Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Ainsi, du côté du candidat socialiste, qui plafonne à 14%, sanctionner d’exclusion les élus qui parraineraient un autre prétendant à la présidence semble devenu une ardente priorité. Que le parrainage ne signifie aucunement un soutien dans la constitution, peu leur chaut, du côté de Solférino. On ne rigole pas avec les statuts d’un parti, fut-il agonisant. Chez François Fillon, on a aussi la gâchette facile. Sitôt le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne déclarait sa flamme à Emmanuel Macron qu’un communiqué de son parti annonçait sa prochaine exclusion. Entre ses propres affaires judiciaires, ses immenses cadeaux à l’UDI sous la contrainte, et la campagne qu’il doit néanmoins mener, François Fillon a le temps de s’occuper de l’exécution d’un mutin icaunais. On pourrait conclure que ces gesticulations sont grotesques, à l’image de cette campagne électorale mais après tout, pour tous ces hommes d’honneur, la discipline de parti n’est-elle pas la dernière valeur à laquelle se raccrocher ? Ragaillardi par cette hypothèse audacieuse, il faut nous atteler à un examen de conscience. Expier nos fautes. Autant pour l’honneur et la gloire de nos vieux partis de gouvernement que par solidarité avec les parrains PS de Macron et le sénateur de l’Yonne. C’est pourquoi voici la lettre que j’adresse aujourd’hui à Jacques Chirac et Alain Juppé :

David Desgouilles
Adhérent RPR (1988-1998)

A

Jacques Chirac, président

Alain Juppé, secrétaire général

 

Besançon, le 17 mars 2017

 

Monsieur le Président
Monsieur le Secrétaire général,

Chers compagnons,

 

Le 12 juin 1994, alors que je militais au Rassemblement Pour la République qui soutenait officiellement la liste conduite par Dominique Baudis, j’ai glissé dans l’urne une enveloppe contenant un bulletin de la liste conduite par Jean-Pierre Chevènement.

Evidemment, à l’époque, j’avais prétexté auprès d’amis proches et discrets un militantisme récent contre le traité de Maastricht et un refus conséquent de soutenir une liste fédéraliste. Certains cadres de notre vieux rassemblement avaient bien constaté une absence de mobilisation dans la campagne mais ils étaient à mille lieues de soupçonner l’irréparable.

C’est pourquoi, vingt-trois ans après, je demande officiellement la reconstitution des instances disciplinaires du RPR pour procéder à mon exclusion. Cela conduira à annuler de facto ma démission intervenue quatre ans plus tard, laquelle m’avait donné le beau rôle que, manifestement, je ne méritais pas. Cela me permettra aussi de demander qu’on recalcule en travail rémunéré –puisque non plus militant et donc bénévole- les heures passées entre juin 1994 et octobre 1998, en collage d’affiches, distribution de tracts (parfois à la con, notamment à l’hiver 95-96), palabres inutiles en réunions interminables etc…

Evidemment, et si vous me le demandez gentiment, je suis prêt à vous donner lors de l’audience disciplinaire les noms de copains, fort plus nombreux d’ailleurs, ayant voté pour la liste Villiers-Goldsmith lors du même scrutin.

Ayant désormais encore plus de temps que François Fillon pour convoquer les instances disciplinaires, je ne doute pas, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, que vous donnerez suite à cette demande légitime d’expier ma faute. Je sais que vous ne plaisantez pas avec la discipline partisane. Après tout, n’avez-vous pas procédé à l’exclusion d’Alain Carignon qui souhaitait un front républicain pour une simple élection cantonale ?

Je me permets enfin de solliciter une dernière requête. Pouvez-vous, lors de la même audience, procéder à l’exclusion de Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui ont soutenu en 1995 un autre candidat que celui soutenu par notre rassemblement ? Je ne méconnais pas qu’à l’époque, on pensait encore que l’élection présidentielle n’avait que peu à voir avec les partis, surtout dans le mouvement gaulliste, mais je constate qu’aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas et, pour tout vous dire, je trouverais ça très chic !

Je vous prie, cher Jacques Chirac, cher Alain Juppé, etc.

Copies à Benoît Hamon et à François Fillon. Visiblement, ils doivent aussi avoir du temps  pour lire.

 

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David Desgouilles
est blogueur et romancier.Responsable du blog politique "Antidote" sur Causeur.fr, il a grenouillé un peu dans la politique, surtout pendant les années 90. Derniers livres parus : Dérapage (Édition du Rocher) / Le bruit de la douche (Édition Michalon)