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La com’ chancelante du président Macron


L’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée a ceci de stimulant pour ceux qui s’intéressent aux enjeux de communication qu’elle permet de réinstaller ces derniers au cœur d’une réflexion plus globale.


Chacun s’accorde à reconnaître que la com’ a non seulement joué un rôle essentiel dans la réussite électorale du tout nouveau président mais qu’elle continue à servir de carburant à sa conception de l’exercice du pouvoir. D’aucuns louent son talent de communicant quand d’autres n’y voient qu’une énième entreprise de manipulation des opinions et des esprits, inhérente au tropisme de politiques plus enclins à défendre une certaine organisation de la cité qu’à réformer celle-ci.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est bien le statut de cet objet omniprésent qu’est la communication qui est interrogé, soit au travers d’une surestimation de son efficience sociale, soit au prisme de sa toxicité idéologique.

Communication, l’autre nom de la propagande?

Or ces deux approches, aussi antithétiques qu’elles puissent paraître, n’en puisent pas moins à la même source, celle d’une communication appréhendée par le seul biais instrumental. Encore une fois, portée par l’ombre de sa professionnalisation, la communication en est réduite à une technique, un véhicule dont l’objectif consiste à acheminer un message et à assurer non seulement sa remise mais son adoption par les récepteurs. De ce point de vue rien sur le fond ne distinguerait communication et propagande, la première n’étant qu’une forme édulcorée de la seconde dans la mesure où elle opérerait prioritairement dans une société ouverte et pluraliste quand sa sœur jumelle serait exclusivement l’apanage des sociétés fermées et totalitaires. Confinée à sa seule fonctionnalité, délaissant ses racines anthropologiques qui en font pourtant un processus fondateur de la société, la communication en est ainsi réduite à cet appendice parfois incompris, souvent méprisé que l’on appelle la com’ pour caractériser tout un ensemble de métiers et de savoir-faire qui ont investi les différents secteurs de nos sociétés depuis maintenant près d’un siècle.

Macron le story-teller

Par l’usage intensif qu’il en fait, le macronisme réactive un imaginaire de la communication tout à la fois sulfureux et appauvrissant, levier de toutes les entreprises de domination et de domestication, bien plus que projet d’émancipation et de partage. Story-teller de son mandat, Emmanuel Macron préjuge ainsi de la malléabilité intrinsèque des opinions, de la plasticité des récepteurs dont il fait peu cas de l’aptitude à discriminer et à discerner. Le blitzkrieg communicationnel qu’il a produit et conduit dans sa conquête du pouvoir le renforce sans aucun doute dans cette conviction qui a force de foi dans sa bonne et belle étoile communicante. Il en oublierait aussi l’heureuse providence qui a enfanté son assomption élyséenne, c’est-à-dire l’explosion sur elle-même des vieilles offres politiques dont il fut bien plus l’allumette que la poudre et la mèche. Sans cet effondrement du duopole de gouvernement, usé par deux quinquennats d’espoirs déçus sur l’autel du realpolitik à la godille de ses prédécesseurs, la com’ de conquête n’eut sans doute pas brisé avec autant d’allégresse les murailles lézardées des forteresses partisanes de la Vème République.

La légende d’un Prince de la communication

Pour autant, c’est bien cette disposition communicante, polie avec une sophistication de tous les instants, qui s’est imposée comme la marque de fabrique du tout nouveau pouvoir. Ce dernier contribue ainsi à inventer subliminalement la légende d’un Prince de la communication, orfèvre en symboles et autres récits qui permettraient au bon peuple de France de se retrouver enfin gouverné par un souverain quasi-thaumaturge. L’enfant-roi nous insufflerait des raisons à nouveau de ne pas désespérer du politique…

A la version rose s’oppose une narration plus obscure qui voit dans l’œuvre aussi soudaine que déroutante du jeune prodige la continuation exacerbée, à peine dissimulée, d’une com’ propagandiste qui, tel le joueur de flûte de Hamelin, envoûte de sa mélodie le peuple-enfant que nous sommes… La représentation maudite de cette com’ un tantinet cynique prend tout son sens lorsqu’une jeune novice du staff communicant du président avoue avec une candeur qui le dispute à l’arrogance qu’elle n’hésite pas à mentir aux journalistes…

L’art du mensonge cash

Le pire du spin doctor peut dés lors donner libre cours à toutes les rumeurs, à  toutes les certifications douteuses d’une pseudo-réalité, à toutes les figures avariées des sous-séries les plus éculées qui circulent sous nos écrans au gré des saisons… Au moins le machiavélisme avait l’intelligence pudique de dissimuler ses ruses. Au moins les spins doctors de la guerre en Irak, à l’instar d’Alastair Campbell auprès de Blair, feignaient de croire à leurs calembredaines…

La génération post-2000, dont le chef de l’Etat est aussi le modèle et le héraut, a de son côté le mérite de la franchise du mensonge-cash ! Cajolée ou houspillée, la communication politique des nouvelles élites macronistes pourvoit tout autant en verticalité qu’elle s’y fourvoie non sans une certaine forme de naïveté. Elle reproduit de la sorte tous les présupposés des politiciens, mais aussi de bien des dirigeants, qui s’imaginent que le schéma communicant n’est autre que celui qui va de l’émetteur au récepteur. À ce jeu, la communication n’est qu’une fonctionnalité parmi d’autres.

Le macronisme évite l’altérité

La recherche de l’efficience et du profit relationnel constitue son horizon immédiat sans souci de préoccupation éthique. Cette instrumentalisation d’un acte aussi trivial en apparence que celui de communiquer, mais en réalité si hautement complexe, sous-estime l’extraordinaire résilience des opinions, y compris quand ces dernières sont confrontées à des phénomènes propagandistes. En fondant sa présence au monde sur la seule com’, le macronisme oublie que la communication va au-delà d’un simple savoir-faire. Elle exige tout d’abord l’acceptation du débat avec la réalité et ses aspérités – ce qu’exclut la politique de com’ du jeune président qui se refuse à une confrontation à l’altérité autre que scénographiée; elle vise surtout implicitement plus haut dans une quête quasi-existentielle du partage, de la médiation, de l’échange… L’enjeu de la communication n’est pas tant de mettre en scène, d’exprimer que de tenir compte des dissonances et des « parties prenantes » pour reprendre l’un des principes fondateurs des pratiques de ce que l’on appelle aujourd’hui la « responsabilité sociale d’entreprise ».

Le nouveau monde parodie l’ancien

Or le logiciel communicant du jeune président, inspiré de la com’ corporate cadenassée des grandes marques, double cette prédisposition au management pyramidal d’un usage des ressources les plus absolutistes de la Vème République (réaffirmation du domaine réservé comme dans le conflit l’opposant à l’ancien chef d’état-major, recours aux ordonnances pour légiférer, etc.). Tout se passe comme si le « nouveau monde » proclamé, peu soucieux des caractéristiques d’une époque où la négociation en continu fait office de principe régulateur des sociétés, se nourrissait des aliments de l’ancien monde innervé par la hiérarchie, le formalisme autoritaire, et un zeste de mépris pour ceux qui ne sont que minoritaires comme l’atteste le traitement dont les oppositions parlementaires sont l’objet au sein de l’hémicycle.

Le monde selon Macron est fait de peu de dialogues et de beaucoup de monologues. C’est ainsi qu’il faut lire la suppression, entre autres, du traditionnel entretien télévisé du 14 juillet. C’est ainsi qu’il convient aussi d’interpréter la procédure des ordonnances pour refondre dans la douleur de l’urgence un code du travail fruit de décennies de discussions.

L’Elysée se fait forteresse

Dans des temps où tout pousse à l’horizontalité communicante, réseaux sociaux et Internet obligent, la com’ verticale a tout de la restauration d’un ancien régime. Communication et injonction sont au cœur des contradictions de cette nouvelle majorité. Or on ne communique, pas plus que l’on gouverne, par injonction. Ce paradoxe vient troubler l’horlogerie jusque-là minutieusement réglée du monarque qui, en son palais, engrange au cœur de la torpeur estivale les premières courbes de défiance sondagière. À contretemps de la sensibilité de l’époque, à contre-sens de ce que cette même époque projette de demande de reconnaissances à travers l’appel à communiquer, le château se fait forteresse au risque d’être incompris et de transformer la parole prétendument jupiterienne en un soliloque exaspérant et inaudible. Après le temps de la com’ louée, vénérée, glorifiée, viendrait celui, plus amer et plus orageux, de l’incommunication. L’épreuve du pouvoir en quelque sorte.

Pourquoi les grands économistes français sont de gauche

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En marge d’une myriade hétéroclite d’experts médiatiques majoritairement apolitiques, européistes et libéraux (Verdier-Molinié, Dessertine, Bouzou…) se dressent les « grands  économistes », auréolés de leur crédibilité académique et engagés dans l’ombre des puissants, que ces derniers consultent souvent comme jadis ils sondaient les oracles. Pourquoi sont-ils presque tous de gauche?


Il y a trente-cinq ans, une centaine d’économistes britanniques publiait une diatribe engagée visant à dénoncer la politique thatchérienne en matière d’emploi. La décennie qui suivit leur donna techniquement tort. En 2012, une pléiade d’éminents économistes au rang desquels figuraient entre autres Piketty, Cohen, Aglietta ou encore Aghion, signait cette fois une tribune dans Le Monde sobrement intitulée « Nous, économistes, soutenons Hollande ». Deux ans plus tard, la plupart d’entre eux déchantaient, qui critiquant la pusillanimité de la présidence face aux puissances financières, qui déplorant l’incapacité du pouvoir à réformer quoi que ce soit en matière d’économie. À la fin du quinquennat, c’est peu ou prou l’ensemble de cet aréopage d’experts à tendance socio-démocrate qui regrettait une mandature « pour rien ».

Aveuglement idéologique

Bien qu’éloignées dans le temps l’une de l’autre, ces prises de position tranchées procèdent d’un germe commun : dans les deux cas, il est aisé de déceler un certain aveuglement idéologique à l’origine des lourdes erreurs de jugement qui ont assuré la postérité malheureuse de ces engagements publics.

Au tournant de la crise de 2008, la plupart des économistes français que nous avons cités et nombre de leurs confrères académiques moins médiatiques ont affirmé ou réaffirmé avec force leur credo keynésien et ce, nonobstant les échecs avérés des politiques du genre menées dans les années 1970, ces dernières ayant souvent conduit à de néfastes phases de stagflation là où elles ont été déployées.

Tous keynésiens

Ce keynésianisme bon teint a les atours d’un positionnement intellectuel de confort, à la fois résolument bourdieusien (l’État saura suppléer aux défaillances des individus), éminemment social (la relance par la consommation, c’est l’organisation de la redistribution vers ceux qui possèdent le moins) et désespérément romantique (le financement par la dette est un moindre mal qui engage un tiers hypothétique et ménage l’individu ainsi déresponsabilisé). À n’en point douter, il s’agit là d’une synthèse éclatante du plus pur socialisme contemporain.

Loin de remettre en cause les schémas existant, la crise a eu pour effet d’accentuer la ligne de fracture entre les partisans de la relance et ceux, honnis, de l’austérité ; soit d’un côté la noble poiesis des économistes, de l’autre la vile praxis des gestionnaires, des technocrates et des financiers.

L’économie hors-sol

Il y a fort longtemps en Occident que les conseillers des princes n’émanent plus des rangs des philosophes, des ecclésiastiques ou des militaires. Le post-postmodernisme pacifié de nos sociétés développées ne se soucie guère plus des enjeux d’antan. Au cours du XXe siècle, l’asservissement graduel du bien-être des peuples à leurs niveaux de production en biens et services – si pertinemment décrit par Baudrillard – a conduit à la survalorisation des experts de la science économique et à l’émergence de théories progressivement érigées en dogmes.

C’est ainsi que les économistes ont in fine acquis une place centrale dans la cité, auréolés d’un savoir technique souvent abscons, qui les protège et fait d’eux des apôtres des temps nouveaux. Ce statut n’est pas sans conséquence ; à mesure que les économistes se sont rapprochés des sphères d’influence et de pouvoir, c’est le contact avec le réel que beaucoup ont perdu. Or, peu adhérente au pragmatisme, la vision socialiste du monde prospère justement dans les milieux où l’entre-soi se mêle à un coupable sentiment de classe. L’environnement de nombreux économistes français en vue est aujourd’hui de ceux-là, indubitablement.

De l’émergence d’une conscience sociale

Notre système d’enseignement supérieur universitaire des humanités (et disciplines « assimilées ») est sociologiquement inscrit à gauche, c’est un fait acquis[tooltips content=’cf. R. Magni Berton et A. François, Que pensent les penseurs ?, PUG, 2015.’]1[/tooltips]. Nos économistes sont souvent et malgré eux les produits de cette tradition qui les transcende et dont il leur est très difficile de se défaire vraiment.

Une étude menée par la banque centrale de New York sur plusieurs générations d’étudiants a en outre montré que les étudiants ayant suivi des cours d’économie étaient enclins à se situer plus à droite de l’échiquier politique que leurs pairs strictement littéraires, mais que le vote Démocrates retrouvait la faveur des étudiants dont le niveau en économie était plus élevé (2e et 3e cycles universitaires), ces derniers pondérant différemment le rôle ordonnateur de l’Etat, ainsi que l’importance sociale des politiques de redistribution. Nul doute que ce phénomène soit également à l’œuvre dans le positionnement idéologique des économistes les plus renommés.

Le prisme médiatique déforme

Mais le déterminisme dont il est question ne s’exprimerait sans doute pas avec l’acuité qu’on lui connaît s’il n’était magnifié par un prisme médiatique également acquis à la cause socialiste, et entretenu par la tentation facile de relayer à l’envi une doxa humaniste et idéaliste, déconnectée des complexités inhérentes à tout débat raisonnable en science économique.

Pour toutes ces raisons, le dilemme entre « conscience sociale » et probité intellectuelle est trop souvent tranché idéologiquement ex ante, avant même d’avoir pu être décemment mis perspective.

Quand le libéralisme glisse

En France comme en Europe, le libéralisme mondialiste a connu un essor insigne au cours de ces 30 dernières années, en grande partie sous l’influence des grandes formations politiques socio-démocrates, dont celle d’Emmanuel Macron est la dernière émanation en date. Obnubilée par le primat de l’individu, la gauche socialiste a en effet baissé la garde dès les années 1980 en consentant à faire d’un certain libéralisme la condition du libertarisme. Croire que la fracture entre droite et gauche peut se résumer à un débat sur l’acceptation ou le rejet du libéralisme est aujourd’hui un leurre. Le libéralisme s’est universalisé ; ce faisant, il n’est plus l’apanage d’une caste supérieure soucieuse de défendre ses intérêts. La gauche moderne a depuis longtemps compris qu’il ne pourrait y avoir de réelle classe moyenne sans entreprise, ni d’entreprise pérenne sans une relative liberté dans les échanges.

Vers une synthèse?

Se revendiquant volontiers socialement inclusif et soucieux des biens communs, le libéralisme contemporain de gauche porté par les économistes réalistes coexiste pourtant, bon gré, mal gré, avec une conception néo-marxiste idéaliste défendue par leurs confrères hétérodoxes, l’improbable attelage ainsi composé sous-tendant une vision du monde dont la chimérique synthèse reste à réaliser

La société de consommation

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« Les Asiatiques de France ont le sentiment de vivre aux côtés de leurs agresseurs »


Si les grands médias n’ont découvert la situation tendue d’Aubervilliers qu’après l’assassinat d’un couturier chinois l’été dernier, cela fait déjà quelques années que la coexistence entre communautés n’y est plus très pacifique. Un an après la grande mobilisation des Asiatiques de France contre le racisme et l’insécurité, six ans après les émeutes interethniques de Belleville, Rui Wang, cofondateur de l’Association des jeunes Chinois de France, fait le point sur la situation. Entretien.


 

Daoud Boughezala. Un an après l’assassinat du tailleur chinois Chaolin Xhang à Aubervilliers, a-t-on progressé sur le plan sécuritaire ?

Rui Wang. Même si je n’habite pas Aubervilliers, je communique directement avec les commissaires de police et la préfecture. Statistiquement, il y a eu une baisse du nombre de vols avec violences et du nombre de plaintes déposées par des personnes de nationalité asiatique. J’ai aussi le sentiment que moins d’Asiatiques signalent leurs agressions sur les réseaux sociaux. Notamment parce qu’un certain nombre de délinquants multirécidivistes – qui avaient parfois agressé une trentaine d’Asiatiques ! – ont été neutralisés. Il suffit d’en arrêter deux ou trois pour que de grosses machines à plainte s’enrayent. Ceci dit, sur le terrain, les gens se plaignent toujours d’un sentiment d’insécurité. Ils ont le sentiment de vivre aux côtés de leurs agresseurs.

Par exemple à Belleville, où vous aviez lancé votre combat associatif après des heurts intercommunautaires il y a quelques années…

Je ne considère pas qu’il y a eu des heurts inter-communautaires à Belleville, mais des commerçants qui ont vu leur clients agressés par des voleurs. La couleur des agresseurs n’est pas un élément déterminant de la colère, c’est la violence même. A Belleville, la situation s’est améliorée par rapport à il y a six ans. Le quartier est apaisé. Les touristes reviennent. S’il reste d’autres problèmes (prostitution, vendeurs à la sauvette), les vols avec violence y sont beaucoup plus rares. Beaucoup de moyens policiers ont été mis ces dernières années, créant une très grande proximité entre les policiers et les commerçants locaux. Ce qui est plus difficile à Aubervilliers car les zones à fort taux de violence sont plus nombreuses, et certaines sont sans commerces.

Confrontée à une recrudescence des agressions, notamment à l’encontre des Asiatiques, Aubervilliers est-elle délaissée par la police ?

La police n’y est pour rien mais dans les quartiers derrière les Quatre-chemins, il y a moins de commerçants et les taux d’agression atteignent des sommets dans les petites ruelles. Il faut distinguer le quartier résidentiel des Quatre-chemins d’un côté, peuplé de membres des classes populaires, et le quartier commerçant d’import-export, fait d’entrepôts, sans habitations. Ces entreprises de confection sont tenues par des commerçants de la classe moyenne) mais qui n’habitent pas forcément Aubervilliers. Par contre, les petites mains, les manutentionnaires vivent à Aubervilliers et habitent vers les Quatre-chemins. Ce sont les cibles des racketteurs.

Pour être à l’abri des vols et déprédations, les commerçants asiatiques d’Aubervilliers ont-ils recours à des milices d’autodéfense ?

Non, mais ils subissent aussi des voies de violence de temps en temps : vols à l’arraché, bris de vitres d’une voiture pour dérober ce qu’il y a à l’intérieur, vols à la portière, etc. Mais cela concerne une autre population que les petites mains qui habitent le quartier résidentiel. Le profil des victimes asiatiques est différent.

Et leurs agresseurs…  à l’image des assassins d’origine africaine de Chaolin Xhang, sont-ils généralement issus de bandes ethniques ?

Ils n’agissent pas partout de la même manière. A Aubervilliers, dans le quartier commerçant de la Haie-Coq, les auteurs d’agressions sont au maximum deux, souvent sur un scooter. Aux Quatre-chemins, les voleurs sont à pied, sévissent parfois à quatre, avec un mode opératoire légèrement différent. Comme dans le cas de Chaolin Xhang, ils assomment leurs victimes pour pouvoir les dépouiller

Ces agressions revêtent-elles une dimension raciste ou leurs auteurs sont-ils simplement mus par l’appât du gain ?

Les agresseurs partent du principe que la communauté asiatique possède de l’argent liquide et se balade avec. C’est un préjugé à la frontière du racisme qui ne touche pas seulement Aubervilliers. Dans d’autres villes dans lesquelles il n’y a aucun commerçant mais une forte concentration de personnes d’Asie du Sud-Est, on déplore autant d’agressions selon les mêmes modes opératoires. Quand les policiers arrêtent les agresseurs, ils épondent « Les Chinois ont beaucoup plus d’argent  sur eux. » Ce qui est faux.

L’an dernier, après le meurtre d’Aubervilliers, la communauté asiatique de France semblait se droitiser en réaction à l’immigration afro-maghrébine. Cela s’est-il traduit dans les urnes en 2017 ?

S’il y a droitisation, les Asiatiques ont plutôt soutenu Juppé ou Fillon. Quand le vent a tourné, ils se sont fixés sur Macron. Sur le terrain, j’en vois de plus en plus devenir assesseurs dans les bureaux de vote, signe d’un intérêt pour la politique qu’encouragent les anciens. Certains s’engagement auprès des candidats. Il y a un mouvement démographique de fond : statistiquement, on pèse de plus en plus en termes de nombre d’électeurs. Globalement, les électeurs d’origine chinoise ont des comportements semblables aux autres. On a beaucoup voté Macron au premier tour, avant une démobilisation au second puis aux législatives.

N’y a-t-il pas une tentation frontiste chez les Asiatiques de France ?

Pas vraiment. Selon un sondage effectué chez les sinophones, Marine Le Pen avait 24 % d’intentions de vote chez les Asiatiques de France. C’est en dessous de son score national.

La construction d’une synagogue interdite en Australie pour cause de risque terroriste

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On nous avait dit qu’à La Chapelle-Pajol il suffisait d’agrandir les trottoirs pour permettre aux femmes de sortir à nouveau sans risquer de se faire agresser, une idée digne des fulgurances douteuses du maire de Cologne.

Voici qu’à Bondi, dans la banlieue de Sydney, on expérimente une nouvelle forme de lutte contre le terrorisme : pour éviter tout attentat islamiste contre une synagogue, interdisons la construction de la synagogue !

D’un bout à l’autre de la planète, c’est manifestement la même frénésie qui s’empare de certaines « élites » : soumettons-nous à nos ennemis, et avec un peu de chance ils ne nous frapperont pas. C’est lâche, immoral et stupide.

Soumission

Lâche, de toute évidence. Immoral, puisqu’il s’agit pour le pouvoir en place de se défausser de ses responsabilités, de renoncer à assurer la sécurité des citoyens, que ce soit par complaisance envers l’ennemi, par pusillanimité, ou pour ne pas assumer le coût de cette mission. J’ai dit immoral, on pourrait ajouter révoltant, indigne, dégradant, écœurant, et nombre de termes aussi politiquement incorrects et discourtois que parfaitement mérités. Et c’est aussi stupide, parce que ça ne marche pas. Ça ne marche jamais.

Dans la cour d’une école, l’enfant qui donne son goûter à la brute de la classe pour ne pas se faire taper dessus découvre vite à ses dépens qu’il n’a gagné, au mieux, qu’un bref répit. Sa soumission encourage son persécuteur à recommencer, et à aller toujours plus loin.

Bien sûr, il est souvent difficile de se défendre. La peur de prendre des coups est bien réelle, et bien compréhensible. Les parents ont dit et répété qu’il est vilain de se bagarrer, que « c’est le plus intelligent qui cède », voire que si le racketteur en herbe est méchant c’est sans doute qu’au fond de lui il est très malheureux et qu’il ne faut donc pas lui en vouloir, etc.

La paix des lâches

Il n’en demeure pas moins que dans ce genre de circonstances « tendre l’autre joue » aboutit uniquement à montrer à l’agresseur que sa brutalité est très efficace pour obtenir ce qu’il veut. Ce qui, naturellement, l’encourage à recommencer.

La plupart des enfants comprennent tout cela au plus tard à l’école primaire. Malheureusement, certains adultes semblent l’oublier.

Qu’ils prennent garde, ceux qui sont prêts à toutes les soumissions pour préserver ce qu’ils appellent paix ou « vivre-ensemble », et qui n’est en général que leur petite tranquillité égoïste. Qu’ils prennent garde, ces donneurs de leçons qui abandonnent les plus menacés ou les plus vulnérables parce qu’eux-mêmes se sentent à l’abri.

Assumer ses responsabilités

La brute de la cour de récréation qu’on a laissée harceler ses petits camarades sans rien faire finit toujours par grandir, et par s’en prendre aux adultes démissionnaires.

Ceux qui empêchent les femmes de sortir en France, ceux qui menacent les synagogues en Australie, ne s’arrêteront que lorsqu’ils verront que les victimes ne courbent plus l’échine, et que les États – et les représentants de l’autorité, élus, magistrats – assument enfin leurs responsabilités.

Il est plus que temps.

MàJ: Il semble que sous la pression des associations juives locales et de l’opinion publique, les élus et magistrats concernés aient finalement décidé d’assumer leurs responsabilités, malgré quelques circonlocutions gênées et maladroites.

Espérons que cet heureux revirement se traduise bien dans les faits, et qu’un certain nombre de personnes en France en prennent de la graine !

Soumission

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Jamais le Québec n’a été moins français

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Jamais le Québec n’a été si anglophone et jamais le Canada n’a été si bilingue, titraient les divers journaux québécois la semaine dernière à l’occasion de la parution des données linguistiques du premier recensement de l’ère Trudeau. Déjà s’emballent les sbires du « sans-frontiérisme » et les chantres du libéral-progressisme : le Québec s’assouplit, s’ouvre au monde, et le Canada n’a jamais été si prompt à embrasser son noble multiculturalisme. Le Québec, dont les velléités nationalistes ont contribué à ce qu’il soit si souvent décrit par ses ennemis nationaux comme une enclave peuplée de psychorigides à tendance xénophobe, aurait-il aujourd’hui enfin décidé de participer à la vertueuse aventure canadienne ?

Le Québec est une culture

Ne soyons pas dupes du pitoyable festivisme de notre époque, il n’en est rien. Derrière ces chiffres se cache une toute autre réalité, beaucoup plus politique et beaucoup moins mièvre: le Québec est une culture et le Canada, pays culturellement stérilisé par le multiculturalisme de la Charte canadienne de 1982, devient aujourd’hui le porte-étendard conquérant du rouleau-compresseur civilisationnel anglo-protestant.

Le penseur français Régis Debray publiait récemment chez Gallimard un nouvel opus intitulé Civilisation, riche réflexion sur le déclin de l’Europe et l’infini pouvoir de conquête de l’esprit « gallo-ricain ». Il y oppose deux concepts fondamentaux : culture et civilisation. Une civilisation est offensive ; elle conquiert et convertit. Une culture est défensive ; elle résiste et survit. L’auteur fait appel à la lucidité de Paul Valéry, qui voyait venir le déclin de l’Europe au sortir de la guerre de 1914-1918 : « Ne sachant nous défaire de notre propre histoire, nous en serons dégagés par des peuples heureux qui n’en ont point ou presque point. »

Adieu veau, vache, nation…

Revenons maintenant à l’état du Québec d’aujourd’hui dans ce Canada multiculturel triomphant. À l’heure où la quasi totalité de l’élite médiatico-intellectuelle d’Occident devient incapable de réfléchir en dehors des ornières hégémoniques du libéral-progressisme, les Québécois sentent leur force nationale les abandonner et se voient même encouragés par les nouveaux curés du politiquement correct à laisser aller au diable vauvert leurs aspirations collectives au nom de préceptes moraux qu’il est interdit de remettre en question (ouverture à l’autre, « pax liberalis »). L’économique nous soumet à ses caprices, le rationalisme matérialiste écrase la pensée libre et le droit remplace lentement le politique.

A lire aussi: Le lobby antiraciste fait des ravages au Québec

Or, pour reprendre la pensée de Carl Schmitt et de Julien Freund, le politique est une condition essentielle de l’humanité. Il est l’essence qui permet notamment aux individus de dépasser leur existence privée et de former des collectivités organisées, des peuples capables de reconnaître « l’Autre que Soi », et donc de se reconnaître eux-mêmes comme des « Soi ». La déliquescence du politique en Occident entraîne conséquemment cette dilution des collectivités qu’on appelait jadis des nations. L’affaiblissement des cultures nationales comme celle du Québec en est un symptôme terrifiant.

Sans « Soi », point « d’Autre que Soi »

Mais qui, aujourd’hui, s’en inquiète autrement qu’avec la légèreté dont on se préoccupe de la disparition lente d’un folklore sympathique ? Quelques esprits chagrins, sans doute, qu’on soupçonnera au détour d’être, comble de l’hérésie, xénophobes car méfiants face à l’avancée du bienveillant conquérant « gallo-ricain » et de ses alliés objectifs, ou conservateurs car attachés à l’idée d’enracinement.

Que reste-t-il aujourd’hui du Canada français qu’enflammait le général De Gaulle il y a 50 ans avec son « Vive le Québec libre » ? Qu’est devenue l’élite naissante qu’il célébrait alors dans chaque halte qu’il faisait le long du Chemin du Roy ? La réponse n’est guère réjouissante. Avec la crainte juvénile du conflit idéologique qui découle de sa conversion du libéral-progressisme anglo-protestant, elle apparaît plus colonisée que jamais. Elle se confirme comme grande ouvrière de l’appauvrissement de l’écosystème culturel occidental et planétaire, elle qui, pourtant, chante chaque jour à tue-tête son amour de la diversité et de « l’Autre ». Elle oublie, hélas, que sans « Soi », point « d’Autre que Soi ». Ce faisant, elle condamne des cultures exceptionnelles, comme celle du Québec francophone, à une disparition à moyen ou long terme. Son imposture ne connaît aucune limite, et sa capacité à trahir ses propres concitoyens et sa nation, hélas, ne semble pas le moins du monde s’essouffler.


La Notion de politique - Théorie du partisan

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Mort de Simone Veil: est-il raciste de critiquer Sibeth Ndiaye?

Comme souvent de nos jours, tout a commencé par un texto : « Yes la meuf est dead. » signé Sibeth Ndiaye, en charge de la communication à l’Elysée.

Un sabir incompréhensible

Précision bienvenue : ce sabir incompréhensible était la confirmation de la responsable communication de l’Elysée à un journaliste apprenant la mort de Simone Veil. Traduction: « Oui, Simone Veil est morte ». L’information semblait grave. On ignore ce qui l’a fait réagir avec tant de légèreté : n’y a-t-elle vu la soudaine opportunité d’un « coup de com’ ? » Aurait-elle échappé (de très peu…) à une tentative d’IVG qui aurait laissé quelques traces ? Ou s’en tamponnait-elle simplement le coquillard ?

L’histoire ne le dit pas. Elle a simplement retenu que l’événement n’aurait pas ému celle qui allait dicter au président ses officiels sanglots. Flagrante contradiction. On dit même que le monde en est rempli.

Ndiaye soutenue par les Tartuffe

Heureusement, dans la foire à la connerie, on trouve toujours des compétiteurs pour faire exploser le déconnomètre. Pour son malheur, Sibeth Ndiaye a reçu le soutien d’autres Tartuffe. Dans une tribune du Monde, Ibrahima Diawadoh N’Jim (ancien conseiller de Manuel Valls) vole à son secours. Un homme vertueux qui, selon Jeune Afrique, va à la mosquée d’Evry « presque tous les jours ». Et quand il n’y est pas, il lui arrive de consulter Le Canard Enchaîné où il a lu un portrait peu indulgent pour Sibeth Ndiaye. Motif d’indignation supplémentaire : Le Canard dit du mal des gens. Giscard d’Estaing, Edith Cresson, François Fillon l’ont appris à leurs dépens. Mais de tout cela, Ibrahima Diawadoh N’Jim ne semble jamais avoir entendu parler.

J’en veux pour preuve la manière dont cette grande âme s’étonne de la malveillance d’un journal satirique. « Disons les choses clairement : ce qu’on reproche à Sibeth Ndiaye est d’être noire et femme. » Erreur ! On lui reproche simplement d’être vulgaire et cynique ; d’appartenir au milieu, assez répugnant, de la communication et de prospérer sur la Babylone prétentieuse de la superficialité macronienne.

Babylone va tomber

« Sibeth Ndiaye ne demande pas de statut particulier », précise le pétitionnaire. Non, mais lui demande seulement à ce qu’elle soit prise au sérieux par Le Canard Enchaîné. Et à ce qu’un journal satirique n’en dise que du bien. Ce qui pour ne pas être « un statut particulier », ressemble à un drôle de privilège. Ajoutons qu’avec l’audace mallarméenne de son texto « yes la meuf est dead » où pas un mot, sinon les plus courts, n’appartient au dictionnaire ; il serait presque raciste de lui refuser les honneurs de La Pléiade.

En attendant, le pétitionnaire énonce malgré lui quelques exactitudes : « Oui, Sibeth Ndiaye a, avec d’autres, accompli un authentique exploit en construisant sur quelques mois une organisation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous avons bien lu que la régie communication avait « porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous voilà prévenus…

L’islam de France est-il (vraiment) différent des autres?

Nous sommes priés de croire que l’islam est compatible avec la République, la démocratie et l’Etat de droit. Oser interroger ce dogme frôle dangereusement l’islamophobie, ce qui risque bientôt d’entraîner l’inéligibilité, si toutefois les nouveaux maîtres du pays de Voltaire parviennent à exclure du débat public tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Mais réjouissons-nous ! La France, au moins, ne punit pas de mort le blasphème, contrairement à des pays qui puisent pourtant leur inspiration législative dans une idéologie « compatible avec la République, la démocratie et l’Etat de droit »…

Soyons sérieux.

Je ne doute pas que la pratique qu’ont de l’islam un certain nombre de nos concitoyens soit parfaitement compatible avec les valeurs de la République française, à commencer par celle d’élus comme Malek Boutih ou Amine El Khatmi. Certains, comme Abdennour Bidar, Michel Renard ou Leïla Babès, ont même conceptualisé cet islam des Lumières, afin d’offrir à ceux qui veulent y croire les outils intellectuels et théologiques nécessaires. Musulmans, ils ont régulièrement défendu les valeurs les plus nobles de la France alors que nos représentants élus, Français « de souche » et non-musulmans, les abandonnaient par paresse intellectuelle, par lâcheté ou par intérêt.

Là où l’islam domine, l’islam réprime

Mais entre autres choses, ils ont en commun de savoir et d’avoir le courage de dire que leur islam n’est pas « l’islam », mais un islam. Ils ne se prétendent pas représentants ni représentatifs d’une communauté. Le sont-ils ? Difficile à dire. L’étude de l’Institut Montaigne tendrait plutôt à montrer qu’ils sont douloureusement minoritaires.

A lire aussi: Musulmans de France, l’enquête qui fait peur

Pire, un constat douloureux s’impose, à l’heure où l’islam en général mais aussi l’islamisme gagnent en influence sur notre sol. Pratiquement aucun pays dont l’islam est la religion culturellement dominante n’accorde à ses habitants non-musulmans les droits que la France garantit à tous ses citoyens, quelle que soit leur religion.

L’exemple de l’apostasie est à ce titre significatif. Cette simple mise en pratique de la liberté de conscience est punie de mort en Arabie saoudite, au sultanat de Brunei, en Iran, au Koweït, aux Maldives, en Somalie, au Yémen… et sanctionnée par de lourdes amendes ou des peines de prison en Indonésie, au Maroc, à Oman, au Pakistan (ou la peine de mort est également possible), etc. Des peines similaires frappent le blasphème.

« L’Islam est la religion naturelle de l’homme »

La déclaration du Caire du 5 août 1990, ratifiée par 57 états et souvent appelée « déclaration islamique des droits de l’homme », est également éclairante. Elle spécifie par exemple que :

–  « Les pères et leurs remplaçants ont le droit de choisir l’éducation de leurs enfants à condition de sauvegarder leurs intérêts et l’avenir de ces derniers à la lumière des valeurs morales et des normes de la Loi islamique (charia). » (article 7)

– « L’Etat fournira les moyens nécessaires pour (…) que l’homme puisse connaître la religion islamique. » (article 9)

– « L’Islam est la religion naturelle de l’homme. Il n’est pas permis de soumettre ce dernier à une quelconque forme de pression ou de profiter de sa pauvreté ou de son ignorance pour le convertir à une autre religion ou à l’athéisme. » (article 10)

– « Tout individu a le droit de jouir des fruits de sa production scientifique, littéraire, artistique ou technique (…) à condition que sa production ne soit pas contraire aux normes de la loi islamique. » (article 16)

– « Tout individu a le droit d’exprimer librement son opinion d’une manière non contraire aux principes de la Loi islamique. Tout individu a le droit d’appeler au bien, d’ordonner le juste et d’interdire le mal conformément aux normes de la Loi islamique. » (article 22)

– « Tous les droits et libertés énoncés dans ce document sont subordonnés aux dispositions de la Loi islamique. » (article 24)

– « La Loi islamique est la seule source de référence pour interpréter ou clarifier tout article de cette Déclaration. » (article 25)

Pourquoi l’islam de France serait-il différent?

Quelles garanties avons-nous que l’islam de France serait différent ? Qu’il respecte vraiment nos droits, et n’essaierait pas de nous en priver s’il estimait en avoir le pouvoir ? Jusqu’ici, son influence semble plutôt tournée vers la défense d’intérêts strictement communautaristes et le refus de toute critique, ce qui augure plutôt mal de sa fiabilité. Ses instances officielles, en tout cas, ne sont très clairement pas des partenaires dignes de confiance, entre le CFCM qui refuse la liberté de conscience et la Grande Mosquée de Paris qui, dès 1996, voulait empêcher Salman Rushdie de venir en France et diffuse des propos foncièrement hostiles à toutes les autres religions.

Je comprends que nos concitoyens musulmans en aient assez de devoir sans cesse se justifier. Mais nous n’y sommes pour rien si la monstruosité a aujourd’hui « pris le masque de l’islam et pas un autre masque », comme l’écrit Abdennour Bidar. S’ils veulent collectivement établir des relations saines avec le reste de la communauté nationale, ils doivent nous prouver qu’ils sont différents de tant de leurs coreligionnaires dans le reste du monde. Car, pour paraphraser Pascal Bruckner, ce n’est pas au nom de Jésus, Vishnou, Yahvé, Bouddha, Zeus ou Amaterasu que l’on cherche aujourd’hui à détruire notre civilisation ou à nous priver de nos libertés.

Les musulmans de France ne peuvent plus se taire

Les musulmans de France ne peuvent plus se contenter de protester de leurs bonnes intentions, si sincères soient-elles. Ils doivent s’engager activement, assumer de prendre clairement parti, en militant pour que soient accordés aux non-musulmans vivant dans des pays musulmans les mêmes droits que ceux dont les musulmans souhaitent bénéficier dans les pays non-musulmans.

Ils trouvent normal qu’un non-musulman puisse librement se convertir à l’islam ? Qu’ils réclament qu’un musulman puisse sans crainte se convertir à une autre religion ou à l’athéisme, du Maroc au Pakistan.

Ils veulent construire plus de mosquées en France ? Qu’ils demandent avec force à l’Arabie saoudite de donner aux non-musulmans vivant sur son territoire le droit d’avoir des lieux de culte.

Ils veulent pouvoir enseigner l’islam ? Qu’ils acceptent qu’on le critique comme n’importe quelle autre croyance, qu’ils agissent pour mettre fin aux lois réprimant le blasphème.

Ils pensent être victimes de discriminations ? Qu’ils obtiennent dans les pays musulmans l’égalité de tous pour le recrutement dans la fonction publique et l’accession aux postes à responsabilités.

Vivre-ensemble ?

D’ores et déjà, en France et ailleurs, des musulmans œuvrent dans ce sens. Et la plupart le font sans espérer la moindre contrepartie de notre part, uniquement par conviction et par humanité. Mais ils ne sont pas au pouvoir, et même en France semblent minoritaires.

Pourtant, il n’y a pas d’autre solution. L’islam doit impérativement, partout où il est dominant, accorder aux autres les droits qu’il veut que les autres lui accordent là où il est minoritaire. L’islam de France doit y travailler activement, c’est l’une des principales conditions de sa crédibilité. Faute de quoi, il sera toujours suspecté de taqîya, soupçonné de vouloir instrumentaliser le vivre-ensemble pour asseoir sa domination mais de vouloir, une fois doté de suffisamment d’influence, mettre fin au pluralisme, à la diversité, et à l’égalité.

La défense de l’égalité des droits entre hommes et femmes, de la mixité, et de la liberté des femmes y compris dans les pays musulmans est une autre condition, mais c’est aussi un autre sujet.

Lettre ouverte au monde musulman

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Typologie des fondus qui pensent trop à Macron

Quelqu’un occupe le haut de l’affiche. Au lieu de vous contenter de le savoir et de vaquer tranquillement aux intérêts de votre moi profond, ça vous titille, et votre regard est aimanté vers l’affiche, y revient encore et encore. Si vous étiez sage, il vous serait possible d’être poliment indifférent à ce phénomène. De vous contenter d’en noter l’importance sociale, mais en le situant bien comme étant totalement extérieur à votre personne. Ce quelqu’un s’affiche partout et il n’est pas possible d’y échapper.

A lire aussi: Macron, le début de la fin?

Le plus souvent, même si vous êtes du genre à lire en solitaire Ezra Pound au fond d’un parc naturel, vous vous mettez à être personnellement affecté par l’image de l’affiche, par ses apparitions, ses paroles et les récits de sa vie. L’image touche vos affects, vos affects rencontrent votre structure psychique gravement endommagée par le monde moderne, et en avant pour une séquence. Dans le cas de notre président Emmanuel Macron, cette séquence est celle du désir mimétique.

Je t’adore… donc je te hais

C’est simple. Deux temps. Premier temps, il est président. Deuxième temps : je suis un piéton. Souffrance. Puis les conséquences : celles-ci s’étagent entre le désir de l’abolir et le désir de prendre sa place : il doit cesser d’être président (abolition, je le hais), je veux être président à sa place (substitution, je l’adore). Abolir et vouloir être à la place de, c’est la même chose, nous enseigne René Girard : dans les deux cas, on nie l’autre et on se nie soi-même. Et dans les deux cas, on est mal parti spirituellement.

Girard pense même que la spiritualité sert à ça : à sortir du trou. Et comme le projet concocté par votre cerveau fasciné par Macron est impossible – car il est toujours impossible d’abolir et toujours impossible de se substituer à quelqu’un, nous enseigne la théorie du désir mimétique –, vous vous retrouvez à errer dans le malheur délirant de votre désir inassouvi, définitivement inassouvi. Et comme c’est insupportable, vous montez en température, vous devenez violent, vous réclamez un responsable. De préférence innocent, pour que le délire soit pur et parfait. Vous le soupçonnez d’être un obstacle entre Macron et vous, vous lui inventez des intentions sournoises et des actes lubriques, vous le décrétez d’accusation, et vous vous calmez pour environ cinq minutes, après son exécution publique avec des raffinements de cruauté. Laquelle exécution n’aura servi à rien, puisque l’origine de tout cela est votre incapacité à désirer autre chose que le vide. Or le vide n’existe pas. Donc le désir le cherche à nouveau.

Typologie des fondus qui pensent trop à Macron et qui finissent par en concevoir des maladies psychiques :

Le sportif de l’extrême. Le type que vous croisez, ahanant, à cinq heures du matin dans le Chablais, car il fait son jogging en pente raide et ne supporte le sport que s’il termine ses séances au bord de la crise cardiaque, qu’il confond avec l’épectase. Son pouls à 180 dans la montée, il y pense souvent : Macron, 39 ans, président. Trop fort, se dit-il. L’iron man, c’est lui. Moi, avec mes jarrets en béton, j’ai l’air d’un con.

Le raté simple. Le raté simple est un raté qui s’en fout d’être un raté pourvu qu’il y ait des bonnes séries à la télévision, qu’il regarde quatre heures par jour, des pizzas, de la bière et des cacahuètes. Depuis un an, il voit tous les jours dans le ciel de BFM une météorite qui s’appelle Macron. C’est bien ce qu’il pensait : fiction is reality. Plus rien ne séparera désormais West Wing du journal de LCI. C’est un aboutissement euphorique de sa vie de raté.

Le raté complexe. Le raté complexe est authentiquement raté mais il invente des raisons de se croire réussi. Macron paraît dans son univers mental. Il a vraiment réussi, lui, et en très grand. Ça fait exploser le rempart derrière lequel le raté complexe protégeait son amour-propre. Sous Hollande, il vivait tranquille (c’est un raté faussement réussi, comme moi). Avec Macron vient l’ère de la question obsessionnelle : il a tout réussi, j’ai tout raté. J’ai tout raté, il a tout réussi. Tic-tac jusqu’à l’accident.

Le journaliste prolétarisé (pardon pour le pléonasme). Le journaliste prolétarisé adore en Macron l’homme qui vient confirmer le jugement de l’actionnaire à son endroit : tu ne vaux pas le pain que tu manges, mon petit gars, tes contenus on s’en fout, car dans la chaîne de valeur de l’Entertainment l’important ce sont les tuyaux et la part de voix, pas tes billets dont tout le monde se fout, alors tu vas écrire des articles de 800 signes maximum que je te commanderai si je veux, quand je veux, et merci de t’installer à Guéret pour que je n’ai pas à te payer au tarif des loyers de Cergy-Pontoise. Le journaliste prolétarisé, constatant le triomphe du raisonnement actionnarial dans la presse, rend grâce, se dépouille de ses vaines illusions et remplit le formulaire pour devenir autoentrepreneur dans une atmosphère de gravité liturgique. Quand il reçoit son numéro de SIRET, quelque chose s’est passé. Macron est venu accomplir la Loi. Law must be obeyed.

Le journaliste rassis (il en reste). Tenu à distance de l’Olympe par la nouvelle politique de communication élyséenne, le journaliste rassis – c’est-à-dire bénéficiant d’une rente de notoriété – pourrait l’avoir mauvaise. Non. Au fond, il est tellement démonétisé depuis tellement longtemps et ses illusions narcissiques sont tellement fortes qu’il ne voit pas la différence avec avant, sous Hollande, Sarkozy, Chirac. Ce qu’il aime, c’est le pouvoir, puisqu’il n’en a pas. Le pouvoir absolu, il adore. Que le pouvoir absolu le snobe, ça lui va extrêmement bien. Le maître est pleinement le maître, enfin. Ça fait longtemps qu’il attendait ça. Il va savourer chaque seconde.

Le dégagiste modéré. Le dégagiste modéré n’était pas content mais ne voulait pas casser la baraque : comment virer sans remplacer ? se demandait-il, paradoxal et prudent. La victoire de Macron comble ses vœux : ce sont les mêmes, mais épaulés par des débutants incultes. Tous les jours, il pourra en profiter.

Le divorcé qui cherche la voie. Il a tout expérimenté des souillures du mariage et des désillusions de l’adultère (Flaubert). Il en est arrivé à la conclusion que s’offraient à lui trois choix rationnels qui ne lui conviennent pas plus que le mariage et l’adultère : le célibat, l’homosexualité, le suicide. Macron paraît. La solution existe.

Le psychanalysé. Le type s’allongeait tranquillement sur un canapé depuis trois ans. Tout à coup, Brigitte et Emmanuel traversent tous ses rêves, se mêlent à la trame même des métaphores par lesquelles son psychanalyste remontait péniblement la piste du traumatisme inaugural. Et tout le boulot est à refaire, et ça va durer trois ans de plus.

L’exilé fiscal neurasthénique. Il vivait en ressassant sa rancœur contre la France socialo-communiste. Vroum, Macron le ramène à la vie d’avant, quand il bâtissait son business avant de ne pas aller jouir de sa vente à Bruxelles. Ce coup de jeune lui donne un coup de vieux. Il va détester ça.

Moi. J’aimerais m’en moquer. Malheureusement, cet agent très logique de notre destin va transformer notre effacement en tant que pays en crépuscule du matin en tant que morceau de l’Empire. Et ce sera aussi fascinant que dégoûtant, aussi tragiquement beau que profondément ridicule.

Médias: est-il plus grave d’être con ou d’excuser la burqa?

« Des anti-immigrés se ridiculisent en confondant des sièges de bus avec des femmes en burqa. » (Huffington Post)

« Des nationalistes norvégiens prennent ces sièges de bus pour des femmes en burqa. » (Midi Libre)

« En Norvège, un groupe xénophobe confond des sièges de bus vides avec des femmes en burqa. » (Le Monde)

« Des islamophobes norvégiens ont confondu des sièges de bus vides avec des femmes en burqa. » (Mashable – avec France 24)

« Des xénophobes prennent des sièges de bus pour des femmes en burqa. » (BFM TV)

« Norvège : quand des internautes xénophobes confondent burqas et sièges de bus. » (Le Point)

« Des extrémistes confondent des sièges de bus et des femmes en burqa. » (TVA Nouvelles)

Etc., etc.

A lire aussi: Norvège: quand la presse française se prend les pieds dans la burqa

Les articles parlant de la farce qu’un certain Johan Slattavik a faite en publiant une photo de siège de bus, demandant aux gens ce qu’ils en pensaient afin de pouvoir ensuite, dans un grand élan de pédagogie moralisatrice, dénoncer « le racisme aveugle et la xénophobie », se lisent un peu partout sur la planète. On rit beaucoup. Confondre des sièges de bus avec des femmes en burqa, faut vraiment être con comme un raciste !

Aux islamistes, les médias reconnaissants?

Peut-être ! Mais n’est-ce pas là une façon de plus d’absoudre le principe de cette prison mobile synthétique ? Sont-ce vraiment ceux qui la vomissent, même abusés par une photo, qui sont condamnables, ou ceux qui obligent leurs femmes à la porter ? La réponse se retrouve dans les titres: anti-immigrés, nationalistes, xénophobes, islamophobes, extrémistes,…

Le débat une fois de plus est biaisé, et à lire cette multitude d’éditoriaux, on comprend que non, le problème n’est plus de cacher une femme au regard des hommes, le problème est de rejeter ce sépulcral déguisement. Mieux, dénoncer le port de cette bâche infamante est devenu un acte de xénophobie. A bon entendeur !

Et tant pis pour celles qui, forcées ou non, continueront d’étouffer sous cette sinistre tente noire dont le seul objectif est de soustraire au regard de l’humanité masculine leur corps impur, parce que tout simplement féminin !

Hulot l’écolo est un loup pour le loup

Il y a quelques jours, Brigitte Bardot, écœurée qu’il n’y ait aucun moratoire sur la chasse, particulièrement dans les régions incendiées, traitait dans Var-Matin Nicolas Hulot de « vendu » et de « lâche ». Sans doute le nouveau ministre de l’Ecologie s’est-il posé le problème en termes néo-staliniens : « Bardot, combien de divisions ? Le lobby des chasseurs, par contre… »

Brigitte Bardot: « Je n’ai plus aucune confiance en lui »

Samedi dernier, elle a récidivé dans les colonnes de La Provence. Interviewée par Franz-Olivier Giesbert après la décision de Nicolas Hulot de faire abattre quarante loups pour plaire cette fois au lobby des éleveurs, elle a lâché : « J’avais de bonnes relations avec Hulot : dans le passé, ma Fondation a travaillé avec lui. Mais je ne l’aurais jamais cru capable de ça. Quel cynisme ! Il a suffi qu’il soit nommé ministre pour qu’il change, c’est le cas de le dire, son fusil d’épaule. Je n’ai plus aucune confiance en lui alors qu’il m’inspirait une confiance quand il est entré au gouvernement. Il m’a tué quelque part… » Et d’ajouter, in fine : « Quand ce connard (je rétablis le mot dont La Provence n’a conservé que l’initiale) de Hulot a décidé de tuer les quarante loups, j’ai pleuré pendant une nuit entière. »

Evitons de faire pleurer les vieilles dames – c’est bien assez de faire pleurer les jeunes. Et raisonnons un peu.

Quarante loups, c’est près de 15% des loups français, selon les dernières estimations. Il y a aujourd’hui un peu moins de 350 loups pour 550 000 km2. Un risque inacceptable, selon le ministre.

La montagne oui, mais sans danger s’il-vous-plaît!

Le plus drôle, c’est que ni les Italiens ni les Espagnols, qui nous ont galamment prêté quelques-uns de leurs canis lupus lupus, n’ont de problèmes avec les soi-disant attaques de loups (qui ne sont la plupart du temps, dès qu’il s’agit de massacres d’envergure, que des attaques de chiens errants : le loup est un prédateur intelligent qui se saisit d’une bête qui traîne et sait s’en contenter, timide et discret comme il est). Peut-être parce que leurs bergers gardent leurs bêtes, au lieu de les envoyer errer dans la montagne – ce qui est, en France, le fait de gros éleveurs propriétaires de très gros troupeaux. Et qu’ils sont secondés par des patous – indifféremment des Bergers des Pyrénées ou des Bergers de Maremme des Abruzzes – qui sont des chiens particulièrement dissuasifs, et dont il faut absolument se tenir à distance : ce sont de fausses peluches et de vrais carnassiers.

Ah oui, mais en France le lobby des randonneurs s’était fendu, il y a deux ans, d’une pétition adressée à Ségolène Royal demandant à ce que les patous soient «sociabilisés». Et d’autres veulent que l’on abandonne la montagne aux randonneurs, et que l’on supprime également bergers, troupeaux et chiens. Heureusement que de vrais spécialistes de la randonnée donnent, pendant ce temps, des conseils intelligents. Nous voulons bien la montagne, pourvu qu’elle ressemble au boulevard Saint-Germain.

Le loup a été éradiqué au XIXème siècle pour des raisons superstitieuses – on leur mettait sur le dos toutes les…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

La com’ chancelante du président Macron

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macron internet communication
Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00816608_000006 .

L’accession d’Emmanuel Macron à l’Elysée a ceci de stimulant pour ceux qui s’intéressent aux enjeux de communication qu’elle permet de réinstaller ces derniers au cœur d’une réflexion plus globale.


Chacun s’accorde à reconnaître que la com’ a non seulement joué un rôle essentiel dans la réussite électorale du tout nouveau président mais qu’elle continue à servir de carburant à sa conception de l’exercice du pouvoir. D’aucuns louent son talent de communicant quand d’autres n’y voient qu’une énième entreprise de manipulation des opinions et des esprits, inhérente au tropisme de politiques plus enclins à défendre une certaine organisation de la cité qu’à réformer celle-ci.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est bien le statut de cet objet omniprésent qu’est la communication qui est interrogé, soit au travers d’une surestimation de son efficience sociale, soit au prisme de sa toxicité idéologique.

Communication, l’autre nom de la propagande?

Or ces deux approches, aussi antithétiques qu’elles puissent paraître, n’en puisent pas moins à la même source, celle d’une communication appréhendée par le seul biais instrumental. Encore une fois, portée par l’ombre de sa professionnalisation, la communication en est réduite à une technique, un véhicule dont l’objectif consiste à acheminer un message et à assurer non seulement sa remise mais son adoption par les récepteurs. De ce point de vue rien sur le fond ne distinguerait communication et propagande, la première n’étant qu’une forme édulcorée de la seconde dans la mesure où elle opérerait prioritairement dans une société ouverte et pluraliste quand sa sœur jumelle serait exclusivement l’apanage des sociétés fermées et totalitaires. Confinée à sa seule fonctionnalité, délaissant ses racines anthropologiques qui en font pourtant un processus fondateur de la société, la communication en est ainsi réduite à cet appendice parfois incompris, souvent méprisé que l’on appelle la com’ pour caractériser tout un ensemble de métiers et de savoir-faire qui ont investi les différents secteurs de nos sociétés depuis maintenant près d’un siècle.

Macron le story-teller

Par l’usage intensif qu’il en fait, le macronisme réactive un imaginaire de la communication tout à la fois sulfureux et appauvrissant, levier de toutes les entreprises de domination et de domestication, bien plus que projet d’émancipation et de partage. Story-teller de son mandat, Emmanuel Macron préjuge ainsi de la malléabilité intrinsèque des opinions, de la plasticité des récepteurs dont il fait peu cas de l’aptitude à discriminer et à discerner. Le blitzkrieg communicationnel qu’il a produit et conduit dans sa conquête du pouvoir le renforce sans aucun doute dans cette conviction qui a force de foi dans sa bonne et belle étoile communicante. Il en oublierait aussi l’heureuse providence qui a enfanté son assomption élyséenne, c’est-à-dire l’explosion sur elle-même des vieilles offres politiques dont il fut bien plus l’allumette que la poudre et la mèche. Sans cet effondrement du duopole de gouvernement, usé par deux quinquennats d’espoirs déçus sur l’autel du realpolitik à la godille de ses prédécesseurs, la com’ de conquête n’eut sans doute pas brisé avec autant d’allégresse les murailles lézardées des forteresses partisanes de la Vème République.

La légende d’un Prince de la communication

Pour autant, c’est bien cette disposition communicante, polie avec une sophistication de tous les instants, qui s’est imposée comme la marque de fabrique du tout nouveau pouvoir. Ce dernier contribue ainsi à inventer subliminalement la légende d’un Prince de la communication, orfèvre en symboles et autres récits qui permettraient au bon peuple de France de se retrouver enfin gouverné par un souverain quasi-thaumaturge. L’enfant-roi nous insufflerait des raisons à nouveau de ne pas désespérer du politique…

A la version rose s’oppose une narration plus obscure qui voit dans l’œuvre aussi soudaine que déroutante du jeune prodige la continuation exacerbée, à peine dissimulée, d’une com’ propagandiste qui, tel le joueur de flûte de Hamelin, envoûte de sa mélodie le peuple-enfant que nous sommes… La représentation maudite de cette com’ un tantinet cynique prend tout son sens lorsqu’une jeune novice du staff communicant du président avoue avec une candeur qui le dispute à l’arrogance qu’elle n’hésite pas à mentir aux journalistes…

L’art du mensonge cash

Le pire du spin doctor peut dés lors donner libre cours à toutes les rumeurs, à  toutes les certifications douteuses d’une pseudo-réalité, à toutes les figures avariées des sous-séries les plus éculées qui circulent sous nos écrans au gré des saisons… Au moins le machiavélisme avait l’intelligence pudique de dissimuler ses ruses. Au moins les spins doctors de la guerre en Irak, à l’instar d’Alastair Campbell auprès de Blair, feignaient de croire à leurs calembredaines…

La génération post-2000, dont le chef de l’Etat est aussi le modèle et le héraut, a de son côté le mérite de la franchise du mensonge-cash ! Cajolée ou houspillée, la communication politique des nouvelles élites macronistes pourvoit tout autant en verticalité qu’elle s’y fourvoie non sans une certaine forme de naïveté. Elle reproduit de la sorte tous les présupposés des politiciens, mais aussi de bien des dirigeants, qui s’imaginent que le schéma communicant n’est autre que celui qui va de l’émetteur au récepteur. À ce jeu, la communication n’est qu’une fonctionnalité parmi d’autres.

Le macronisme évite l’altérité

La recherche de l’efficience et du profit relationnel constitue son horizon immédiat sans souci de préoccupation éthique. Cette instrumentalisation d’un acte aussi trivial en apparence que celui de communiquer, mais en réalité si hautement complexe, sous-estime l’extraordinaire résilience des opinions, y compris quand ces dernières sont confrontées à des phénomènes propagandistes. En fondant sa présence au monde sur la seule com’, le macronisme oublie que la communication va au-delà d’un simple savoir-faire. Elle exige tout d’abord l’acceptation du débat avec la réalité et ses aspérités – ce qu’exclut la politique de com’ du jeune président qui se refuse à une confrontation à l’altérité autre que scénographiée; elle vise surtout implicitement plus haut dans une quête quasi-existentielle du partage, de la médiation, de l’échange… L’enjeu de la communication n’est pas tant de mettre en scène, d’exprimer que de tenir compte des dissonances et des « parties prenantes » pour reprendre l’un des principes fondateurs des pratiques de ce que l’on appelle aujourd’hui la « responsabilité sociale d’entreprise ».

Le nouveau monde parodie l’ancien

Or le logiciel communicant du jeune président, inspiré de la com’ corporate cadenassée des grandes marques, double cette prédisposition au management pyramidal d’un usage des ressources les plus absolutistes de la Vème République (réaffirmation du domaine réservé comme dans le conflit l’opposant à l’ancien chef d’état-major, recours aux ordonnances pour légiférer, etc.). Tout se passe comme si le « nouveau monde » proclamé, peu soucieux des caractéristiques d’une époque où la négociation en continu fait office de principe régulateur des sociétés, se nourrissait des aliments de l’ancien monde innervé par la hiérarchie, le formalisme autoritaire, et un zeste de mépris pour ceux qui ne sont que minoritaires comme l’atteste le traitement dont les oppositions parlementaires sont l’objet au sein de l’hémicycle.

Le monde selon Macron est fait de peu de dialogues et de beaucoup de monologues. C’est ainsi qu’il faut lire la suppression, entre autres, du traditionnel entretien télévisé du 14 juillet. C’est ainsi qu’il convient aussi d’interpréter la procédure des ordonnances pour refondre dans la douleur de l’urgence un code du travail fruit de décennies de discussions.

L’Elysée se fait forteresse

Dans des temps où tout pousse à l’horizontalité communicante, réseaux sociaux et Internet obligent, la com’ verticale a tout de la restauration d’un ancien régime. Communication et injonction sont au cœur des contradictions de cette nouvelle majorité. Or on ne communique, pas plus que l’on gouverne, par injonction. Ce paradoxe vient troubler l’horlogerie jusque-là minutieusement réglée du monarque qui, en son palais, engrange au cœur de la torpeur estivale les premières courbes de défiance sondagière. À contretemps de la sensibilité de l’époque, à contre-sens de ce que cette même époque projette de demande de reconnaissances à travers l’appel à communiquer, le château se fait forteresse au risque d’être incompris et de transformer la parole prétendument jupiterienne en un soliloque exaspérant et inaudible. Après le temps de la com’ louée, vénérée, glorifiée, viendrait celui, plus amer et plus orageux, de l’incommunication. L’épreuve du pouvoir en quelque sorte.

Pourquoi les grands économistes français sont de gauche

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L'économiste Thomas Piketty

En marge d’une myriade hétéroclite d’experts médiatiques majoritairement apolitiques, européistes et libéraux (Verdier-Molinié, Dessertine, Bouzou…) se dressent les « grands  économistes », auréolés de leur crédibilité académique et engagés dans l’ombre des puissants, que ces derniers consultent souvent comme jadis ils sondaient les oracles. Pourquoi sont-ils presque tous de gauche?


Il y a trente-cinq ans, une centaine d’économistes britanniques publiait une diatribe engagée visant à dénoncer la politique thatchérienne en matière d’emploi. La décennie qui suivit leur donna techniquement tort. En 2012, une pléiade d’éminents économistes au rang desquels figuraient entre autres Piketty, Cohen, Aglietta ou encore Aghion, signait cette fois une tribune dans Le Monde sobrement intitulée « Nous, économistes, soutenons Hollande ». Deux ans plus tard, la plupart d’entre eux déchantaient, qui critiquant la pusillanimité de la présidence face aux puissances financières, qui déplorant l’incapacité du pouvoir à réformer quoi que ce soit en matière d’économie. À la fin du quinquennat, c’est peu ou prou l’ensemble de cet aréopage d’experts à tendance socio-démocrate qui regrettait une mandature « pour rien ».

Aveuglement idéologique

Bien qu’éloignées dans le temps l’une de l’autre, ces prises de position tranchées procèdent d’un germe commun : dans les deux cas, il est aisé de déceler un certain aveuglement idéologique à l’origine des lourdes erreurs de jugement qui ont assuré la postérité malheureuse de ces engagements publics.

Au tournant de la crise de 2008, la plupart des économistes français que nous avons cités et nombre de leurs confrères académiques moins médiatiques ont affirmé ou réaffirmé avec force leur credo keynésien et ce, nonobstant les échecs avérés des politiques du genre menées dans les années 1970, ces dernières ayant souvent conduit à de néfastes phases de stagflation là où elles ont été déployées.

Tous keynésiens

Ce keynésianisme bon teint a les atours d’un positionnement intellectuel de confort, à la fois résolument bourdieusien (l’État saura suppléer aux défaillances des individus), éminemment social (la relance par la consommation, c’est l’organisation de la redistribution vers ceux qui possèdent le moins) et désespérément romantique (le financement par la dette est un moindre mal qui engage un tiers hypothétique et ménage l’individu ainsi déresponsabilisé). À n’en point douter, il s’agit là d’une synthèse éclatante du plus pur socialisme contemporain.

Loin de remettre en cause les schémas existant, la crise a eu pour effet d’accentuer la ligne de fracture entre les partisans de la relance et ceux, honnis, de l’austérité ; soit d’un côté la noble poiesis des économistes, de l’autre la vile praxis des gestionnaires, des technocrates et des financiers.

L’économie hors-sol

Il y a fort longtemps en Occident que les conseillers des princes n’émanent plus des rangs des philosophes, des ecclésiastiques ou des militaires. Le post-postmodernisme pacifié de nos sociétés développées ne se soucie guère plus des enjeux d’antan. Au cours du XXe siècle, l’asservissement graduel du bien-être des peuples à leurs niveaux de production en biens et services – si pertinemment décrit par Baudrillard – a conduit à la survalorisation des experts de la science économique et à l’émergence de théories progressivement érigées en dogmes.

C’est ainsi que les économistes ont in fine acquis une place centrale dans la cité, auréolés d’un savoir technique souvent abscons, qui les protège et fait d’eux des apôtres des temps nouveaux. Ce statut n’est pas sans conséquence ; à mesure que les économistes se sont rapprochés des sphères d’influence et de pouvoir, c’est le contact avec le réel que beaucoup ont perdu. Or, peu adhérente au pragmatisme, la vision socialiste du monde prospère justement dans les milieux où l’entre-soi se mêle à un coupable sentiment de classe. L’environnement de nombreux économistes français en vue est aujourd’hui de ceux-là, indubitablement.

De l’émergence d’une conscience sociale

Notre système d’enseignement supérieur universitaire des humanités (et disciplines « assimilées ») est sociologiquement inscrit à gauche, c’est un fait acquis[tooltips content=’cf. R. Magni Berton et A. François, Que pensent les penseurs ?, PUG, 2015.’]1[/tooltips]. Nos économistes sont souvent et malgré eux les produits de cette tradition qui les transcende et dont il leur est très difficile de se défaire vraiment.

Une étude menée par la banque centrale de New York sur plusieurs générations d’étudiants a en outre montré que les étudiants ayant suivi des cours d’économie étaient enclins à se situer plus à droite de l’échiquier politique que leurs pairs strictement littéraires, mais que le vote Démocrates retrouvait la faveur des étudiants dont le niveau en économie était plus élevé (2e et 3e cycles universitaires), ces derniers pondérant différemment le rôle ordonnateur de l’Etat, ainsi que l’importance sociale des politiques de redistribution. Nul doute que ce phénomène soit également à l’œuvre dans le positionnement idéologique des économistes les plus renommés.

Le prisme médiatique déforme

Mais le déterminisme dont il est question ne s’exprimerait sans doute pas avec l’acuité qu’on lui connaît s’il n’était magnifié par un prisme médiatique également acquis à la cause socialiste, et entretenu par la tentation facile de relayer à l’envi une doxa humaniste et idéaliste, déconnectée des complexités inhérentes à tout débat raisonnable en science économique.

Pour toutes ces raisons, le dilemme entre « conscience sociale » et probité intellectuelle est trop souvent tranché idéologiquement ex ante, avant même d’avoir pu être décemment mis perspective.

Quand le libéralisme glisse

En France comme en Europe, le libéralisme mondialiste a connu un essor insigne au cours de ces 30 dernières années, en grande partie sous l’influence des grandes formations politiques socio-démocrates, dont celle d’Emmanuel Macron est la dernière émanation en date. Obnubilée par le primat de l’individu, la gauche socialiste a en effet baissé la garde dès les années 1980 en consentant à faire d’un certain libéralisme la condition du libertarisme. Croire que la fracture entre droite et gauche peut se résumer à un débat sur l’acceptation ou le rejet du libéralisme est aujourd’hui un leurre. Le libéralisme s’est universalisé ; ce faisant, il n’est plus l’apanage d’une caste supérieure soucieuse de défendre ses intérêts. La gauche moderne a depuis longtemps compris qu’il ne pourrait y avoir de réelle classe moyenne sans entreprise, ni d’entreprise pérenne sans une relative liberté dans les échanges.

Vers une synthèse?

Se revendiquant volontiers socialement inclusif et soucieux des biens communs, le libéralisme contemporain de gauche porté par les économistes réalistes coexiste pourtant, bon gré, mal gré, avec une conception néo-marxiste idéaliste défendue par leurs confrères hétérodoxes, l’improbable attelage ainsi composé sous-tendant une vision du monde dont la chimérique synthèse reste à réaliser

La société de consommation

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« Les Asiatiques de France ont le sentiment de vivre aux côtés de leurs agresseurs »

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Manifestation en faveur de la "Sécurité pour tous", Paris, 4 septembre 2016. Photo : DR.

Si les grands médias n’ont découvert la situation tendue d’Aubervilliers qu’après l’assassinat d’un couturier chinois l’été dernier, cela fait déjà quelques années que la coexistence entre communautés n’y est plus très pacifique. Un an après la grande mobilisation des Asiatiques de France contre le racisme et l’insécurité, six ans après les émeutes interethniques de Belleville, Rui Wang, cofondateur de l’Association des jeunes Chinois de France, fait le point sur la situation. Entretien.


 

Daoud Boughezala. Un an après l’assassinat du tailleur chinois Chaolin Xhang à Aubervilliers, a-t-on progressé sur le plan sécuritaire ?

Rui Wang. Même si je n’habite pas Aubervilliers, je communique directement avec les commissaires de police et la préfecture. Statistiquement, il y a eu une baisse du nombre de vols avec violences et du nombre de plaintes déposées par des personnes de nationalité asiatique. J’ai aussi le sentiment que moins d’Asiatiques signalent leurs agressions sur les réseaux sociaux. Notamment parce qu’un certain nombre de délinquants multirécidivistes – qui avaient parfois agressé une trentaine d’Asiatiques ! – ont été neutralisés. Il suffit d’en arrêter deux ou trois pour que de grosses machines à plainte s’enrayent. Ceci dit, sur le terrain, les gens se plaignent toujours d’un sentiment d’insécurité. Ils ont le sentiment de vivre aux côtés de leurs agresseurs.

Par exemple à Belleville, où vous aviez lancé votre combat associatif après des heurts intercommunautaires il y a quelques années…

Je ne considère pas qu’il y a eu des heurts inter-communautaires à Belleville, mais des commerçants qui ont vu leur clients agressés par des voleurs. La couleur des agresseurs n’est pas un élément déterminant de la colère, c’est la violence même. A Belleville, la situation s’est améliorée par rapport à il y a six ans. Le quartier est apaisé. Les touristes reviennent. S’il reste d’autres problèmes (prostitution, vendeurs à la sauvette), les vols avec violence y sont beaucoup plus rares. Beaucoup de moyens policiers ont été mis ces dernières années, créant une très grande proximité entre les policiers et les commerçants locaux. Ce qui est plus difficile à Aubervilliers car les zones à fort taux de violence sont plus nombreuses, et certaines sont sans commerces.

Confrontée à une recrudescence des agressions, notamment à l’encontre des Asiatiques, Aubervilliers est-elle délaissée par la police ?

La police n’y est pour rien mais dans les quartiers derrière les Quatre-chemins, il y a moins de commerçants et les taux d’agression atteignent des sommets dans les petites ruelles. Il faut distinguer le quartier résidentiel des Quatre-chemins d’un côté, peuplé de membres des classes populaires, et le quartier commerçant d’import-export, fait d’entrepôts, sans habitations. Ces entreprises de confection sont tenues par des commerçants de la classe moyenne) mais qui n’habitent pas forcément Aubervilliers. Par contre, les petites mains, les manutentionnaires vivent à Aubervilliers et habitent vers les Quatre-chemins. Ce sont les cibles des racketteurs.

Pour être à l’abri des vols et déprédations, les commerçants asiatiques d’Aubervilliers ont-ils recours à des milices d’autodéfense ?

Non, mais ils subissent aussi des voies de violence de temps en temps : vols à l’arraché, bris de vitres d’une voiture pour dérober ce qu’il y a à l’intérieur, vols à la portière, etc. Mais cela concerne une autre population que les petites mains qui habitent le quartier résidentiel. Le profil des victimes asiatiques est différent.

Et leurs agresseurs…  à l’image des assassins d’origine africaine de Chaolin Xhang, sont-ils généralement issus de bandes ethniques ?

Ils n’agissent pas partout de la même manière. A Aubervilliers, dans le quartier commerçant de la Haie-Coq, les auteurs d’agressions sont au maximum deux, souvent sur un scooter. Aux Quatre-chemins, les voleurs sont à pied, sévissent parfois à quatre, avec un mode opératoire légèrement différent. Comme dans le cas de Chaolin Xhang, ils assomment leurs victimes pour pouvoir les dépouiller

Ces agressions revêtent-elles une dimension raciste ou leurs auteurs sont-ils simplement mus par l’appât du gain ?

Les agresseurs partent du principe que la communauté asiatique possède de l’argent liquide et se balade avec. C’est un préjugé à la frontière du racisme qui ne touche pas seulement Aubervilliers. Dans d’autres villes dans lesquelles il n’y a aucun commerçant mais une forte concentration de personnes d’Asie du Sud-Est, on déplore autant d’agressions selon les mêmes modes opératoires. Quand les policiers arrêtent les agresseurs, ils épondent « Les Chinois ont beaucoup plus d’argent  sur eux. » Ce qui est faux.

L’an dernier, après le meurtre d’Aubervilliers, la communauté asiatique de France semblait se droitiser en réaction à l’immigration afro-maghrébine. Cela s’est-il traduit dans les urnes en 2017 ?

S’il y a droitisation, les Asiatiques ont plutôt soutenu Juppé ou Fillon. Quand le vent a tourné, ils se sont fixés sur Macron. Sur le terrain, j’en vois de plus en plus devenir assesseurs dans les bureaux de vote, signe d’un intérêt pour la politique qu’encouragent les anciens. Certains s’engagement auprès des candidats. Il y a un mouvement démographique de fond : statistiquement, on pèse de plus en plus en termes de nombre d’électeurs. Globalement, les électeurs d’origine chinoise ont des comportements semblables aux autres. On a beaucoup voté Macron au premier tour, avant une démobilisation au second puis aux législatives.

N’y a-t-il pas une tentation frontiste chez les Asiatiques de France ?

Pas vraiment. Selon un sondage effectué chez les sinophones, Marine Le Pen avait 24 % d’intentions de vote chez les Asiatiques de France. C’est en dessous de son score national.

La construction d’une synagogue interdite en Australie pour cause de risque terroriste

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SIPA. AP22006220_000002

On nous avait dit qu’à La Chapelle-Pajol il suffisait d’agrandir les trottoirs pour permettre aux femmes de sortir à nouveau sans risquer de se faire agresser, une idée digne des fulgurances douteuses du maire de Cologne.

Voici qu’à Bondi, dans la banlieue de Sydney, on expérimente une nouvelle forme de lutte contre le terrorisme : pour éviter tout attentat islamiste contre une synagogue, interdisons la construction de la synagogue !

D’un bout à l’autre de la planète, c’est manifestement la même frénésie qui s’empare de certaines « élites » : soumettons-nous à nos ennemis, et avec un peu de chance ils ne nous frapperont pas. C’est lâche, immoral et stupide.

Soumission

Lâche, de toute évidence. Immoral, puisqu’il s’agit pour le pouvoir en place de se défausser de ses responsabilités, de renoncer à assurer la sécurité des citoyens, que ce soit par complaisance envers l’ennemi, par pusillanimité, ou pour ne pas assumer le coût de cette mission. J’ai dit immoral, on pourrait ajouter révoltant, indigne, dégradant, écœurant, et nombre de termes aussi politiquement incorrects et discourtois que parfaitement mérités. Et c’est aussi stupide, parce que ça ne marche pas. Ça ne marche jamais.

Dans la cour d’une école, l’enfant qui donne son goûter à la brute de la classe pour ne pas se faire taper dessus découvre vite à ses dépens qu’il n’a gagné, au mieux, qu’un bref répit. Sa soumission encourage son persécuteur à recommencer, et à aller toujours plus loin.

Bien sûr, il est souvent difficile de se défendre. La peur de prendre des coups est bien réelle, et bien compréhensible. Les parents ont dit et répété qu’il est vilain de se bagarrer, que « c’est le plus intelligent qui cède », voire que si le racketteur en herbe est méchant c’est sans doute qu’au fond de lui il est très malheureux et qu’il ne faut donc pas lui en vouloir, etc.

La paix des lâches

Il n’en demeure pas moins que dans ce genre de circonstances « tendre l’autre joue » aboutit uniquement à montrer à l’agresseur que sa brutalité est très efficace pour obtenir ce qu’il veut. Ce qui, naturellement, l’encourage à recommencer.

La plupart des enfants comprennent tout cela au plus tard à l’école primaire. Malheureusement, certains adultes semblent l’oublier.

Qu’ils prennent garde, ceux qui sont prêts à toutes les soumissions pour préserver ce qu’ils appellent paix ou « vivre-ensemble », et qui n’est en général que leur petite tranquillité égoïste. Qu’ils prennent garde, ces donneurs de leçons qui abandonnent les plus menacés ou les plus vulnérables parce qu’eux-mêmes se sentent à l’abri.

Assumer ses responsabilités

La brute de la cour de récréation qu’on a laissée harceler ses petits camarades sans rien faire finit toujours par grandir, et par s’en prendre aux adultes démissionnaires.

Ceux qui empêchent les femmes de sortir en France, ceux qui menacent les synagogues en Australie, ne s’arrêteront que lorsqu’ils verront que les victimes ne courbent plus l’échine, et que les États – et les représentants de l’autorité, élus, magistrats – assument enfin leurs responsabilités.

Il est plus que temps.

MàJ: Il semble que sous la pression des associations juives locales et de l’opinion publique, les élus et magistrats concernés aient finalement décidé d’assumer leurs responsabilités, malgré quelques circonlocutions gênées et maladroites.

Espérons que cet heureux revirement se traduise bien dans les faits, et qu’un certain nombre de personnes en France en prennent de la graine !

Soumission

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Jamais le Québec n’a été moins français

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Un soutien du Parti québécois déçu du résultat des élections législatives, 2014. SIPA. AP21551083_000001

Jamais le Québec n’a été si anglophone et jamais le Canada n’a été si bilingue, titraient les divers journaux québécois la semaine dernière à l’occasion de la parution des données linguistiques du premier recensement de l’ère Trudeau. Déjà s’emballent les sbires du « sans-frontiérisme » et les chantres du libéral-progressisme : le Québec s’assouplit, s’ouvre au monde, et le Canada n’a jamais été si prompt à embrasser son noble multiculturalisme. Le Québec, dont les velléités nationalistes ont contribué à ce qu’il soit si souvent décrit par ses ennemis nationaux comme une enclave peuplée de psychorigides à tendance xénophobe, aurait-il aujourd’hui enfin décidé de participer à la vertueuse aventure canadienne ?

Le Québec est une culture

Ne soyons pas dupes du pitoyable festivisme de notre époque, il n’en est rien. Derrière ces chiffres se cache une toute autre réalité, beaucoup plus politique et beaucoup moins mièvre: le Québec est une culture et le Canada, pays culturellement stérilisé par le multiculturalisme de la Charte canadienne de 1982, devient aujourd’hui le porte-étendard conquérant du rouleau-compresseur civilisationnel anglo-protestant.

Le penseur français Régis Debray publiait récemment chez Gallimard un nouvel opus intitulé Civilisation, riche réflexion sur le déclin de l’Europe et l’infini pouvoir de conquête de l’esprit « gallo-ricain ». Il y oppose deux concepts fondamentaux : culture et civilisation. Une civilisation est offensive ; elle conquiert et convertit. Une culture est défensive ; elle résiste et survit. L’auteur fait appel à la lucidité de Paul Valéry, qui voyait venir le déclin de l’Europe au sortir de la guerre de 1914-1918 : « Ne sachant nous défaire de notre propre histoire, nous en serons dégagés par des peuples heureux qui n’en ont point ou presque point. »

Adieu veau, vache, nation…

Revenons maintenant à l’état du Québec d’aujourd’hui dans ce Canada multiculturel triomphant. À l’heure où la quasi totalité de l’élite médiatico-intellectuelle d’Occident devient incapable de réfléchir en dehors des ornières hégémoniques du libéral-progressisme, les Québécois sentent leur force nationale les abandonner et se voient même encouragés par les nouveaux curés du politiquement correct à laisser aller au diable vauvert leurs aspirations collectives au nom de préceptes moraux qu’il est interdit de remettre en question (ouverture à l’autre, « pax liberalis »). L’économique nous soumet à ses caprices, le rationalisme matérialiste écrase la pensée libre et le droit remplace lentement le politique.

A lire aussi: Le lobby antiraciste fait des ravages au Québec

Or, pour reprendre la pensée de Carl Schmitt et de Julien Freund, le politique est une condition essentielle de l’humanité. Il est l’essence qui permet notamment aux individus de dépasser leur existence privée et de former des collectivités organisées, des peuples capables de reconnaître « l’Autre que Soi », et donc de se reconnaître eux-mêmes comme des « Soi ». La déliquescence du politique en Occident entraîne conséquemment cette dilution des collectivités qu’on appelait jadis des nations. L’affaiblissement des cultures nationales comme celle du Québec en est un symptôme terrifiant.

Sans « Soi », point « d’Autre que Soi »

Mais qui, aujourd’hui, s’en inquiète autrement qu’avec la légèreté dont on se préoccupe de la disparition lente d’un folklore sympathique ? Quelques esprits chagrins, sans doute, qu’on soupçonnera au détour d’être, comble de l’hérésie, xénophobes car méfiants face à l’avancée du bienveillant conquérant « gallo-ricain » et de ses alliés objectifs, ou conservateurs car attachés à l’idée d’enracinement.

Que reste-t-il aujourd’hui du Canada français qu’enflammait le général De Gaulle il y a 50 ans avec son « Vive le Québec libre » ? Qu’est devenue l’élite naissante qu’il célébrait alors dans chaque halte qu’il faisait le long du Chemin du Roy ? La réponse n’est guère réjouissante. Avec la crainte juvénile du conflit idéologique qui découle de sa conversion du libéral-progressisme anglo-protestant, elle apparaît plus colonisée que jamais. Elle se confirme comme grande ouvrière de l’appauvrissement de l’écosystème culturel occidental et planétaire, elle qui, pourtant, chante chaque jour à tue-tête son amour de la diversité et de « l’Autre ». Elle oublie, hélas, que sans « Soi », point « d’Autre que Soi ». Ce faisant, elle condamne des cultures exceptionnelles, comme celle du Québec francophone, à une disparition à moyen ou long terme. Son imposture ne connaît aucune limite, et sa capacité à trahir ses propres concitoyens et sa nation, hélas, ne semble pas le moins du monde s’essouffler.


La Notion de politique - Théorie du partisan

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Mort de Simone Veil: est-il raciste de critiquer Sibeth Ndiaye?

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sibeth ndiaye racisme simone veil
Sibeth Ndiaye. Numéro de reportage : 00810990_000042.

Comme souvent de nos jours, tout a commencé par un texto : « Yes la meuf est dead. » signé Sibeth Ndiaye, en charge de la communication à l’Elysée.

Un sabir incompréhensible

Précision bienvenue : ce sabir incompréhensible était la confirmation de la responsable communication de l’Elysée à un journaliste apprenant la mort de Simone Veil. Traduction: « Oui, Simone Veil est morte ». L’information semblait grave. On ignore ce qui l’a fait réagir avec tant de légèreté : n’y a-t-elle vu la soudaine opportunité d’un « coup de com’ ? » Aurait-elle échappé (de très peu…) à une tentative d’IVG qui aurait laissé quelques traces ? Ou s’en tamponnait-elle simplement le coquillard ?

L’histoire ne le dit pas. Elle a simplement retenu que l’événement n’aurait pas ému celle qui allait dicter au président ses officiels sanglots. Flagrante contradiction. On dit même que le monde en est rempli.

Ndiaye soutenue par les Tartuffe

Heureusement, dans la foire à la connerie, on trouve toujours des compétiteurs pour faire exploser le déconnomètre. Pour son malheur, Sibeth Ndiaye a reçu le soutien d’autres Tartuffe. Dans une tribune du Monde, Ibrahima Diawadoh N’Jim (ancien conseiller de Manuel Valls) vole à son secours. Un homme vertueux qui, selon Jeune Afrique, va à la mosquée d’Evry « presque tous les jours ». Et quand il n’y est pas, il lui arrive de consulter Le Canard Enchaîné où il a lu un portrait peu indulgent pour Sibeth Ndiaye. Motif d’indignation supplémentaire : Le Canard dit du mal des gens. Giscard d’Estaing, Edith Cresson, François Fillon l’ont appris à leurs dépens. Mais de tout cela, Ibrahima Diawadoh N’Jim ne semble jamais avoir entendu parler.

J’en veux pour preuve la manière dont cette grande âme s’étonne de la malveillance d’un journal satirique. « Disons les choses clairement : ce qu’on reproche à Sibeth Ndiaye est d’être noire et femme. » Erreur ! On lui reproche simplement d’être vulgaire et cynique ; d’appartenir au milieu, assez répugnant, de la communication et de prospérer sur la Babylone prétentieuse de la superficialité macronienne.

Babylone va tomber

« Sibeth Ndiaye ne demande pas de statut particulier », précise le pétitionnaire. Non, mais lui demande seulement à ce qu’elle soit prise au sérieux par Le Canard Enchaîné. Et à ce qu’un journal satirique n’en dise que du bien. Ce qui pour ne pas être « un statut particulier », ressemble à un drôle de privilège. Ajoutons qu’avec l’audace mallarméenne de son texto « yes la meuf est dead » où pas un mot, sinon les plus courts, n’appartient au dictionnaire ; il serait presque raciste de lui refuser les honneurs de La Pléiade.

En attendant, le pétitionnaire énonce malgré lui quelques exactitudes : « Oui, Sibeth Ndiaye a, avec d’autres, accompli un authentique exploit en construisant sur quelques mois une organisation qui a porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous avons bien lu que la régie communication avait « porté Emmanuel Macron à la présidence de la République. » Nous voilà prévenus…

L’islam de France est-il (vraiment) différent des autres?

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Participants du 32ème congrès annuel de l'UOIF, 2015. SIPA. AP21716846_000006

Nous sommes priés de croire que l’islam est compatible avec la République, la démocratie et l’Etat de droit. Oser interroger ce dogme frôle dangereusement l’islamophobie, ce qui risque bientôt d’entraîner l’inéligibilité, si toutefois les nouveaux maîtres du pays de Voltaire parviennent à exclure du débat public tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Mais réjouissons-nous ! La France, au moins, ne punit pas de mort le blasphème, contrairement à des pays qui puisent pourtant leur inspiration législative dans une idéologie « compatible avec la République, la démocratie et l’Etat de droit »…

Soyons sérieux.

Je ne doute pas que la pratique qu’ont de l’islam un certain nombre de nos concitoyens soit parfaitement compatible avec les valeurs de la République française, à commencer par celle d’élus comme Malek Boutih ou Amine El Khatmi. Certains, comme Abdennour Bidar, Michel Renard ou Leïla Babès, ont même conceptualisé cet islam des Lumières, afin d’offrir à ceux qui veulent y croire les outils intellectuels et théologiques nécessaires. Musulmans, ils ont régulièrement défendu les valeurs les plus nobles de la France alors que nos représentants élus, Français « de souche » et non-musulmans, les abandonnaient par paresse intellectuelle, par lâcheté ou par intérêt.

Là où l’islam domine, l’islam réprime

Mais entre autres choses, ils ont en commun de savoir et d’avoir le courage de dire que leur islam n’est pas « l’islam », mais un islam. Ils ne se prétendent pas représentants ni représentatifs d’une communauté. Le sont-ils ? Difficile à dire. L’étude de l’Institut Montaigne tendrait plutôt à montrer qu’ils sont douloureusement minoritaires.

A lire aussi: Musulmans de France, l’enquête qui fait peur

Pire, un constat douloureux s’impose, à l’heure où l’islam en général mais aussi l’islamisme gagnent en influence sur notre sol. Pratiquement aucun pays dont l’islam est la religion culturellement dominante n’accorde à ses habitants non-musulmans les droits que la France garantit à tous ses citoyens, quelle que soit leur religion.

L’exemple de l’apostasie est à ce titre significatif. Cette simple mise en pratique de la liberté de conscience est punie de mort en Arabie saoudite, au sultanat de Brunei, en Iran, au Koweït, aux Maldives, en Somalie, au Yémen… et sanctionnée par de lourdes amendes ou des peines de prison en Indonésie, au Maroc, à Oman, au Pakistan (ou la peine de mort est également possible), etc. Des peines similaires frappent le blasphème.

« L’Islam est la religion naturelle de l’homme »

La déclaration du Caire du 5 août 1990, ratifiée par 57 états et souvent appelée « déclaration islamique des droits de l’homme », est également éclairante. Elle spécifie par exemple que :

–  « Les pères et leurs remplaçants ont le droit de choisir l’éducation de leurs enfants à condition de sauvegarder leurs intérêts et l’avenir de ces derniers à la lumière des valeurs morales et des normes de la Loi islamique (charia). » (article 7)

– « L’Etat fournira les moyens nécessaires pour (…) que l’homme puisse connaître la religion islamique. » (article 9)

– « L’Islam est la religion naturelle de l’homme. Il n’est pas permis de soumettre ce dernier à une quelconque forme de pression ou de profiter de sa pauvreté ou de son ignorance pour le convertir à une autre religion ou à l’athéisme. » (article 10)

– « Tout individu a le droit de jouir des fruits de sa production scientifique, littéraire, artistique ou technique (…) à condition que sa production ne soit pas contraire aux normes de la loi islamique. » (article 16)

– « Tout individu a le droit d’exprimer librement son opinion d’une manière non contraire aux principes de la Loi islamique. Tout individu a le droit d’appeler au bien, d’ordonner le juste et d’interdire le mal conformément aux normes de la Loi islamique. » (article 22)

– « Tous les droits et libertés énoncés dans ce document sont subordonnés aux dispositions de la Loi islamique. » (article 24)

– « La Loi islamique est la seule source de référence pour interpréter ou clarifier tout article de cette Déclaration. » (article 25)

Pourquoi l’islam de France serait-il différent?

Quelles garanties avons-nous que l’islam de France serait différent ? Qu’il respecte vraiment nos droits, et n’essaierait pas de nous en priver s’il estimait en avoir le pouvoir ? Jusqu’ici, son influence semble plutôt tournée vers la défense d’intérêts strictement communautaristes et le refus de toute critique, ce qui augure plutôt mal de sa fiabilité. Ses instances officielles, en tout cas, ne sont très clairement pas des partenaires dignes de confiance, entre le CFCM qui refuse la liberté de conscience et la Grande Mosquée de Paris qui, dès 1996, voulait empêcher Salman Rushdie de venir en France et diffuse des propos foncièrement hostiles à toutes les autres religions.

Je comprends que nos concitoyens musulmans en aient assez de devoir sans cesse se justifier. Mais nous n’y sommes pour rien si la monstruosité a aujourd’hui « pris le masque de l’islam et pas un autre masque », comme l’écrit Abdennour Bidar. S’ils veulent collectivement établir des relations saines avec le reste de la communauté nationale, ils doivent nous prouver qu’ils sont différents de tant de leurs coreligionnaires dans le reste du monde. Car, pour paraphraser Pascal Bruckner, ce n’est pas au nom de Jésus, Vishnou, Yahvé, Bouddha, Zeus ou Amaterasu que l’on cherche aujourd’hui à détruire notre civilisation ou à nous priver de nos libertés.

Les musulmans de France ne peuvent plus se taire

Les musulmans de France ne peuvent plus se contenter de protester de leurs bonnes intentions, si sincères soient-elles. Ils doivent s’engager activement, assumer de prendre clairement parti, en militant pour que soient accordés aux non-musulmans vivant dans des pays musulmans les mêmes droits que ceux dont les musulmans souhaitent bénéficier dans les pays non-musulmans.

Ils trouvent normal qu’un non-musulman puisse librement se convertir à l’islam ? Qu’ils réclament qu’un musulman puisse sans crainte se convertir à une autre religion ou à l’athéisme, du Maroc au Pakistan.

Ils veulent construire plus de mosquées en France ? Qu’ils demandent avec force à l’Arabie saoudite de donner aux non-musulmans vivant sur son territoire le droit d’avoir des lieux de culte.

Ils veulent pouvoir enseigner l’islam ? Qu’ils acceptent qu’on le critique comme n’importe quelle autre croyance, qu’ils agissent pour mettre fin aux lois réprimant le blasphème.

Ils pensent être victimes de discriminations ? Qu’ils obtiennent dans les pays musulmans l’égalité de tous pour le recrutement dans la fonction publique et l’accession aux postes à responsabilités.

Vivre-ensemble ?

D’ores et déjà, en France et ailleurs, des musulmans œuvrent dans ce sens. Et la plupart le font sans espérer la moindre contrepartie de notre part, uniquement par conviction et par humanité. Mais ils ne sont pas au pouvoir, et même en France semblent minoritaires.

Pourtant, il n’y a pas d’autre solution. L’islam doit impérativement, partout où il est dominant, accorder aux autres les droits qu’il veut que les autres lui accordent là où il est minoritaire. L’islam de France doit y travailler activement, c’est l’une des principales conditions de sa crédibilité. Faute de quoi, il sera toujours suspecté de taqîya, soupçonné de vouloir instrumentaliser le vivre-ensemble pour asseoir sa domination mais de vouloir, une fois doté de suffisamment d’influence, mettre fin au pluralisme, à la diversité, et à l’égalité.

La défense de l’égalité des droits entre hommes et femmes, de la mixité, et de la liberté des femmes y compris dans les pays musulmans est une autre condition, mais c’est aussi un autre sujet.

Lettre ouverte au monde musulman

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Typologie des fondus qui pensent trop à Macron

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Affiche déchirée d'Emmanuel Macron. SIPA. 00817510_000002

Quelqu’un occupe le haut de l’affiche. Au lieu de vous contenter de le savoir et de vaquer tranquillement aux intérêts de votre moi profond, ça vous titille, et votre regard est aimanté vers l’affiche, y revient encore et encore. Si vous étiez sage, il vous serait possible d’être poliment indifférent à ce phénomène. De vous contenter d’en noter l’importance sociale, mais en le situant bien comme étant totalement extérieur à votre personne. Ce quelqu’un s’affiche partout et il n’est pas possible d’y échapper.

A lire aussi: Macron, le début de la fin?

Le plus souvent, même si vous êtes du genre à lire en solitaire Ezra Pound au fond d’un parc naturel, vous vous mettez à être personnellement affecté par l’image de l’affiche, par ses apparitions, ses paroles et les récits de sa vie. L’image touche vos affects, vos affects rencontrent votre structure psychique gravement endommagée par le monde moderne, et en avant pour une séquence. Dans le cas de notre président Emmanuel Macron, cette séquence est celle du désir mimétique.

Je t’adore… donc je te hais

C’est simple. Deux temps. Premier temps, il est président. Deuxième temps : je suis un piéton. Souffrance. Puis les conséquences : celles-ci s’étagent entre le désir de l’abolir et le désir de prendre sa place : il doit cesser d’être président (abolition, je le hais), je veux être président à sa place (substitution, je l’adore). Abolir et vouloir être à la place de, c’est la même chose, nous enseigne René Girard : dans les deux cas, on nie l’autre et on se nie soi-même. Et dans les deux cas, on est mal parti spirituellement.

Girard pense même que la spiritualité sert à ça : à sortir du trou. Et comme le projet concocté par votre cerveau fasciné par Macron est impossible – car il est toujours impossible d’abolir et toujours impossible de se substituer à quelqu’un, nous enseigne la théorie du désir mimétique –, vous vous retrouvez à errer dans le malheur délirant de votre désir inassouvi, définitivement inassouvi. Et comme c’est insupportable, vous montez en température, vous devenez violent, vous réclamez un responsable. De préférence innocent, pour que le délire soit pur et parfait. Vous le soupçonnez d’être un obstacle entre Macron et vous, vous lui inventez des intentions sournoises et des actes lubriques, vous le décrétez d’accusation, et vous vous calmez pour environ cinq minutes, après son exécution publique avec des raffinements de cruauté. Laquelle exécution n’aura servi à rien, puisque l’origine de tout cela est votre incapacité à désirer autre chose que le vide. Or le vide n’existe pas. Donc le désir le cherche à nouveau.

Typologie des fondus qui pensent trop à Macron et qui finissent par en concevoir des maladies psychiques :

Le sportif de l’extrême. Le type que vous croisez, ahanant, à cinq heures du matin dans le Chablais, car il fait son jogging en pente raide et ne supporte le sport que s’il termine ses séances au bord de la crise cardiaque, qu’il confond avec l’épectase. Son pouls à 180 dans la montée, il y pense souvent : Macron, 39 ans, président. Trop fort, se dit-il. L’iron man, c’est lui. Moi, avec mes jarrets en béton, j’ai l’air d’un con.

Le raté simple. Le raté simple est un raté qui s’en fout d’être un raté pourvu qu’il y ait des bonnes séries à la télévision, qu’il regarde quatre heures par jour, des pizzas, de la bière et des cacahuètes. Depuis un an, il voit tous les jours dans le ciel de BFM une météorite qui s’appelle Macron. C’est bien ce qu’il pensait : fiction is reality. Plus rien ne séparera désormais West Wing du journal de LCI. C’est un aboutissement euphorique de sa vie de raté.

Le raté complexe. Le raté complexe est authentiquement raté mais il invente des raisons de se croire réussi. Macron paraît dans son univers mental. Il a vraiment réussi, lui, et en très grand. Ça fait exploser le rempart derrière lequel le raté complexe protégeait son amour-propre. Sous Hollande, il vivait tranquille (c’est un raté faussement réussi, comme moi). Avec Macron vient l’ère de la question obsessionnelle : il a tout réussi, j’ai tout raté. J’ai tout raté, il a tout réussi. Tic-tac jusqu’à l’accident.

Le journaliste prolétarisé (pardon pour le pléonasme). Le journaliste prolétarisé adore en Macron l’homme qui vient confirmer le jugement de l’actionnaire à son endroit : tu ne vaux pas le pain que tu manges, mon petit gars, tes contenus on s’en fout, car dans la chaîne de valeur de l’Entertainment l’important ce sont les tuyaux et la part de voix, pas tes billets dont tout le monde se fout, alors tu vas écrire des articles de 800 signes maximum que je te commanderai si je veux, quand je veux, et merci de t’installer à Guéret pour que je n’ai pas à te payer au tarif des loyers de Cergy-Pontoise. Le journaliste prolétarisé, constatant le triomphe du raisonnement actionnarial dans la presse, rend grâce, se dépouille de ses vaines illusions et remplit le formulaire pour devenir autoentrepreneur dans une atmosphère de gravité liturgique. Quand il reçoit son numéro de SIRET, quelque chose s’est passé. Macron est venu accomplir la Loi. Law must be obeyed.

Le journaliste rassis (il en reste). Tenu à distance de l’Olympe par la nouvelle politique de communication élyséenne, le journaliste rassis – c’est-à-dire bénéficiant d’une rente de notoriété – pourrait l’avoir mauvaise. Non. Au fond, il est tellement démonétisé depuis tellement longtemps et ses illusions narcissiques sont tellement fortes qu’il ne voit pas la différence avec avant, sous Hollande, Sarkozy, Chirac. Ce qu’il aime, c’est le pouvoir, puisqu’il n’en a pas. Le pouvoir absolu, il adore. Que le pouvoir absolu le snobe, ça lui va extrêmement bien. Le maître est pleinement le maître, enfin. Ça fait longtemps qu’il attendait ça. Il va savourer chaque seconde.

Le dégagiste modéré. Le dégagiste modéré n’était pas content mais ne voulait pas casser la baraque : comment virer sans remplacer ? se demandait-il, paradoxal et prudent. La victoire de Macron comble ses vœux : ce sont les mêmes, mais épaulés par des débutants incultes. Tous les jours, il pourra en profiter.

Le divorcé qui cherche la voie. Il a tout expérimenté des souillures du mariage et des désillusions de l’adultère (Flaubert). Il en est arrivé à la conclusion que s’offraient à lui trois choix rationnels qui ne lui conviennent pas plus que le mariage et l’adultère : le célibat, l’homosexualité, le suicide. Macron paraît. La solution existe.

Le psychanalysé. Le type s’allongeait tranquillement sur un canapé depuis trois ans. Tout à coup, Brigitte et Emmanuel traversent tous ses rêves, se mêlent à la trame même des métaphores par lesquelles son psychanalyste remontait péniblement la piste du traumatisme inaugural. Et tout le boulot est à refaire, et ça va durer trois ans de plus.

L’exilé fiscal neurasthénique. Il vivait en ressassant sa rancœur contre la France socialo-communiste. Vroum, Macron le ramène à la vie d’avant, quand il bâtissait son business avant de ne pas aller jouir de sa vente à Bruxelles. Ce coup de jeune lui donne un coup de vieux. Il va détester ça.

Moi. J’aimerais m’en moquer. Malheureusement, cet agent très logique de notre destin va transformer notre effacement en tant que pays en crépuscule du matin en tant que morceau de l’Empire. Et ce sera aussi fascinant que dégoûtant, aussi tragiquement beau que profondément ridicule.

Médias: est-il plus grave d’être con ou d’excuser la burqa?

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La photographie postée sur Facebook par le journaliste norvégien à l'origine de la farce / Sindre Beyer - Facebook

« Des anti-immigrés se ridiculisent en confondant des sièges de bus avec des femmes en burqa. » (Huffington Post)

« Des nationalistes norvégiens prennent ces sièges de bus pour des femmes en burqa. » (Midi Libre)

« En Norvège, un groupe xénophobe confond des sièges de bus vides avec des femmes en burqa. » (Le Monde)

« Des islamophobes norvégiens ont confondu des sièges de bus vides avec des femmes en burqa. » (Mashable – avec France 24)

« Des xénophobes prennent des sièges de bus pour des femmes en burqa. » (BFM TV)

« Norvège : quand des internautes xénophobes confondent burqas et sièges de bus. » (Le Point)

« Des extrémistes confondent des sièges de bus et des femmes en burqa. » (TVA Nouvelles)

Etc., etc.

A lire aussi: Norvège: quand la presse française se prend les pieds dans la burqa

Les articles parlant de la farce qu’un certain Johan Slattavik a faite en publiant une photo de siège de bus, demandant aux gens ce qu’ils en pensaient afin de pouvoir ensuite, dans un grand élan de pédagogie moralisatrice, dénoncer « le racisme aveugle et la xénophobie », se lisent un peu partout sur la planète. On rit beaucoup. Confondre des sièges de bus avec des femmes en burqa, faut vraiment être con comme un raciste !

Aux islamistes, les médias reconnaissants?

Peut-être ! Mais n’est-ce pas là une façon de plus d’absoudre le principe de cette prison mobile synthétique ? Sont-ce vraiment ceux qui la vomissent, même abusés par une photo, qui sont condamnables, ou ceux qui obligent leurs femmes à la porter ? La réponse se retrouve dans les titres: anti-immigrés, nationalistes, xénophobes, islamophobes, extrémistes,…

Le débat une fois de plus est biaisé, et à lire cette multitude d’éditoriaux, on comprend que non, le problème n’est plus de cacher une femme au regard des hommes, le problème est de rejeter ce sépulcral déguisement. Mieux, dénoncer le port de cette bâche infamante est devenu un acte de xénophobie. A bon entendeur !

Et tant pis pour celles qui, forcées ou non, continueront d’étouffer sous cette sinistre tente noire dont le seul objectif est de soustraire au regard de l’humanité masculine leur corps impur, parce que tout simplement féminin !

Hulot l’écolo est un loup pour le loup

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Nicolas Hulot à Versailles, juillet 2017. SIPA. 00814620_000009

Il y a quelques jours, Brigitte Bardot, écœurée qu’il n’y ait aucun moratoire sur la chasse, particulièrement dans les régions incendiées, traitait dans Var-Matin Nicolas Hulot de « vendu » et de « lâche ». Sans doute le nouveau ministre de l’Ecologie s’est-il posé le problème en termes néo-staliniens : « Bardot, combien de divisions ? Le lobby des chasseurs, par contre… »

Brigitte Bardot: « Je n’ai plus aucune confiance en lui »

Samedi dernier, elle a récidivé dans les colonnes de La Provence. Interviewée par Franz-Olivier Giesbert après la décision de Nicolas Hulot de faire abattre quarante loups pour plaire cette fois au lobby des éleveurs, elle a lâché : « J’avais de bonnes relations avec Hulot : dans le passé, ma Fondation a travaillé avec lui. Mais je ne l’aurais jamais cru capable de ça. Quel cynisme ! Il a suffi qu’il soit nommé ministre pour qu’il change, c’est le cas de le dire, son fusil d’épaule. Je n’ai plus aucune confiance en lui alors qu’il m’inspirait une confiance quand il est entré au gouvernement. Il m’a tué quelque part… » Et d’ajouter, in fine : « Quand ce connard (je rétablis le mot dont La Provence n’a conservé que l’initiale) de Hulot a décidé de tuer les quarante loups, j’ai pleuré pendant une nuit entière. »

Evitons de faire pleurer les vieilles dames – c’est bien assez de faire pleurer les jeunes. Et raisonnons un peu.

Quarante loups, c’est près de 15% des loups français, selon les dernières estimations. Il y a aujourd’hui un peu moins de 350 loups pour 550 000 km2. Un risque inacceptable, selon le ministre.

La montagne oui, mais sans danger s’il-vous-plaît!

Le plus drôle, c’est que ni les Italiens ni les Espagnols, qui nous ont galamment prêté quelques-uns de leurs canis lupus lupus, n’ont de problèmes avec les soi-disant attaques de loups (qui ne sont la plupart du temps, dès qu’il s’agit de massacres d’envergure, que des attaques de chiens errants : le loup est un prédateur intelligent qui se saisit d’une bête qui traîne et sait s’en contenter, timide et discret comme il est). Peut-être parce que leurs bergers gardent leurs bêtes, au lieu de les envoyer errer dans la montagne – ce qui est, en France, le fait de gros éleveurs propriétaires de très gros troupeaux. Et qu’ils sont secondés par des patous – indifféremment des Bergers des Pyrénées ou des Bergers de Maremme des Abruzzes – qui sont des chiens particulièrement dissuasifs, et dont il faut absolument se tenir à distance : ce sont de fausses peluches et de vrais carnassiers.

Ah oui, mais en France le lobby des randonneurs s’était fendu, il y a deux ans, d’une pétition adressée à Ségolène Royal demandant à ce que les patous soient «sociabilisés». Et d’autres veulent que l’on abandonne la montagne aux randonneurs, et que l’on supprime également bergers, troupeaux et chiens. Heureusement que de vrais spécialistes de la randonnée donnent, pendant ce temps, des conseils intelligents. Nous voulons bien la montagne, pourvu qu’elle ressemble au boulevard Saint-Germain.

Le loup a été éradiqué au XIXème siècle pour des raisons superstitieuses – on leur mettait sur le dos toutes les…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli