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Cet oublié nommé Malraux

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André Malraux à la tête de la manifestation de la "majorité silencieuse", mai 1968. SIPA. 00557216_000042

Épuisé par la maladie, André Malraux avait, peu de temps avant de mourir, griffonné d’une écriture maladroite, sur une feuille de carnet, ces quelques mots : « Ça devrait être autrement ». Combien d’écrivains auraient pu les écrire ? Combien d’artistes les prononcer ? Fernando Pessoa disait : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. » Jorge Luis Borges : « Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité adulée qu’on surnomme la masse. (…) J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. » Adoucir le cours du temps, opposer la beauté d’un chant à la vieillesse, à la maladie, à la mort, à la méchanceté des hommes et à la vulgarité de leurs plaisirs, c’est ce que Malraux avait en vue lorsqu’il définissait l’art comme un « antidestin ».

L’impossibilité de s’accommoder de la vie et du monde tels qu’ils sont hante tous ses livres. Elle emprunte à Pascal une expression qui sera le titre de son roman le plus célèbre, à Van Gogh une profession de foi qui sert d’exergue à la trilogie de La Métamorphose des dieux: « Je puis bien, dans la vie et dans la peinture, me passer du Bon Dieu. Mais je ne puis pas, moi souffrant, me passer de quelque chose qui est plus grand que moi, qui est ma vie : la puissance de créer. » Cette puissance a habité Malraux très jeune. Elle a gouverné sa vie d’écrivain, sa réflexion, ses engagements depuis son lien avec les Annamites en Indochine jusqu’à son action politique à la tête du ministère des Affaires culturelles. Il savait que seules les œuvres de l’esprit et les engagements au service d’une juste cause pouvaient aider l’homme du XXe siècle à tenir face au néant auquel le retrait des dieux l’avait abandonné. Toute sa politique culturelle fut commandée par la conscience de cette déréliction. « Si je peux me dire, en mourant, confia-t-il à une journaliste, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. » C’est cette conscience qui fonda en signification son action à la tête du ministère des Affaires culturelles. C’est elle qui en fit le caractère exceptionnel. C’est à côté d’elle que sont passés la plupart de ses successeurs, Jack Lang en tête qui confondit avec une belle démagogie la culture et  les loisirs.

« A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. »

Lorsqu’en 2012, un grand quotidien demanda aux candidats à l’élection présidentielle quel avait été le meilleur ministre des affaires culturelles de la Vᵉ République, seuls les candidats du centre et de l’extrême droite – contre toute attente –  répondirent : « Incontestablement, André Malraux ». Et les autres candidats ? Celui de la droite qui, élu Président, se mettra à dos les lecteurs de La princesse de Clèves et ceux qui ne l’avaient lu, répondit que chaque ministre avait apporté sa pierre à l’édifice.  Quant au candidat de la gauche, il ne daigna pas répondre. Aujourd’hui, il accorde son haut patronage au colloque organisé par le Cevipof : « La réception de Malraux aujourd’hui ».

« A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. » Quel Président de la République, après De Gaulle, eût pu parler ainsi de son ministre de la culture ? Roger Stéphane raconta un jour à la radio que, prenant congé du Général à l’Elysée au moment où l’on venait d’annoncer l’arrivée de l’ « ami génial », il retint le bras de l’huissier qui refermait la deuxième porte capitonnée pour écouter le début de l’entretien : « Malraux, enseignez-moi ! ». On est étonné que la fidélité à l’homme du 18 juin, chez nombre de ceux qui se prétendent en être les héritiers, soit si peu fidèle à la nature singulière de cette relation.

L’appartenance à un autre monde

Depuis longtemps Malraux fut en butte aux malentendus, à la médisance, aux jugements à l’emporte-pièce. Il semble désormais abandonné à l’oubli. « Malraux pilleur de temples », répètent ses détracteurs, se dispensant ainsi de le lire et de l’étudier. « L’accusation, explique Raoul Jennar dans « Comment Malraux est devenu Malraux », est à réexaminer à l’aune d’une époque où des voyageurs, reviennent d’Asie avec des vestiges et des objets d’art qu’ils collectionnent ou vendent ». Le temple de Banteay Srei n’était ni classé, ni répertorié. Il s’agissait d’une propriété abandonnée, juridiquement non protégée. D’une res derelicta disent les juristes. Jean Lacouture fit remarquer dans sa biographie paru en 1973 que dès que les Malraux embarquèrent à Marseille pour l’Indochine le contact avec la société coloniale à bord de L’Angkor fut mauvais. Aussi peut-on se demander si sa condamnation ne vint pas sanctionner son appartenance à un autre monde. « Je suis ailleurs », disait Victor Hugo, l’« ailleurs » étant le monde de l’art dont s’obséda toute sa vie celui qui mourra en laissant derrière lui ces mots désespérés que nous citions : « Ça devrait être autrement ».

Sa participation à l’aventure du RPF n’explique pas tout. Son approche singulière de l’art, non plus, qui fut souvent considérée comme une mise en cause de la démarche de l’historien. La stupidité alors ? C’est une piste. Dans le catalogue de la rétrospective consacrée à Georges Braque en 2013 au Grand-Palais, l’éloge funèbre que prononça André Malraux en 1963 lors des funérailles nationales du peintre fut passé sous silence dans l’anthologie des textes sur le peintre. Le commissaire général de l’exposition est même allé jusqu’à écrire : « Son statut d’artiste officiel de la France gaullienne (le premier à bénéficier de son vivant d’une exposition au musée du Louvre qu’il venait de décorer) redoublé par les obsèques célébrés en grande pompe par le ministre de la Culture, André Malraux, lui avait indiscutablement porté ombrage auprès de la génération montante contestataire ».  Indiscutablement ? Diable ! Braque avait-il vraiment quelque chose à dire à un jeune artiste qui, au début des années 1970, devait exposer  son urine sous les verrières du Grand Palais ?

Sortira-t-on un jour de toute cette comédie ? C’est la question que l’on peut se poser  en déplorant avec Henri Godard la désaffection dont l’écrivain est aujourd’hui l’objet. « On entend guère, écrit-il dans la préface au beau livre de Jean-Claude Larrat, « Sans oublier Malraux », de jeunes lecteurs faire part de l’enthousiasme qui avait saisi leurs aînés lorsqu’ils avaient découvert « La Condition humaine » et « L’Espoir ». La question se pose aujourd’hui de savoir si Malraux n’est pas en train de glisser du côté de ces auteurs à qui on se contente de donner quelques coups de chapeau. » Cet enthousiasme n’était-il pas déjà de l’ordre d’un certain malentendu ? Il faut relire les pages éclairantes que Jankélévitch a consacrées à la « méconnaissance ».  Partager les idées politiques de Malraux, c’était certes communier avec lui dans un combat pour la justice, pas nécessairement être ouvert à ses interrogations les plus profondes.

Aussi la grande nouveauté, en ce quarantième anniversaire, est-elle le tirage spécial dans la collection de la bibliothèque de la Pléiade d’un volume intitulé La Condition humaine et autres écrits. Les textes réunis par le Professeur Henri Godard sont tirés des six tomes des œuvres complètes de la prestigieuse collection. Ce rassemblement de textes choisis pour leur appartenance à des domaines différents est un véritable manifeste. Il affirme, contre toute les lectures partielles de l’œuvre, la nécessité d’une lecture exhaustive. Qui veut en effet accompagner Malraux dans ses interrogations, en mesurer la richesse et la profondeur, qui veut comprendre ce que fut le foyer ardent de sa vie, ne doit négliger aucun de ses sujets de réflexion, aucun de ses engagements.

 

Jérôme Serri publie Les couleurs de la France, en collaboration avec Michel Pastoureau et Pascal Ory, aux éditions Hoebeke.


L'espoir

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Les couleurs de la France

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Merkel: l’Allemagne d’abord?

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Angela Merkel, novembre 2016. SIPA. 00780374_000001

Personne, en Allemagne n’en doutait vraiment, mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant: Angela Merkel vient d’annoncer qu’elle serait à nouveau candidate à la chancellerie lors des élections législatives de l’automne 2017. En bonne ménagère politique, elle avait pris soin de mettre sa maison en ordre avant d’inviter ses concitoyens à lui renouveler, pour la quatrième fois, leur confiance pour un nouveau bail au 1, Willy-Brandt Strasse à Berlin.

Elle a écarté la menace de sécession de la CSU bavaroise de présenter son propre candidat pour protester contre sa politique d’accueil massif des réfugiés du Moyen-Orient. Pour cela, elle a bloqué le flux des migrants grâce à un accord avec le sulfureux président turc Erdogan, et durci notablement les critères d’admission sur le territoire allemand. Sur sa gauche, elle fait une fleur à ses alliés sociaux-démocrates en proposant Frank-Walter Steinmaier, ministre SPD des affaires étrangères, pour succéder, en janvier, à Joachim Gauck au poste honorifique et protocolaire de président de la République. Enfin, elle se présente comme le seul rempart crédible à la montée en puissance des forces dites populistes, à l’échelle allemande, européenne et même mondiale.

Petit rappel: il y a trois mois, au début du mois de septembre, les augures médiatiques habituels prédisaient sa mort politique prochaine à la suite de quelques élections régionales calamiteuses, marquées par une percée importante du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), opposant radical à la politique d’accueil des migrants de Merkel, et critique virulent des concessions économiques et monétaires faites aux partenaires européens au nom du sauvetage de l’euro. Comme il n’est jamais inutile de s’adresser des louanges (sinon, qui le ferait ?), rappelons que l’auteur de ces lignes, à contre-courant de tous les commentateurs, experts et analystes des radios, télés et feuilles dites « de référence », s’était bien gardé de vendre la peau de l’ourse Merkel avant qu’elle n’ait politiquement trépassé.

Obama la voit « chancelière du monde libre »

La reconduction d’Angela Merkel est, aujourd’hui, approuvée par 55% des Allemands interrogés par les sondeurs. Une popularité qui dépasse de loin les intentions de vote en faveur de sa famille politique, la CDU/CSU, créditée de 33% des suffrages si les élections au Bundestag avaient lieu dimanche prochain. Elle met dix points dans la vue de son principal concurrent, le futur candidat du SPD, qui hésite entre le vice-chancelier Sigmar Gabriel, peu charismatique, et Martin Schulz, l’eurofervent président du Parlement européen en décalage avec un euroscepticisme montant dont l’Allemagne n’est pas épargnée… Comme la RFA n’est jamais un pays de surprise électorale (les gens disent aux sondeurs ce qu’ils vont faire, et – miracle ! – le font effectivement), tout donne à penser qu’Angela Merkel va l’emporter sur une potentielle alternative de gauche (SPD, Verts, die Linke) autant victime que la droite d’une fuite d’électeurs vers l’AfD.

La seule inconnue est de savoir si, dans la nouvelle composition du Bundestag, il sera nécessaire de faire appel à un tiers parti (Libéraux ou Verts) pour constituer une majorité avec la CDU/CSU et le SPD…

Angela Merkel rencontre Barack Obama, novembre 2016. SIPA. AP21977612_000046

Pour couronner le tout, Angela Merkel vient de recevoir un coup de pouce magistral de la part de Barack Obama, qui a tenu à faire chez elle, à Berlin, ses adieux à l’Europe. Le président sortant des Etats-Unis l’a adoubé comme son héritière politique et spirituelle à l’échelle planétaire, devant les sourires crispés de ses collègues européens François Hollande, Theresa May, Matteo Renzi et Mariano Rajoy, invités muets à la petite fête intronisant Angela comme « chancelière du monde libre », pas moins !

L’Allemagne d’abord?

Le message est clair: pour Obama, et tous ceux qui s’effraient, à travers le monde, de la montée des « populismes », l’Europe sera « merkelienne » ou ne sera pas ! Il lui confie donc la lourde tâche de rassembler les nations d’Europe dans un nouveau Kulturkampf où les adversaires s’appellent Poutine, Trump, Erdogan et tutti quanti, alors qu’elle est mandatée par ses électeurs pour défendre bec et ongles les intérêts économiques et politiques de l’Allemagne au nom d’un ordo-libéralisme germanique imposant au continent une austérité étouffante. Obama la met, de surcroît, au pied du mur de la construction d’un outil de défense européen devenu nécessaire en raison des réticences de Donald Trump à perpétuer la garantie de sécurité du continent aux frais du contribuable américain.

J’ai comme l’impression que cette mission n’est pas celle qu’une Merkel IV souhaiterait s’attribuer, car le retour du « hard power » militaire comme élément incontournable de la puissance n’est pas encore accepté par le peuple allemand. Elle fera, en revanche, tous les compromis possibles avec les brutes, Poutine demain comme Erdogan hier, pour préserver les intérêts de l’Allemagne sans l’engager dans des aventures militaires ou diplomatiques hasardeuses. L’espoir, caressé par les européistes béats, de la voir refonder une Union européenne forte, unie et solidaire dans un monde en mutation accélérée, sera forcément déçu : elle ne sait parler qu’aux Allemands, et ceux qui l’écoutent à l’étranger la comprennent mal, ou se racontent des sornettes.

Dans trois mois, libérée des contrainte d’une campagne électorale, elle aura les mains beaucoup plus libres que ses partenaires pour conduire ses affaires: certains seront partis, comme, sans doute, François Hollande et peut-être Matteo Renzi, ou préoccupés par leurs affaires intérieures, comme Theresa May avec le Brexit et Mariano Rajoy avec sa majorité chancelante. Ce n’est pas sans raison que, seul parmi les candidats de droite à la primaire, François Fillon se soit montré très discret sur l’éventuelle reconstitution d’un couple franco-allemand de rêve… Il connaît bien la dame !

Ne privons pas Bordeaux d’un si bon maire!

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Alain Juppé lors du troisième débat de la primaire, novembre 2016. SIPA. AP21979627_000001

Il se dit que Monsieur Juppé serait plus « libéral » que Monsieur Fillon. Mais prétendre nimber l’un ou l’autre sous le halo du libéralisme, c’est se foutre du monde !

D’abord parce que celui qui le fait se croit à l’évidence capable de décerner des brevets de libéralisme. Or quand on voit l’état dans lequel est notre pays on se demande ce qui donne le droit à quiconque de se réclamer comme libéral tant tous les libéraux en France ont lamentablement échoué en politique depuis au moins trente ans.

Ensuite parce que le pays n’a pas besoin d’un « libéral » mais d’un homme qui pourrait répondre « oui » aux trois questions suivantes:

  • Suis-je un homme d’honneur
  • Suis-je un homme compétent ?
  • Suis-je un homme qui apprend par ses erreurs ?

A ces trois questions, je réponds pour Monsieur Juppé par un non sans nuances.

  • Est-il un homme d’honneur: en aucun cas. Il a un casier judiciaire. Imaginez son effet sur la magistrature, la gendarmerie ou l’armée, d’où quiconque est immédiatement chassé s’il a déjà été condamné. Je me contrefous de pourquoi, mais condamné il a été. Il était donc coupable. Qu’il ait été condamné parce qu’il a porté le chapeau pour quelqu’un d’autre ne m’intéresse pas du tout. Un homme d’honneur dans une telle situation refuse d’obéir ou démissionne. Ce qu’il n’a pas fait. C’est donc un homme sans honneur, et je crois que le moment est venu de réintroduire cette notion dans la vie politique française. Entre un libéral sans honneur et un non libéral honorable, je choisirai toujours le second.
  • Est-il compétent ? Ses passages au pouvoir ont été désastreux. Le dernier, comme tous les précédents ou, en tant que ministre des Affaires étrangères de la France,  il a pris ses ordres du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou du département d’Etat américain pour frapper la Libye et déstabiliser la Syrie, gérée par des Alaouites. Eut-il réussi, nous aurions eu un massacre des minorités non sunnites en Syrie, c’est à dire des chrétiens. Les massacres ont quand même eu lieu, en Irak et en Syrie. Monsieur Juppé n’a pas non plus manifesté le moindre intérêt pour les minorités chrétiennes martyrisées dans tous les pays sunnites, bien au contraire. Il manifeste, en revanche, une compréhension infinie pour les minorités musulmanes pour peu qu’elles vivent et votent à Bordeaux.
  • Est-ce un homme qui apprend par ses erreurs. Certainement pas. C’est lui qui a augmenté les impôts et déplafonné l’ISF au lieu de le supprimer, non sans avoir fait porter le chapeau au ministre des Finances de l’époque qui fut sommairement viré juste après. Et cela pour répondre aux injonctions de Bruxelles, pour pouvoir rentrer dans l’Euro. Augmenter les impôts pour réduire un déficit budgétaire ne marche jamais. Ces augmentations provoquèrent une récession et, in fine, la dissolution de l’Assemblée, qui nous a amené Aubry et Jospin. Chaque fois qu’il l’a pu cet homme a pris le parti de ne pas faire respecter la souveraineté française : il continuera, n’en doutons pas. Et au diable les manants.

Pour résumer, je vais terminer en aménageant une formule de Pagnol: « Monsieur Juppé, ce n’est pas qu’il est bon à rien! C’est qu’il est mauvais en tout. » J’y ajoute : en étant toujours extrêmement content de lui-même.

Il parait cependant que c’est un excellent maire de Bordeaux.

Il ne faut à aucun prix que les électeurs Français privent Bordeaux d’un homme aussi talentueux.

A l’évidence, tout mouvement vers le haut prouverait une fois de plus que ce cher homme a atteint son niveau d’incompétence et qu’il n’est pas apte à aller plus haut.

Maire de Bordeaux il est.

Maire de Bordeaux qu’il reste.

 

Les tribunes de Charles Gave sont à retrouver sur Institut des Libertés

Les djihadistes se retournent contre le peuple qui les a élevés

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cheyenne carron chute hommes

Olivier Prévôt. Quand on regarde votre filmographie, on est frappé par votre courage. De L’apôtre qui évoque la conversion d’un musulman au catholicisme, à Patries qui aborde le thème du retour au pays des enfants d’immigrés, et maintenant La chute des hommes qui raconte l’enlèvement d’une jeune française par des djihadistes, vous n’hésitez pas à aborder des sujets difficiles, avec un regard, des références qui peuvent faire polémique.

Cheyenne-Marie Carron. Si polémique il y a, elle ne vient pas de moi. Je n’aime pas la dimension forcément racoleuse de la provocation, du chiffon rouge que l’on agite. Je dirais plutôt qu’il s’agit de sujets de mon temps. Je suis une femme française. J’ai quarante ans. Tous ces sujets – complexes je vous l’accorde – me concernent. Nous concernent. Je m’efforce de les traiter avec honnêteté, vérité, humanité. Je suis un metteur en scène catholique, je regarde le monde avec un regard de chrétienne. J’estime qu’il n’y a pas de sujets réservés ou, au contraire, interdits aux chrétiens. Le monde nous est ouvert.

Vous abordez vos thèmes et vos histoires avec beaucoup de franchise et un véritable point de vue. En même temps, on sent chez vous une empathie pour tous les personnages.

Je ne pourrais pas réaliser un film avec une autre approche. Dès qu’on creuse un sujet, on ne peut qu’entendre l’autre, ses motivations, y compris dans le cas de ces djihadistes qui s’engagent dans des voies si sombres, des voies de combats, de destruction. Dans La chute des hommes, il y a trois points de vue : celui de Lucie, petite chrétienne qui part très naïvement au Moyen-Orient et qui se retrouve prise en otage ; celui de Younes, chauffeur de taxi très pauvre qui se fait complice des djihadistes et tentera d’effacer sa faute ; celui d’Abou, un Français de souche, converti à l’islam radical.

C’est cela, pour vous le cinéma : pouvoir se mettre dans la peau de tous ?

À l’écoute de tous, oui, mais en tant que catholique. C’est mon héritage. Vous savez, je suis une enfant de la DDASS, j’ai été accueillie par une famille chrétienne… Je tiens d’autant plus à mon héritage chrétien. J’essaie de développer une approche aimante de l’autre.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt.

« Hollande-bashing »: les saltimbanques éclairent la plèbe

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Benjamin Biolay lors de l'enregistrement de Vivement Dimanche, mai 2015. SIPA. 00714700_000047

Nous voilà éclairés. Par la soixantaine de « personnalités », la plupart amuseurs publics, qui vient de s’engager dans les colonnes du JDD/Europe 1 pour défendre François Hollande contre la méchante (ignare, stupide…) plèbe qui le harcèle.

C’est une tradition française; le syndrome Marie-Antoinette récidive: la crème des saltimbanques s’érige encore en soviet de commissaires politiques, expliquant au petit peuple que, s’il n’est pas content, il y a aussi la brioche.

Française, la tradition ? Pas uniquement. Comment ne pas penser aux caciques du show-business hollywoodien qui s’engagèrent récemment en vrac derrière Hillary Clinton; avec pour conséquence d’amplifier le résultat inverse, démontrant à quel point ils étaient hors-sol, martiens, étrangers aux espoirs et désespoirs de ce qu’ils considèrent volontiers comme la populace.

Pauvres de nous. Que ferait-on si tous ces clowns professionnels n’étaient pas là pour nous rappeler de temps en temps ce qu’il faut dire, penser, voter ?

A-t-on vraiment vu le même film?

Rappelons à ces démocrates distingués le principe de base: TOUS les citoyens ont le droit de s’exprimer. A EGALITE. La dernière caissière d’hypermarché a autant ce droit que la première vedette botoxée.

MAIS, c’est l’opinion de la vedette qui s’étale en première des gazettes, jamais celle de la caissière. C’est la vedette qui condescend du haut de l’affiche pour sauver la caissière de ses bas réflexes populistes; jamais le contraire.

Que la vedette use de sa plastique avantageuse pour nous fourguer du liquide vaisselle, passe encore. Mais qu’elle fasse commerce de sa renommée hors sujet pour nous dire le Bien et le Mal, pour transformer les médias en caisse de résonance idéologique, s’appelle en langage poli, le mélange des genres; en moins poli, le trafic d’influence.

A la lecture de leur appel, on reste forcément songeurs: a-t-on vraiment vu le même film ? « La stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée… ».

Parle-t-on bien de celui qui vient peu ou prou de dicter un livre justement intitulé  Un Président ne devrait pas dire ça, truffé de coupables légèretés, sinon d’irresponsabilité ?

Quelle foi peut-on accorder à la parole d’un homme qui promet, pour être élu, une chose au Bourget et qui glisse, au fur et à mesure d’un quinquennat erratique, vers son opposé ?

Le saltimbanque est parfois une célébrité qui gagne à rester inconnue.

Fillon-nous à un homme constant

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François Fillon au soir du premier tour de la primaire LR, novembre 2016. SIPA. AP21978857_000071

De toutes les qualités, la constance a le plus beau nom car la fermeté sonore des deux syllabes illustre parfaitement le sens du mot. Pour savoir si un homme est constant ou pas, il suffit d’observer ses relations avec les autres. Comme il est beau d’être constant en amitié et surtout en amour ! Il est certes agréable d’être volage, de courir d’épouse en épouse ou de maîtresse en maîtresse à pied, à cheval ou en scooter. Mais quand on a une fonction sociale importante, c’est plutôt inquiétant pour les autres. Le volage ne passera-t-il pas d’une idée à une autre, par exemple d’une haine des riches à une volonté d’enrichir les patrons, comme il passe de femme en femme ? J’avoue que je préfère la constance d’Ulysse se dirigeant pendant dix ans vers sa Pénélope malgré vents et marées, malgré de séduisantes magiciennes et des déesses hostiles.

Il est bon également d’être constant dans l’action. Fin novembre 1995, j’avais planifié avec mon épouse un week-end à Bruges, et nous avions placé nos trois enfants chez des cousins. Arrivés à la Gare du Nord, patatras, nous tombons sur une grande affiche annonçant une grève illimitée des cheminots. L’homme d’Etat qui voulait aligner leurs retraites sur celles des employés du privé tint bon pendant trois semaines mais finit par capituler. Je ne dis pas « baisser sa culotte », car les expressions vulgaires me semblent indignes du débat public. Dire « Casse-toi pauv’con » ou bien « pour le chômage, je n’ai pas eu de bol » révèle des natures irritables, fantasques, ou qui recherchent par la vulgarité des complicités basses. Pour moi, l’homme constant doit parler dans les circonstances officielles un beau français constant, un français qui ne prend pas les autres pour des imbéciles.

Ils allaient voter pour Churchill

En 2003, j’habitais Paris et j’étais professeur au Plessis-Robinson. Un ministre, je ne sais plus qui, a lancé une réforme des retraites. Aussitôt, arrêt général des bus et des métros. J’ai juré à mes élèves que je serais présent à tous mes cours, quitte à venir à pied, en stop ou à trottinette. J’ai été constant et j’ai effectivement assuré tous mes cours. Le ministre aussi a été constant, il a résisté aux grèves et a fait passer sa réforme. En 2010, un autre ministre (mais au fond, je me demande si ce n’était pas le même que la première fois) a engagé avec son président de la République une autre réforme qui consistait à déplacer l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. Tonnerre sur Paris ! Pendant des mois et des mois, j’ai croisé dans la capitale d’imposants cortèges qui exigeaient l’abrogation de cette réforme au nom du « rêve général ». Un jour, près du Palais du Luxembourg, j’ai croisé un groupe de manifestants d’entre 20 et 25 ans, et je me suis mis en devoir de leur expliquer qu’ils se faisaient gruger par les vieux, parce que les deux ans de retraite supplémentaire si l’on restait à 60, c’est eux qui les paieraient. Le ministre et son président ont été constants et la réforme, difficile mais nécessaire pour l’équilibre financier, est passée.

Des électeurs de François Fillon, novembre 2016. SIPA. 00782094_000001

Vous me direz : la constance, c’est magnifique, mais l’homme constant est rarement  charismatique, cette qualité produit certes des époux modèles et des hommes courageux, mais peu enthousiasmants. Je vous aurais dit jusqu’à dimanche : oui, vous avez raison, les hommes constants sont plutôt ennuyeux et ne soulèvent pas les foules. Mais, dimanche, j’ai assisté à un miracle. Je me trouvais en proche banlieue, dans la file d’attente d’une élection qui, si ma mémoire est bonne, concernait la droite et le centre. La foule était joyeuse, souriante, tous se parlaient. Je me disais : on n’est pas aussi gai quand on se prépare à voter pour X pour ne pas avoir Y ou pour Y pour chasser X. On est gai et fier quand on vote pour quelqu’un qu’on admire, par exemple pour un homme constant. Moi-même, je m’apprêtais à voter pour une sorte de Churchill qui promettait à la France du sang et des larmes, des réformes drastiques et courageuses. Les écailles me sont soudain tombées des yeux et j’ai compris qu’autour de moi, tous étaient fiers et joyeux parce qu’ils allaient voter pour Churchill. Mon intuition était juste, notre candidat l’emporta le soir-même grâce à un raz-de marée qui stupéfia tout le monde. Oscar Wilde a raison, il est important d’être constant.

 

Une journée en Inter

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France Inter Patrick Cohen Legrand
France Inter : studio du 7/9

« Écoutez France Inter durant une journée entière, vous allez vous marrer. » Oui, cheffe. Je préfère Chevallier et Laspalès à Sophia Aram mais je suis taillée pour le job : avec bébé qui réclame la première tétée de la journée (ou la dernière de la nuit) à 5 h 50, je suis opérationnelle très tôt.

À 5 h 50, ce jour-là, sur France Inter, en guise de train pour Pau [1. Pour les auditeurs francintériens, il s’agit d’une allusion à un sketch de Chevallier et Laspallès] , j’ai le vélo de Nantes qui pense à la place du cycliste. Quand vous devez aller à gauche, le guidon s’allume et clignote à gauche. « Et si je me trompe ? » « Le guidon va vous indiquer avec un clignotement rouge que vous vous êtes trompé. »

Le Cabinet de curiosités a sélectionné ce matin un article au sujet des prisons payantes de Californie, où des vedettes purgent leur peine dans des conditions appréciables de confort et de sécurité. « Au pays du dollar roi, il n’y a pas de petit profit », conclut Stéphane Leneuf. Refrain classique dans les médias que cette condamnation de l’Amérique comme pays de toutes les inégalités avec, en creux, la valorisation de notre système supposément plus juste. Le problème, c’est qu’au même moment resurgit dans l’actualité Salah Abdeslam (censé être à l’isolement, il a discuté avec un autre détenu). L’occasion de se souvenir qu’il jouit d’une cellule individuelle et d’une salle de sport privée, conditions d’incarcération que les vedettes hollywoodiennes elles-mêmes ne peuvent s’offrir : toutes richissimes soient-elles, nous apprend Stéphane Leneuf, elles dorment dans des dortoirs collectifs. La différence tient au fait qu’elles sont scrupuleusement protégées des caméras, tandis qu’Abdeslam est filmé 24 h/24, comme dans les émissions de téléréalité dont il est, paraît-il, très friand. De l’intérêt de réfléchir à l’à-propos d’une chronique…[access capability= »lire_inedits »]

« Je préfère Hillary. Je trouve qu’Hillary est la plus sérieuse et la plus posée. » Ce commentaire aussi subtil que celui d’une groupie de boys band est le propos d’une certaine Chen, diffusé en introduction d’un reportage sur les élections présidentielles américaines vues de Chine, à 6 h 13. Dominique André s’est rendue dans « un quartier jeune et branché de Pékin » et, sans surprise, dans ce quartier branché, Clinton « a la cote ». Une citation outrancière des opposants chinois à la candidate, la traitant de « vieille sorcière », s’ajoute à cette précision que les « milieux du business » (connotation fortement péjorative, à peu près comparable à « pays du dollar roi ») éprouvent une « certaine sympathie » pour Trump, comme l’illustrent les mots d’un certain Chen (ne pas confondre avec Chen, voir supra). Une nuance intéressante est introduite quand on apprend que les Chinois reprochent à Hillary Clinton « d’avoir soutenu la politique du pivot asiatique lancée par Obama, c’est-à-dire de refaire du Pacifique une priorité de la politique étrangère américaine », mais pas question de s’attarder sur cet aspect qui risquerait de brouiller le message global et de troubler, par conséquent, le consensus universel qu’il convient d’entretenir. On se dépêche donc d’élargir à des considérations générales sur ce que les jeunes Chinois pensent des États-Unis. Et on conclut avec cette citation mystérieuse, dans laquelle le rapport d’opposition exprimé par « cependant » m’échappe totalement : « Attirés par les États-Unis, 52 % des Chinois sondés pensent cependant que la Chine doit d’abord s’occuper de ses propres problèmes. » Peu importe, l’essentiel est de rappeler, en deux minutes et quarante secondes, que pour être « branché », où que vous soyez dans le monde, il faut soutenir Hillary.

Suit, entre autres, une séquence intitulée « Et si demain on travaillait heureux ? », petite chronique gentillette sur une PME qui a renoué avec la croissance grâce à des méthodes révolutionnaires : désormais, les employés se parlent ; et un code de trois couleurs permet de distinguer les commandes prêtes pour la livraison, en cours de traitement et en retard. C’est simple mais cela méritait bien un sujet. D’ailleurs, la mélodie et le phrasé tout sauf naturels de Catherine Boullay valent à eux seuls le détour ; cela monte et descend, mal de mer garanti. Cerise sur le gâteau, « les trois dernières recrues avec un peu de responsabilités » sont des femmes. L’histoire ne dit pas si l’une d’elles est issue d’une minorité ethnique ou de la communauté LGBTQIA. Le monde n’est pas encore parfait

Il y a le passage obligé par la case « ce qu’on vous cache », affectionnée des chaînes d’info (confer tous les « c’est off », « les coulisses de », etc.) et qui a vocation à calmer les benêts « complotistes ». Ils veulent du top secret ? On va leur en donner. Tous les mardis soirs, nous raconte Marcelo Wesfreid, se tient à l’Élysée une réunion « ultra-confidentielle ». Le vaillant journaliste a enquêté et peut nous affirmer qu’il s’agit d’un « dîner » qui a lieu « à 20 h 30 » dans le « Salon des portraits » et dont les participants sont Hollande, Valls, Cambadélis, Bruno Le Roux, Didier Guillaume et Claude Bartolone. L’objet de ces conciliabules ? À l’origine il s’agissait de faire en sorte que (métaphores journalistiques) « tout le monde rame dans le même sens » afin d’« éviter les couacs ». On y fait maintenant de la « stratégie » : « la semaine dernière, les invités ont passé quelques minutes à regarder le meeting de Macron » et, attention scoop, « ce dîner commence de plus en plus tard » à cause des réunions de précampagne. Oui, on vous cache des choses ; mais ces choses n’ont aucun intérêt.

Ensuite, on se dérouille les zygomatiques avec Daniel Morin, qui fait ce matin une imitation de Poutine dialoguant avec Hollande. N’est pas Canteloup qui veut mais un peu d’humour antiPoutine ne peut pas faire de mal ; c’est impertinent et original.

On entre dans la tranche Cohen avec un petit reportage sur les nouvelles méthodes de militantisme du Parti de Gauche. Un instant je me demande si les mêmes procédés employés par des militants de droite auraient bénéficié d’une telle complaisance de la part de la journaliste : surtout le principe du message qu’on accroche sur une corde avec une pince à linge. Cela me fait penser que j’ai une lessive à étendre…

Quand je reprends le fil, Thomas Legrand est en train d’expliquer que, concernant la répartition des migrants sur le territoire, « le prisme du débat public est tristement déformant », entre « ceux qui, à gauche, pensent que la France est raciste et ceux qui, à droite, estiment que nous sommes au bord de la guerre civile à cause des migrants ». Un curé accroche une pancarte « bienvenue » à son clocher, des gens se mettent en quatre pour apprendre le français aux nouveaux arrivants. C’est bien la preuve que « la France accueillante existe ». Personne n’en a jamais douté, et le problème n’est pas là. Mais Thomas Legrand a besoin de se rassurer.

La chronique de Bernard Guetta remet une couche de discours antiPoutine, pour ceux qui auraient manqué le billet de Daniel Morin.

Puis entre en scène l’invitée du jour, Caroline Fourest, venue présenter son dernier essai. En deuxième partie d’émission, Nicole, une directrice d’école, explique par téléphone combien elle désapprouve le fait que des mères « voilées de la tête aux pieds » puissent accompagner les sorties scolaires. Après la réponse de Caroline Fourest intervient Mohamed, qui diagnostique chez Nicole une « véritable phobie » : cela le « gêne beaucoup » qu’on puisse considérer que « ces femmes voilées de la tête aux pieds posent problème ». De même, refuser le port du voile à l’université reviendrait à « exclure encore plus ces filles ». Il faudrait donc entériner le communautarisme, sinon la radicalisation, afin de ne pas l’encourager : l’argument est totalement fallacieux mais Patrick Cohen commente simplement : « C’est compliqué. » La résistance ne viendra pas de Patrick Cohen. On l’attendra plutôt du côté d’Alex Vizorek, qui annonce sa conversion au pastafarisme : la religion professée par les adorateurs de la nouille géante, lesquels revendiquent le droit de porter une passoire sur la tête. Peut-être le seul moment d’humour authentiquement subversif de la journée.

Je vaque à mes occupations quotidiennes, et c’est quand je passe en cuisine que je retrouve mes amis d’Inter. Nagui reçoit Richard Anconina, l’entretien est plaisant, l’acteur revient sur des souvenirs de tournage, la conversation est ponctuée d’extraits musicaux, c’est bien agréable. Cela ne pouvait pas durer. Arrive Frédérick Sigrist qui souhaite revenir sur l’émission de Karine Le Marchand, Ambition intime, qu’ils n’ont vraiment pas aimée, à France Inter. Déjà, la veille, Daniel Morin et Patrick Cohen lui avaient réglé son compte. En réalité, le concept de l’émission en lui-même, incontestablement très cucul la praline, les gêne beaucoup moins que l’idée saugrenue d’inviter Marine Le Pen, au risque de la rendre sympathique. C’est aussi ce qui ennuie Frédérick Sigrist ; et il enchaîne : « Il y a très peu de chance que les électeurs du Front national écoutent France Inter. Non mais c’est vrai, à moins d’être puni ou d’avoir perdu un pari, je ne vois pas une seule émission de la grille susceptible de plaire à un militant FN. » Sigrist continue : « On va être honnête, on a autant d’amour pour le FN que Nicolas Sarkozy n’en a [sic] pour les élites qui vont acheter des œufs avec un panier en osier. » Il note que « le paradoxe du Front national, c’est qu’il se vante de ne pas penser comme tout le monde, mais il veut être traité comme les autres ». Sur Inter, il faut penser comme tout le monde. Cependant, ajoute-t-il, le FN n’a pas le monopole du « racisme et de l’intolérance » ; il y a aussi Wauquiez et Estrosi, et même les socialistes quand ils sont favorables à la déchéance de nationalité. On le voit, sur France Inter, la seule différence entre un édito politique et un billet comique, c’est le ton. La chronique sur la répartition des migrants pourrait entrer dans la catégorie « humour », pour peu qu’on la lise avec une intonation de one-man-show sur un fond de rires en boîte.

Oh, il y a aussi des émissions vraiment sérieuses sur France Inter ! Manque de chance, c’est en plein sur l’heure de ma sieste. Quand je rallume le poste, après avoir récupéré les enfants à l’école, je tombe sur Charline Vanhœnacker, « l’émission qui dit zut à Poutine ». Yes ! Il est 17 h 07. On va encore rigoler. Par exemple avec Guillaume Meurice. Ce jour-là, il s’en prend aux défenseurs de la corrida : facile. Le lendemain, plus ambitieux, il appellera la plateforme d’écoute du site ivg.net en se faisant passer pour le petit ami d’une femme qui s’apprête à avorter. Du grand art quand on pense que la presse mentionnait, il y a peu, un jeune homme de Mouscron qui, s’étant trouvé réellement dans la situation que singe Meurice, a mis fin à ses jours. Le farceur sera évidemment à la Manif pour tous le 16 octobre, afin de rire de tous ces nigauds qui profèrent des absurdités (les filles aiment plus jouer à la poupée que les garçons, etc.). Les Femen aussi étaient à la manif. Ces dames ont, à mon sens, un énorme potentiel comique. Malheureusement, Meurice et ses collègues d’Inter n’en ont pas encore pris conscience. C’est dommage ; on rirait encore plus.

Épluchage patates en écoutant un reportage sur la Californie. Encore ? Oui, mais cette fois, elle nous montre l’exemple. Les Américains, là-bas, ont voté une loi qui permet aux clandestins de passer leur permis de conduire. Satisfaction d’une sans-papiers et d’un travailleur social membre d’une association d’aide aux sans-papiers. Réprobation d’une dame, mais c’est une conservatrice qui revient d’un meeting de Trump. Grillée. Et on termine la journée avec un échange entre invités et auditeurs sur le thème des « événements » survenus récemment dans un « quartier sensible ». Le lexique donne le ton. Une auditrice ayant demandé pourquoi les policiers ont si peu le réflexe de sortir leur arme, et le policier en plateau ayant répondu que cela tenait à la menace des procédures administratives chargées de suspicion, on confie la conclusion à un sociologue, voix de la sagesse, qui accuse à demi-mot l’auditrice de faire l’apologie des armes à feu et rappelle que « le cadre légal est ce qui caractérise l’État de droit » et qu’il « faut s’en féliciter ». Si les policiers n’avaient pas la culture de la retenue, la France serait comme les États-Unis ou les Philippines. Gloups.

Finalement, France Inter, c’est comme le vélo nantais à guidon intelligent : on vous aide à penser dans les clous.

Allez, c’est la nuit, on s’en remet un petit coup : « Comment reconnaître un militant FN sur internet ? » « Outre le contenu des messages, il y a leurs avatars : Jeanne d’Arc, par exemple, ou le coq gaulois. » Donc les militants FN, c’est comme les champignons en forêt : il faut apprendre à les reconnaître. Pourquoi ? Sais pas. Et je m’endors en me demandant à quoi on peut reconnaître un auditeur de France Inter. Mission accomplie. Demain : Rire & Chansons.

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Fillon est de droite? Sans blague!

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Manifestation contre la retraite à 62 ans, octobre 2010. SIPA. AP20985309_000004

Surprise ! Les électeurs de droite sont de droite. Et, en plus, ils veulent d’une droite au pouvoir. Mais Sarko, ils ne le sentaient plus trop. Trop imprévisible, trop sulfureux, faux dur. Pas de leur monde, en fait. Plus il parlait comme Marine Le Pen, plus il la faisait monter, au risque de la faire élire. Et la France d’en-haut veut, tant que c’est possible, un candidat à son image, propre sur lui.

Tout le landernau médiatique s’extasie donc sur le raz-de-marée François Fillon qui est pourtant un plébiscite pour un tsunami néo-libéral annoncé. Enfin quand je dis néo, c’est une façon de parler. François Fillon, qui a reconnu lui-même à plusieurs reprises que son programme était thatchérien, n’est pas franchement porteur d’une idéologie nouvelle. On rappellera que l’élection de Margaret Thatcher date de 1979 et qu’il propose, peu ou prou, la même politique dans le monde de 2016. A une petite exception, sa politique étrangère. Son tropisme poutinien semble l’éloigner de l’atlantisme qui va d’habitude de pair avec l’idée d’une économie entièrement dérégulée où tout, absolument tout peut être soumis aux lois du marché.  C’est peut-être d’ailleurs, cette façon de voir en Poutine un partenaire privilégié pour faire contrepoids aux Etats-Unis, tout ce qui reste du général de Gaulle chez cet homme qui, faut-il le rappeler, avait commencé sa carrière dans le sillage de Philippe Séguin, et de son gaullisme social, avec des mots particulièrement durs pour la politique libre-échangiste et européenne d’un Balladur.

Un Thatcher de la Sarthe

Non, notre homme veut pour le pays un « choc » libéral, une rupture définitive avec ce qui était le modèle social français, ou ce qu’il en reste, et qui a assuré tant bien que mal la cohésion du pays depuis l’après-guerre malgré, ces dernières années, un creusement toujours plus grand des inégalités et un nombre record de pauvres comme le prouve encore une récente étude du Secours catholique. Elle indique notamment que le taux de chômage des personnes qu’elle accompagne était de 69,9 % en 2015, alors qu’il touche 10,2 % de la population française. La quasi-totalité des chômeurs accueillis se trouvent, sous le seuil de pauvreté à 60 % – revenus mensuels inférieurs à 1 008 euros. Bref, que l’on est déjà dans la France des « working poors », les travailleurs pauvres, qui sont apparus précisément au moment des révolutions conservatrices de Reagan et Thatcher. Entendons-nous bien,  on ne parle pas là d’assistés, comme on peut le dire à droite, ou même au PS, quand on veut parler des gens réduits aux minima sociaux en voulant faire croire que c’est un choix. On parle de gens qui, en bonne logique capitaliste, devraient avoir au moins de quoi reproduire leur force de travail dans des conditions décentes. Mais non, notre Thatcher de la Sarthe, comme ses illustres prédécesseurs anglo-saxons, estime que cela fait partie de l’ordre des choses. Il trouve même que le SMIC est bien assez élevé comme ça : « Le smic actuel est ce que la société française peut faire de mieux. En France, il est d’ailleurs plus élevé que dans la plupart des pays européens »  et il estime que le moindre coup de pouce, serait une faute politique. Bref, le « working poor » a un bel avenir devant lui.

On vous passe l’arsenal idéologique habituel qui va de la suppression de l’ISF (un symbole plus qu’une nécessité rationnelle) à la hausse de la TVA en passant par la baisse des charges, qui baissent pourtant depuis trente ans sans que cela semble avoir particulièrement boosté l’emploi, sauf erreur de notre part. Sans compter, pour notre homme, les 500 000 fonctionnaires en moins. Bonne chance à tous quand vous appellerez Police Secours, que vous voudrez scolariser le petit dernier en maternelle, que vous aurez besoin d’une hospitalisation d’urgence pour un infar’ ou qu’il faudra rétablir l’électricité et réparer les routes après un « épisode climatique », comme ils disent.

L’occasion pour la gauche de réaffirmer ses valeurs

Mais encore une fois, quand on est un candidat de droite, il faut faire savoir plaisir à son électorat et lui répéter comme des mantras deux ou trois sésames qui le rassurent sur le fait que la guerre de basse intensité menée contre les pauvres continue, tant il est vrai que dans l’imaginaire fillonniste, qui est celui finalement de la république de l’Ordre Moral qui a suivi la Commune, les classes laborieuses sont toujours, potentiellement des classes dangereuses. Et dire qu’il faut attendre un Florian Philippot pour prononcer la phrase la plus claire sur Fillon : « Son programme est d’une brutalité inouïe. »

Evidemment, pour tenir la société, et on retrouve l’Ordre Moral de la troisième république débutante, on ne va pas rigoler avec les mœurs. Le mariage gay, sur lequel même ce bobo de Sarko ne voulait pas revenir, ça défrise Fillon et ses amis de Sens Commun et de la Manif pour tous, tout comme les programmes d’Histoire qu’il faudra réécrire dans une optique plus « racines chrétiennes de la France ».

Cette France existe, bien entendu. Elle sait se faire entendre, bien entendu aussi. Il reste que l’on pourra s’amuser, à défaut de pleurer, du procès en archaïsme qui est fait depuis des années à tout programme réellement de gauche sous prétexte qu’il ne prône pas le règne du Talon de fer, aurait dit Jack London, allié à des atteintes à certaines libertés individuelles dans le domaine sexuel ou religieux (pour aller vite, évitons d’être gay ou musulman) qui ne conviendraient pas à une « majorité morale », ce que le vrai libéralisme, le libéralisme originel, au moins, ne se permettait pas : il suffit d’écouter NKM ou Macron qui en sont les meilleurs représentants ces temps-ci.

Mais si Fillon gagne la semaine prochaine, les choses seront enfin claires. Une droite à la fois très ancienne et complètement mutante, un genre de Tea Party français, a des chances d’arriver au pouvoir. On pourra se rassurer en se disant qu’au moins, dans cette situation, la gauche redeviendra peut-être, enfin, la gauche et n’aura pas peur, comme cette droite-là, d’affirmer ses valeurs. Ca finit toujours par payer. La preuve par Fillon.

Fillon: et les frontières, bordel?

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François Fillon à Lille dans la maison natale du général de Gaulle, novembre 2016. SIPA. 00780476_000010

Une surprise attendue. Cet oxymore résume peut-être ce que seront nos soirées électorales. Le rituel médiatique a déjà intégré le « renversement de la table » comme une donnée, et dès les résultats connus, on orchestre la communion autour de la certitude que la seule chose que l’on sait, c’est qu’on ne sait pas.  D’où le brin d’autoflagellation des représentants de la gent journalistico-sondagière, devenu lui-même un must, avec de multiples variations sur le thème « j’avions rien vu venir ». Si, après le Brexit, la tendance sermonneuse avait pris le dessus, après l’élection de Trump, un air de débandade a soufflé sur le Parti des Médias, formule et concept inventés par Philippe Cohen et qui, malgré leurs insuffisances, permettent de comprendre comment les médias, en tant que système, sont à la fois le lieu où se fabrique la pensée dominante et le Quartier général à partir duquel on tente de contenir les diverses rebellions électorales contre elle. Quand beaucoup battaient en retraite, il ne s’est guère trouvé qu’Arnaud Leparmentier pour se coller, non sans panache, à la défense d’élites décriées. Aujourd’hui, il est très tendance d’écouter le peuple et même de lui causer poliment – les « idées nauséabondes » et le « populisme » semblent avoir disparu de la planète avec l’éviction de Nicolas Sarkozy.

Au passage, on regrette vraiment que le meilleur Sarko ne se montre que dans l’adversité – et même en l’occurrence dans la défaite. L’assurance ne sied décidément pas à l’ancien président. Mais peut-être aurait-il accompli de grandes choses s’il avait mené campagne avec l’humilité, la gravité et le fair-play qu’on lui a vus dimanche soir. On ne peut s’empêcher aussi d’avoir un peu de compassion pour tous ceux qui avaient fait de l’anti-sarkozysme le cœur de leur vision du monde. Déjà orphelins de Le Pen père, pour les plus âgés, ils devront vivre sans celui qu’ils ont tant aimé détester et, par la même occasion, sans le sentiment de leur propre vertu qu’il leur procurait. Que mes confrères de Marianne me pardonnent, mais ils auront usé le filon jusqu’à la corde avec, encore récemment, une « Une » sur « Le candidat du système » – accompagné d’une photo soigneusement choisie pour faire peur. Ils vont devoir trouver un autre produit-vedette.

Le nouveau gourdin des gouvernés pour bastonner leurs gouvernants

L’éviction de Nicolas Sarkozy est cependant porteuse d’un malentendu de taille. Dès lors que le suffrage populaire concorde au moins en partie avec le ronron médiatique, d’aucuns pourraient en conclure que le peuple de France, plus raisonnable que ses cousins anglo-saxons, refuse de céder aux sirènes du mal et qu’avec des efforts pédagogiques, on pourrait encore faire quelque chose de lui. En réalité, si une majorité de la droite française a congédié Nicolas Sarkozy, ce n’est pas tant à cause de son « populisme » – nom donné au fait de parler des sujets identitaires qui intéressent grandement le populo –, mais parce que celui-ci est à géométrie variable. La phrase sur « nos ancêtres les Gaulois » n’était pas un dérapage que les électeurs auraient heureusement sanctionné comme on se plait à le répéter, mais un programme dont personne n’aurait juré qu’il l’appliquerait en cas de victoire (on conviendra en revanche que la « double ration de frites » était d’un assez mauvais goût sarkozyen).

Depuis lundi matin, un chœur d’éditorialistes, découvrant subitement les vertus du vote populaire, feint d’espérer que la primaire agira comme une surprise à deux coups et finira par sacrer celui que plus personne n’attend. C’est ignorer que leur déconfiture a encore les attraits de la nouveauté – on ne s’en lasse pas encore. La victoire du candidat des médias et des gens raisonnables apparaîtrait effectivement comme une bizarrerie historique. En réalité, le vote de dimanche s’il est un désaveu pour Nicolas Sarkozy, l’est tout autant pour l’ancien maire de Bordeaux, dont le chiraquisme revendiqué ne fait rêver personne. Sauf faux pas majeur, et énorme mobilisation de la gauche, carte sur laquelle table Alain Juppé, celui-ci pourrait être la prochaine victime des urnes.

Si on file la métaphore employée par Muray, François Fillon serait donc le nouveau gourdin dont se saisissent les gouvernés pour bastonner leurs gouvernants. Un gourdin très convenable et sans doute élu par plus de gagnants de la mondialisation que de petits blancs (encore qu’il s’agisse peut-être d’un préjugé sur la sociologie de la droite). Après tout, à l’heure des réseaux sociaux et des web designers, c’est la verticalité qui est révolutionnaire et François Fillon, avec son style bourgeois assumé et son air de maître d’école à l’ancienne, est éminemment subversif. Il est même capable de faire ce qu’il a dit. C’est bien ce qui me chiffonne.

Libéral peut-être, mais national?

Tout d’abord, même s’il s’agit plutôt de proclamations, son discours sur la famille chatouille mon attachement à la liberté des mœurs. Trop de religion, pas assez de République. Admettons que, face au progressisme bêlant donné comme l’unique horizon possible, un peu de tradition ne nuit pas. N’empêche, que l’on défende des cadres anthropologiques anciens, fort bien, que l’on réintroduise subrepticement une norme sur les comportements privés, très peu pour moi.

Par ailleurs, sur le terrain économique, un air un peu plus libéral ferait peut-être du bien à la nation d’ayants-droit que nous sommes devenus, mais d’une part, je ne suis pas certaine qu’une majorité de mes concitoyens partage mon agacement et mon aspiration, et de l’autre, cela suppose de répondre en même temps à la demande de protection contre la mondialisation : libéral peut-être, mais à condition d’être national. Or, sur le chapitre des frontières et de l’Europe cet enfant de Séguin est devenu un orthodoxe bon teint. S’il peut gagner la primaire en dépit de ce handicap et même, dans la foulée, emporter la présidentielle sur la peur de l’inconnue lepéniste, François Fillon n’obtiendra l’adhésion d’une majorité de Français que s’il répond à leur demande de réassurance identitaire, donc de frontières. Certes, alors que la gauche des réseaux sociaux a décidé de faire de lui le nouveau visage honni de Sarkozy et que la « semaine de la haine » bat déjà son plein, il sera sans doute, dimanche prochain, le gourdin que nombre d’électeurs empoigneront pour fermer le caquet des sermonneurs. Mais aussi cruel que cela puisse sembler à un homme qui veut incarner la droiture et y parvient pas mal, ainsi qu’à tous ceux qui pensent que le mensonge est plus grave que l’impuissance, la politique n’est pas un thé dansant. Pour conquérir sa légitimité, il devra peut-être procéder à quelques salutaires reniements.

La liberté racontée aux enfants

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Liberté Eugène Delacroix
"La liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (Wikipédia)

La liberté économique, c’est Cendrillon. Sa marâtre Administration ne cesse de la houspiller : « allez Cendrillon, empile les décrets, complexifie les lois, augmente les dépenses, nourris moi tant et plus ! » Et la pauvre Cendrillon empile, complexifie, augmente, et la marâtre grossit, grossit tellement qu’elle ne peut plus bouger, et pourtant elle continue de se plaindre : « tu ne me donnes pas assez à manger, j’ai encore faim ! »… Et les demi-sœurs Gauche et Extrême-Droite de la harceler aussi : « petite souillon ULTRA-LIBÉRALE ! » crient-elles, « ta marmite et ton balais ont été fabriqués dans un autre Royaume, ne t’avions nous pourtant pas dit de faire attention en faisant ton marché ? Ne sais-tu pas que les autres Royaumes sont nos ennemis » ? Cendrillon rêve du Prince Charmant qui l’emmènera loin, très loin de cette triste vie.

Le Prince Charmant : François Fillon

Le vilain/la vilaine : Jean-Marine Mélepen

La liberté de mœurs, c’est le Petit Chaperon Rouge. Ah, comme elle est jolie, comme elle est radieuse ! Elle vient d’épouser Blanche-Neige en juste noces. Elle a demandé à Pinocchio, qu’elle a choisi pour la qualité de son bois, de l’inséminer, et elle vient d’accoucher d’un adorable bébé. Le Petit Chaperon Rouge a mis le bébé dans son panier et l’amène aux sept nains pour qu’ils l’adoptent dans leur famille poly-homoparentale. Confiante, elle s’approche gayment du bois. Mais l’innocente ne sait pas que le Grand Méchant Loup Barbu l’y attend, inch’Allah ! Pauvre Petit Chaperon Rouge : son insouciance n’aura été que de courte durée.

L’héroïne : Christiane Taubira

La vilaine-pour-de-rire : Christine Boutin

La liberté d’expression, c’est Baba Yaga. Oh, comme elle est méchante ! Elle dégage des odeurs nauséabondes, qui rappellent les heures les plus sombres de notre enfance. Filant dans son mortier, elle dérape et franchit les lignes jaunes. En réalité, Baba Yaga est une adorable grand-mère mais chut ! Ne le répétez pas aux enfants : s’ils cessaient d’avoir peur, ils cesseraient d’obéir.

Le héros : Robert Ménard

La vilaine : Christiane Taubira

Christiane Taubira lors d'un débat des Jeunes Socialistes, juillet 2016. SIPA. 00762847_000012

La liberté politique, c’est la Belle au Bois Dormant. Sa marâtre Bernadette-Henriette Dévie, dont la robe était aussi blanche que son âme était noire, la rabaissait toujours : « Quoi ! Tu es ignare, mauvaise, rance, populiste, et tu oses prétendre t’affranchir de ma tutelle ? Moi, moi qui ai lu tous les grimoires ! Mais pauvre sotte, tu es incapable de savoir ce qui est bon pour toi » ! Comme Belle persistait malgré tout à n’en faire qu’à sa tête, Bernadette-Henriette conçut avec ses amies très savantes un stratagème machiavélique. Elles lui offrirent une pomme qu’elles nommèrent « Europe » et lui dirent : « croque cette pomme, ô Belle, et tu auras la paix et la prospérité éternelle » ! La malheureuse se laissa convaincre : elle croqua la pomme et tomba dans un long sommeil. Heureusement, la fée Brexit vint l’embrasser, et Belle entrouvrit les yeux. Puis un Prince pas très Charmant au teint orange, venu d’un Royaume de l’Ouest très lointain, l’attrapa par… disons, les parties intimes (on vous avait prévenus : ce Prince-là était très riche, mais aussi très grossier) et, pleinement réveillée pour le coup, la Belle chassa Bernadette-Henriette et ses méchantes amies du Royaume.

Tout est bien qui finit bien : les sujets de Belle célébrèrent l’évènement en faisant venir des Royaumes voisins des mets succulents et en forniquant pendant toute une semaine, tout en poussant force jurons (il parait que cela décuplait leur plaisir).

Ah oui ! J’allais oublier : Robert Ménard et Christiane Taubira se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, libres.

Cet oublié nommé Malraux

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Andre Malraux à la tête de la manifestation de la "majorité silencieuse", mai 1968. SIPA. 00557216_000042
André Malraux à la tête de la manifestation de la "majorité silencieuse", mai 1968. SIPA. 00557216_000042

Épuisé par la maladie, André Malraux avait, peu de temps avant de mourir, griffonné d’une écriture maladroite, sur une feuille de carnet, ces quelques mots : « Ça devrait être autrement ». Combien d’écrivains auraient pu les écrire ? Combien d’artistes les prononcer ? Fernando Pessoa disait : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. » Jorge Luis Borges : « Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité adulée qu’on surnomme la masse. (…) J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. » Adoucir le cours du temps, opposer la beauté d’un chant à la vieillesse, à la maladie, à la mort, à la méchanceté des hommes et à la vulgarité de leurs plaisirs, c’est ce que Malraux avait en vue lorsqu’il définissait l’art comme un « antidestin ».

L’impossibilité de s’accommoder de la vie et du monde tels qu’ils sont hante tous ses livres. Elle emprunte à Pascal une expression qui sera le titre de son roman le plus célèbre, à Van Gogh une profession de foi qui sert d’exergue à la trilogie de La Métamorphose des dieux: « Je puis bien, dans la vie et dans la peinture, me passer du Bon Dieu. Mais je ne puis pas, moi souffrant, me passer de quelque chose qui est plus grand que moi, qui est ma vie : la puissance de créer. » Cette puissance a habité Malraux très jeune. Elle a gouverné sa vie d’écrivain, sa réflexion, ses engagements depuis son lien avec les Annamites en Indochine jusqu’à son action politique à la tête du ministère des Affaires culturelles. Il savait que seules les œuvres de l’esprit et les engagements au service d’une juste cause pouvaient aider l’homme du XXe siècle à tenir face au néant auquel le retrait des dieux l’avait abandonné. Toute sa politique culturelle fut commandée par la conscience de cette déréliction. « Si je peux me dire, en mourant, confia-t-il à une journaliste, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. » C’est cette conscience qui fonda en signification son action à la tête du ministère des Affaires culturelles. C’est elle qui en fit le caractère exceptionnel. C’est à côté d’elle que sont passés la plupart de ses successeurs, Jack Lang en tête qui confondit avec une belle démagogie la culture et  les loisirs.

« A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. »

Lorsqu’en 2012, un grand quotidien demanda aux candidats à l’élection présidentielle quel avait été le meilleur ministre des affaires culturelles de la Vᵉ République, seuls les candidats du centre et de l’extrême droite – contre toute attente –  répondirent : « Incontestablement, André Malraux ». Et les autres candidats ? Celui de la droite qui, élu Président, se mettra à dos les lecteurs de La princesse de Clèves et ceux qui ne l’avaient lu, répondit que chaque ministre avait apporté sa pierre à l’édifice.  Quant au candidat de la gauche, il ne daigna pas répondre. Aujourd’hui, il accorde son haut patronage au colloque organisé par le Cevipof : « La réception de Malraux aujourd’hui ».

« A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. » Quel Président de la République, après De Gaulle, eût pu parler ainsi de son ministre de la culture ? Roger Stéphane raconta un jour à la radio que, prenant congé du Général à l’Elysée au moment où l’on venait d’annoncer l’arrivée de l’ « ami génial », il retint le bras de l’huissier qui refermait la deuxième porte capitonnée pour écouter le début de l’entretien : « Malraux, enseignez-moi ! ». On est étonné que la fidélité à l’homme du 18 juin, chez nombre de ceux qui se prétendent en être les héritiers, soit si peu fidèle à la nature singulière de cette relation.

L’appartenance à un autre monde

Depuis longtemps Malraux fut en butte aux malentendus, à la médisance, aux jugements à l’emporte-pièce. Il semble désormais abandonné à l’oubli. « Malraux pilleur de temples », répètent ses détracteurs, se dispensant ainsi de le lire et de l’étudier. « L’accusation, explique Raoul Jennar dans « Comment Malraux est devenu Malraux », est à réexaminer à l’aune d’une époque où des voyageurs, reviennent d’Asie avec des vestiges et des objets d’art qu’ils collectionnent ou vendent ». Le temple de Banteay Srei n’était ni classé, ni répertorié. Il s’agissait d’une propriété abandonnée, juridiquement non protégée. D’une res derelicta disent les juristes. Jean Lacouture fit remarquer dans sa biographie paru en 1973 que dès que les Malraux embarquèrent à Marseille pour l’Indochine le contact avec la société coloniale à bord de L’Angkor fut mauvais. Aussi peut-on se demander si sa condamnation ne vint pas sanctionner son appartenance à un autre monde. « Je suis ailleurs », disait Victor Hugo, l’« ailleurs » étant le monde de l’art dont s’obséda toute sa vie celui qui mourra en laissant derrière lui ces mots désespérés que nous citions : « Ça devrait être autrement ».

Sa participation à l’aventure du RPF n’explique pas tout. Son approche singulière de l’art, non plus, qui fut souvent considérée comme une mise en cause de la démarche de l’historien. La stupidité alors ? C’est une piste. Dans le catalogue de la rétrospective consacrée à Georges Braque en 2013 au Grand-Palais, l’éloge funèbre que prononça André Malraux en 1963 lors des funérailles nationales du peintre fut passé sous silence dans l’anthologie des textes sur le peintre. Le commissaire général de l’exposition est même allé jusqu’à écrire : « Son statut d’artiste officiel de la France gaullienne (le premier à bénéficier de son vivant d’une exposition au musée du Louvre qu’il venait de décorer) redoublé par les obsèques célébrés en grande pompe par le ministre de la Culture, André Malraux, lui avait indiscutablement porté ombrage auprès de la génération montante contestataire ».  Indiscutablement ? Diable ! Braque avait-il vraiment quelque chose à dire à un jeune artiste qui, au début des années 1970, devait exposer  son urine sous les verrières du Grand Palais ?

Sortira-t-on un jour de toute cette comédie ? C’est la question que l’on peut se poser  en déplorant avec Henri Godard la désaffection dont l’écrivain est aujourd’hui l’objet. « On entend guère, écrit-il dans la préface au beau livre de Jean-Claude Larrat, « Sans oublier Malraux », de jeunes lecteurs faire part de l’enthousiasme qui avait saisi leurs aînés lorsqu’ils avaient découvert « La Condition humaine » et « L’Espoir ». La question se pose aujourd’hui de savoir si Malraux n’est pas en train de glisser du côté de ces auteurs à qui on se contente de donner quelques coups de chapeau. » Cet enthousiasme n’était-il pas déjà de l’ordre d’un certain malentendu ? Il faut relire les pages éclairantes que Jankélévitch a consacrées à la « méconnaissance ».  Partager les idées politiques de Malraux, c’était certes communier avec lui dans un combat pour la justice, pas nécessairement être ouvert à ses interrogations les plus profondes.

Aussi la grande nouveauté, en ce quarantième anniversaire, est-elle le tirage spécial dans la collection de la bibliothèque de la Pléiade d’un volume intitulé La Condition humaine et autres écrits. Les textes réunis par le Professeur Henri Godard sont tirés des six tomes des œuvres complètes de la prestigieuse collection. Ce rassemblement de textes choisis pour leur appartenance à des domaines différents est un véritable manifeste. Il affirme, contre toute les lectures partielles de l’œuvre, la nécessité d’une lecture exhaustive. Qui veut en effet accompagner Malraux dans ses interrogations, en mesurer la richesse et la profondeur, qui veut comprendre ce que fut le foyer ardent de sa vie, ne doit négliger aucun de ses sujets de réflexion, aucun de ses engagements.

 

Jérôme Serri publie Les couleurs de la France, en collaboration avec Michel Pastoureau et Pascal Ory, aux éditions Hoebeke.


L'espoir

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Les couleurs de la France

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Merkel: l’Allemagne d’abord?

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Angela Merkel, novembre 2016. SIPA. 00780374_000001
Angela Merkel, novembre 2016. SIPA. 00780374_000001

Personne, en Allemagne n’en doutait vraiment, mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant: Angela Merkel vient d’annoncer qu’elle serait à nouveau candidate à la chancellerie lors des élections législatives de l’automne 2017. En bonne ménagère politique, elle avait pris soin de mettre sa maison en ordre avant d’inviter ses concitoyens à lui renouveler, pour la quatrième fois, leur confiance pour un nouveau bail au 1, Willy-Brandt Strasse à Berlin.

Elle a écarté la menace de sécession de la CSU bavaroise de présenter son propre candidat pour protester contre sa politique d’accueil massif des réfugiés du Moyen-Orient. Pour cela, elle a bloqué le flux des migrants grâce à un accord avec le sulfureux président turc Erdogan, et durci notablement les critères d’admission sur le territoire allemand. Sur sa gauche, elle fait une fleur à ses alliés sociaux-démocrates en proposant Frank-Walter Steinmaier, ministre SPD des affaires étrangères, pour succéder, en janvier, à Joachim Gauck au poste honorifique et protocolaire de président de la République. Enfin, elle se présente comme le seul rempart crédible à la montée en puissance des forces dites populistes, à l’échelle allemande, européenne et même mondiale.

Petit rappel: il y a trois mois, au début du mois de septembre, les augures médiatiques habituels prédisaient sa mort politique prochaine à la suite de quelques élections régionales calamiteuses, marquées par une percée importante du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), opposant radical à la politique d’accueil des migrants de Merkel, et critique virulent des concessions économiques et monétaires faites aux partenaires européens au nom du sauvetage de l’euro. Comme il n’est jamais inutile de s’adresser des louanges (sinon, qui le ferait ?), rappelons que l’auteur de ces lignes, à contre-courant de tous les commentateurs, experts et analystes des radios, télés et feuilles dites « de référence », s’était bien gardé de vendre la peau de l’ourse Merkel avant qu’elle n’ait politiquement trépassé.

Obama la voit « chancelière du monde libre »

La reconduction d’Angela Merkel est, aujourd’hui, approuvée par 55% des Allemands interrogés par les sondeurs. Une popularité qui dépasse de loin les intentions de vote en faveur de sa famille politique, la CDU/CSU, créditée de 33% des suffrages si les élections au Bundestag avaient lieu dimanche prochain. Elle met dix points dans la vue de son principal concurrent, le futur candidat du SPD, qui hésite entre le vice-chancelier Sigmar Gabriel, peu charismatique, et Martin Schulz, l’eurofervent président du Parlement européen en décalage avec un euroscepticisme montant dont l’Allemagne n’est pas épargnée… Comme la RFA n’est jamais un pays de surprise électorale (les gens disent aux sondeurs ce qu’ils vont faire, et – miracle ! – le font effectivement), tout donne à penser qu’Angela Merkel va l’emporter sur une potentielle alternative de gauche (SPD, Verts, die Linke) autant victime que la droite d’une fuite d’électeurs vers l’AfD.

La seule inconnue est de savoir si, dans la nouvelle composition du Bundestag, il sera nécessaire de faire appel à un tiers parti (Libéraux ou Verts) pour constituer une majorité avec la CDU/CSU et le SPD…

Angela Merkel rencontre Barack Obama, novembre 2016. SIPA. AP21977612_000046

Pour couronner le tout, Angela Merkel vient de recevoir un coup de pouce magistral de la part de Barack Obama, qui a tenu à faire chez elle, à Berlin, ses adieux à l’Europe. Le président sortant des Etats-Unis l’a adoubé comme son héritière politique et spirituelle à l’échelle planétaire, devant les sourires crispés de ses collègues européens François Hollande, Theresa May, Matteo Renzi et Mariano Rajoy, invités muets à la petite fête intronisant Angela comme « chancelière du monde libre », pas moins !

L’Allemagne d’abord?

Le message est clair: pour Obama, et tous ceux qui s’effraient, à travers le monde, de la montée des « populismes », l’Europe sera « merkelienne » ou ne sera pas ! Il lui confie donc la lourde tâche de rassembler les nations d’Europe dans un nouveau Kulturkampf où les adversaires s’appellent Poutine, Trump, Erdogan et tutti quanti, alors qu’elle est mandatée par ses électeurs pour défendre bec et ongles les intérêts économiques et politiques de l’Allemagne au nom d’un ordo-libéralisme germanique imposant au continent une austérité étouffante. Obama la met, de surcroît, au pied du mur de la construction d’un outil de défense européen devenu nécessaire en raison des réticences de Donald Trump à perpétuer la garantie de sécurité du continent aux frais du contribuable américain.

J’ai comme l’impression que cette mission n’est pas celle qu’une Merkel IV souhaiterait s’attribuer, car le retour du « hard power » militaire comme élément incontournable de la puissance n’est pas encore accepté par le peuple allemand. Elle fera, en revanche, tous les compromis possibles avec les brutes, Poutine demain comme Erdogan hier, pour préserver les intérêts de l’Allemagne sans l’engager dans des aventures militaires ou diplomatiques hasardeuses. L’espoir, caressé par les européistes béats, de la voir refonder une Union européenne forte, unie et solidaire dans un monde en mutation accélérée, sera forcément déçu : elle ne sait parler qu’aux Allemands, et ceux qui l’écoutent à l’étranger la comprennent mal, ou se racontent des sornettes.

Dans trois mois, libérée des contrainte d’une campagne électorale, elle aura les mains beaucoup plus libres que ses partenaires pour conduire ses affaires: certains seront partis, comme, sans doute, François Hollande et peut-être Matteo Renzi, ou préoccupés par leurs affaires intérieures, comme Theresa May avec le Brexit et Mariano Rajoy avec sa majorité chancelante. Ce n’est pas sans raison que, seul parmi les candidats de droite à la primaire, François Fillon se soit montré très discret sur l’éventuelle reconstitution d’un couple franco-allemand de rêve… Il connaît bien la dame !

Ne privons pas Bordeaux d’un si bon maire!

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Alain Juppé lors du troisième débat de la primaire, novembre 2016. SIPA. AP21979627_000001
Alain Juppé lors du troisième débat de la primaire, novembre 2016. SIPA. AP21979627_000001

Il se dit que Monsieur Juppé serait plus « libéral » que Monsieur Fillon. Mais prétendre nimber l’un ou l’autre sous le halo du libéralisme, c’est se foutre du monde !

D’abord parce que celui qui le fait se croit à l’évidence capable de décerner des brevets de libéralisme. Or quand on voit l’état dans lequel est notre pays on se demande ce qui donne le droit à quiconque de se réclamer comme libéral tant tous les libéraux en France ont lamentablement échoué en politique depuis au moins trente ans.

Ensuite parce que le pays n’a pas besoin d’un « libéral » mais d’un homme qui pourrait répondre « oui » aux trois questions suivantes:

  • Suis-je un homme d’honneur
  • Suis-je un homme compétent ?
  • Suis-je un homme qui apprend par ses erreurs ?

A ces trois questions, je réponds pour Monsieur Juppé par un non sans nuances.

  • Est-il un homme d’honneur: en aucun cas. Il a un casier judiciaire. Imaginez son effet sur la magistrature, la gendarmerie ou l’armée, d’où quiconque est immédiatement chassé s’il a déjà été condamné. Je me contrefous de pourquoi, mais condamné il a été. Il était donc coupable. Qu’il ait été condamné parce qu’il a porté le chapeau pour quelqu’un d’autre ne m’intéresse pas du tout. Un homme d’honneur dans une telle situation refuse d’obéir ou démissionne. Ce qu’il n’a pas fait. C’est donc un homme sans honneur, et je crois que le moment est venu de réintroduire cette notion dans la vie politique française. Entre un libéral sans honneur et un non libéral honorable, je choisirai toujours le second.
  • Est-il compétent ? Ses passages au pouvoir ont été désastreux. Le dernier, comme tous les précédents ou, en tant que ministre des Affaires étrangères de la France,  il a pris ses ordres du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou du département d’Etat américain pour frapper la Libye et déstabiliser la Syrie, gérée par des Alaouites. Eut-il réussi, nous aurions eu un massacre des minorités non sunnites en Syrie, c’est à dire des chrétiens. Les massacres ont quand même eu lieu, en Irak et en Syrie. Monsieur Juppé n’a pas non plus manifesté le moindre intérêt pour les minorités chrétiennes martyrisées dans tous les pays sunnites, bien au contraire. Il manifeste, en revanche, une compréhension infinie pour les minorités musulmanes pour peu qu’elles vivent et votent à Bordeaux.
  • Est-ce un homme qui apprend par ses erreurs. Certainement pas. C’est lui qui a augmenté les impôts et déplafonné l’ISF au lieu de le supprimer, non sans avoir fait porter le chapeau au ministre des Finances de l’époque qui fut sommairement viré juste après. Et cela pour répondre aux injonctions de Bruxelles, pour pouvoir rentrer dans l’Euro. Augmenter les impôts pour réduire un déficit budgétaire ne marche jamais. Ces augmentations provoquèrent une récession et, in fine, la dissolution de l’Assemblée, qui nous a amené Aubry et Jospin. Chaque fois qu’il l’a pu cet homme a pris le parti de ne pas faire respecter la souveraineté française : il continuera, n’en doutons pas. Et au diable les manants.

Pour résumer, je vais terminer en aménageant une formule de Pagnol: « Monsieur Juppé, ce n’est pas qu’il est bon à rien! C’est qu’il est mauvais en tout. » J’y ajoute : en étant toujours extrêmement content de lui-même.

Il parait cependant que c’est un excellent maire de Bordeaux.

Il ne faut à aucun prix que les électeurs Français privent Bordeaux d’un homme aussi talentueux.

A l’évidence, tout mouvement vers le haut prouverait une fois de plus que ce cher homme a atteint son niveau d’incompétence et qu’il n’est pas apte à aller plus haut.

Maire de Bordeaux il est.

Maire de Bordeaux qu’il reste.

 

Les tribunes de Charles Gave sont à retrouver sur Institut des Libertés

Le schpountz

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Les djihadistes se retournent contre le peuple qui les a élevés

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cheyenne carron chute hommes

cheyenne carron chute hommes

Olivier Prévôt. Quand on regarde votre filmographie, on est frappé par votre courage. De L’apôtre qui évoque la conversion d’un musulman au catholicisme, à Patries qui aborde le thème du retour au pays des enfants d’immigrés, et maintenant La chute des hommes qui raconte l’enlèvement d’une jeune française par des djihadistes, vous n’hésitez pas à aborder des sujets difficiles, avec un regard, des références qui peuvent faire polémique.

Cheyenne-Marie Carron. Si polémique il y a, elle ne vient pas de moi. Je n’aime pas la dimension forcément racoleuse de la provocation, du chiffon rouge que l’on agite. Je dirais plutôt qu’il s’agit de sujets de mon temps. Je suis une femme française. J’ai quarante ans. Tous ces sujets – complexes je vous l’accorde – me concernent. Nous concernent. Je m’efforce de les traiter avec honnêteté, vérité, humanité. Je suis un metteur en scène catholique, je regarde le monde avec un regard de chrétienne. J’estime qu’il n’y a pas de sujets réservés ou, au contraire, interdits aux chrétiens. Le monde nous est ouvert.

Vous abordez vos thèmes et vos histoires avec beaucoup de franchise et un véritable point de vue. En même temps, on sent chez vous une empathie pour tous les personnages.

Je ne pourrais pas réaliser un film avec une autre approche. Dès qu’on creuse un sujet, on ne peut qu’entendre l’autre, ses motivations, y compris dans le cas de ces djihadistes qui s’engagent dans des voies si sombres, des voies de combats, de destruction. Dans La chute des hommes, il y a trois points de vue : celui de Lucie, petite chrétienne qui part très naïvement au Moyen-Orient et qui se retrouve prise en otage ; celui de Younes, chauffeur de taxi très pauvre qui se fait complice des djihadistes et tentera d’effacer sa faute ; celui d’Abou, un Français de souche, converti à l’islam radical.

C’est cela, pour vous le cinéma : pouvoir se mettre dans la peau de tous ?

À l’écoute de tous, oui, mais en tant que catholique. C’est mon héritage. Vous savez, je suis une enfant de la DDASS, j’ai été accueillie par une famille chrétienne… Je tiens d’autant plus à mon héritage chrétien. J’essaie de développer une approche aimante de l’autre.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt.

« Hollande-bashing »: les saltimbanques éclairent la plèbe

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Benjamin Biolay lors de l'enregistrement de Vivement Dimanche, mai 2015. SIPA. 00714700_000047
Benjamin Biolay lors de l'enregistrement de Vivement Dimanche, mai 2015. SIPA. 00714700_000047

Nous voilà éclairés. Par la soixantaine de « personnalités », la plupart amuseurs publics, qui vient de s’engager dans les colonnes du JDD/Europe 1 pour défendre François Hollande contre la méchante (ignare, stupide…) plèbe qui le harcèle.

C’est une tradition française; le syndrome Marie-Antoinette récidive: la crème des saltimbanques s’érige encore en soviet de commissaires politiques, expliquant au petit peuple que, s’il n’est pas content, il y a aussi la brioche.

Française, la tradition ? Pas uniquement. Comment ne pas penser aux caciques du show-business hollywoodien qui s’engagèrent récemment en vrac derrière Hillary Clinton; avec pour conséquence d’amplifier le résultat inverse, démontrant à quel point ils étaient hors-sol, martiens, étrangers aux espoirs et désespoirs de ce qu’ils considèrent volontiers comme la populace.

Pauvres de nous. Que ferait-on si tous ces clowns professionnels n’étaient pas là pour nous rappeler de temps en temps ce qu’il faut dire, penser, voter ?

A-t-on vraiment vu le même film?

Rappelons à ces démocrates distingués le principe de base: TOUS les citoyens ont le droit de s’exprimer. A EGALITE. La dernière caissière d’hypermarché a autant ce droit que la première vedette botoxée.

MAIS, c’est l’opinion de la vedette qui s’étale en première des gazettes, jamais celle de la caissière. C’est la vedette qui condescend du haut de l’affiche pour sauver la caissière de ses bas réflexes populistes; jamais le contraire.

Que la vedette use de sa plastique avantageuse pour nous fourguer du liquide vaisselle, passe encore. Mais qu’elle fasse commerce de sa renommée hors sujet pour nous dire le Bien et le Mal, pour transformer les médias en caisse de résonance idéologique, s’appelle en langage poli, le mélange des genres; en moins poli, le trafic d’influence.

A la lecture de leur appel, on reste forcément songeurs: a-t-on vraiment vu le même film ? « La stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée… ».

Parle-t-on bien de celui qui vient peu ou prou de dicter un livre justement intitulé  Un Président ne devrait pas dire ça, truffé de coupables légèretés, sinon d’irresponsabilité ?

Quelle foi peut-on accorder à la parole d’un homme qui promet, pour être élu, une chose au Bourget et qui glisse, au fur et à mesure d’un quinquennat erratique, vers son opposé ?

Le saltimbanque est parfois une célébrité qui gagne à rester inconnue.

Fillon-nous à un homme constant

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François Fillon au soir du premier tour de la primaire LR, novembre 2016. SIPA. AP21978857_000071
François Fillon au soir du premier tour de la primaire LR, novembre 2016. SIPA. AP21978857_000071

De toutes les qualités, la constance a le plus beau nom car la fermeté sonore des deux syllabes illustre parfaitement le sens du mot. Pour savoir si un homme est constant ou pas, il suffit d’observer ses relations avec les autres. Comme il est beau d’être constant en amitié et surtout en amour ! Il est certes agréable d’être volage, de courir d’épouse en épouse ou de maîtresse en maîtresse à pied, à cheval ou en scooter. Mais quand on a une fonction sociale importante, c’est plutôt inquiétant pour les autres. Le volage ne passera-t-il pas d’une idée à une autre, par exemple d’une haine des riches à une volonté d’enrichir les patrons, comme il passe de femme en femme ? J’avoue que je préfère la constance d’Ulysse se dirigeant pendant dix ans vers sa Pénélope malgré vents et marées, malgré de séduisantes magiciennes et des déesses hostiles.

Il est bon également d’être constant dans l’action. Fin novembre 1995, j’avais planifié avec mon épouse un week-end à Bruges, et nous avions placé nos trois enfants chez des cousins. Arrivés à la Gare du Nord, patatras, nous tombons sur une grande affiche annonçant une grève illimitée des cheminots. L’homme d’Etat qui voulait aligner leurs retraites sur celles des employés du privé tint bon pendant trois semaines mais finit par capituler. Je ne dis pas « baisser sa culotte », car les expressions vulgaires me semblent indignes du débat public. Dire « Casse-toi pauv’con » ou bien « pour le chômage, je n’ai pas eu de bol » révèle des natures irritables, fantasques, ou qui recherchent par la vulgarité des complicités basses. Pour moi, l’homme constant doit parler dans les circonstances officielles un beau français constant, un français qui ne prend pas les autres pour des imbéciles.

Ils allaient voter pour Churchill

En 2003, j’habitais Paris et j’étais professeur au Plessis-Robinson. Un ministre, je ne sais plus qui, a lancé une réforme des retraites. Aussitôt, arrêt général des bus et des métros. J’ai juré à mes élèves que je serais présent à tous mes cours, quitte à venir à pied, en stop ou à trottinette. J’ai été constant et j’ai effectivement assuré tous mes cours. Le ministre aussi a été constant, il a résisté aux grèves et a fait passer sa réforme. En 2010, un autre ministre (mais au fond, je me demande si ce n’était pas le même que la première fois) a engagé avec son président de la République une autre réforme qui consistait à déplacer l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. Tonnerre sur Paris ! Pendant des mois et des mois, j’ai croisé dans la capitale d’imposants cortèges qui exigeaient l’abrogation de cette réforme au nom du « rêve général ». Un jour, près du Palais du Luxembourg, j’ai croisé un groupe de manifestants d’entre 20 et 25 ans, et je me suis mis en devoir de leur expliquer qu’ils se faisaient gruger par les vieux, parce que les deux ans de retraite supplémentaire si l’on restait à 60, c’est eux qui les paieraient. Le ministre et son président ont été constants et la réforme, difficile mais nécessaire pour l’équilibre financier, est passée.

Des électeurs de François Fillon, novembre 2016. SIPA. 00782094_000001

Vous me direz : la constance, c’est magnifique, mais l’homme constant est rarement  charismatique, cette qualité produit certes des époux modèles et des hommes courageux, mais peu enthousiasmants. Je vous aurais dit jusqu’à dimanche : oui, vous avez raison, les hommes constants sont plutôt ennuyeux et ne soulèvent pas les foules. Mais, dimanche, j’ai assisté à un miracle. Je me trouvais en proche banlieue, dans la file d’attente d’une élection qui, si ma mémoire est bonne, concernait la droite et le centre. La foule était joyeuse, souriante, tous se parlaient. Je me disais : on n’est pas aussi gai quand on se prépare à voter pour X pour ne pas avoir Y ou pour Y pour chasser X. On est gai et fier quand on vote pour quelqu’un qu’on admire, par exemple pour un homme constant. Moi-même, je m’apprêtais à voter pour une sorte de Churchill qui promettait à la France du sang et des larmes, des réformes drastiques et courageuses. Les écailles me sont soudain tombées des yeux et j’ai compris qu’autour de moi, tous étaient fiers et joyeux parce qu’ils allaient voter pour Churchill. Mon intuition était juste, notre candidat l’emporta le soir-même grâce à un raz-de marée qui stupéfia tout le monde. Oscar Wilde a raison, il est important d’être constant.

 

Une journée en Inter

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France Inter Patrick Cohen Legrand
France Inter : studio du 7/9
France Inter Patrick Cohen Legrand
France Inter : studio du 7/9

« Écoutez France Inter durant une journée entière, vous allez vous marrer. » Oui, cheffe. Je préfère Chevallier et Laspalès à Sophia Aram mais je suis taillée pour le job : avec bébé qui réclame la première tétée de la journée (ou la dernière de la nuit) à 5 h 50, je suis opérationnelle très tôt.

À 5 h 50, ce jour-là, sur France Inter, en guise de train pour Pau [1. Pour les auditeurs francintériens, il s’agit d’une allusion à un sketch de Chevallier et Laspallès] , j’ai le vélo de Nantes qui pense à la place du cycliste. Quand vous devez aller à gauche, le guidon s’allume et clignote à gauche. « Et si je me trompe ? » « Le guidon va vous indiquer avec un clignotement rouge que vous vous êtes trompé. »

Le Cabinet de curiosités a sélectionné ce matin un article au sujet des prisons payantes de Californie, où des vedettes purgent leur peine dans des conditions appréciables de confort et de sécurité. « Au pays du dollar roi, il n’y a pas de petit profit », conclut Stéphane Leneuf. Refrain classique dans les médias que cette condamnation de l’Amérique comme pays de toutes les inégalités avec, en creux, la valorisation de notre système supposément plus juste. Le problème, c’est qu’au même moment resurgit dans l’actualité Salah Abdeslam (censé être à l’isolement, il a discuté avec un autre détenu). L’occasion de se souvenir qu’il jouit d’une cellule individuelle et d’une salle de sport privée, conditions d’incarcération que les vedettes hollywoodiennes elles-mêmes ne peuvent s’offrir : toutes richissimes soient-elles, nous apprend Stéphane Leneuf, elles dorment dans des dortoirs collectifs. La différence tient au fait qu’elles sont scrupuleusement protégées des caméras, tandis qu’Abdeslam est filmé 24 h/24, comme dans les émissions de téléréalité dont il est, paraît-il, très friand. De l’intérêt de réfléchir à l’à-propos d’une chronique…[access capability= »lire_inedits »]

« Je préfère Hillary. Je trouve qu’Hillary est la plus sérieuse et la plus posée. » Ce commentaire aussi subtil que celui d’une groupie de boys band est le propos d’une certaine Chen, diffusé en introduction d’un reportage sur les élections présidentielles américaines vues de Chine, à 6 h 13. Dominique André s’est rendue dans « un quartier jeune et branché de Pékin » et, sans surprise, dans ce quartier branché, Clinton « a la cote ». Une citation outrancière des opposants chinois à la candidate, la traitant de « vieille sorcière », s’ajoute à cette précision que les « milieux du business » (connotation fortement péjorative, à peu près comparable à « pays du dollar roi ») éprouvent une « certaine sympathie » pour Trump, comme l’illustrent les mots d’un certain Chen (ne pas confondre avec Chen, voir supra). Une nuance intéressante est introduite quand on apprend que les Chinois reprochent à Hillary Clinton « d’avoir soutenu la politique du pivot asiatique lancée par Obama, c’est-à-dire de refaire du Pacifique une priorité de la politique étrangère américaine », mais pas question de s’attarder sur cet aspect qui risquerait de brouiller le message global et de troubler, par conséquent, le consensus universel qu’il convient d’entretenir. On se dépêche donc d’élargir à des considérations générales sur ce que les jeunes Chinois pensent des États-Unis. Et on conclut avec cette citation mystérieuse, dans laquelle le rapport d’opposition exprimé par « cependant » m’échappe totalement : « Attirés par les États-Unis, 52 % des Chinois sondés pensent cependant que la Chine doit d’abord s’occuper de ses propres problèmes. » Peu importe, l’essentiel est de rappeler, en deux minutes et quarante secondes, que pour être « branché », où que vous soyez dans le monde, il faut soutenir Hillary.

Suit, entre autres, une séquence intitulée « Et si demain on travaillait heureux ? », petite chronique gentillette sur une PME qui a renoué avec la croissance grâce à des méthodes révolutionnaires : désormais, les employés se parlent ; et un code de trois couleurs permet de distinguer les commandes prêtes pour la livraison, en cours de traitement et en retard. C’est simple mais cela méritait bien un sujet. D’ailleurs, la mélodie et le phrasé tout sauf naturels de Catherine Boullay valent à eux seuls le détour ; cela monte et descend, mal de mer garanti. Cerise sur le gâteau, « les trois dernières recrues avec un peu de responsabilités » sont des femmes. L’histoire ne dit pas si l’une d’elles est issue d’une minorité ethnique ou de la communauté LGBTQIA. Le monde n’est pas encore parfait

Il y a le passage obligé par la case « ce qu’on vous cache », affectionnée des chaînes d’info (confer tous les « c’est off », « les coulisses de », etc.) et qui a vocation à calmer les benêts « complotistes ». Ils veulent du top secret ? On va leur en donner. Tous les mardis soirs, nous raconte Marcelo Wesfreid, se tient à l’Élysée une réunion « ultra-confidentielle ». Le vaillant journaliste a enquêté et peut nous affirmer qu’il s’agit d’un « dîner » qui a lieu « à 20 h 30 » dans le « Salon des portraits » et dont les participants sont Hollande, Valls, Cambadélis, Bruno Le Roux, Didier Guillaume et Claude Bartolone. L’objet de ces conciliabules ? À l’origine il s’agissait de faire en sorte que (métaphores journalistiques) « tout le monde rame dans le même sens » afin d’« éviter les couacs ». On y fait maintenant de la « stratégie » : « la semaine dernière, les invités ont passé quelques minutes à regarder le meeting de Macron » et, attention scoop, « ce dîner commence de plus en plus tard » à cause des réunions de précampagne. Oui, on vous cache des choses ; mais ces choses n’ont aucun intérêt.

Ensuite, on se dérouille les zygomatiques avec Daniel Morin, qui fait ce matin une imitation de Poutine dialoguant avec Hollande. N’est pas Canteloup qui veut mais un peu d’humour antiPoutine ne peut pas faire de mal ; c’est impertinent et original.

On entre dans la tranche Cohen avec un petit reportage sur les nouvelles méthodes de militantisme du Parti de Gauche. Un instant je me demande si les mêmes procédés employés par des militants de droite auraient bénéficié d’une telle complaisance de la part de la journaliste : surtout le principe du message qu’on accroche sur une corde avec une pince à linge. Cela me fait penser que j’ai une lessive à étendre…

Quand je reprends le fil, Thomas Legrand est en train d’expliquer que, concernant la répartition des migrants sur le territoire, « le prisme du débat public est tristement déformant », entre « ceux qui, à gauche, pensent que la France est raciste et ceux qui, à droite, estiment que nous sommes au bord de la guerre civile à cause des migrants ». Un curé accroche une pancarte « bienvenue » à son clocher, des gens se mettent en quatre pour apprendre le français aux nouveaux arrivants. C’est bien la preuve que « la France accueillante existe ». Personne n’en a jamais douté, et le problème n’est pas là. Mais Thomas Legrand a besoin de se rassurer.

La chronique de Bernard Guetta remet une couche de discours antiPoutine, pour ceux qui auraient manqué le billet de Daniel Morin.

Puis entre en scène l’invitée du jour, Caroline Fourest, venue présenter son dernier essai. En deuxième partie d’émission, Nicole, une directrice d’école, explique par téléphone combien elle désapprouve le fait que des mères « voilées de la tête aux pieds » puissent accompagner les sorties scolaires. Après la réponse de Caroline Fourest intervient Mohamed, qui diagnostique chez Nicole une « véritable phobie » : cela le « gêne beaucoup » qu’on puisse considérer que « ces femmes voilées de la tête aux pieds posent problème ». De même, refuser le port du voile à l’université reviendrait à « exclure encore plus ces filles ». Il faudrait donc entériner le communautarisme, sinon la radicalisation, afin de ne pas l’encourager : l’argument est totalement fallacieux mais Patrick Cohen commente simplement : « C’est compliqué. » La résistance ne viendra pas de Patrick Cohen. On l’attendra plutôt du côté d’Alex Vizorek, qui annonce sa conversion au pastafarisme : la religion professée par les adorateurs de la nouille géante, lesquels revendiquent le droit de porter une passoire sur la tête. Peut-être le seul moment d’humour authentiquement subversif de la journée.

Je vaque à mes occupations quotidiennes, et c’est quand je passe en cuisine que je retrouve mes amis d’Inter. Nagui reçoit Richard Anconina, l’entretien est plaisant, l’acteur revient sur des souvenirs de tournage, la conversation est ponctuée d’extraits musicaux, c’est bien agréable. Cela ne pouvait pas durer. Arrive Frédérick Sigrist qui souhaite revenir sur l’émission de Karine Le Marchand, Ambition intime, qu’ils n’ont vraiment pas aimée, à France Inter. Déjà, la veille, Daniel Morin et Patrick Cohen lui avaient réglé son compte. En réalité, le concept de l’émission en lui-même, incontestablement très cucul la praline, les gêne beaucoup moins que l’idée saugrenue d’inviter Marine Le Pen, au risque de la rendre sympathique. C’est aussi ce qui ennuie Frédérick Sigrist ; et il enchaîne : « Il y a très peu de chance que les électeurs du Front national écoutent France Inter. Non mais c’est vrai, à moins d’être puni ou d’avoir perdu un pari, je ne vois pas une seule émission de la grille susceptible de plaire à un militant FN. » Sigrist continue : « On va être honnête, on a autant d’amour pour le FN que Nicolas Sarkozy n’en a [sic] pour les élites qui vont acheter des œufs avec un panier en osier. » Il note que « le paradoxe du Front national, c’est qu’il se vante de ne pas penser comme tout le monde, mais il veut être traité comme les autres ». Sur Inter, il faut penser comme tout le monde. Cependant, ajoute-t-il, le FN n’a pas le monopole du « racisme et de l’intolérance » ; il y a aussi Wauquiez et Estrosi, et même les socialistes quand ils sont favorables à la déchéance de nationalité. On le voit, sur France Inter, la seule différence entre un édito politique et un billet comique, c’est le ton. La chronique sur la répartition des migrants pourrait entrer dans la catégorie « humour », pour peu qu’on la lise avec une intonation de one-man-show sur un fond de rires en boîte.

Oh, il y a aussi des émissions vraiment sérieuses sur France Inter ! Manque de chance, c’est en plein sur l’heure de ma sieste. Quand je rallume le poste, après avoir récupéré les enfants à l’école, je tombe sur Charline Vanhœnacker, « l’émission qui dit zut à Poutine ». Yes ! Il est 17 h 07. On va encore rigoler. Par exemple avec Guillaume Meurice. Ce jour-là, il s’en prend aux défenseurs de la corrida : facile. Le lendemain, plus ambitieux, il appellera la plateforme d’écoute du site ivg.net en se faisant passer pour le petit ami d’une femme qui s’apprête à avorter. Du grand art quand on pense que la presse mentionnait, il y a peu, un jeune homme de Mouscron qui, s’étant trouvé réellement dans la situation que singe Meurice, a mis fin à ses jours. Le farceur sera évidemment à la Manif pour tous le 16 octobre, afin de rire de tous ces nigauds qui profèrent des absurdités (les filles aiment plus jouer à la poupée que les garçons, etc.). Les Femen aussi étaient à la manif. Ces dames ont, à mon sens, un énorme potentiel comique. Malheureusement, Meurice et ses collègues d’Inter n’en ont pas encore pris conscience. C’est dommage ; on rirait encore plus.

Épluchage patates en écoutant un reportage sur la Californie. Encore ? Oui, mais cette fois, elle nous montre l’exemple. Les Américains, là-bas, ont voté une loi qui permet aux clandestins de passer leur permis de conduire. Satisfaction d’une sans-papiers et d’un travailleur social membre d’une association d’aide aux sans-papiers. Réprobation d’une dame, mais c’est une conservatrice qui revient d’un meeting de Trump. Grillée. Et on termine la journée avec un échange entre invités et auditeurs sur le thème des « événements » survenus récemment dans un « quartier sensible ». Le lexique donne le ton. Une auditrice ayant demandé pourquoi les policiers ont si peu le réflexe de sortir leur arme, et le policier en plateau ayant répondu que cela tenait à la menace des procédures administratives chargées de suspicion, on confie la conclusion à un sociologue, voix de la sagesse, qui accuse à demi-mot l’auditrice de faire l’apologie des armes à feu et rappelle que « le cadre légal est ce qui caractérise l’État de droit » et qu’il « faut s’en féliciter ». Si les policiers n’avaient pas la culture de la retenue, la France serait comme les États-Unis ou les Philippines. Gloups.

Finalement, France Inter, c’est comme le vélo nantais à guidon intelligent : on vous aide à penser dans les clous.

Allez, c’est la nuit, on s’en remet un petit coup : « Comment reconnaître un militant FN sur internet ? » « Outre le contenu des messages, il y a leurs avatars : Jeanne d’Arc, par exemple, ou le coq gaulois. » Donc les militants FN, c’est comme les champignons en forêt : il faut apprendre à les reconnaître. Pourquoi ? Sais pas. Et je m’endors en me demandant à quoi on peut reconnaître un auditeur de France Inter. Mission accomplie. Demain : Rire & Chansons.

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Fillon est de droite? Sans blague!

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Manifestation contre la retraite à 62 ans, octobre 2010. SIPA. AP20985309_000004
Manifestation contre la retraite à 62 ans, octobre 2010. SIPA. AP20985309_000004

Surprise ! Les électeurs de droite sont de droite. Et, en plus, ils veulent d’une droite au pouvoir. Mais Sarko, ils ne le sentaient plus trop. Trop imprévisible, trop sulfureux, faux dur. Pas de leur monde, en fait. Plus il parlait comme Marine Le Pen, plus il la faisait monter, au risque de la faire élire. Et la France d’en-haut veut, tant que c’est possible, un candidat à son image, propre sur lui.

Tout le landernau médiatique s’extasie donc sur le raz-de-marée François Fillon qui est pourtant un plébiscite pour un tsunami néo-libéral annoncé. Enfin quand je dis néo, c’est une façon de parler. François Fillon, qui a reconnu lui-même à plusieurs reprises que son programme était thatchérien, n’est pas franchement porteur d’une idéologie nouvelle. On rappellera que l’élection de Margaret Thatcher date de 1979 et qu’il propose, peu ou prou, la même politique dans le monde de 2016. A une petite exception, sa politique étrangère. Son tropisme poutinien semble l’éloigner de l’atlantisme qui va d’habitude de pair avec l’idée d’une économie entièrement dérégulée où tout, absolument tout peut être soumis aux lois du marché.  C’est peut-être d’ailleurs, cette façon de voir en Poutine un partenaire privilégié pour faire contrepoids aux Etats-Unis, tout ce qui reste du général de Gaulle chez cet homme qui, faut-il le rappeler, avait commencé sa carrière dans le sillage de Philippe Séguin, et de son gaullisme social, avec des mots particulièrement durs pour la politique libre-échangiste et européenne d’un Balladur.

Un Thatcher de la Sarthe

Non, notre homme veut pour le pays un « choc » libéral, une rupture définitive avec ce qui était le modèle social français, ou ce qu’il en reste, et qui a assuré tant bien que mal la cohésion du pays depuis l’après-guerre malgré, ces dernières années, un creusement toujours plus grand des inégalités et un nombre record de pauvres comme le prouve encore une récente étude du Secours catholique. Elle indique notamment que le taux de chômage des personnes qu’elle accompagne était de 69,9 % en 2015, alors qu’il touche 10,2 % de la population française. La quasi-totalité des chômeurs accueillis se trouvent, sous le seuil de pauvreté à 60 % – revenus mensuels inférieurs à 1 008 euros. Bref, que l’on est déjà dans la France des « working poors », les travailleurs pauvres, qui sont apparus précisément au moment des révolutions conservatrices de Reagan et Thatcher. Entendons-nous bien,  on ne parle pas là d’assistés, comme on peut le dire à droite, ou même au PS, quand on veut parler des gens réduits aux minima sociaux en voulant faire croire que c’est un choix. On parle de gens qui, en bonne logique capitaliste, devraient avoir au moins de quoi reproduire leur force de travail dans des conditions décentes. Mais non, notre Thatcher de la Sarthe, comme ses illustres prédécesseurs anglo-saxons, estime que cela fait partie de l’ordre des choses. Il trouve même que le SMIC est bien assez élevé comme ça : « Le smic actuel est ce que la société française peut faire de mieux. En France, il est d’ailleurs plus élevé que dans la plupart des pays européens »  et il estime que le moindre coup de pouce, serait une faute politique. Bref, le « working poor » a un bel avenir devant lui.

On vous passe l’arsenal idéologique habituel qui va de la suppression de l’ISF (un symbole plus qu’une nécessité rationnelle) à la hausse de la TVA en passant par la baisse des charges, qui baissent pourtant depuis trente ans sans que cela semble avoir particulièrement boosté l’emploi, sauf erreur de notre part. Sans compter, pour notre homme, les 500 000 fonctionnaires en moins. Bonne chance à tous quand vous appellerez Police Secours, que vous voudrez scolariser le petit dernier en maternelle, que vous aurez besoin d’une hospitalisation d’urgence pour un infar’ ou qu’il faudra rétablir l’électricité et réparer les routes après un « épisode climatique », comme ils disent.

L’occasion pour la gauche de réaffirmer ses valeurs

Mais encore une fois, quand on est un candidat de droite, il faut faire savoir plaisir à son électorat et lui répéter comme des mantras deux ou trois sésames qui le rassurent sur le fait que la guerre de basse intensité menée contre les pauvres continue, tant il est vrai que dans l’imaginaire fillonniste, qui est celui finalement de la république de l’Ordre Moral qui a suivi la Commune, les classes laborieuses sont toujours, potentiellement des classes dangereuses. Et dire qu’il faut attendre un Florian Philippot pour prononcer la phrase la plus claire sur Fillon : « Son programme est d’une brutalité inouïe. »

Evidemment, pour tenir la société, et on retrouve l’Ordre Moral de la troisième république débutante, on ne va pas rigoler avec les mœurs. Le mariage gay, sur lequel même ce bobo de Sarko ne voulait pas revenir, ça défrise Fillon et ses amis de Sens Commun et de la Manif pour tous, tout comme les programmes d’Histoire qu’il faudra réécrire dans une optique plus « racines chrétiennes de la France ».

Cette France existe, bien entendu. Elle sait se faire entendre, bien entendu aussi. Il reste que l’on pourra s’amuser, à défaut de pleurer, du procès en archaïsme qui est fait depuis des années à tout programme réellement de gauche sous prétexte qu’il ne prône pas le règne du Talon de fer, aurait dit Jack London, allié à des atteintes à certaines libertés individuelles dans le domaine sexuel ou religieux (pour aller vite, évitons d’être gay ou musulman) qui ne conviendraient pas à une « majorité morale », ce que le vrai libéralisme, le libéralisme originel, au moins, ne se permettait pas : il suffit d’écouter NKM ou Macron qui en sont les meilleurs représentants ces temps-ci.

Mais si Fillon gagne la semaine prochaine, les choses seront enfin claires. Une droite à la fois très ancienne et complètement mutante, un genre de Tea Party français, a des chances d’arriver au pouvoir. On pourra se rassurer en se disant qu’au moins, dans cette situation, la gauche redeviendra peut-être, enfin, la gauche et n’aura pas peur, comme cette droite-là, d’affirmer ses valeurs. Ca finit toujours par payer. La preuve par Fillon.

Fillon: et les frontières, bordel?

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François Fillon à Lille dans la maison natale du général de Gaulle, novembre 2016. SIPA. 00780476_000010
François Fillon à Lille dans la maison natale du général de Gaulle, novembre 2016. SIPA. 00780476_000010

Une surprise attendue. Cet oxymore résume peut-être ce que seront nos soirées électorales. Le rituel médiatique a déjà intégré le « renversement de la table » comme une donnée, et dès les résultats connus, on orchestre la communion autour de la certitude que la seule chose que l’on sait, c’est qu’on ne sait pas.  D’où le brin d’autoflagellation des représentants de la gent journalistico-sondagière, devenu lui-même un must, avec de multiples variations sur le thème « j’avions rien vu venir ». Si, après le Brexit, la tendance sermonneuse avait pris le dessus, après l’élection de Trump, un air de débandade a soufflé sur le Parti des Médias, formule et concept inventés par Philippe Cohen et qui, malgré leurs insuffisances, permettent de comprendre comment les médias, en tant que système, sont à la fois le lieu où se fabrique la pensée dominante et le Quartier général à partir duquel on tente de contenir les diverses rebellions électorales contre elle. Quand beaucoup battaient en retraite, il ne s’est guère trouvé qu’Arnaud Leparmentier pour se coller, non sans panache, à la défense d’élites décriées. Aujourd’hui, il est très tendance d’écouter le peuple et même de lui causer poliment – les « idées nauséabondes » et le « populisme » semblent avoir disparu de la planète avec l’éviction de Nicolas Sarkozy.

Au passage, on regrette vraiment que le meilleur Sarko ne se montre que dans l’adversité – et même en l’occurrence dans la défaite. L’assurance ne sied décidément pas à l’ancien président. Mais peut-être aurait-il accompli de grandes choses s’il avait mené campagne avec l’humilité, la gravité et le fair-play qu’on lui a vus dimanche soir. On ne peut s’empêcher aussi d’avoir un peu de compassion pour tous ceux qui avaient fait de l’anti-sarkozysme le cœur de leur vision du monde. Déjà orphelins de Le Pen père, pour les plus âgés, ils devront vivre sans celui qu’ils ont tant aimé détester et, par la même occasion, sans le sentiment de leur propre vertu qu’il leur procurait. Que mes confrères de Marianne me pardonnent, mais ils auront usé le filon jusqu’à la corde avec, encore récemment, une « Une » sur « Le candidat du système » – accompagné d’une photo soigneusement choisie pour faire peur. Ils vont devoir trouver un autre produit-vedette.

Le nouveau gourdin des gouvernés pour bastonner leurs gouvernants

L’éviction de Nicolas Sarkozy est cependant porteuse d’un malentendu de taille. Dès lors que le suffrage populaire concorde au moins en partie avec le ronron médiatique, d’aucuns pourraient en conclure que le peuple de France, plus raisonnable que ses cousins anglo-saxons, refuse de céder aux sirènes du mal et qu’avec des efforts pédagogiques, on pourrait encore faire quelque chose de lui. En réalité, si une majorité de la droite française a congédié Nicolas Sarkozy, ce n’est pas tant à cause de son « populisme » – nom donné au fait de parler des sujets identitaires qui intéressent grandement le populo –, mais parce que celui-ci est à géométrie variable. La phrase sur « nos ancêtres les Gaulois » n’était pas un dérapage que les électeurs auraient heureusement sanctionné comme on se plait à le répéter, mais un programme dont personne n’aurait juré qu’il l’appliquerait en cas de victoire (on conviendra en revanche que la « double ration de frites » était d’un assez mauvais goût sarkozyen).

Depuis lundi matin, un chœur d’éditorialistes, découvrant subitement les vertus du vote populaire, feint d’espérer que la primaire agira comme une surprise à deux coups et finira par sacrer celui que plus personne n’attend. C’est ignorer que leur déconfiture a encore les attraits de la nouveauté – on ne s’en lasse pas encore. La victoire du candidat des médias et des gens raisonnables apparaîtrait effectivement comme une bizarrerie historique. En réalité, le vote de dimanche s’il est un désaveu pour Nicolas Sarkozy, l’est tout autant pour l’ancien maire de Bordeaux, dont le chiraquisme revendiqué ne fait rêver personne. Sauf faux pas majeur, et énorme mobilisation de la gauche, carte sur laquelle table Alain Juppé, celui-ci pourrait être la prochaine victime des urnes.

Si on file la métaphore employée par Muray, François Fillon serait donc le nouveau gourdin dont se saisissent les gouvernés pour bastonner leurs gouvernants. Un gourdin très convenable et sans doute élu par plus de gagnants de la mondialisation que de petits blancs (encore qu’il s’agisse peut-être d’un préjugé sur la sociologie de la droite). Après tout, à l’heure des réseaux sociaux et des web designers, c’est la verticalité qui est révolutionnaire et François Fillon, avec son style bourgeois assumé et son air de maître d’école à l’ancienne, est éminemment subversif. Il est même capable de faire ce qu’il a dit. C’est bien ce qui me chiffonne.

Libéral peut-être, mais national?

Tout d’abord, même s’il s’agit plutôt de proclamations, son discours sur la famille chatouille mon attachement à la liberté des mœurs. Trop de religion, pas assez de République. Admettons que, face au progressisme bêlant donné comme l’unique horizon possible, un peu de tradition ne nuit pas. N’empêche, que l’on défende des cadres anthropologiques anciens, fort bien, que l’on réintroduise subrepticement une norme sur les comportements privés, très peu pour moi.

Par ailleurs, sur le terrain économique, un air un peu plus libéral ferait peut-être du bien à la nation d’ayants-droit que nous sommes devenus, mais d’une part, je ne suis pas certaine qu’une majorité de mes concitoyens partage mon agacement et mon aspiration, et de l’autre, cela suppose de répondre en même temps à la demande de protection contre la mondialisation : libéral peut-être, mais à condition d’être national. Or, sur le chapitre des frontières et de l’Europe cet enfant de Séguin est devenu un orthodoxe bon teint. S’il peut gagner la primaire en dépit de ce handicap et même, dans la foulée, emporter la présidentielle sur la peur de l’inconnue lepéniste, François Fillon n’obtiendra l’adhésion d’une majorité de Français que s’il répond à leur demande de réassurance identitaire, donc de frontières. Certes, alors que la gauche des réseaux sociaux a décidé de faire de lui le nouveau visage honni de Sarkozy et que la « semaine de la haine » bat déjà son plein, il sera sans doute, dimanche prochain, le gourdin que nombre d’électeurs empoigneront pour fermer le caquet des sermonneurs. Mais aussi cruel que cela puisse sembler à un homme qui veut incarner la droiture et y parvient pas mal, ainsi qu’à tous ceux qui pensent que le mensonge est plus grave que l’impuissance, la politique n’est pas un thé dansant. Pour conquérir sa légitimité, il devra peut-être procéder à quelques salutaires reniements.

La liberté racontée aux enfants

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Liberté Eugène Delacroix
"La liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (Wikipédia)
Liberté Eugène Delacroix
"La liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (Wikipédia)

La liberté économique, c’est Cendrillon. Sa marâtre Administration ne cesse de la houspiller : « allez Cendrillon, empile les décrets, complexifie les lois, augmente les dépenses, nourris moi tant et plus ! » Et la pauvre Cendrillon empile, complexifie, augmente, et la marâtre grossit, grossit tellement qu’elle ne peut plus bouger, et pourtant elle continue de se plaindre : « tu ne me donnes pas assez à manger, j’ai encore faim ! »… Et les demi-sœurs Gauche et Extrême-Droite de la harceler aussi : « petite souillon ULTRA-LIBÉRALE ! » crient-elles, « ta marmite et ton balais ont été fabriqués dans un autre Royaume, ne t’avions nous pourtant pas dit de faire attention en faisant ton marché ? Ne sais-tu pas que les autres Royaumes sont nos ennemis » ? Cendrillon rêve du Prince Charmant qui l’emmènera loin, très loin de cette triste vie.

Le Prince Charmant : François Fillon

Le vilain/la vilaine : Jean-Marine Mélepen

La liberté de mœurs, c’est le Petit Chaperon Rouge. Ah, comme elle est jolie, comme elle est radieuse ! Elle vient d’épouser Blanche-Neige en juste noces. Elle a demandé à Pinocchio, qu’elle a choisi pour la qualité de son bois, de l’inséminer, et elle vient d’accoucher d’un adorable bébé. Le Petit Chaperon Rouge a mis le bébé dans son panier et l’amène aux sept nains pour qu’ils l’adoptent dans leur famille poly-homoparentale. Confiante, elle s’approche gayment du bois. Mais l’innocente ne sait pas que le Grand Méchant Loup Barbu l’y attend, inch’Allah ! Pauvre Petit Chaperon Rouge : son insouciance n’aura été que de courte durée.

L’héroïne : Christiane Taubira

La vilaine-pour-de-rire : Christine Boutin

La liberté d’expression, c’est Baba Yaga. Oh, comme elle est méchante ! Elle dégage des odeurs nauséabondes, qui rappellent les heures les plus sombres de notre enfance. Filant dans son mortier, elle dérape et franchit les lignes jaunes. En réalité, Baba Yaga est une adorable grand-mère mais chut ! Ne le répétez pas aux enfants : s’ils cessaient d’avoir peur, ils cesseraient d’obéir.

Le héros : Robert Ménard

La vilaine : Christiane Taubira

Christiane Taubira lors d'un débat des Jeunes Socialistes, juillet 2016. SIPA. 00762847_000012

La liberté politique, c’est la Belle au Bois Dormant. Sa marâtre Bernadette-Henriette Dévie, dont la robe était aussi blanche que son âme était noire, la rabaissait toujours : « Quoi ! Tu es ignare, mauvaise, rance, populiste, et tu oses prétendre t’affranchir de ma tutelle ? Moi, moi qui ai lu tous les grimoires ! Mais pauvre sotte, tu es incapable de savoir ce qui est bon pour toi » ! Comme Belle persistait malgré tout à n’en faire qu’à sa tête, Bernadette-Henriette conçut avec ses amies très savantes un stratagème machiavélique. Elles lui offrirent une pomme qu’elles nommèrent « Europe » et lui dirent : « croque cette pomme, ô Belle, et tu auras la paix et la prospérité éternelle » ! La malheureuse se laissa convaincre : elle croqua la pomme et tomba dans un long sommeil. Heureusement, la fée Brexit vint l’embrasser, et Belle entrouvrit les yeux. Puis un Prince pas très Charmant au teint orange, venu d’un Royaume de l’Ouest très lointain, l’attrapa par… disons, les parties intimes (on vous avait prévenus : ce Prince-là était très riche, mais aussi très grossier) et, pleinement réveillée pour le coup, la Belle chassa Bernadette-Henriette et ses méchantes amies du Royaume.

Tout est bien qui finit bien : les sujets de Belle célébrèrent l’évènement en faisant venir des Royaumes voisins des mets succulents et en forniquant pendant toute une semaine, tout en poussant force jurons (il parait que cela décuplait leur plaisir).

Ah oui ! J’allais oublier : Robert Ménard et Christiane Taubira se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, libres.