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Racisme anti-blanc : Hamon tient son Mehdi Meklat

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Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.

Benoît Hamon n’avait pas besoin de ça. Sa campagne patine, son projet de revenu universel se voit officiellement remis aux calendes grecques et réduit à quelque micro-expérimentation, les hiérarques socialistes rallient par charrettes entières la locomotive Macron,  aucun sondage ne le qualifie pour le second tour de la présidentielle. Le candidat officiel du Parti socialiste a beau ne traîner aucune casserole judiciaire et mener une campagne de fond, contentant tantôt les objecteurs de croissance, tantôt les multiculturalistes fanatiques, cela ne dessine pas un destin présidentiel. Au mieux une carrure de Premier ministre, sinon de ministre du Budget. Mais voilà qu’un gros parpaing s’est planté dans sa chaussure plombée.

Récidiviste du tweet

Sur Twitter, la « porte-parole égalité femmes-hommes » de la campagne hamoniste, Laura Slimani, s’en est violemment pris au maire de Montpellier. Ce qui pourrait n’être qu’une subite poussée d’acné à la Bruno Masure devient une affaire judiciaire car l’édile, ex-militant PS exclu du parti il y a quelques années pour candidature dissidente, et passé avec armes et bagages du côté de chez Emmanuel Macron, a très mal pris la joute mi-jeuniste mi-racialiste de l’ex-patronne du MJS, aujourd’hui conseillère municipale de Rouen et présidente des Jeunes socialistes européens.

Voyez plutôt.

 

 

« Vieux mâle blanc libéral » : trois péchés irrémissibles ? Rassurez-moi, naît-on blanc et libéral à la naissance ? La vieillesse n’a pas d’âge, mais y a-t-il un gêne libéral dont certaines populations leucodermes seraient naturellement porteuses ? La sociobiologiste Slimani pourrait certainement nous éclairer sur la question. D’autant que cette militante aguerrie n’a rien d’une péronnelle. Laura Slimani, pur produit du MJS dont Hamon a rédigé les statuts de façon à ce qu’il soit lié éternellement à la gauche du PS, peut difficilement mettre ses sorties sur le compte d’un « double maléfique », façon Mehdi Meklat du Bondy Blog.  Car elle n’en est pas à son premier coup d’essai, tant s’en faut. Ainsi, l’été dernier, en pleine polémique sur le burkini, tandis que des islamistes piégeaient les médias sur la plage de Nice à peine quelques semaines après le carnage du 14 juillet, que twittait cette antifa émérite ?

« Hommes blancs » vs « femmes musulmanes » : la Weltanschauung du PIR a fait des petits… Le méchant homme blanc (« souchien » dixit Houria Bouteldja) existe, Laura Slimani l’a visiblement rencontré. Et ça s’est mal passé. Au point que la sémillante socialiste rejette le terme de français de souche, que François Hollande avait imprudemment employé début 2015 à la suite des attentats perpétrés par des suprématistes white et blancos.  « Brouillage intellectuel » avait dénoncé cette brillante sémiologue née en 1989 et « venue à la politique par le féminisme ».

Légitime défense

Son dernier tweet un tantinet raciste (ou « ethno-différencialiste », comme disent certains milieux…) serait passé quasi inaperçu hors des frontières de l’Occitanie si le premier concerné n’avait réagi. Or, le maire de Montpellier Philippe Saurel a légitimement décidé de porter plainte pour « injure raciale, injure en raison du sexe, provocation à la discrimination en raison de la race et provocation à la haine en raison du sexe ». 

On pourrait croire à un malheureux concours de circonstances si Benoît Hamon avait fermement condamné les propos incriminés. Ou si l’un des membres de son premier cercle, le député PS Pascal Cherki, n’avait applaudi l’organisation d’une conférence « interdite aux Blancs«  à l’université Paris 8 l’an dernier : « Pour ma part je pense que la fac de Paris 8 est une excellente fac parfois en rupture avec l’idéologie dominante. Tant mieux ! »

Quoi qu’en disent ses détracteurs, la gauche n’a pas encore totalement adopté ce deux poids deux mesures ethnoracial. Pour le maire de Montpellier et quelques autres, contrairement à La Ferme des animaux d’Orwell, la France ne considère pas certains citoyens comme plus égaux que d’autres…


Hollande appelle à s’unir contre extrémistes et… souverainistes!

François Hollande sur le perron de l'Elysée, mars 2017. SIPA. AP22024449_000003

Avec sa tête pépère on pourrait penser que le président de la République penche plutôt pour la soupe poireaux-pommes-de-terre. Le pot au feu lui irait aussi avec son côté bonhomme. Et en tant que régional de l’étape – la Corrèze – on peut imaginer qu’il fait ses délices de la bourriquette et de la soupe aux châtaignes. C’est méconnaître ses qualités imaginatives et ses talents culinaires.

L’autre jour à l’issue d’une réunion européenne il a révélé aux populations ébahies sa nouvelle recette. En nous demandant de laper cette soupe avec appétit. Il s’agit d’une création vraiment originale qui doit tout à l’actuel (mais pas pour longtemps) occupant de l’Elysée. Qu’on en juge.

Mieux vaut en rire

François Hollande a en effet cru bon d’appeler les Européens à s’unir contre le nationalisme, l’extrémisme et le souverainisme ! On se pince. Mais non, on ne rêve pas ! Le souverainisme assimilé aux ingrédients obligés des « heures les plus sombres de notre histoire »… Le souverainisme savamment mélangé à d’autres « ismes » pas très ragoutants… François Hollande ne recule ni devant le grotesque ni devant le mensonge.

On peut s’en indigner : mieux vaut en rire. On notera que le président de la République s’est prudemment abstenu d’ajouter à sa tambouille le djihadisme et l’islamisme. Ce qui aurait été mal reçu par la population du 9-3 où il aime se rendre.

Le président de la République s’est donc contenté de sa soupe (très consensuelle) au souverainisme. Je vois d’ici bondir les fins gourmets, très nombreux parmi les contributeurs de Causeur, écœurés et meurtris qui estiment à juste titre que le souverainisme ne peut être mêlé à l’extrémisme et au nationalisme.

« Touillez, touillez, il en restera quelque chose »

Nous n’avons que faire de ces précieuses affèteries ! Et il nous plait d’imaginer comment la recette de François Hollande peut prendre corps. Quel bonheur que de voir Elisabeth Lévy et Natacha Polony se livrant à des sauvages étreintes avec Victor Orban, le nationaliste hongrois ! Et comment ne pas se pâmer d’admiration devant le spectacle de Marc Cohen déclarant fougueusement sa flamme à la Polonaise Béata Szydlo, une extrémiste catholique de première ?

Mais il nous faut aussi regarder plus loin. Vers l’Est et le grand large. Tout ce beau monde embringué dans une partouze planétaire avec Vladimir Poutine et Donald Trump. Ça, ça aura de la gueule ! Une soupe piquante et relevée… Tartuffe disait : « calomniez, calomniez il en restera quelque chose ». Le chef marmiton de l’Elysée se contente, lui, d’un « touillez, touillez, il en restera quelque chose ». Et ça veut dire exactement la même chose que Tartuffe.

Macron, un danger pour la République?

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Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00796942_000020.

Pour avoir bien connu toutes les élections présidentielles au suffrage universel depuis 1965, je reste sidéré au spectacle de cette campagne.

Malgré la catastrophe politique du quinquennat Hollande, le traumatisme de l’agression terroriste, une situation économique terriblement dégradée et l’attitude d’élites déshonorées arc-boutées sur leurs privilèges, le peuple français a été d’un calme étonnant dans l’attente de l’échéance majeure. Pas sûr qu’il le reste devant une telle confiscation du scrutin, à base de manipulations, d’instrumentalisations des services de l’État, et de propagande éhontée d’un appareil médiatique qui fait bloc. Pas sûr que le peuple reste de marbre face à la mobilisation acharnée de la caste, illustrée par la litanie des ralliements à Macron, et celle des traîtres qui avaient abandonné Fillon. Tout doit être fait pour envoyer le télévangéliste à une deuxième place au premier tour qui lui ouvrirait le second contre Marine Le Pen. Et là, utiliser l’argument du barrage, le vieux « No pasaran » employé contre le FN depuis trente ans avec le succès que l’on connaît.

Ne pas reproduire le piège de 2002

Et pourtant, comment ne pas partager l’opinion de Frédéric Lordon, ou de Jacques Rancière quand il dit : « Si Marine Le Pen devait l’emporter, ça ne serait pas gai, bien sûr. Mais il faut en tirer les bonnes conclusions. La solution est de lutter contre le système qui produit Marine Le Pen, non de croire qu’on va sauver la démocratie en votant pour le premier corrompu venu. J’ai toujours en tête ce slogan de 2002 : « votez escroc pas facho ». Choisir l’escroc pour éviter le facho c’est mériter l’un et l’autre et se préparer à avoir les deux ».

Le pire étant d’être contraint maintenant de se poser la question de savoir entre les deux probables qualifiés du second tour qui est le plus dangereux. Et malheureusement, force est de reconnaître qu’Emmanuel Macron décroche la timbale.

Tout au long de son mandat, François Hollande a passé son temps à abîmer les institutions et saper l’autorité de l’État. À croire qu’il a décidé de complètement les détruire. C’est une situation grosse de dangers. L’opération Macron est plus qu’à l’évidence une tentative de continuer comme si de rien n’était. Dire que le télévangéliste est l’héritier en tout point de l’actuel président de la République est une évidence, mais les méthodes utilisées pour le faire advenir à base de violations des libertés publiques et de piétinement des principes républicains constituent un précédent très grave. Les institutions démocratiques en sortiront gravement affaiblies, quel que soit le résultat.

Servitude volontaire des médias

Pendant tout ce mandat, la liberté d’expression a été sévèrement malmenée. Multiplication des pressions, saisines systématiques des tribunaux, et adoption de lois clairement liberticides (pénalisant la fréquentation de sites djihadistes, la propagande anti-avortement, etc.). Jusqu’à présent, le Conseil constitutionnel a tenu, mais pour combien de temps ? La création ex nihilo du télévangéliste par l’instrumentalisation sans précédent de l’appareil médiatique subventionné, celui appartenant aux oligarques, ou au service public, a permis d’atteindre des sommets. Les mêmes médias ont docilement joué le rôle que l’on attendait d’eux en participant avec enthousiasme au coup d’État contre la candidature Fillon. Avec un double objectif : disqualification du candidat de droite et étouffement du débat de fond. Le service public radiotélévisé malgré son obligation légale de pluralisme est le plus zélé dans l’accomplissement de ce sale boulot.

Instrumentalisation sans vergogne de la justice

Et puis, il y a l’instrumentalisation de la justice. Les professeurs de droit, les avocats, les juristes ont beau s’étonner, s’inquiéter, s’égosiller, le coup d’État anti-Fillon continue imperturbablement. Du tempo adopté par le parquet national financier (PNF) et le Pôle du même nom pour traiter le dossier du candidat de la droite découle une partialité évidente qui laisse croire à une préparation antérieure à l’article du Canard enchaîné. Pour François Fillon, c’est prestissimo, en revanche pour Macron, ses frais de bouche au ministère, le probable délit de favoritisme pour filer à Las Vegas rencontrer Bolloré, les déclarations de patrimoine fantaisistes, l’opacité totale du financement de sa campagne, ce sera largo (lent, très lent), on connaît la musique au PNF. Pourtant, la plus haute hiérarchie judiciaire nous dit que : « la justice suit son rythme en toute indépendance », en oubliant de rappeler qu’elle doit aussi le faire en toute impartialité. Terme que l’on n’entend jamais. La présidente du SM, le syndicat du mur des cons, finit par la revendiquer cette partialité en nous assénant sans mollir : «Le juge « neutre » n’existe pas et c’est tant mieux. Il n’est pas un être désincarné, il pense et a des opinions personnelles. Entre la loi et le cas particulier, il y a un espace rempli par le juge avec ses valeurs, ses convictions et sa personne.» Proposition absolument hallucinante que cette revendication qui montre à quel point certains ont perdu le sens commun. La neutralité, l’objectivité, l’impartialité sont les objectifs fondamentaux que doivent respecter les décisions de justice rendue au nom du peuple français, comme d’ailleurs dans tous les systèmes démocratiques et depuis longtemps. Le « juge neutre » individuel n’existe pas, c’est vrai, mais c’est pour cela qu’il y a la justice et son organisation. Ce type de dérive qu’on a vue à l’œuvre durant tout le mandat Hollande trouve aujourd’hui sa caricature avec l’affaire Fillon. Y a-t-il des raisons de penser que le télévangéliste successeur de François Hollande hésite à utiliser ces méthodes ? Personnellement, je crains que non.

Les autorités indépendantes laissent faire

Deux institutions essentielles au fonctionnement équilibré d’une démocratie, la justice et la presse sont sorties de leurs lits. Elles ne sont pas les seules, ce que l’on appelle « les autorités administratives indépendantes » font la même chose. La Commission nationale des comptes de Campagne, chargée de contrôler les recettes et les dépenses des candidats, et bien évidemment muette. Alors qu’on apprend tous les jours des bizarreries préoccupantes sur la campagne d’« En Marche ». Est-il nécessaire de rappeler que toute dépense exposée par qui que ce soit en dehors du compte de campagne peut être réintégrée à celui-ci dès lors qu’elle a pu avantager électoralement le candidat ?

C’est ainsi que le compte de Nicolas Sarkozy en 2012 avait été invalidé à la suite de la réintégration d’une dépense exposée par l’État pour un déplacement du président en exercice dont la commission a considéré que c’était plus un déplacement électoral. Compte tenu de la propagande éhontée de la presse, des interventions de l’État, du caractère trouble des financements, la validation du compte d’Emmanuel Macron n’est pas évidente. Soyons sûrs que tout passera pourtant sans encombres.

Un apparatchik sans principes

Reste enfin la personnalité d’Emmanuel Macron que l’on peut pressentir à partir de sa trajectoire et d’un certain nombre d’événements qui s’y sont déroulés.  On rappelait ici un épisode révélateur et déplaisant à propos du rachat du journal Le Monde. La cession à des investisseurs chinois de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et le très trouble bradage de la branche énergie d’Alstom à General Electric mériteraient également examen.

Emmanuel Macron est la solution pour cette partie du Capital, incarnée par l’oligarchie néolibérale mondialisée qui a fait sécession et qui emmène avec elle la petite partie des couches moyennes qui en profitent. Et la campagne électorale montre bien que ces gens-là sont prêts à tout. La bourgeoisie nationale avait choisi François Fillon, elle comprend sa douleur. Si par malheur Emmanuel Macron et ceux qui l’emploient arrivaient au pouvoir, il n’y a aucune chance que les libertés publiques foulées aux pieds depuis cinq ans et martyrisées depuis six mois soient restaurées. On sait bien que la mondialisation néolibérale dont Macron est l’agent, est incompatible avec la démocratie. Gravement incompatible.

Laïcité: « La décision de la Cour européenne aurait aidé Baby Loup »

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Crèche Baby Loup. Sipa. Numéro de reportage : 00463561_000006.

Gil Mihaely. Mardi, la Cour de justice européenne a rendu une décision autorisant les entreprises à interdire au travail le port de tout signe d’appartenance religieuse, politique ou philosophique. Cela concerne notamment le voile islamique. Cette décision change-t-elle la législation française dans ce domaine ?

Richard Malka. La Cour de justice de l’Union européenne a en fait prononcé deux décisions, l’une concernant une salariée française, ingénieur consultante, et l’autre une salariée belge standardiste. Pour la première fois, cette juridiction se prononce sur la possibilité d’imposer la neutralité religieuse au sein du monde du travail et donc sur la possibilité de restreindre l’affichage ostentatoire de signes religieux. il va de soi que cela concerne toutes les religions et toutes les manifestations d’appartenance à une religion. Bien évidemment, il y a des conditions pour que ces restrictions soient jugées non discriminatoires. Et c’est bien normal car il faut pouvoir vérifier que l’exigence de neutralité ne se transforme pas en arme de discrimination d’une religion plutôt qu’une autre. Ainsi, l’entreprise doit avoir prévu dans son règlement intérieur une exigence de neutralité religieuse. En outre, la restriction doit être proportionné au but recherché et légitime, ce que chaque juridiction nationale vérifiera au cas par cas.

Si cette jurisprudence avait existé il y a cinq ans, aurait-elle changé le cours de l’affaire de la crèche Baby Loup dont vous défendiez la directrice poursuivie pour avoir licencié une employée qui souhaitait garder le voile pendant le travail ?

Dans l’affaire Baby loup, nous étions finalement parvenus à faire juger après un long et difficile combat mené bien souvent sous les invectives, que le contact d’une salariée avec des enfants justifiait l’interdiction du voile. Les décisions de la CJE vont plus loin puisqu’il est estimé que le contact avec la clientèle de l’entreprise constitue également un motif légitime. Je m’en réjouis évidemment alors que l’irruption du fait religieux dans l’entreprise pose des problèmes considérables qui avaient étaient soulignés par le Haut Conseil à l’intégration dans un rapport du 1er septembre 2011. C’est au demeurant un désaveu cinglant de l’Observatoire de la laïcité de Jean-Louis Bianco qui nous avait honteusement tourné le dos dans l’affaire Baby Loup. La Cour a fait preuve de plus de courage. Cette jurisprudence, qui nous aurait facilité la tâche dans l’affaire Baby Loup, s’applique dans tous les pays de l’Union européenne. Autrement dit, plus personne ne pourra prétendre, comme ce fut le cas à l’époque Baby Loup de la part de nombreux juristes, de la Halde, des habituels sociologues hurlant à « l’islamophobie » et même de la chambre sociale de la Cour de cassation, qu’il est  » interdit d’interdire » l’expression du fait religieux dans le monde du travail. Ces décisions sont ainsi la consécration d’un long combat et opèrent une clarification heureuse de la règle de droit dans ce domaine. Je rappelle simplement que l’objectif recherché au travers de la neutralisation religieuse du domaine de l’entreprise n’est autre que de permettre une coexistence harmonieuse de tous sans être confronté au prosélytisme de chacun.

Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé » [1/2]

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Marcel Gauchet. Photo: Mantovani. Gallimard via Leemage

Causeur. La campagne présidentielle se déploie à l’ombre de l’affaire Fillon et au rythme des révélations supposées ou réelles. Les pratiques reprochées au vainqueur de la primaire auraient pu passer pour vénielles il y a vingt ans et sont en tout cas largement répandues. Ils suscitent cependant une réelle indignation, soigneusement entretenue par les médias. Sommes-nous devenus plus vertueux ou faisons-nous payer par ces exigences morales l’impuissance de nos dirigeants ?

Marcel Gauchet. Il se mêle des choses assez différentes dans ce climat. D’abord, la désacralisation du pouvoir est passée par là. Les « mystères de l’État » dans lesquels on n’ose pas trop aller mettre son nez, c’est fini. L’esprit démocratique a progressé dans les têtes. Le gouvernement est devenu pour de bon représentatif aux yeux des représentés : ces gens nous représentent, on veut savoir ce qu’ils fabriquent au juste. Or, en France, on a un sacré chemin à faire sur ce chapitre. À l’abri de la révérence pour l’État, il a prospéré une nomenklatura qui se croit tout permis. L’heure d’en terminer une bonne fois avec ces mœurs a sonné. Tout candidat un tant soit peu sensé cherchant à réduire le gouffre qui s’est creusé entre la base et le sommet aurait dû en faire un article prioritaire de son programme. Fillon n’a pas de chance. Les faits qui lui sont reprochés sont banals et véniels à l’échelle du système, mais il ne suffisait pas de s’excuser. Il fallait montrer qu’il avait compris en prenant le problème à bras-le-corps.

Peut-être, mais c’est exiger des gouvernants une vertu que ne montrent pas les gouvernés. La France est un peu le royaume de la combine…

Se greffe sur le gouffre que j’ai décrit une contradiction de plus en plus aiguë entre la logique du privé et la logique du public. L’individualisation pousse les gens, y compris les acteurs politiques, dans une vision privative du fonctionnement social, mais elle les rend d’autre part de plus en plus exigeants en matière d’impersonnalité des institutions. En pratique, le clientélisme et le népotisme sont rois, mais ils sont de plus en plus mal supportés du côté de la chose publique. Ces affaires doivent une bonne part de leur écho au fait qu’elles renvoient les gens à leurs propres contradictions. Ils ne les emploieraient pas, eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs copines et leurs copains ?

« Il s’est recréé une société d’ancien régime, avec les ressentiments passionnels qu’elle est vouée à entretenir et qui ne demandent qu’à éclater »

Le tout sur fond de ce qu’on sait par cœur, les inégalités galopantes. Mais les chiffres ne disent pas le vécu de cette inégalité. Ils ne disent pas le sentiment d’être des cocus de l’histoire et les laissés-pour-compte d’un système qui tourne au profit des malins qui ont su grimper dans les trains qui partent. Le mépris que distillent involontairement les Beautiful People mondialisés à l’égard des couillons qui bossent dur pour 1 500 euros par mois a enflammé la société. Le problème n’est plus économique, il est moral. Il s’est recréé une sorte de société d’ancien régime, avec les ressentiments passionnels qu’elle est vouée à entretenir et qui ne demandent qu’à éclater.

Et pourtant, si on vous lit bien, l’Ancien régime est terminé, et cette fois, le cadavre ne bouge plus ! C’est ce que vous annoncez dans Le Nouveau Monde, quatrième et dernier volume de L’Avènement de la démocratie. La sortie de la religion, que vous diagnostiquiez dans Le Désenchantement du monde, il y a trente ans, est donc achevée. La liquidation définitive de l’hétéronomie et, avec elle, de son contraire qui lui faisait la guerre, annonce-t-elle la fin de l’Histoire ?

Au contraire, elle ridiculise l’idée de fin de l’Histoire. Elle marque le commencement[access capability= »lire_inedits »] d’une autre histoire qui va se dérouler en fonction de paramètres entièrement renouvelés. Si nous touchons à une « fin », c’est celle de la transition moderne, ouverte depuis cinq siècles, qui correspondait à ce moment conflictuel où l’histoire paraissait lisible à travers l’affrontement de deux principes antagonistes : le parti de la tradition et le parti de l’émancipation. Ce moment-là est clos. La bataille est terminée, le camp de la tradition a été balayé. Le camp de l’émancipation l’a emporté sur toute la ligne. Sauf que c’est pour découvrir que l’émancipation dont il rêvait ne signifie pas du tout la libération de toutes les contraintes. Le monde émancipé en comporte d’autres. Il demande encore plus de travail et de réflexion que la lutte contre les formes anciennes de soumission. C’est la grosse surprise qui nous attendait au bout du chemin !

En somme, la politique est désormais seule aux commandes, sans le secours et la limitation que constituaient les restes de l’imprégnation religieuse…

Nous avions l’impression de penser librement, et c’était vrai. Mais en fait notre existence collective restait imprégnée d’une religiosité qui ne disait pas son nom. Elle façonnait la vie politique en investissant le pouvoir d’une autorité que nous avions le tort de croire faite de notre seul consentement. Elle tombait imperceptiblement de plus haut. Elle enveloppait les libertés personnelles dans une appartenance qui nous paraissait aller de soi. Elle nous insérait dans une histoire que nous pouvions juger pesante, mais dont la réalité ne faisait pas de doute. Tous ses repères se sont évaporés. Nous n’avons plus que des questions, sur ce qui nous oblige, sur ce dont nous faisons partie, sur le temps où nous nous situons. Ce n’est pas une petite affaire de s’adapter à une situation de déboussolement pareille. Cela va prendre du temps.

Le moment que nous vivons est-il comparable à « la crise de la conscience européenne » des débuts de la modernité ?

La mutation est beaucoup plus profonde, car elle engage une redéfinition totale des coordonnées de l’existence humaine. La crise de la conscience européenne, fin XVIIe- début XVIIIe siècle, coïncide avec la prise de conscience, justement, qu’une autre manière de penser et de faire est en train d’émerger dans tous les domaines, par rapport à ce qui passait pour le socle intangible de la vie commune. On sait ce qu’on quitte, on s’interroge sur ce qui advient, et les esprits vont se diviser entre ceux qui en attendent un progrès et ceux qui y voient une perte, mais l’incertitude reste limitée. Pour nous, elle est complète. Nous avons été jetés brutalement en dehors de ce qui faisait la base de l’existence de nos ancêtres et prédécesseurs – nous ne la comprenons même plus. Nous ne savons pas d’où nous venons et nous n’avons plus l’idée d’aller quelque part – en dehors de sauver notre peau ! Et nous nous sentons sans prise sur ce qui organise notre vie personnelle et collective. Avec la mauvaise conscience, de surcroît, de ne pas vraiment se rendre compte de ce qui arrive. La désorientation a beau être anesthésiée, elle est sans précédent.

Cependant, on a l’impression d’une assez grande stabilité des cadres de vie. Ainsi, malgré ses nouveaux visages, la famille reste l’échelon de base de la vie collective et le travail le lien essentiel entre l’individu et la société.

De l’extérieur et en apparence, vous avez raison : rien de changé. L’humanité va continuer d’être divisée entre des sexes qui vont former des couples dont vont naître des enfants à élever, comme elle va continuer de travailler pour vivre. Et pourtant, plus rien n’est pareil. C’est que la révolution à laquelle nous avons affaire est une révolution invisible. Ce qu’elle change, c’est le rapport des individus à eux-mêmes et à leur société. Celle-ci leur conférait leur identité et leur statut, de femme ou d’homme, de mère ou de père de famille, avec les obligations afférentes. Ils avaient gagné des marges de manœuvre, mais la référence demeurait structurante. Maintenant, le message que leur adresse la société, c’est que c’est à eux de poser leur identité et de négocier leur statut. D’où une incertitude très perturbante, sur tous ces fronts : est-ce que je vis pour moi ou pour les autres ?

Cette question ne date pas d’aujourd’hui ! Et le besoin de quelque chose de plus grand que notre seule existence non plus… Mais il y a encore cinquante ans, la réponse coulait de source. Même si vous entendiez in petto mener l’affaire à votre compte, il fallait au moins faire semblant. Vous vous définissiez en tant que membre d’ensembles plus larges auxquels vous vous deviez. Vous vous deviez à votre famille, à l’honneur du nom pour les privilégiés, à la perpétuation d’un modèle reçu pour les autres, vous vous deviez à vos enfants. Regardez cette révolution minuscule du prénom choisi à la carte. Elle dit tout. Le prénom relevait d’une transmission, il marquait l’inscription dans une lignée, il signifiait l’obligation envers l’héritage ancestral. Le rattachement pouvait d’ailleurs être ressenti comme parfaitement oppressif et nourrir le désir de rupture. Le prénom choisi est fait pour marquer, à l’opposé, la singularité du nouveau venu. Il est un commencement qui aura à faire son chemin pour lui-même. Le prénom choisi peut aussi signifier, il est vrai, la dépendance de l’enfant envers le désir des parents. Mais là on est dans le registre psychologique du commerce des inconscients, pas dans celui de la codification des rapports sociaux.

Ce qui constitue une expression claire de l’autonomie. Poussée à sa logique ultime, celle-ci nous fait-elle entrer dans un monde sans héritage ?

Sans héritage expressément assumé et sans identité collective revendiquée. Ce qui n’empêche pas cet héritage d’être présent et cette identité de fonctionner. C’est une complexité supplémentaire de la situation. Les liens d’appartenance n’ont pas disparu, mais ils ont cessé d’être des évidences qui en faisaient en même temps des obligations. Officiellement, tout est ouvert, rien n’est donné, nous devons en permanence définir ce que nous sommes et ce que nous avons à faire. Quitte à ce que cette liberté théorique se heurte au bagage officieux que nous charrions malgré nous. C’est une grande source de tensions. Il est peut-être même en train d’en naître un clivage politique majeur, entre ceux qui se voudraient pour de bon des voyageurs sans bagages et ceux qui, sans trop savoir ce qu’il y a dans les bagages, voudraient quand même bien les récupérer.

Voyageur sans bagages : où situez-vous le laboratoire de fabrication de ce Festivus festivus tout droit sorti de l’œuvre de Muray ?

Il est un pur produit du laboratoire européen. On a longtemps cru que le pionnier américain était le modèle insurpassable de l’individu. Mais les Européens ont « rattrapé et dépassé », comme on disait à la grande époque khrouchtchévienne, ce modèle primitif. Ils ont élaboré un produit beaucoup plus sophistiqué, au croisement de la dissolution en règle de la structuration religieuse et de l’État social. Mais attention, le festiviste accompli n’est qu’une variété parmi bien d’autres expressions de cet individu. C’est justement sa capacité de choix qui rend si difficile le déchiffrement sociologique. Prenons l’exemple de la famille. Vous allez avoir d’un côté la famille monoparentale version féministe agressive – « je veux un enfant à moi et je ne veux même pas connaître le nom du père » – et à l’autre extrémité du spectre, la famille super-tradi : des gens qui ont décidé librement et en pleine conscience de restaurer le paterfamilias en majesté et la mère au foyer qui ne fait que des enfants et des confitures. En réalité, ils sont tout aussi post-traditionnels et postmodernes que les autres.

C’est affreux de se poser la question, mais ne sommes-nous pas, tout simplement, paniqués par notre liberté ?

On peut le résumer comme ça, en faisant la part de la surprise. Nous nous sommes battus pour la liberté, nous l’avons conquise, et c’est pour découvrir que ce n’est pas du tout ce qu’on croyait. Ce n’est pas le repos du guerrier après la bataille, le « dimanche de la vie » après la longue semaine de labeur. C’est plus d’efforts encore pour définir ce que nous allons faire de notre libération. La liberté, c’est exactement le contraire du « ça marche tout seul ». C’est l’obligation de devoir tout choisir et tout aménager.

Autre imprévu, l’Europe est de nouveau à l’avant-garde de la catastrophe !

Nous avons pris l’habitude de nous considérer comme à la traîne par rapport au laboratoire de la dynamique moderne qui se situerait de l’autre côté de l’Atlantique. C’est peut-être vrai en matière technico-économique. Le Gafa est américain ! Mais en matière politique, cette habitude nous trompe. Elle nous masque les effets d’une vitesse acquise de plusieurs siècles sur le terrain du processus générateur de la modernité, à savoir la sortie de la religion. Celle-ci est allée plus loin et plus profond en Europe dans le remodelage de l’organisation collective. Et c’est à ce bond en avant que nous devons le gros de nos problèmes.

Mais tout le monde en Europe ne participe pas de cette sortie de la religion. Il y a ceux qui prennent le chemin inverse, les islamistes radicaux.

Grave erreur d’appréciation. Ils sont de purs produits du travail de la sortie de la religion. Ils en surgissent par contrecoup. C’est la pénétration de l’esprit de l’autonomie moderne, dans des cervelles façonnées par la religiosité traditionnelle et sa vision hétéronome de l’ordre humain qui provoque la réaction fondamentaliste. Celle-ci réaffirme la supériorité de l’ordre traditionnel, mais elle le fait en réalité sur la base d’une appropriation de la liberté qu’elle prétend combattre, une appropriation qui porte potentiellement la destruction de l’ordre hétéronome dont elle se réclame. Rien de plus typique de ce point de vue que le cas du délinquant ordinaire subitement recyclé en fanatique suicidaire qui esbaubit tellement nos commentateurs attitrés. Il a goûté à certains charmes de la liberté sans bien en comprendre la nature, mais il vient d’ailleurs, un ailleurs toujours bien présent dans sa tête, et que le narcissisme identitaire contracté lui aussi auprès de l’Occident mécréant et décadent lui fait subitement préférer à la dépravation et au vice qu’il cultivait jusque-là. Voilà comment la voyoucratie sans complexe peut donner naissance à d’étranges adeptes de la soumission à la parole divine. Avant de crier au « retour du religieux », il vaut la peine de regarder de près ce que recouvre le drapeau de la religion dans ces démarches.

Les barbus sont en quelque sorte les cailloux dans la chaussure d’un monde sécularisé. À quel moment situez-vous la « laïcisation » complète du pouvoir ?

Elle me semble s’être jouée récemment, je dirais dans la décennie 1990-2000. Le cas français est parlant. Prenez Mitterrand : sa carrière politique et sa vie personnelle ne le prédisposaient pas spécialement à la sacralisation. Il a été néanmoins et demeure nimbé d’une sorte d’aura surnaturelle qui fait cruellement défaut à ses successeurs.

Il est vrai que, comparé à Sarkozy ou Hollande, Mitterrand c’est Louis XIV !

Et vous auriez pu citer Chirac, figure de notable un peu pourri, mais somme toute sympa, chez lequel, cependant, on n’aurait pas eu l’idée de chercher ne serait-ce que la trace d’une onction divine… Aux États-Unis, alors qu’aux yeux de beaucoup d’Américains Reagan était encore un personnage de la grande histoire, l’élection de Clinton a marqué un seuil de désymbolisation. Les dirigeants font désormais figure de gens qui habitent le même monde que nous. Ils peuvent être plus ou moins talentueux, plus ou moins agréables, mais ils relèvent de l’humanité ordinaire.

N’y a-t-il pas eu une exception Obama ? Son élection a été saluée comme l’arrivée du Messie….

Le personnage a beaucoup de classe, il présente remarquablement bien, et il n’est pas difficile de comprendre le choc qu’a représenté son entrée à la Maison-Blanche. Mais vous noterez qu’en dépit de ces atouts hors du commun, il s’est parfaitement banalisé à l’épreuve du pouvoir.

Revenons à Clinton, dont l’œuvre de désymbolisation a en partie été accomplie sous le bureau ovale. On a en tête le mot qu’il avait lancé à son adversaire malheureux George Bush senior : « It’s the economy, stupid! » Or vous rompez avec l’économisme triomphant de notre époque. Pour penser ce qui nous arrive, faut-il destituer l’économie ?

L’une des choses essentielles que j’essaie de montrer est que le moteur de l’économie n’est pas dans l’économie. Il faut se demander pourquoi elle a pris une telle place. La réponse spontanée est qu’elle l’a conquise toute seule avec ses gros bras, ce qui nous enferme soit dans la résignation, soit dans la diabolisation impuissante. Ce n’est tout simplement pas vrai. Ce n’est pas l’économie qui a pris le pouvoir, c’est nous qui l’avons propulsée au pouvoir. Ce qu’il s’agit de comprendre, ce sont les raisons profondes de ce choix collectif inconscient.

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L'avènement de la démocratie, I : La révolution moderne

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Fillon: des révélations, oui, mais avant la campagne électorale

François Fillon a été mis en examen ce matin. Photo: mars 2017. SIPA. AP22026644_000031

Pour l’élection qui vient, le mal est fait, et il est trop tard pour y remédier.

On y a au moins gagné la conscience du mal : l’ingérence des médias et des juges à l’encontre du candidat désigné par la primaire de la droite et du centre a gravement perturbé le débat démocratique. À l’avenir il faudra remédier à l’ingérence de ce que Jean-Pierre Chevènement appelle «l’étroit concubinage de la justice et des médias. »

Il faudra y mettre fin, car, comme le dit encore Chevènement, « la République c’est d’abord le suffrage universel et la sérénité avec laquelle les citoyens doivent pouvoir s’exprimer ».

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit?

Mais comment s’y prendre ? Il semble a priori impossible d’empêcher l’ingérence calamiteuse des médias et de la justice dans le débat électoral, qui est l’un des piliers de la démocratie, sans porter atteinte aux deux autres piliers de la même démocratie que sont la liberté de la presse et l’indépendance de la justice.

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit, dans la mesure où ces informations dévoilées peuvent éclairer leurs choix ?

Comment suspendre le cours de la justice à l’égard des candidats, sans paraître accorder l’intolérable privilège de l’impunité à celui ou à celle qui devrait au contraire être le moins soupçonnable de tous les citoyens parce que le plus transparent?

La solution est dans le timing.

Imaginons simplement que les révélations du Canard enchaîné et leur saisie par la justice soient intervenues avant les primaires de la droite et du centre.

Celles-ci se seraient déroulées en toute connaissance de cause, et, une fois l’affaire entendue et la page tournée, le débat électoral aurait pu commencer dans la sérénité, et porter sur l’avenir de la France et de l‘Europe.

On m’objectera que le Canard n’avait aucune envie et aucun intérêt à lancer ses boules puantes avant la primaire. Il tenait ses informations sous son aile, et il a délibérément choisi de ne les publier qu’au moment et au rythme où elles pouvaient le plus nuire, parce que le Canard est un acteur politique partisan, et pas un informateur neutre au service de la seule vérité. Ce qui est son droit.

Avant un mariage, il y a publication des bans

N’empêche que la solution est là : elle consiste à faire en sorte que tout ce qu’on peut révéler et objecter à un candidat soit publié et connu de la justice et des électeurs AVANT le début du débat électoral, et cela afin qu’il ne puisse plus légalement en être question pendant sa durée.

L’idée n’a rien d’inédit.

N’est-ce pas dans cet esprit qu’on publie les bans avant un mariage ?

« La publication des bans est une procédure ayant pour utilité de rendre publique l’imminence d’un mariage, et ainsi de veiller à ce que toute personne soit à même de s’y opposer, en démontrant d’éventuels empêchements. »

N’est-ce pas également le sens de la fameuse formule prononcée par un prêtre ou un pasteur anglican avant un mariage religieux : « si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais ! »

Remplaçons le « à jamais » par « tant que dure le débat. »

Un temps de digestion

N’est-ce pas dans le même esprit qu’on déclenche les avalanches avant qu’elles risquent d’engloutir des malheureux qui se risquent sur des sols menaçants?

Imposer la trêve médiatique et judiciaire en faveur des candidats à l’élection  présidentielle devient concevable à la condition qu’un temps suffisant ait été préalablement donné pour un grand déballage public.

Cette trêve ne serait d’ailleurs que l’extension aux candidats du principe de l’immunité parlementaire, que personne ne conteste, et qui est accordée aux élus dans le but de les protéger dans le cadre de leurs fonctions.

La trêve devra être imposée avec sanctions à l’appui pour celui qui la briserait en lançant des boules puantes ou en tapant sur des casseroles pendant les débats sur l’agora.

Cette extension de l’immunité parlementaire des élus en immunité provisoire des candidats serait ainsi bornée dans le temps en amont et en aval. En amont, elle serait précédée d’un déballage public et systématique de tout ce que les citoyens sont en droit de connaître. En aval, au sortir des élections ou de l’exercice du mandat électif, elle serait suivie d’un retour au statut commun de tous les justiciables.

Si quelqu’un a quelque chose à objecter à cette proposition, qu’il parle maintenant.

Québec: les nationalistes chamboulés par Le Pen

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Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.

Au Québec, avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et la montée des droites souverainistes en Europe, tous les acteurs politiques sont obligés de se repositionner sur l’échiquier. Puisque l’actualité l’oblige, les grands partis doivent se réinventer en fonction des nouveaux enjeux que sont la montée de l’islamisme, l’identité nationale et l’immigration. On a beau en parler depuis au moins dix ans dans ce pays, rien n’est réglé. Le statu quo contribue aussi beaucoup à alimenter les tensions. La trêve qui a suivi l’attentat à la mosquée de Québec n’aura même pas duré deux semaines.

Les temps évoluent, et les programmes aussi. Aucun parti politique ne peut faire fi de la nouvelle donne : qu’ils soient identitaires ou multiculturalistes, tous doivent prendre position. Comme un peu partout en Occident, le clivage s’article désormais moins en fonction de la gauche et la droite qu’à partir du mondialisme et d’un certain conservatisme.

Multicu ou culture française

Le mouvement nationaliste québécois fait actuellement face à ses propres contradictions. Il est profondément divisé : d’un côté, les partisans d’un multiculturalisme édulcoré et de l’autre, ceux qui veulent assurer la transmission de la culture française en Amérique. La semaine dernière, un reportage diffusé aux heures de grande écoute sur Radio-Canada présentait le mouvement nationaliste québécois (et plus précisément le Parti québécois) comme fondamentalement lié à tous les partis « d’extrême droite » en Europe qui font de la lutte à l’islamisme une promesse électorale.

Dans un style sensationnaliste, la première chaîne de télévision canadienne n’a pas hésité à trainer dans la boue ceux et celles qui ont critiqué de près ou de loin l’expansion de l’islamisme dans les dernières années. Le message était clair : la défense de l’identité québécoise est réservée à des intellectuels et des militants aux tendances fascistes. Quiconque s’aventure sur ce terrain devrait maintenant comprendre qu’il appartient au camp de l’intolérance. La distorsion ajoutée au montage à la voix de Marine Le Pen donnait l’impression que le diable s’était emparé elle. Marine Le Pen serait possédée.

Pour répondre aux accusations « d’islamophobie » qui pesaient contre lui, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’était déjà empressé de se dissocier publiquement de la patronne du FN avant la diffusion du reportage. Lui qui avait pris position en faveur d’Hillary Clinton lors des dernières élections américaines a affirmé que les militants du Parti québécois qui avaient des sympathies pour le Front national devaient être dénoncés. Le 22 mars 2016, Lisée affirmait aussi sur sa page Facebook que le programme de Marine Le Pen était « hyper-réactionnaire ». Le chef du PQ sent la soupe chaude : les appuis au FN pourraient se multiplier dans sa propre base militante…

Vers un FN québécois?

Il faut dire que le passage de Marine Le Pen au Québec au printemps 2016 est loin d’avoir favorisé la concorde dans les rangs du PQ. Si aucune formation officielle n’a accepté de rencontrer la présidente du FN lors de son séjour au Québec, cette dernière a néanmoins trouvé un écho favorable auprès d’un vaste public allergique à la bien-pensance. Dans les rangs du PQ, tous hésitent à le reconnaître… mais le FN serait même intéressé à tisser des liens importants avec le Québec en renouant avec la vieille tradition gaulliste. Un projet que défendent ouvertement Florian Phillippot et le jeune cadre Loup Viallet dans le même reportage. Les souverainistes québécois sont si attachés à la France qu’on se demande comment ils pourraient refuser de s’engager dans un tel processus.

La question n’est pas de savoir si le programme du Parti québécois est vraiment compatible avec celui du FN. Sur plusieurs aspects, il ne l’est pas. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’à quel point le chef du PQ pourrait s’aliéner une partie de son électorat en se conformant au politiquement correct. Dans l’éventualité d’un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, gageons que la frange mondialiste du PQ osera même soutenir un candidat qui prétend que la culture française n’existe pas à seule fin de plaire aux médias !

Macron, une cause sans peuple

Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.

De quoi Macron est-il le nom ? La question se pose à nouveau après ses récents propos polémiques. Pour avoir taxé, lors d’un voyage en Algérie, la colonisation française de « crime contre l’humanité », le leader d’En marche ! a suscité la colère des pieds-noirs et, au-delà, de la grande majorité de la droite. Pour avoir regretté que les opposants au mariage pour tous aient été « humiliés » par François Hollande et les socialistes, il a choqué la communauté gay et, au-delà, la grande majorité de la gauche. À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, Macron semble illustrer quotidiennement l’adage selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Ses opposants pavoisent. Ses partisans s’interrogent. François Fillon peut souffler : il n’est plus le seul présidentiable à alimenter la chronique.

« Il est urgent de réconcilier les France »

Il faut toujours juger les leaders politiques à l’aune de leur credo. Macron a maintes fois réaffirmé le sien : « Il est urgent de réconcilier les France » : la gauche et la droite, les gagnants et les perdants de la mondialisation, les élites et le peuple. Dans cette optique, la formule beaucoup trop lapidaire qu’il a utilisée à propos de la colonisation française est incontestablement une faute : on ne réconcilie pas en stigmatisant.

A lire aussi: Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Quand l’ex-ministre de l’Économie adresse un signe de respect à la France tradi, il est dans sa ligne. Quand il étrille les rapatriés, il se tire une balle dans le pied. Faut-il dès lors ne voir dans l’impromptu d’Alger qu’un clin d’œil grossier à la communauté musulmane ? Cette communauté, rappelons-le, a désormais un poids électoral non négligeable: en 2012, c’est elle qui a fait pencher la balance en faveur de François Hollande. Sans son soutien massif au candidat socialiste (plus de 90 % de ses suffrages), Nicolas Sarkozy aurait été réélu…

Les hommes politiques ont en commun d’être à la fois roués et sincères. Macron visait sans doute à Alger le vote beur mais, au-delà, il a la volonté d’aborder les sujets qui fâchent, ceux qui déchaînent les passions, comme la relation France-Algérie. Car la « réconciliation des France » passe, notamment, par la réconciliation de la France et de l’Algérie. Dans son dernier livre[1. La Cause du peuple, éditions Perrin.], Patrick Buisson affirme justement que « la guerre d’Algérie n’est pas terminée ». Cette plaie mal refermée est, avec la question de l’islam, au cœur du malaise entre les « de souche » et[access capability= »lire_inedits »] la communauté maghrébine.

Un ancien président l’avait compris, Jacques Chirac, qui a entrepris de négocier avec Abdelaziz Bouteflika un traité d’amitié sur le modèle du traité franco-allemand signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer. De même qu’il convenait, au début de la Ve République, de tirer un trait sur les deux conflits qui nous avaient opposés à l’Allemagne, de même il est éminemment souhaitable de clore ce dernier chapitre de notre histoire coloniale. « Il faut savoir terminer une guerre », a-t-on envie d’écrire, pour faire la synthèse entre Patrick Buisson et… Maurice Thorez.

Un chrétien de gauche

Chirac a échoué pour deux raisons : d’une part, à cause d’une certaine mauvaise volonté des autorités algériennes ; d’autre part, à cause de l’hostilité d’une partie de la droite française qui, dans son tréfonds, n’a jamais accepté l’abandon de l’Algérie. Bouteflika a saisi le prétexte d’une initiative de députés UMP sur les mérites de la colonisation pour remettre sine die les négociations. Pour une partie de la droite, repentance signifie trahison. Or un traité franco-algérien comportera nécessairement un acte de contrition de la part de l’ancienne puissance coloniale… Le leader d’En Marche ! paraît disposé à reprendre le projet chiraquien. Apurer le passé pour construire l’avenir : telle est sa volonté.

De quoi Macron est-il vraiment le nom ? À travers ses différentes sorties, on le mesure un peu mieux : c’est, assez banalement, un chrétien de gauche. Il a fait ses études secondaires dans un établissement catholique d’Amiens où enseignait sa future femme, Brigitte Trogneux. Monté à Paris, il a été un temps l’assistant de Paul Ricœur. Il s’inscrit aujourd’hui dans la lignée de Michel Rocard et de Jacques Delors qui souhaitaient s’émanciper de la gauche de la gauche et gouverner avec une partie de la droite et du centre.

Pour prendre une référence plus actuelle, c’est un chrétien de gauche modèle pape François : il respecte les militants du droit à la vie, tout en manifestant une évidente empathie pour les populations venues du Sud. Lors d’un de ses déplacements moins controversé, en Allemagne, il a fait un éloge appuyé d’Angela Merkel sur la question des migrants. Encore au gouvernement, il n’avait pas caché à l’inverse son malaise devant la tentative de François Hollande de constitutionnaliser la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux.

Il oublie une France, et de taille : celle des ouvriers et des employés !

N’en déplaise à Benoît Hamon et à Jean-Luc Mélenchon, qui se disputent le label de la « vraie » gauche, voilà qui fait de Macron un homme de gauche authentique. Comme Hamon et Mélenchon, il paraît réduire le peuple aux immigrés et à leurs enfants. Comme eux, il paraît atteint de « prolophobie », pour reprendre un mot de Patrick Buisson, encore lui. Naguère ouvriériste, la gauche a changé de peuple après Mai 68 et le refus de la CGT de saisir la main tendue par les étudiants en révolte. Les « damnés de la terre », ce sont désormais les immigrés, et eux seuls.

C’est là où Macron est peu cohérent avec lui-même. Il assure vouloir « réconcilier les France » mais en oublie une, et de taille : celle des ouvriers et des employés ! Aux États-Unis, on les appelle les petits blancs. Ce sont eux qui viennent d’élire Donald Trump. En Grande-Bretagne, ce sont eux qui viennent de faire gagner le Brexit. En France, ils votent massivement FN : ce sont eux qui s’apprêtent à placer Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle.

Soyons justes : dans son dernier livre, Révolution[2. Révolution, XO éditions.], Macron fait référence à cette France périphérique mise en exergue par le géographe Christophe Guilluy[3. La France périphérique, éditions Flammarion.]. Mais dans son discours public, il a jusqu’ici fait l’impasse dessus. Comme Hamon et Mélenchon, il semble succomber à ce que nous avons appelé « la préférence immigrée »[4. La Gauche et la préférence immigrée, éditions Plon.]: le soutien exclusif aux descendants des peuples naguère colonisés. Une « préférence immigrée » qui est l’exacte symétrie de la « préférence nationale » du FN.

Pour emporter la présidentielle en mai prochain, Macron compte sur le « vote utile », un réflexe traditionnel à gauche. Il pense qu’un certain nombre d’électeurs d’Hamon et même de Mélenchon voteront finalement pour lui dès le premier tour, afin d’assurer la présence de la gauche au second. Dans la foulée, il est convaincu de battre aussi bien Marine Le Pen que François Fillon. C’est là un calcul risqué car très politicien. Macron gagnerait plus sûrement en élargissant son assise : il a brisé le mur entre la gauche et la droite, il devrait s’attaquer à celui qui divise les catégories populaires. En d’autres termes, Macron devrait être plus… macronien : chercher à réconcilier toutes les France, pas seulement celles du politiquement correct.[/access]

La cause du peuple

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La gauche et la préférence immigrée

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Davos, ton univers impitoyable

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Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.

Prenons la définition de l’homme de Davos fournie par l’inventeur de l’expression, Samuel Huntington, dans son dernier livre  Qui sommes-nous (publié juste avant sa mort quelques années après son best-seller  Le choc des Civilisations. Dans la plupart des pays, le peuple est patriote, attaché à sa culture, favorable à l’immigration à condition qu’elle soit contrôlée et donc faite de populations qui cherchent à s’assimiler en embrassant le « roman national », cher à Ernest Renan.

La sécession des élites mondialisées

Mais de plus en plus, nous dit Huntington, les élites qui sont effectivement au gouvernement se veulent internationales, opposées à toute préférence nationale, favorables à des mouvements de population massifs changeant la nature même des cultures locales et violemment opposées à tout roman national tant ils veulent que les nouveaux arrivants conservent leurs cultures nationales (?).

Pour résumer, les élites se veulent et se disent citoyens du monde (les hommes de Davos) et n’ont que mépris pour les citoyens des pays qu’ils administrent, comme le démontre la phrase de madame Clinton traitant la moitié de la population américaine de « déplorables et de racistes misogynes » et s’étonnant d’être battue à  l’arrivée.  La réalité est que les hommes de Davos détestent les hommes ancrés dans leur sol. Pourquoi ? Je ne le sais pas.

Et nous informe notre auteur, toute cette élite a été formée dans les mêmes écoles, passant allègrement d’HEC à Harvard ou Cambridge ou de Polytechnique au MIT ou Cambridge.

Et ceux qui ne sont pas au gouvernement sont aux commandes des grands groupes multinationaux qui sont bien entendu les principaux bénéficiaires de cette mondialisation heureuse.

Et ceux qui ne sont ni au gouvernement ni dans les affaires sont dans les media où ils font ce que leurs copains de classe leur disent de faire.

Ils lisent tous The Economist, le Financial Times, le New York  Times et Le Monde, participent aux mêmes séminaires et aux mêmes congrès, vont en vacances aux mêmes endroits, se marient entre eux et se congratulent les uns les autres d’être arrivés là où en sont par l’intermédiaire des media ou ils publient de nombreux papiers pour expliquer, comme ce brave Pangloss juste avant la Révolution française, que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Comme dans la parabole du pharisien et du publicain, dans toute cérémonie officielle, ils s’assoient toujours au premier rang tandis que le pauvre publicain, c’est à dire vous et moi, avons le droit de nous mettre au dernier rang à condition de ne pas trop nous montrer et de ne pas sentir trop mauvais et bien sûr, à condition aussi que nous payions la note.

Bien entendu, ils sont favorables à une immigration de masse qui leur permet de payer très peu les nounous pour leurs enfants, les jardiniers pour leurs propriétés ou les chauffeurs pour emmener leurs enfants à l’école.

Cette superclasse domine le monde de la politique et des affaires depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire depuis la chute du mur de Berlin, sans interruption. Avant, ils faisaient attention tant les débiles en dessous auraient pu voter communistes.

Les carabistouilles de l’hyperclasse

Hélas pour eux, cette classe, au sens marxiste du terme, vient de ramasser quelques solides raclées lors des dernières consultations électorales telles la déroute du Brexit, le triomphe de Trump ou la déculottée du dernier référendum italien. Et du coup notre classe de génies s’est rendu compte que le peuple n’était plus dupe de leurs mensonges et qu’il fallait trouver autre chose. Et comme ils sont beaucoup moins malins qu’ils ne le pensent, les moyens qu’ils utilisent pour essayer de conserver leur monopole sur le pouvoir sont complètement prévisibles et transparents de naïveté. J’ai donc pensé qu’il serait intéressant que je fasse une petite recension de leurs carabistouilles. Mon but est très simple: je veux lancer un jeu facile et tout d’exécution.

Quand vous entendrez l’une de ces éminences se lancer dans une explication visant à le faire élire ou réélire, il faudra reconnaître le numéro de la carabistouille et en faire part aux autres lecteurs, en expliquant sur quel sentiment nos héros essaient de jouer pour inciter les auditeurs à voter pour eux. Les entrées reconnues comme valides auront droit à un livre gratuit parmi ceux que je réédite.

Voici donc les carabistouilles rangées sans ordre particulier.

Numéro 1: Vous qui êtes intelligents et qui faites quasiment partie de la super classe vous ne POUVEZ pas voter avec ces demeurés? On fait appel ici à deux ressorts, l’envie d’appartenir et la peur d’être confondu avec les crétins du bas. Cela marche très bien avec les demi-intellectuels qui bossent dans les media ou dans l’éducation.

Numéro 2: si vous expliquez que dans le fond vous aimez bien votre pays, l’on vous rétorque qu’Hitler aussi aimait le sien. C’est ce que j’appelle la « réduction ad hitlerum » et cela marche parfaitement dans tous les débats télévisés. L’idée est de vous couvrir de honte pour que vous vous taisiez à jamais, le principe étant celui de l’excommunication pratiquée autrefois avec beaucoup de succès par l’Eglise catholique. Ça a fonctionné à la satisfaction générale quand la superclasse avait le monopole des media, ça ne marche plus depuis que tous les exclus se parlent les uns aux autres par internet et se rendent compte qu’ils sont une majorité. Dans un monde où il n’y a que des Protestants, être excommunié par l’Eglise Catholique n’est pas très grave.

Numéro 3: depuis l’an 2000 c’est-à-dire bien avant que le FN ne le dise, je dis à qui veut l’entendre que l’euro est un désastre et qu’il va disparaitre. Voilà une preuve irréfutable que je suis un partisan du FN et que donc je n’ai pas le droit à la parole dans une société civilisée. La méthode ici est très simple: les surhommes pensent qu’ils contrôlent le « logos » (voir mon récent article sur le sujet). C’est donc eux qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être discuté dans la société. Il s’agit ici d’une forme de censure non déguisée, appuyée sur le principe d’autorité qui d’après Saint Thomas d’Aquin est irrecevable lors d’une discussion entre gens normaux.

« La question ne sera pas posée » comme le disait l’avocat général au moment de l’affaire de Panama.  Deux remarques içi: je ne leur ai donné aucune autorisation pour monopoliser l’ordre du jour de ce qui peut ou ne pas être discuté et ensuite je ne vois pas ce qui leur permet d’exclure trente pour cent de la population du débat publique. Il faudrait que quelqu’un informe mes surhommes qu’ils ne contrôlent plus le Logos.

Numéro 4: vous qui êtes un homme pragmatique (ce qui veut dire malhonnête en bon français), rejoignez-nous. Nous contrôlons tous les media, toutes les universités, nous vous nommerons à la commission d’éthique de la fédération française de pétanque ou de chasse,vous serez invité à faire des voyages d’études en Polynésie ou à la Martinique en hiver, vous  aurez votre tabouret à la télévision où vous direz bien sur ce que l’on vous a dit de dire et vous ferez la fierté de votre quartier. Ça, c’est tout simplement de la corruption et croyez moi, ça marche très bien surtout avec les journalistes officiels ou non.

La Numéro 5 est de loin la plus subtile. Les pouvoirs souterrains qui nous gouvernent préparent longtemps à l’avance l‘arrivée d’un homme «nouveau», sans histoire personnelle, sans aucune idée à lui, dont nul ne sait d’où il vient, et cet homme se présente aux élections et est élu triomphalement. Comme chacun des lecteurs s’en est rendu compte, du moins je l’espère, je fais allusion ici à monsieur Obama, créature forgée de toutes pièces par le parti Démocrate dont nul se souvient à Columbia où il a fait soit disant ses études, personne ne sachant qui les a payé au demeurant, son dossier à l’université étant bloqué pour cinquante ans, sans que nul ne sache pourquoi. Bien que ne s’étant jamais présenté à une élection concurrentielle et n’ayant jamais exercé la moindre responsabilité il fût élu président des USA en ne débitant que des platitudes. Et cette élection permit à ma superclasse de rester au pouvoir et ce continuer à tondre les moutons tranquillement. Chacun se rend compte cependant, huit ans après, que cela faisait des années que la marionnette était sculptée jusque dans ses moindres détails et qu’il fallait être idiot pour croire qu’une idole représentait une solution.

Je tiens à préciser ici que toute ressemblance avec monsieur Macron n’est en rien le fait du hasard. Le parti socialiste est en train d’essayer de rééditer en France le coup Obama en remplaçant Obama par Macron. Voter pour monsieur Macron, c’est bien évidemment voter pour une marionnette encore plus improbable que monsieur Obama et ceux qui ne s’en rendent pas compte ont, à mon avis, un vrai problème de compréhension du monde qui les entoure.

Fillon : un péché n’est pas un crime

Cela me fait penser à des esclaves qui voteraient avec enthousiasme pour le chaouch qui les garde en bon ordre à grands coups de fouet. Les cinq premières carabistouilles sont à dire vrai d’aimables plaisanteries sans grande conséquences. La sixième est beaucoup plus grave parce qu’elle s’attaque a ce qui constitue l’essence de la volonté de vivre ensemble, c’est-à-dire a la croyance qu’une justice impartiale existe. Détruire cette croyance, c’est détruire la nation et cela peut amener à une guerre civile. Elle consiste à se servir des institutions de l’Etat conquis de haute lutte depuis des décennies pour faire tomber les opposants un peu trop efficaces en se servant de la Justice pour museler de tels hommes avec bien sur la complicité des médias.

Prenons François Fillon qui n’ a rien fait d’illégal mais qui a peut-être fait quelque chose que la majorité de la population considère comme immoral, ce qui n’est pas la même chose. Le rôle de l’Etat est de punir le crime et non le péché, qui ne regarde que la conscience de tout un chacun. Monsieur Fillon a peut-être commis un péché, mais en aucun cas un crime puisque ce qu’il a fait était autorisé par la Loi.

Par contre, si monsieur Hollande et monsieur Macron se sont servis de la justice pour biaiser les résultats de l’élection, alors là, il s’agit certainement d’un crime et ils devraient tous aller en prison si on pouvait le prouver, les juges en premier.

Si la réalité est que l’on poursuit monsieur Fillon en justice, tout en étant certain qu’en fin de compte il y aura un non-lieu une fois l’élection passée et si les media se joignent à la curée puisqu’ils sont tous détenus par des membres éminents de la superclasse, alors on pourra sans doute faire élire le pantin mentionné au paragraphe précédent, en laissant un homme à près honorable brisé avec toute sa famille sur le bord de la route.

Et le peuple deviendra enragé. C’est ce que les journalistes politiques, toujours aux ordres, appellent  » être habile ». Ce n’est en rien être habile. C’est tout simplement être criminel. Le résultat est évident : Si vous voulez faire rire l’assistance dans un café ou dans une réunion vous dites simplement: « moi, je fais confiance à la justice de mon pays« . Et tout le monde de s’écrouler de rire. Et ces rires me terrifient.

Car la Bible, dans les « proverbes » n’a pas de mot trop dur pour le juge inique qui se soumet aux ordres des puissants. Et pour cet homme, ou cette femme, il n’y a pas de pardon possible. Le peuple, depuis un certain temps a parfaitement compris qu’il était manipulé grâce aux techniques allant de un à cinq. Il a tendance à se dire c’est de bonne guerre, je me suis fait avoir et à passer à autre chose.

Mais je suis certain d’une chose : en aucun cas, il ne pardonnera la manipulation criminelle de la justice à des fins aussi basses s’il se rend compte que l’on cherche à l’empêcher de voter pour qui il veut. Ce que je ne sais pas cependant est très important. Cette inéluctable révolte va-t-elle amener le peuple à voter pour monsieur Fillon ou pour madame Le Pen ? Il votera pour madame Le Pen s’il pense que monsieur Fillon fait partie lui aussi de la superclasse.

Et dans ce cas-là, madame Le Pen sera élue. Et les hommes de Davos n’auront que ce qu’ils méritent.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.


Affaire Fillon: quel contre-pouvoir face au quatrième pouvoir?

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Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013

Que n’a-t-on pas fait et dit pour disqualifier le candidat que Les Républicains ont pourtant majoritairement choisi et élu, lors des primaires de la droite et du centre, et de l’empêcher de les représenter à l’élection présidentielle ? Délation téléguidée, fuites minutieusement dosées, lynchage médiatique, propos calomnieux, harcèlement psychologique… Et comme François Fillon s’est avéré, notamment dans son dernier meeting au Trocadéro, homme d’Etat à la carapace gaullienne, certains ont dû recourir à la machine judiciaire pour enquêter, non guère sur un délit présumé que les lois répriment, mais sur une attitude humaine que la morale réprouve et dont les faits remontent à plus de vingt ans.

«Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser» 

Ce n’est pas l’information judiciaire ouverte contre X par le parquet national financier (PNF), ensuite la possible mise en examen de François Fillon, qui sont suspectes. Indépendante et souveraine, la justice a le droit, le devoir et la vocation d’enquêter sur qui elle veut et quand elle veut. C’est plutôt l’instrumentalisation effrénée et éhontée de cette affaire qui suscite l’interrogation et provoque l’indignation. C’est aussi la violation des droits de la défense qui est inacceptable dans une démocratie. C’est la violation permanente du secret de l’instruction et le grand étalage dans la presse de documents censés rester confidentiels, qui n’est pas digne, ni du deuxième pouvoir, ni du quatrième sacro-saint pouvoir, celui des médias.

Le précurseur de la séparation des pouvoirs, Montesquieu, a vu juste lorsqu’il a écrit dans L’esprit des lois que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cela vaut aussi bien pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir judiciaire, et à plus forte raison pour le pouvoir médiatique, qui n’est plus le quatrième pouvoir mais le premier, ne rencontrant qui plus est aucun contre pouvoir. Bientôt, dans la logique démocratique de Montesquieu, il va falloir inventer un cinquième pouvoir pour limiter l’omnipotence d’un quatrième qui s’emballe. Puis un sixième pour contrôler le cinquième, puis un septième pour surveiller le sixième…

Balzac avait également vu juste lorsqu’il écrivait, déjà en 1840, que « la presse est en France un quatrième pouvoir dans l’Etat ; elle attaque tout et personne ne l’attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu’il y ait réciprocité ». Description parfaite de certains plateaux de télévision où la « neutralité axiologique » chère à Weber s’éclipse au profit de la subjectivité idéologique et du parti pris politique.

Tocqueville aussi voyait juste lorsqu’il écrivait dans La Démocratie en Amérique : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. »

A quand un contrôle des journalistes par les journalistes?

Plus proche de nous, enfin, Régis Debray, qui, à la suite de son remarquable essai L’Emprise, déclarait en avril 2000 : « les journalistes m’effrayent, ils me font peur. J’ai peur du pouvoir qu’ils ont…Autrement dit j’ai le même sentiment qu’on peut avoir devant des inquisiteurs au XIIIème siècle ou devant des évêques au XVIIIème…Ce sont des gens capables de fulminer, d’excommunier, de massacrer par les mots ou les images des êtres humains…Les journalistes sont les magistrats de la morale publique. C’est extraordinaire et je trouve cela démesuré et dangereux ».

Pas plus que l’indépendance absolue de la justice, loin de moi l’idée de limiter la liberté d’expression, qui est vitale dans une démocratie digne de ce nom. En outre, une justice souveraine et égale pour tous est au fondement même du contrat social. Le journalisme est une école de citoyenneté et le poumon même de la République. Il s’agit au contraire de préserver la liberté d’expression de ses propres dérives et de lui opposer un cinquième contre pouvoir, ou plus exactement une autorité exercée par les journalistes eux-mêmes. Il y a bien un Conseil de l’ordre pour sanctionner le médecin coupable de faute professionnelle, un Barreau des avocats pour veiller au prestige et à la réputation de cette profession, un Conseil des architectes, des ingénieurs… Il n’y a point d’autorité, dans le sens qu’Alain donnait à ce terme, pour rappeler à l’ordre le journaliste coupable de désinformation, de parti pris politique ou de faute déontologique, qui est parfois nettement plus grave que le morceau d’une compresse oublié par un chirurgien dans le ventre d’un patient. Souvenons-nous du père Di Falco, de Dominique Baudis, ou encore du suicide de Pierre Beregovoy, le plus honnête et le plus intègre des ministres socialistes.

On répète souvent et à juste titre que le tempo judiciaire n’est pas celui du politique. Certes, mais dans l’affaire François Fillon, comme d’ailleurs dans le cas de Marine le Pen, la synchronie entre les deux temps est pour le moins troublante, et la concomitance des calendriers stupéfiante.

Le premier pouvoir, c’est l’isoloir

François Fillon, comme Marine le Pen, comme tous les autres candidats à l’élection présidentielle, ont été choisi par leurs partis et par leurs bases, pour se disputer loyalement et démocratiquement le pouvoir suprême. Quels que soient les faits présumés que l’on peut reprocher aux uns et aux autres, aucune autorité et aucun pouvoir ne peut se substituer au verdict des urnes et les empêcher de se présenter devant le suffrage universel des Français. C’est à lui et à lui seul de déterminer le sort de ces candidats… et le destin de ce pays. A 45 jours du premier tour, il faut transcender cette polémique politico-juridico-médiatique et laisser, enfin, les candidats débattre sur les questions de fond, sur les idées et les projets.

Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de paupérisés, avec une économie et une industrie en berne, avec une métastase de l’islamo-fascisme, avec une montée sans précédent du terrorisme global, avec un choc des civilisations qui n’est plus « cassandresque » mais réel, avec une invasion migratoire aussi tragique que périlleuse, avec des turbulences prévisibles dans les relations internationales… les Français ont besoin de paroles rassurantes… et surtout d’actions déterminantes.

Que les journalistes enquêtent en respectant leur déontologie, que les juges enquêtent sans y associer les médias, et que les candidats à l’élection présidentielle débattent démocratiquement sur les questions de fond et non sur des affaires qui n’intéressent guère les Français.

Racisme anti-blanc : Hamon tient son Mehdi Meklat

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saurel slimani ps hamon racisme
Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.
saurel slimani ps hamon racisme
Philippe Saurel, maire de Montpellier. Laura Slimani, élue PS de Rouen. Sipa. Numéros de reportage : 00747306_000022 et 00723444_000005.

Benoît Hamon n’avait pas besoin de ça. Sa campagne patine, son projet de revenu universel se voit officiellement remis aux calendes grecques et réduit à quelque micro-expérimentation, les hiérarques socialistes rallient par charrettes entières la locomotive Macron,  aucun sondage ne le qualifie pour le second tour de la présidentielle. Le candidat officiel du Parti socialiste a beau ne traîner aucune casserole judiciaire et mener une campagne de fond, contentant tantôt les objecteurs de croissance, tantôt les multiculturalistes fanatiques, cela ne dessine pas un destin présidentiel. Au mieux une carrure de Premier ministre, sinon de ministre du Budget. Mais voilà qu’un gros parpaing s’est planté dans sa chaussure plombée.

Récidiviste du tweet

Sur Twitter, la « porte-parole égalité femmes-hommes » de la campagne hamoniste, Laura Slimani, s’en est violemment pris au maire de Montpellier. Ce qui pourrait n’être qu’une subite poussée d’acné à la Bruno Masure devient une affaire judiciaire car l’édile, ex-militant PS exclu du parti il y a quelques années pour candidature dissidente, et passé avec armes et bagages du côté de chez Emmanuel Macron, a très mal pris la joute mi-jeuniste mi-racialiste de l’ex-patronne du MJS, aujourd’hui conseillère municipale de Rouen et présidente des Jeunes socialistes européens.

Voyez plutôt.

 

 

« Vieux mâle blanc libéral » : trois péchés irrémissibles ? Rassurez-moi, naît-on blanc et libéral à la naissance ? La vieillesse n’a pas d’âge, mais y a-t-il un gêne libéral dont certaines populations leucodermes seraient naturellement porteuses ? La sociobiologiste Slimani pourrait certainement nous éclairer sur la question. D’autant que cette militante aguerrie n’a rien d’une péronnelle. Laura Slimani, pur produit du MJS dont Hamon a rédigé les statuts de façon à ce qu’il soit lié éternellement à la gauche du PS, peut difficilement mettre ses sorties sur le compte d’un « double maléfique », façon Mehdi Meklat du Bondy Blog.  Car elle n’en est pas à son premier coup d’essai, tant s’en faut. Ainsi, l’été dernier, en pleine polémique sur le burkini, tandis que des islamistes piégeaient les médias sur la plage de Nice à peine quelques semaines après le carnage du 14 juillet, que twittait cette antifa émérite ?

« Hommes blancs » vs « femmes musulmanes » : la Weltanschauung du PIR a fait des petits… Le méchant homme blanc (« souchien » dixit Houria Bouteldja) existe, Laura Slimani l’a visiblement rencontré. Et ça s’est mal passé. Au point que la sémillante socialiste rejette le terme de français de souche, que François Hollande avait imprudemment employé début 2015 à la suite des attentats perpétrés par des suprématistes white et blancos.  « Brouillage intellectuel » avait dénoncé cette brillante sémiologue née en 1989 et « venue à la politique par le féminisme ».

Légitime défense

Son dernier tweet un tantinet raciste (ou « ethno-différencialiste », comme disent certains milieux…) serait passé quasi inaperçu hors des frontières de l’Occitanie si le premier concerné n’avait réagi. Or, le maire de Montpellier Philippe Saurel a légitimement décidé de porter plainte pour « injure raciale, injure en raison du sexe, provocation à la discrimination en raison de la race et provocation à la haine en raison du sexe ». 

On pourrait croire à un malheureux concours de circonstances si Benoît Hamon avait fermement condamné les propos incriminés. Ou si l’un des membres de son premier cercle, le député PS Pascal Cherki, n’avait applaudi l’organisation d’une conférence « interdite aux Blancs«  à l’université Paris 8 l’an dernier : « Pour ma part je pense que la fac de Paris 8 est une excellente fac parfois en rupture avec l’idéologie dominante. Tant mieux ! »

Quoi qu’en disent ses détracteurs, la gauche n’a pas encore totalement adopté ce deux poids deux mesures ethnoracial. Pour le maire de Montpellier et quelques autres, contrairement à La Ferme des animaux d’Orwell, la France ne considère pas certains citoyens comme plus égaux que d’autres…


La ferme des animaux

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Hollande appelle à s’unir contre extrémistes et… souverainistes!

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François Hollande sur le perron de l'Elysée, mars 2017. SIPA. AP22024449_000003
François Hollande sur le perron de l'Elysée, mars 2017. SIPA. AP22024449_000003

Avec sa tête pépère on pourrait penser que le président de la République penche plutôt pour la soupe poireaux-pommes-de-terre. Le pot au feu lui irait aussi avec son côté bonhomme. Et en tant que régional de l’étape – la Corrèze – on peut imaginer qu’il fait ses délices de la bourriquette et de la soupe aux châtaignes. C’est méconnaître ses qualités imaginatives et ses talents culinaires.

L’autre jour à l’issue d’une réunion européenne il a révélé aux populations ébahies sa nouvelle recette. En nous demandant de laper cette soupe avec appétit. Il s’agit d’une création vraiment originale qui doit tout à l’actuel (mais pas pour longtemps) occupant de l’Elysée. Qu’on en juge.

Mieux vaut en rire

François Hollande a en effet cru bon d’appeler les Européens à s’unir contre le nationalisme, l’extrémisme et le souverainisme ! On se pince. Mais non, on ne rêve pas ! Le souverainisme assimilé aux ingrédients obligés des « heures les plus sombres de notre histoire »… Le souverainisme savamment mélangé à d’autres « ismes » pas très ragoutants… François Hollande ne recule ni devant le grotesque ni devant le mensonge.

On peut s’en indigner : mieux vaut en rire. On notera que le président de la République s’est prudemment abstenu d’ajouter à sa tambouille le djihadisme et l’islamisme. Ce qui aurait été mal reçu par la population du 9-3 où il aime se rendre.

Le président de la République s’est donc contenté de sa soupe (très consensuelle) au souverainisme. Je vois d’ici bondir les fins gourmets, très nombreux parmi les contributeurs de Causeur, écœurés et meurtris qui estiment à juste titre que le souverainisme ne peut être mêlé à l’extrémisme et au nationalisme.

« Touillez, touillez, il en restera quelque chose »

Nous n’avons que faire de ces précieuses affèteries ! Et il nous plait d’imaginer comment la recette de François Hollande peut prendre corps. Quel bonheur que de voir Elisabeth Lévy et Natacha Polony se livrant à des sauvages étreintes avec Victor Orban, le nationaliste hongrois ! Et comment ne pas se pâmer d’admiration devant le spectacle de Marc Cohen déclarant fougueusement sa flamme à la Polonaise Béata Szydlo, une extrémiste catholique de première ?

Mais il nous faut aussi regarder plus loin. Vers l’Est et le grand large. Tout ce beau monde embringué dans une partouze planétaire avec Vladimir Poutine et Donald Trump. Ça, ça aura de la gueule ! Une soupe piquante et relevée… Tartuffe disait : « calomniez, calomniez il en restera quelque chose ». Le chef marmiton de l’Elysée se contente, lui, d’un « touillez, touillez, il en restera quelque chose ». Et ça veut dire exactement la même chose que Tartuffe.

Macron, un danger pour la République?

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emmanuel macron hollande le pen
Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00796942_000020.
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Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00796942_000020.

Pour avoir bien connu toutes les élections présidentielles au suffrage universel depuis 1965, je reste sidéré au spectacle de cette campagne.

Malgré la catastrophe politique du quinquennat Hollande, le traumatisme de l’agression terroriste, une situation économique terriblement dégradée et l’attitude d’élites déshonorées arc-boutées sur leurs privilèges, le peuple français a été d’un calme étonnant dans l’attente de l’échéance majeure. Pas sûr qu’il le reste devant une telle confiscation du scrutin, à base de manipulations, d’instrumentalisations des services de l’État, et de propagande éhontée d’un appareil médiatique qui fait bloc. Pas sûr que le peuple reste de marbre face à la mobilisation acharnée de la caste, illustrée par la litanie des ralliements à Macron, et celle des traîtres qui avaient abandonné Fillon. Tout doit être fait pour envoyer le télévangéliste à une deuxième place au premier tour qui lui ouvrirait le second contre Marine Le Pen. Et là, utiliser l’argument du barrage, le vieux « No pasaran » employé contre le FN depuis trente ans avec le succès que l’on connaît.

Ne pas reproduire le piège de 2002

Et pourtant, comment ne pas partager l’opinion de Frédéric Lordon, ou de Jacques Rancière quand il dit : « Si Marine Le Pen devait l’emporter, ça ne serait pas gai, bien sûr. Mais il faut en tirer les bonnes conclusions. La solution est de lutter contre le système qui produit Marine Le Pen, non de croire qu’on va sauver la démocratie en votant pour le premier corrompu venu. J’ai toujours en tête ce slogan de 2002 : « votez escroc pas facho ». Choisir l’escroc pour éviter le facho c’est mériter l’un et l’autre et se préparer à avoir les deux ».

Le pire étant d’être contraint maintenant de se poser la question de savoir entre les deux probables qualifiés du second tour qui est le plus dangereux. Et malheureusement, force est de reconnaître qu’Emmanuel Macron décroche la timbale.

Tout au long de son mandat, François Hollande a passé son temps à abîmer les institutions et saper l’autorité de l’État. À croire qu’il a décidé de complètement les détruire. C’est une situation grosse de dangers. L’opération Macron est plus qu’à l’évidence une tentative de continuer comme si de rien n’était. Dire que le télévangéliste est l’héritier en tout point de l’actuel président de la République est une évidence, mais les méthodes utilisées pour le faire advenir à base de violations des libertés publiques et de piétinement des principes républicains constituent un précédent très grave. Les institutions démocratiques en sortiront gravement affaiblies, quel que soit le résultat.

Servitude volontaire des médias

Pendant tout ce mandat, la liberté d’expression a été sévèrement malmenée. Multiplication des pressions, saisines systématiques des tribunaux, et adoption de lois clairement liberticides (pénalisant la fréquentation de sites djihadistes, la propagande anti-avortement, etc.). Jusqu’à présent, le Conseil constitutionnel a tenu, mais pour combien de temps ? La création ex nihilo du télévangéliste par l’instrumentalisation sans précédent de l’appareil médiatique subventionné, celui appartenant aux oligarques, ou au service public, a permis d’atteindre des sommets. Les mêmes médias ont docilement joué le rôle que l’on attendait d’eux en participant avec enthousiasme au coup d’État contre la candidature Fillon. Avec un double objectif : disqualification du candidat de droite et étouffement du débat de fond. Le service public radiotélévisé malgré son obligation légale de pluralisme est le plus zélé dans l’accomplissement de ce sale boulot.

Instrumentalisation sans vergogne de la justice

Et puis, il y a l’instrumentalisation de la justice. Les professeurs de droit, les avocats, les juristes ont beau s’étonner, s’inquiéter, s’égosiller, le coup d’État anti-Fillon continue imperturbablement. Du tempo adopté par le parquet national financier (PNF) et le Pôle du même nom pour traiter le dossier du candidat de la droite découle une partialité évidente qui laisse croire à une préparation antérieure à l’article du Canard enchaîné. Pour François Fillon, c’est prestissimo, en revanche pour Macron, ses frais de bouche au ministère, le probable délit de favoritisme pour filer à Las Vegas rencontrer Bolloré, les déclarations de patrimoine fantaisistes, l’opacité totale du financement de sa campagne, ce sera largo (lent, très lent), on connaît la musique au PNF. Pourtant, la plus haute hiérarchie judiciaire nous dit que : « la justice suit son rythme en toute indépendance », en oubliant de rappeler qu’elle doit aussi le faire en toute impartialité. Terme que l’on n’entend jamais. La présidente du SM, le syndicat du mur des cons, finit par la revendiquer cette partialité en nous assénant sans mollir : «Le juge « neutre » n’existe pas et c’est tant mieux. Il n’est pas un être désincarné, il pense et a des opinions personnelles. Entre la loi et le cas particulier, il y a un espace rempli par le juge avec ses valeurs, ses convictions et sa personne.» Proposition absolument hallucinante que cette revendication qui montre à quel point certains ont perdu le sens commun. La neutralité, l’objectivité, l’impartialité sont les objectifs fondamentaux que doivent respecter les décisions de justice rendue au nom du peuple français, comme d’ailleurs dans tous les systèmes démocratiques et depuis longtemps. Le « juge neutre » individuel n’existe pas, c’est vrai, mais c’est pour cela qu’il y a la justice et son organisation. Ce type de dérive qu’on a vue à l’œuvre durant tout le mandat Hollande trouve aujourd’hui sa caricature avec l’affaire Fillon. Y a-t-il des raisons de penser que le télévangéliste successeur de François Hollande hésite à utiliser ces méthodes ? Personnellement, je crains que non.

Les autorités indépendantes laissent faire

Deux institutions essentielles au fonctionnement équilibré d’une démocratie, la justice et la presse sont sorties de leurs lits. Elles ne sont pas les seules, ce que l’on appelle « les autorités administratives indépendantes » font la même chose. La Commission nationale des comptes de Campagne, chargée de contrôler les recettes et les dépenses des candidats, et bien évidemment muette. Alors qu’on apprend tous les jours des bizarreries préoccupantes sur la campagne d’« En Marche ». Est-il nécessaire de rappeler que toute dépense exposée par qui que ce soit en dehors du compte de campagne peut être réintégrée à celui-ci dès lors qu’elle a pu avantager électoralement le candidat ?

C’est ainsi que le compte de Nicolas Sarkozy en 2012 avait été invalidé à la suite de la réintégration d’une dépense exposée par l’État pour un déplacement du président en exercice dont la commission a considéré que c’était plus un déplacement électoral. Compte tenu de la propagande éhontée de la presse, des interventions de l’État, du caractère trouble des financements, la validation du compte d’Emmanuel Macron n’est pas évidente. Soyons sûrs que tout passera pourtant sans encombres.

Un apparatchik sans principes

Reste enfin la personnalité d’Emmanuel Macron que l’on peut pressentir à partir de sa trajectoire et d’un certain nombre d’événements qui s’y sont déroulés.  On rappelait ici un épisode révélateur et déplaisant à propos du rachat du journal Le Monde. La cession à des investisseurs chinois de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et le très trouble bradage de la branche énergie d’Alstom à General Electric mériteraient également examen.

Emmanuel Macron est la solution pour cette partie du Capital, incarnée par l’oligarchie néolibérale mondialisée qui a fait sécession et qui emmène avec elle la petite partie des couches moyennes qui en profitent. Et la campagne électorale montre bien que ces gens-là sont prêts à tout. La bourgeoisie nationale avait choisi François Fillon, elle comprend sa douleur. Si par malheur Emmanuel Macron et ceux qui l’emploient arrivaient au pouvoir, il n’y a aucune chance que les libertés publiques foulées aux pieds depuis cinq ans et martyrisées depuis six mois soient restaurées. On sait bien que la mondialisation néolibérale dont Macron est l’agent, est incompatible avec la démocratie. Gravement incompatible.

Laïcité: « La décision de la Cour européenne aurait aidé Baby Loup »

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justice europe laicite baby loup
Crèche Baby Loup. Sipa. Numéro de reportage : 00463561_000006.
justice europe laicite baby loup
Crèche Baby Loup. Sipa. Numéro de reportage : 00463561_000006.

Gil Mihaely. Mardi, la Cour de justice européenne a rendu une décision autorisant les entreprises à interdire au travail le port de tout signe d’appartenance religieuse, politique ou philosophique. Cela concerne notamment le voile islamique. Cette décision change-t-elle la législation française dans ce domaine ?

Richard Malka. La Cour de justice de l’Union européenne a en fait prononcé deux décisions, l’une concernant une salariée française, ingénieur consultante, et l’autre une salariée belge standardiste. Pour la première fois, cette juridiction se prononce sur la possibilité d’imposer la neutralité religieuse au sein du monde du travail et donc sur la possibilité de restreindre l’affichage ostentatoire de signes religieux. il va de soi que cela concerne toutes les religions et toutes les manifestations d’appartenance à une religion. Bien évidemment, il y a des conditions pour que ces restrictions soient jugées non discriminatoires. Et c’est bien normal car il faut pouvoir vérifier que l’exigence de neutralité ne se transforme pas en arme de discrimination d’une religion plutôt qu’une autre. Ainsi, l’entreprise doit avoir prévu dans son règlement intérieur une exigence de neutralité religieuse. En outre, la restriction doit être proportionné au but recherché et légitime, ce que chaque juridiction nationale vérifiera au cas par cas.

Si cette jurisprudence avait existé il y a cinq ans, aurait-elle changé le cours de l’affaire de la crèche Baby Loup dont vous défendiez la directrice poursuivie pour avoir licencié une employée qui souhaitait garder le voile pendant le travail ?

Dans l’affaire Baby loup, nous étions finalement parvenus à faire juger après un long et difficile combat mené bien souvent sous les invectives, que le contact d’une salariée avec des enfants justifiait l’interdiction du voile. Les décisions de la CJE vont plus loin puisqu’il est estimé que le contact avec la clientèle de l’entreprise constitue également un motif légitime. Je m’en réjouis évidemment alors que l’irruption du fait religieux dans l’entreprise pose des problèmes considérables qui avaient étaient soulignés par le Haut Conseil à l’intégration dans un rapport du 1er septembre 2011. C’est au demeurant un désaveu cinglant de l’Observatoire de la laïcité de Jean-Louis Bianco qui nous avait honteusement tourné le dos dans l’affaire Baby Loup. La Cour a fait preuve de plus de courage. Cette jurisprudence, qui nous aurait facilité la tâche dans l’affaire Baby Loup, s’applique dans tous les pays de l’Union européenne. Autrement dit, plus personne ne pourra prétendre, comme ce fut le cas à l’époque Baby Loup de la part de nombreux juristes, de la Halde, des habituels sociologues hurlant à « l’islamophobie » et même de la chambre sociale de la Cour de cassation, qu’il est  » interdit d’interdire » l’expression du fait religieux dans le monde du travail. Ces décisions sont ainsi la consécration d’un long combat et opèrent une clarification heureuse de la règle de droit dans ce domaine. Je rappelle simplement que l’objectif recherché au travers de la neutralisation religieuse du domaine de l’entreprise n’est autre que de permettre une coexistence harmonieuse de tous sans être confronté au prosélytisme de chacun.

Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé » [1/2]

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Marcel Gauchet Islam identité immigration François Fillon Donald Trump
Marcel Gauchet Islam identité immigration François Fillon Donald Trump
Marcel Gauchet. Photo: Mantovani. Gallimard via Leemage

Causeur. La campagne présidentielle se déploie à l’ombre de l’affaire Fillon et au rythme des révélations supposées ou réelles. Les pratiques reprochées au vainqueur de la primaire auraient pu passer pour vénielles il y a vingt ans et sont en tout cas largement répandues. Ils suscitent cependant une réelle indignation, soigneusement entretenue par les médias. Sommes-nous devenus plus vertueux ou faisons-nous payer par ces exigences morales l’impuissance de nos dirigeants ?

Marcel Gauchet. Il se mêle des choses assez différentes dans ce climat. D’abord, la désacralisation du pouvoir est passée par là. Les « mystères de l’État » dans lesquels on n’ose pas trop aller mettre son nez, c’est fini. L’esprit démocratique a progressé dans les têtes. Le gouvernement est devenu pour de bon représentatif aux yeux des représentés : ces gens nous représentent, on veut savoir ce qu’ils fabriquent au juste. Or, en France, on a un sacré chemin à faire sur ce chapitre. À l’abri de la révérence pour l’État, il a prospéré une nomenklatura qui se croit tout permis. L’heure d’en terminer une bonne fois avec ces mœurs a sonné. Tout candidat un tant soit peu sensé cherchant à réduire le gouffre qui s’est creusé entre la base et le sommet aurait dû en faire un article prioritaire de son programme. Fillon n’a pas de chance. Les faits qui lui sont reprochés sont banals et véniels à l’échelle du système, mais il ne suffisait pas de s’excuser. Il fallait montrer qu’il avait compris en prenant le problème à bras-le-corps.

Peut-être, mais c’est exiger des gouvernants une vertu que ne montrent pas les gouvernés. La France est un peu le royaume de la combine…

Se greffe sur le gouffre que j’ai décrit une contradiction de plus en plus aiguë entre la logique du privé et la logique du public. L’individualisation pousse les gens, y compris les acteurs politiques, dans une vision privative du fonctionnement social, mais elle les rend d’autre part de plus en plus exigeants en matière d’impersonnalité des institutions. En pratique, le clientélisme et le népotisme sont rois, mais ils sont de plus en plus mal supportés du côté de la chose publique. Ces affaires doivent une bonne part de leur écho au fait qu’elles renvoient les gens à leurs propres contradictions. Ils ne les emploieraient pas, eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs copines et leurs copains ?

« Il s’est recréé une société d’ancien régime, avec les ressentiments passionnels qu’elle est vouée à entretenir et qui ne demandent qu’à éclater »

Le tout sur fond de ce qu’on sait par cœur, les inégalités galopantes. Mais les chiffres ne disent pas le vécu de cette inégalité. Ils ne disent pas le sentiment d’être des cocus de l’histoire et les laissés-pour-compte d’un système qui tourne au profit des malins qui ont su grimper dans les trains qui partent. Le mépris que distillent involontairement les Beautiful People mondialisés à l’égard des couillons qui bossent dur pour 1 500 euros par mois a enflammé la société. Le problème n’est plus économique, il est moral. Il s’est recréé une sorte de société d’ancien régime, avec les ressentiments passionnels qu’elle est vouée à entretenir et qui ne demandent qu’à éclater.

Et pourtant, si on vous lit bien, l’Ancien régime est terminé, et cette fois, le cadavre ne bouge plus ! C’est ce que vous annoncez dans Le Nouveau Monde, quatrième et dernier volume de L’Avènement de la démocratie. La sortie de la religion, que vous diagnostiquiez dans Le Désenchantement du monde, il y a trente ans, est donc achevée. La liquidation définitive de l’hétéronomie et, avec elle, de son contraire qui lui faisait la guerre, annonce-t-elle la fin de l’Histoire ?

Au contraire, elle ridiculise l’idée de fin de l’Histoire. Elle marque le commencement[access capability= »lire_inedits »] d’une autre histoire qui va se dérouler en fonction de paramètres entièrement renouvelés. Si nous touchons à une « fin », c’est celle de la transition moderne, ouverte depuis cinq siècles, qui correspondait à ce moment conflictuel où l’histoire paraissait lisible à travers l’affrontement de deux principes antagonistes : le parti de la tradition et le parti de l’émancipation. Ce moment-là est clos. La bataille est terminée, le camp de la tradition a été balayé. Le camp de l’émancipation l’a emporté sur toute la ligne. Sauf que c’est pour découvrir que l’émancipation dont il rêvait ne signifie pas du tout la libération de toutes les contraintes. Le monde émancipé en comporte d’autres. Il demande encore plus de travail et de réflexion que la lutte contre les formes anciennes de soumission. C’est la grosse surprise qui nous attendait au bout du chemin !

En somme, la politique est désormais seule aux commandes, sans le secours et la limitation que constituaient les restes de l’imprégnation religieuse…

Nous avions l’impression de penser librement, et c’était vrai. Mais en fait notre existence collective restait imprégnée d’une religiosité qui ne disait pas son nom. Elle façonnait la vie politique en investissant le pouvoir d’une autorité que nous avions le tort de croire faite de notre seul consentement. Elle tombait imperceptiblement de plus haut. Elle enveloppait les libertés personnelles dans une appartenance qui nous paraissait aller de soi. Elle nous insérait dans une histoire que nous pouvions juger pesante, mais dont la réalité ne faisait pas de doute. Tous ses repères se sont évaporés. Nous n’avons plus que des questions, sur ce qui nous oblige, sur ce dont nous faisons partie, sur le temps où nous nous situons. Ce n’est pas une petite affaire de s’adapter à une situation de déboussolement pareille. Cela va prendre du temps.

Le moment que nous vivons est-il comparable à « la crise de la conscience européenne » des débuts de la modernité ?

La mutation est beaucoup plus profonde, car elle engage une redéfinition totale des coordonnées de l’existence humaine. La crise de la conscience européenne, fin XVIIe- début XVIIIe siècle, coïncide avec la prise de conscience, justement, qu’une autre manière de penser et de faire est en train d’émerger dans tous les domaines, par rapport à ce qui passait pour le socle intangible de la vie commune. On sait ce qu’on quitte, on s’interroge sur ce qui advient, et les esprits vont se diviser entre ceux qui en attendent un progrès et ceux qui y voient une perte, mais l’incertitude reste limitée. Pour nous, elle est complète. Nous avons été jetés brutalement en dehors de ce qui faisait la base de l’existence de nos ancêtres et prédécesseurs – nous ne la comprenons même plus. Nous ne savons pas d’où nous venons et nous n’avons plus l’idée d’aller quelque part – en dehors de sauver notre peau ! Et nous nous sentons sans prise sur ce qui organise notre vie personnelle et collective. Avec la mauvaise conscience, de surcroît, de ne pas vraiment se rendre compte de ce qui arrive. La désorientation a beau être anesthésiée, elle est sans précédent.

Cependant, on a l’impression d’une assez grande stabilité des cadres de vie. Ainsi, malgré ses nouveaux visages, la famille reste l’échelon de base de la vie collective et le travail le lien essentiel entre l’individu et la société.

De l’extérieur et en apparence, vous avez raison : rien de changé. L’humanité va continuer d’être divisée entre des sexes qui vont former des couples dont vont naître des enfants à élever, comme elle va continuer de travailler pour vivre. Et pourtant, plus rien n’est pareil. C’est que la révolution à laquelle nous avons affaire est une révolution invisible. Ce qu’elle change, c’est le rapport des individus à eux-mêmes et à leur société. Celle-ci leur conférait leur identité et leur statut, de femme ou d’homme, de mère ou de père de famille, avec les obligations afférentes. Ils avaient gagné des marges de manœuvre, mais la référence demeurait structurante. Maintenant, le message que leur adresse la société, c’est que c’est à eux de poser leur identité et de négocier leur statut. D’où une incertitude très perturbante, sur tous ces fronts : est-ce que je vis pour moi ou pour les autres ?

Cette question ne date pas d’aujourd’hui ! Et le besoin de quelque chose de plus grand que notre seule existence non plus… Mais il y a encore cinquante ans, la réponse coulait de source. Même si vous entendiez in petto mener l’affaire à votre compte, il fallait au moins faire semblant. Vous vous définissiez en tant que membre d’ensembles plus larges auxquels vous vous deviez. Vous vous deviez à votre famille, à l’honneur du nom pour les privilégiés, à la perpétuation d’un modèle reçu pour les autres, vous vous deviez à vos enfants. Regardez cette révolution minuscule du prénom choisi à la carte. Elle dit tout. Le prénom relevait d’une transmission, il marquait l’inscription dans une lignée, il signifiait l’obligation envers l’héritage ancestral. Le rattachement pouvait d’ailleurs être ressenti comme parfaitement oppressif et nourrir le désir de rupture. Le prénom choisi est fait pour marquer, à l’opposé, la singularité du nouveau venu. Il est un commencement qui aura à faire son chemin pour lui-même. Le prénom choisi peut aussi signifier, il est vrai, la dépendance de l’enfant envers le désir des parents. Mais là on est dans le registre psychologique du commerce des inconscients, pas dans celui de la codification des rapports sociaux.

Ce qui constitue une expression claire de l’autonomie. Poussée à sa logique ultime, celle-ci nous fait-elle entrer dans un monde sans héritage ?

Sans héritage expressément assumé et sans identité collective revendiquée. Ce qui n’empêche pas cet héritage d’être présent et cette identité de fonctionner. C’est une complexité supplémentaire de la situation. Les liens d’appartenance n’ont pas disparu, mais ils ont cessé d’être des évidences qui en faisaient en même temps des obligations. Officiellement, tout est ouvert, rien n’est donné, nous devons en permanence définir ce que nous sommes et ce que nous avons à faire. Quitte à ce que cette liberté théorique se heurte au bagage officieux que nous charrions malgré nous. C’est une grande source de tensions. Il est peut-être même en train d’en naître un clivage politique majeur, entre ceux qui se voudraient pour de bon des voyageurs sans bagages et ceux qui, sans trop savoir ce qu’il y a dans les bagages, voudraient quand même bien les récupérer.

Voyageur sans bagages : où situez-vous le laboratoire de fabrication de ce Festivus festivus tout droit sorti de l’œuvre de Muray ?

Il est un pur produit du laboratoire européen. On a longtemps cru que le pionnier américain était le modèle insurpassable de l’individu. Mais les Européens ont « rattrapé et dépassé », comme on disait à la grande époque khrouchtchévienne, ce modèle primitif. Ils ont élaboré un produit beaucoup plus sophistiqué, au croisement de la dissolution en règle de la structuration religieuse et de l’État social. Mais attention, le festiviste accompli n’est qu’une variété parmi bien d’autres expressions de cet individu. C’est justement sa capacité de choix qui rend si difficile le déchiffrement sociologique. Prenons l’exemple de la famille. Vous allez avoir d’un côté la famille monoparentale version féministe agressive – « je veux un enfant à moi et je ne veux même pas connaître le nom du père » – et à l’autre extrémité du spectre, la famille super-tradi : des gens qui ont décidé librement et en pleine conscience de restaurer le paterfamilias en majesté et la mère au foyer qui ne fait que des enfants et des confitures. En réalité, ils sont tout aussi post-traditionnels et postmodernes que les autres.

C’est affreux de se poser la question, mais ne sommes-nous pas, tout simplement, paniqués par notre liberté ?

On peut le résumer comme ça, en faisant la part de la surprise. Nous nous sommes battus pour la liberté, nous l’avons conquise, et c’est pour découvrir que ce n’est pas du tout ce qu’on croyait. Ce n’est pas le repos du guerrier après la bataille, le « dimanche de la vie » après la longue semaine de labeur. C’est plus d’efforts encore pour définir ce que nous allons faire de notre libération. La liberté, c’est exactement le contraire du « ça marche tout seul ». C’est l’obligation de devoir tout choisir et tout aménager.

Autre imprévu, l’Europe est de nouveau à l’avant-garde de la catastrophe !

Nous avons pris l’habitude de nous considérer comme à la traîne par rapport au laboratoire de la dynamique moderne qui se situerait de l’autre côté de l’Atlantique. C’est peut-être vrai en matière technico-économique. Le Gafa est américain ! Mais en matière politique, cette habitude nous trompe. Elle nous masque les effets d’une vitesse acquise de plusieurs siècles sur le terrain du processus générateur de la modernité, à savoir la sortie de la religion. Celle-ci est allée plus loin et plus profond en Europe dans le remodelage de l’organisation collective. Et c’est à ce bond en avant que nous devons le gros de nos problèmes.

Mais tout le monde en Europe ne participe pas de cette sortie de la religion. Il y a ceux qui prennent le chemin inverse, les islamistes radicaux.

Grave erreur d’appréciation. Ils sont de purs produits du travail de la sortie de la religion. Ils en surgissent par contrecoup. C’est la pénétration de l’esprit de l’autonomie moderne, dans des cervelles façonnées par la religiosité traditionnelle et sa vision hétéronome de l’ordre humain qui provoque la réaction fondamentaliste. Celle-ci réaffirme la supériorité de l’ordre traditionnel, mais elle le fait en réalité sur la base d’une appropriation de la liberté qu’elle prétend combattre, une appropriation qui porte potentiellement la destruction de l’ordre hétéronome dont elle se réclame. Rien de plus typique de ce point de vue que le cas du délinquant ordinaire subitement recyclé en fanatique suicidaire qui esbaubit tellement nos commentateurs attitrés. Il a goûté à certains charmes de la liberté sans bien en comprendre la nature, mais il vient d’ailleurs, un ailleurs toujours bien présent dans sa tête, et que le narcissisme identitaire contracté lui aussi auprès de l’Occident mécréant et décadent lui fait subitement préférer à la dépravation et au vice qu’il cultivait jusque-là. Voilà comment la voyoucratie sans complexe peut donner naissance à d’étranges adeptes de la soumission à la parole divine. Avant de crier au « retour du religieux », il vaut la peine de regarder de près ce que recouvre le drapeau de la religion dans ces démarches.

Les barbus sont en quelque sorte les cailloux dans la chaussure d’un monde sécularisé. À quel moment situez-vous la « laïcisation » complète du pouvoir ?

Elle me semble s’être jouée récemment, je dirais dans la décennie 1990-2000. Le cas français est parlant. Prenez Mitterrand : sa carrière politique et sa vie personnelle ne le prédisposaient pas spécialement à la sacralisation. Il a été néanmoins et demeure nimbé d’une sorte d’aura surnaturelle qui fait cruellement défaut à ses successeurs.

Il est vrai que, comparé à Sarkozy ou Hollande, Mitterrand c’est Louis XIV !

Et vous auriez pu citer Chirac, figure de notable un peu pourri, mais somme toute sympa, chez lequel, cependant, on n’aurait pas eu l’idée de chercher ne serait-ce que la trace d’une onction divine… Aux États-Unis, alors qu’aux yeux de beaucoup d’Américains Reagan était encore un personnage de la grande histoire, l’élection de Clinton a marqué un seuil de désymbolisation. Les dirigeants font désormais figure de gens qui habitent le même monde que nous. Ils peuvent être plus ou moins talentueux, plus ou moins agréables, mais ils relèvent de l’humanité ordinaire.

N’y a-t-il pas eu une exception Obama ? Son élection a été saluée comme l’arrivée du Messie….

Le personnage a beaucoup de classe, il présente remarquablement bien, et il n’est pas difficile de comprendre le choc qu’a représenté son entrée à la Maison-Blanche. Mais vous noterez qu’en dépit de ces atouts hors du commun, il s’est parfaitement banalisé à l’épreuve du pouvoir.

Revenons à Clinton, dont l’œuvre de désymbolisation a en partie été accomplie sous le bureau ovale. On a en tête le mot qu’il avait lancé à son adversaire malheureux George Bush senior : « It’s the economy, stupid! » Or vous rompez avec l’économisme triomphant de notre époque. Pour penser ce qui nous arrive, faut-il destituer l’économie ?

L’une des choses essentielles que j’essaie de montrer est que le moteur de l’économie n’est pas dans l’économie. Il faut se demander pourquoi elle a pris une telle place. La réponse spontanée est qu’elle l’a conquise toute seule avec ses gros bras, ce qui nous enferme soit dans la résignation, soit dans la diabolisation impuissante. Ce n’est tout simplement pas vrai. Ce n’est pas l’économie qui a pris le pouvoir, c’est nous qui l’avons propulsée au pouvoir. Ce qu’il s’agit de comprendre, ce sont les raisons profondes de ce choix collectif inconscient.

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L'avènement de la démocratie, I : La révolution moderne

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Fillon: des révélations, oui, mais avant la campagne électorale

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François Fillon à Paris, mars 2017. SIPA. AP22026644_000031
François Fillon a été mis en examen ce matin. Photo: mars 2017. SIPA. AP22026644_000031

Pour l’élection qui vient, le mal est fait, et il est trop tard pour y remédier.

On y a au moins gagné la conscience du mal : l’ingérence des médias et des juges à l’encontre du candidat désigné par la primaire de la droite et du centre a gravement perturbé le débat démocratique. À l’avenir il faudra remédier à l’ingérence de ce que Jean-Pierre Chevènement appelle «l’étroit concubinage de la justice et des médias. »

Il faudra y mettre fin, car, comme le dit encore Chevènement, « la République c’est d’abord le suffrage universel et la sérénité avec laquelle les citoyens doivent pouvoir s’exprimer ».

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit?

Mais comment s’y prendre ? Il semble a priori impossible d’empêcher l’ingérence calamiteuse des médias et de la justice dans le débat électoral, qui est l’un des piliers de la démocratie, sans porter atteinte aux deux autres piliers de la même démocratie que sont la liberté de la presse et l’indépendance de la justice.

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit, dans la mesure où ces informations dévoilées peuvent éclairer leurs choix ?

Comment suspendre le cours de la justice à l’égard des candidats, sans paraître accorder l’intolérable privilège de l’impunité à celui ou à celle qui devrait au contraire être le moins soupçonnable de tous les citoyens parce que le plus transparent?

La solution est dans le timing.

Imaginons simplement que les révélations du Canard enchaîné et leur saisie par la justice soient intervenues avant les primaires de la droite et du centre.

Celles-ci se seraient déroulées en toute connaissance de cause, et, une fois l’affaire entendue et la page tournée, le débat électoral aurait pu commencer dans la sérénité, et porter sur l’avenir de la France et de l‘Europe.

On m’objectera que le Canard n’avait aucune envie et aucun intérêt à lancer ses boules puantes avant la primaire. Il tenait ses informations sous son aile, et il a délibérément choisi de ne les publier qu’au moment et au rythme où elles pouvaient le plus nuire, parce que le Canard est un acteur politique partisan, et pas un informateur neutre au service de la seule vérité. Ce qui est son droit.

Avant un mariage, il y a publication des bans

N’empêche que la solution est là : elle consiste à faire en sorte que tout ce qu’on peut révéler et objecter à un candidat soit publié et connu de la justice et des électeurs AVANT le début du débat électoral, et cela afin qu’il ne puisse plus légalement en être question pendant sa durée.

L’idée n’a rien d’inédit.

N’est-ce pas dans cet esprit qu’on publie les bans avant un mariage ?

« La publication des bans est une procédure ayant pour utilité de rendre publique l’imminence d’un mariage, et ainsi de veiller à ce que toute personne soit à même de s’y opposer, en démontrant d’éventuels empêchements. »

N’est-ce pas également le sens de la fameuse formule prononcée par un prêtre ou un pasteur anglican avant un mariage religieux : « si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais ! »

Remplaçons le « à jamais » par « tant que dure le débat. »

Un temps de digestion

N’est-ce pas dans le même esprit qu’on déclenche les avalanches avant qu’elles risquent d’engloutir des malheureux qui se risquent sur des sols menaçants?

Imposer la trêve médiatique et judiciaire en faveur des candidats à l’élection  présidentielle devient concevable à la condition qu’un temps suffisant ait été préalablement donné pour un grand déballage public.

Cette trêve ne serait d’ailleurs que l’extension aux candidats du principe de l’immunité parlementaire, que personne ne conteste, et qui est accordée aux élus dans le but de les protéger dans le cadre de leurs fonctions.

La trêve devra être imposée avec sanctions à l’appui pour celui qui la briserait en lançant des boules puantes ou en tapant sur des casseroles pendant les débats sur l’agora.

Cette extension de l’immunité parlementaire des élus en immunité provisoire des candidats serait ainsi bornée dans le temps en amont et en aval. En amont, elle serait précédée d’un déballage public et systématique de tout ce que les citoyens sont en droit de connaître. En aval, au sortir des élections ou de l’exercice du mandat électif, elle serait suivie d’un retour au statut commun de tous les justiciables.

Si quelqu’un a quelque chose à objecter à cette proposition, qu’il parle maintenant.

Québec: les nationalistes chamboulés par Le Pen

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marine le pen fn quebec
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.
marine le pen fn quebec
Marine Le Pen. Sipa. Numéro de reportage : 00783850_000004.

Au Québec, avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et la montée des droites souverainistes en Europe, tous les acteurs politiques sont obligés de se repositionner sur l’échiquier. Puisque l’actualité l’oblige, les grands partis doivent se réinventer en fonction des nouveaux enjeux que sont la montée de l’islamisme, l’identité nationale et l’immigration. On a beau en parler depuis au moins dix ans dans ce pays, rien n’est réglé. Le statu quo contribue aussi beaucoup à alimenter les tensions. La trêve qui a suivi l’attentat à la mosquée de Québec n’aura même pas duré deux semaines.

Les temps évoluent, et les programmes aussi. Aucun parti politique ne peut faire fi de la nouvelle donne : qu’ils soient identitaires ou multiculturalistes, tous doivent prendre position. Comme un peu partout en Occident, le clivage s’article désormais moins en fonction de la gauche et la droite qu’à partir du mondialisme et d’un certain conservatisme.

Multicu ou culture française

Le mouvement nationaliste québécois fait actuellement face à ses propres contradictions. Il est profondément divisé : d’un côté, les partisans d’un multiculturalisme édulcoré et de l’autre, ceux qui veulent assurer la transmission de la culture française en Amérique. La semaine dernière, un reportage diffusé aux heures de grande écoute sur Radio-Canada présentait le mouvement nationaliste québécois (et plus précisément le Parti québécois) comme fondamentalement lié à tous les partis « d’extrême droite » en Europe qui font de la lutte à l’islamisme une promesse électorale.

Dans un style sensationnaliste, la première chaîne de télévision canadienne n’a pas hésité à trainer dans la boue ceux et celles qui ont critiqué de près ou de loin l’expansion de l’islamisme dans les dernières années. Le message était clair : la défense de l’identité québécoise est réservée à des intellectuels et des militants aux tendances fascistes. Quiconque s’aventure sur ce terrain devrait maintenant comprendre qu’il appartient au camp de l’intolérance. La distorsion ajoutée au montage à la voix de Marine Le Pen donnait l’impression que le diable s’était emparé elle. Marine Le Pen serait possédée.

Pour répondre aux accusations « d’islamophobie » qui pesaient contre lui, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’était déjà empressé de se dissocier publiquement de la patronne du FN avant la diffusion du reportage. Lui qui avait pris position en faveur d’Hillary Clinton lors des dernières élections américaines a affirmé que les militants du Parti québécois qui avaient des sympathies pour le Front national devaient être dénoncés. Le 22 mars 2016, Lisée affirmait aussi sur sa page Facebook que le programme de Marine Le Pen était « hyper-réactionnaire ». Le chef du PQ sent la soupe chaude : les appuis au FN pourraient se multiplier dans sa propre base militante…

Vers un FN québécois?

Il faut dire que le passage de Marine Le Pen au Québec au printemps 2016 est loin d’avoir favorisé la concorde dans les rangs du PQ. Si aucune formation officielle n’a accepté de rencontrer la présidente du FN lors de son séjour au Québec, cette dernière a néanmoins trouvé un écho favorable auprès d’un vaste public allergique à la bien-pensance. Dans les rangs du PQ, tous hésitent à le reconnaître… mais le FN serait même intéressé à tisser des liens importants avec le Québec en renouant avec la vieille tradition gaulliste. Un projet que défendent ouvertement Florian Phillippot et le jeune cadre Loup Viallet dans le même reportage. Les souverainistes québécois sont si attachés à la France qu’on se demande comment ils pourraient refuser de s’engager dans un tel processus.

La question n’est pas de savoir si le programme du Parti québécois est vraiment compatible avec celui du FN. Sur plusieurs aspects, il ne l’est pas. Il s’agit plutôt de déterminer jusqu’à quel point le chef du PQ pourrait s’aliéner une partie de son électorat en se conformant au politiquement correct. Dans l’éventualité d’un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, gageons que la frange mondialiste du PQ osera même soutenir un candidat qui prétend que la culture française n’existe pas à seule fin de plaire aux médias !

Macron, une cause sans peuple

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Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.
Premier rassemblement du mouvement En Marche! à Paris, 12 juillet 2016.

De quoi Macron est-il le nom ? La question se pose à nouveau après ses récents propos polémiques. Pour avoir taxé, lors d’un voyage en Algérie, la colonisation française de « crime contre l’humanité », le leader d’En marche ! a suscité la colère des pieds-noirs et, au-delà, de la grande majorité de la droite. Pour avoir regretté que les opposants au mariage pour tous aient été « humiliés » par François Hollande et les socialistes, il a choqué la communauté gay et, au-delà, la grande majorité de la gauche. À moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, Macron semble illustrer quotidiennement l’adage selon lequel on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Ses opposants pavoisent. Ses partisans s’interrogent. François Fillon peut souffler : il n’est plus le seul présidentiable à alimenter la chronique.

« Il est urgent de réconcilier les France »

Il faut toujours juger les leaders politiques à l’aune de leur credo. Macron a maintes fois réaffirmé le sien : « Il est urgent de réconcilier les France » : la gauche et la droite, les gagnants et les perdants de la mondialisation, les élites et le peuple. Dans cette optique, la formule beaucoup trop lapidaire qu’il a utilisée à propos de la colonisation française est incontestablement une faute : on ne réconcilie pas en stigmatisant.

A lire aussi: Macron, candidat des milliardaires et des sous-prolétaires

Quand l’ex-ministre de l’Économie adresse un signe de respect à la France tradi, il est dans sa ligne. Quand il étrille les rapatriés, il se tire une balle dans le pied. Faut-il dès lors ne voir dans l’impromptu d’Alger qu’un clin d’œil grossier à la communauté musulmane ? Cette communauté, rappelons-le, a désormais un poids électoral non négligeable: en 2012, c’est elle qui a fait pencher la balance en faveur de François Hollande. Sans son soutien massif au candidat socialiste (plus de 90 % de ses suffrages), Nicolas Sarkozy aurait été réélu…

Les hommes politiques ont en commun d’être à la fois roués et sincères. Macron visait sans doute à Alger le vote beur mais, au-delà, il a la volonté d’aborder les sujets qui fâchent, ceux qui déchaînent les passions, comme la relation France-Algérie. Car la « réconciliation des France » passe, notamment, par la réconciliation de la France et de l’Algérie. Dans son dernier livre[1. La Cause du peuple, éditions Perrin.], Patrick Buisson affirme justement que « la guerre d’Algérie n’est pas terminée ». Cette plaie mal refermée est, avec la question de l’islam, au cœur du malaise entre les « de souche » et[access capability= »lire_inedits »] la communauté maghrébine.

Un ancien président l’avait compris, Jacques Chirac, qui a entrepris de négocier avec Abdelaziz Bouteflika un traité d’amitié sur le modèle du traité franco-allemand signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer. De même qu’il convenait, au début de la Ve République, de tirer un trait sur les deux conflits qui nous avaient opposés à l’Allemagne, de même il est éminemment souhaitable de clore ce dernier chapitre de notre histoire coloniale. « Il faut savoir terminer une guerre », a-t-on envie d’écrire, pour faire la synthèse entre Patrick Buisson et… Maurice Thorez.

Un chrétien de gauche

Chirac a échoué pour deux raisons : d’une part, à cause d’une certaine mauvaise volonté des autorités algériennes ; d’autre part, à cause de l’hostilité d’une partie de la droite française qui, dans son tréfonds, n’a jamais accepté l’abandon de l’Algérie. Bouteflika a saisi le prétexte d’une initiative de députés UMP sur les mérites de la colonisation pour remettre sine die les négociations. Pour une partie de la droite, repentance signifie trahison. Or un traité franco-algérien comportera nécessairement un acte de contrition de la part de l’ancienne puissance coloniale… Le leader d’En Marche ! paraît disposé à reprendre le projet chiraquien. Apurer le passé pour construire l’avenir : telle est sa volonté.

De quoi Macron est-il vraiment le nom ? À travers ses différentes sorties, on le mesure un peu mieux : c’est, assez banalement, un chrétien de gauche. Il a fait ses études secondaires dans un établissement catholique d’Amiens où enseignait sa future femme, Brigitte Trogneux. Monté à Paris, il a été un temps l’assistant de Paul Ricœur. Il s’inscrit aujourd’hui dans la lignée de Michel Rocard et de Jacques Delors qui souhaitaient s’émanciper de la gauche de la gauche et gouverner avec une partie de la droite et du centre.

Pour prendre une référence plus actuelle, c’est un chrétien de gauche modèle pape François : il respecte les militants du droit à la vie, tout en manifestant une évidente empathie pour les populations venues du Sud. Lors d’un de ses déplacements moins controversé, en Allemagne, il a fait un éloge appuyé d’Angela Merkel sur la question des migrants. Encore au gouvernement, il n’avait pas caché à l’inverse son malaise devant la tentative de François Hollande de constitutionnaliser la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux.

Il oublie une France, et de taille : celle des ouvriers et des employés !

N’en déplaise à Benoît Hamon et à Jean-Luc Mélenchon, qui se disputent le label de la « vraie » gauche, voilà qui fait de Macron un homme de gauche authentique. Comme Hamon et Mélenchon, il paraît réduire le peuple aux immigrés et à leurs enfants. Comme eux, il paraît atteint de « prolophobie », pour reprendre un mot de Patrick Buisson, encore lui. Naguère ouvriériste, la gauche a changé de peuple après Mai 68 et le refus de la CGT de saisir la main tendue par les étudiants en révolte. Les « damnés de la terre », ce sont désormais les immigrés, et eux seuls.

C’est là où Macron est peu cohérent avec lui-même. Il assure vouloir « réconcilier les France » mais en oublie une, et de taille : celle des ouvriers et des employés ! Aux États-Unis, on les appelle les petits blancs. Ce sont eux qui viennent d’élire Donald Trump. En Grande-Bretagne, ce sont eux qui viennent de faire gagner le Brexit. En France, ils votent massivement FN : ce sont eux qui s’apprêtent à placer Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle.

Soyons justes : dans son dernier livre, Révolution[2. Révolution, XO éditions.], Macron fait référence à cette France périphérique mise en exergue par le géographe Christophe Guilluy[3. La France périphérique, éditions Flammarion.]. Mais dans son discours public, il a jusqu’ici fait l’impasse dessus. Comme Hamon et Mélenchon, il semble succomber à ce que nous avons appelé « la préférence immigrée »[4. La Gauche et la préférence immigrée, éditions Plon.]: le soutien exclusif aux descendants des peuples naguère colonisés. Une « préférence immigrée » qui est l’exacte symétrie de la « préférence nationale » du FN.

Pour emporter la présidentielle en mai prochain, Macron compte sur le « vote utile », un réflexe traditionnel à gauche. Il pense qu’un certain nombre d’électeurs d’Hamon et même de Mélenchon voteront finalement pour lui dès le premier tour, afin d’assurer la présence de la gauche au second. Dans la foulée, il est convaincu de battre aussi bien Marine Le Pen que François Fillon. C’est là un calcul risqué car très politicien. Macron gagnerait plus sûrement en élargissant son assise : il a brisé le mur entre la gauche et la droite, il devrait s’attaquer à celui qui divise les catégories populaires. En d’autres termes, Macron devrait être plus… macronien : chercher à réconcilier toutes les France, pas seulement celles du politiquement correct.[/access]

La cause du peuple

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La gauche et la préférence immigrée

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Davos, ton univers impitoyable

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macron davos euro
Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.
macron davos euro
Emmanuel Macron au Forum de Davos, 2016. Sipa. Numéro de reportage : AP21847613_000026.

Prenons la définition de l’homme de Davos fournie par l’inventeur de l’expression, Samuel Huntington, dans son dernier livre  Qui sommes-nous (publié juste avant sa mort quelques années après son best-seller  Le choc des Civilisations. Dans la plupart des pays, le peuple est patriote, attaché à sa culture, favorable à l’immigration à condition qu’elle soit contrôlée et donc faite de populations qui cherchent à s’assimiler en embrassant le « roman national », cher à Ernest Renan.

La sécession des élites mondialisées

Mais de plus en plus, nous dit Huntington, les élites qui sont effectivement au gouvernement se veulent internationales, opposées à toute préférence nationale, favorables à des mouvements de population massifs changeant la nature même des cultures locales et violemment opposées à tout roman national tant ils veulent que les nouveaux arrivants conservent leurs cultures nationales (?).

Pour résumer, les élites se veulent et se disent citoyens du monde (les hommes de Davos) et n’ont que mépris pour les citoyens des pays qu’ils administrent, comme le démontre la phrase de madame Clinton traitant la moitié de la population américaine de « déplorables et de racistes misogynes » et s’étonnant d’être battue à  l’arrivée.  La réalité est que les hommes de Davos détestent les hommes ancrés dans leur sol. Pourquoi ? Je ne le sais pas.

Et nous informe notre auteur, toute cette élite a été formée dans les mêmes écoles, passant allègrement d’HEC à Harvard ou Cambridge ou de Polytechnique au MIT ou Cambridge.

Et ceux qui ne sont pas au gouvernement sont aux commandes des grands groupes multinationaux qui sont bien entendu les principaux bénéficiaires de cette mondialisation heureuse.

Et ceux qui ne sont ni au gouvernement ni dans les affaires sont dans les media où ils font ce que leurs copains de classe leur disent de faire.

Ils lisent tous The Economist, le Financial Times, le New York  Times et Le Monde, participent aux mêmes séminaires et aux mêmes congrès, vont en vacances aux mêmes endroits, se marient entre eux et se congratulent les uns les autres d’être arrivés là où en sont par l’intermédiaire des media ou ils publient de nombreux papiers pour expliquer, comme ce brave Pangloss juste avant la Révolution française, que nous vivons dans le meilleur des mondes.

Comme dans la parabole du pharisien et du publicain, dans toute cérémonie officielle, ils s’assoient toujours au premier rang tandis que le pauvre publicain, c’est à dire vous et moi, avons le droit de nous mettre au dernier rang à condition de ne pas trop nous montrer et de ne pas sentir trop mauvais et bien sûr, à condition aussi que nous payions la note.

Bien entendu, ils sont favorables à une immigration de masse qui leur permet de payer très peu les nounous pour leurs enfants, les jardiniers pour leurs propriétés ou les chauffeurs pour emmener leurs enfants à l’école.

Cette superclasse domine le monde de la politique et des affaires depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire depuis la chute du mur de Berlin, sans interruption. Avant, ils faisaient attention tant les débiles en dessous auraient pu voter communistes.

Les carabistouilles de l’hyperclasse

Hélas pour eux, cette classe, au sens marxiste du terme, vient de ramasser quelques solides raclées lors des dernières consultations électorales telles la déroute du Brexit, le triomphe de Trump ou la déculottée du dernier référendum italien. Et du coup notre classe de génies s’est rendu compte que le peuple n’était plus dupe de leurs mensonges et qu’il fallait trouver autre chose. Et comme ils sont beaucoup moins malins qu’ils ne le pensent, les moyens qu’ils utilisent pour essayer de conserver leur monopole sur le pouvoir sont complètement prévisibles et transparents de naïveté. J’ai donc pensé qu’il serait intéressant que je fasse une petite recension de leurs carabistouilles. Mon but est très simple: je veux lancer un jeu facile et tout d’exécution.

Quand vous entendrez l’une de ces éminences se lancer dans une explication visant à le faire élire ou réélire, il faudra reconnaître le numéro de la carabistouille et en faire part aux autres lecteurs, en expliquant sur quel sentiment nos héros essaient de jouer pour inciter les auditeurs à voter pour eux. Les entrées reconnues comme valides auront droit à un livre gratuit parmi ceux que je réédite.

Voici donc les carabistouilles rangées sans ordre particulier.

Numéro 1: Vous qui êtes intelligents et qui faites quasiment partie de la super classe vous ne POUVEZ pas voter avec ces demeurés? On fait appel ici à deux ressorts, l’envie d’appartenir et la peur d’être confondu avec les crétins du bas. Cela marche très bien avec les demi-intellectuels qui bossent dans les media ou dans l’éducation.

Numéro 2: si vous expliquez que dans le fond vous aimez bien votre pays, l’on vous rétorque qu’Hitler aussi aimait le sien. C’est ce que j’appelle la « réduction ad hitlerum » et cela marche parfaitement dans tous les débats télévisés. L’idée est de vous couvrir de honte pour que vous vous taisiez à jamais, le principe étant celui de l’excommunication pratiquée autrefois avec beaucoup de succès par l’Eglise catholique. Ça a fonctionné à la satisfaction générale quand la superclasse avait le monopole des media, ça ne marche plus depuis que tous les exclus se parlent les uns aux autres par internet et se rendent compte qu’ils sont une majorité. Dans un monde où il n’y a que des Protestants, être excommunié par l’Eglise Catholique n’est pas très grave.

Numéro 3: depuis l’an 2000 c’est-à-dire bien avant que le FN ne le dise, je dis à qui veut l’entendre que l’euro est un désastre et qu’il va disparaitre. Voilà une preuve irréfutable que je suis un partisan du FN et que donc je n’ai pas le droit à la parole dans une société civilisée. La méthode ici est très simple: les surhommes pensent qu’ils contrôlent le « logos » (voir mon récent article sur le sujet). C’est donc eux qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être discuté dans la société. Il s’agit ici d’une forme de censure non déguisée, appuyée sur le principe d’autorité qui d’après Saint Thomas d’Aquin est irrecevable lors d’une discussion entre gens normaux.

« La question ne sera pas posée » comme le disait l’avocat général au moment de l’affaire de Panama.  Deux remarques içi: je ne leur ai donné aucune autorisation pour monopoliser l’ordre du jour de ce qui peut ou ne pas être discuté et ensuite je ne vois pas ce qui leur permet d’exclure trente pour cent de la population du débat publique. Il faudrait que quelqu’un informe mes surhommes qu’ils ne contrôlent plus le Logos.

Numéro 4: vous qui êtes un homme pragmatique (ce qui veut dire malhonnête en bon français), rejoignez-nous. Nous contrôlons tous les media, toutes les universités, nous vous nommerons à la commission d’éthique de la fédération française de pétanque ou de chasse,vous serez invité à faire des voyages d’études en Polynésie ou à la Martinique en hiver, vous  aurez votre tabouret à la télévision où vous direz bien sur ce que l’on vous a dit de dire et vous ferez la fierté de votre quartier. Ça, c’est tout simplement de la corruption et croyez moi, ça marche très bien surtout avec les journalistes officiels ou non.

La Numéro 5 est de loin la plus subtile. Les pouvoirs souterrains qui nous gouvernent préparent longtemps à l’avance l‘arrivée d’un homme «nouveau», sans histoire personnelle, sans aucune idée à lui, dont nul ne sait d’où il vient, et cet homme se présente aux élections et est élu triomphalement. Comme chacun des lecteurs s’en est rendu compte, du moins je l’espère, je fais allusion ici à monsieur Obama, créature forgée de toutes pièces par le parti Démocrate dont nul se souvient à Columbia où il a fait soit disant ses études, personne ne sachant qui les a payé au demeurant, son dossier à l’université étant bloqué pour cinquante ans, sans que nul ne sache pourquoi. Bien que ne s’étant jamais présenté à une élection concurrentielle et n’ayant jamais exercé la moindre responsabilité il fût élu président des USA en ne débitant que des platitudes. Et cette élection permit à ma superclasse de rester au pouvoir et ce continuer à tondre les moutons tranquillement. Chacun se rend compte cependant, huit ans après, que cela faisait des années que la marionnette était sculptée jusque dans ses moindres détails et qu’il fallait être idiot pour croire qu’une idole représentait une solution.

Je tiens à préciser ici que toute ressemblance avec monsieur Macron n’est en rien le fait du hasard. Le parti socialiste est en train d’essayer de rééditer en France le coup Obama en remplaçant Obama par Macron. Voter pour monsieur Macron, c’est bien évidemment voter pour une marionnette encore plus improbable que monsieur Obama et ceux qui ne s’en rendent pas compte ont, à mon avis, un vrai problème de compréhension du monde qui les entoure.

Fillon : un péché n’est pas un crime

Cela me fait penser à des esclaves qui voteraient avec enthousiasme pour le chaouch qui les garde en bon ordre à grands coups de fouet. Les cinq premières carabistouilles sont à dire vrai d’aimables plaisanteries sans grande conséquences. La sixième est beaucoup plus grave parce qu’elle s’attaque a ce qui constitue l’essence de la volonté de vivre ensemble, c’est-à-dire a la croyance qu’une justice impartiale existe. Détruire cette croyance, c’est détruire la nation et cela peut amener à une guerre civile. Elle consiste à se servir des institutions de l’Etat conquis de haute lutte depuis des décennies pour faire tomber les opposants un peu trop efficaces en se servant de la Justice pour museler de tels hommes avec bien sur la complicité des médias.

Prenons François Fillon qui n’ a rien fait d’illégal mais qui a peut-être fait quelque chose que la majorité de la population considère comme immoral, ce qui n’est pas la même chose. Le rôle de l’Etat est de punir le crime et non le péché, qui ne regarde que la conscience de tout un chacun. Monsieur Fillon a peut-être commis un péché, mais en aucun cas un crime puisque ce qu’il a fait était autorisé par la Loi.

Par contre, si monsieur Hollande et monsieur Macron se sont servis de la justice pour biaiser les résultats de l’élection, alors là, il s’agit certainement d’un crime et ils devraient tous aller en prison si on pouvait le prouver, les juges en premier.

Si la réalité est que l’on poursuit monsieur Fillon en justice, tout en étant certain qu’en fin de compte il y aura un non-lieu une fois l’élection passée et si les media se joignent à la curée puisqu’ils sont tous détenus par des membres éminents de la superclasse, alors on pourra sans doute faire élire le pantin mentionné au paragraphe précédent, en laissant un homme à près honorable brisé avec toute sa famille sur le bord de la route.

Et le peuple deviendra enragé. C’est ce que les journalistes politiques, toujours aux ordres, appellent  » être habile ». Ce n’est en rien être habile. C’est tout simplement être criminel. Le résultat est évident : Si vous voulez faire rire l’assistance dans un café ou dans une réunion vous dites simplement: « moi, je fais confiance à la justice de mon pays« . Et tout le monde de s’écrouler de rire. Et ces rires me terrifient.

Car la Bible, dans les « proverbes » n’a pas de mot trop dur pour le juge inique qui se soumet aux ordres des puissants. Et pour cet homme, ou cette femme, il n’y a pas de pardon possible. Le peuple, depuis un certain temps a parfaitement compris qu’il était manipulé grâce aux techniques allant de un à cinq. Il a tendance à se dire c’est de bonne guerre, je me suis fait avoir et à passer à autre chose.

Mais je suis certain d’une chose : en aucun cas, il ne pardonnera la manipulation criminelle de la justice à des fins aussi basses s’il se rend compte que l’on cherche à l’empêcher de voter pour qui il veut. Ce que je ne sais pas cependant est très important. Cette inéluctable révolte va-t-elle amener le peuple à voter pour monsieur Fillon ou pour madame Le Pen ? Il votera pour madame Le Pen s’il pense que monsieur Fillon fait partie lui aussi de la superclasse.

Et dans ce cas-là, madame Le Pen sera élue. Et les hommes de Davos n’auront que ce qu’ils méritent.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.


Affaire Fillon: quel contre-pouvoir face au quatrième pouvoir?

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Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013
Conférence de presse de François Fillon, février 2017. SIPA. 00792053_000013

Que n’a-t-on pas fait et dit pour disqualifier le candidat que Les Républicains ont pourtant majoritairement choisi et élu, lors des primaires de la droite et du centre, et de l’empêcher de les représenter à l’élection présidentielle ? Délation téléguidée, fuites minutieusement dosées, lynchage médiatique, propos calomnieux, harcèlement psychologique… Et comme François Fillon s’est avéré, notamment dans son dernier meeting au Trocadéro, homme d’Etat à la carapace gaullienne, certains ont dû recourir à la machine judiciaire pour enquêter, non guère sur un délit présumé que les lois répriment, mais sur une attitude humaine que la morale réprouve et dont les faits remontent à plus de vingt ans.

«Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser» 

Ce n’est pas l’information judiciaire ouverte contre X par le parquet national financier (PNF), ensuite la possible mise en examen de François Fillon, qui sont suspectes. Indépendante et souveraine, la justice a le droit, le devoir et la vocation d’enquêter sur qui elle veut et quand elle veut. C’est plutôt l’instrumentalisation effrénée et éhontée de cette affaire qui suscite l’interrogation et provoque l’indignation. C’est aussi la violation des droits de la défense qui est inacceptable dans une démocratie. C’est la violation permanente du secret de l’instruction et le grand étalage dans la presse de documents censés rester confidentiels, qui n’est pas digne, ni du deuxième pouvoir, ni du quatrième sacro-saint pouvoir, celui des médias.

Le précurseur de la séparation des pouvoirs, Montesquieu, a vu juste lorsqu’il a écrit dans L’esprit des lois que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Cela vaut aussi bien pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir judiciaire, et à plus forte raison pour le pouvoir médiatique, qui n’est plus le quatrième pouvoir mais le premier, ne rencontrant qui plus est aucun contre pouvoir. Bientôt, dans la logique démocratique de Montesquieu, il va falloir inventer un cinquième pouvoir pour limiter l’omnipotence d’un quatrième qui s’emballe. Puis un sixième pour contrôler le cinquième, puis un septième pour surveiller le sixième…

Balzac avait également vu juste lorsqu’il écrivait, déjà en 1840, que « la presse est en France un quatrième pouvoir dans l’Etat ; elle attaque tout et personne ne l’attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu’il y ait réciprocité ». Description parfaite de certains plateaux de télévision où la « neutralité axiologique » chère à Weber s’éclipse au profit de la subjectivité idéologique et du parti pris politique.

Tocqueville aussi voyait juste lorsqu’il écrivait dans La Démocratie en Amérique : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. »

A quand un contrôle des journalistes par les journalistes?

Plus proche de nous, enfin, Régis Debray, qui, à la suite de son remarquable essai L’Emprise, déclarait en avril 2000 : « les journalistes m’effrayent, ils me font peur. J’ai peur du pouvoir qu’ils ont…Autrement dit j’ai le même sentiment qu’on peut avoir devant des inquisiteurs au XIIIème siècle ou devant des évêques au XVIIIème…Ce sont des gens capables de fulminer, d’excommunier, de massacrer par les mots ou les images des êtres humains…Les journalistes sont les magistrats de la morale publique. C’est extraordinaire et je trouve cela démesuré et dangereux ».

Pas plus que l’indépendance absolue de la justice, loin de moi l’idée de limiter la liberté d’expression, qui est vitale dans une démocratie digne de ce nom. En outre, une justice souveraine et égale pour tous est au fondement même du contrat social. Le journalisme est une école de citoyenneté et le poumon même de la République. Il s’agit au contraire de préserver la liberté d’expression de ses propres dérives et de lui opposer un cinquième contre pouvoir, ou plus exactement une autorité exercée par les journalistes eux-mêmes. Il y a bien un Conseil de l’ordre pour sanctionner le médecin coupable de faute professionnelle, un Barreau des avocats pour veiller au prestige et à la réputation de cette profession, un Conseil des architectes, des ingénieurs… Il n’y a point d’autorité, dans le sens qu’Alain donnait à ce terme, pour rappeler à l’ordre le journaliste coupable de désinformation, de parti pris politique ou de faute déontologique, qui est parfois nettement plus grave que le morceau d’une compresse oublié par un chirurgien dans le ventre d’un patient. Souvenons-nous du père Di Falco, de Dominique Baudis, ou encore du suicide de Pierre Beregovoy, le plus honnête et le plus intègre des ministres socialistes.

On répète souvent et à juste titre que le tempo judiciaire n’est pas celui du politique. Certes, mais dans l’affaire François Fillon, comme d’ailleurs dans le cas de Marine le Pen, la synchronie entre les deux temps est pour le moins troublante, et la concomitance des calendriers stupéfiante.

Le premier pouvoir, c’est l’isoloir

François Fillon, comme Marine le Pen, comme tous les autres candidats à l’élection présidentielle, ont été choisi par leurs partis et par leurs bases, pour se disputer loyalement et démocratiquement le pouvoir suprême. Quels que soient les faits présumés que l’on peut reprocher aux uns et aux autres, aucune autorité et aucun pouvoir ne peut se substituer au verdict des urnes et les empêcher de se présenter devant le suffrage universel des Français. C’est à lui et à lui seul de déterminer le sort de ces candidats… et le destin de ce pays. A 45 jours du premier tour, il faut transcender cette polémique politico-juridico-médiatique et laisser, enfin, les candidats débattre sur les questions de fond, sur les idées et les projets.

Avec 6 millions de chômeurs et 9 millions de paupérisés, avec une économie et une industrie en berne, avec une métastase de l’islamo-fascisme, avec une montée sans précédent du terrorisme global, avec un choc des civilisations qui n’est plus « cassandresque » mais réel, avec une invasion migratoire aussi tragique que périlleuse, avec des turbulences prévisibles dans les relations internationales… les Français ont besoin de paroles rassurantes… et surtout d’actions déterminantes.

Que les journalistes enquêtent en respectant leur déontologie, que les juges enquêtent sans y associer les médias, et que les candidats à l’élection présidentielle débattent démocratiquement sur les questions de fond et non sur des affaires qui n’intéressent guère les Français.