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Star Wars, fable double

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Star Wars URSS islam

Je mets la dernière main à deux livres qui sortiront en même temps, ou à peu près, l’un sur la laïcité, l’autre sur la culture. Vous trouverez ci-dessous une analyse ironico-sérieuse de l’un des plus grands mythes cinématographiques des années 1970-2010.

La saga Star Wars est peut-être le dernier opus totalement idéologique — et, à ce titre, totalement culturel, quoi que l’on pense d’un tel adjectif adapté à un blockbuster. Après lui, le déluge — c’est-à-dire le postmodernisme, la new wave, le relativisme absolu, l’inflation du nombrilisme, au cinéma comme ailleurs : tous ego !
Comme on le sait ou comme on l’ignore, la saga de George Lucas comporte six films, regroupés en deux trilogies — la première réalisée de 1977 à 1983, la seconde de 1999 à 2005. Une troisième série est prévue de 2015 à 2019, nous ne nous y intéresserons pas pour deux raisons : d’abord parce qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui y sera représenté, la seconde parce que George Lucas, maître d’œuvre des six premiers films, même s’il n’a effectivement dirigé que le premier (le IV dans l’ordre chronologique du récit), a revendu son entreprise à Disney, et qu’il ne s’agit plus que d’une franchise, d’une machine à encaisser des dollars.
Mais justement : qu’est-ce qui a pu occasionner ce trou de 15 années entre le premier cycle et le second ? Comment un metteur en scène / producteur, ayant mis la main sur le filon le plus riche de sa carrière, et l’un des plus juteux (près de 1 800 000 000 dollars de recettes pour la première trilogie) du cinéma mondial, a renoncé à continuer à chaud la série ? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de remettre l’ouvrage sur le métier ?
La réponse gît dans une analyse serrée de ces six films, qu’une entourloupe narrative et commerciale postérieure a inversés — la seconde trilogie étant chronologiquement située avant la première, d’où le nom de prélogie qu’on lui donne parfois, mot-valise entre prequel et trilogie.
Les trois premiers Star Wars parlent évidemment de la guerre froide. L’Empire du mal — c’est presque en ces termes (« Axe du Mal ») que George Bush, nourri chez George Lucas, parlera bien plus tard des « états voyous » que l’Amérique est censée combattre —, c’est l’URSS des années 1970, alors au faîte de sa puissance. Rien de très original : Isaac Asimov, avec le cycle des sept volumes de Fondation, s’était inspiré de l’effondrement de l’empire romain pour préfigurer ce que pourrait être le monde (d’où le terme de « psychohistoire » appliqué à cette forme de science-fiction) après l’émiettement de l’un des deux blocs qui assuraient l’équilibre de la terreur. Lucas racontait en 1977 la lutte quasi éternelle entre le Mal et le Bien, et la Force, cette puissance naturelle qui emprunte son nom à la physique quantique, était explicitement caractérisée comme un équilibre entre un côté lumineux et le « côté obscur », symbolisé par l’armure noire du général en chef des forces de la nuit, le fameux Dark Vador. Dans le dernier épisode, le Retour du Jedi (1984), les forces du Bien triomphent, et Dark Vador, qui a conservé en lui une étincelle de l’ancien « bon » Jedi qu’il fut, permet l’élimination de « l’Empereur », symbole du Mal. Pour bien me faire comprendre, rappelons que Leonid Brejnev, le dernier dirigeant historique de l’URSS, est mort au moment où Lucas et Kasdan écrivaient le dernier épisode de la première série. L’empereur mort laisse la place à Gorbatchev. De quoi vous dégoûter d’écrire un mythe.
La seconde série, réalisée vingt-deux ans après le premier film mais qui se situe dans la fiction vingt ans avant lui, feint de raconter la même histoire. Mais — et c’est toute la question des fables, qui n’ont de sens que par rapport à leur référent historique — on comprend bien qu’il ne s’agit plus pour Lucas de broder métaphoriquement autour des relations Monde libre / Espace soviétique. L’URSS s’est effondrée, elle n’est plus un adversaire assez crédible : 1999, date de sortie du premier film de cette nouvelle série, c’est Boris Eltsine au pouvoir, et l’effondrement de l’ex-URSS sous les coups de boutoir de la « thérapie de choc » dont le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a dit tout le mal que l’on pouvait en penser.
Alors, sous les fausses apparences d’une continuité, que racontent exactement ces trois films ? Qui sont les forces du Mal ? Qui est « l’Empire » ?
Reprenons le récit. Cette « prélogie » tourne autour d’un Jedi surdoué, figure christique, « l’Elu », appelé primitivement Anakin Skywalker et qui, séduit par « le côté obscur de la Force » (comme si Jésus avait répondu positivement à la tentation de Satan) deviendra Dark Vador, général des armées de la nuit. Changement de nom équivalant à une seconde naissance et à une mutation du Père, quand Kevin Dugenou parti en Syrie troque son nom pour Mohamed El Koubby — parce qu’il s’est pris la grosse tête. Nous y voilà. C’est le djihad du Jedi.
Métaphore exagérée ? Ma foi, l’Opération Tempête du désert (1991) a été la première incursion américaine directe dans l’Orient compliqué. Les Talibans viennent de prendre le pouvoir en Afghanistan (1997). Le théâtre de la lutte entre le Bien et le Mal s’est déplacé. Les habits de moines-soldats des Jedi renvoient à l’esthétique de la croisade. Par un tour de passe-passe idéologique et quelques modifications discrètes opérées dans les trois premiers films, qui seront réédités dans des versions nouvelles, la prélogie couvre le 11 septembre 2001, l’entrée en guerre en Afghanistan, puis en Irak (2003). L’ennemi a changé de visage — ça tombe bien, Anakin / Dark Vador a été défiguré au sens propre, et son visage n’est plus que le masque noir et anguleux qui est devenu l’emblème de la série.
Pour bien saisir ce qui s’est joué, il faut aussi considérer quel fut le public initial de Lucas. En 1977, ce sont les enfants du baby-boom qui vont au cinéma. Et ce sont encore les mêmes qui, vingt-deux ans plus tard, y retournent, ne serait-ce que sous l’effet nostalgie. Et qui y amènent leurs enfants — Lucas leur a donné le temps de se multiplier. Résultat, des films idéologiquement datés cartonnent dans les années 2000, à contre-courant de ce qui se fait alors. Les teenagers, qui sont la cible prioritaire des producteurs, y vont en quelque sorte au second degré. Les adultes qui s’y rendent passent sans sourciller d’un ennemi emblématique à un autre — comme dans 1984 la foule qui vitupérait Eurasia, l’adversaire d’Oceania, passe sans s’en apercevoir à une incoercible haine pour Estasia, nouvel ennemi du pays. Lucas, après avoir bâti trois films sur l’affrontement Est / Ouest, déplace le sujet sur un affrontement Nord / Sud sans que cela gêne en quoi que ce soit le fan. Après tout, le spectateur n’y cherche qu’un divertissement — à quoi ? À la « menace fantôme » — jolie expression pour désigner les partisans de l’Etoile de la mort, dont la nuit est la marque et l’objectif.
La sortie DVD des six films (le I est en fait le IV, le IV étant chronologiquement le I) recompose l’histoire et fait oublier, sauf aux cinéphiles attentifs aux dates, cette mutation de l’adversaire. Ruse secondaire, mais significative, le personnage de Jabba le Hutt, sorte de croisement entre un crapaud et une limace, évoquait en 1977 les films « orientaux » en Technicolor des années 1950 où un pacha ventripotent regarde d’un œil las des danseuses habillées fort légèrement (les amateurs se crevèrent les yeux sur la tenue suggestive de la princesse Leïa, temporairement captive et intégrée au harem de Jabba) avant que l’une d’entre elles le tue — le schéma de Morjane poignardant le chef des voleurs dans Ali-Baba. En 1977, Jabba ressemble à Haroun El-Poussah, l’émir poussif et passif d’Iznogoud, répugnant, mais anecdotique. En 2000, quand le film est réédité, il s’inscrit bien plus nettement dans une lignée de tyrans orientaux qu’il est nécessaire de supprimer. Les effets spéciaux ajoutés en douce aux trois premiers films pour les mettre au niveau technique des trois derniers complètent l’illusion. Star Wars est devenu une métaphore de la lutte entre le camp du Bien et les troupes fanatisées d’un Empire du Mal qui a choisi le côté obscur de la Force : et je parierais presque que le déclic, pour Lucas, a été la sortie en 1996 aux Etats-Unis du Choc des civilisations, l’analyse de Samuel Huntington sur la fin des affrontements des Etats ou des blocs et la mutation vers une guerre culturelle entre l’Ouest et l’islam, appelons les choses par leur nom. Ou plutôt, entre la Culture et sa négation.

Pour un flirt…

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jeu chansons vacances

En vacances, j’oublie tout. J’aime regarder les filles pour le plaisir. Mes amis, mes copains me disent qu’il faut que je change. Mais c’est plus fort que moi, avec les filles je ne sais pas comment m’y prendre. Elle dévorait un banana split sous le soleil exactement. Alors, je l’ai attaquée relax par un : « Jeune demoiselle, parlez-vous français ? » C’était une méditerranéenne avec un faux air de Brigitte Bardot. Comme un boomerang, elle m’a répondu : « Je veux un enfant ! » J’aurais préféré qu’elle me crie : « J’veux un mec ! » Ce n’était pas le genre de fille à faire l’amour à la plage. Plutôt une bêcheuse, style nouvelle vague, intellectuelle sur les bords. Provocatrice. Une folle, certainement. Les amours d’été ne m’ont jamais réussi. Pourtant, j’insiste. Elle me fait, pensive : « Vous savez que Venise n’est pas en Italie ? » No comment. Première nouvelle. Je sentais poindre les complications. Ça aurait pu être si simple, un homme et une femme se rencontrent un soir d’été sur la lagune. Basta, je sentais que j’allais vraiment lâcher l’affaire. Ma mère m’avait pourtant prévenu, mieux vaut rester à Paris au mois d’août que se prélasser à Copacabana. Elle s’appelait Emmanuelle ou Manuela. Je ne me souviens plus très bien. L’innocence de sa bouche m’avait rendu dingue. C’est comme ça. Je voulais seulement faire d’elle ma sparring partner. J’avais oublié combien les filles du bord de mer sont compliquées. J’aurais tant aimé l’entendre dire « Voici les clés de ma chambre ! » ou « Monsieur, déshabillez-moi, là, tout de suite ». A la place, elle me lance un vulgaire « Vous manquez de muscles ! » et elle ajoute : « La drague, c’est pas votre truc, non ? » Comme quand j’étais môme, j’ai enfilé mon pull marine et suis reparti. Cette année-là, j’aurais vraiment dû suivre les conseils de ma mère : Laisse tomber les filles, un jour, c’est toi qui pleureras…

 

Réponse : 45

 

Pour un flirt – Michel Delpech

En vacances, j’oublie tout – Elégance

J’aime regarder les filles – Patrick Coutin

Pour le plaisir – Herbert Léonard

Mes amis, mes copains – Annie Philippe

Change – Barry White

C’est plus fort que moi – Frédéric François

Avec les filles je ne sais pas – Philippe Lavil

Sous le soleil exactement – Anna Karina

Relax – Frankie goes to Hollywood

Jeune demoiselle – Diam’s

Parlez-vous français ? – Baccara

Méditerranéenne – Hervé Vilard

Brigitte Bardot – Dario Moreno

Comme un boomerang – Serge Gainsbourg

Je veux un enfant – Brigitte

J’veux un mec – Adrienne Pauly

L’amour à la plage – Niagara

Nouvelle Vague – Richard Anthony

Provocatrice – Domino Fair Tales

J’insiste – Cosmo Vitelli

Pensive – Funkatronic

Venise n’est pas en Italie – Serge Reggiani

No comment – Serge Gainsbourg

Un homme et une femme – Francis Lai

Un soir d’été – Enrico Macias

Basta – Louis Prima

Paris au mois d’août – Charles Aznavour

Copacabana – Barry Manilow

Emmanuelle – Pierre Bachelet

Manuela – Julio Iglesias

Je ne me souviens plus – Eric Vincent

Dingue – Emmanuelle Seigner

L’innocence – Nino Ferrer

C’est comme ça – Les Rita Mitsouko

Sparring Partner – Paolo Conte

Les filles du bord de mer – Salvatore Adamo

Voici les clés – Gérard Lenorman

Déshabillez-moi – Juliette Gréco

Muscles – Diana Ross

La drague – Guy Bedos/Sophie Daumier

Comme quand j’étais môme – Eddy Mitchell

Pull marine – Isabelle Adjani

Cette année-là – Claude François

Laisse tomber les filles – France Gall


Petits pièges : Le Banana Split de Lio/ Amour d’été de Johnny Hallyday/ Je suis repartie de Chlorine Free.

Simenon et Monsieur Bouvet

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Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Ce dont je ne me lasse pas dans les romans de Simenon, homme que je trouve par ailleurs profondément antipathique, c’est une certaine qualité de solitude chez ses personnages, une solitude qui les conduit à vouloir être encore plus seuls, c’est-à-dire injoignables. Rien n’est plus actuel que ce désir là, aujourd’hui. Sortir des écrans radars, des réseaux, des statistiques pour pouvoir se retrouver enfin, se ressaisir loin des impératifs catégoriques de l’instantané, du présent perpétuel, de la confusion toujours plus grande entre espace privé et espace public. Les personnages de Simenon n’en sont pas là, évidemment, mais ils savent, intuitivement, que toute société, toute classe sociale, enferme. On pourra lire, par exemple, le trop méconnu Passage de la ligne. Le degré de cet enfermement, son caractère impitoyable est aujourd’hui renforcé par la technologie. Il est devenu impossible, comme me le confiait dans un salon du polar un ancien flic reconverti à l’écriture, d’entrer en cavale comme on pouvait le faire jusque dans les années 80.

Les personnages de Simenon n’en sont pas là, tant mieux pour eux. C’est ce qui nous inspire sans doute à la lecture de leurs évasions réussies, une certaine nostalgie. Qu’ils fuient un crime ou, plus intéressant encore, qu’ils ne fuient rien du tout sinon une angoisse diffuse, celle de L’Etranger de Camus ou du Feu Follet de Drieu qui sont leurs contemporains et leurs cousins, ils construisent, pour ce faire, une ou plusieurs identités  tout au long de leur vie, comme l’a fait ce monsieur Bouvet qui meurt de sa belle mort, par un matin d’été à Paris, sur les Quais : « Et alors quand tout fut en place, quand la perfection de ce matin là atteignit un degré presque effrayant, le vieux monsieur mourut, sans rien dire, sans une plainte, sans une contorsion, en regardant les images, en écoutant la voix de la marchande qui coulait toujours,  le pépiement des moineaux, les klaxons dispersés des taxis. »

On est encore au début des années soixante. Il n’y avait pas de caméras de surveillance, de réseaux sociaux. On pouvait falsifier des papiers, passer loin des fichiers qui n’étaient pas informatisés, payer sans carte de crédit les meublés de quartiers excentrés ou les billets de train pour Eymoutiers ou Dinard. La mort de monsieur Bouvet aurait donc pu passer inaperçue. Un jeune touriste américain, qui est là par hasard, prend cependant une photo et la vend à un journal à sensation pour se faire de l’argent de poche. Et cela suffit pour que beaucoup de gens, beaucoup trop, reconnaissent monsieur Bouvet, ce solitaire qui ne demandait rien qu’une solitude calme rue de Poissy, sous le regard affectueux de sa concierge et à deux pas des bouquinistes.

On apprend ainsi, pendant les quelques jours caniculaires de juillet où son corps repose dans son appartement puis à l’institut médico-légal, que le retraité aimable en costume blanc qui s’est éteint Quai de la Tournelle, avait eu plusieurs vies, plusieurs noms, auxquels il a toujours su échapper comme s’il refusait, passé un certain moment, d’être assigné à un rôle, à une case, à un destin tout écrit. Les anciennes épouses, les sœurs, les maîtresses qui l’ont toutes connu sous un nom différent tracent le portrait en creux d’un homme plutôt agréable, gentil mais curieusement insaisissable. Elles ne se montrent pas plus intéressées que ça, au bout du compte, par la fortune de Bouvet qui est découverte par hasard, une fortune dont il n’avait lui-même pas grand chose à faire, sinon comme assurance pour son invisibilité. Comme la police n’a pas non plus beaucoup d’intérêt pour cette affaire qui l’embarrasse plus qu’autre chose dans la torpeur de l’été, on autorisera assez vite l’enterrement de monsieur Bouvet qui ne s’appelait pas monsieur Bouvet.

Finalement, le roman consiste à faire l’inventaire des masques qu’il aura utilisés toute sa vie parce que l’homme selon Simenon, cet homme étrange né avec le XXe siècle, est habité par ce désir d’escapisme comme disent les psychologues, car il sent obscurément qu’il risque de perdre beaucoup plus en jouant le jeu qu’on veut lui faire jouer. Mourir seul, pour lui, est moins insupportable que vivre avec les autres qui sont l’enfer, comme on le sait depuis Sartre. C’est finalement ce que comprennent à la fin, à défaut de forcément l’accepter, les femmes qui assistent à l’enterrement de monsieur Bouvet : « Elles n’étaient là que quelques unes et il y en avait eu d’autres dans sa vie, y compris les petites négresses de l’Ouélé à qui il avait fait des enfants. Ils les avaient quittées les unes après les autres. Il était parti. Il avait passé sa vie à partir, et c’était maintenant son dernier départ, qui ne s’était pas organisé sans peine, qu’on avait failli lui faire rater. »

L’enterrement de M.Bouvet de Simenon (Presses de la Cité, vingt centimes d’euros, Pêle-mêle, Bruxelles)

*Photo : Wikimedia Commons

A Rome, des chiffres sans les lettres…

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Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

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exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

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Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.

Poutine, la drachme et les lendemains qui chantent

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Poutine a sauvé l’unité de la zone euro, c’est à Poutine que l’Eurogroupe doit le maintien de la Grèce dans ses rangs – et dans les clous.

Ce ne sont pas là les allégations avinées de quelques piliers de bar eurosceptiques égarés au Cap d’Agde en cette folle saison caniculaire mais « l’information la plus sous-estimée de l’année » selon le quotidien suisse Le Temps.

Avec des yeux que l’on imagine ébahis, le lecteur y apprenait, ce jeudi 23 juillet, ce que le journal hellène To Vima (marqué à droite) considère comme la clé du revirement inattendu d’Alexis Tsipras après le référendum du 5 juillet. Reprenons. Au soir de la victoire du oxi, on a cru assister à un printemps des peuples qui remettrait à sa place Merkel et la Troïka. Un enthousiasme très (trop) rapidement douché par la démission de Yanis Varoufakis, le flamboyant ministre des finances, et l’empressement de Tsipras à accepter les conditions posées par les créanciers pour obtenir un énième plan d’urgence et éviter la faillite, comme le réclamaient depuis le début, précisément, Merkel et la Troïka…

Vladimir Poutine Alexis Tsipras Grèce euro

L’explication, qui ne semble pas être une rumeur infondée puisqu’une vingtaine de parlementaires issus de la droite conservatrice grecque ont exigé des éclaircissements, est la suivante. Depuis son accession au pouvoir, en janvier dernier, Alexis Tsipras aurait eu pour projet de rompre progressivement avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, révèle le média grec, Athènes avait sollicité un prêt de 10 milliards de dollars à la Russie afin de financer un Grexit. En effet, pour pouvoir de nouveau battre monnaie, l’État avait besoin d’importantes réserves dans une monnaie forte et stable. La mise en circulation d’une nouvelle drachme avait été examinée de près par des technocrates et l’idée semble avoir été un secret de polichinelle dans les couloirs du Parlement grec.

Le rêve des artisans du Grexit sauce russe s’est arrêté au moment où celui des europhobes de tous les pays commençait. Le 5 juillet au soir, Poutine a définitivement notifié à Tsipras qu’il refusait de lui accorder le prêt escompté. C’est donc la queue entre les jambes que ce dernier s’est employé dès le lendemain à exécuter son timide plan B: obtempérer.

Que celles et ceux qui ont intérêt à remercier Poutine lèvent la main bien haut.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA/XAZ132/704021526869/1506191650

Turquie: du double jeu au double front

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Turquie Etat islamique

(Avec AFP) – La Turquie s’est enfin engagée dans la lutte contre l’Etat islamique en menant vendredi son premier raid aérien contre des positions djihadistes en Syrie, quatre jours après un attentat suicide meurtrier attribué à Daech.

Peu avant 4h, trois chasseurs F16 de l’armée de l’air turque ont bombardé en territoire syrien trois objectifs tenus par les djihadistes, mais les autorités turques affirment que les avions n’ont pas passé la frontière. L’opération s’est déroulée dans la zone frontalière qui fait face à la ville turque de Kilis (sud).

Jeudi, des combattants djihadistes avaient ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque de cette région, tuant un sous-officier et blessant deux soldats, selon l’état-major turc. Des chars turcs ont immédiatement riposté en ouvrant le feu sur une position djihadiste, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le « kamikaze ». Selon la presse, il avait effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Depuis l’attentat de Suruç, le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, longtemps accusé de complaisance envers l’EI, a clairement renforcé sa lutte contre les djihadistes. Et selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi autorisé les Etats-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak.

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d’un long entretien téléphonique entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie était jusque-là restée l’arme au pied face à l’EI. Elle avait refusé d’intervenir militairement en soutien aux milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

« La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale », a répété vendredi le bureau du Premier ministre Ahmet Davutoglu, au lendemain d’une nouvelle réunion du gouvernement avec les chefs militaires et des services de sécurité ou de renseignement.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes. La Turquie constitue le principal point de passage des recrues djihadistes vers la Syrie.

Turquie guerre Etat islamique

Les autorités turques ont par ailleurs lancé ce matin dans tout le pays un coup de filet sans précédent contre des membres présumés de l’EI. Ce raid a également visé des cibles des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont revendiqué le meurtre de deux policiers mercredi à Ceylanpinar, à la frontière syrienne, en riposte à l’attentat de Suruç.

Selon les services de M. Davutoglu, un total de 251 personnes, toutes soupçonnées d’être « membres d’un groupe terroriste », ont été interpellées et placées en garde à vue dans treize provinces différentes du pays.

Une militante d’extrême gauche a été tuée lors d’une fusillade avec la police dans un quartier d’Istanbul, a rapporté l’agence progouvernementale Anatolie. Elle faisait partie du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule marxiste auteur de nombreux attentats en Turquie.

L’attentat suicide de Suruç a provoqué la colère de la communauté kurde de Turquie qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol. Mais Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Jeudi encore, un policier turc a été tué et un autre grièvement blessé par deux hommes masqués dans la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est). Les funérailles de la victime de cette attaque, qui n’a pas été revendiquée, ont eu lieu vendredi.

L’attaque du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux djihadistes sur le sol syrien. Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. « Les meurtriers de Suruç rendront des comptes », a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Et le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

*Photo : © Turkey’s Prime Minister Office-AFP Hakan Goktepe
*Infographie : © AFP S.Ramis/T.Saint-Cricq

Un 25 juillet à la station de RER Saint-Michel…

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(Avec AFP) – Arlette Royer a continué de prendre le train. Mais elle n’a jamais oublié le « grand claquement » de la bombe qui, le 25 juillet 1995 à la station RER Saint-Michel, a fait 8 morts et plus de 150 blessés, premier d’une longue vague d’attentats islamistes en France. C’était il y a 20 ans exactement.

Cette pétillante employée de banque, aujourd’hui âgée de 59 ans, a vécu l’explosion « au ralenti ». Le train de la ligne B du RER entre dans la gare de Saint-Michel lorsque la bonbonne de gaz de camping remplie de poudre noire, d’écrous, de vis et de clous saute. Le Groupe islamique armé (GIA) a frappé.

Le tympan gauche perforé, Arlette parvient à s’extraire du train et monte l’escalier pour fuir cet enfer, avec une seule idée en tête : « Retrouver mes enfants », dit-elle.

Martine Boutros-Lescoat, agent de la RATP, plonge au contraire dans les entrailles de la station. « Ce qui m’a frappée, se souvient cette autoritaire septuagénaire, c’est le silence ». Une épaisse fumée s’échappe du wagon. Asthmatique, Martine préfère battre en retraite pour demander de l’aide. « Je m’en voudrai toute ma vie », confie-t-elle, se disant « hantée ».

Claude Cancès, qui dirige alors la police judiciaire parisienne, arrive en même temps que les secours. De son bureau du 36, quai des Orfèvres, à un jet de pierre de là, il a entendu l’explosion et a « aussitôt pensé à un attentat ».

« Abasourdi », il découvre des passagers gisant sur le quai, certains encore prisonniers du wagon rougeoyant. « Ça m’a rappelé l’accident de train de la gare de Lyon, en 1988 (56 morts), avec les mêmes scènes de corps déchiquetés. L’horreur. »

attentat RER Saint-Michel 1995

A 500 km de là, en vacances à Royan (Charente-Maritime), Annick et Jean-Claude Brocheriou apprennent l’attentat par la radio. « J’ai senti qu’elle était dans ce train », confie Annick. Véronique, leur fille, emprunte quotidiennement cette ligne et a l’habitude de monter en milieu de rame. Le paquet mortel se trouvait sous son siège.

Sortie plus tôt du travail « parce qu’il faisait beau », « elle a été tuée sur le coup », murmure Annick.

L’attentat, commandité par le GIA qui veut punir la France pour son soutien à Alger, est le premier d’une série qui fera au total 12 morts et près de 200 blessés jusqu’en décembre 1996. Claude Cancès se souvient de ces nuits « quand on vous appelle et vous avez peur que ce soit pour un nouvel attentat ».

Les principaux responsables sont aujourd’hui morts ou en prison. L’un d’eux, Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné en 2002 à la réclusion à perpétuité, a refait parler de lui à l’occasion des attentats parisiens de janvier : Amédy Coulibaly et l’un des frères Kouachi avaient été arrêtés en 2010, soupçonnés de préparer son évasion.

Les récents attentats « me rappellent cette époque, confie M. Cancès. Avec la différence que les auteurs venaient de l’étranger et repartaient. Aujourd’hui, ce sont des gens implantés en France ».

Le 11 janvier 2015, Arlette, Martine et M. Cancès ont défilé, anonymes parmi les millions de Français, après la mort de 17 personnes dans les attentats des jours précédents. « J’y suis allée par devoir, pour ceux qui n’étaient plus là. Je n’aurais raté ça pour rien au monde », assure Arlette, qui a manifesté à Paris.

Après l’attentat de Saint-Michel, pour « tenter de comprendre », elle s’est lancée dans des études de criminologie. Elle commencera son doctorat l’année prochaine. Son sujet de recherche : la radicalisation des jeunes et des femmes. On suppose qu’il s’agira notamment d’un certain type de radicalisation…

*Photo : © AFP Pierre Boussel

Star Wars, fable double

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Star Wars URSS islam

Star Wars URSS islam

Je mets la dernière main à deux livres qui sortiront en même temps, ou à peu près, l’un sur la laïcité, l’autre sur la culture. Vous trouverez ci-dessous une analyse ironico-sérieuse de l’un des plus grands mythes cinématographiques des années 1970-2010.

La saga Star Wars est peut-être le dernier opus totalement idéologique — et, à ce titre, totalement culturel, quoi que l’on pense d’un tel adjectif adapté à un blockbuster. Après lui, le déluge — c’est-à-dire le postmodernisme, la new wave, le relativisme absolu, l’inflation du nombrilisme, au cinéma comme ailleurs : tous ego !
Comme on le sait ou comme on l’ignore, la saga de George Lucas comporte six films, regroupés en deux trilogies — la première réalisée de 1977 à 1983, la seconde de 1999 à 2005. Une troisième série est prévue de 2015 à 2019, nous ne nous y intéresserons pas pour deux raisons : d’abord parce qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui y sera représenté, la seconde parce que George Lucas, maître d’œuvre des six premiers films, même s’il n’a effectivement dirigé que le premier (le IV dans l’ordre chronologique du récit), a revendu son entreprise à Disney, et qu’il ne s’agit plus que d’une franchise, d’une machine à encaisser des dollars.
Mais justement : qu’est-ce qui a pu occasionner ce trou de 15 années entre le premier cycle et le second ? Comment un metteur en scène / producteur, ayant mis la main sur le filon le plus riche de sa carrière, et l’un des plus juteux (près de 1 800 000 000 dollars de recettes pour la première trilogie) du cinéma mondial, a renoncé à continuer à chaud la série ? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de remettre l’ouvrage sur le métier ?
La réponse gît dans une analyse serrée de ces six films, qu’une entourloupe narrative et commerciale postérieure a inversés — la seconde trilogie étant chronologiquement située avant la première, d’où le nom de prélogie qu’on lui donne parfois, mot-valise entre prequel et trilogie.
Les trois premiers Star Wars parlent évidemment de la guerre froide. L’Empire du mal — c’est presque en ces termes (« Axe du Mal ») que George Bush, nourri chez George Lucas, parlera bien plus tard des « états voyous » que l’Amérique est censée combattre —, c’est l’URSS des années 1970, alors au faîte de sa puissance. Rien de très original : Isaac Asimov, avec le cycle des sept volumes de Fondation, s’était inspiré de l’effondrement de l’empire romain pour préfigurer ce que pourrait être le monde (d’où le terme de « psychohistoire » appliqué à cette forme de science-fiction) après l’émiettement de l’un des deux blocs qui assuraient l’équilibre de la terreur. Lucas racontait en 1977 la lutte quasi éternelle entre le Mal et le Bien, et la Force, cette puissance naturelle qui emprunte son nom à la physique quantique, était explicitement caractérisée comme un équilibre entre un côté lumineux et le « côté obscur », symbolisé par l’armure noire du général en chef des forces de la nuit, le fameux Dark Vador. Dans le dernier épisode, le Retour du Jedi (1984), les forces du Bien triomphent, et Dark Vador, qui a conservé en lui une étincelle de l’ancien « bon » Jedi qu’il fut, permet l’élimination de « l’Empereur », symbole du Mal. Pour bien me faire comprendre, rappelons que Leonid Brejnev, le dernier dirigeant historique de l’URSS, est mort au moment où Lucas et Kasdan écrivaient le dernier épisode de la première série. L’empereur mort laisse la place à Gorbatchev. De quoi vous dégoûter d’écrire un mythe.
La seconde série, réalisée vingt-deux ans après le premier film mais qui se situe dans la fiction vingt ans avant lui, feint de raconter la même histoire. Mais — et c’est toute la question des fables, qui n’ont de sens que par rapport à leur référent historique — on comprend bien qu’il ne s’agit plus pour Lucas de broder métaphoriquement autour des relations Monde libre / Espace soviétique. L’URSS s’est effondrée, elle n’est plus un adversaire assez crédible : 1999, date de sortie du premier film de cette nouvelle série, c’est Boris Eltsine au pouvoir, et l’effondrement de l’ex-URSS sous les coups de boutoir de la « thérapie de choc » dont le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a dit tout le mal que l’on pouvait en penser.
Alors, sous les fausses apparences d’une continuité, que racontent exactement ces trois films ? Qui sont les forces du Mal ? Qui est « l’Empire » ?
Reprenons le récit. Cette « prélogie » tourne autour d’un Jedi surdoué, figure christique, « l’Elu », appelé primitivement Anakin Skywalker et qui, séduit par « le côté obscur de la Force » (comme si Jésus avait répondu positivement à la tentation de Satan) deviendra Dark Vador, général des armées de la nuit. Changement de nom équivalant à une seconde naissance et à une mutation du Père, quand Kevin Dugenou parti en Syrie troque son nom pour Mohamed El Koubby — parce qu’il s’est pris la grosse tête. Nous y voilà. C’est le djihad du Jedi.
Métaphore exagérée ? Ma foi, l’Opération Tempête du désert (1991) a été la première incursion américaine directe dans l’Orient compliqué. Les Talibans viennent de prendre le pouvoir en Afghanistan (1997). Le théâtre de la lutte entre le Bien et le Mal s’est déplacé. Les habits de moines-soldats des Jedi renvoient à l’esthétique de la croisade. Par un tour de passe-passe idéologique et quelques modifications discrètes opérées dans les trois premiers films, qui seront réédités dans des versions nouvelles, la prélogie couvre le 11 septembre 2001, l’entrée en guerre en Afghanistan, puis en Irak (2003). L’ennemi a changé de visage — ça tombe bien, Anakin / Dark Vador a été défiguré au sens propre, et son visage n’est plus que le masque noir et anguleux qui est devenu l’emblème de la série.
Pour bien saisir ce qui s’est joué, il faut aussi considérer quel fut le public initial de Lucas. En 1977, ce sont les enfants du baby-boom qui vont au cinéma. Et ce sont encore les mêmes qui, vingt-deux ans plus tard, y retournent, ne serait-ce que sous l’effet nostalgie. Et qui y amènent leurs enfants — Lucas leur a donné le temps de se multiplier. Résultat, des films idéologiquement datés cartonnent dans les années 2000, à contre-courant de ce qui se fait alors. Les teenagers, qui sont la cible prioritaire des producteurs, y vont en quelque sorte au second degré. Les adultes qui s’y rendent passent sans sourciller d’un ennemi emblématique à un autre — comme dans 1984 la foule qui vitupérait Eurasia, l’adversaire d’Oceania, passe sans s’en apercevoir à une incoercible haine pour Estasia, nouvel ennemi du pays. Lucas, après avoir bâti trois films sur l’affrontement Est / Ouest, déplace le sujet sur un affrontement Nord / Sud sans que cela gêne en quoi que ce soit le fan. Après tout, le spectateur n’y cherche qu’un divertissement — à quoi ? À la « menace fantôme » — jolie expression pour désigner les partisans de l’Etoile de la mort, dont la nuit est la marque et l’objectif.
La sortie DVD des six films (le I est en fait le IV, le IV étant chronologiquement le I) recompose l’histoire et fait oublier, sauf aux cinéphiles attentifs aux dates, cette mutation de l’adversaire. Ruse secondaire, mais significative, le personnage de Jabba le Hutt, sorte de croisement entre un crapaud et une limace, évoquait en 1977 les films « orientaux » en Technicolor des années 1950 où un pacha ventripotent regarde d’un œil las des danseuses habillées fort légèrement (les amateurs se crevèrent les yeux sur la tenue suggestive de la princesse Leïa, temporairement captive et intégrée au harem de Jabba) avant que l’une d’entre elles le tue — le schéma de Morjane poignardant le chef des voleurs dans Ali-Baba. En 1977, Jabba ressemble à Haroun El-Poussah, l’émir poussif et passif d’Iznogoud, répugnant, mais anecdotique. En 2000, quand le film est réédité, il s’inscrit bien plus nettement dans une lignée de tyrans orientaux qu’il est nécessaire de supprimer. Les effets spéciaux ajoutés en douce aux trois premiers films pour les mettre au niveau technique des trois derniers complètent l’illusion. Star Wars est devenu une métaphore de la lutte entre le camp du Bien et les troupes fanatisées d’un Empire du Mal qui a choisi le côté obscur de la Force : et je parierais presque que le déclic, pour Lucas, a été la sortie en 1996 aux Etats-Unis du Choc des civilisations, l’analyse de Samuel Huntington sur la fin des affrontements des Etats ou des blocs et la mutation vers une guerre culturelle entre l’Ouest et l’islam, appelons les choses par leur nom. Ou plutôt, entre la Culture et sa négation.

Pour un flirt…

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jeu chansons vacances

jeu chansons vacances

En vacances, j’oublie tout. J’aime regarder les filles pour le plaisir. Mes amis, mes copains me disent qu’il faut que je change. Mais c’est plus fort que moi, avec les filles je ne sais pas comment m’y prendre. Elle dévorait un banana split sous le soleil exactement. Alors, je l’ai attaquée relax par un : « Jeune demoiselle, parlez-vous français ? » C’était une méditerranéenne avec un faux air de Brigitte Bardot. Comme un boomerang, elle m’a répondu : « Je veux un enfant ! » J’aurais préféré qu’elle me crie : « J’veux un mec ! » Ce n’était pas le genre de fille à faire l’amour à la plage. Plutôt une bêcheuse, style nouvelle vague, intellectuelle sur les bords. Provocatrice. Une folle, certainement. Les amours d’été ne m’ont jamais réussi. Pourtant, j’insiste. Elle me fait, pensive : « Vous savez que Venise n’est pas en Italie ? » No comment. Première nouvelle. Je sentais poindre les complications. Ça aurait pu être si simple, un homme et une femme se rencontrent un soir d’été sur la lagune. Basta, je sentais que j’allais vraiment lâcher l’affaire. Ma mère m’avait pourtant prévenu, mieux vaut rester à Paris au mois d’août que se prélasser à Copacabana. Elle s’appelait Emmanuelle ou Manuela. Je ne me souviens plus très bien. L’innocence de sa bouche m’avait rendu dingue. C’est comme ça. Je voulais seulement faire d’elle ma sparring partner. J’avais oublié combien les filles du bord de mer sont compliquées. J’aurais tant aimé l’entendre dire « Voici les clés de ma chambre ! » ou « Monsieur, déshabillez-moi, là, tout de suite ». A la place, elle me lance un vulgaire « Vous manquez de muscles ! » et elle ajoute : « La drague, c’est pas votre truc, non ? » Comme quand j’étais môme, j’ai enfilé mon pull marine et suis reparti. Cette année-là, j’aurais vraiment dû suivre les conseils de ma mère : Laisse tomber les filles, un jour, c’est toi qui pleureras…

 

Réponse : 45

 

Pour un flirt – Michel Delpech

En vacances, j’oublie tout – Elégance

J’aime regarder les filles – Patrick Coutin

Pour le plaisir – Herbert Léonard

Mes amis, mes copains – Annie Philippe

Change – Barry White

C’est plus fort que moi – Frédéric François

Avec les filles je ne sais pas – Philippe Lavil

Sous le soleil exactement – Anna Karina

Relax – Frankie goes to Hollywood

Jeune demoiselle – Diam’s

Parlez-vous français ? – Baccara

Méditerranéenne – Hervé Vilard

Brigitte Bardot – Dario Moreno

Comme un boomerang – Serge Gainsbourg

Je veux un enfant – Brigitte

J’veux un mec – Adrienne Pauly

L’amour à la plage – Niagara

Nouvelle Vague – Richard Anthony

Provocatrice – Domino Fair Tales

J’insiste – Cosmo Vitelli

Pensive – Funkatronic

Venise n’est pas en Italie – Serge Reggiani

No comment – Serge Gainsbourg

Un homme et une femme – Francis Lai

Un soir d’été – Enrico Macias

Basta – Louis Prima

Paris au mois d’août – Charles Aznavour

Copacabana – Barry Manilow

Emmanuelle – Pierre Bachelet

Manuela – Julio Iglesias

Je ne me souviens plus – Eric Vincent

Dingue – Emmanuelle Seigner

L’innocence – Nino Ferrer

C’est comme ça – Les Rita Mitsouko

Sparring Partner – Paolo Conte

Les filles du bord de mer – Salvatore Adamo

Voici les clés – Gérard Lenorman

Déshabillez-moi – Juliette Gréco

Muscles – Diana Ross

La drague – Guy Bedos/Sophie Daumier

Comme quand j’étais môme – Eddy Mitchell

Pull marine – Isabelle Adjani

Cette année-là – Claude François

Laisse tomber les filles – France Gall


Petits pièges : Le Banana Split de Lio/ Amour d’été de Johnny Hallyday/ Je suis repartie de Chlorine Free.

Simenon et Monsieur Bouvet

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Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Ce dont je ne me lasse pas dans les romans de Simenon, homme que je trouve par ailleurs profondément antipathique, c’est une certaine qualité de solitude chez ses personnages, une solitude qui les conduit à vouloir être encore plus seuls, c’est-à-dire injoignables. Rien n’est plus actuel que ce désir là, aujourd’hui. Sortir des écrans radars, des réseaux, des statistiques pour pouvoir se retrouver enfin, se ressaisir loin des impératifs catégoriques de l’instantané, du présent perpétuel, de la confusion toujours plus grande entre espace privé et espace public. Les personnages de Simenon n’en sont pas là, évidemment, mais ils savent, intuitivement, que toute société, toute classe sociale, enferme. On pourra lire, par exemple, le trop méconnu Passage de la ligne. Le degré de cet enfermement, son caractère impitoyable est aujourd’hui renforcé par la technologie. Il est devenu impossible, comme me le confiait dans un salon du polar un ancien flic reconverti à l’écriture, d’entrer en cavale comme on pouvait le faire jusque dans les années 80.

Les personnages de Simenon n’en sont pas là, tant mieux pour eux. C’est ce qui nous inspire sans doute à la lecture de leurs évasions réussies, une certaine nostalgie. Qu’ils fuient un crime ou, plus intéressant encore, qu’ils ne fuient rien du tout sinon une angoisse diffuse, celle de L’Etranger de Camus ou du Feu Follet de Drieu qui sont leurs contemporains et leurs cousins, ils construisent, pour ce faire, une ou plusieurs identités  tout au long de leur vie, comme l’a fait ce monsieur Bouvet qui meurt de sa belle mort, par un matin d’été à Paris, sur les Quais : « Et alors quand tout fut en place, quand la perfection de ce matin là atteignit un degré presque effrayant, le vieux monsieur mourut, sans rien dire, sans une plainte, sans une contorsion, en regardant les images, en écoutant la voix de la marchande qui coulait toujours,  le pépiement des moineaux, les klaxons dispersés des taxis. »

On est encore au début des années soixante. Il n’y avait pas de caméras de surveillance, de réseaux sociaux. On pouvait falsifier des papiers, passer loin des fichiers qui n’étaient pas informatisés, payer sans carte de crédit les meublés de quartiers excentrés ou les billets de train pour Eymoutiers ou Dinard. La mort de monsieur Bouvet aurait donc pu passer inaperçue. Un jeune touriste américain, qui est là par hasard, prend cependant une photo et la vend à un journal à sensation pour se faire de l’argent de poche. Et cela suffit pour que beaucoup de gens, beaucoup trop, reconnaissent monsieur Bouvet, ce solitaire qui ne demandait rien qu’une solitude calme rue de Poissy, sous le regard affectueux de sa concierge et à deux pas des bouquinistes.

On apprend ainsi, pendant les quelques jours caniculaires de juillet où son corps repose dans son appartement puis à l’institut médico-légal, que le retraité aimable en costume blanc qui s’est éteint Quai de la Tournelle, avait eu plusieurs vies, plusieurs noms, auxquels il a toujours su échapper comme s’il refusait, passé un certain moment, d’être assigné à un rôle, à une case, à un destin tout écrit. Les anciennes épouses, les sœurs, les maîtresses qui l’ont toutes connu sous un nom différent tracent le portrait en creux d’un homme plutôt agréable, gentil mais curieusement insaisissable. Elles ne se montrent pas plus intéressées que ça, au bout du compte, par la fortune de Bouvet qui est découverte par hasard, une fortune dont il n’avait lui-même pas grand chose à faire, sinon comme assurance pour son invisibilité. Comme la police n’a pas non plus beaucoup d’intérêt pour cette affaire qui l’embarrasse plus qu’autre chose dans la torpeur de l’été, on autorisera assez vite l’enterrement de monsieur Bouvet qui ne s’appelait pas monsieur Bouvet.

Finalement, le roman consiste à faire l’inventaire des masques qu’il aura utilisés toute sa vie parce que l’homme selon Simenon, cet homme étrange né avec le XXe siècle, est habité par ce désir d’escapisme comme disent les psychologues, car il sent obscurément qu’il risque de perdre beaucoup plus en jouant le jeu qu’on veut lui faire jouer. Mourir seul, pour lui, est moins insupportable que vivre avec les autres qui sont l’enfer, comme on le sait depuis Sartre. C’est finalement ce que comprennent à la fin, à défaut de forcément l’accepter, les femmes qui assistent à l’enterrement de monsieur Bouvet : « Elles n’étaient là que quelques unes et il y en avait eu d’autres dans sa vie, y compris les petites négresses de l’Ouélé à qui il avait fait des enfants. Ils les avaient quittées les unes après les autres. Il était parti. Il avait passé sa vie à partir, et c’était maintenant son dernier départ, qui ne s’était pas organisé sans peine, qu’on avait failli lui faire rater. »

L’enterrement de M.Bouvet de Simenon (Presses de la Cité, vingt centimes d’euros, Pêle-mêle, Bruxelles)

*Photo : Wikimedia Commons

A Rome, des chiffres sans les lettres…

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Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

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exposition BD belge Paris

exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

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Vincent Lambert évêques

Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.

Poutine, la drachme et les lendemains qui chantent

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Poutine a sauvé l’unité de la zone euro, c’est à Poutine que l’Eurogroupe doit le maintien de la Grèce dans ses rangs – et dans les clous.

Ce ne sont pas là les allégations avinées de quelques piliers de bar eurosceptiques égarés au Cap d’Agde en cette folle saison caniculaire mais « l’information la plus sous-estimée de l’année » selon le quotidien suisse Le Temps.

Avec des yeux que l’on imagine ébahis, le lecteur y apprenait, ce jeudi 23 juillet, ce que le journal hellène To Vima (marqué à droite) considère comme la clé du revirement inattendu d’Alexis Tsipras après le référendum du 5 juillet. Reprenons. Au soir de la victoire du oxi, on a cru assister à un printemps des peuples qui remettrait à sa place Merkel et la Troïka. Un enthousiasme très (trop) rapidement douché par la démission de Yanis Varoufakis, le flamboyant ministre des finances, et l’empressement de Tsipras à accepter les conditions posées par les créanciers pour obtenir un énième plan d’urgence et éviter la faillite, comme le réclamaient depuis le début, précisément, Merkel et la Troïka…

Vladimir Poutine Alexis Tsipras Grèce euro

L’explication, qui ne semble pas être une rumeur infondée puisqu’une vingtaine de parlementaires issus de la droite conservatrice grecque ont exigé des éclaircissements, est la suivante. Depuis son accession au pouvoir, en janvier dernier, Alexis Tsipras aurait eu pour projet de rompre progressivement avec Bruxelles et de se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, révèle le média grec, Athènes avait sollicité un prêt de 10 milliards de dollars à la Russie afin de financer un Grexit. En effet, pour pouvoir de nouveau battre monnaie, l’État avait besoin d’importantes réserves dans une monnaie forte et stable. La mise en circulation d’une nouvelle drachme avait été examinée de près par des technocrates et l’idée semble avoir été un secret de polichinelle dans les couloirs du Parlement grec.

Le rêve des artisans du Grexit sauce russe s’est arrêté au moment où celui des europhobes de tous les pays commençait. Le 5 juillet au soir, Poutine a définitivement notifié à Tsipras qu’il refusait de lui accorder le prêt escompté. C’est donc la queue entre les jambes que ce dernier s’est employé dès le lendemain à exécuter son timide plan B: obtempérer.

Que celles et ceux qui ont intérêt à remercier Poutine lèvent la main bien haut.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA/XAZ132/704021526869/1506191650

Turquie: du double jeu au double front

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Turquie Etat islamique

Turquie Etat islamique

(Avec AFP) – La Turquie s’est enfin engagée dans la lutte contre l’Etat islamique en menant vendredi son premier raid aérien contre des positions djihadistes en Syrie, quatre jours après un attentat suicide meurtrier attribué à Daech.

Peu avant 4h, trois chasseurs F16 de l’armée de l’air turque ont bombardé en territoire syrien trois objectifs tenus par les djihadistes, mais les autorités turques affirment que les avions n’ont pas passé la frontière. L’opération s’est déroulée dans la zone frontalière qui fait face à la ville turque de Kilis (sud).

Jeudi, des combattants djihadistes avaient ouvert le feu depuis la Syrie sur un poste frontalier de l’armée turque de cette région, tuant un sous-officier et blessant deux soldats, selon l’état-major turc. Des chars turcs ont immédiatement riposté en ouvrant le feu sur une position djihadiste, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l’attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le « kamikaze ». Selon la presse, il avait effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l’EI.

Depuis l’attentat de Suruç, le gouvernement islamo-conservateur d’Ankara, longtemps accusé de complaisance envers l’EI, a clairement renforcé sa lutte contre les djihadistes. Et selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi autorisé les Etats-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak.

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d’un long entretien téléphonique entre les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie était jusque-là restée l’arme au pied face à l’EI. Elle avait refusé d’intervenir militairement en soutien aux milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

« La République de Turquie est déterminée à prendre toutes les précautions pour défendre la sécurité nationale », a répété vendredi le bureau du Premier ministre Ahmet Davutoglu, au lendemain d’une nouvelle réunion du gouvernement avec les chefs militaires et des services de sécurité ou de renseignement.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage aussi de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d’empêcher les mouvements des djihadistes. La Turquie constitue le principal point de passage des recrues djihadistes vers la Syrie.

Turquie guerre Etat islamique

Les autorités turques ont par ailleurs lancé ce matin dans tout le pays un coup de filet sans précédent contre des membres présumés de l’EI. Ce raid a également visé des cibles des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont revendiqué le meurtre de deux policiers mercredi à Ceylanpinar, à la frontière syrienne, en riposte à l’attentat de Suruç.

Selon les services de M. Davutoglu, un total de 251 personnes, toutes soupçonnées d’être « membres d’un groupe terroriste », ont été interpellées et placées en garde à vue dans treize provinces différentes du pays.

Une militante d’extrême gauche a été tuée lors d’une fusillade avec la police dans un quartier d’Istanbul, a rapporté l’agence progouvernementale Anatolie. Elle faisait partie du Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupuscule marxiste auteur de nombreux attentats en Turquie.

L’attentat suicide de Suruç a provoqué la colère de la communauté kurde de Turquie qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d’Ankara d’avoir fermé les yeux sur les activités de l’EI sur son sol. Mais Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Jeudi encore, un policier turc a été tué et un autre grièvement blessé par deux hommes masqués dans la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir (sud-est). Les funérailles de la victime de cette attaque, qui n’a pas été revendiquée, ont eu lieu vendredi.

L’attaque du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux djihadistes sur le sol syrien. Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. « Les meurtriers de Suruç rendront des comptes », a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Et le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

*Photo : © Turkey’s Prime Minister Office-AFP Hakan Goktepe
*Infographie : © AFP S.Ramis/T.Saint-Cricq

Un 25 juillet à la station de RER Saint-Michel…

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(Avec AFP) – Arlette Royer a continué de prendre le train. Mais elle n’a jamais oublié le « grand claquement » de la bombe qui, le 25 juillet 1995 à la station RER Saint-Michel, a fait 8 morts et plus de 150 blessés, premier d’une longue vague d’attentats islamistes en France. C’était il y a 20 ans exactement.

Cette pétillante employée de banque, aujourd’hui âgée de 59 ans, a vécu l’explosion « au ralenti ». Le train de la ligne B du RER entre dans la gare de Saint-Michel lorsque la bonbonne de gaz de camping remplie de poudre noire, d’écrous, de vis et de clous saute. Le Groupe islamique armé (GIA) a frappé.

Le tympan gauche perforé, Arlette parvient à s’extraire du train et monte l’escalier pour fuir cet enfer, avec une seule idée en tête : « Retrouver mes enfants », dit-elle.

Martine Boutros-Lescoat, agent de la RATP, plonge au contraire dans les entrailles de la station. « Ce qui m’a frappée, se souvient cette autoritaire septuagénaire, c’est le silence ». Une épaisse fumée s’échappe du wagon. Asthmatique, Martine préfère battre en retraite pour demander de l’aide. « Je m’en voudrai toute ma vie », confie-t-elle, se disant « hantée ».

Claude Cancès, qui dirige alors la police judiciaire parisienne, arrive en même temps que les secours. De son bureau du 36, quai des Orfèvres, à un jet de pierre de là, il a entendu l’explosion et a « aussitôt pensé à un attentat ».

« Abasourdi », il découvre des passagers gisant sur le quai, certains encore prisonniers du wagon rougeoyant. « Ça m’a rappelé l’accident de train de la gare de Lyon, en 1988 (56 morts), avec les mêmes scènes de corps déchiquetés. L’horreur. »

attentat RER Saint-Michel 1995

A 500 km de là, en vacances à Royan (Charente-Maritime), Annick et Jean-Claude Brocheriou apprennent l’attentat par la radio. « J’ai senti qu’elle était dans ce train », confie Annick. Véronique, leur fille, emprunte quotidiennement cette ligne et a l’habitude de monter en milieu de rame. Le paquet mortel se trouvait sous son siège.

Sortie plus tôt du travail « parce qu’il faisait beau », « elle a été tuée sur le coup », murmure Annick.

L’attentat, commandité par le GIA qui veut punir la France pour son soutien à Alger, est le premier d’une série qui fera au total 12 morts et près de 200 blessés jusqu’en décembre 1996. Claude Cancès se souvient de ces nuits « quand on vous appelle et vous avez peur que ce soit pour un nouvel attentat ».

Les principaux responsables sont aujourd’hui morts ou en prison. L’un d’eux, Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné en 2002 à la réclusion à perpétuité, a refait parler de lui à l’occasion des attentats parisiens de janvier : Amédy Coulibaly et l’un des frères Kouachi avaient été arrêtés en 2010, soupçonnés de préparer son évasion.

Les récents attentats « me rappellent cette époque, confie M. Cancès. Avec la différence que les auteurs venaient de l’étranger et repartaient. Aujourd’hui, ce sont des gens implantés en France ».

Le 11 janvier 2015, Arlette, Martine et M. Cancès ont défilé, anonymes parmi les millions de Français, après la mort de 17 personnes dans les attentats des jours précédents. « J’y suis allée par devoir, pour ceux qui n’étaient plus là. Je n’aurais raté ça pour rien au monde », assure Arlette, qui a manifesté à Paris.

Après l’attentat de Saint-Michel, pour « tenter de comprendre », elle s’est lancée dans des études de criminologie. Elle commencera son doctorat l’année prochaine. Son sujet de recherche : la radicalisation des jeunes et des femmes. On suppose qu’il s’agira notamment d’un certain type de radicalisation…

*Photo : © AFP Pierre Boussel