Les majorités ont beau changer, les idées restent fixes. La preuve, l’Education Nationale poursuit sa croisade contre les planqués de l’été et les adeptes de la bronzette tardive en fixant cette année la rentrée des classes au 31 août. Souvenez-vous, c’était déjà sous Sarkozy le cheval de bataille de Luc Chatel – ex ministre de l’Education et ex VRP de l’Oréal, dit aussi « Le Parfumeur » – dont  le mot d’ordre était, il y a cinq ans, « la reconquête du mois de juin ». Cela plaisait tout autant qu’aujourd’hui à l’opinion publique, chez qui l’idée est décidément bien ancrée que les profs ne travaillent jamais, n’ont jamais à préparer de cours et peuvent ainsi profiter – les odieux ! – des vacances gracieusement offertes par le service public aux infâmes démissionnaires estivaux.

Conséquence du changement de majorité, la nouvelle équipe ministérielle, de gauche, a décidé de se démarquer de ses prédécesseurs, de droite, en attaquant par la face nord l’Everest de la fainéantise que sont les vacances d’été. Il ne s’agit donc plus de reconquête du mois de juin mais cette fois d’annexion du mois d’août. A force de harceler l’ennemi sur deux fronts, l’EducNat espère sans doute que, d’ici une dizaine d’années, les derniers rebelles seront encerclés, enfermés dans le réduit du 15 juillet-15 août, sans plus d’espoir de fuir que les derniers Communards fusillés dos au mur des Fédérés dans le Père Lachaise en 1871. Précisons tout de même que les deux mois d’été de nos chers profs ne sont pas octroyés aux frais de la princesse EducNat. Si le serpent de mer du « salaire de dix mois ré-étalé sur douze » reste un mythe juridique, en ce sens qu’on ne trouve pas trace de cette mesure dans les textes, le fameux « temps libre » des profs se paie au prix fort en France où le salaire moyen du prof moyen est de 15% inférieur à la moyenne des pays de de l’OCDE. Si on tient compte du fait que le temps de travail moyen d’un agrégé est de 41h/semaine et celui d’un certifié de 39h/semaine pour un salaire de 1428 € net /mois pour un certifié et de 1857 € /mois pour un agrégé en début de carrière, on comprend que les jeunes actifs aient tendance à fuir le métier d’enseignant ces temps-ci. Au point d’ailleurs qu’en Lettres et Mathématiques, on cherche toujours des profs : il y avait cette année plus d’admissibles que de postes ouverts au CAPES externe de Lettres Classiques (156 admissibles pour 300 postes en Lettres Classiques, 1708 admissibles pour 1160 postes en Lettres Modernes), l’hémorragie ne fait également que se confirmer en Allemand (493 admissibles pour 340 postes ouverts) et la situation n’est pas bien brillante en mathématiques (1903 admissibles pour 1592 postes). Beaucoup de jeunes diplômés doivent penser qu’ils ont mieux à faire de leurs études que de finir par être payé au lance-pierre et constamment désigné comme le mouton noir de la population active. On les comprend, d’autant qu’à la prochaine rentrée, le ministère envisage de commencer par les faire bosser gratos le premier jour de leur carrière, histoire sans doute de les remercier comme il se doit d’avoir préféré devenir prof que comptable, commercial ou ingénieur.

Comme le rapporte le syndicat enseignant SNALC-FGAF, une circulaire parue le 30 juin dernier précise que les lauréats des concours « seront amenés à être présents dans les écoles et les établissements d’enseignement du second degré le jour de la pré-rentrée, le 31 août 2015, et seront nommés stagiaires le 1er septembre ». Ce qui signifie très clairement que les jeunes enseignants-stagiaires pourront commencer par s’asseoir sur leur premier jour de salaire en entrant dans la carrière. On a déjà vu plus chaleureux comme cadeau de bienvenue. Mais les jeunes stagiaires peuvent se rassurer : ils auront exceptionnellement le droit de faire grève ce jour-là pour rattraper la bévue sans que soit effectuée une retenue sur salaire. Et comme la plupart d’entre eux ne prendront peut-être pas le risque de commencer par faire grève le jour où ils reçoivent leur emploi du temps et rencontrent le reste de l’équipe de leur établissement, ils pourront toujours se consoler en apprenant qu’en cas d’accident le ou la professeur-stagiaire sera protégé « au motif qu’il peut être regardé comme un collaborateur occasionnel du service public ». Votre Excellence est trop bonne, Sa bonté La perdra…

*Photo : Pixabay.

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