Il se dit que Monsieur Juppé serait plus « libéral » que Monsieur Fillon. Mais prétendre nimber l’un ou l’autre sous le halo du libéralisme, c’est se foutre du monde !

D’abord parce que celui qui le fait se croit à l’évidence capable de décerner des brevets de libéralisme. Or quand on voit l’état dans lequel est notre pays on se demande ce qui donne le droit à quiconque de se réclamer comme libéral tant tous les libéraux en France ont lamentablement échoué en politique depuis au moins trente ans.

Ensuite parce que le pays n’a pas besoin d’un « libéral » mais d’un homme qui pourrait répondre « oui » aux trois questions suivantes:

  • Suis-je un homme d’honneur
  • Suis-je un homme compétent ?
  • Suis-je un homme qui apprend par ses erreurs ?

A ces trois questions, je réponds pour Monsieur Juppé par un non sans nuances.

  • Est-il un homme d’honneur: en aucun cas. Il a un casier judiciaire. Imaginez son effet sur la magistrature, la gendarmerie ou l’armée, d’où quiconque est immédiatement chassé s’il a déjà été condamné. Je me contrefous de pourquoi, mais condamné il a été. Il était donc coupable. Qu’il ait été condamné parce qu’il a porté le chapeau pour quelqu’un d’autre ne m’intéresse pas du tout. Un homme d’honneur dans une telle situation refuse d’obéir ou démissionne. Ce qu’il n’a pas fait. C’est donc un homme sans honneur, et je crois que le moment est venu de réintroduire cette notion dans la vie politique française. Entre un libéral sans honneur et un non libéral honorable, je choisirai toujours le second.
  • Est-il compétent ? Ses passages au pouvoir ont été désastreux. Le dernier, comme tous les précédents ou, en tant que ministre des Affaires étrangères de la France,  il a pris ses ordres du Qatar, de l’Arabie Saoudite ou du département d’Etat américain pour frapper la Libye et déstabiliser la Syrie, gérée par des Alaouites. Eut-il réussi, nous aurions eu un massacre des minorités non sunnites en Syrie, c’est à dire des chrétiens. Les massacres ont quand même eu lieu, en Irak et en Syrie. Monsieur Juppé n’a pas non plus manifesté le moindre intérêt pour les minorités chrétiennes martyrisées dans tous les pays sunnites, bien au contraire. Il manifeste, en revanche, une compréhension infinie pour les minorités musulmanes pour peu qu’elles vivent et votent à Bordeaux.
  • Est-ce un homme qui apprend par ses erreurs. Certainement pas. C’est lui qui a augmenté les impôts et déplafonné l’ISF au lieu de le supprimer, non sans avoir fait porter le chapeau au ministre des Finances de l’époque qui fut sommairement viré juste après. Et cela pour répondre aux injonctions de Bruxelles, pour pouvoir rentrer dans l’Euro. Augmenter les impôts pour réduire un déficit budgétaire ne marche jamais. Ces augmentations provoquèrent une récession et, in fine, la dissolution de l’Assemblée, qui nous a amené Aubry et Jospin. Chaque fois qu’il l’a pu cet homme a pris le parti de ne pas faire respecter la souveraineté française : il continuera, n’en doutons pas. Et au diable les manants.

Pour résumer, je vais terminer en aménageant une formule de Pagnol: « Monsieur Juppé, ce n’est pas qu’il est bon à rien! C’est qu’il est mauvais en tout. » J’y ajoute : en étant toujours extrêmement content de lui-même.

Il parait cependant que c’est un excellent maire de Bordeaux.

Il ne faut à aucun prix que les électeurs Français privent Bordeaux d’un homme aussi talentueux.

A l’évidence, tout mouvement vers le haut prouverait une fois de plus que ce cher homme a atteint son niveau d’incompétence et qu’il n’est pas apte à aller plus haut.

Maire de Bordeaux il est.

Maire de Bordeaux qu’il reste.

 

Les tribunes de Charles Gave sont à retrouver sur Institut des Libertés

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Économisteet financier.