Fumeur de cannabis au Canada, mars 2017. SIPA. AP22025228_000003

Six ans après sa fameuse révolution du jasmin, la jeunesse tunisienne hésite entre deux appels du large : un visa vers l’Occident ou un taxi pour Tobrouk, à l’ombre de l’État islamique libyen. Or si des lycéens désœuvrés de Siliana, au nord-ouest du pays, ont récemment provoqué une polémique d’ampleur nationale, ce n’est pas en tentant de gagner Lampedusa ou la Libye, mais après s’être évadés en fumant un joint.

Le 12 février, deux élèves de terminale ont ainsi été arrêtés par la police pour consommation de cannabis, un délit passible de plus d’un an de prison ferme en Tunisie. Les rapports d’Amnesty International vous le confirmeront : en dehors des ateliers de bodypainting, tendance tortures et mauvais traitements, les pénitenciers locaux évoquent moins le Club Med que Midnight Express

La répression? Efficacité fumeuse

Émus par le sort des deux jeunes embastillés, syndicalistes, politiques et intellectuels ont donc lancé darbouka battante une campagne de soutien pour assouplir la législation. Jusqu’au président nonagénaire Beji Caïd Essebsi, les plus hautes autorités de l’État ont annoncé vouloir abroger la Loi 52. Ce texte ultra-répressif criminalise l’usage de stupéfiants depuis son adoption en 1992 par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali alors que le propre frère du raïs était englué jusqu’au cou dans un trafic mondial de cocaïne – la célèbre « Couscous connection » ! Vingt-cinq ans après cette ténébreuse affaire qui s’est soldée par la mort non élucidée de Moncef Ben Ali, on peut en tirer un bilan plus que mitigé : quelque 120 000 Tunisiens ont