridictions pénales ont doublé leur activité. Cherchez l’erreur !

Oui, comment est-ce possible ?

Eh bien, c’est possible, parce que la justice tourne aujourd’hui à vide ! La chaîne répressive, depuis le commissariat de quartier ou la brigade du village jusqu’au tribunal correctionnel ou la cour d’appel, fonctionne sur une matière qui n’a plus à voir avec la réalité vécue, mais avec la seule réalité dont veut bien se saisir la police et celle que veut bien ensuite traiter la justice.

Pouvez-vous donner un exemple concret ?

Bien sûr. Supposons que vous vouliez porter plainte après avoir été victime d’une escroquerie sur Internet. Si vous insistez beaucoup, on vous fera attendre trois heures dans le couloir du commissariat ; et si vous vous obstinez, au moment d’enregistrer votre plainte, on vous dit que cela ne servira à rien car il n’y aura pas d’enquête. Et, effectivement, il n’y aura pas d’enquête.

Voulez-vous dire que les policiers s’efforcent de décourager les attentes des citoyens au lieu d’y répondre ?

Il faut bien voir qu’ils sont souvent eux-mêmes débordés. Laissez-moi vous donner un autre exemple, dans mon environnement proche. Il s’agit d’un couple de personnes âgées, le mari est handicapé, et ils habitent au 1er étage d’un immeuble. La nuit, la femme entend du bruit à travers la fenêtre laissée ouverte, elle se lève, et voit deux malfrats cagoulés en train d’escalader son balcon avec un grappin et une corde. Elle crie, et ils prennent la fuite. Elle compose le 17, et on lui demande : « Sont-ils toujours là ? » Elle : « Non, ils sont partis. » « Mais madame, vous pouvez aller vous recoucher, ils ne reviendront pas ! » Et personne ne s’est dérangé ![access capability= »lire_inedits »]

Mais la police se plaint d’arrêter des délinquants que les tribunaux relâchent.

La police devrait peut-être s’interroger sur ses méthodes. La doctrine policière, c’est de faire « du crâne », le crâne étant le petit bâton inscrit dans l’état statistique qui comptabilise les affaires élucidées. Comme on n’a plus le temps de faire de la dentelle puisqu’il faut des résultats visibles, le meilleur moyen d’élucider une affaire, c’est de ne pas enquêter trop loin. Vous interpellez un second couteau et basta – je l’ai vu souvent dans les affaires de drogue, où on coffrait la mule sans chercher à remonter à ses fournisseurs. Une arrestation, trois interrogatoires et votre dossier est plié. Trop souvent, hélas, quand un dossier est gros, il est vide, et quand il est petit, il est plein..

Quoi qu’il en soit, cela n’explique pas la suractivité judiciaire…

Celle-ci est un leurre ! Il faut bien comprendre que l’objectif de tout gouvernement est de faire baisser les « chiffres de l’insécurité » (d’où la mauvaise volonté de la police), tout en donnant l’impression d’une activité très soutenue. Le système judiciaire s’est donc adapté de façon à pouvoir, dans la masse des procès-verbaux qui lui arrivent, traiter le maximum de procédures en produisant le minimum de résultats, c’est-à-dire en évitant le plus possible d’avoir à juger les auteurs de délits. On a doublé en 20 ans le nombre de contentieux traités, mais pas les moyens pour le faire. La moitié des PV sont donc traités en direct par les parquets selon des voies douces qui permettent de ne pas passer par la case « procès » : saisine du délégué du procureur, compositions pénales (petites amendes), « plaider-coupable » ou encore rappels à la loi, dont on imagine l’effet dissuasif… Certes, du point de vue de la justice, cela concerne des affaires mineures. Mais pour le justiciable ordinaire, cela peut être l’affaire de sa vie. Et l’on ne pense guère aux victimes. Le problème est de faire la différence selon que les affaires méritent ou non des poursuites : or quand la chaîne pénale doit choisir entre le complexe et le simple, ses méthodes et ses moyens la dirigent vers le facile et le visible.

Peut-on écoper d’un simple « rappel à la loi » pour des actes de violence ?

Oui, surtout si les auteurs sont des mineurs. Quand il s’agit des mineurs, tout le système, à commencer par les juges et tribunaux pour enfants (âgés de moins de 18 ans), est exclusivement orienté vers la « réinsertion » ou l’« insertion », et pas du tout vers la sanction. Tout est fait pour gommer l’aspect pénal des comportements. On ne jure plus que par ce que le Code pénal lui-même qualifie de « justice restauratrice », censée ramener le délinquant dans le droit chemin.

Objectif fort louable et empreint d’excellents sentiments. Cela ne revient-il pas à transformer les juges en assistantes sociales ?

Exactement. Et c’est aussi vrai pour les majeurs, qui échappent de plus en plus à la prison. On nous dit qu’il n’y a pas de place en prison, et c’est un fait, puisque le programme de construction n’a pas suivi l’évolution démographique ni l’évolution réelle de la délinquance (mesurée par l’Observatoire national de la délinquance, et non par les statistiques de police). Or, les deux conjuguées ont abouti simultanément à une augmentation du nombre de peines de prison prononcées et à une explosion des peines alternatives. On parle de la première augmentation, jamais de la seconde. Quand les affaires arrivent à l’audience (c’est-à-dire, rappelons-le, dans la moitié des cas transmis à la justice), les tribunaux prononcent massivement des sursis avec mise à l’épreuve pour les peines les plus lourdes, ou des peines fermes inférieures à deux ans, et donc aménageables. Aujourd’hui, les peines d’emprisonnement supérieures à deux ans sont rares.

La femme qui a insulté Christiane Taubira n’a pas bénéficié de peine alternative, il me semble…

Pour le moment, elle n’est pas définitivement condamnée, et il s’agit d’une procédure hors norme compte tenu de la qualité de la victime, ce qui explique peut-être que les juges se soient emballés. Mais si sa condamnation devient définitive, son exécution dépendra du juge d’application des peines. J’ignore ce qu’il fera dans un tel cas, mais il faut savoir qu’il détient un pouvoir très étendu de modifier les peines prononcées par les tribunaux en les remplaçant purement et simplement par des bracelets électroniques, des libérations conditionnelles ou des régimes de semi-liberté aujourd’hui accordés dans des conditions assez étonnantes – par exemple, pour s’occuper d’un enfant à charge. Je résume : les tribunaux ne sont plus saisis que de la moitié des affaires qui arrivent aux parquets, et les peines qu’ils prononcent sont souvent allègrement déconstruites par les juges d’application des peines. Mais je rappelle que c’est la loi, puisque l’aménagement de la peine est un droit.

C’est peut-être le plus grave : à Paris, le juge Thiel dit qu’en dessous de deux ans, la consigne est de ne pas incarcérer.

Je crois que c’est une réalité. Les parquets et les juges de l’application des peines doivent gérer une situation qui deviendrait explosive s’ils ne mettaient pas dehors à tour de bras les condamnés. J’ai vu des condamnés convoqués par le JAP pour un aménagement de peine, alors qu’ils avaient commis de nouveaux délits en récidive dans les jours précédant la convocation. Alors que le juge le savait, ils bénéficiaient quand même du bracelet électronique ! J’ai vu aussi qu’un conseiller de probation pouvait cacher au JAP que le délinquant avait récidivé pendant qu’il avait le bracelet électronique sans que celui-ci soit par conséquent révoqué ! Je ne jurerais pas que, dans certains cas, les JAP ne ferment pas les yeux pour ne pas avoir à réincarcérer des condamnés qui exécutent ainsi leur peine.

En clair, il faut avoir commis des actes très graves pour aller en prison ?

Nous ne parlons ici que des délits, pas des crimes. Il est clair que le premier délit, quelle que soit sa gravité, ne vous conduira très certainement jamais en prison. Les délinquants ont droit à un coup pour rien, parfois d’ailleurs beaucoup plus…

L’ensemble de la machine judiciaire serait donc saisi par l’idéologie compassionnelle ?

Chez certains, c’est du compassionnalisme, chez d’autres, c’est un choix de société, chez la plupart, c’est la pression de l’environnement. À leur décharge, je dirais que nous n’avons plus de repères puisque plus personne ne veut assumer la prison. Les juges savent que les conditions de détention sont déplorables, ils ont envie de croire comme tout le monde ce qu’on leur dit surla réinsertion. On fait donc comme si on pouvait régler quoi que ce soit en prononçant des obligations de travailler pour des chômeurs quand il y en a cinq millions dans le pays, des obligations de se faire soigner pour des gens qui ont des personnalités déstructurées, psychopathes, etc. En supposant que ce soit la solution, il n’y a pas l’ombre d’un moyen pour la mettre en œuvre ! La chancellerie n’est même pas en mesure de savoir combien de condamnés sous le régime du sursis avec mise à l’épreuve récidivent pendant leur mise à l’épreuve, ni même combien de dossiers de condamnés censés être suivis par des éducateurs sont cachés dans les armoires. Il y a pourtant un profil qui va toujours en prison : personnalité déstructurée, totalement désocialisée, multirécidiviste, et de préférence un étranger. Mais si vous avez une solution, donnez-la moi.

Voulez-vous dire que les juges condamnent au faciès ?

Bien sûr que non, mais il faut appeler un chat un chat. La seule délinquance que connaît la justice, c’est la délinquance de rue et des paumés. Notre filet attrape les petits poissons mais laisse toujours passer les gros. La population pénale est donc composée des délinquants les plus visibles. Figurez-vous qu’en plus, c’est une chance pour les services répressifs, puisque ce sont souvent les affaires les plus simples, donc les plus faciles à résoudre. Mais cette population qu’on met en prison est aussi celle pour laquelle on déploie tout l’arsenal des peines alternatives pour l’en faire sortir au plus vite.

Quoi qu’il en soit, si les juges sont invités à jouer les nounous, les prisons sont-elles en train de devenir des hôpitaux psychiatriques ? N’y a-t-il pas dans nos prisons beaucoup de gens qui devraient être en hôpital psychiatrique ?[1. Selon des estimations reprises par les pouvoirs publics, et notamment d’après les chiffres de l’OIP, il y aurait près de 25 % de personnes atteintes de troubles mentaux en prison. Cette proportion a beaucoup augmenté ces dernières années (une des raisons : suppression de nombreuses places en unité psychiatrique).] 

Si ! Et on devrait se demander pourquoi. Aujourd’hui, la société – et je ne parle pas de la prison – produit de plus en plus de psychopathes et de déséquilibrés, car elle déstructure toutes les institutions : famille, école, justice, travail… Certains n’ont plus aucun ancrage social. On a par exemple des gamins qui depuis l’âge de 7 ans font le « chouf » (le guet) pour le business dans les banlieues et passent ensuite au niveau supérieur pour gagner plus d’argent. Et même ceux qui ne le font pas ont un rapport perverti à la loi et à l’autre… Le rapport à l’autre s’est complètement modifié, avec comme conséquence une violence intrinsèque et palpable dans les relations sociales !

Des tas de gens grandissent en banlieue et ne deviennent pas des criminels pour autant !

Heureusement qu’il n’y a pas de fatalité ! Je dis seulement que, dans l’ensemble des couches de la société, on observe des comportements de moins en moins civiques, voire de plus en plus violents. Et ils s’aggravent au fur et à mesure que les gens ont moins de contrôle sur eux-mêmes. Plus une personne est insérée dans la société, plus elle a en général du contrôle de soi. Mais, aujourd’hui, on voit des gens parfaitement intégrés péter les plombs. Et si ces gens-là déjà ne sont plus capables de s’autocontrôler, qu’advient-il des autres ? Si je vois dans le métro quelqu’un qui met les pieds sur une banquette, est-ce que je suis sûr qu’il ne va pas sortir un couteau si je lui fais une remarque ? Et si je vois une femme se faire importuner, aurai-je raison d’intervenir en dessous d’un certain niveau de tension, au risque de déclencher quelque chose de pire ?

L’idéologie que vous décrivez – l’excuse, la compassion, la mauvaise conscience de punir – est plutôt de gauche. Or, les représentativités syndicales laissent penser que la magistrature est un corps plutôt droitier.

Tout d’abord, la magistrature est un corps avant tout docile, qui a tendance à faire ce qu’on lui dit et à penser comme on attend de lui qu’il pense. Le pouvoir hiérarchique qui pèse sur les juges n’est pas une vue de l’esprit. Cela étant, il ne s’agit pas d’une idéologie de gauche, mais d’une idéologie de bobos, de classes sociales coupées des réalités. Je voudrais savoir combien de magistrats en France ont assisté un jour à une bagarre de rue et a fortiori y ont été impliqués ? Et combien se sont fait agresser ? J’ai vu des magistrats qui n’étaient jamais sortis de leur beaux quartiers reprocher à des gendarmes d’avoir utilisé leur arme pour se défendre dans une fusillade, au risque de commettre l’irréparable…

En tout cas, les juges ne voient pas toujours d’un bon œil les citoyens qui se défendent ou s’interposent…

La légitime défense est un droit, il reste ensuite à évaluer comment elle est utilisée, car elle est strictement définie. Une bonne justice est de faire la différence entre ceux qui veulent jouer les vengeurs et ceux qui ne cherchent qu’à se protéger ou à protéger leurs proches.

Il y a quelque temps, un homme qui avait empêché une agression en frappant l’agresseur a été condamné !

Je comprends que, dans un tel cas, on interpelle la justice.

En dehors de ces cas qui défraient la chronique, on voit fleurir les associations de vigilance citoyenne, un peu à l’américaine. Il semble d’ailleurs que cela produise de bons résultats.

Dès qu’on installe quelque part une surveillance, une protection passive, on fait diminuer le risque. Cela révèle d’ailleurs une nouvelle inégalité. Ceux qui vivent dans des immeubles sécurisés, à l’abri de caméras de surveillance, n’ont pas besoin de comité de quartier pour se protéger. Ils ne risquent pas d’être traités de Dupont-Lajoie.

Ce n’est pas ce que raconte le reportage de Pascal Bories dans le quartier de la Bastille à Paris.

Je vous parle de la sécurité passive, qui consiste à mettre en place des modes de sécurité permanents, pour faire face à des menaces ordinaires. Tous les quartiers ne sont pas égaux devant l’insécurité, et un comité de vigilance ne vous met pas non plus à l’abri. Cela dit, quel espoir, quel recours y a-t-il quand on vit au fin fond d’une région désindustrialisée, dans un lotissement où plus personne ne vient, ou dans un quartier qui est régulièrement la cible de raids des cités avoisinantes, déserté par les services publics et oublié par la police ? La seule issue qui reste aux gens, c’est de se regrouper pour se protéger eux-mêmes. Et, jusque-là, les citoyens font preuve d’une très grande maturité en essayant de pallier la déliquescence des services publics dans les zones à haut risque. On n’observe pas de passages à l’acte « sans retour ». Mais cela pourrait arriver un jour.

Pour le moment, les vigilants sont armés de leurs seuls téléphones portables… Il n’y pas d’explosion des ventes d’armes, mais il semble que des commerçants sont plus nombreux à se procurer des armes à feu.

Les ventes d’armes légales n’augmentent pas, mais les armes illégales, il y en a autant qu’on veut. Quant aux permis, on n’en donnera pas aux commerçants, exception faite des bijoutiers, et ils n’auront pas non plus d’armes illégales. Ils savent que s’ils font usage d’armes, ils n’auront pas le droit à l’indulgence : comme on est ici dans l’idéologie qui considère que le délinquant est un malheureux, victime de sa propre délinquance, le commerçant n’est pas délinquant, donc pas malheureux, et ne peut être victime de l’acte qu’il a commis. Donc il sera entièrement responsable et il n’aura droit à aucune compassion judiciaire.

La loi Taubira, qui instaure la « contrainte pénale », aggrave-t-elle les tendances que vous décrivez ?

Je crois qu’en pratique la contrainte pénale aura peu d’effet. Mais, symboliquement, comment pourrait-elle ne pas en avoir, puisqu’elle officialise la conception d’une justice non punitive ? On n’a plus à rendre compte de ce que l’on fait, on a toujours une excuse, et même quand on en n’a plus aucune, la société est toujours là pour vous aider à vous en sortir.

Est-ce ce que veulent les juges ou ce que veut le pouvoir ?

C’est ce que veut l’état d’esprit qui nous gouverne.[/access]

*Photo : VILLARD/SIPA.  00696146_000003.