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Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

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Jacques Chirac et Alain Juppé lors d'un meeting du RPR à Neuilly en 1992. SIPA. 00217608_000002

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Ainsi, du côté du candidat socialiste, qui plafonne à 14%, sanctionner d’exclusion les élus qui parraineraient un autre prétendant à la présidence semble devenu une ardente priorité. Que le parrainage ne signifie aucunement un soutien dans la constitution, peu leur chaut, du côté de Solférino. On ne rigole pas avec les statuts d’un parti, fut-il agonisant. Chez François Fillon, on a aussi la gâchette facile. Sitôt le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne déclarait sa flamme à Emmanuel Macron qu’un communiqué de son parti annonçait sa prochaine exclusion. Entre ses propres affaires judiciaires, ses immenses cadeaux à l’UDI sous la contrainte, et la campagne qu’il doit néanmoins mener, François Fillon a le temps de s’occuper de l’exécution d’un mutin icaunais. On pourrait conclure que ces gesticulations sont grotesques, à l’image de cette campagne électorale mais après tout, pour tous ces hommes d’honneur, la discipline de parti n’est-elle pas la dernière valeur à laquelle se raccrocher ? Ragaillardi par cette hypothèse audacieuse, il faut nous atteler à un examen de conscience. Expier nos fautes. Autant pour l’honneur et la gloire de nos vieux partis de gouvernement que par solidarité avec les parrains PS de Macron et le sénateur de l’Yonne. C’est pourquoi voici la lettre que j’adresse aujourd’hui à Jacques Chirac et Alain Juppé :

David Desgouilles
Adhérent RPR (1988-1998)

A

Jacques Chirac, président

Alain Juppé, secrétaire général

 

Besançon, le 17 mars 2017

 

Monsieur le Président
Monsieur le Secrétaire général,

Chers compagnons,

 

Le 12 juin 1994, alors que je militais au Rassemblement Pour la République qui soutenait officiellement la liste conduite par Dominique Baudis, j’ai glissé dans l’urne une enveloppe contenant un bulletin de la liste conduite par Jean-Pierre Chevènement.

Evidemment, à l’époque, j’avais prétexté auprès d’amis proches et discrets un militantisme récent contre le traité de Maastricht et un refus conséquent de soutenir une liste fédéraliste. Certains cadres de notre vieux rassemblement avaient bien constaté une absence de mobilisation dans la campagne mais ils étaient à mille lieues de soupçonner l’irréparable.

C’est pourquoi, vingt-trois ans après, je demande officiellement la reconstitution des instances disciplinaires du RPR pour procéder à mon exclusion. Cela conduira à annuler de facto ma démission intervenue quatre ans plus tard, laquelle m’avait donné le beau rôle que, manifestement, je ne méritais pas. Cela me permettra aussi de demander qu’on recalcule en travail rémunéré –puisque non plus militant et donc bénévole- les heures passées entre juin 1994 et octobre 1998, en collage d’affiches, distribution de tracts (parfois à la con, notamment à l’hiver 95-96), palabres inutiles en réunions interminables etc…

Evidemment, et si vous me le demandez gentiment, je suis prêt à vous donner lors de l’audience disciplinaire les noms de copains, fort plus nombreux d’ailleurs, ayant voté pour la liste Villiers-Goldsmith lors du même scrutin.

Ayant désormais encore plus de temps que François Fillon pour convoquer les instances disciplinaires, je ne doute pas, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, que vous donnerez suite à cette demande légitime d’expier ma faute. Je sais que vous ne plaisantez pas avec la discipline partisane. Après tout, n’avez-vous pas procédé à l’exclusion d’Alain Carignon qui souhaitait un front républicain pour une simple élection cantonale ?

Je me permets enfin de solliciter une dernière requête. Pouvez-vous, lors de la même audience, procéder à l’exclusion de Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui ont soutenu en 1995 un autre candidat que celui soutenu par notre rassemblement ? Je ne méconnais pas qu’à l’époque, on pensait encore que l’élection présidentielle n’avait que peu à voir avec les partis, surtout dans le mouvement gaulliste, mais je constate qu’aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas et, pour tout vous dire, je trouverais ça très chic !

Je vous prie, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, etc.

Copies à Benoît Hamon et à François Fillon. Visiblement, ils doivent aussi avoir du temps  pour lire.

 

>> Tous les articles de David Desgouilles sont à lire sur son blog Antidote

Ça y est, les élites ont adopté le populisme

Le défilé Gosha Rubchinskiy à Kaliningrad.

Ce qui devait arriver arriva : sachez que le sweat à capuche (que l’on appelle « hoodie » chez les fashionistas) sera le must-have de l’année, à en croire les créateurs les plus pointus.

L’affaire est plus politique qu’elle en a l’air. Car ce que le succès planétaire du hoodie annonce, c’est bel et bien la victoire du populisme. Du populisme vestimentaire ? Non, du populisme tout court. Du moins telle serait la suite logique à donner à l’analyse de la légende vivante de la mode, Suzy Menkes. Cette ancienne du New York Times et de Vogue compare l’ascension de Donald Trump à celle de Kim Kardashian. En somme, après que des millions d’Américains ont suivi avec admiration les moindres faits et gestes de la starlette au goût bling-bling assumé, la victoire de la très BCBG Mme Clinton était tout simplement compromise. Cela a l’air un peu brut, mais l’est probablement moins que nous ne voudrions bien l’admettre. En tout cas, avant d’en rire, souvenez-vous du sublime décor de l’appartement présidentiel, à mi-chemin entre Dynastie et le palais de Mohammed VI.

Kaliningrad, le top de la hype

Ce qui vient de se passer aux États-Unis n’est rien à côté de ce qui se mitonne en Russie. Si vous ne connaissez pas Gosha Rubchinskiy, retenez son nom pour vos prochains dîners en ville. Ce trentenaire empreint de la culture post-soviétique a donné son nom à une marque de vêtements hors de prix aux références ultra-connotées: hip-hop, métal, skateboard, foot, le tout mâtiné d’orthodoxie et de grigris soviétiques…

Les plus grands stylistes mondiaux ne cessent d’acclamer son audace. Ceci au point que le jeune prodige a osé organiser son dernier défilé à Kaliningrad (oui, oui, nous parlons bien de l’enclave russe ultra-sinistrée coincée entre la Pologne et la Lituanie), où le beau monde de la mode a débarqué en masse.

Qu’y a-t-on découvert sous un tonnerre d’applaudissements ? Une[access capability= »lire_inedits »] collection de loques miteuses qu’on croirait volées dans le dressing des Deschiens. « Selon moi, c’est une image de la génération d’aujourd’hui », a bien sûr commenté Rubchinskiy.

Comme disait Mao, ou presque, la révolution contre les élites ne sera pas un dîner de gala. Ce sera un plateau-repas tout pourri dans un snack pour routiers. Facturé 1 000 euros le couvert.[/access]

France, qu’as-tu fait de tes villes moyennes?

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Vierzon, commerces fermés de la rue Joffre. Photo: DR (Emma Rebato).

Daoud Boughezala. L’an dernier, vous avez publié un essai passionnant sur la désertification des villes moyennes françaises Comment la France a tué ses villes (Rue de l’échiquier, 2016). De Saint-Etienne à Perpignan en passant par Vierzon, les centres-villes s’affaissent sur eux-mêmes et se vident de leurs petits commerces. Au point que le New York Times a récemment consacré un article entier à Albi, suscitant l’ire de la mairie. Pourquoi ce sujet émerge-t-il enfin dans le débat public ?  

Olivier Razemon[1. Journaliste et blogueur sur LeMonde.fr, Olivier Razemon a publié Comment la France a tué ses villes (Rue de l’échiquier, 2016).]. Le problème n’est pas nouveau, mais il s’aggrave d’années en années, notamment au niveau de sa dimension la plus visible qu’est la vacance commerciale. Au-delà des histoires de centres-villes et de commerçants, cette affaire concerne l’ensemble de la ville et de la société. D’autres indicateurs se détériorent également d’années en années : le nombre de logements vides dans les villes moyennes, le revenu moyen, etc. Cette situation est devenue tellement visible que l’on ne peut plus la cacher. Longtemps, les décideurs nationaux ne l’ont pas vue parce qu’ils ne se rendent pas ou peu dans ces villes moyennes. Quand ils découvraient que telle ou telle ville avait un problème, ils l’attribuaient à elles seules, sans avoir conscience que cela se passe de la même manière partout.

Ce flétrissement général est-il uniquement dû à la prolifération des hypermarchés aux portes des villes ?

Bien que la France dispose de la grande surface d’hypermarchés en Europe, ce n’est pas le seul facteur en jeu. Certes, l’hypermarché concurrence violemment les petits commerces et on continue d’en construire en périphérie des villes sans que cela corresponde à aucun besoin de consommation. Mais l’étalement urbain joue beaucoup. Pendant cinquante ans, on a construit la ville en dehors de la ville ! Dans des localités comme Roanne, lorsqu’on veut édifier remplacer la ville piscine située près de la Loire, on en construit une autre dix kilomètres plus loin. Cela se déroule ainsi pour tous les équipements collectifs : caisse primaire d’assurance maladie, Pôle emploi, et hôpitaux…  sauf volonté politique de le conserver à l’intérieur de la ville. On ne se demande jamais quelles seront les conséquences pour les patients qui vont régulièrement à l’hôpital.

A l’étalement urbain, correspond souvent une politique du tout-voiture que vous dénoncez dans votre essai. Pourquoi ?

L’étalement urbain s’appuie sur l’idée selon laquelle tous les déplacements doivent pouvoir se faire en voiture individuelle. C’est pourquoi tous les hypermarchés se situent en entrée de ville. Or l’entrée de ville est à un ou deux kilomètres du centre, ce qui la rend inaccessible à pied. Les zones commerciales en périphérie deviennent ainsi des endroits fermés bien que des bus y aillent de temps en temps. L’aménagement du territoire s’effectue donc en fonction de la seule voiture individuelle. Dans les rares endroits où la ville décide du contraire, ce choix est dénoncé comme totalement réactionnaire ! Il faut oser s’interroger sur l’usage de la voiture, un moyen de locomotion absolument formidable qui, lorsqu’il est érigé en pilier unique et absolu des politiques de transport, favorise l’extension continue de la ville. Et comme la ville ancienne se révèle inadaptée à la voiture, elle se voit délaissée.

Votre summa divisio entre centre-ville et périphérie recoupe imparfaitement la division du pays entre métropoles connectées à la mondialisation et France périphérique (rurale et pavillonnaire) qu’établit Christophe Guilluy. Quelles sont vos divergences avec ce fameux géographe sociale ?

A ma modeste échelle de journaliste, j’observe  la situation des villes que je n’étudie pas de manière scientifique mais en prenant le temps de m’y déplacer à pied, en vélo, d’y prendre le bus, d’y parler avec les habitants, etc. Or, je ne retrouve pas de fracture entre des métropoles qui iraient parfaitement bien et des villes moyennes mal en point. Dans les villes moyennes, il y a aussi des gens aisés, voire parfois une économie qui fonctionne bien… mais c’est alors en périphérie que tout va mal ! On présente par exemple La Roche-sur-Yon comme une ville dynamique créatrice d’emplois, ce se vérifie à l’échelle de l’agglomération. Mais au niveau du centre-ville, c’est beaucoup moins vrai. Les emplois se créent en péiphérie. Mutatis mutandis, c’est un phénomène semblable à celui qu’on constate dans les villes désindustrialisées.

Est-ce un trait spécifiquement français que cet assèchement des villes moyennes ?

Si cela participe d’un mouvement assez global, la France se révèle particulièrement touchée. D’une part, parce que notre pays a toujours refusé de regrouper ses 36 000 communes, préférant procéder à des regroupements intercommunaux, ce qui a octroyé à chaque maire un pouvoir très important sur le territoire de sa commune. Le maire décide de l’emplacement des équipements, des lotissements. On ainsi multiplié les pôles au sein d’une même ville.

D’autre part, la France n’a pas le même attachement historique aux villes que certains de ses voisins parce qu’elles ont été constituées après l’Etat. Jusqu’à il y a trente ans, la France était un pays rural – aujourd’hui, c’est devenu un pays urbain et péri-urbain – mais la notion de ville n’est arrivée que tardivement, avec énormément d’exceptions. En Italie et en Allemagne, les villes ont précédé l’Etat et certaines accueillent des universités depuis le XIIIe siècle. On en est loin !

Comment la France a tué ses villes

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Pourquoi François Fillon doit faire une campagne conservatrice

François Fillon à Orélans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000014

Les électeurs de la prochaine présidentielle sont manipulés. C’est ce qu’affirme le conseiller régional d’Île de France, Franck Margain dans un remarquable article. L’une des raisons inavouées de ces incessantes attaques, réservées uniquement au candidat Fillon, pourrait bien être le fait que les chrétiens, pour la première fois depuis longtemps, osent exprimer avec force leur choix, alors qu’ils avaient, rappelle Franck Margain, « déserté la vie politique depuis plusieurs dizaines d’années ». Un retour « insupportable pour l’establishment ».

Conservateurs contre progressistes

On peut prolonger cette réflexion. La manipulation n’est, en effet, pas récente. Elle est même aussi ancienne que la présentation du clivage gauche/droite comme le principe de structuration de la vie politique française. La véritable différenciation, et c’est aujourd’hui parfaitement manifeste, est celle qui oppose conservateurs et progressistes ou, comme le dit le Front national, patriotes et mondialistes, même si cette dernière dénomination ne reflète pas entièrement le concept. C’est en tout cas au travers de ce prisme qu’il faut lire les événements de ces dernières semaines, pour mieux comprendre ce qui se passe. Dans cette affaire, les chrétiens jouent bien un rôle essentiel.

Nous le savons aujourd’hui, c’est la droite qui porte, majoritairement, la philosophie conservatrice. La gauche, depuis Rousseau, et plus encore depuis 68, est majoritairement progressiste. Les peuples ont « décodé » depuis longtemps ce qui se cache derrière ce concept : une idéologie pour les riches et pour les lobbies, où le mot « socialisme » a depuis longtemps perdu tout sens, pour n’être plus qu’un alibi au service d’une classe (l’« hyperclasse », de Jacques Attali). Sur le plan social, la gauche progressiste a perdu les pauvres, et elle se sert (depuis Mitterrand) des populations des banlieues comme de « pauvres supplétifs ». Un subterfuge, théorisé ensuite par Terra Nova, qui a entraîné notre pays dans une course folle à l’ouverture des frontières, au laxisme sécuritaire et au multiculturalisme. Ce dont le peuple français ne veut plus. Sur le plan économique, la même philosophie a conduit à l’ouverture totale des frontières à la concurrence étrangère, faisant fi, malgré l’usage immodéré du mantra « l’emploi, l’emploi ! », du tissu industriel français, et sacrifiant sans vergogne la « France périphérique », chère à Christophe Guilluy, aux appétits des grands financiers et des grandes entreprises mondialisées. Pour le libéralisme progressiste, aligner les salaires ouvriers occidentaux sur ceux des paysans chinois, et les salaires des dirigeants sur ceux des patrons américains ne pose aucun problème. Les entreprises ne s’en portent que mieux, et les grands cadres aussi. Et tant pis pour la casse sociale. Sur le plan culturel et civilisationnel enfin, les progressistes ont sacrifié l’enracinement, familial, patriotique, historique, éducatif, sur l’autel du grand rêve moraliste et holiste du « on s’aime tous », qui permet de cacher et de justifier tellement bien, aux yeux des naïfs et des imbéciles, tout le reste, l’hyperclasse restant, elle, bien protégée des nuisances par les digicodes de ses beaux quartiers et les écoles privées de ses enfants. Tout cela, le peuple français l’a parfaitement décodé.

Par le passé, la droite n’a pas osé s’affirmer conservatrice

C’est pour cette raison que s’exprime, depuis longtemps et de plus en plus fort, cette poussée à droite que le FN a comprise avant les autres. Il l’a fait parce que la droite n’a pas osé s’affirmer conservatrice. Si elle s’est montrée bleue à l’extérieur, elle est restée, très majoritairement et pendant longtemps, rose à l’intérieur, s’interdisant ainsi d’aller « au peuple » et laissant au FN les récoltes politiques à venir. Ainsi, tous les présidents après Pompidou, avec des styles divers, ont été progressistes : Giscard d’abord, avec sa « société libérale avancée », Jacques Chirac ensuite, sans qu’il soit nécessaire de préciser pourquoi, et même Nicolas Sarkozy qui, comme Patrick Buisson le montre bien dans son livre, n’a pas été capable de faire une vraie politique de droite conservatrice, préférant les discours alibis et les choix progressistes, croyant pouvoir ainsi acheter l’amitié de ses ennemis. Mal lui en a pris : Nicolas Sarkozy a manqué une occasion historique d’opérer le changement politique que les Français réclamaient.

François Fillon a compris la leçon, et a su saisir cette occasion. Entre le progressiste Juppé et le faux conservateur Sarkozy, il est apparu auprès des électeurs de la primaire comme le plus à même de répondre aux aspirations essentielles des français. Sans doute n’est-il pas profondément conservateur. S’il l’était, il n’aurait sans doute pas accepté la politique, d’alibi, d’hésitation et/ou de slalom de la présidence Sarkozy, et aurait démissionné. Il ne l’a pas fait. Mais certaines de ses caractéristiques sont celles du conservatisme : les racines provinciales, le caractère réservé et « anti-médiatique », la culture chrétienne. De plus, le temps, beaucoup plus long que ses adversaires, qu’il a passé, bien en amont de la primaire, sur le terrain, expérience à laquelle il fait référence en permanence, a fait tomber chez lui les lunettes progressistes qu’acquièrent ceux qui vivent constamment dans la tour d’ivoire du pouvoir, près des puissants, du show-biz et des médias, loin du peuple. Ces contacts provinciaux et populaires lui ont ouvert les yeux sur la gravité du fossé idéologique, plus encore que social ou économique, et ont forgé sa conviction. Est-il réellement sincère ? Peu importe en réalité, l’important pour les hommes politiques, comme l’a si bien rappelé Mitterrand, ce n’est pas qu’ « ils soient sincères, mais qu’ils se comportent comme s’ils l’étaient ».

Ne pas trahir sa base chrétienne

C’est ici que les chrétiens entrent en scène. Les classes populaires ne se déplaçant en masse que pour la présidentielle, François Fillon a été élu à la primaire par un vote de classe, plutôt bourgeoise, au sein de laquelle le vote catholique a fortement pesé. François Fillon est ainsi, d’une certaine façon, « entre les pattes » de ses électeurs catholiques, qui lui ont fait un triomphe à la primaire, et l’ont sauvé in extremis en se mobilisant, en masse et en trois jours, lors de l’opération « de la dernière chance » du Trocadéro. Il sait ce qu’il leur doit. Si François Fillon « bichonne » les catholiques, il reste cohérent. Si au contraire il les trahit en « jouant au progressiste », il perd les catholiques, et perd aussi le peuple. Il n’a donc pas le choix : il doit faire une campagne conservatrice. Mais en l’assumant, il se fait l’ennemi absolu de l’establishment progressiste qui se partage le pouvoir, médias compris, depuis près de cinquante ans.

L’abandon de la trêve électorale par l’autorité judiciaire, véritable cause de cette ahurissante « privation des droits électoraux » des Français, et la façon dont la presse a récupéré l’affaire, l’exploitant avec une partialité et une violence sans pareille, montrent bien à quel point le candidat des Républicains représente un danger pour cette « hyperclasse » française. Comme le rappelle Jean-Pierre Chevènement, l’abandon de cette trêve a provoqué une invraisemblable pagaille. A tel point que « l’étroit concubinage de la justice et des médias a entraîné la désuétude du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence, le tribunal devenant bien souvent le pilori ». Cette violence est, à n’en pas douter, celle d’un groupe prêt à tout pour garder le pouvoir. Quel incroyable courage a-t-il fallu à François Fillon pour ne pas s’écrouler ? Par quel miracle a-t-il survécu à ce déferlement de haine, à ce déchaînement de folie médiatique ? Comment a-t-il pu garder la tête assez froide pour continuer à manœuvrer et à faire campagne ? Nul ne peut le dire, mais il a démontré, dans cette séquence, une force de caractère extrêmement peu commune. Pour cela en tout cas, chapeau !

Mais cette violence est aussi à l’œuvre dans son propre camp. Comment expliquer la défection brutale d’une bonne partie de ses lieutenants, faisant même ostensiblement campagne contre lui, alors qu’il était manifeste que le plan B ne pouvait pas fonctionner ? Comment ne pas voir que, dans le cas où il aurait renoncé, les électeurs humiliés de François Fillon se seraient précipités en masse pour voter FN ? Comment ne pas voir que le spectacle lamentable de toutes ces trahisons, si elles avaient abouti, aurait eu un effet encore bien plus dévastateur sur le camp de la droite et sur le plan B Juppé que les déboires judiciaires du candidat Fillon ? Seules des raisons essentielles peuvent expliquer que l’on tente de justifier des calculs aussi manifestement faux et des comportements aussi suicidaires.

La raison principale, c’est qu’à l’image du PS, les Républicains ont explosé. Même s’ils tentent aujourd’hui de recoller maladroitement les morceaux, la faille est maintenant parfaitement visible entre conservateurs et progressistes. La véritable structuration de la politique française ne peut ainsi plus être cachée. Pour les progressistes, même ceux de droite, la philosophie conservatrice, à certains égards « révolutionnaire » – puisque ce courant n’a jamais été au pouvoir depuis de Gaulle et Pompidou – de Fillon est une sorte de coup d’Etat.

S’il est fidèle à lui-même, il peut gagner

Mais Fillon n’est pas tombé. Et aujourd’hui, cette droite progressiste est face à ses responsabilités. Soit elle quitte définitivement le navire, et soutient, implicitement ou explicitement, le progressiste Macron, bien plus proche de ses idées que le conservateur Fillon – mais dans ce cas, que retrouvera-t-elle, aux législatives suivantes, de ses mandats ? Soit elle suit Fillon, bien à contrecœur, dans une direction qu’elle abhorre. Bien sûr, elle exigera « l’unité », ce qui, dans son langage, signifie « une politique progressiste ». Fillon offrira sans doute quelques miettes à tous ces lâcheurs, pour les faire tenir tranquilles, et en catimini, pour ne pas fâcher ses électeurs. Aux dernières nouvelles, il semble que la marmite de soupe soit malgré tout mieux fournie chez le candidat de droite, même soutenu, à leurs yeux, par ces catholiques dogmatiques, fanatiques et « ringards », qu’ils haïssent de toutes leurs forces, que chez le candidat socialo-centriste, bien plus proche de leurs idées puisque jeune, « cool », ouvert, amical, pas « populaire » pour un sou, et mondialiste. Dilemme cornélien…

Dans cette partie d’échecs, qui est aussi un jeu de massacre et de dupes, c’est bien le clivage conservateurs/progressistes qui est la clef de compréhension la plus pertinente. Et les chrétiens sont bien, comme le dit Franck Margain, l’un des enjeux principaux de l’affaire, eux qui partagent les mêmes valeurs conservatrices que le peuple, qui en sont, d’une certaine façon, l’expression visible, qui sont, pour cette raison même, l’ennemi le plus haï des progressistes de tous bords, et le meilleur soutien, jusqu’ici indéfectible, du candidat Fillon.

Celui-ci peut-il gagner ? Certainement. Pour les mêmes raisons que la primaire et, comme à la primaire, sur le fil. Il y a deux moments dans une campagne présidentielle. La première, l’actuelle, c’est le rêve : on espère le candidat idéal. Dans cette séquence, c’est Emmanuel Macron qui profite, et Fillon qui peine. Mais ensuite, petit à petit, on entrera dans la deuxième, la réalité. Elle se cristallisera quelques semaines ou quelques jours avant la date fatidique, lorsque les électeurs se sentiront très proches de devoir assumer, physiquement, les conséquences de leurs choix. La question, alors, beaucoup plus concrète, ne sera plus « qui est mon candidat préféré ? », mais « qui sera à même de défendre au mieux mes intérêts ? ». Le jeu de Macron, comme Hollande en 2012, consiste à faire durer l’illusion le plus longtemps possible. A Fillon de les ramener aux dures réalités.

Vivement l’autre journée des femmes!

Manifestation pour la journée internationale des droits des femmes à New-York, 8 mars 2017. SIPA. 00797043_000012

Des hijabs, il y en a de toutes les couleurs. Des bleus, des blancs, des rouges, des noirs, des jaunes. A carreaux comme nos torchons ou en soie bien plus coquets, parfois un peu transparents, laissant deviner une crinière ondulée ou sensuellement lissée, souvent brune de surcroît. De quoi ravir certains adeptes de l’érotisme à l’ancienne, dont je fais partie.

Quand la République gagne

Mais dans le cadre des cours de français que je donne aux migrants adultes, je viens de recevoir quatre élèves voilées, et mes fantasmes ont vite décampé. Une Marocaine d’une cinquantaine d’années mariée à l’âge de treize ans, une autre Marocaine (berbère) de vingt ans, récemment mariée mais ne semblant pas si asservie (me regardant toujours droit dans les yeux), une Sénégalaise fraîchement débarquée en France ne semblant guère épanouie et ayant peur de parler français, et Malika[1. le prénom a été modifié], une jeune algérienne tout juste arrivée du bled, mariée – de force ? – à un routier arabe rasé de près d’une cinquantaine d’années. Mine hagarde et teint rosé, le monsieur était terriblement nerveux la seule fois où je l’ai rencontré, parlant le poing serré tandis que madame baissait les yeux.

Après deux semaines de cours, Malika, à la fois voilée et maquillée, était capable de regarder un homme dans les yeux et avait même partiellement repoussé son hijab pour dévoiler ses cheveux. Un vendredi, elle a débarqué plus coquette encore : complètement dévoilée (des cheveux j’entends bien). Ses trois comparses de voile, dans un mélange de stupeur et d’admiration, se sont empressées de l’interroger en arabe sur sa soudaine émancipation. Une « blédarde » retirant son hijab à peine arrivée en France, c’est peut-être peu, mais symboliquement, voilà un vrai coup de pied au derrière de l’islamisme. Consciemment ou non, Malika était sensible à la visibilité heureuse du féminin évoquée par Alain Finkielkraut. Courageuse, elle venait tous les jours en cours cheveux ondulés au naturel ou laqués. La République avait eu sa petite victoire.

Et quand elle se soumet

Pas pour longtemps. A peine trois semaines après, elle avait de nouveau perdu: Malika est revenue, un lundi matin, la mine soumise et le regard visiblement absent. Fagotée comme un sac très serré, elle étouffait non plus sous un mais deux hijabs ! Choix volontaire d’expression de sa piété ? C’est peu concevable : Malika semblait plus gaie sans foulard. Réserve professionnelle oblige, je ne lui ai pas demandé pourquoi elle l’avait mis à nouveau à nouveau, mais nul besoin d’être une lumière pour comprendre que son époux et sa réputation dans son quartier de Montreuil n’y sont probablement pas pour rien. J’ai donc  continué à faire cours comme si de rien n’était, me suis cantonné à mes fonctions. Dans ce cadre républicain, je me suis plié à mon devoir de réserve légitimé par le « vivre-ensemble ».

Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas le seul. Le jour de la journée internationale des droits des femmes, j’ai entendu sur France Info Raphaëlle Remy-Leleu, porte-parole d’Osez le Féminisme. Elle parlait lutte contre les stéréotypes femmes-hommes. Du sexe et des métiers : une routière, un baby-sitter, une déménageuse, un secrétaire, etc. Chouette alors ! Mais Malika dans tout ça ? Comme l’a très bien dit Marc Molk dans ces colonnes ou Fatiha Boudjhalat dans le Huffington Post, les associations féministes semblent avoir d’autres chats à fouetter que celui de Malika. Peut-être sont-elles dépassées ? Je ne sais pas. C’est pourtant simple : la jeune femme a été amenée ici d’Algérie pour faire le ménage et la cuisine, satisfaire les pulsions sexuelles de son mari, et sans doute assumer ses fonctions reproductrices que cela lui plaise ou non (en cours, elle a dit qu’elle ne voulait pas avoir d’enfants). Pourquoi même s’enquiquiner à parler un bon français dans ce contexte ? Son déprimant destin est tout tracé.

Rendez-vous le 10 juillet

Tandis que j’échafaudais dans ma tête l’idée d’une journée des femmes sans voile, j’ai appris que cela existait déjà, en juillet, grâce au collectif Femmes sans voile. Je ne savais pas, j’ai une excuse : l’édition de 2015 n’a rassemblé, place de la République, que 150 personnes. Mais la féminisation des noms des rues est sans doute une préoccupation plus importante que l’émancipation des Malika.

Certes, il y aura toujours une musulmane voilée et cultivée de Saint Germain-des-Près pour nous expliquer qu’on peut très bien porter le voile par conviction spirituelle tout en étant indépendante et libre de choisir son époux (voire son amant). Mais les (nombreuses) autres ? Et qu’en est-il de toutes les musulmanes sans voile qui ne supportent plus de passer pour de mauvaises croyantes dans certains quartiers parce qu’elles vivent les cheveux à l’air ? Qu’il serait plaisant de voir de nombreuses adeptes du hijab s’en solidariser, se dévoilant rien qu’une journée, celle des femmes sans voile le 10 juillet prochain. Je rêve sans doute, je sais. Mais quand même, hommes ou femmes, notons la date. Et allons, croyants ou non, prêter main forte à ces femmes courageuses qui, cet été, mériteraient d’être au moins 300.

Tunisie: le cannabis guérit le djihad? Hamon vite, très vite!

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Fumeur de cannabis au Canada, mars 2017. SIPA. AP22025228_000003

Six ans après sa fameuse révolution du jasmin, la jeunesse tunisienne hésite entre deux appels du large : un visa vers l’Occident ou un taxi pour Tobrouk, à l’ombre de l’État islamique libyen. Or si des lycéens désœuvrés de Siliana, au nord-ouest du pays, ont récemment provoqué une polémique d’ampleur nationale, ce n’est pas en tentant de gagner Lampedusa ou la Libye, mais après s’être évadés en fumant un joint.

Le 12 février, deux élèves de terminale ont ainsi été arrêtés par la police pour consommation de cannabis, un délit passible de plus d’un an de prison ferme en Tunisie. Les rapports d’Amnesty International vous le confirmeront : en dehors des ateliers de bodypainting, tendance tortures et mauvais traitements, les pénitenciers locaux évoquent moins le Club Med que Midnight Express

La répression? Efficacité fumeuse

Émus par le sort des deux jeunes embastillés, syndicalistes, politiques et intellectuels ont donc lancé darbouka battante une campagne de soutien pour assouplir la législation. Jusqu’au président nonagénaire Beji Caïd Essebsi, les plus hautes autorités de l’État ont annoncé vouloir abroger la Loi 52. Ce texte ultra-répressif criminalise l’usage de stupéfiants depuis son adoption en 1992 par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali alors que le propre frère du raïs était englué jusqu’au cou dans un trafic mondial de cocaïne – la célèbre « Couscous connection » ! Vingt-cinq ans après cette ténébreuse affaire qui s’est soldée par la mort non élucidée de Moncef Ben Ali, on peut en tirer un bilan plus que mitigé : quelque 120 000 Tunisiens ont[access capability= »lire_inedits »] séjourné dans les geôles locales pour consommation de haschich, preuve que le flot de fumeurs d’herbe ne tarit pas.

Même les nostalgiques de la si douce dictature benaliste (suivez mon regard…) reconnaissent l’inefficacité du Code pénal. Autre argument en faveur d’un assouplissement de la loi : chez le premier pourvoyeur mondial de djihadistes, les maisons d’arrêts se métamorphosent de plus en plus en écoles du crime salafs, vu la forte proportion de détenus susceptibles de se reconvertir en barbus moyennement peace and love.

Pour l’heure, le gouvernement de coalition islamo-laïque (!) planche sur un projet de réforme aux contours encore flous. On pourrait lui suggérer de faire appel à Benoît Hamon, à la fois islamo-friendly et partisan de la dépénalisation du cannabis. Si le candidat du PS venait à conseiller les autorités tunisiennes, nul doute que le nombre d’apprentis djihadistes fondrait comme neige à Tataouine : chichon et revenu universel pour tous, ça en fait rêver plus d’un ![/access]

La clause Molière: une mauvaise réponse à une bonne question

Un chantier en France, février 2017. SIPA. 00793124_000016

Elle est devenue le nouveau cheval de bataille des partisans du « made in France » (expression anglaise, allez comprendre…) et un sujet majeur de la campagne présidentielle. Elle, c’est la nouvelle clause à la mode, la « clause Molière », ou « clause de langue française », inventée à Angoulême, et exportée depuis lors dans toute la France, notamment en Auvergne Rhône-Alpes.

Cette clause dite « Molière » est assez simple à comprendre : elle impose la maîtrise du français par tous les ouvriers sur les chantiers de travaux publics, avec contrôles à la clé.

Concrètement, toute entreprise de BTP dont les ouvriers ne maîtrisent pas la langue française est donc susceptible de se voir fermer l’accès aux marchés publics de travaux de la collectivité imposant et appliquant la clause Molière.

>> A lire aussi: « Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

Mesure « logique », « évidente », qui « devrait exister depuis longtemps », entend-on ces derniers jours de toutes parts. La réalité est, comme souvent, plus nuancée.

La clause Molière est en effet moins une mesure destinée à promouvoir la langue française et la francophonie sur les chantiers qu’une sanction déguisée destinée à lutter contre le travail détaché.

L’idée est astucieuse, car contrairement à ce que l’on entend parfois, le travail détaché est parfaitement légal en France, comme dans toute l’Europe, en application d’une directive européenne de 1996, révisée en 2014. Il n’est donc pas possible de l’interdire directement, sous peine de violer le droit de l’UE, et ses transpositions dans le droit français.

Dans la logique de la construction européenne…

Le vrai travail détaché consiste, pour une entreprise basée hors de France, à envoyer des salariés (détachés) dans l’hexagone pour y travailler temporairement. C’est pourquoi il n’est pas rare d’entendre parler portugais, roumain ou polonais sur les chantiers français (pour les trois nationalités les plus représentées, au regard des dernières statistiques disponibles).

Sauf pour les partisans de « la France aux Français », cette possibilité du travail détaché s’inscrit dans la logique de la construction européenne, et notamment son marché unique au sein duquel la concurrence est libre et non faussée : dans une vision idyllique, l’ouverture est réciproque, c’est-à-dire qu’il est parfaitement loisible aux entreprises françaises de détacher elles-mêmes leurs travailleurs au Portugal, en Roumanie ou en Pologne. Ce serait donc gagnant-gagnant.

Il n’en est pourtant rien.

D’une part, parce que, nonobstant l’obligation de respecter un certain nombre de règles (notamment, le respect du salaire minimum du pays d’accueil, de la législation applicable en matière de temps de travail, de congés payés, d’hygiène et de sécurité au travail), le travail détaché permet allègrement aux entreprises de pratiquer un important dumping fiscal et social. Un ouvrier roumain sera ainsi bien moins payé sur un chantier en France que son homologue français, dans la mesure où ce dernier perçoit généralement davantage que le salaire minimum, et surtout, que le roumain cotisera en Roumanie (où les cotisations sont bien évidemment plus faibles).

D’autre part, une importante fraude au travail détaché est constatée : elle peut concrètement consister en la création de fausses sociétés étrangères, uniquement destinées, dans les pays à faibles cotisations, à détacher fictivement de vrais travailleurs. Ces abus ne sont pas acceptables et doivent être dénoncés.

Il n’en demeure pas moins que le vrai travail détaché est légal en l’état actuel des textes applicables, et que le juriste doit se prononcer au regard des seuls textes en vigueur, sans considérations partisanes.

La clause Molière introduit une différenciation

Dans ce cadre rappelé, la clause Molière peut poser difficulté.

En effet, les règles applicables en matière de passation de marchés publics sont strictes : elles imposent la plus totale liberté d’accès à la commande publique, et l’égalité de traitement de toutes les entreprises qui respectent les règles.

Ainsi, chaque candidature et chaque offre doit être regardée de manière objective par le pouvoir adjudicateur (collectivité publique), sans a priori d’aucune sorte, et comparée aux autres sans discrimination, en application de l’égalité de traitement des candidats : seuls le prix et la valeur technique des offres doivent permettre de les comparer, et de les noter. Pour le dire plus clairement encore, la candidature et l’offre d’une entreprise polonaise ne seront pas par nature de moindre valeur que celle d’une entreprise française, du seul fait qu’elle soit française. Point de préférence nationale en matière de marchés publics. La nationalité de l’entreprise et de ses travailleurs ne doit donc pas être prise en considération par les collectivités publiques dans l’analyse des candidatures et des offres, en application des textes européens.

Or la clause Molière introduit en la matière une différenciation, puisque, par nature, toute entreprise étrangère ne sera pas en mesure d’attester que ses travailleurs parlent le français, et seront en mesure de le parler sur les chantiers.

La clause Molière fait donc directement obstacle à la candidature des entreprises étrangères aux marchés publics français (sauf, peut-être, les entreprises canadiennes, belges, suisses ou togolaises ?). C’est donc le principe constitutionnel de libre accès à la commande publique qui se trouve menacé (il s’apprécie bien évidemment jusque dans l’UE, et au-delà).

En outre, la clause Molière conduit le pouvoir adjudicateur qui l’applique à un traitement différencié des candidatures et offres en présence, privilégiant toujours les entreprises françaises : c’est le principe constitutionnel d’égalité de traitement des candidats qui est violé.

Difficile à défendre devant le juge

Par ailleurs, comment définir la « maîtrise » de la langue française ? Où place-t-on le curseur ? La clause est imprécise. De surcroît, la présence d’interprètes sur les chantiers (comme souvent), fait-elle échec à l’application de la clause ? Des difficultés concrètes d’application s’anticipent donc déjà.

Sauf à prouver que la maîtrise du français est nécessaire pour construire un mur (que la langue est donc une condition d’exécution du marché public), la clause Molière sera difficile à défendre devant le juge.

Seul ce dernier pourra toutefois trancher la question de sa légalité, et il pourrait cependant être sensible aux arguments tendant à démontrer que la maîtrise de la langue française serait indispensable pour assurer la parfaite sécurité des travailleurs sur les chantiers. Mais étaient-ils dans l’insécurité la plus totale jusqu’alors ? Et, si tel était le cas, pourquoi ne réagir qu’en 2017 ?

Le juge administratif sera amené à se prononcer prochainement sur la question, puisque des déférés préfectoraux se préparent (notamment à l’initiative du Préfet Delpuech, dans le Rhône). À l’instar de l’exception de préférence locale dans les marchés publics (fondée par exemple sur la rapidité d’exécution, ou la connaissance du contexte local), le juge pourrait choisir de faire jurisprudence, en posant une nouvelle exception aux règles de passation des marchés publics (nous n’y croyons guère).

D’aucuns nous opposeront également que le recours au travail détaché induit par lui-même une distorsion de concurrence puisqu’il permet aux entreprises de candidater à un prix plus bas aux mêmes marchés publics. C’est indéniable, mais, dans ce cas-là, c’est le procès du travail détaché qu’il faut instruire.

On l’aura compris, la clause Molière est une mauvaise réponse apportée à une vraie question. Point de clause Molière, fragile juridiquement, c’est la question du travail détaché en lui-même qu’il faut oser poser !

Vingt ans après la directive de 1996, faut-il une nouvelle directive détachement ? Faut-il interdire le travail détaché ? Faut-il imposer une harmonisation fiscale et sociale par le haut aux travailleurs détachés ? Les faire cotiser en France (et vice-versa) ? Les payer à égalité de traitement avec les travailleurs français ? Les réponses sont politiques, et hors de notre propos, mais voilà les vraies questions, auxquelles la clause Molière n’est pas même le commencement d’une réponse.

Point de Monsieur Argan, ce n’est pas le malade qui est ici imaginaire, c’est le remède qui est inefficace !

Marcel Gauchet: « Les vagues migratoires, une force de déstabilisation » [2/2]

Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

On peut aujourd’hui observer des aspirations à une démocratie intégrale, ou à une hyper-démocratie, voire des débuts de réalisation. Pourrait-on assister à un dépérissement de la démocratie (sur le modèle du dépérissement de l’État) ? Ou verra-t-on, comme l’avait pressenti Tocqueville, la démocratie se retourner contre elle-même ?

La démocratie peut en tout cas subir un extrême affaiblissement. Nous sommes embarqués dans une évolution qui conduit à cette situation pour le moins étonnante : une démocratie qui ne se gouverne pas ! Elle a même ses théoriciens radicaux qui nous expliquent doctement que la vraie démocratie est une démocratie sans peuple et sans pouvoir. Il y a une forte logique dans cette vision. Elle est portée par la dynamique des droits individuels. Au fond, la démocratie, dans cette optique, cela se ramène à la protection et à l’exercice des droits fondamentaux de chacun. Après, à chacun de se débrouiller dans le bazar général. C’est évidemment à mon sens une impasse, en fonction de laquelle il va falloir retrouver la signification pleine de l’idée démocratique. Vous remarquerez d’ailleurs que lesdits peuples n’ont pas l’air de se satisfaire de la nouvelle de leur disparition et que les citoyens continuent de rêver de ce fameux pouvoir dont ils devraient se réjouir d’apprendre qu’il n’existe plus.

>> A lire aussi: Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé » [1/2]

Pensez-vous à la vogue des procédures « citoyennes » ou au succès médiatique d’expériences comme Nuit debout ? Peut-on assister à une dérive anarchiste de la démocratie ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la démocratie est hantée par l’aspiration à une démocratie radicale. Cela s’appelle « démocratie directe » et cela fait très normalement partie des tentations permanentes qui habitent les démocraties représentatives, avec les frustrations qu’elles suscitent inévitablement, même quand elles fonctionnent bien, ce qui n’est pas souvent le cas. Des « conseils ouvriers » aux « assemblées générales », l’idée renaît sans cesse. Nuit debout n’est qu’un épisode de plus et sûrement pas le dernier. Ce qui est intéressant dans la configuration actuelle, c’est que l’idée a pour elle la force de l’évidence des droits individuels, mais que cette force l’empêche en même temps de se concrétiser durablement. Pour que la démocratie directe fonctionne, il faut des collectifs bien identifiés, dont les membres se sentent partie prenante. Or le stade atteint par le processus d’individualisation rend ces appartenances problématiques. Un rassemblement aléatoire d’individus sur une place comporte son propre principe de dissolution.

Cependant, aujourd’hui on voit aussi émerger des démocrates musclés, voire autoritaires, comme TrumpPoutine ou Orban, qui ne sont pas vraiment nuit-deboutistes ! Pourquoi certaines démocraties réagissent-elles de la sorte au ressentiment populaire contre les élites ?

C’est un autre visage de la logique de l’individu. Quand celui-ci ne veut pas exercer le pouvoir lui-même – et très majoritairement, il ne le veut pas –, il veut au moins que ce pouvoir soit fortement identifié et qu’il soit pleinement exercé, de manière personnifiée. Or nos gouvernants actuels donnent une image de faiblesse profondément frustrante au regard de cette demande. François Hollande ne donne pas l’impression d’incarner le centre de commandement d’où tout part et tout revient. Une grande majorité de Français, en revanche, déclare adhérer à la proposition : « Il nous faut un homme fort pour remettre de l’ordre. » Un Trump ou un Poutine français répondraient[access capability= »lire_inedits »] chacun à leur manière à cette attente. Il ne s’agit pas d’une restauration, mais d’une réinvention. Elle constitue l’une des versions possibles de la dérive des démocraties de demain. De tels leaders permettent à la fois la possibilité retrouvée d’un face-à-face direct entre le pouvoir et le peuple, et le retour de la politique avec un grand P. Ce n’est pas ce que nous pouvons nous souhaiter de meilleur, mais cela nous pend au nez. Il faut apprécier cette tentation à sa juste portée pour la prévenir. Une démocratie digne de ce nom se doit de répondre à ces exigences en les canalisant.

Quoi qu’il en soit, dans toutes les démocraties, la question de l’identité se pose à nouveaux frais. La crise de la démocratie est-elle une crise d’identité généralisée ?

L’identité est un problème nouveau à l’échelle collective et à l’échelle individuelle. Le fait existait, mais il ne posait pas problème parce que l’identité, c’était ce qui s’imposait, de manière plus ou moins « naturelle ». À l’échelle collective, le problème est ouvert par la mondialisation, qui relativise toutes les identités particulières en les obligeant à se confronter les unes aux autres. À l’échelle individuelle, il est ouvert par la dissolution des appartenances obligées qui vous conféraient une identité, justement, de famille, de classe, de métier, etc. De ce fait tout le monde est renvoyé en permanence à la question « qui suis-je ? », « comment dois-je me situer ? », avec tous les flottements dans la réponse qui rendent les comportements imprévisibles. On peut brandir son identité de « genre » comme un emblème, on peut aussi bien la mettre entre parenthèses. Et puis on peut choisir entre différentes identités possibles, ou vouloir se démarquer de toute identité objective pour mieux faire valoir sa précieuse identité subjective qui est au-delà de tout ça. Je me souviens d’une réponse remarquable dans le genre de Matthieu Pigasse, le banquier rock’n’roll propriétaire des Inrockuptibles, à un journaliste qui lui demandait combien il gagnait. Il a refusé de répondre, ce qui n’est pas surprenant, mais avec un argument merveilleux : le chiffre que je donnerais ne dirait pas la vérité de ce que je suis. Un autre banquier en ferait au contraire sa vérité. Ce capharnaüm des identités ne contribue pas peu au sentiment d’une société indéchiffrable.

L’identité islamique n’est pas seulement individuelle, elle vous inscrit également dans la communauté des croyants. Et c’est bien ce qui rend son acculturation problématique.

Il s’agit d’un cas de figure particulier. Pour commencer, ces populations d’importation arrivent de contrées où la structuration collective continue d’être largement religieuse et traditionnelle. Les conditions de ghettoïsation dans lesquelles elles vivent souvent sur notre sol encouragent sa perpétuation. Cela donne « le musulman tranquille » qui vit sa vie sans beaucoup se poser la question de son identité. Mais la modernité individualiste pénètre inévitablement jusque dans ces quartiers de relégation, en particulier chez les jeunes générations, et elle engendre des attitudes tout autres. Des attitudes fort semblables, en fait, à ce que je décrivais à propos de nos « néo-traditionalistes » à nous. Ces gens qui revendiquent l’identité musulmane en la brandissant comme le drapeau d’un séparatisme culturel par rapport à la France sont dans une démarche d’affirmation individuelle par rattachement à une identité collective plus ou moins imaginée. En quoi cette démarche est un ferment actif de décomposition de la tradition dont elle se réclame.

Admettons que, sans le savoir, les fondamentalismes musulmans mettent du charbon dans la chaudière de l’autonomie. Mais dans ce monde de la liberté humaine, reste-t-il des éléments d’identité partagée par la grande majorité des citoyens de nos États-nations ?

Bien sûr. Car il y a la part consciente de cette identité et sa part inconsciente, qui est autrement plus grande et plus forte. Elle est remarquablement prégnante chez beaucoup de gens qui mettent leur point d’honneur à se démarquer de leur appartenance nationale, lamentablement provinciale à leurs yeux, et dont la franchouillardise éclate néanmoins de partout. Ils se croient au-dessus de ça et ils sont en fait très en deçà. L’identité constitue un socle pour l’essentiel invisible et en constant renouvellement du fait des échanges avec l’environnement, familial, professionnel, sans parler du cadre politique qui fait des identités nationales en Europe les plus enracinées du monde. C’est justement parce qu’elles ont cette profondeur qu’elles sont devenues implicites. Il n’empêche que je reconnais en trois minutes un Allemand ou un Italien même s’ils s’expriment dans un anglais parfait. Ce n’est pas une question de physique : ce peut être un Allemand noir et un Italien aux cheveux blonds. Mais leur attitude, leur style, leur manière de s’exprimer en disent long sur la culture d’où ils viennent. Ces identités nationales d’une force extraordinaire, l’Union européenne n’a pas voulu en entendre parler. Résultat : elle est en train de buter sur elles.

Pourtant, dans votre livre, vous réhabilitez en quelque sorte l’Union que vous créditez d’avoir permis la coopération entre États européens… Mais on coopérait du temps de Metternich !

Je ne réhabilite pas l’Union européenne, je dis qu’elle n’a pas eu que des défauts et qu’il y a un acquis important de l’expérience qui a été menée en Europe depuis un demi-siècle. La « coopération » au sein de la Sainte-Alliance de Metternich consistait en aide militaire pour remettre au pas les contestataires de l’ordre établi. On a vu mieux, comme coopération, et on pourrait faire beaucoup mieux que ce que l’Union européenne a permis jusque-là.

Sans intention polémique, convenez que deux peuples coexistent cahin-caha en Europe : un peuple « de souche », et un peuple arrivé très récemment qui, fatalement, n’a pas le même lien à l’identité nationale. Ce décalage ne complexifie-t-il pas encore davantage nos sociétés européennes ?

C’est en effet un problème nouveau, et redoutable. Il faut bien en comprendre la dynamique. L’immigration a changé de nature. Il n’y a pas si longtemps, quand les immigrés arrivaient, même en très grand nombre, l’horizon était celui de leur absorption dans le paysage commun, pour devenir des Allemands, des Français ou des Belges comme les autres. Cela n’allait pas sans tensions, mais cela ne posait pas de questions quant à la constitution de la société, seulement des problèmes d’intendance. L’exemple le plus extraordinaire en la matière a été celui du melting-pot américain, qui n’est plus, ce qui fait qu’un pays aussi ouvert à l’immigration que les États-Unis est aujourd’hui profondément divisé sur le sujet. Car à partir du moment où on légitime la persévération des identités d’origine, la question surgit de c  e qu’est cette société qui se veut constituée de gens dissemblables. Une « société des étrangers », tenue par les seuls liens du droit ? Une telle société est-elle viable ? Ce sont les interrogations béantes qui sont devant nous.

À l’avenir, les vagues de migrants qui s’annoncent aggraveront-elles un peu plus ce désarroi identitaire ?

La donnée de base est très simple : le monde occidental regroupe en gros un milliard de personnes et le reste du monde six milliards et quelques. Les experts ès-population nous expliquaient, voici peu encore, que ces chiffres n’avaient rien de bien inquiétant dès lors que les six milliards en question n’avaient pas l’idée saugrenue de vouloir vivre sur notre pied et en particulier de consommer comme nous. Leur pédagogie n’a visiblement pas été très efficace, parce qu’il est de plus en plus clair qu’ils ont cette idée, si saugrenue soit-elle, et que leur ferme intention est de s’aligner sur nos standards. Et ce n’est pas tout. Comme ce mode de vie leur paraît le bon, et ce n’est pas nous qui allons leur dire le contraire, ils en ont tiré la conclusion logique que la solution la plus simple était de venir carrément s’installer chez nous. Sauf que s’ils veulent consommer comme nous, ils ne veulent pas pour autant devenir comme nous. C’est là que le problème devient explosif. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’un processus qui pourrait assez vite devenir ingérable. Ce potentiel migratoire est gigantesque et représente une force de déstabilisation qui risque de s’imposer comme la question politique centrale en Occident. Si l’on y ajoute la question écologique, on se dit qu’il risque de se passer de drôles de choses dans un avenir pas si éloigné. D’autant que nous avons pris le parti d’organiser notre désarmement sur tous les plans, pas seulement militaire, mais plus encore intellectuel et moral.

Si on vous suit, l’Europe court droit à sa perte…

Rien n’est écrit. Nous disposons de moyens extraordinaires. Il nous reste juste à penser ce que nous pourrions en faire. L’ennui, c’est que, si d’un côté les problèmes grandissent, de l’autre, les hommes rapetissent, apparemment. Le principal de l’énergie collective passe à s’enfoncer la tête dans le sable. Mille ans d’histoire européenne révèlent une capacité de rebond extraordinaire à partir des pires situations. Je reconnais qu’il y a lieu de s’interroger. Mais je veux croire que le génie de cette histoire sans pareille est toujours à l’œuvre, au moins souterrainement.[/access]




Tiens, j’ai été « censurée » par un grand quotidien

Un graffiti à Paris, janvier 2016. SIPA. 00736421_000229

J’ai parlé trop vite.

Il y a quelques jours, je m’entretenais avec Philippe Delaroche à l’occasion d’une interview pré-enregistrée pour l’émission « Décryptage » qu’il dirige sur Radio Notre-Dame. Il me demandait de commenter l’accueil qu’a reçu mon livre dans les médias. Je lui ai répondu que, à ma grande surprise, La Langue des médias était globalement très bien reçu par la presse, signe, peut-être, que les temps étaient en train de changer. En effet, j’en suis arrivée au point où je peux me payer le luxe de décliner des invitations médiatiques au lieu de bousculer, séance tenante, tout l’emploi du temps familial pour me ruer sur un micro !

Je n’avais fait l’objet d’aucune censure…

Comme Philippe Delaroche me rappelait la tentative de nazification dont j’avais fait l’objet dans l’Obs, il y a quelques mois, je lui répondis, ce qui est vrai, que cet épisode avait formidablement contribué au succès du livre. Le fait est que la journaliste, si vraiment elle avait voulu me nuire, n’aurait jamais écrit un mot au sujet de l’ouvrage. On me rétorque, en général, que c’est plus ma réponse publiée par Causeur, que l’article signé Anne Crignon, qui a stimulé les ventes de l’ouvrage. Peut-être, mais encore fallait-il qu’on m’eût procuré l’occasion de l’écrire. Et pour cela, je demeure très reconnaissante envers cette journaliste.

Que certains médias (notamment les plus fréquemment critiqués dans le livre) persistassent à m’ignorer était parfaitement normal. Mais je n’avais fait l’objet d’aucune censure. Les réponses que j’ai données en interview n’ont jamais été ni déformées, ni manipulées afin de biaiser ma pensée, ni abusivement tronquées, y compris quand mon interlocuteur manifestait une forme de scepticisme, de suspicion, voire de défiance à mon égard. Toutes les occasions d’exposer mon travail qui m’ont été offertes dans la presse ont donné lieu à publication, sans rencontrer d’opposition.

Jusqu’à maintenant.

…jusqu’à ce que ce journaliste m’appelle

Au détour d’une journée bien chargée, j’avais accordé un entretien à un grand quotidien. A la suite de quoi, plus de nouvelles. Concentrée sur une série de conférences prévues de longue date, qui m’ont bien occupée ces derniers temps, j’avais presque oublié cet article et quand j’y repensai récemment, je me dis que, sans doute, il avait été publié sans que j’en sois informée, ou qu’un autre sujet, plus important, s’était substitué, au dernier moment, à l’article portant sur mon livre. Pas une seule seconde, je n’ai pensé que l’on avait pu interdire la publication de cet article.

Et voilà quelques jours, je reçois un courriel du journaliste qui m’a interviewé pour ce quotidien.

C’est lui qui emploie le mot « censure ».

Je lui dis ma surprise. Quel sens, quel intérêt y aurait-il à censurer quelqu’un que d’autres grands médias ne censurent pas ? A peu près au moment où j’ai donné cette interview censurée, je disposais d’une pleine page dans Marianne ! Coïncidence non moins cocasse, le jour-même…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Racisme anti-blanc : Hamon tient son Mehdi Meklat

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Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.

Benoît Hamon n’avait pas besoin de ça. Sa campagne patine, son projet de revenu universel se voit officiellement remis aux calendes grecques et réduit à quelque micro-expérimentation, les hiérarques socialistes rallient par charrettes entières la locomotive Macron,  aucun sondage ne le qualifie pour le second tour de la présidentielle. Le candidat officiel du Parti socialiste a beau ne traîner aucune casserole judiciaire et mener une campagne de fond, contentant tantôt les objecteurs de croissance, tantôt les multiculturalistes fanatiques, cela ne dessine pas un destin présidentiel. Au mieux une carrure de Premier ministre, sinon de ministre du Budget. Mais voilà qu’un gros parpaing s’est planté dans sa chaussure plombée.

Récidiviste du tweet

Sur Twitter, la « porte-parole égalité femmes-hommes » de la campagne hamoniste, Laura Slimani, s’en est violemment pris au maire de Montpellier. Ce qui pourrait n’être qu’une subite poussée d’acné à la Bruno Masure devient une affaire judiciaire car l’édile, ex-militant PS exclu du parti il y a quelques années pour candidature dissidente, et passé avec armes et bagages du côté de chez Emmanuel Macron, a très mal pris la joute mi-jeuniste mi-racialiste de l’ex-patronne du MJS, aujourd’hui conseillère municipale de Rouen et présidente des Jeunes socialistes européens.

Voyez plutôt.

 

 

« Vieux mâle blanc libéral » : trois péchés irrémissibles ? Rassurez-moi, naît-on blanc et libéral à la naissance ? La vieillesse n’a pas d’âge, mais y a-t-il un gêne libéral dont certaines populations leucodermes seraient naturellement porteuses ? La sociobiologiste Slimani pourrait certainement nous éclairer sur la question. D’autant que cette militante aguerrie n’a rien d’une péronnelle. Laura Slimani, pur produit du MJS dont Hamon a rédigé les statuts de façon à ce qu’il soit lié éternellement à la gauche du PS, peut difficilement mettre ses sorties sur le compte d’un « double maléfique », façon Mehdi Meklat du Bondy Blog.  Car elle n’en est pas à son premier coup d’essai, tant s’en faut. Ainsi, l’été dernier, en pleine polémique sur le burkini, tandis que des islamistes piégeaient les médias sur la plage de Nice à peine quelques semaines après le carnage du 14 juillet, que twittait cette antifa émérite ?

« Hommes blancs » vs « femmes musulmanes » : la Weltanschauung du PIR a fait des petits… Le méchant homme blanc (« souchien » dixit Houria Bouteldja) existe, Laura Slimani l’a visiblement rencontré. Et ça s’est mal passé. Au point que la sémillante socialiste rejette le terme de français de souche, que François Hollande avait imprudemment employé début 2015 à la suite des attentats perpétrés par des suprématistes white et blancos.  « Brouillage intellectuel » avait dénoncé cette brillante sémiologue née en 1989 et « venue à la politique par le féminisme ».

Légitime défense

Son dernier tweet un tantinet raciste (ou « ethno-différencialiste », comme disent certains milieux…) serait passé quasi inaperçu hors des frontières de l’Occitanie si le premier concerné n’avait réagi. Or, le maire de Montpellier Philippe Saurel a légitimement décidé de porter plainte pour « injure raciale, injure en raison du sexe, provocation à la discrimination en raison de la race et provocation à la haine en raison du sexe ». 

On pourrait croire à un malheureux concours de circonstances si Benoît Hamon avait fermement condamné les propos incriminés. Ou si l’un des membres de son premier cercle, le député PS Pascal Cherki, n’avait applaudi l’organisation d’une conférence « interdite aux Blancs«  à l’université Paris 8 l’an dernier : « Pour ma part je pense que la fac de Paris 8 est une excellente fac parfois en rupture avec l’idéologie dominante. Tant mieux ! »

Quoi qu’en disent ses détracteurs, la gauche n’a pas encore totalement adopté ce deux poids deux mesures ethnoracial. Pour le maire de Montpellier et quelques autres, contrairement à La Ferme des animaux d’Orwell, la France ne considère pas certains citoyens comme plus égaux que d’autres…


Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

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Jacques Chirac et Alain Juppé lors d'un meeting du RPR à Neuilly en 1992. SIPA. 00217608_000002
Jacques Chirac et Alain Juppé lors d'un meeting du RPR à Neuilly en 1992. SIPA. 00217608_000002

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Ainsi, du côté du candidat socialiste, qui plafonne à 14%, sanctionner d’exclusion les élus qui parraineraient un autre prétendant à la présidence semble devenu une ardente priorité. Que le parrainage ne signifie aucunement un soutien dans la constitution, peu leur chaut, du côté de Solférino. On ne rigole pas avec les statuts d’un parti, fut-il agonisant. Chez François Fillon, on a aussi la gâchette facile. Sitôt le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne déclarait sa flamme à Emmanuel Macron qu’un communiqué de son parti annonçait sa prochaine exclusion. Entre ses propres affaires judiciaires, ses immenses cadeaux à l’UDI sous la contrainte, et la campagne qu’il doit néanmoins mener, François Fillon a le temps de s’occuper de l’exécution d’un mutin icaunais. On pourrait conclure que ces gesticulations sont grotesques, à l’image de cette campagne électorale mais après tout, pour tous ces hommes d’honneur, la discipline de parti n’est-elle pas la dernière valeur à laquelle se raccrocher ? Ragaillardi par cette hypothèse audacieuse, il faut nous atteler à un examen de conscience. Expier nos fautes. Autant pour l’honneur et la gloire de nos vieux partis de gouvernement que par solidarité avec les parrains PS de Macron et le sénateur de l’Yonne. C’est pourquoi voici la lettre que j’adresse aujourd’hui à Jacques Chirac et Alain Juppé :

David Desgouilles
Adhérent RPR (1988-1998)

A

Jacques Chirac, président

Alain Juppé, secrétaire général

 

Besançon, le 17 mars 2017

 

Monsieur le Président
Monsieur le Secrétaire général,

Chers compagnons,

 

Le 12 juin 1994, alors que je militais au Rassemblement Pour la République qui soutenait officiellement la liste conduite par Dominique Baudis, j’ai glissé dans l’urne une enveloppe contenant un bulletin de la liste conduite par Jean-Pierre Chevènement.

Evidemment, à l’époque, j’avais prétexté auprès d’amis proches et discrets un militantisme récent contre le traité de Maastricht et un refus conséquent de soutenir une liste fédéraliste. Certains cadres de notre vieux rassemblement avaient bien constaté une absence de mobilisation dans la campagne mais ils étaient à mille lieues de soupçonner l’irréparable.

C’est pourquoi, vingt-trois ans après, je demande officiellement la reconstitution des instances disciplinaires du RPR pour procéder à mon exclusion. Cela conduira à annuler de facto ma démission intervenue quatre ans plus tard, laquelle m’avait donné le beau rôle que, manifestement, je ne méritais pas. Cela me permettra aussi de demander qu’on recalcule en travail rémunéré –puisque non plus militant et donc bénévole- les heures passées entre juin 1994 et octobre 1998, en collage d’affiches, distribution de tracts (parfois à la con, notamment à l’hiver 95-96), palabres inutiles en réunions interminables etc…

Evidemment, et si vous me le demandez gentiment, je suis prêt à vous donner lors de l’audience disciplinaire les noms de copains, fort plus nombreux d’ailleurs, ayant voté pour la liste Villiers-Goldsmith lors du même scrutin.

Ayant désormais encore plus de temps que François Fillon pour convoquer les instances disciplinaires, je ne doute pas, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, que vous donnerez suite à cette demande légitime d’expier ma faute. Je sais que vous ne plaisantez pas avec la discipline partisane. Après tout, n’avez-vous pas procédé à l’exclusion d’Alain Carignon qui souhaitait un front républicain pour une simple élection cantonale ?

Je me permets enfin de solliciter une dernière requête. Pouvez-vous, lors de la même audience, procéder à l’exclusion de Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui ont soutenu en 1995 un autre candidat que celui soutenu par notre rassemblement ? Je ne méconnais pas qu’à l’époque, on pensait encore que l’élection présidentielle n’avait que peu à voir avec les partis, surtout dans le mouvement gaulliste, mais je constate qu’aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas et, pour tout vous dire, je trouverais ça très chic !

Je vous prie, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, etc.

Copies à Benoît Hamon et à François Fillon. Visiblement, ils doivent aussi avoir du temps  pour lire.

 

>> Tous les articles de David Desgouilles sont à lire sur son blog Antidote

Ça y est, les élites ont adopté le populisme

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Le défilé Gosha Rubchinskiy à Kaliningrad.
Le défilé Gosha Rubchinskiy à Kaliningrad.

Ce qui devait arriver arriva : sachez que le sweat à capuche (que l’on appelle « hoodie » chez les fashionistas) sera le must-have de l’année, à en croire les créateurs les plus pointus.

L’affaire est plus politique qu’elle en a l’air. Car ce que le succès planétaire du hoodie annonce, c’est bel et bien la victoire du populisme. Du populisme vestimentaire ? Non, du populisme tout court. Du moins telle serait la suite logique à donner à l’analyse de la légende vivante de la mode, Suzy Menkes. Cette ancienne du New York Times et de Vogue compare l’ascension de Donald Trump à celle de Kim Kardashian. En somme, après que des millions d’Américains ont suivi avec admiration les moindres faits et gestes de la starlette au goût bling-bling assumé, la victoire de la très BCBG Mme Clinton était tout simplement compromise. Cela a l’air un peu brut, mais l’est probablement moins que nous ne voudrions bien l’admettre. En tout cas, avant d’en rire, souvenez-vous du sublime décor de l’appartement présidentiel, à mi-chemin entre Dynastie et le palais de Mohammed VI.

Kaliningrad, le top de la hype

Ce qui vient de se passer aux États-Unis n’est rien à côté de ce qui se mitonne en Russie. Si vous ne connaissez pas Gosha Rubchinskiy, retenez son nom pour vos prochains dîners en ville. Ce trentenaire empreint de la culture post-soviétique a donné son nom à une marque de vêtements hors de prix aux références ultra-connotées: hip-hop, métal, skateboard, foot, le tout mâtiné d’orthodoxie et de grigris soviétiques…

Les plus grands stylistes mondiaux ne cessent d’acclamer son audace. Ceci au point que le jeune prodige a osé organiser son dernier défilé à Kaliningrad (oui, oui, nous parlons bien de l’enclave russe ultra-sinistrée coincée entre la Pologne et la Lituanie), où le beau monde de la mode a débarqué en masse.

Qu’y a-t-on découvert sous un tonnerre d’applaudissements ? Une[access capability= »lire_inedits »] collection de loques miteuses qu’on croirait volées dans le dressing des Deschiens. « Selon moi, c’est une image de la génération d’aujourd’hui », a bien sûr commenté Rubchinskiy.

Comme disait Mao, ou presque, la révolution contre les élites ne sera pas un dîner de gala. Ce sera un plateau-repas tout pourri dans un snack pour routiers. Facturé 1 000 euros le couvert.[/access]

France, qu’as-tu fait de tes villes moyennes?

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olivier razemon villes moyennes guilluy
Vierzon, commerces fermés de la rue Joffre. Photo: DR.
olivier razemon villes moyennes guilluy
Vierzon, commerces fermés de la rue Joffre. Photo: DR (Emma Rebato).

Daoud Boughezala. L’an dernier, vous avez publié un essai passionnant sur la désertification des villes moyennes françaises Comment la France a tué ses villes (Rue de l’échiquier, 2016). De Saint-Etienne à Perpignan en passant par Vierzon, les centres-villes s’affaissent sur eux-mêmes et se vident de leurs petits commerces. Au point que le New York Times a récemment consacré un article entier à Albi, suscitant l’ire de la mairie. Pourquoi ce sujet émerge-t-il enfin dans le débat public ?  

Olivier Razemon[1. Journaliste et blogueur sur LeMonde.fr, Olivier Razemon a publié Comment la France a tué ses villes (Rue de l’échiquier, 2016).]. Le problème n’est pas nouveau, mais il s’aggrave d’années en années, notamment au niveau de sa dimension la plus visible qu’est la vacance commerciale. Au-delà des histoires de centres-villes et de commerçants, cette affaire concerne l’ensemble de la ville et de la société. D’autres indicateurs se détériorent également d’années en années : le nombre de logements vides dans les villes moyennes, le revenu moyen, etc. Cette situation est devenue tellement visible que l’on ne peut plus la cacher. Longtemps, les décideurs nationaux ne l’ont pas vue parce qu’ils ne se rendent pas ou peu dans ces villes moyennes. Quand ils découvraient que telle ou telle ville avait un problème, ils l’attribuaient à elles seules, sans avoir conscience que cela se passe de la même manière partout.

Ce flétrissement général est-il uniquement dû à la prolifération des hypermarchés aux portes des villes ?

Bien que la France dispose de la grande surface d’hypermarchés en Europe, ce n’est pas le seul facteur en jeu. Certes, l’hypermarché concurrence violemment les petits commerces et on continue d’en construire en périphérie des villes sans que cela corresponde à aucun besoin de consommation. Mais l’étalement urbain joue beaucoup. Pendant cinquante ans, on a construit la ville en dehors de la ville ! Dans des localités comme Roanne, lorsqu’on veut édifier remplacer la ville piscine située près de la Loire, on en construit une autre dix kilomètres plus loin. Cela se déroule ainsi pour tous les équipements collectifs : caisse primaire d’assurance maladie, Pôle emploi, et hôpitaux…  sauf volonté politique de le conserver à l’intérieur de la ville. On ne se demande jamais quelles seront les conséquences pour les patients qui vont régulièrement à l’hôpital.

A l’étalement urbain, correspond souvent une politique du tout-voiture que vous dénoncez dans votre essai. Pourquoi ?

L’étalement urbain s’appuie sur l’idée selon laquelle tous les déplacements doivent pouvoir se faire en voiture individuelle. C’est pourquoi tous les hypermarchés se situent en entrée de ville. Or l’entrée de ville est à un ou deux kilomètres du centre, ce qui la rend inaccessible à pied. Les zones commerciales en périphérie deviennent ainsi des endroits fermés bien que des bus y aillent de temps en temps. L’aménagement du territoire s’effectue donc en fonction de la seule voiture individuelle. Dans les rares endroits où la ville décide du contraire, ce choix est dénoncé comme totalement réactionnaire ! Il faut oser s’interroger sur l’usage de la voiture, un moyen de locomotion absolument formidable qui, lorsqu’il est érigé en pilier unique et absolu des politiques de transport, favorise l’extension continue de la ville. Et comme la ville ancienne se révèle inadaptée à la voiture, elle se voit délaissée.

Votre summa divisio entre centre-ville et périphérie recoupe imparfaitement la division du pays entre métropoles connectées à la mondialisation et France périphérique (rurale et pavillonnaire) qu’établit Christophe Guilluy. Quelles sont vos divergences avec ce fameux géographe sociale ?

A ma modeste échelle de journaliste, j’observe  la situation des villes que je n’étudie pas de manière scientifique mais en prenant le temps de m’y déplacer à pied, en vélo, d’y prendre le bus, d’y parler avec les habitants, etc. Or, je ne retrouve pas de fracture entre des métropoles qui iraient parfaitement bien et des villes moyennes mal en point. Dans les villes moyennes, il y a aussi des gens aisés, voire parfois une économie qui fonctionne bien… mais c’est alors en périphérie que tout va mal ! On présente par exemple La Roche-sur-Yon comme une ville dynamique créatrice d’emplois, ce se vérifie à l’échelle de l’agglomération. Mais au niveau du centre-ville, c’est beaucoup moins vrai. Les emplois se créent en péiphérie. Mutatis mutandis, c’est un phénomène semblable à celui qu’on constate dans les villes désindustrialisées.

Est-ce un trait spécifiquement français que cet assèchement des villes moyennes ?

Si cela participe d’un mouvement assez global, la France se révèle particulièrement touchée. D’une part, parce que notre pays a toujours refusé de regrouper ses 36 000 communes, préférant procéder à des regroupements intercommunaux, ce qui a octroyé à chaque maire un pouvoir très important sur le territoire de sa commune. Le maire décide de l’emplacement des équipements, des lotissements. On ainsi multiplié les pôles au sein d’une même ville.

D’autre part, la France n’a pas le même attachement historique aux villes que certains de ses voisins parce qu’elles ont été constituées après l’Etat. Jusqu’à il y a trente ans, la France était un pays rural – aujourd’hui, c’est devenu un pays urbain et péri-urbain – mais la notion de ville n’est arrivée que tardivement, avec énormément d’exceptions. En Italie et en Allemagne, les villes ont précédé l’Etat et certaines accueillent des universités depuis le XIIIe siècle. On en est loin !

Comment la France a tué ses villes

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Pourquoi François Fillon doit faire une campagne conservatrice

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François Fillon à Orélans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000014
François Fillon à Orélans, mars 2017. SIPA. AP22024106_000014

Les électeurs de la prochaine présidentielle sont manipulés. C’est ce qu’affirme le conseiller régional d’Île de France, Franck Margain dans un remarquable article. L’une des raisons inavouées de ces incessantes attaques, réservées uniquement au candidat Fillon, pourrait bien être le fait que les chrétiens, pour la première fois depuis longtemps, osent exprimer avec force leur choix, alors qu’ils avaient, rappelle Franck Margain, « déserté la vie politique depuis plusieurs dizaines d’années ». Un retour « insupportable pour l’establishment ».

Conservateurs contre progressistes

On peut prolonger cette réflexion. La manipulation n’est, en effet, pas récente. Elle est même aussi ancienne que la présentation du clivage gauche/droite comme le principe de structuration de la vie politique française. La véritable différenciation, et c’est aujourd’hui parfaitement manifeste, est celle qui oppose conservateurs et progressistes ou, comme le dit le Front national, patriotes et mondialistes, même si cette dernière dénomination ne reflète pas entièrement le concept. C’est en tout cas au travers de ce prisme qu’il faut lire les événements de ces dernières semaines, pour mieux comprendre ce qui se passe. Dans cette affaire, les chrétiens jouent bien un rôle essentiel.

Nous le savons aujourd’hui, c’est la droite qui porte, majoritairement, la philosophie conservatrice. La gauche, depuis Rousseau, et plus encore depuis 68, est majoritairement progressiste. Les peuples ont « décodé » depuis longtemps ce qui se cache derrière ce concept : une idéologie pour les riches et pour les lobbies, où le mot « socialisme » a depuis longtemps perdu tout sens, pour n’être plus qu’un alibi au service d’une classe (l’« hyperclasse », de Jacques Attali). Sur le plan social, la gauche progressiste a perdu les pauvres, et elle se sert (depuis Mitterrand) des populations des banlieues comme de « pauvres supplétifs ». Un subterfuge, théorisé ensuite par Terra Nova, qui a entraîné notre pays dans une course folle à l’ouverture des frontières, au laxisme sécuritaire et au multiculturalisme. Ce dont le peuple français ne veut plus. Sur le plan économique, la même philosophie a conduit à l’ouverture totale des frontières à la concurrence étrangère, faisant fi, malgré l’usage immodéré du mantra « l’emploi, l’emploi ! », du tissu industriel français, et sacrifiant sans vergogne la « France périphérique », chère à Christophe Guilluy, aux appétits des grands financiers et des grandes entreprises mondialisées. Pour le libéralisme progressiste, aligner les salaires ouvriers occidentaux sur ceux des paysans chinois, et les salaires des dirigeants sur ceux des patrons américains ne pose aucun problème. Les entreprises ne s’en portent que mieux, et les grands cadres aussi. Et tant pis pour la casse sociale. Sur le plan culturel et civilisationnel enfin, les progressistes ont sacrifié l’enracinement, familial, patriotique, historique, éducatif, sur l’autel du grand rêve moraliste et holiste du « on s’aime tous », qui permet de cacher et de justifier tellement bien, aux yeux des naïfs et des imbéciles, tout le reste, l’hyperclasse restant, elle, bien protégée des nuisances par les digicodes de ses beaux quartiers et les écoles privées de ses enfants. Tout cela, le peuple français l’a parfaitement décodé.

Par le passé, la droite n’a pas osé s’affirmer conservatrice

C’est pour cette raison que s’exprime, depuis longtemps et de plus en plus fort, cette poussée à droite que le FN a comprise avant les autres. Il l’a fait parce que la droite n’a pas osé s’affirmer conservatrice. Si elle s’est montrée bleue à l’extérieur, elle est restée, très majoritairement et pendant longtemps, rose à l’intérieur, s’interdisant ainsi d’aller « au peuple » et laissant au FN les récoltes politiques à venir. Ainsi, tous les présidents après Pompidou, avec des styles divers, ont été progressistes : Giscard d’abord, avec sa « société libérale avancée », Jacques Chirac ensuite, sans qu’il soit nécessaire de préciser pourquoi, et même Nicolas Sarkozy qui, comme Patrick Buisson le montre bien dans son livre, n’a pas été capable de faire une vraie politique de droite conservatrice, préférant les discours alibis et les choix progressistes, croyant pouvoir ainsi acheter l’amitié de ses ennemis. Mal lui en a pris : Nicolas Sarkozy a manqué une occasion historique d’opérer le changement politique que les Français réclamaient.

François Fillon a compris la leçon, et a su saisir cette occasion. Entre le progressiste Juppé et le faux conservateur Sarkozy, il est apparu auprès des électeurs de la primaire comme le plus à même de répondre aux aspirations essentielles des français. Sans doute n’est-il pas profondément conservateur. S’il l’était, il n’aurait sans doute pas accepté la politique, d’alibi, d’hésitation et/ou de slalom de la présidence Sarkozy, et aurait démissionné. Il ne l’a pas fait. Mais certaines de ses caractéristiques sont celles du conservatisme : les racines provinciales, le caractère réservé et « anti-médiatique », la culture chrétienne. De plus, le temps, beaucoup plus long que ses adversaires, qu’il a passé, bien en amont de la primaire, sur le terrain, expérience à laquelle il fait référence en permanence, a fait tomber chez lui les lunettes progressistes qu’acquièrent ceux qui vivent constamment dans la tour d’ivoire du pouvoir, près des puissants, du show-biz et des médias, loin du peuple. Ces contacts provinciaux et populaires lui ont ouvert les yeux sur la gravité du fossé idéologique, plus encore que social ou économique, et ont forgé sa conviction. Est-il réellement sincère ? Peu importe en réalité, l’important pour les hommes politiques, comme l’a si bien rappelé Mitterrand, ce n’est pas qu’ « ils soient sincères, mais qu’ils se comportent comme s’ils l’étaient ».

Ne pas trahir sa base chrétienne

C’est ici que les chrétiens entrent en scène. Les classes populaires ne se déplaçant en masse que pour la présidentielle, François Fillon a été élu à la primaire par un vote de classe, plutôt bourgeoise, au sein de laquelle le vote catholique a fortement pesé. François Fillon est ainsi, d’une certaine façon, « entre les pattes » de ses électeurs catholiques, qui lui ont fait un triomphe à la primaire, et l’ont sauvé in extremis en se mobilisant, en masse et en trois jours, lors de l’opération « de la dernière chance » du Trocadéro. Il sait ce qu’il leur doit. Si François Fillon « bichonne » les catholiques, il reste cohérent. Si au contraire il les trahit en « jouant au progressiste », il perd les catholiques, et perd aussi le peuple. Il n’a donc pas le choix : il doit faire une campagne conservatrice. Mais en l’assumant, il se fait l’ennemi absolu de l’establishment progressiste qui se partage le pouvoir, médias compris, depuis près de cinquante ans.

L’abandon de la trêve électorale par l’autorité judiciaire, véritable cause de cette ahurissante « privation des droits électoraux » des Français, et la façon dont la presse a récupéré l’affaire, l’exploitant avec une partialité et une violence sans pareille, montrent bien à quel point le candidat des Républicains représente un danger pour cette « hyperclasse » française. Comme le rappelle Jean-Pierre Chevènement, l’abandon de cette trêve a provoqué une invraisemblable pagaille. A tel point que « l’étroit concubinage de la justice et des médias a entraîné la désuétude du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence, le tribunal devenant bien souvent le pilori ». Cette violence est, à n’en pas douter, celle d’un groupe prêt à tout pour garder le pouvoir. Quel incroyable courage a-t-il fallu à François Fillon pour ne pas s’écrouler ? Par quel miracle a-t-il survécu à ce déferlement de haine, à ce déchaînement de folie médiatique ? Comment a-t-il pu garder la tête assez froide pour continuer à manœuvrer et à faire campagne ? Nul ne peut le dire, mais il a démontré, dans cette séquence, une force de caractère extrêmement peu commune. Pour cela en tout cas, chapeau !

Mais cette violence est aussi à l’œuvre dans son propre camp. Comment expliquer la défection brutale d’une bonne partie de ses lieutenants, faisant même ostensiblement campagne contre lui, alors qu’il était manifeste que le plan B ne pouvait pas fonctionner ? Comment ne pas voir que, dans le cas où il aurait renoncé, les électeurs humiliés de François Fillon se seraient précipités en masse pour voter FN ? Comment ne pas voir que le spectacle lamentable de toutes ces trahisons, si elles avaient abouti, aurait eu un effet encore bien plus dévastateur sur le camp de la droite et sur le plan B Juppé que les déboires judiciaires du candidat Fillon ? Seules des raisons essentielles peuvent expliquer que l’on tente de justifier des calculs aussi manifestement faux et des comportements aussi suicidaires.

La raison principale, c’est qu’à l’image du PS, les Républicains ont explosé. Même s’ils tentent aujourd’hui de recoller maladroitement les morceaux, la faille est maintenant parfaitement visible entre conservateurs et progressistes. La véritable structuration de la politique française ne peut ainsi plus être cachée. Pour les progressistes, même ceux de droite, la philosophie conservatrice, à certains égards « révolutionnaire » – puisque ce courant n’a jamais été au pouvoir depuis de Gaulle et Pompidou – de Fillon est une sorte de coup d’Etat.

S’il est fidèle à lui-même, il peut gagner

Mais Fillon n’est pas tombé. Et aujourd’hui, cette droite progressiste est face à ses responsabilités. Soit elle quitte définitivement le navire, et soutient, implicitement ou explicitement, le progressiste Macron, bien plus proche de ses idées que le conservateur Fillon – mais dans ce cas, que retrouvera-t-elle, aux législatives suivantes, de ses mandats ? Soit elle suit Fillon, bien à contrecœur, dans une direction qu’elle abhorre. Bien sûr, elle exigera « l’unité », ce qui, dans son langage, signifie « une politique progressiste ». Fillon offrira sans doute quelques miettes à tous ces lâcheurs, pour les faire tenir tranquilles, et en catimini, pour ne pas fâcher ses électeurs. Aux dernières nouvelles, il semble que la marmite de soupe soit malgré tout mieux fournie chez le candidat de droite, même soutenu, à leurs yeux, par ces catholiques dogmatiques, fanatiques et « ringards », qu’ils haïssent de toutes leurs forces, que chez le candidat socialo-centriste, bien plus proche de leurs idées puisque jeune, « cool », ouvert, amical, pas « populaire » pour un sou, et mondialiste. Dilemme cornélien…

Dans cette partie d’échecs, qui est aussi un jeu de massacre et de dupes, c’est bien le clivage conservateurs/progressistes qui est la clef de compréhension la plus pertinente. Et les chrétiens sont bien, comme le dit Franck Margain, l’un des enjeux principaux de l’affaire, eux qui partagent les mêmes valeurs conservatrices que le peuple, qui en sont, d’une certaine façon, l’expression visible, qui sont, pour cette raison même, l’ennemi le plus haï des progressistes de tous bords, et le meilleur soutien, jusqu’ici indéfectible, du candidat Fillon.

Celui-ci peut-il gagner ? Certainement. Pour les mêmes raisons que la primaire et, comme à la primaire, sur le fil. Il y a deux moments dans une campagne présidentielle. La première, l’actuelle, c’est le rêve : on espère le candidat idéal. Dans cette séquence, c’est Emmanuel Macron qui profite, et Fillon qui peine. Mais ensuite, petit à petit, on entrera dans la deuxième, la réalité. Elle se cristallisera quelques semaines ou quelques jours avant la date fatidique, lorsque les électeurs se sentiront très proches de devoir assumer, physiquement, les conséquences de leurs choix. La question, alors, beaucoup plus concrète, ne sera plus « qui est mon candidat préféré ? », mais « qui sera à même de défendre au mieux mes intérêts ? ». Le jeu de Macron, comme Hollande en 2012, consiste à faire durer l’illusion le plus longtemps possible. A Fillon de les ramener aux dures réalités.

Vivement l’autre journée des femmes!

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Manifestation pour la journée internationale des droits de la femme à New-York, 8 mars 2017. SIPA. 00797043_000012
Manifestation pour la journée internationale des droits des femmes à New-York, 8 mars 2017. SIPA. 00797043_000012

Des hijabs, il y en a de toutes les couleurs. Des bleus, des blancs, des rouges, des noirs, des jaunes. A carreaux comme nos torchons ou en soie bien plus coquets, parfois un peu transparents, laissant deviner une crinière ondulée ou sensuellement lissée, souvent brune de surcroît. De quoi ravir certains adeptes de l’érotisme à l’ancienne, dont je fais partie.

Quand la République gagne

Mais dans le cadre des cours de français que je donne aux migrants adultes, je viens de recevoir quatre élèves voilées, et mes fantasmes ont vite décampé. Une Marocaine d’une cinquantaine d’années mariée à l’âge de treize ans, une autre Marocaine (berbère) de vingt ans, récemment mariée mais ne semblant pas si asservie (me regardant toujours droit dans les yeux), une Sénégalaise fraîchement débarquée en France ne semblant guère épanouie et ayant peur de parler français, et Malika[1. le prénom a été modifié], une jeune algérienne tout juste arrivée du bled, mariée – de force ? – à un routier arabe rasé de près d’une cinquantaine d’années. Mine hagarde et teint rosé, le monsieur était terriblement nerveux la seule fois où je l’ai rencontré, parlant le poing serré tandis que madame baissait les yeux.

Après deux semaines de cours, Malika, à la fois voilée et maquillée, était capable de regarder un homme dans les yeux et avait même partiellement repoussé son hijab pour dévoiler ses cheveux. Un vendredi, elle a débarqué plus coquette encore : complètement dévoilée (des cheveux j’entends bien). Ses trois comparses de voile, dans un mélange de stupeur et d’admiration, se sont empressées de l’interroger en arabe sur sa soudaine émancipation. Une « blédarde » retirant son hijab à peine arrivée en France, c’est peut-être peu, mais symboliquement, voilà un vrai coup de pied au derrière de l’islamisme. Consciemment ou non, Malika était sensible à la visibilité heureuse du féminin évoquée par Alain Finkielkraut. Courageuse, elle venait tous les jours en cours cheveux ondulés au naturel ou laqués. La République avait eu sa petite victoire.

Et quand elle se soumet

Pas pour longtemps. A peine trois semaines après, elle avait de nouveau perdu: Malika est revenue, un lundi matin, la mine soumise et le regard visiblement absent. Fagotée comme un sac très serré, elle étouffait non plus sous un mais deux hijabs ! Choix volontaire d’expression de sa piété ? C’est peu concevable : Malika semblait plus gaie sans foulard. Réserve professionnelle oblige, je ne lui ai pas demandé pourquoi elle l’avait mis à nouveau à nouveau, mais nul besoin d’être une lumière pour comprendre que son époux et sa réputation dans son quartier de Montreuil n’y sont probablement pas pour rien. J’ai donc  continué à faire cours comme si de rien n’était, me suis cantonné à mes fonctions. Dans ce cadre républicain, je me suis plié à mon devoir de réserve légitimé par le « vivre-ensemble ».

Ce qui me rassure, c’est que je ne suis pas le seul. Le jour de la journée internationale des droits des femmes, j’ai entendu sur France Info Raphaëlle Remy-Leleu, porte-parole d’Osez le Féminisme. Elle parlait lutte contre les stéréotypes femmes-hommes. Du sexe et des métiers : une routière, un baby-sitter, une déménageuse, un secrétaire, etc. Chouette alors ! Mais Malika dans tout ça ? Comme l’a très bien dit Marc Molk dans ces colonnes ou Fatiha Boudjhalat dans le Huffington Post, les associations féministes semblent avoir d’autres chats à fouetter que celui de Malika. Peut-être sont-elles dépassées ? Je ne sais pas. C’est pourtant simple : la jeune femme a été amenée ici d’Algérie pour faire le ménage et la cuisine, satisfaire les pulsions sexuelles de son mari, et sans doute assumer ses fonctions reproductrices que cela lui plaise ou non (en cours, elle a dit qu’elle ne voulait pas avoir d’enfants). Pourquoi même s’enquiquiner à parler un bon français dans ce contexte ? Son déprimant destin est tout tracé.

Rendez-vous le 10 juillet

Tandis que j’échafaudais dans ma tête l’idée d’une journée des femmes sans voile, j’ai appris que cela existait déjà, en juillet, grâce au collectif Femmes sans voile. Je ne savais pas, j’ai une excuse : l’édition de 2015 n’a rassemblé, place de la République, que 150 personnes. Mais la féminisation des noms des rues est sans doute une préoccupation plus importante que l’émancipation des Malika.

Certes, il y aura toujours une musulmane voilée et cultivée de Saint Germain-des-Près pour nous expliquer qu’on peut très bien porter le voile par conviction spirituelle tout en étant indépendante et libre de choisir son époux (voire son amant). Mais les (nombreuses) autres ? Et qu’en est-il de toutes les musulmanes sans voile qui ne supportent plus de passer pour de mauvaises croyantes dans certains quartiers parce qu’elles vivent les cheveux à l’air ? Qu’il serait plaisant de voir de nombreuses adeptes du hijab s’en solidariser, se dévoilant rien qu’une journée, celle des femmes sans voile le 10 juillet prochain. Je rêve sans doute, je sais. Mais quand même, hommes ou femmes, notons la date. Et allons, croyants ou non, prêter main forte à ces femmes courageuses qui, cet été, mériteraient d’être au moins 300.

Tunisie: le cannabis guérit le djihad? Hamon vite, très vite!

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Fumeur de cannabis au Canada, mars 2017. SIPA. AP22025228_000003
Fumeur de cannabis au Canada, mars 2017. SIPA. AP22025228_000003

Six ans après sa fameuse révolution du jasmin, la jeunesse tunisienne hésite entre deux appels du large : un visa vers l’Occident ou un taxi pour Tobrouk, à l’ombre de l’État islamique libyen. Or si des lycéens désœuvrés de Siliana, au nord-ouest du pays, ont récemment provoqué une polémique d’ampleur nationale, ce n’est pas en tentant de gagner Lampedusa ou la Libye, mais après s’être évadés en fumant un joint.

Le 12 février, deux élèves de terminale ont ainsi été arrêtés par la police pour consommation de cannabis, un délit passible de plus d’un an de prison ferme en Tunisie. Les rapports d’Amnesty International vous le confirmeront : en dehors des ateliers de bodypainting, tendance tortures et mauvais traitements, les pénitenciers locaux évoquent moins le Club Med que Midnight Express

La répression? Efficacité fumeuse

Émus par le sort des deux jeunes embastillés, syndicalistes, politiques et intellectuels ont donc lancé darbouka battante une campagne de soutien pour assouplir la législation. Jusqu’au président nonagénaire Beji Caïd Essebsi, les plus hautes autorités de l’État ont annoncé vouloir abroger la Loi 52. Ce texte ultra-répressif criminalise l’usage de stupéfiants depuis son adoption en 1992 par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali alors que le propre frère du raïs était englué jusqu’au cou dans un trafic mondial de cocaïne – la célèbre « Couscous connection » ! Vingt-cinq ans après cette ténébreuse affaire qui s’est soldée par la mort non élucidée de Moncef Ben Ali, on peut en tirer un bilan plus que mitigé : quelque 120 000 Tunisiens ont[access capability= »lire_inedits »] séjourné dans les geôles locales pour consommation de haschich, preuve que le flot de fumeurs d’herbe ne tarit pas.

Même les nostalgiques de la si douce dictature benaliste (suivez mon regard…) reconnaissent l’inefficacité du Code pénal. Autre argument en faveur d’un assouplissement de la loi : chez le premier pourvoyeur mondial de djihadistes, les maisons d’arrêts se métamorphosent de plus en plus en écoles du crime salafs, vu la forte proportion de détenus susceptibles de se reconvertir en barbus moyennement peace and love.

Pour l’heure, le gouvernement de coalition islamo-laïque (!) planche sur un projet de réforme aux contours encore flous. On pourrait lui suggérer de faire appel à Benoît Hamon, à la fois islamo-friendly et partisan de la dépénalisation du cannabis. Si le candidat du PS venait à conseiller les autorités tunisiennes, nul doute que le nombre d’apprentis djihadistes fondrait comme neige à Tataouine : chichon et revenu universel pour tous, ça en fait rêver plus d’un ![/access]

La clause Molière: une mauvaise réponse à une bonne question

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Un chantier en France, février 2017. SIPA. 00793124_000016
Un chantier en France, février 2017. SIPA. 00793124_000016

Elle est devenue le nouveau cheval de bataille des partisans du « made in France » (expression anglaise, allez comprendre…) et un sujet majeur de la campagne présidentielle. Elle, c’est la nouvelle clause à la mode, la « clause Molière », ou « clause de langue française », inventée à Angoulême, et exportée depuis lors dans toute la France, notamment en Auvergne Rhône-Alpes.

Cette clause dite « Molière » est assez simple à comprendre : elle impose la maîtrise du français par tous les ouvriers sur les chantiers de travaux publics, avec contrôles à la clé.

Concrètement, toute entreprise de BTP dont les ouvriers ne maîtrisent pas la langue française est donc susceptible de se voir fermer l’accès aux marchés publics de travaux de la collectivité imposant et appliquant la clause Molière.

>> A lire aussi: « Le travail détaché est dangereux pour tous les ouvriers »

Mesure « logique », « évidente », qui « devrait exister depuis longtemps », entend-on ces derniers jours de toutes parts. La réalité est, comme souvent, plus nuancée.

La clause Molière est en effet moins une mesure destinée à promouvoir la langue française et la francophonie sur les chantiers qu’une sanction déguisée destinée à lutter contre le travail détaché.

L’idée est astucieuse, car contrairement à ce que l’on entend parfois, le travail détaché est parfaitement légal en France, comme dans toute l’Europe, en application d’une directive européenne de 1996, révisée en 2014. Il n’est donc pas possible de l’interdire directement, sous peine de violer le droit de l’UE, et ses transpositions dans le droit français.

Dans la logique de la construction européenne…

Le vrai travail détaché consiste, pour une entreprise basée hors de France, à envoyer des salariés (détachés) dans l’hexagone pour y travailler temporairement. C’est pourquoi il n’est pas rare d’entendre parler portugais, roumain ou polonais sur les chantiers français (pour les trois nationalités les plus représentées, au regard des dernières statistiques disponibles).

Sauf pour les partisans de « la France aux Français », cette possibilité du travail détaché s’inscrit dans la logique de la construction européenne, et notamment son marché unique au sein duquel la concurrence est libre et non faussée : dans une vision idyllique, l’ouverture est réciproque, c’est-à-dire qu’il est parfaitement loisible aux entreprises françaises de détacher elles-mêmes leurs travailleurs au Portugal, en Roumanie ou en Pologne. Ce serait donc gagnant-gagnant.

Il n’en est pourtant rien.

D’une part, parce que, nonobstant l’obligation de respecter un certain nombre de règles (notamment, le respect du salaire minimum du pays d’accueil, de la législation applicable en matière de temps de travail, de congés payés, d’hygiène et de sécurité au travail), le travail détaché permet allègrement aux entreprises de pratiquer un important dumping fiscal et social. Un ouvrier roumain sera ainsi bien moins payé sur un chantier en France que son homologue français, dans la mesure où ce dernier perçoit généralement davantage que le salaire minimum, et surtout, que le roumain cotisera en Roumanie (où les cotisations sont bien évidemment plus faibles).

D’autre part, une importante fraude au travail détaché est constatée : elle peut concrètement consister en la création de fausses sociétés étrangères, uniquement destinées, dans les pays à faibles cotisations, à détacher fictivement de vrais travailleurs. Ces abus ne sont pas acceptables et doivent être dénoncés.

Il n’en demeure pas moins que le vrai travail détaché est légal en l’état actuel des textes applicables, et que le juriste doit se prononcer au regard des seuls textes en vigueur, sans considérations partisanes.

La clause Molière introduit une différenciation

Dans ce cadre rappelé, la clause Molière peut poser difficulté.

En effet, les règles applicables en matière de passation de marchés publics sont strictes : elles imposent la plus totale liberté d’accès à la commande publique, et l’égalité de traitement de toutes les entreprises qui respectent les règles.

Ainsi, chaque candidature et chaque offre doit être regardée de manière objective par le pouvoir adjudicateur (collectivité publique), sans a priori d’aucune sorte, et comparée aux autres sans discrimination, en application de l’égalité de traitement des candidats : seuls le prix et la valeur technique des offres doivent permettre de les comparer, et de les noter. Pour le dire plus clairement encore, la candidature et l’offre d’une entreprise polonaise ne seront pas par nature de moindre valeur que celle d’une entreprise française, du seul fait qu’elle soit française. Point de préférence nationale en matière de marchés publics. La nationalité de l’entreprise et de ses travailleurs ne doit donc pas être prise en considération par les collectivités publiques dans l’analyse des candidatures et des offres, en application des textes européens.

Or la clause Molière introduit en la matière une différenciation, puisque, par nature, toute entreprise étrangère ne sera pas en mesure d’attester que ses travailleurs parlent le français, et seront en mesure de le parler sur les chantiers.

La clause Molière fait donc directement obstacle à la candidature des entreprises étrangères aux marchés publics français (sauf, peut-être, les entreprises canadiennes, belges, suisses ou togolaises ?). C’est donc le principe constitutionnel de libre accès à la commande publique qui se trouve menacé (il s’apprécie bien évidemment jusque dans l’UE, et au-delà).

En outre, la clause Molière conduit le pouvoir adjudicateur qui l’applique à un traitement différencié des candidatures et offres en présence, privilégiant toujours les entreprises françaises : c’est le principe constitutionnel d’égalité de traitement des candidats qui est violé.

Difficile à défendre devant le juge

Par ailleurs, comment définir la « maîtrise » de la langue française ? Où place-t-on le curseur ? La clause est imprécise. De surcroît, la présence d’interprètes sur les chantiers (comme souvent), fait-elle échec à l’application de la clause ? Des difficultés concrètes d’application s’anticipent donc déjà.

Sauf à prouver que la maîtrise du français est nécessaire pour construire un mur (que la langue est donc une condition d’exécution du marché public), la clause Molière sera difficile à défendre devant le juge.

Seul ce dernier pourra toutefois trancher la question de sa légalité, et il pourrait cependant être sensible aux arguments tendant à démontrer que la maîtrise de la langue française serait indispensable pour assurer la parfaite sécurité des travailleurs sur les chantiers. Mais étaient-ils dans l’insécurité la plus totale jusqu’alors ? Et, si tel était le cas, pourquoi ne réagir qu’en 2017 ?

Le juge administratif sera amené à se prononcer prochainement sur la question, puisque des déférés préfectoraux se préparent (notamment à l’initiative du Préfet Delpuech, dans le Rhône). À l’instar de l’exception de préférence locale dans les marchés publics (fondée par exemple sur la rapidité d’exécution, ou la connaissance du contexte local), le juge pourrait choisir de faire jurisprudence, en posant une nouvelle exception aux règles de passation des marchés publics (nous n’y croyons guère).

D’aucuns nous opposeront également que le recours au travail détaché induit par lui-même une distorsion de concurrence puisqu’il permet aux entreprises de candidater à un prix plus bas aux mêmes marchés publics. C’est indéniable, mais, dans ce cas-là, c’est le procès du travail détaché qu’il faut instruire.

On l’aura compris, la clause Molière est une mauvaise réponse apportée à une vraie question. Point de clause Molière, fragile juridiquement, c’est la question du travail détaché en lui-même qu’il faut oser poser !

Vingt ans après la directive de 1996, faut-il une nouvelle directive détachement ? Faut-il interdire le travail détaché ? Faut-il imposer une harmonisation fiscale et sociale par le haut aux travailleurs détachés ? Les faire cotiser en France (et vice-versa) ? Les payer à égalité de traitement avec les travailleurs français ? Les réponses sont politiques, et hors de notre propos, mais voilà les vraies questions, auxquelles la clause Molière n’est pas même le commencement d’une réponse.

Point de Monsieur Argan, ce n’est pas le malade qui est ici imaginaire, c’est le remède qui est inefficace !

Marcel Gauchet: « Les vagues migratoires, une force de déstabilisation » [2/2]

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Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028
Marcel Gauchet, septembre 2014. SIPA. 00700861_000028

On peut aujourd’hui observer des aspirations à une démocratie intégrale, ou à une hyper-démocratie, voire des débuts de réalisation. Pourrait-on assister à un dépérissement de la démocratie (sur le modèle du dépérissement de l’État) ? Ou verra-t-on, comme l’avait pressenti Tocqueville, la démocratie se retourner contre elle-même ?

La démocratie peut en tout cas subir un extrême affaiblissement. Nous sommes embarqués dans une évolution qui conduit à cette situation pour le moins étonnante : une démocratie qui ne se gouverne pas ! Elle a même ses théoriciens radicaux qui nous expliquent doctement que la vraie démocratie est une démocratie sans peuple et sans pouvoir. Il y a une forte logique dans cette vision. Elle est portée par la dynamique des droits individuels. Au fond, la démocratie, dans cette optique, cela se ramène à la protection et à l’exercice des droits fondamentaux de chacun. Après, à chacun de se débrouiller dans le bazar général. C’est évidemment à mon sens une impasse, en fonction de laquelle il va falloir retrouver la signification pleine de l’idée démocratique. Vous remarquerez d’ailleurs que lesdits peuples n’ont pas l’air de se satisfaire de la nouvelle de leur disparition et que les citoyens continuent de rêver de ce fameux pouvoir dont ils devraient se réjouir d’apprendre qu’il n’existe plus.

>> A lire aussi: Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé » [1/2]

Pensez-vous à la vogue des procédures « citoyennes » ou au succès médiatique d’expériences comme Nuit debout ? Peut-on assister à une dérive anarchiste de la démocratie ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la démocratie est hantée par l’aspiration à une démocratie radicale. Cela s’appelle « démocratie directe » et cela fait très normalement partie des tentations permanentes qui habitent les démocraties représentatives, avec les frustrations qu’elles suscitent inévitablement, même quand elles fonctionnent bien, ce qui n’est pas souvent le cas. Des « conseils ouvriers » aux « assemblées générales », l’idée renaît sans cesse. Nuit debout n’est qu’un épisode de plus et sûrement pas le dernier. Ce qui est intéressant dans la configuration actuelle, c’est que l’idée a pour elle la force de l’évidence des droits individuels, mais que cette force l’empêche en même temps de se concrétiser durablement. Pour que la démocratie directe fonctionne, il faut des collectifs bien identifiés, dont les membres se sentent partie prenante. Or le stade atteint par le processus d’individualisation rend ces appartenances problématiques. Un rassemblement aléatoire d’individus sur une place comporte son propre principe de dissolution.

Cependant, aujourd’hui on voit aussi émerger des démocrates musclés, voire autoritaires, comme TrumpPoutine ou Orban, qui ne sont pas vraiment nuit-deboutistes ! Pourquoi certaines démocraties réagissent-elles de la sorte au ressentiment populaire contre les élites ?

C’est un autre visage de la logique de l’individu. Quand celui-ci ne veut pas exercer le pouvoir lui-même – et très majoritairement, il ne le veut pas –, il veut au moins que ce pouvoir soit fortement identifié et qu’il soit pleinement exercé, de manière personnifiée. Or nos gouvernants actuels donnent une image de faiblesse profondément frustrante au regard de cette demande. François Hollande ne donne pas l’impression d’incarner le centre de commandement d’où tout part et tout revient. Une grande majorité de Français, en revanche, déclare adhérer à la proposition : « Il nous faut un homme fort pour remettre de l’ordre. » Un Trump ou un Poutine français répondraient[access capability= »lire_inedits »] chacun à leur manière à cette attente. Il ne s’agit pas d’une restauration, mais d’une réinvention. Elle constitue l’une des versions possibles de la dérive des démocraties de demain. De tels leaders permettent à la fois la possibilité retrouvée d’un face-à-face direct entre le pouvoir et le peuple, et le retour de la politique avec un grand P. Ce n’est pas ce que nous pouvons nous souhaiter de meilleur, mais cela nous pend au nez. Il faut apprécier cette tentation à sa juste portée pour la prévenir. Une démocratie digne de ce nom se doit de répondre à ces exigences en les canalisant.

Quoi qu’il en soit, dans toutes les démocraties, la question de l’identité se pose à nouveaux frais. La crise de la démocratie est-elle une crise d’identité généralisée ?

L’identité est un problème nouveau à l’échelle collective et à l’échelle individuelle. Le fait existait, mais il ne posait pas problème parce que l’identité, c’était ce qui s’imposait, de manière plus ou moins « naturelle ». À l’échelle collective, le problème est ouvert par la mondialisation, qui relativise toutes les identités particulières en les obligeant à se confronter les unes aux autres. À l’échelle individuelle, il est ouvert par la dissolution des appartenances obligées qui vous conféraient une identité, justement, de famille, de classe, de métier, etc. De ce fait tout le monde est renvoyé en permanence à la question « qui suis-je ? », « comment dois-je me situer ? », avec tous les flottements dans la réponse qui rendent les comportements imprévisibles. On peut brandir son identité de « genre » comme un emblème, on peut aussi bien la mettre entre parenthèses. Et puis on peut choisir entre différentes identités possibles, ou vouloir se démarquer de toute identité objective pour mieux faire valoir sa précieuse identité subjective qui est au-delà de tout ça. Je me souviens d’une réponse remarquable dans le genre de Matthieu Pigasse, le banquier rock’n’roll propriétaire des Inrockuptibles, à un journaliste qui lui demandait combien il gagnait. Il a refusé de répondre, ce qui n’est pas surprenant, mais avec un argument merveilleux : le chiffre que je donnerais ne dirait pas la vérité de ce que je suis. Un autre banquier en ferait au contraire sa vérité. Ce capharnaüm des identités ne contribue pas peu au sentiment d’une société indéchiffrable.

L’identité islamique n’est pas seulement individuelle, elle vous inscrit également dans la communauté des croyants. Et c’est bien ce qui rend son acculturation problématique.

Il s’agit d’un cas de figure particulier. Pour commencer, ces populations d’importation arrivent de contrées où la structuration collective continue d’être largement religieuse et traditionnelle. Les conditions de ghettoïsation dans lesquelles elles vivent souvent sur notre sol encouragent sa perpétuation. Cela donne « le musulman tranquille » qui vit sa vie sans beaucoup se poser la question de son identité. Mais la modernité individualiste pénètre inévitablement jusque dans ces quartiers de relégation, en particulier chez les jeunes générations, et elle engendre des attitudes tout autres. Des attitudes fort semblables, en fait, à ce que je décrivais à propos de nos « néo-traditionalistes » à nous. Ces gens qui revendiquent l’identité musulmane en la brandissant comme le drapeau d’un séparatisme culturel par rapport à la France sont dans une démarche d’affirmation individuelle par rattachement à une identité collective plus ou moins imaginée. En quoi cette démarche est un ferment actif de décomposition de la tradition dont elle se réclame.

Admettons que, sans le savoir, les fondamentalismes musulmans mettent du charbon dans la chaudière de l’autonomie. Mais dans ce monde de la liberté humaine, reste-t-il des éléments d’identité partagée par la grande majorité des citoyens de nos États-nations ?

Bien sûr. Car il y a la part consciente de cette identité et sa part inconsciente, qui est autrement plus grande et plus forte. Elle est remarquablement prégnante chez beaucoup de gens qui mettent leur point d’honneur à se démarquer de leur appartenance nationale, lamentablement provinciale à leurs yeux, et dont la franchouillardise éclate néanmoins de partout. Ils se croient au-dessus de ça et ils sont en fait très en deçà. L’identité constitue un socle pour l’essentiel invisible et en constant renouvellement du fait des échanges avec l’environnement, familial, professionnel, sans parler du cadre politique qui fait des identités nationales en Europe les plus enracinées du monde. C’est justement parce qu’elles ont cette profondeur qu’elles sont devenues implicites. Il n’empêche que je reconnais en trois minutes un Allemand ou un Italien même s’ils s’expriment dans un anglais parfait. Ce n’est pas une question de physique : ce peut être un Allemand noir et un Italien aux cheveux blonds. Mais leur attitude, leur style, leur manière de s’exprimer en disent long sur la culture d’où ils viennent. Ces identités nationales d’une force extraordinaire, l’Union européenne n’a pas voulu en entendre parler. Résultat : elle est en train de buter sur elles.

Pourtant, dans votre livre, vous réhabilitez en quelque sorte l’Union que vous créditez d’avoir permis la coopération entre États européens… Mais on coopérait du temps de Metternich !

Je ne réhabilite pas l’Union européenne, je dis qu’elle n’a pas eu que des défauts et qu’il y a un acquis important de l’expérience qui a été menée en Europe depuis un demi-siècle. La « coopération » au sein de la Sainte-Alliance de Metternich consistait en aide militaire pour remettre au pas les contestataires de l’ordre établi. On a vu mieux, comme coopération, et on pourrait faire beaucoup mieux que ce que l’Union européenne a permis jusque-là.

Sans intention polémique, convenez que deux peuples coexistent cahin-caha en Europe : un peuple « de souche », et un peuple arrivé très récemment qui, fatalement, n’a pas le même lien à l’identité nationale. Ce décalage ne complexifie-t-il pas encore davantage nos sociétés européennes ?

C’est en effet un problème nouveau, et redoutable. Il faut bien en comprendre la dynamique. L’immigration a changé de nature. Il n’y a pas si longtemps, quand les immigrés arrivaient, même en très grand nombre, l’horizon était celui de leur absorption dans le paysage commun, pour devenir des Allemands, des Français ou des Belges comme les autres. Cela n’allait pas sans tensions, mais cela ne posait pas de questions quant à la constitution de la société, seulement des problèmes d’intendance. L’exemple le plus extraordinaire en la matière a été celui du melting-pot américain, qui n’est plus, ce qui fait qu’un pays aussi ouvert à l’immigration que les États-Unis est aujourd’hui profondément divisé sur le sujet. Car à partir du moment où on légitime la persévération des identités d’origine, la question surgit de c  e qu’est cette société qui se veut constituée de gens dissemblables. Une « société des étrangers », tenue par les seuls liens du droit ? Une telle société est-elle viable ? Ce sont les interrogations béantes qui sont devant nous.

À l’avenir, les vagues de migrants qui s’annoncent aggraveront-elles un peu plus ce désarroi identitaire ?

La donnée de base est très simple : le monde occidental regroupe en gros un milliard de personnes et le reste du monde six milliards et quelques. Les experts ès-population nous expliquaient, voici peu encore, que ces chiffres n’avaient rien de bien inquiétant dès lors que les six milliards en question n’avaient pas l’idée saugrenue de vouloir vivre sur notre pied et en particulier de consommer comme nous. Leur pédagogie n’a visiblement pas été très efficace, parce qu’il est de plus en plus clair qu’ils ont cette idée, si saugrenue soit-elle, et que leur ferme intention est de s’aligner sur nos standards. Et ce n’est pas tout. Comme ce mode de vie leur paraît le bon, et ce n’est pas nous qui allons leur dire le contraire, ils en ont tiré la conclusion logique que la solution la plus simple était de venir carrément s’installer chez nous. Sauf que s’ils veulent consommer comme nous, ils ne veulent pas pour autant devenir comme nous. C’est là que le problème devient explosif. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’un processus qui pourrait assez vite devenir ingérable. Ce potentiel migratoire est gigantesque et représente une force de déstabilisation qui risque de s’imposer comme la question politique centrale en Occident. Si l’on y ajoute la question écologique, on se dit qu’il risque de se passer de drôles de choses dans un avenir pas si éloigné. D’autant que nous avons pris le parti d’organiser notre désarmement sur tous les plans, pas seulement militaire, mais plus encore intellectuel et moral.

Si on vous suit, l’Europe court droit à sa perte…

Rien n’est écrit. Nous disposons de moyens extraordinaires. Il nous reste juste à penser ce que nous pourrions en faire. L’ennui, c’est que, si d’un côté les problèmes grandissent, de l’autre, les hommes rapetissent, apparemment. Le principal de l’énergie collective passe à s’enfoncer la tête dans le sable. Mille ans d’histoire européenne révèlent une capacité de rebond extraordinaire à partir des pires situations. Je reconnais qu’il y a lieu de s’interroger. Mais je veux croire que le génie de cette histoire sans pareille est toujours à l’œuvre, au moins souterrainement.[/access]




L'avènement de la démocratie, I : La révolution moderne

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Tiens, j’ai été « censurée » par un grand quotidien

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Un graffiti à Paris, janvier 2016. SIPA. 00736421_000229
Un graffiti à Paris, janvier 2016. SIPA. 00736421_000229

J’ai parlé trop vite.

Il y a quelques jours, je m’entretenais avec Philippe Delaroche à l’occasion d’une interview pré-enregistrée pour l’émission « Décryptage » qu’il dirige sur Radio Notre-Dame. Il me demandait de commenter l’accueil qu’a reçu mon livre dans les médias. Je lui ai répondu que, à ma grande surprise, La Langue des médias était globalement très bien reçu par la presse, signe, peut-être, que les temps étaient en train de changer. En effet, j’en suis arrivée au point où je peux me payer le luxe de décliner des invitations médiatiques au lieu de bousculer, séance tenante, tout l’emploi du temps familial pour me ruer sur un micro !

Je n’avais fait l’objet d’aucune censure…

Comme Philippe Delaroche me rappelait la tentative de nazification dont j’avais fait l’objet dans l’Obs, il y a quelques mois, je lui répondis, ce qui est vrai, que cet épisode avait formidablement contribué au succès du livre. Le fait est que la journaliste, si vraiment elle avait voulu me nuire, n’aurait jamais écrit un mot au sujet de l’ouvrage. On me rétorque, en général, que c’est plus ma réponse publiée par Causeur, que l’article signé Anne Crignon, qui a stimulé les ventes de l’ouvrage. Peut-être, mais encore fallait-il qu’on m’eût procuré l’occasion de l’écrire. Et pour cela, je demeure très reconnaissante envers cette journaliste.

Que certains médias (notamment les plus fréquemment critiqués dans le livre) persistassent à m’ignorer était parfaitement normal. Mais je n’avais fait l’objet d’aucune censure. Les réponses que j’ai données en interview n’ont jamais été ni déformées, ni manipulées afin de biaiser ma pensée, ni abusivement tronquées, y compris quand mon interlocuteur manifestait une forme de scepticisme, de suspicion, voire de défiance à mon égard. Toutes les occasions d’exposer mon travail qui m’ont été offertes dans la presse ont donné lieu à publication, sans rencontrer d’opposition.

Jusqu’à maintenant.

…jusqu’à ce que ce journaliste m’appelle

Au détour d’une journée bien chargée, j’avais accordé un entretien à un grand quotidien. A la suite de quoi, plus de nouvelles. Concentrée sur une série de conférences prévues de longue date, qui m’ont bien occupée ces derniers temps, j’avais presque oublié cet article et quand j’y repensai récemment, je me dis que, sans doute, il avait été publié sans que j’en sois informée, ou qu’un autre sujet, plus important, s’était substitué, au dernier moment, à l’article portant sur mon livre. Pas une seule seconde, je n’ai pensé que l’on avait pu interdire la publication de cet article.

Et voilà quelques jours, je reçois un courriel du journaliste qui m’a interviewé pour ce quotidien.

C’est lui qui emploie le mot « censure ».

Je lui dis ma surprise. Quel sens, quel intérêt y aurait-il à censurer quelqu’un que d’autres grands médias ne censurent pas ? A peu près au moment où j’ai donné cette interview censurée, je disposais d’une pleine page dans Marianne ! Coïncidence non moins cocasse, le jour-même…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

Racisme anti-blanc : Hamon tient son Mehdi Meklat

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saurel slimani ps hamon racisme
Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.
saurel slimani ps hamon racisme
Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.

Benoît Hamon n’avait pas besoin de ça. Sa campagne patine, son projet de revenu universel se voit officiellement remis aux calendes grecques et réduit à quelque micro-expérimentation, les hiérarques socialistes rallient par charrettes entières la locomotive Macron,  aucun sondage ne le qualifie pour le second tour de la présidentielle. Le candidat officiel du Parti socialiste a beau ne traîner aucune casserole judiciaire et mener une campagne de fond, contentant tantôt les objecteurs de croissance, tantôt les multiculturalistes fanatiques, cela ne dessine pas un destin présidentiel. Au mieux une carrure de Premier ministre, sinon de ministre du Budget. Mais voilà qu’un gros parpaing s’est planté dans sa chaussure plombée.

Récidiviste du tweet

Sur Twitter, la « porte-parole égalité femmes-hommes » de la campagne hamoniste, Laura Slimani, s’en est violemment pris au maire de Montpellier. Ce qui pourrait n’être qu’une subite poussée d’acné à la Bruno Masure devient une affaire judiciaire car l’édile, ex-militant PS exclu du parti il y a quelques années pour candidature dissidente, et passé avec armes et bagages du côté de chez Emmanuel Macron, a très mal pris la joute mi-jeuniste mi-racialiste de l’ex-patronne du MJS, aujourd’hui conseillère municipale de Rouen et présidente des Jeunes socialistes européens.

Voyez plutôt.

 

 

« Vieux mâle blanc libéral » : trois péchés irrémissibles ? Rassurez-moi, naît-on blanc et libéral à la naissance ? La vieillesse n’a pas d’âge, mais y a-t-il un gêne libéral dont certaines populations leucodermes seraient naturellement porteuses ? La sociobiologiste Slimani pourrait certainement nous éclairer sur la question. D’autant que cette militante aguerrie n’a rien d’une péronnelle. Laura Slimani, pur produit du MJS dont Hamon a rédigé les statuts de façon à ce qu’il soit lié éternellement à la gauche du PS, peut difficilement mettre ses sorties sur le compte d’un « double maléfique », façon Mehdi Meklat du Bondy Blog.  Car elle n’en est pas à son premier coup d’essai, tant s’en faut. Ainsi, l’été dernier, en pleine polémique sur le burkini, tandis que des islamistes piégeaient les médias sur la plage de Nice à peine quelques semaines après le carnage du 14 juillet, que twittait cette antifa émérite ?

« Hommes blancs » vs « femmes musulmanes » : la Weltanschauung du PIR a fait des petits… Le méchant homme blanc (« souchien » dixit Houria Bouteldja) existe, Laura Slimani l’a visiblement rencontré. Et ça s’est mal passé. Au point que la sémillante socialiste rejette le terme de français de souche, que François Hollande avait imprudemment employé début 2015 à la suite des attentats perpétrés par des suprématistes white et blancos.  « Brouillage intellectuel » avait dénoncé cette brillante sémiologue née en 1989 et « venue à la politique par le féminisme ».

Légitime défense

Son dernier tweet un tantinet raciste (ou « ethno-différencialiste », comme disent certains milieux…) serait passé quasi inaperçu hors des frontières de l’Occitanie si le premier concerné n’avait réagi. Or, le maire de Montpellier Philippe Saurel a légitimement décidé de porter plainte pour « injure raciale, injure en raison du sexe, provocation à la discrimination en raison de la race et provocation à la haine en raison du sexe ». 

On pourrait croire à un malheureux concours de circonstances si Benoît Hamon avait fermement condamné les propos incriminés. Ou si l’un des membres de son premier cercle, le député PS Pascal Cherki, n’avait applaudi l’organisation d’une conférence « interdite aux Blancs«  à l’université Paris 8 l’an dernier : « Pour ma part je pense que la fac de Paris 8 est une excellente fac parfois en rupture avec l’idéologie dominante. Tant mieux ! »

Quoi qu’en disent ses détracteurs, la gauche n’a pas encore totalement adopté ce deux poids deux mesures ethnoracial. Pour le maire de Montpellier et quelques autres, contrairement à La Ferme des animaux d’Orwell, la France ne considère pas certains citoyens comme plus égaux que d’autres…