Les majorités ont beau changer, les idées restent fixes. La preuve, l’Education Nationale poursuit sa croisade contre les planqués de l’été et les adeptes de la bronzette tardive en fixant cette année la rentrée des classes au 31 août. Souvenez-vous, c’était déjà sous Sarkozy le cheval de bataille de Luc Chatel – ex ministre de l’Education et ex VRP de l’Oréal, dit aussi « Le Parfumeur » – dont le mot d’ordre était, il y a cinq ans, « la reconquête du mois de juin ». Cela plaisait tout autant qu’aujourd’hui à l’opinion publique, chez qui l’idée est décidément bien ancrée que les profs ne travaillent jamais, n’ont jamais à préparer de cours et peuvent ainsi profiter – les odieux ! – des vacances gracieusement offertes par le service public aux infâmes démissionnaires estivaux.
Conséquence du changement de majorité, la nouvelle équipe ministérielle, de gauche, a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs, de droite, en attaquant par la face nord l’Everest de la fainéantise que sont les vacances d’été. Il ne s’agit donc plus de reconquête du mois de juin mais cette fois d’annexion du mois d’août. A force de harceler l’ennemi sur deux fronts, l’EducNat espère sans doute que, d’ici une dizaine d’années, les derniers rebelles seront encerclés, enfermés dans le réduit du 15 juillet-15 août, sans plus d’espoir de fuir que les derniers Communards fusillés dos au mur des Fédérés dans le Père Lachaise en 1871. Précisons tout de même que les deux mois d’été de nos chers profs ne sont pas octroyés aux frais de la princesse EducNat. Si le serpent de mer du « salaire de dix mois ré-étalé sur douze » reste un mythe juridique, en ce sens qu’on ne trouve pas trace de cette mesure dans les textes, le fameux « temps libre » des profs se paie au prix fort en France où le salaire moyen du prof moyen est de 15% inférieur à la moyenne des pays de de l’OCDE. Si on tient compte du fait que le temps de travail moyen d’un agrégé est de 41h/semaine et celui d’un certifié de 39h/semaine pour un salaire de 1428 € net /mois pour un certifié et de 1857 € /mois pour un agrégé en début de carrière, on comprend que les jeunes actifs aient tendance à fuir le métier d’enseignant ces temps-ci. Au point d’ailleurs qu’en Lettres et Mathématiques, on cherche toujours des profs : il y avait cette année plus d’admissibles que de postes ouverts au CAPES externe de Lettres Classiques (156 admissibles pour 300 postes en Lettres Classiques, 1708 admissibles pour 1160 postes en Lettres Modernes), l’hémorragie ne fait également que se confirmer en Allemand (493 admissibles pour 340 postes ouverts) et la situation n’est pas bien brillante en mathématiques (1903 admissibles pour 1592 postes). Beaucoup de jeunes diplômés doivent penser qu’ils ont mieux à faire de leurs études que de finir par être payé au lance-pierre et constamment désigné comme le mouton noir de la population active. On les comprend, d’autant qu’à la prochaine rentrée, le ministère envisage de commencer par les faire bosser gratos le premier jour de leur carrière, histoire sans doute de les remercier comme il se doit d’avoir préféré devenir prof que comptable, commercial ou ingénieur.
Comme le rapporte le syndicat enseignant SNALC-FGAF, une circulaire parue le 30 juin dernier précise que les lauréats des concours « seront amenés à être présents dans les écoles et les établissements d’enseignement du second degré le jour de la pré-rentrée, le 31 août 2015, et seront nommés stagiaires le 1er septembre ». Ce qui signifie très clairement que les jeunes enseignants-stagiaires pourront commencer par s’asseoir sur leur premier jour de salaire en entrant dans la carrière. On a déjà vu plus chaleureux comme cadeau de bienvenue. Mais les jeunes stagiaires peuvent se rassurer : ils auront exceptionnellement le droit de faire grève ce jour-là pour rattraper la bévue sans que soit effectuée une retenue sur salaire. Et comme la plupart d’entre eux ne prendront peut-être pas le risque de commencer par faire grève le jour où ils reçoivent leur emploi du temps et rencontrent le reste de l’équipe de leur établissement, ils pourront toujours se consoler en apprenant qu’en cas d’accident le ou la professeur-stagiaire sera protégé « au motif qu’il peut être regardé comme un collaborateur occasionnel du service public ». Votre Excellence est trop bonne, Sa bonté La perdra…
« La fille qui tient 12 minutes et 28 secondes sur le pourquoi du comment elle a les aisselles teintes en bleu, rien que ça, ça vaut qu’on en parle ». Libération qui commence un article par cette phrase, rien que ça, ça vaut qu’on en parle. Le sujet de l’article ? Une nouvelle mode apparue sur Internet, qui veut que les jeunes femmes teignent les poils qu’elles ont laissé pousser sous leurs bras. Si l’on se promène sur Tumblr, Twitter ou autres sites un peu branchés, on découvre ainsi des aisselles bleues, roses, vertes ou violettes : « C’est joli, c’est tendance et ce serait même militant selon certaines », nous dit Libération.
Alors que la plupart des femmes qui ne vivent pas dans une grotte s’épilent les aisselles, des jeunes filles ont donc choisi de laisser pousser leurs poils, de les teindre, de se prendre en photo avec (un « aisselle-fie », hihi) et de s’afficher ainsi sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, ces demoiselles expriment la grande fierté qu’elles éprouvent à défier l’ordre établi : « Va te faire foutre la société. Va. Te. Faire. Foutre. » Ou encore : « Je défie les autres pour qu’ils repensent les standards de beauté ridicules et se libèrent des attentes de la société. »
C’est bien connu, la méchante société ne saurait en effet accepter que des jeunes filles disposent librement de leur pilosité, sous peine de lapidation ou au moins de tonte publique. Le mouvement de résistance est donc soutenu par de grandes rebelles devant l’éternel. Après Cameron Diaz, ce sont Madonna et Miley Cyrus – des militantes de l’ombre risquant chaque jour leur peau de pêche dans une lutte acharnée contre le patriarcat – qui ont lancé héroïquement le hashtag : #longhairdontcare (#poilslongsjmenfous).
L’élégante Miley Cyrus s’est d’ailleurs elle-même mise à la teinture sur poils. « Génie créatif, engagement féministe, art de la provocation ou simple folie ? » se demande Purebreak magazine, qui a dû en fumer de la bien pure. Heureusement qu’au XXIe siècle, le ridicule ne tue pas plus que l’épilation au laser.
Il faudra aussi qu’on m’explique en quoi imiter des stars du show-business est un acte militant. Comme toujours, on obéit à de nouvelles imprécations qui ne font que remplacer les anciennes. Foin de rébellion, c’est l’occasion de se gargariser à peu de frais et de s’offrir son quart d’heure de gloire sur smartphone.
Mais le paradoxe ultime de cette histoire, c’est qu’aujourd’hui les hommes, eux, sont encouragés… à s’épiler. Une publicité de Narta récente « illustre de façon amusante et décalée le sujet délicat de la repousse des poils », nous explique-t-on. Résumé : une danseuse est avec deux hommes et, au moment où elle s’apprête à se lancer dans les bras de l’un, elle aperçoit ses aisselles couvertes de poils figurés par deux petits singes. La fille, écœurée, se tourne alors vers l’autre, qui a les bras bien lisses.
Alors quoi ? La forêt bien propre et colorée des aisselles féministes cacherait-elle le rasoir masculin ? La société veut-elle la peau du poil mâle ? S’agirait-il d’un complot matriarcal ? Les hommes doivent-ils résister et afficher eux aussi leurs jolis poils bien taillés et colorés pour se défendre contre cette odieuse injustice ?
Ce n’est peut-être pas la peine… Car il existe une explication beaucoup plus simple : La mode de la barbe a mis les producteurs de rasoirs en faillite, et si les femmes se mettent elles aussi à se laisser pousser les poils sous les bras, il faudra bien que Gillette vende des rasoirs à quelqu’un. Le phénomène est bien connu en économie : un marché en remplace un autre. Du coup, en l’espèce, on aboutit à une redistribution arithmétique des poils.
Pour appuyer sa stratégie de vente, Gillette (« La perfection au masculin ») a même commandé une étude prouvant que l’épilation diminue les odeurs corporelles de 57% (intéressant, ça, le calcul des odeurs corporelles en pourcentage…). Résultat : Pendant que les femmes luttent pour leur liberté d’expression pileuse, ce sont les hommes qui sont sommés de couper ce qu’elles laissent pousser. Le capital est parfois subtil.
(Avec AFP) – On apprend aujourd’hui que « Les Guignols de l’info », l’une des émissions phares de Canal+ avec « Le Journal du Hard » et « Canal Football Club », ne sera plus diffusée en clair mais vers 20h50 seulement. En crypté, donc.
S’exprimant dans une interview au quotidien Le Figaro, le directeur général du groupe Maxime Saada a expliqué que ce changement avait pour objectif de « donner plus de valeur aux abonnements ».
Il est vrai que le porno et le cinéma, à l’heure de l’Internet mondial d’un simple clic, ça eût payé. Problème : pour continuer à voir les Guignols « en clair », il suffira désormais de se connecter à Dailymotion.
« Nous considérons que c’est une pépite et nous voulons donc développer son exposition. Il n’a jamais été question de les faire disparaître », a expliqué à ce sujet Maxime Saada au Figaro, visiblement pas à une contradiction près.
En attendant de savoir si certains gogos seraient prêts à s’abonner pour regarder une émission visible gratuitement sur n’importe quel écran, rassurons les fans : l’émission phare de la chaîne conservera son budget de 17 millions d’euros.
Le sort des célèbres marionnettes avait suscité une forte mobilisation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique. Jusqu’au président François Hollande qui avait rappelé que « la caricature, ça fait partie du patrimoine ».
M. Saada a également annoncé qu’Antoine de Caunes qui quitte « Le Grand Journal » – la plus célèbre émission en clair de Canal+ – passerait lui aussi du côté crypté de la force. A partir du mois d’octobre, il présentera un show en deuxième partie de soirée.
« Nous allons construire une émission autour de lui, un pur produit de divertissement qui sera produit en interne », a précisé le responsable de la chaîne. Encore un truc pour valoriser les abonnements, sans doute…
Les audiences du « Grand Journal » sont en chute libre depuis deux ans : le talk-show qui comptait 1,5 million d’auditeurs en 2013-2014 est tombé à 1,2 million de téléspectateurs au début de cette saison, puis sous la barre du million de téléspectateurs.
« Pour faire la différence, Canal+ doit renforcer ses piliers éditoriaux qui sont le cinéma, le sport, la création originale, et en ajouter un nouveau : les émissions de divertissement », a-t-il encore déclaré.
C’est vrai que de Clara Morgane à Yann Barthès, en passant par Pierre Ménès, la chaîne avait sans doute fini par prendre un ton un peu trop intello. Ravis de tirer un trait sur cette époque austère, les téléspectateurs apprécieront que Canal+ fassent désormais dans la légèreté !
Le 21 octobre 1994, les Etats-Unis signaient un accord cadre avec la Corée du Nord devant permettre l’arrêt immédiat de la recherche nucléaire nord-coréenne à des fins militaires. Cet accord était, selon Bill Clinton, « bon pour les Etats-Unis, bon pour nos alliés et bon pour la sécurité du monde entier ». Il ne s’agissait pas d’un accord reposant « sur la confiance » car sa « conformité serait certifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique ».
Moins de dix ans plus tard, la Corée du Nord dénonçait l’accord cadre. En 2006, elle procédait à l’explosion de sa première bombe atomique. A ce jour, la Corée du Nord compterait une trentaine d’ogives nucléaires.
Comparaison n’est pas raison. D’accord. Mais tout de même.
Le 14 juillet 2015, Barak Obama déclarait prétentieusement « nous avons mis fin à la prolifération de l’arme nucléaire dans la région » assurant que « cet accord n’est pas basé sur la confiance mais sur la vérification ». Et comme si cela ne suffisait pas à rassurer les sceptiques échaudés par les – déjà nombreuses – tricheries et manipulations du régime des Mollahs, le Président iranien déclarait, quant à lui, que « l’Iran ne cherchera jamais à avoir l’arme nucléaire ». Si la situation n’était pas aussi grave, on en rirait presque.
Et il y a de quoi. La semaine dernière, l’Ayatollah Khamenei précisait qu’il faudrait continuer à lutter contre les Etats-Unis même en cas d’accord sur le nucléaire. Quant au sémillant Président Rohani – dont le monde entier loue la modération – ce dernier a conduit la manifestation annuelle de la « Journée de Al Qods », une véritable marche de la haine au cours de laquelle les manifestants criaient « mort aux Etats-Unis », « mort à Israël » et brulaient des drapeaux américains et israéliens. Rien de bien original en somme, mais quelle modération et quel signe de bonne volonté de la part des dirigeants iraniens au beau milieu des négociations… Le 12 juillet dernier, en prévision de l’accord alors acquis à 90%, le même Président Rohani signait un décret interdisant toute visite et tout accès à un site militaire. Ça promet.
Ne rêvons pas, la signature de cet accord ne changera pas la nature du régime iranien, mais permettra en revanche à ce dernier de récupérer environ 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger (la prime à la signature) et de continuer, avec plus de facilité encore, à financer les mouvements terroristes, type Hezbollah, Hamas et autres mouvements rebelles chiites Houthis au Yémen. Autant dire que cet accord va aider à stabiliser la région…
Les sanctions internationales seront levées progressivement dès le premier semestre 2016. Mais en contrepartie de quoi exactement ?
Les obligations imposées à l’Iran seront les suivantes : diminuer ses capacités d’enrichissement d’uranium des deux tiers, réduire le stock d’uranium enrichi détenu sur son territoire de 6000 kg à 300 kg ainsi que le nombre de centrifugeuses, et modifier le réacteur de la centrale d’Arak pour limiter sa capacité de production de plutonium. C’est bien.
Problème : le mécanisme de vérification des sites nucléaires, notamment et surtout militaires, ne permet pas de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements. Les visites inopinées ne sont pas autorisées mais les inspecteurs auront la possibilité de se rendre sur les sites de production s’ils disposent d’éléments leur permettant de penser que des activités nucléaires non déclarées seraient en cours. Et encore, l’Iran pourra alors s’y opposer, et il faudra un vote à l’unanimité d’une commission internationale pour forcer la visite, ce qui laissera d’autant plus de temps aux Iraniens pour faire disparaître ce qu’il y a de gênant. D’autant que la Russie et la Chine – alliés assumés de l’Iran – feront partie de cette commission. Les Mollahs peuvent dormir tranquilles.
Enfin, et si tant est que ces visites de vérification aient lieu, gardons à l’esprit l’efficacité toute relative des contrôles des organisations internationales. Pour mémoire, le démantèlement du programme syrien d’armes chimiques placé sous la responsabilité de l’OIAC avait débuté en septembre 2013 pour prendre fin le 30 juin 2014. En mai 2015 pourtant, le régime de Bachar el-Assad était responsable d’une nouvelle attaque au chlore sans que cela n’émeuve trop les progressistes de tout poil. On comprend mieux le sourire béat de Mohammad Zarif, le ministre des affaires étrangères iranien, à la terrasse du Palais Cobourg.
Les optimistes, les naïfs et les idiots auront tôt fait de rappeler que la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient à ce jour est Israël, et qu’il n’y a pas de raison qu’elle soit la seule. On objectera qu’Israël est aussi la seule démocratie du Moyen-Orient, et que si elle existe encore aujourd’hui c’est peut-être bien parce qu’elle est la seule puissance régionale à être dotée de l’arme nucléaire. On ajoutera qu’Israël ne finance ni ne promeut le terrorisme, ne répète pas à qui veut l’entendre qu’elle souhaite rayer ses voisins de la surface du globe et propose même – quel culot ! – son aide à l’Iran quand des séismes y font plusieurs milliers de morts (notamment en 2003, 2012 et 2013).
Alors oui, les Israéliens ont des raisons légitimes de s’inquiéter. Et le reste du monde ferait bien de s’inquiéter aussi un petit peu. Car en dépit des commentaires les plus nombreux, cet accord repose bien sur la confiance que l’on peut accorder à l’Iran, c’est-à-dire à un régime qui soutient financièrement et militairement Bachar el-Assad, le Hezbollah et le Hamas, commandite des attentats un peu partout dans le monde – Buenos Aires en 1994, Liban en 2005 (l’assassinat de Rafic Hariri), Europe en 2012 (Bourgas) et 2015 (Chypre) pour n’en citer que quelques-uns –, réprime les manifestations dans le sang, emprisonne les journalistes et exécute les opposants politiques.
La perspective que ce régime-là obtienne la bombe atomique peut à juste titre chagriner les Israéliens et le reste de la région. Il faudra redoubler de vigilance et espérer que l’Iran saisisse cette chance pour en faire profiter son peuple plutôt que pour nourrir ses visées expansionnistes. Car c’est un pari bien risqué qu’ont fait les 5 +1. Mais c’est toujours plus facile quand on n’est pas le premier visé.
Bien sûr, on ne peut voir les images des immigrés africains et syriens débarquant sur les côtes italiennes que le cœur serré. Le pape Françoisa raison : « Le spectacle de ces êtres humains traités comme des marchandises fait pleurer. » Beaucoup ne finissent pas le voyage, leurs embarcations de fortune chavirant en pleine mer. Bien sûr, on peut déplorer que, devant ce drame, ce drame total, les gouvernements européens, notamment le gouvernement français, passent leur temps à ergoter. Leur seule préoccupation apparente : aiguiller vers les autres pays le maximum d’arrivants ; en avoir le plus petit nombre possible à gérer… et préparer en catimini leur rapatriement.
Faut-il pour autant à l’instar de Cécile Duflot, l’ex-ministre du Logement et leader des Verts, parler de « Waterloo moral » ?[access capability= »lire_inedits »] Faut-il accepter l’idée, qu’elle a récemment exposée dans Le Monde, selon laquelle refuser d’accueillir TOUS les nouveaux candidats à l’immigration reviendrait à céder « au vent mauvais de la xénophobie » ? Du passé, faisons table rase, clame notre nouvelle grande conscience révolutionnaire : arrêtons de chercher tous les prétextes pour limiter l’immigration, proclame-t-elle, évacuons le spectre du FN et des populismes qui fleurissent un peu partout en Europe, et assumons pleinement d’être des citoyens du monde, d’un monde sans frontières.
En réalité, la position de Cécile Duflot est tout sauf nouvelle. Cela fait plusieurs décennies que la gauche dite morale, celle qui revendique encore et toujours le monopole du cœur, n’a qu’un seul mot d’ordre en matière d’immigration : no limit. Le véritable apport de Duflot relève du vocabulaire : consciente que les Français renâclaient de plus en plus à prendre fait et cause pour les immigrés, en particulier clandestins, la gauche morale avait inventé il y a quelques années le concept de « sans-papiers », qui avait le mérite de renvoyer aux « sans-culottes » de jadis. Voilà désormais qu’apparaît la catégorie des « migrants » : le mot est bien entendu employé pour suggérer que les nouveaux arrivants seraient seulement de passage… Pourquoi dès lors chercher à contingenter leur nombre ?
La position de Cécile Duflot est tout sauf nouvelle, et elle est grandement responsable du véritable Waterloo français sur l’immigration. Car, si Waterloo il y a, ce n’est nullement celui dénoncé par l’égérie des Verts. Ce n’est pas succomber à la mode des excès de langage que de l’affirmer : le véritable Waterloo, c’est le taux de chômage des jeunes issus de l’immigration africaine, devenu un phénomène structurel : autour de 40 % dans certains « quartiers », pour ceux qui n’ont pas le bac. La France ne respecte plus le contrat moral, en l’occurrence le qualificatif n’est pas galvaudé, qui unissait de toute éternité les immigrés à leur pays d’accueil : à leur arrivée, ils acceptaient les plus sales boulots, ceux dont les « nationaux » ne voulaient pas, mais leurs enfants bénéficiaient du système éducatif dudit pays d’accueil et pouvaient accéder aux meilleurs jobs.
Pourquoi la gauche morale, si prompte à défendre la cause de l’autre, la cause de l’étranger, se soucie-t-elle comme d’une guigne de ces jeunes ? Pourquoi cette gauche défend-elle avec une telle constance le libre accès des étrangers au territoire français pour se désintéresser ensuite de leur sort et de celui de leurs enfants ? La réponse est évidente : elle refuse de passer d’une rhétorique de l’indignation à une éthique de la responsabilité. Si tant d’enfants d’immigrés sont aujourd’hui sans travail, c’est parce qu’on a accueilli leurs parents à une époque où se développait déjà un chômage de masse. Où, en conséquence, il eut été logique de mettre des freins à leur arrivée plutôt que de participer à la création de futurs chômeurs.
« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » : la formule de Michel Rocard a fait mouche parce qu’elle énonçait une évidence. La gauche morale se refuse à distinguer ceux qui quittent leur pays parce qu’il est en proie à des troubles, parfois à une guerre civile, comme aujourd’hui la Syrie, et ceux qui le quittent dans l’espoir de trouver du travail pour subvenir aux besoins de leur famille. Les premiers ont un droit imprescriptible à l’asile politique : la France ne saurait y déroger sous peine de se renier. Les seconds sont parfaitement en droit de frapper à la porte de l’Europe. Mais les pays européens ont parfaitement le droit de leur refuser d’entrer. Le critère de sélection n’a rien de choquant : c’est l’état du marché du travail. En période de plein-emploi, il est logique d’ouvrir les vannes ; en période de chômage, il est naturel de les refermer.Alors, bien sûr, ce tri entre « bons » et « mauvais » arrivants, entre réfugiés politiques et réfugiés économiques, n’a rien de très ragoûtant. Il comporte une part d’arbitraire. Les miséreux sont les miséreux, bannissons tout formalisme, clament les belles âmes. Dans la foulée, elles observent que la formule de Rocard est systématiquement tronquée : « La France ne peut pas accueillir…, mais elle doit en prendre sa part », a déclaré l’ancien Premier ministre. Or notre pays serait l’un de ceux qui en Europe accueillerait le moins d’étrangers. Toujours, dixit Duflot, cette « folie de politiques migratoires indécentes et mortifères ».Question : comment expliquer dans ces conditions que la France abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe ? Contrairement à ce que serine la gauche morale, nos politiques migratoires flirtent davantage depuis des décennies avec l’angélisme qu’avec l’indécence. Aujourd’hui, c’est cette importante communauté musulmane qui connaît le plus fort taux de chômage de l’Hexagone. Au nom de « l’humanisme », c’est le drapeau brandi par Cécile Duflot, faudrait-il prendre des mesures qui ne peuvent avoir pour effet que de l’aggraver encore ? Ce ne sont certes pas les emplois des « bobos » qui seraient menacés en cas d’installation d’une nouvelle vague d’immigration africaine et moyenne-orientale.Devant l’ampleur de ce qui se passe sur les côtes italiennes, il est nécessaire de prendre des mesures d’urgence. Mais rien ne serait pire que de renoncer à tout contrôle de nos frontières. Ce qui choque le plus dans la position de Cécile Duflot, c’est son manichéisme. Soit on pense comme elle, et on appartient au camp du bien, soit on pense différemment, et on appartient au camp du mal. Il n’existerait pas de moyen terme. En matière d’économie, le maître mot, à gauche, est celui de « régulation ». L’économie libérale créant par nature des inégalités, il importe de la « réguler ». Mais quiconque défend l’idée de régulation en matière d’immigration est voué aux gémonies. Sur ce dossier, la gauche morale n’est pas libérale, elle est ultralibérale ! Elle rejoint les positions du Medef, qui se prononce régulièrement pour la libre circulation des travailleurs pour une raison évidente : peser sur le niveau des salaires.Derrière ce tête-à-queue idéologique, il y a une certaine idée de la France qui n’est pas exactement celle du général de Gaulle. Depuis Vichy et la décolonisation, la gauche morale voit dans la France un pays malade. « Moisi » même, selon Philippe Sollers. Cette gauche dénonce tous les matins la xénophobie mais sombre volontiers dans la francophobie. C’est son droit le plus strict. Mais ce n’est pas en présumant la France et plus encore les Français coupables des plus noirs desseins, aujourd’hui comme hier, que l’on peut définir une politique équilibrée sur un terrain aussi complexe que celui de l’immigration.[/access]
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C’est un honneur pour moi de pouvoir vous appeler ainsi. Le mot « camarade » est chargé de tant d’émotions… Je sais évidemment que moi, je suis devenu indigne de cette appellation. Camarades Juges ! J’ai l’intention de plaider coupable. Non pas dans l’espoir que mes aveux sincères me vaudront votre indulgence. Bien au contraire, j’aspire à un châtiment des plus sévères qui fera connaître au peuple ce qu’il en coûte de s’attaquer aux féministes qui sont l’avant-garde lumineuse du prolétariat.
Camarades Juges ! On ne dénoncera jamais assez les basses et sournoises manœuvres de la bourgeoisie pour attirer dans ses rets des êtres faibles dont l’âme n’a pas été trempée par l’enseignement du combat révolutionnaire. C’est ainsi que je me suis laissé enrôler dans Causeur, une organisation au service du grand capital. Ces monstres ont réussi à séduire l’intellectuel petit bourgeois que je suis avec un slogan : « surtout si vous n’êtes pas d’accord ».
J’ai cru – ma naïveté fut criminelle – qu’il s’agissait de ne pas être d’accord avec les requins de la finance, les vautours des banques cosmopolites et les suceurs de sang du peuple. Quand j’ai compris ma funeste erreur, il était trop tard : j’étais contaminé. C’est ainsi que j’ai prêté la main à un affreux complot contre les féministes dont je reconnais maintenant la grandeur. Elles, et elles seules, ont eu la lucidité de montrer l’oppression des femmes sous le règne de la bourgeoisie masculine et sexiste. Et pour tout vous dire, camarades Juges, j’ai cédé au charme vénéneux d’un livre que je gardais clandestinement chez moi : Français, encore un effort si vous voulez être républicains.
Son auteur, le marquis de Sade (un aristocrate, camarades Juges !), voulait transformer les femmes en esclaves vouées à la lubricité des riches et des bourgeois. Je m’en suis hélas inspiré. De cela je dois et je veux répondre devant vous. Mais je tiens toutefois à me dissocier des répugnantes élucubrations d’une hyène dactylographique nommée Elisabeth Levy. Pareillement, je ne saurais cautionner les propos immondes et pervers d’une Eugénie Bastié ou d’une Paulina Dalmayer. Méritent-elles seulement le nom de femme, ces erreurs de la nature, ces vipères lubriques ?
Je tiens à dire aussi, camarades Juges, que dès que j’ai su que votre tribunal, juste car impitoyable, allait instruire mon procès, j’ai allumé un feu dans ma cheminée. J’y ai jeté le livre abominable du marquis de Sade et aussi, prenant enfin conscience de mon abjection, Les Onze Mille Verges d’Apollinaire, Histoire d’O de Pauline Réage, Le Con d’Irène d’Aragon et Le Décaméron de Boccace.
Non, camarades Juges, je ne dis pas cela dans le but de vous inciter à la clémence. Non, plus votre peine sera sévère, plus je me sentirai lavé du mal qui a pénétré en moi. Je tiens aussi à dire ici ma reconnaissance à ceux qui, les premiers, ont débusqué mes vilénies. Tout d’abord, le camarade Les Inrocks dont chaque mot exhale la saveur d’un macaron de chez Hermé trempé dans un thé de chez Mariage Frères. Oui, ils ont tout de suite vu l’insulte faite au peuple féminin.
Le camarade Les Inrocks a été non seulement lucide mais aussi courageux. Un jour, il a pris sur lui de faire connaître un noble texte de la camarade Virginie Despentes. Celle-ci, bravant les menaces des capitalistes, a fait l’éloge de deux combattants de la liberté, les frères Kouachi : « Ils ont préféré mourir debout, plutôt que de vivre à genoux. » Le camarade Acrimed, lui aussi, a flairé très vite le danger. Et a dénoncé l’entreprise criminelle de la firme Levy & Co. Jamais le camarade Acrimed n’a cessé de dénoncer l’abominable pouvoir de la bourgeoisie, l’oppression des plus faibles (les femmes) et les reptiliens procédés des sionistes. Grâce leur soit rendue à tous les deux.
Sans eux, camarades Juges, je ne serais pas devant vous. Sans eux, je vivrais encore sous l’emprise délétère des livres que j’ai jetés au feu. Oui, camarades Juges, je me sens enfin libéré : les voix de la rédemption ne devraient pas m’être interdites. Oui, camarades Juges, condamnez-moi. Mais laissez-moi la possibilité de redevenir le révolutionnaire que je n’aurais jamais dû cesser d’être. Et dans un camp de redressement de votre choix, pour la durée que vous déciderez, j’écrirai « La terreur masculine ».
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(Avec AFP) – Trop de porno ? Trop d’OGM ? Pas assez de sport ? Un rapport du gouvernement américain publié mercredi révèle que moins de la moitié des adolescents américains sont sexuellement actifs aujourd’hui, soit beaucoup moins qu’à la fin des années 80.
L’étude, qui se base sur des données de l’Enquête nationale sur la famille (National Survey of Family Growth), donne un aperçu de la pratique sexuelle, des méthodes de contraception et du taux de grossesse chez les jeunes de 15 à 19 ans entre 1988 et 2013.
« En 2011-2013, 44% des filles et 47% des garçons ayant entre 15 et 19 ans avait eu un rapport sexuel », énonce notamment le rapport du Centre national des statistiques de santé (National Center for Health Statistics).
« Ce pourcentage a significativement baissé, de 14% pour les filles à 22% pour les garçons, en 25 ans » indique l’étude.
En 1988, 60% des garçons et 51% des filles étaient sexuellement actifs.
C’est sur la période 2006-2010 que le moins de filles déclarent avoir eu au moins un rapport sexuel (43%). Pour les garçons, c’est en 2002 (46%).
Mais pas de panique. Au Japon, un sondage de la Japan Family Planning Association révélait il y a quelques années que pas moins de 45% des filles de 16 à 24 ans ne sont pas intéressées, ou méprisent carrément, le contact sexuel.
Voilà sans doute quelques indices susceptibles d’expliquer l’afflux, aussi massif que constant, de touristes étrangers en France…
Que d’énergie dépensée pour conjurer l’angoisse hypnotique d’un Grexit. C’est bien simple, tout y est passé. Jamais à court de formules, dirigeants et technocrates se sont succédés à la barre, faisant état de la formidable diversité de leur arsenal rhétorique. De l’argument historique à l’inévitable rengaine du Progrès, de la posture métaphysique au chantage culturel, les acteurs de cette tragédie estivale n’ont reculé devant aucun élément de langage pour marteler leurs slogans. Confondant allègrement (sciemment ?) Europe et zone Euro, incapables d’évoquer en des termes précis les conséquences économiques et géopolitiques d’un retour à la drachme, tous ont fait preuve d’une remarquable créativité argumentative, abreuvant comme il se doit les commentateurs de tous poils sommés de produire du temps d’antenne. Ce festin d’envolées lyriques aura au moins eu le mérite de nous rassasier, amateurs que nous sommes de poésie contemporaine.
Entre l’Ouzo et la Moussaka, passage en revue des différents mets proposés par nos gouvernants.
Le moins digeste : « Parce que la sortie de la Grèce de la zone Euro serait une régression du projet Européen. » (F. Hollande)
Et vlan ! Si avec ça vous n’êtes pas tétanisés au point de signer en bas à droite les yeux fermés, c’est que vous n’avez absolument RIEN compris aux soixante années qui viennent de s’écouler. Cela fait tout de même un bon quart de siècle que l’on s’évertue à nous expliquer ad nauseam que le Projet Européen rime avec « élargissement de la zone euro », et que rien ne doit entraver cette inéluctable marche en avant, pas même un exercice de tricherie avéré sur les comptes de nos partenaires. Pour faire avancer le marché et préserver la démocratie, toutes les méthodes sont bonnes, y compris les moins orthodoxes (une fois n’étant pas coutume). Du côté des zélotes de la monnaie unique, le plaisir ne vaut que s’il est partagé par le plus grand nombre et gare à celui qui émettra la moindre objection argumentée sur ce projet fou qui consiste à doter de la même devise des pays qui ne savent faire converger ni leur budget, ni leur fiscalité. Toujours prompt à agiter le spectre de la « régression démocratique », les cassandres institutionnelles ne se sont pourtant nullement émues lorsque la Troïka et le gouvernement grec décidaient, d’un commun accord, de s’asseoir sur le referendum du 5 juillet dernier, rare moment d’expression populaire dans cette Europe qui tourne à vide.
Le plus fade : « Parce que la Grèce est un grand pays Européen. » (M. Valls)
Comprenez : bouter les grecs hors de la zone Euro reviendrait à nier pareille évidence historico-géographique. Ou encore : se résoudre au Grexit, ce serait prendre le risque de rompre définitivement le lien « irremplaçable » entre Paris et Athènes, berceau de l’Europe et de la démocratie, incarné par des figures tutélaires, de Jacqueline de Romilly à Costa Gavras en passant par Mélina Mercouri. On en frémit d’avance.
Ravi de rappeler aux parlementaires de l’opposition que la Grèce entrait dans l’Union européenne sous l’impulsion de VGE en 1981, notre Premier ministre omet de préciser que le même Giscard défend aujourd’hui l’idée d’une Europe à deux vitesses qui, selon lui, serait désormais une réalité ne demandant qu’à être institutionnalisée. A la lumière de sa longue expérience, l’ancien président plaide en effet pour la consolidation d’un noyau dur européen, autour des pays les plus solides de la zone euro, qui doit s’affirmer et devenir pilier, faute de quoi l’union des 28 s’affaiblira et perdra de son influence. Une analyse qui, de toute évidence, n’a pas retenu l’attention d’un Manuel Valls, trop pressé de sacrifier l’étude rigoureuse des faits sur l’autel de la grandiloquence la plus caricaturale.
Alors que notre austère voisin ne jure que par la vérité des chiffres, le gouvernement français tente de rééquilibrer les débats par de beaux discours. Du côté de Matignon, on n’a jamais été aussi bien que planté sur ses grands chevaux.
Le plus savoureux : « Parce que le Grexit serait un saut dans l’inconnu. » (à peu près tous les experts de France et de Navarre)
Amis cosmonautes, bonsoir. Il apparaît que les européistes professionnels sont comme pris d’un terrible vertige à l’idée de s’aventurer sans carte ni boussole hors de leur pré carré monétaire. Ils ont même une fâcheuse tendance à chanceler lorsque, devant eux, se dessine le vide intersidéral de l’Inconnu. Qu’il soit d’ordre juridique ou démocratique, cette absence de matière est de nature anxiogène et accule certains à la panique voir à l’agressivité. Qu’un grain de sable vienne enrayer la machine bruxelloise et tous expriment à l’unisson ce besoin impérieux d’un retour illico aux affaires courantes. Préjudiciable à l’intérêt général, une telle idéologie a un nom : le précautionnisme. Une doctrine macabre qui sévit au plus haut niveau de nos institutions et qui croit voir dans le principe de précaution l’expression du bon sens, alors que son application systématique inspire des décisions plus que contestables, pour ne pas dire dommageables. A force de minimiser les risques de tous ordres, convaincu qu’il faut fuir l’incertain comme la peste, le projet européen s’expose à une mort lente par « inertie technocratique ».
Un Grexit – ou du moins une période de suspension de le Grèce de la zone Euro, comme suggérée par certaines voix outre-Rhin – aurait peut-être pu ouvrir la voie à un examen de conscience approfondi sur les errements de la gouvernance économique de l’Union, posés jadis par les critères de Maastricht. Un exercice pour le moins salutaire à l’heure où la construction européenne bat tous les records d’impopularité auprès des peuples concernés. Mais cela a finalement pesé peu au regard de l’ardent désir pour chacun de retourner à ses petites affaires.
L’homme qui incarnait la tendance libérale du PS et qui dirigea l’institution libérale la plus honnie du monde par les révolutionnaires vient de réapparaître là où on l’attendait le moins, à l’autre extrême de l’échiquier.
Dans une Lettre à mes amis allemands, qui fait écho aux Lettres à un ami allemand écrites par Albert Camus entre 1943 et 1944, DSK accuse l’Allemagne d’aujourd’hui d’avoir voulu saisir « l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche ». Il apporte ainsi sa caution (non pas morale, mais politique) à ses ex-adversaires d’hier les frondeurs, qui n’ont pas tardé à s’en réjouir (sic).
Quand DSK énumère les figures prestigieuses qui définissent l’Europe, il place Marx aux côtés de Michel-Ange, Shakespeare, Descartes, Beethoven, Freud et Picasso, comme si l’Europe d’aujourd’hui ne s’était pas construite contre les deux totalitarismes, le nazisme et le communisme.
Plus surprenant encore, on annonce qu’il se met au service personnel de Raoul Castro dont le régime ne peut pas être accusé de libéralisme, ni sur le plan de l’économie, ni sur celui des mœurs sexuelles.
Avant de chanter les louanges de ce retour au vertueusement correct, attendons un peu de voir si le naturel que DSK vient de chasser n’est pas en train de piaffer d’impatience avant de revenir au galop.
Que lui demande en effet Raoul Castro ? « D’accompagner la réouverture des échanges commerciaux entre la Havane et son voisin américain. »
Or on sait quelle était la réputation sulfureuse des échanges commerciaux entre la Havane et son voisin américain avant la révolution cubaine.
Je conseillerais donc aux révolutionnaires vertueux d’attendre un peu avant d’applaudir leur nouvelle recrue.
Le discours de François Hollande au Panthéon (31 mai)
Élisabeth Lévy. Je m’attendais à ce que l’entrée au Panthéon de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay soit un grand moment de pathos résistant. Si j’en crois les sondages, seuls 20 % des Français ont trouvé que François Hollande a prononcé un grand discours à cette occasion, tandis que les commentateurs ont réservé au verbe présidentiel un accueil plutôt goguenard. Avez-vous senti souffler le vent de l’histoire en écoutant le chef de l’État ?
Alain Finkielkraut. Dans les siècles aristocratiques, l’idée de grandeur était préemptée par la gloire militaire. Les statues de Louis le Grand le représentaient à cheval avec tout l’attirail du guerrier. Mais quand le marquis de Pasteret invente pour le Panthéon la devise « Aux Grands Hommes la Patrie reconnaissante », son modèle, c’est Fénelon, qui va à pied et qui interroge en bon père les paysans qu’il rencontre. Voltaire a donné la formule de cette mutation : « J’appelle Grands Hommes ceux qui ont excellé dans l’utile et l’agréable. Les saccageurs de provinces ne sont que héros. »[access capability= »lire_inedits »]
Les Lumières misaient, pour améliorer le sort des hommes, sur les progrès de la civilisation et voulaient donc ouvrir, contre l’instinct belliqueux, une nouvelle époque de la gloire. « Aux batailles, écrira encore Victor Hugo, succéderont les découvertes ; les peuples ne conquerront plus, ils grandiront et s’éclaireront ; on ne sera plus des guerriers, on sera des travailleurs. »
En faisant la part belle aux savants et aux hommes de lettres, le Panthéon a été longtemps une « École normale des morts », selon la formule plaisante d’André Billy.
Mais voici le paradoxe : quand on veut faire l’inventaire des hommes et des femmes remarquables du xxe siècle, ce sont spontanément des noms de héros qui viennent à l’esprit. Fénelon a détrôné Louis XIV. Mais personne ne pourra jamais détrôner Jean Moulin. Nous avons beau être férus de psychanalyse et chercher dans l’inconscient la vérité de l’être, l’histoire qui nous précède et nous surplombe nous fait dire avec Sartre : « Le secret d’un homme, ce n’est pas son complexe d’Œdipe, c’est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. » Et nous honorons, en tout premier lieu, ceux et celles qui ont passé victorieusement cette épreuve. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Jean Zay : quatre héros de la Résistance sont entrés au Panthéon, et le mot le plus fréquemment employé par François Hollande, dans une oraison où planait la grande ombre d’André Malraux, fut le mot « courage ». Car Voltaire peut bien nous inviter à cultiver notre jardin, si un Hitler surgit, d’autres qualités sont requises, et l’héroïsme occupe à nouveau le terrain de la grandeur.
Le problème, c’est qu’il tend à l’occuper seul, car il est plus en phase avec les normes de la société du spectacle que l’art, la science, la philosophie, la littérature et toutes les grandeurs de l’esprit. Quel flop c’eût été si François Hollande avait choisi de faire entrer au Panthéon Vuillard, Ravel ou Supervielle ! Imaginez pourtant le président de la République qui s’adresse à la foule massée sur l’esplanade et qui, après l’inévitable « Entre ici Jules Supervielle », conclut son éloge par la lecture de ce poème en prose : « Soudain je me sentis comblé. J’étais devenu un rhinocéros et trottais dans la brousse. Moi si vulnérable d’habitude, je pouvais enfin affronter la lutte pour la vie avec de grandes chances de succès. Ma métamorphose me paraissait tout à fait réussie jusqu’en ses profondeurs et tournait au chef-d’œuvre, lorsque j’entendis distinctement deux vers de Mallarmé dans la tête dure et cornée. Décidément, tout était à recommencer. » Quelle fierté ressentirions-nous d’être et de parler français !
La polémique Valls à Berlin (14 juin 2015)
Élisabeth Lévy. Sans doute avez-vous regardé la finale de la Ligue des champions Barça-Juventus le 6 juin à la télévision, eh bien, vous auriez dû inviter le Premier ministre, il aurait passé une meilleure soirée et, surtout, elle lui aurait coûté moins cher ! Manuel Valls risque de payer au prix fort, en termes politiques, ce voyage à Berlin que Le Monde et Libération décrivent en chœur comme une faute. Partagez-vous l’indignation des commentateurs ?
Alain Finkielkraut. Depuis la glorieuse anaphore du président Hollande « Moi, président de la République… », le gouvernement a voulu afficher sa rupture avec les dérèglements et les débordements de l’ère sarkozyste. Par son aller-retour Paris-Berlin-Paris, Manuel Valls a manqué à cette promesse. Il a transgressé ses propres règles. Ce n’est pas moi qui le condamne, ce sont les critères qu’il a lui-même fixés. Et les socialistes divisés, déboussolés, inquiets, sont fondés à juger cavalier et désinvolte le choix d’abandonner le congrès de leur parti en crise pour un match de football.
Mais quand bien même on qualifierait ce voyage de faute, et pas seulement d’erreur ou de maladresse, il y a quelque chose de navrant et de ridicule dans l’importance que lui ont accordée tous les grands médias. Le bavardage sur la bévue de Valls a rempli l’espace au détriment des convulsions de l’histoire, et notamment de la prise de Syrte, la ville natale de Kadhafi, par Daesh. La politique, c’est le souci du monde. Avec l’État islamique aux portes de l’Europe, le monde prend une tournure de plus en plus inquiétante et la France mediapartisée vit au rythme des minuscules scandales hexagonaux. Cette insouciance dans l’indignation donne le vertige…
Mais il y a d’autres choses à dire sur cette équipée sportive, et c’est Renaud Camus qui les a formulées dans une page de son journal en ligne qu’un ami a eu la gentillesse de me mettre sous les yeux : « Je ne trouve pas digne du chef de gouvernement d’un grand pays d’aller se compromettre, et le lendemain encore au stade Roland-Garros, dans ces milieux du sport-spectacle qui sont gangrenés jusqu’à la moelle et se trouvent à l’épicentre de l’industrie de l’hébétude. Le seul sport que devrait soutenir, selon moi, un homme d’État, et tâcher de répandre dans la nation, c’est l’exercice personnel, individuel, ou bien, pour les activités collectives, les jeux, parties et tournois des équipes d’amateurs. »
J’aime encore le sport-spectacle, mais il se corrompt à une telle vitesse que je dois donner raison à Renaud Camus, et je regrette comme lui que le grief adressé au Premier ministre porte non sur cette déchéance mais sur les 17 000 euros mis indûment à la charge du contribuable par l’usage d’un avion Falcone de fonction pour ce qui ne serait qu’un voyage privé. Et c’est là que Renaud Camus touche le plus juste. « La télévision, en guise de vertueuse contre-épreuve, exposait largement les usages scandinaves, où la moindre dépense de ministre ou de haut fonctionnaire est épluchée à la demi-couronne près, et où un membre du gouvernement peut perdre sa place pour une boîte de chocolats payée de travers. Je crois n’être pas suspect de “scandinavophobie” – et, en effet, il a consacré deux volumes des Demeures de l’esprit à la Suède, à la Norvège et au Danemark –, mais je dois dire trouver parfaitement ridicule et même pire, le mot qui me vient à l’esprit est “minable”, que j’essaie en général d’éviter, cette surveillance épicière et tatillonne. Ce qui s’observe et s’exerce là, une fois de plus sous couvert de rigueur démocratique et comptable, c’est la dictature de la petite bourgeoisie. Cette classe acrimonieuse et tyrannique ne peut pas supporter qu’on ne soit pas comme elle, qu’on ne vive pas comme elle, surtout si on lui appartient – or tout le monde lui appartient, au moins culturellement, elle y veille –, elle veut, pour la gouverner, des petits bourgeois exemplaires, non par la vertu mais par la médiocrité de destin. »
J’essaie, autant que possible, de penser par moi-même, mais j’ai besoin des autres, et par exemple de Renaud Camus, pour avoir ce que Kant appelait une « pensée élargie ». Voilà pourquoi je le cite aujourd’hui si longuement. Et je lui laisse le soin de conclure : « Que Manuel Valls ait fait profiter ses fils de deux places vacantes dans son avion ministériel, je trouve cela plutôt sympathique et gentil, personnellement, en tout cas, ce n’est pas du tout ce que je lui reproche. »
Les sujets du bac (2 juillet)
C’est une tradition, la dissertation de philosophie donne le coup d’envoi des épreuves du bac. Voici les quatre sujets entre lesquels vous devrez choisir. « Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? » ; « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? » ; « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » ; « Respecter tout être vivant : est-ce un devoir moral ? » Alors, lequel choisissez-vous ?
Un aveu pour commencer : à chaque fois que je me retrouve devant un sujet de philosophie du baccalauréat, de licence ou d’agrégation, je me souviens que j’ai choisi les lettres pour éviter la panique du tête-à-tête avec les grandes questions. Mais comme je suis un grand garçon, je prends mon courage à deux mains, je me raisonne et je choisis : « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » À cette question, l’homme moderne répond spontanément « non ». Il se définit en effet comme sujet, c’est-à-dire par sa capacité à penser par lui-même et à façonner son propre destin. Il est l’auteur conscient et responsable de ses paroles et de ses actes, leur fondement, leur subjectum. Il est, dira en substance Sartre, non ce que son passé fait de lui, mais ce qu’il fait, dans une situation donnée, de lui-même. Son histoire n’est pas son code. Son être est liberté. Mais cette fière définition, héritée par Sartre de Descartes et des Lumières, a été ébranlée au xxe siècle par la grande découverte de l’inconscient. Le moi n’est pas maître dans sa propre maison, nous apprend la psychanalyse. Les grands garçons restent des petits enfants. « Nul mieux que Freud, écrit Ricœur, n’a été sensible à ce tragique de l’arriération. » L’auteur de L’Interprétation des rêves reste cependant un homme des Lumières : « Là où était le ça, le je doit advenir. » J’adhère à ce programme, mais il me semble que ce ne sont pas seulement les figures du père, de la mère, du frère, de la sœur, et la crise œdipienne qui nous font ce que nous sommes, ce sont aussi les rencontres, les découvertes, les lectures, les aléas, toutes les facettes du Dehors, et j’aime cette phrase de Nathalie Sarthou-Lajus : « L’expérience amoureuse est l’occasion unique pour le sujet de découvrir dans la dépendance la vérité de sa condition. » (L’éthique de la dette, PUF)
Mais, pour répondre entièrement à la question, il faut désinvidualiser et défamiliariser le pronom possessif. Mon passé, c’est aussi la langue que je parle, l’histoire dans laquelle je m’inscris. « L’homme, Messieurs, ne s’improvise pas. », disait Renan dans sa fameuse conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Et Régis Debray, plus récemment, dans son petit livre Le Glaive et le Code : « Dieu est cause de soi, Il ne tient que de Lui-même, Il n’a de dette envers personne et ce qu’Il sait, il ne l’a pas appris. Nous, nous sommes contraints. Nous produisons du neuf, oui, mais à partir de ce que nous avons reçu. Nous sommes incapables de nous auto-fonder, de nous auto-organiser, de nous auto-engendrer. »
De cette dette inaugurale, la subjectivité contemporaine ne veut rien avoir à connaître. La principale fédération de parents d’élèves, la FCPE, considère les enfants comme « les acteurs de leur éducation » et, contre le par-cœur et tous les exercices de mémoire, l’école favorise désormais la « créativité ». Mais, sans profondeur temporelle, la création est-elle simplement possible ? Pour être quelqu’un, pour avoir une personnalité singulière, il faut avoir un passé, et quand les élèves n’en ont plus, quand ils ne vivent qu’au présent, ils ont du mal à traiter les sujets de philosophie, et les examinateurs qui veulent les noter à leur valeur sont menacés de sanctions, car il faut à tout prix préserver la fiction d’un monde où les grandes questions ont encore un sens.[/access]
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Les majorités ont beau changer, les idées restent fixes. La preuve, l’Education Nationale poursuit sa croisade contre les planqués de l’été et les adeptes de la bronzette tardive en fixant cette année la rentrée des classes au 31 août. Souvenez-vous, c’était déjà sous Sarkozy le cheval de bataille de Luc Chatel – ex ministre de l’Education et ex VRP de l’Oréal, dit aussi « Le Parfumeur » – dont le mot d’ordre était, il y a cinq ans, « la reconquête du mois de juin ». Cela plaisait tout autant qu’aujourd’hui à l’opinion publique, chez qui l’idée est décidément bien ancrée que les profs ne travaillent jamais, n’ont jamais à préparer de cours et peuvent ainsi profiter – les odieux ! – des vacances gracieusement offertes par le service public aux infâmes démissionnaires estivaux.
Conséquence du changement de majorité, la nouvelle équipe ministérielle, de gauche, a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs, de droite, en attaquant par la face nord l’Everest de la fainéantise que sont les vacances d’été. Il ne s’agit donc plus de reconquête du mois de juin mais cette fois d’annexion du mois d’août. A force de harceler l’ennemi sur deux fronts, l’EducNat espère sans doute que, d’ici une dizaine d’années, les derniers rebelles seront encerclés, enfermés dans le réduit du 15 juillet-15 août, sans plus d’espoir de fuir que les derniers Communards fusillés dos au mur des Fédérés dans le Père Lachaise en 1871. Précisons tout de même que les deux mois d’été de nos chers profs ne sont pas octroyés aux frais de la princesse EducNat. Si le serpent de mer du « salaire de dix mois ré-étalé sur douze » reste un mythe juridique, en ce sens qu’on ne trouve pas trace de cette mesure dans les textes, le fameux « temps libre » des profs se paie au prix fort en France où le salaire moyen du prof moyen est de 15% inférieur à la moyenne des pays de de l’OCDE. Si on tient compte du fait que le temps de travail moyen d’un agrégé est de 41h/semaine et celui d’un certifié de 39h/semaine pour un salaire de 1428 € net /mois pour un certifié et de 1857 € /mois pour un agrégé en début de carrière, on comprend que les jeunes actifs aient tendance à fuir le métier d’enseignant ces temps-ci. Au point d’ailleurs qu’en Lettres et Mathématiques, on cherche toujours des profs : il y avait cette année plus d’admissibles que de postes ouverts au CAPES externe de Lettres Classiques (156 admissibles pour 300 postes en Lettres Classiques, 1708 admissibles pour 1160 postes en Lettres Modernes), l’hémorragie ne fait également que se confirmer en Allemand (493 admissibles pour 340 postes ouverts) et la situation n’est pas bien brillante en mathématiques (1903 admissibles pour 1592 postes). Beaucoup de jeunes diplômés doivent penser qu’ils ont mieux à faire de leurs études que de finir par être payé au lance-pierre et constamment désigné comme le mouton noir de la population active. On les comprend, d’autant qu’à la prochaine rentrée, le ministère envisage de commencer par les faire bosser gratos le premier jour de leur carrière, histoire sans doute de les remercier comme il se doit d’avoir préféré devenir prof que comptable, commercial ou ingénieur.
Comme le rapporte le syndicat enseignant SNALC-FGAF, une circulaire parue le 30 juin dernier précise que les lauréats des concours « seront amenés à être présents dans les écoles et les établissements d’enseignement du second degré le jour de la pré-rentrée, le 31 août 2015, et seront nommés stagiaires le 1er septembre ». Ce qui signifie très clairement que les jeunes enseignants-stagiaires pourront commencer par s’asseoir sur leur premier jour de salaire en entrant dans la carrière. On a déjà vu plus chaleureux comme cadeau de bienvenue. Mais les jeunes stagiaires peuvent se rassurer : ils auront exceptionnellement le droit de faire grève ce jour-là pour rattraper la bévue sans que soit effectuée une retenue sur salaire. Et comme la plupart d’entre eux ne prendront peut-être pas le risque de commencer par faire grève le jour où ils reçoivent leur emploi du temps et rencontrent le reste de l’équipe de leur établissement, ils pourront toujours se consoler en apprenant qu’en cas d’accident le ou la professeur-stagiaire sera protégé « au motif qu’il peut être regardé comme un collaborateur occasionnel du service public ». Votre Excellence est trop bonne, Sa bonté La perdra…
« La fille qui tient 12 minutes et 28 secondes sur le pourquoi du comment elle a les aisselles teintes en bleu, rien que ça, ça vaut qu’on en parle ». Libération qui commence un article par cette phrase, rien que ça, ça vaut qu’on en parle. Le sujet de l’article ? Une nouvelle mode apparue sur Internet, qui veut que les jeunes femmes teignent les poils qu’elles ont laissé pousser sous leurs bras. Si l’on se promène sur Tumblr, Twitter ou autres sites un peu branchés, on découvre ainsi des aisselles bleues, roses, vertes ou violettes : « C’est joli, c’est tendance et ce serait même militant selon certaines », nous dit Libération.
Alors que la plupart des femmes qui ne vivent pas dans une grotte s’épilent les aisselles, des jeunes filles ont donc choisi de laisser pousser leurs poils, de les teindre, de se prendre en photo avec (un « aisselle-fie », hihi) et de s’afficher ainsi sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, ces demoiselles expriment la grande fierté qu’elles éprouvent à défier l’ordre établi : « Va te faire foutre la société. Va. Te. Faire. Foutre. » Ou encore : « Je défie les autres pour qu’ils repensent les standards de beauté ridicules et se libèrent des attentes de la société. »
C’est bien connu, la méchante société ne saurait en effet accepter que des jeunes filles disposent librement de leur pilosité, sous peine de lapidation ou au moins de tonte publique. Le mouvement de résistance est donc soutenu par de grandes rebelles devant l’éternel. Après Cameron Diaz, ce sont Madonna et Miley Cyrus – des militantes de l’ombre risquant chaque jour leur peau de pêche dans une lutte acharnée contre le patriarcat – qui ont lancé héroïquement le hashtag : #longhairdontcare (#poilslongsjmenfous).
L’élégante Miley Cyrus s’est d’ailleurs elle-même mise à la teinture sur poils. « Génie créatif, engagement féministe, art de la provocation ou simple folie ? » se demande Purebreak magazine, qui a dû en fumer de la bien pure. Heureusement qu’au XXIe siècle, le ridicule ne tue pas plus que l’épilation au laser.
Il faudra aussi qu’on m’explique en quoi imiter des stars du show-business est un acte militant. Comme toujours, on obéit à de nouvelles imprécations qui ne font que remplacer les anciennes. Foin de rébellion, c’est l’occasion de se gargariser à peu de frais et de s’offrir son quart d’heure de gloire sur smartphone.
Mais le paradoxe ultime de cette histoire, c’est qu’aujourd’hui les hommes, eux, sont encouragés… à s’épiler. Une publicité de Narta récente « illustre de façon amusante et décalée le sujet délicat de la repousse des poils », nous explique-t-on. Résumé : une danseuse est avec deux hommes et, au moment où elle s’apprête à se lancer dans les bras de l’un, elle aperçoit ses aisselles couvertes de poils figurés par deux petits singes. La fille, écœurée, se tourne alors vers l’autre, qui a les bras bien lisses.
Alors quoi ? La forêt bien propre et colorée des aisselles féministes cacherait-elle le rasoir masculin ? La société veut-elle la peau du poil mâle ? S’agirait-il d’un complot matriarcal ? Les hommes doivent-ils résister et afficher eux aussi leurs jolis poils bien taillés et colorés pour se défendre contre cette odieuse injustice ?
Ce n’est peut-être pas la peine… Car il existe une explication beaucoup plus simple : La mode de la barbe a mis les producteurs de rasoirs en faillite, et si les femmes se mettent elles aussi à se laisser pousser les poils sous les bras, il faudra bien que Gillette vende des rasoirs à quelqu’un. Le phénomène est bien connu en économie : un marché en remplace un autre. Du coup, en l’espèce, on aboutit à une redistribution arithmétique des poils.
Pour appuyer sa stratégie de vente, Gillette (« La perfection au masculin ») a même commandé une étude prouvant que l’épilation diminue les odeurs corporelles de 57% (intéressant, ça, le calcul des odeurs corporelles en pourcentage…). Résultat : Pendant que les femmes luttent pour leur liberté d’expression pileuse, ce sont les hommes qui sont sommés de couper ce qu’elles laissent pousser. Le capital est parfois subtil.
(Avec AFP) – On apprend aujourd’hui que « Les Guignols de l’info », l’une des émissions phares de Canal+ avec « Le Journal du Hard » et « Canal Football Club », ne sera plus diffusée en clair mais vers 20h50 seulement. En crypté, donc.
S’exprimant dans une interview au quotidien Le Figaro, le directeur général du groupe Maxime Saada a expliqué que ce changement avait pour objectif de « donner plus de valeur aux abonnements ».
Il est vrai que le porno et le cinéma, à l’heure de l’Internet mondial d’un simple clic, ça eût payé. Problème : pour continuer à voir les Guignols « en clair », il suffira désormais de se connecter à Dailymotion.
« Nous considérons que c’est une pépite et nous voulons donc développer son exposition. Il n’a jamais été question de les faire disparaître », a expliqué à ce sujet Maxime Saada au Figaro, visiblement pas à une contradiction près.
En attendant de savoir si certains gogos seraient prêts à s’abonner pour regarder une émission visible gratuitement sur n’importe quel écran, rassurons les fans : l’émission phare de la chaîne conservera son budget de 17 millions d’euros.
Le sort des célèbres marionnettes avait suscité une forte mobilisation sur les réseaux sociaux et dans la classe politique. Jusqu’au président François Hollande qui avait rappelé que « la caricature, ça fait partie du patrimoine ».
M. Saada a également annoncé qu’Antoine de Caunes qui quitte « Le Grand Journal » – la plus célèbre émission en clair de Canal+ – passerait lui aussi du côté crypté de la force. A partir du mois d’octobre, il présentera un show en deuxième partie de soirée.
« Nous allons construire une émission autour de lui, un pur produit de divertissement qui sera produit en interne », a précisé le responsable de la chaîne. Encore un truc pour valoriser les abonnements, sans doute…
Les audiences du « Grand Journal » sont en chute libre depuis deux ans : le talk-show qui comptait 1,5 million d’auditeurs en 2013-2014 est tombé à 1,2 million de téléspectateurs au début de cette saison, puis sous la barre du million de téléspectateurs.
« Pour faire la différence, Canal+ doit renforcer ses piliers éditoriaux qui sont le cinéma, le sport, la création originale, et en ajouter un nouveau : les émissions de divertissement », a-t-il encore déclaré.
C’est vrai que de Clara Morgane à Yann Barthès, en passant par Pierre Ménès, la chaîne avait sans doute fini par prendre un ton un peu trop intello. Ravis de tirer un trait sur cette époque austère, les téléspectateurs apprécieront que Canal+ fassent désormais dans la légèreté !
Le 21 octobre 1994, les Etats-Unis signaient un accord cadre avec la Corée du Nord devant permettre l’arrêt immédiat de la recherche nucléaire nord-coréenne à des fins militaires. Cet accord était, selon Bill Clinton, « bon pour les Etats-Unis, bon pour nos alliés et bon pour la sécurité du monde entier ». Il ne s’agissait pas d’un accord reposant « sur la confiance » car sa « conformité serait certifiée par l’Agence internationale de l’énergie atomique ».
Moins de dix ans plus tard, la Corée du Nord dénonçait l’accord cadre. En 2006, elle procédait à l’explosion de sa première bombe atomique. A ce jour, la Corée du Nord compterait une trentaine d’ogives nucléaires.
Comparaison n’est pas raison. D’accord. Mais tout de même.
Le 14 juillet 2015, Barak Obama déclarait prétentieusement « nous avons mis fin à la prolifération de l’arme nucléaire dans la région » assurant que « cet accord n’est pas basé sur la confiance mais sur la vérification ». Et comme si cela ne suffisait pas à rassurer les sceptiques échaudés par les – déjà nombreuses – tricheries et manipulations du régime des Mollahs, le Président iranien déclarait, quant à lui, que « l’Iran ne cherchera jamais à avoir l’arme nucléaire ». Si la situation n’était pas aussi grave, on en rirait presque.
Et il y a de quoi. La semaine dernière, l’Ayatollah Khamenei précisait qu’il faudrait continuer à lutter contre les Etats-Unis même en cas d’accord sur le nucléaire. Quant au sémillant Président Rohani – dont le monde entier loue la modération – ce dernier a conduit la manifestation annuelle de la « Journée de Al Qods », une véritable marche de la haine au cours de laquelle les manifestants criaient « mort aux Etats-Unis », « mort à Israël » et brulaient des drapeaux américains et israéliens. Rien de bien original en somme, mais quelle modération et quel signe de bonne volonté de la part des dirigeants iraniens au beau milieu des négociations… Le 12 juillet dernier, en prévision de l’accord alors acquis à 90%, le même Président Rohani signait un décret interdisant toute visite et tout accès à un site militaire. Ça promet.
Ne rêvons pas, la signature de cet accord ne changera pas la nature du régime iranien, mais permettra en revanche à ce dernier de récupérer environ 150 milliards de dollars d’avoirs gelés à l’étranger (la prime à la signature) et de continuer, avec plus de facilité encore, à financer les mouvements terroristes, type Hezbollah, Hamas et autres mouvements rebelles chiites Houthis au Yémen. Autant dire que cet accord va aider à stabiliser la région…
Les sanctions internationales seront levées progressivement dès le premier semestre 2016. Mais en contrepartie de quoi exactement ?
Les obligations imposées à l’Iran seront les suivantes : diminuer ses capacités d’enrichissement d’uranium des deux tiers, réduire le stock d’uranium enrichi détenu sur son territoire de 6000 kg à 300 kg ainsi que le nombre de centrifugeuses, et modifier le réacteur de la centrale d’Arak pour limiter sa capacité de production de plutonium. C’est bien.
Problème : le mécanisme de vérification des sites nucléaires, notamment et surtout militaires, ne permet pas de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements. Les visites inopinées ne sont pas autorisées mais les inspecteurs auront la possibilité de se rendre sur les sites de production s’ils disposent d’éléments leur permettant de penser que des activités nucléaires non déclarées seraient en cours. Et encore, l’Iran pourra alors s’y opposer, et il faudra un vote à l’unanimité d’une commission internationale pour forcer la visite, ce qui laissera d’autant plus de temps aux Iraniens pour faire disparaître ce qu’il y a de gênant. D’autant que la Russie et la Chine – alliés assumés de l’Iran – feront partie de cette commission. Les Mollahs peuvent dormir tranquilles.
Enfin, et si tant est que ces visites de vérification aient lieu, gardons à l’esprit l’efficacité toute relative des contrôles des organisations internationales. Pour mémoire, le démantèlement du programme syrien d’armes chimiques placé sous la responsabilité de l’OIAC avait débuté en septembre 2013 pour prendre fin le 30 juin 2014. En mai 2015 pourtant, le régime de Bachar el-Assad était responsable d’une nouvelle attaque au chlore sans que cela n’émeuve trop les progressistes de tout poil. On comprend mieux le sourire béat de Mohammad Zarif, le ministre des affaires étrangères iranien, à la terrasse du Palais Cobourg.
Les optimistes, les naïfs et les idiots auront tôt fait de rappeler que la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient à ce jour est Israël, et qu’il n’y a pas de raison qu’elle soit la seule. On objectera qu’Israël est aussi la seule démocratie du Moyen-Orient, et que si elle existe encore aujourd’hui c’est peut-être bien parce qu’elle est la seule puissance régionale à être dotée de l’arme nucléaire. On ajoutera qu’Israël ne finance ni ne promeut le terrorisme, ne répète pas à qui veut l’entendre qu’elle souhaite rayer ses voisins de la surface du globe et propose même – quel culot ! – son aide à l’Iran quand des séismes y font plusieurs milliers de morts (notamment en 2003, 2012 et 2013).
Alors oui, les Israéliens ont des raisons légitimes de s’inquiéter. Et le reste du monde ferait bien de s’inquiéter aussi un petit peu. Car en dépit des commentaires les plus nombreux, cet accord repose bien sur la confiance que l’on peut accorder à l’Iran, c’est-à-dire à un régime qui soutient financièrement et militairement Bachar el-Assad, le Hezbollah et le Hamas, commandite des attentats un peu partout dans le monde – Buenos Aires en 1994, Liban en 2005 (l’assassinat de Rafic Hariri), Europe en 2012 (Bourgas) et 2015 (Chypre) pour n’en citer que quelques-uns –, réprime les manifestations dans le sang, emprisonne les journalistes et exécute les opposants politiques.
La perspective que ce régime-là obtienne la bombe atomique peut à juste titre chagriner les Israéliens et le reste de la région. Il faudra redoubler de vigilance et espérer que l’Iran saisisse cette chance pour en faire profiter son peuple plutôt que pour nourrir ses visées expansionnistes. Car c’est un pari bien risqué qu’ont fait les 5 +1. Mais c’est toujours plus facile quand on n’est pas le premier visé.
Bien sûr, on ne peut voir les images des immigrés africains et syriens débarquant sur les côtes italiennes que le cœur serré. Le pape Françoisa raison : « Le spectacle de ces êtres humains traités comme des marchandises fait pleurer. » Beaucoup ne finissent pas le voyage, leurs embarcations de fortune chavirant en pleine mer. Bien sûr, on peut déplorer que, devant ce drame, ce drame total, les gouvernements européens, notamment le gouvernement français, passent leur temps à ergoter. Leur seule préoccupation apparente : aiguiller vers les autres pays le maximum d’arrivants ; en avoir le plus petit nombre possible à gérer… et préparer en catimini leur rapatriement.
Faut-il pour autant à l’instar de Cécile Duflot, l’ex-ministre du Logement et leader des Verts, parler de « Waterloo moral » ?[access capability= »lire_inedits »] Faut-il accepter l’idée, qu’elle a récemment exposée dans Le Monde, selon laquelle refuser d’accueillir TOUS les nouveaux candidats à l’immigration reviendrait à céder « au vent mauvais de la xénophobie » ? Du passé, faisons table rase, clame notre nouvelle grande conscience révolutionnaire : arrêtons de chercher tous les prétextes pour limiter l’immigration, proclame-t-elle, évacuons le spectre du FN et des populismes qui fleurissent un peu partout en Europe, et assumons pleinement d’être des citoyens du monde, d’un monde sans frontières.
En réalité, la position de Cécile Duflot est tout sauf nouvelle. Cela fait plusieurs décennies que la gauche dite morale, celle qui revendique encore et toujours le monopole du cœur, n’a qu’un seul mot d’ordre en matière d’immigration : no limit. Le véritable apport de Duflot relève du vocabulaire : consciente que les Français renâclaient de plus en plus à prendre fait et cause pour les immigrés, en particulier clandestins, la gauche morale avait inventé il y a quelques années le concept de « sans-papiers », qui avait le mérite de renvoyer aux « sans-culottes » de jadis. Voilà désormais qu’apparaît la catégorie des « migrants » : le mot est bien entendu employé pour suggérer que les nouveaux arrivants seraient seulement de passage… Pourquoi dès lors chercher à contingenter leur nombre ?
La position de Cécile Duflot est tout sauf nouvelle, et elle est grandement responsable du véritable Waterloo français sur l’immigration. Car, si Waterloo il y a, ce n’est nullement celui dénoncé par l’égérie des Verts. Ce n’est pas succomber à la mode des excès de langage que de l’affirmer : le véritable Waterloo, c’est le taux de chômage des jeunes issus de l’immigration africaine, devenu un phénomène structurel : autour de 40 % dans certains « quartiers », pour ceux qui n’ont pas le bac. La France ne respecte plus le contrat moral, en l’occurrence le qualificatif n’est pas galvaudé, qui unissait de toute éternité les immigrés à leur pays d’accueil : à leur arrivée, ils acceptaient les plus sales boulots, ceux dont les « nationaux » ne voulaient pas, mais leurs enfants bénéficiaient du système éducatif dudit pays d’accueil et pouvaient accéder aux meilleurs jobs.
Pourquoi la gauche morale, si prompte à défendre la cause de l’autre, la cause de l’étranger, se soucie-t-elle comme d’une guigne de ces jeunes ? Pourquoi cette gauche défend-elle avec une telle constance le libre accès des étrangers au territoire français pour se désintéresser ensuite de leur sort et de celui de leurs enfants ? La réponse est évidente : elle refuse de passer d’une rhétorique de l’indignation à une éthique de la responsabilité. Si tant d’enfants d’immigrés sont aujourd’hui sans travail, c’est parce qu’on a accueilli leurs parents à une époque où se développait déjà un chômage de masse. Où, en conséquence, il eut été logique de mettre des freins à leur arrivée plutôt que de participer à la création de futurs chômeurs.
« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » : la formule de Michel Rocard a fait mouche parce qu’elle énonçait une évidence. La gauche morale se refuse à distinguer ceux qui quittent leur pays parce qu’il est en proie à des troubles, parfois à une guerre civile, comme aujourd’hui la Syrie, et ceux qui le quittent dans l’espoir de trouver du travail pour subvenir aux besoins de leur famille. Les premiers ont un droit imprescriptible à l’asile politique : la France ne saurait y déroger sous peine de se renier. Les seconds sont parfaitement en droit de frapper à la porte de l’Europe. Mais les pays européens ont parfaitement le droit de leur refuser d’entrer. Le critère de sélection n’a rien de choquant : c’est l’état du marché du travail. En période de plein-emploi, il est logique d’ouvrir les vannes ; en période de chômage, il est naturel de les refermer.Alors, bien sûr, ce tri entre « bons » et « mauvais » arrivants, entre réfugiés politiques et réfugiés économiques, n’a rien de très ragoûtant. Il comporte une part d’arbitraire. Les miséreux sont les miséreux, bannissons tout formalisme, clament les belles âmes. Dans la foulée, elles observent que la formule de Rocard est systématiquement tronquée : « La France ne peut pas accueillir…, mais elle doit en prendre sa part », a déclaré l’ancien Premier ministre. Or notre pays serait l’un de ceux qui en Europe accueillerait le moins d’étrangers. Toujours, dixit Duflot, cette « folie de politiques migratoires indécentes et mortifères ».Question : comment expliquer dans ces conditions que la France abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe ? Contrairement à ce que serine la gauche morale, nos politiques migratoires flirtent davantage depuis des décennies avec l’angélisme qu’avec l’indécence. Aujourd’hui, c’est cette importante communauté musulmane qui connaît le plus fort taux de chômage de l’Hexagone. Au nom de « l’humanisme », c’est le drapeau brandi par Cécile Duflot, faudrait-il prendre des mesures qui ne peuvent avoir pour effet que de l’aggraver encore ? Ce ne sont certes pas les emplois des « bobos » qui seraient menacés en cas d’installation d’une nouvelle vague d’immigration africaine et moyenne-orientale.Devant l’ampleur de ce qui se passe sur les côtes italiennes, il est nécessaire de prendre des mesures d’urgence. Mais rien ne serait pire que de renoncer à tout contrôle de nos frontières. Ce qui choque le plus dans la position de Cécile Duflot, c’est son manichéisme. Soit on pense comme elle, et on appartient au camp du bien, soit on pense différemment, et on appartient au camp du mal. Il n’existerait pas de moyen terme. En matière d’économie, le maître mot, à gauche, est celui de « régulation ». L’économie libérale créant par nature des inégalités, il importe de la « réguler ». Mais quiconque défend l’idée de régulation en matière d’immigration est voué aux gémonies. Sur ce dossier, la gauche morale n’est pas libérale, elle est ultralibérale ! Elle rejoint les positions du Medef, qui se prononce régulièrement pour la libre circulation des travailleurs pour une raison évidente : peser sur le niveau des salaires.Derrière ce tête-à-queue idéologique, il y a une certaine idée de la France qui n’est pas exactement celle du général de Gaulle. Depuis Vichy et la décolonisation, la gauche morale voit dans la France un pays malade. « Moisi » même, selon Philippe Sollers. Cette gauche dénonce tous les matins la xénophobie mais sombre volontiers dans la francophobie. C’est son droit le plus strict. Mais ce n’est pas en présumant la France et plus encore les Français coupables des plus noirs desseins, aujourd’hui comme hier, que l’on peut définir une politique équilibrée sur un terrain aussi complexe que celui de l’immigration.[/access]
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C’est un honneur pour moi de pouvoir vous appeler ainsi. Le mot « camarade » est chargé de tant d’émotions… Je sais évidemment que moi, je suis devenu indigne de cette appellation. Camarades Juges ! J’ai l’intention de plaider coupable. Non pas dans l’espoir que mes aveux sincères me vaudront votre indulgence. Bien au contraire, j’aspire à un châtiment des plus sévères qui fera connaître au peuple ce qu’il en coûte de s’attaquer aux féministes qui sont l’avant-garde lumineuse du prolétariat.
Camarades Juges ! On ne dénoncera jamais assez les basses et sournoises manœuvres de la bourgeoisie pour attirer dans ses rets des êtres faibles dont l’âme n’a pas été trempée par l’enseignement du combat révolutionnaire. C’est ainsi que je me suis laissé enrôler dans Causeur, une organisation au service du grand capital. Ces monstres ont réussi à séduire l’intellectuel petit bourgeois que je suis avec un slogan : « surtout si vous n’êtes pas d’accord ».
J’ai cru – ma naïveté fut criminelle – qu’il s’agissait de ne pas être d’accord avec les requins de la finance, les vautours des banques cosmopolites et les suceurs de sang du peuple. Quand j’ai compris ma funeste erreur, il était trop tard : j’étais contaminé. C’est ainsi que j’ai prêté la main à un affreux complot contre les féministes dont je reconnais maintenant la grandeur. Elles, et elles seules, ont eu la lucidité de montrer l’oppression des femmes sous le règne de la bourgeoisie masculine et sexiste. Et pour tout vous dire, camarades Juges, j’ai cédé au charme vénéneux d’un livre que je gardais clandestinement chez moi : Français, encore un effort si vous voulez être républicains.
Son auteur, le marquis de Sade (un aristocrate, camarades Juges !), voulait transformer les femmes en esclaves vouées à la lubricité des riches et des bourgeois. Je m’en suis hélas inspiré. De cela je dois et je veux répondre devant vous. Mais je tiens toutefois à me dissocier des répugnantes élucubrations d’une hyène dactylographique nommée Elisabeth Levy. Pareillement, je ne saurais cautionner les propos immondes et pervers d’une Eugénie Bastié ou d’une Paulina Dalmayer. Méritent-elles seulement le nom de femme, ces erreurs de la nature, ces vipères lubriques ?
Je tiens à dire aussi, camarades Juges, que dès que j’ai su que votre tribunal, juste car impitoyable, allait instruire mon procès, j’ai allumé un feu dans ma cheminée. J’y ai jeté le livre abominable du marquis de Sade et aussi, prenant enfin conscience de mon abjection, Les Onze Mille Verges d’Apollinaire, Histoire d’O de Pauline Réage, Le Con d’Irène d’Aragon et Le Décaméron de Boccace.
Non, camarades Juges, je ne dis pas cela dans le but de vous inciter à la clémence. Non, plus votre peine sera sévère, plus je me sentirai lavé du mal qui a pénétré en moi. Je tiens aussi à dire ici ma reconnaissance à ceux qui, les premiers, ont débusqué mes vilénies. Tout d’abord, le camarade Les Inrocks dont chaque mot exhale la saveur d’un macaron de chez Hermé trempé dans un thé de chez Mariage Frères. Oui, ils ont tout de suite vu l’insulte faite au peuple féminin.
Le camarade Les Inrocks a été non seulement lucide mais aussi courageux. Un jour, il a pris sur lui de faire connaître un noble texte de la camarade Virginie Despentes. Celle-ci, bravant les menaces des capitalistes, a fait l’éloge de deux combattants de la liberté, les frères Kouachi : « Ils ont préféré mourir debout, plutôt que de vivre à genoux. » Le camarade Acrimed, lui aussi, a flairé très vite le danger. Et a dénoncé l’entreprise criminelle de la firme Levy & Co. Jamais le camarade Acrimed n’a cessé de dénoncer l’abominable pouvoir de la bourgeoisie, l’oppression des plus faibles (les femmes) et les reptiliens procédés des sionistes. Grâce leur soit rendue à tous les deux.
Sans eux, camarades Juges, je ne serais pas devant vous. Sans eux, je vivrais encore sous l’emprise délétère des livres que j’ai jetés au feu. Oui, camarades Juges, je me sens enfin libéré : les voix de la rédemption ne devraient pas m’être interdites. Oui, camarades Juges, condamnez-moi. Mais laissez-moi la possibilité de redevenir le révolutionnaire que je n’aurais jamais dû cesser d’être. Et dans un camp de redressement de votre choix, pour la durée que vous déciderez, j’écrirai « La terreur masculine ».
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(Avec AFP) – Trop de porno ? Trop d’OGM ? Pas assez de sport ? Un rapport du gouvernement américain publié mercredi révèle que moins de la moitié des adolescents américains sont sexuellement actifs aujourd’hui, soit beaucoup moins qu’à la fin des années 80.
L’étude, qui se base sur des données de l’Enquête nationale sur la famille (National Survey of Family Growth), donne un aperçu de la pratique sexuelle, des méthodes de contraception et du taux de grossesse chez les jeunes de 15 à 19 ans entre 1988 et 2013.
« En 2011-2013, 44% des filles et 47% des garçons ayant entre 15 et 19 ans avait eu un rapport sexuel », énonce notamment le rapport du Centre national des statistiques de santé (National Center for Health Statistics).
« Ce pourcentage a significativement baissé, de 14% pour les filles à 22% pour les garçons, en 25 ans » indique l’étude.
En 1988, 60% des garçons et 51% des filles étaient sexuellement actifs.
C’est sur la période 2006-2010 que le moins de filles déclarent avoir eu au moins un rapport sexuel (43%). Pour les garçons, c’est en 2002 (46%).
Mais pas de panique. Au Japon, un sondage de la Japan Family Planning Association révélait il y a quelques années que pas moins de 45% des filles de 16 à 24 ans ne sont pas intéressées, ou méprisent carrément, le contact sexuel.
Voilà sans doute quelques indices susceptibles d’expliquer l’afflux, aussi massif que constant, de touristes étrangers en France…
Que d’énergie dépensée pour conjurer l’angoisse hypnotique d’un Grexit. C’est bien simple, tout y est passé. Jamais à court de formules, dirigeants et technocrates se sont succédés à la barre, faisant état de la formidable diversité de leur arsenal rhétorique. De l’argument historique à l’inévitable rengaine du Progrès, de la posture métaphysique au chantage culturel, les acteurs de cette tragédie estivale n’ont reculé devant aucun élément de langage pour marteler leurs slogans. Confondant allègrement (sciemment ?) Europe et zone Euro, incapables d’évoquer en des termes précis les conséquences économiques et géopolitiques d’un retour à la drachme, tous ont fait preuve d’une remarquable créativité argumentative, abreuvant comme il se doit les commentateurs de tous poils sommés de produire du temps d’antenne. Ce festin d’envolées lyriques aura au moins eu le mérite de nous rassasier, amateurs que nous sommes de poésie contemporaine.
Entre l’Ouzo et la Moussaka, passage en revue des différents mets proposés par nos gouvernants.
Le moins digeste : « Parce que la sortie de la Grèce de la zone Euro serait une régression du projet Européen. » (F. Hollande)
Et vlan ! Si avec ça vous n’êtes pas tétanisés au point de signer en bas à droite les yeux fermés, c’est que vous n’avez absolument RIEN compris aux soixante années qui viennent de s’écouler. Cela fait tout de même un bon quart de siècle que l’on s’évertue à nous expliquer ad nauseam que le Projet Européen rime avec « élargissement de la zone euro », et que rien ne doit entraver cette inéluctable marche en avant, pas même un exercice de tricherie avéré sur les comptes de nos partenaires. Pour faire avancer le marché et préserver la démocratie, toutes les méthodes sont bonnes, y compris les moins orthodoxes (une fois n’étant pas coutume). Du côté des zélotes de la monnaie unique, le plaisir ne vaut que s’il est partagé par le plus grand nombre et gare à celui qui émettra la moindre objection argumentée sur ce projet fou qui consiste à doter de la même devise des pays qui ne savent faire converger ni leur budget, ni leur fiscalité. Toujours prompt à agiter le spectre de la « régression démocratique », les cassandres institutionnelles ne se sont pourtant nullement émues lorsque la Troïka et le gouvernement grec décidaient, d’un commun accord, de s’asseoir sur le referendum du 5 juillet dernier, rare moment d’expression populaire dans cette Europe qui tourne à vide.
Le plus fade : « Parce que la Grèce est un grand pays Européen. » (M. Valls)
Comprenez : bouter les grecs hors de la zone Euro reviendrait à nier pareille évidence historico-géographique. Ou encore : se résoudre au Grexit, ce serait prendre le risque de rompre définitivement le lien « irremplaçable » entre Paris et Athènes, berceau de l’Europe et de la démocratie, incarné par des figures tutélaires, de Jacqueline de Romilly à Costa Gavras en passant par Mélina Mercouri. On en frémit d’avance.
Ravi de rappeler aux parlementaires de l’opposition que la Grèce entrait dans l’Union européenne sous l’impulsion de VGE en 1981, notre Premier ministre omet de préciser que le même Giscard défend aujourd’hui l’idée d’une Europe à deux vitesses qui, selon lui, serait désormais une réalité ne demandant qu’à être institutionnalisée. A la lumière de sa longue expérience, l’ancien président plaide en effet pour la consolidation d’un noyau dur européen, autour des pays les plus solides de la zone euro, qui doit s’affirmer et devenir pilier, faute de quoi l’union des 28 s’affaiblira et perdra de son influence. Une analyse qui, de toute évidence, n’a pas retenu l’attention d’un Manuel Valls, trop pressé de sacrifier l’étude rigoureuse des faits sur l’autel de la grandiloquence la plus caricaturale.
Alors que notre austère voisin ne jure que par la vérité des chiffres, le gouvernement français tente de rééquilibrer les débats par de beaux discours. Du côté de Matignon, on n’a jamais été aussi bien que planté sur ses grands chevaux.
Le plus savoureux : « Parce que le Grexit serait un saut dans l’inconnu. » (à peu près tous les experts de France et de Navarre)
Amis cosmonautes, bonsoir. Il apparaît que les européistes professionnels sont comme pris d’un terrible vertige à l’idée de s’aventurer sans carte ni boussole hors de leur pré carré monétaire. Ils ont même une fâcheuse tendance à chanceler lorsque, devant eux, se dessine le vide intersidéral de l’Inconnu. Qu’il soit d’ordre juridique ou démocratique, cette absence de matière est de nature anxiogène et accule certains à la panique voir à l’agressivité. Qu’un grain de sable vienne enrayer la machine bruxelloise et tous expriment à l’unisson ce besoin impérieux d’un retour illico aux affaires courantes. Préjudiciable à l’intérêt général, une telle idéologie a un nom : le précautionnisme. Une doctrine macabre qui sévit au plus haut niveau de nos institutions et qui croit voir dans le principe de précaution l’expression du bon sens, alors que son application systématique inspire des décisions plus que contestables, pour ne pas dire dommageables. A force de minimiser les risques de tous ordres, convaincu qu’il faut fuir l’incertain comme la peste, le projet européen s’expose à une mort lente par « inertie technocratique ».
Un Grexit – ou du moins une période de suspension de le Grèce de la zone Euro, comme suggérée par certaines voix outre-Rhin – aurait peut-être pu ouvrir la voie à un examen de conscience approfondi sur les errements de la gouvernance économique de l’Union, posés jadis par les critères de Maastricht. Un exercice pour le moins salutaire à l’heure où la construction européenne bat tous les records d’impopularité auprès des peuples concernés. Mais cela a finalement pesé peu au regard de l’ardent désir pour chacun de retourner à ses petites affaires.
L’homme qui incarnait la tendance libérale du PS et qui dirigea l’institution libérale la plus honnie du monde par les révolutionnaires vient de réapparaître là où on l’attendait le moins, à l’autre extrême de l’échiquier.
Dans une Lettre à mes amis allemands, qui fait écho aux Lettres à un ami allemand écrites par Albert Camus entre 1943 et 1944, DSK accuse l’Allemagne d’aujourd’hui d’avoir voulu saisir « l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche ». Il apporte ainsi sa caution (non pas morale, mais politique) à ses ex-adversaires d’hier les frondeurs, qui n’ont pas tardé à s’en réjouir (sic).
Quand DSK énumère les figures prestigieuses qui définissent l’Europe, il place Marx aux côtés de Michel-Ange, Shakespeare, Descartes, Beethoven, Freud et Picasso, comme si l’Europe d’aujourd’hui ne s’était pas construite contre les deux totalitarismes, le nazisme et le communisme.
Plus surprenant encore, on annonce qu’il se met au service personnel de Raoul Castro dont le régime ne peut pas être accusé de libéralisme, ni sur le plan de l’économie, ni sur celui des mœurs sexuelles.
Avant de chanter les louanges de ce retour au vertueusement correct, attendons un peu de voir si le naturel que DSK vient de chasser n’est pas en train de piaffer d’impatience avant de revenir au galop.
Que lui demande en effet Raoul Castro ? « D’accompagner la réouverture des échanges commerciaux entre la Havane et son voisin américain. »
Or on sait quelle était la réputation sulfureuse des échanges commerciaux entre la Havane et son voisin américain avant la révolution cubaine.
Je conseillerais donc aux révolutionnaires vertueux d’attendre un peu avant d’applaudir leur nouvelle recrue.
Le discours de François Hollande au Panthéon (31 mai)
Élisabeth Lévy. Je m’attendais à ce que l’entrée au Panthéon de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay soit un grand moment de pathos résistant. Si j’en crois les sondages, seuls 20 % des Français ont trouvé que François Hollande a prononcé un grand discours à cette occasion, tandis que les commentateurs ont réservé au verbe présidentiel un accueil plutôt goguenard. Avez-vous senti souffler le vent de l’histoire en écoutant le chef de l’État ?
Alain Finkielkraut. Dans les siècles aristocratiques, l’idée de grandeur était préemptée par la gloire militaire. Les statues de Louis le Grand le représentaient à cheval avec tout l’attirail du guerrier. Mais quand le marquis de Pasteret invente pour le Panthéon la devise « Aux Grands Hommes la Patrie reconnaissante », son modèle, c’est Fénelon, qui va à pied et qui interroge en bon père les paysans qu’il rencontre. Voltaire a donné la formule de cette mutation : « J’appelle Grands Hommes ceux qui ont excellé dans l’utile et l’agréable. Les saccageurs de provinces ne sont que héros. »[access capability= »lire_inedits »]
Les Lumières misaient, pour améliorer le sort des hommes, sur les progrès de la civilisation et voulaient donc ouvrir, contre l’instinct belliqueux, une nouvelle époque de la gloire. « Aux batailles, écrira encore Victor Hugo, succéderont les découvertes ; les peuples ne conquerront plus, ils grandiront et s’éclaireront ; on ne sera plus des guerriers, on sera des travailleurs. »
En faisant la part belle aux savants et aux hommes de lettres, le Panthéon a été longtemps une « École normale des morts », selon la formule plaisante d’André Billy.
Mais voici le paradoxe : quand on veut faire l’inventaire des hommes et des femmes remarquables du xxe siècle, ce sont spontanément des noms de héros qui viennent à l’esprit. Fénelon a détrôné Louis XIV. Mais personne ne pourra jamais détrôner Jean Moulin. Nous avons beau être férus de psychanalyse et chercher dans l’inconscient la vérité de l’être, l’histoire qui nous précède et nous surplombe nous fait dire avec Sartre : « Le secret d’un homme, ce n’est pas son complexe d’Œdipe, c’est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. » Et nous honorons, en tout premier lieu, ceux et celles qui ont passé victorieusement cette épreuve. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Jean Zay : quatre héros de la Résistance sont entrés au Panthéon, et le mot le plus fréquemment employé par François Hollande, dans une oraison où planait la grande ombre d’André Malraux, fut le mot « courage ». Car Voltaire peut bien nous inviter à cultiver notre jardin, si un Hitler surgit, d’autres qualités sont requises, et l’héroïsme occupe à nouveau le terrain de la grandeur.
Le problème, c’est qu’il tend à l’occuper seul, car il est plus en phase avec les normes de la société du spectacle que l’art, la science, la philosophie, la littérature et toutes les grandeurs de l’esprit. Quel flop c’eût été si François Hollande avait choisi de faire entrer au Panthéon Vuillard, Ravel ou Supervielle ! Imaginez pourtant le président de la République qui s’adresse à la foule massée sur l’esplanade et qui, après l’inévitable « Entre ici Jules Supervielle », conclut son éloge par la lecture de ce poème en prose : « Soudain je me sentis comblé. J’étais devenu un rhinocéros et trottais dans la brousse. Moi si vulnérable d’habitude, je pouvais enfin affronter la lutte pour la vie avec de grandes chances de succès. Ma métamorphose me paraissait tout à fait réussie jusqu’en ses profondeurs et tournait au chef-d’œuvre, lorsque j’entendis distinctement deux vers de Mallarmé dans la tête dure et cornée. Décidément, tout était à recommencer. » Quelle fierté ressentirions-nous d’être et de parler français !
La polémique Valls à Berlin (14 juin 2015)
Élisabeth Lévy. Sans doute avez-vous regardé la finale de la Ligue des champions Barça-Juventus le 6 juin à la télévision, eh bien, vous auriez dû inviter le Premier ministre, il aurait passé une meilleure soirée et, surtout, elle lui aurait coûté moins cher ! Manuel Valls risque de payer au prix fort, en termes politiques, ce voyage à Berlin que Le Monde et Libération décrivent en chœur comme une faute. Partagez-vous l’indignation des commentateurs ?
Alain Finkielkraut. Depuis la glorieuse anaphore du président Hollande « Moi, président de la République… », le gouvernement a voulu afficher sa rupture avec les dérèglements et les débordements de l’ère sarkozyste. Par son aller-retour Paris-Berlin-Paris, Manuel Valls a manqué à cette promesse. Il a transgressé ses propres règles. Ce n’est pas moi qui le condamne, ce sont les critères qu’il a lui-même fixés. Et les socialistes divisés, déboussolés, inquiets, sont fondés à juger cavalier et désinvolte le choix d’abandonner le congrès de leur parti en crise pour un match de football.
Mais quand bien même on qualifierait ce voyage de faute, et pas seulement d’erreur ou de maladresse, il y a quelque chose de navrant et de ridicule dans l’importance que lui ont accordée tous les grands médias. Le bavardage sur la bévue de Valls a rempli l’espace au détriment des convulsions de l’histoire, et notamment de la prise de Syrte, la ville natale de Kadhafi, par Daesh. La politique, c’est le souci du monde. Avec l’État islamique aux portes de l’Europe, le monde prend une tournure de plus en plus inquiétante et la France mediapartisée vit au rythme des minuscules scandales hexagonaux. Cette insouciance dans l’indignation donne le vertige…
Mais il y a d’autres choses à dire sur cette équipée sportive, et c’est Renaud Camus qui les a formulées dans une page de son journal en ligne qu’un ami a eu la gentillesse de me mettre sous les yeux : « Je ne trouve pas digne du chef de gouvernement d’un grand pays d’aller se compromettre, et le lendemain encore au stade Roland-Garros, dans ces milieux du sport-spectacle qui sont gangrenés jusqu’à la moelle et se trouvent à l’épicentre de l’industrie de l’hébétude. Le seul sport que devrait soutenir, selon moi, un homme d’État, et tâcher de répandre dans la nation, c’est l’exercice personnel, individuel, ou bien, pour les activités collectives, les jeux, parties et tournois des équipes d’amateurs. »
J’aime encore le sport-spectacle, mais il se corrompt à une telle vitesse que je dois donner raison à Renaud Camus, et je regrette comme lui que le grief adressé au Premier ministre porte non sur cette déchéance mais sur les 17 000 euros mis indûment à la charge du contribuable par l’usage d’un avion Falcone de fonction pour ce qui ne serait qu’un voyage privé. Et c’est là que Renaud Camus touche le plus juste. « La télévision, en guise de vertueuse contre-épreuve, exposait largement les usages scandinaves, où la moindre dépense de ministre ou de haut fonctionnaire est épluchée à la demi-couronne près, et où un membre du gouvernement peut perdre sa place pour une boîte de chocolats payée de travers. Je crois n’être pas suspect de “scandinavophobie” – et, en effet, il a consacré deux volumes des Demeures de l’esprit à la Suède, à la Norvège et au Danemark –, mais je dois dire trouver parfaitement ridicule et même pire, le mot qui me vient à l’esprit est “minable”, que j’essaie en général d’éviter, cette surveillance épicière et tatillonne. Ce qui s’observe et s’exerce là, une fois de plus sous couvert de rigueur démocratique et comptable, c’est la dictature de la petite bourgeoisie. Cette classe acrimonieuse et tyrannique ne peut pas supporter qu’on ne soit pas comme elle, qu’on ne vive pas comme elle, surtout si on lui appartient – or tout le monde lui appartient, au moins culturellement, elle y veille –, elle veut, pour la gouverner, des petits bourgeois exemplaires, non par la vertu mais par la médiocrité de destin. »
J’essaie, autant que possible, de penser par moi-même, mais j’ai besoin des autres, et par exemple de Renaud Camus, pour avoir ce que Kant appelait une « pensée élargie ». Voilà pourquoi je le cite aujourd’hui si longuement. Et je lui laisse le soin de conclure : « Que Manuel Valls ait fait profiter ses fils de deux places vacantes dans son avion ministériel, je trouve cela plutôt sympathique et gentil, personnellement, en tout cas, ce n’est pas du tout ce que je lui reproche. »
Les sujets du bac (2 juillet)
C’est une tradition, la dissertation de philosophie donne le coup d’envoi des épreuves du bac. Voici les quatre sujets entre lesquels vous devrez choisir. « Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? » ; « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? » ; « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » ; « Respecter tout être vivant : est-ce un devoir moral ? » Alors, lequel choisissez-vous ?
Un aveu pour commencer : à chaque fois que je me retrouve devant un sujet de philosophie du baccalauréat, de licence ou d’agrégation, je me souviens que j’ai choisi les lettres pour éviter la panique du tête-à-tête avec les grandes questions. Mais comme je suis un grand garçon, je prends mon courage à deux mains, je me raisonne et je choisis : « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » À cette question, l’homme moderne répond spontanément « non ». Il se définit en effet comme sujet, c’est-à-dire par sa capacité à penser par lui-même et à façonner son propre destin. Il est l’auteur conscient et responsable de ses paroles et de ses actes, leur fondement, leur subjectum. Il est, dira en substance Sartre, non ce que son passé fait de lui, mais ce qu’il fait, dans une situation donnée, de lui-même. Son histoire n’est pas son code. Son être est liberté. Mais cette fière définition, héritée par Sartre de Descartes et des Lumières, a été ébranlée au xxe siècle par la grande découverte de l’inconscient. Le moi n’est pas maître dans sa propre maison, nous apprend la psychanalyse. Les grands garçons restent des petits enfants. « Nul mieux que Freud, écrit Ricœur, n’a été sensible à ce tragique de l’arriération. » L’auteur de L’Interprétation des rêves reste cependant un homme des Lumières : « Là où était le ça, le je doit advenir. » J’adhère à ce programme, mais il me semble que ce ne sont pas seulement les figures du père, de la mère, du frère, de la sœur, et la crise œdipienne qui nous font ce que nous sommes, ce sont aussi les rencontres, les découvertes, les lectures, les aléas, toutes les facettes du Dehors, et j’aime cette phrase de Nathalie Sarthou-Lajus : « L’expérience amoureuse est l’occasion unique pour le sujet de découvrir dans la dépendance la vérité de sa condition. » (L’éthique de la dette, PUF)
Mais, pour répondre entièrement à la question, il faut désinvidualiser et défamiliariser le pronom possessif. Mon passé, c’est aussi la langue que je parle, l’histoire dans laquelle je m’inscris. « L’homme, Messieurs, ne s’improvise pas. », disait Renan dans sa fameuse conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Et Régis Debray, plus récemment, dans son petit livre Le Glaive et le Code : « Dieu est cause de soi, Il ne tient que de Lui-même, Il n’a de dette envers personne et ce qu’Il sait, il ne l’a pas appris. Nous, nous sommes contraints. Nous produisons du neuf, oui, mais à partir de ce que nous avons reçu. Nous sommes incapables de nous auto-fonder, de nous auto-organiser, de nous auto-engendrer. »
De cette dette inaugurale, la subjectivité contemporaine ne veut rien avoir à connaître. La principale fédération de parents d’élèves, la FCPE, considère les enfants comme « les acteurs de leur éducation » et, contre le par-cœur et tous les exercices de mémoire, l’école favorise désormais la « créativité ». Mais, sans profondeur temporelle, la création est-elle simplement possible ? Pour être quelqu’un, pour avoir une personnalité singulière, il faut avoir un passé, et quand les élèves n’en ont plus, quand ils ne vivent qu’au présent, ils ont du mal à traiter les sujets de philosophie, et les examinateurs qui veulent les noter à leur valeur sont menacés de sanctions, car il faut à tout prix préserver la fiction d’un monde où les grandes questions ont encore un sens.[/access]
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