Un graffiti à Paris, janvier 2016. SIPA. 00736421_000229

J’ai parlé trop vite.

Il y a quelques jours, je m’entretenais avec Philippe Delaroche à l’occasion d’une interview pré-enregistrée pour l’émission « Décryptage » qu’il dirige sur Radio Notre-Dame. Il me demandait de commenter l’accueil qu’a reçu mon livre dans les médias. Je lui ai répondu que, à ma grande surprise, La Langue des médias était globalement très bien reçu par la presse, signe, peut-être, que les temps étaient en train de changer. En effet, j’en suis arrivée au point où je peux me payer le luxe de décliner des invitations médiatiques au lieu de bousculer, séance tenante, tout l’emploi du temps familial pour me ruer sur un micro !

Je n’avais fait l’objet d’aucune censure…

Comme Philippe Delaroche me rappelait la tentative de nazification dont j’avais fait l’objet dans l’Obs, il y a quelques mois, je lui répondis, ce qui est vrai, que cet épisode avait formidablement contribué au succès du livre. Le fait est que la journaliste, si vraiment elle avait voulu me nuire, n’aurait jamais écrit un mot au sujet de l’ouvrage. On me rétorque, en général, que c’est plus ma réponse publiée par Causeur, que l’article signé Anne Crignon, qui a stimulé les ventes de l’ouvrage. Peut-être, mais encore fallait-il qu’on m’eût procuré l’occasion de l’écrire. Et pour cela, je demeure très reconnaissante envers cette journaliste.

Que certains médias (notamment les plus fréquemment critiqués dans le livre) persistassent à m’ignorer était parfaitement normal. Mais je n’avais fait l’objet d’aucune censure. Les réponses que j’ai données en interview n’ont jamais été ni déformées, ni manipulées afin de biaiser ma pensée, ni abusivement tronquées, y compris quand mon interlocuteur manifestait une forme de scepticisme, de suspicion, voire de défiance à mon égard. Toutes les occasions d’exposer mon travail qui m’ont été offertes dans la presse ont donné lieu à publication, sans rencontrer d’opposition.

Jusqu’à maintenant.

…jusqu’à ce que ce journaliste m’appelle

Au détour d’une journée bien chargée, j’avais accordé un entretien à un grand quotidien. A la suite de quoi, plus de nouvelles. Concentrée sur une série de conférences prévues de longue date, qui m’ont bien occupée ces derniers temps, j’avais presque oublié cet article et quand j’y repensai récemment, je me dis que, sans doute, il avait été publié sans que j’en sois informée, ou qu’un autre sujet, plus important, s’était substitué, au dernier moment, à l’article portant sur mon livre. Pas une seule seconde, je n’ai pensé que l’on avait pu interdire la publication de cet article.

Et voilà quelques jours, je reçois un courriel du journaliste qui m’a interviewé pour ce quotidien.

C’est lui qui emploie le mot « censure ».

Je lui dis ma surprise. Quel sens, quel intérêt y aurait-il à censurer quelqu’un que d’autres grands médias ne censurent pas ? A peu près au moment où j’ai donné cette interview censurée, je disposais d’une pleine page dans Marianne ! Coïncidence non moins cocasse, le jour-même…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

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Ingrid Riocreux
Agrégée de lettres modernes, spécialiste de grammaire, rhétorique et stylistique. Elle est actuellement chercheur associé à l'Université Paris IV. Auteur du blog "La voix de nos maîtres". Les journalistes se présentent volontiers comme des adeptes du "décryptage". Mais est-il autorisé de "décrypter" leur discours ? ...