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Un texte made in US qui rend moins En Marche

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Monsieur Toussaint Louverture est un drôle d’éditeur qui aime la littérature de langue anglaise et les formes livresques anglo-saxonnes. Pas uniquement d’ailleurs. Les beaux livres aussi. Un petit tour sur son site convaincra. Avec Personne ne gagne, signé Jack Black, entre les mains, le lecteur a le sentiment d’être dans une librairie de Londres ou de Brooklyn, à moins que ce ne soit dans le quartier électro branché vintage (si, si, allez-y voir par vous-même) de Lx Factory. « Lx », ou Lisbonne côté anciens docks reconvertis. Un lieu parfait pour lire ce livre en forme d’autobiographie mais au ton romanesque en diable.

Boire un café avec Jesse James

On retrouve son âme de gosse dans de telles pages, quand on dévorait une bande dessinée entre deux épisodes d’Indiana Jones et un Croc Blanc mâtiné d’Harry Potter. Entre autres Kid Carson, Trois mousquetaires ou Blueberry. Avec un zeste de Thoreau, d’Into the wild et de foi en la vie libre, tendance anarchiste qui ne dit pas son nom — plutôt Ayn Rand ou Stirner que Proudhon, États-Unis obligent. Il y a de tout cela et bien d’autres choses dans les lignes de Jack Black. Un peu de conte, beaucoup de sueur. Car, au fil de son existence, Black ne raconte pas une vie politisée mais la vie simple, enthousiasmante, dramatique aussi, pauvre entre deux instants plus ou moins riches, d’un voleur. Nous sommes dans l’ouest américain à la charnière des 19e et 20e siècle, tandis que la révolution industrielle déferle sur le vieux continent, bientôt sur la côte ouest des States, il y a des saloons et du western dans les villes où officie Jack Black le cambrioleur. Des trains aussi. On mesure, à l’aune de ce texte passionnant, combien la conquête de l’Ouest est aussi et avant tout conquête par le chemin de fer.

Des boys de 1917 cow-boys

Et c’est après l’immensité de cette liberté que Jack Black court, dans cette autre immensité qu’est l’Ouest américain d’il y a cent ans. On peine à le croire mais ces westerns modernes ou anciens que souvent nous aimons se déroulent tandis que nos arrières grands-pères se préparaient à crever dans les tranchées, plus personne ne sait au juste pourquoi. Reste que nombre des boys débarqués en Europe en 1917 étaient cow-boys et/ou chercheurs d’or. « Pitch » de ce livre selon son éditeur : « De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur : parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du vingtième siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au-devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, qu’importe, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté. C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous remettre sur le droit chemin ».

Un livre que William Burroughs admirait

Éclairée par une préface de Thomas Vinau et une postface de William S. Burroughs, cette édition de Personne ne gagne donne furieusement envie de cesser d’être En Marche. De prendre le temps de vivre et de voler. Mais à l’ancienne, attention, avec des principes, pas ceux de Robin des Bois car Jack Black ne vole pas pour donner aux pauvres, il vole pour vivre. Avec le respect de la parole donnée, en essayant de ne pas recevoir les balles d’une gatling, de ne pas trop se faire fouetter dans un pénitencier et surtout en évitant de tuer accidentellement le malheureux que l’on cambriole. Une pétoire, oui, comment faire autrement quelque part dans l’ouest américain, mais une pétoire au cas où. Et d’un modèle classique, tant qu’à faire. Ne pas se faire repérer à cause d’une arme originale, principe de survie minimum pour le voleur.

Non-conformisme intégral

William S. Burroughs conclut sa postface ainsi : « Jack Black a intitulé son livre Personne ne gagne. Car qui le pourrait ? Même le vainqueur ne gagne rien. Aurait-il mieux valu qu’il passe sa vie avec un travail honnête à plein temps ? Je ne crois pas, non. Il a consigné un chapitre de l’histoire américaine qui aujourd’hui a disparu à tout jamais. Où sont passés les jungles, les fumeries, les redoutables casseurs de coffres ? Où est Salt Chunk Mary ? Et les Johnson ? Comme l’a dit un autre voleur, François Villon : « Mais où sont les neiges d’antan ? ». Dans les mots des poètes et des écrivains, dans les tableaux des peintres ». Il a bien raison ce bon vieux William, un peu de réaction et de non-conformisme intégral devant toute cette accélération mondialisée et moralisatrice ne peut pas nous faire de mal.

Jack Black, Personne ne gagne, (éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2017)


Into the Wild

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Sam Millar, made in Belfast

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Sam Millar ne triche pas, ni avec sa vie, ni avec l’écriture. Irlandais de Belfast, né en 1958, il sait avec quelle violence l’histoire s’est imposée dans ce coin oublié d’une Europe qu’on nous racontait être partout pacifiée.

IRA, prison, braquage, prison

Combattant de l’IRA, il fait connaissance avec la prison de Long Kesh pendant huit ans, ce Guantanamo où Thatcher laissa mourir d’une grève de la faim Bobby Sands et ses compagnons qui demandaient le statut de prisonnier politique.

Ensuite, Millar part aux Etats-Unis et comme le soldat perdu qu’il est devenu, il participe à un des plus célèbres braquages des années 90, celui de la Brinks à Rochester en 93. A nouveau la prison, à peine plus supportable que Long Kesh, la grâce accordée par Clinton deux ans plus tard et ensuite, retour au pays. Pour de plus amples renseignements sur Millar, il a tout raconté, sans pathos ni hyperbole, dans On The Brinks,  son autobiographie disponible en Points Seuil.

Styliste du roman noir

Millar est un combattant, un survivant et un styliste du roman noir. Son dernier roman, Au scalpel, est une nouvelle enquête de son privé fétiche, Karl Kane. On peut penser que Karl Kane lui ressemble : un code de l’honneur rigoureux, une sensibilité d’écorché vif masquée par une virilité qu’il sait surjouée, une lucidité désespérée sur les noirceurs de l’âme humaine, la certitude que Dieu n’existe pas même si, en bon catholique irlandais minoritaire dans son propre pays, il l’invoque souvent, en vain évidemment.

Comme tout privé qui se respecte, Kane a une secrétaire, Naomi, mais pour le coup, elle est le grand amour de sa vie. Dans Au scalpel, Kane affronte des démons habituels qui n’en sont pas moins terrifiants : la pédophilie, le gangstérisme endémique lié à la came, la démence des assassins qui jouissent des souffrances qu’ils infligent.

On y verra deux gamines enfermées dans une cave : l’une a perdu toute sa famille et ne le sait pas et l’autre était en rupture de ban d’une institution religieuse où elle a tué un prêtre qui avait pris de très sales habitudes en lui enfonçant deux aiguilles à tricoter dans les yeux.

Une narration sans tunnels

On demande à Kane de retrouver la première gamine. Il comprendra assez vite qu’il connaît le malade qui les a enlevées puisque c’est le même qui a dévasté sa propre enfance. Comme rien n’est simple, il lui faut en même temps se débarrasser d’un mafieux londonien qui veut trouver de nouvelles parts de marché à Belfast.

Pourquoi prend-on un tel plaisir à lire Millar ? C’est tout bête, il sait raconter des histoires et contrairement à nombre de ses confrères et consœurs du roman noir, il ne se croit pas obligé de multiplier ces « tunnels » qui sont en fait des descriptions interminables, histoire de montrer que l’auteur est un bon élève qui a su se documenter.

Millar n’en a pas besoin, Millar nous donne à respirer la tristesse de Belfast, l’odeur d’un pub, l’allure d’une rue déserte en quelques lignes.  On va vite chez Millar et cette rapidité est inversement proportionnelle à la profondeur psychologique à laquelle il sait plonger et à sa manière de traiter l’horreur, sans complaisance mais sans concessions.

L’envie de trinquer avec Kane

Le lecteur n’a qu’une envie, malgré tout, c’est de faire la connaissance de Karl Kane et d’aller trinquer avec lui et Naomi dans un pub, à condition qu’un flic politique de la Special Branch ne vienne pas faire de la provoc.

Et avec Sam Millar aussi, d’ailleurs, qui met une citation en exergue de chacun de ses courts chapitres et est capable de citer Homère, Chuck Norris, Mark Twain ou les Proverbes avec la même pertinence ironique.

Au scalpel, Sam Millar (traduction de Patrick Raynal, Seuil, collection Cadre Noir, 2017)

Un moment de paresse du commissaire Maigret

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« Cela commença par une sensation de vacances. » Il faut situer la scène. Au mois de mars, sur la côte d’Azur, ce ruban de soixante kilomètres saupoudré de casinos, de criminels et de palaces, il fait déjà trop chaud pour le commissaire Maigret.

À peine descendu du train, il est cueilli par un local, le commissaire Boutigues, œillet rouge à la boutonnière, qui lui assure que, non, non, il ne fait pas trop chaud. Maigret n’est pas dans son assiette. Il lui arrive même de jeter le contenu de sa pipe sans l’avoir fumée. C’est dire.

Le soleil est là, le crime attendra

Alors que les plages ne sont pas encore envahies de vacanciers, le bougon commissaire se laisse hypnotiser par la vie sous le soleil du Midi. Le crime pour lequel on l’a appelé ? Secondaire, très secondaire… Il s’en occupera plus tard. Pour l’heure, il loge à l’hôtel Bacon, navigue entre Cannes et Antibes, boit des anis aux terrasses…

Récapitulons. Il y a un mort et deux femmes dans une villa, une vieille, une jeune, la maîtresse et sa mère. Pas étonnant que le défunt se soit ennuyé, pas étonnant qu’il ait cherché à prendre la poudre d’escampette. William Brown, c’est son nom, Maigret commence à s’y intéresser lorsqu’il tombe sur son portrait : ressembler comme deux gouttes d’eau à un homme mort dont il faut découvrir le meurtrier, ça n’arrive pas tous les jours.

« Pas d’histoires ! »

Enquête de voisinage, virée à Cannes, à la recherche de machines à sous, le seul indice, sans résultat : elles viennent d’être interdites et saisies par arrêté préfectoral. Pas de bol. D’autant que le Quai des Orfèvres a été clair avec le commissaire : pas d’histoires !

« Pas d’histoires ! », cela tombe à pic, c’est le mantra du Liberty Bar, une gargote où Brown allait en cachette retrouver ses deux autres femmes, l’énorme et alcoolique Jaja, qui était folle de lui, et la fringante Sylvie, dont il était fou.

Le Liberty Bar, il faut le voir pour le croire. Jaja cuisine des salades et du gigot, Sylvie se balade à moitié nue, on boit de la gentiane, la boisson de ceux qui ont tout vu, tout fait, tout entendu. Je n’y ai jamais goûté, l’immersion a ses limites, et la débauche absolue se mérite, c’est vrai. Au Liberty Bar, le temps s’est comme arrêté. Maigret est ensorcelé par ce pas-grand-chose de terriblement féminin.

C’est donc ça, la côte d’Azur

Il faut pourtant revenir un instant au crime qui nous amène. Entre pêcheurs d’oursins en eau limpide, promenades en fiacre et explosions de mimosa en fleur, un enterrement, tous frais payés par la famille Brown, richissimes commerçants de laine australiens. Cela se passe dans l’église, en plein milieu de la place du marché. Entre les fruits et les légumes, un corbillard grand luxe, suivi par quatre veuves éplorées. C’est donc ça, la côte d’Azur.

Pour une fois, Maigret est tenté de ne vraiment pas faire d’histoires, pour une fois, il est tenté de ne pas être Maigret, juste faire partie du décor. C’est aussi un métier à temps plein.

A (re)lire dans la même série: 

Coquillages, crustacées et bombe atomique

Châteaux de sable et trafic d’armes

Rastignac à La Baule

Propos estivaux


Les carnets de Roland Jaccard


Ce que le paradoxe est dans la sphère des idées, la perversité l’est dans l’ordre de la passion. Toute âme passionnée recèle un fond de perversité, tout comme l’intelligence a besoin d’être constamment aiguillonnée par la fulgurance de pensées abjectes. Sans perversité, la passion s’étiole. Sans paradoxe, la pensée s’éteint.

L’homme élégant se fait un devoir de cultiver une pensée paradoxale, ainsi que la forme de perversité qui lui siéra le mieux. Sans ces deux atouts, il n’est qu’un rustre ou un idéologue, bref un homme sans esprit. La morale lui tiendra alors lieu de viatique, la famille de refuge, la religion d’idéal et les partis politiques de déversoir à ses ressentiments.

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Dino Risi, le grand cinéaste italien, après avoir assisté à l’élection de Miss Italie, a eu ce mot fameux : « Pour se faire passer l’envie des femmes, il suffit d’assister à l’élection de Miss Italie. » Déclaration à portée universelle, bien entendu.

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Le mot qui m’a le plus réjoui est celui de Marc Cohen à propos de Claude B. Levenson qui a introduit le dalaï-lama en France : « Ce jour-là, elle aurait mieux fait de se casser une jambe ! »

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Imre Kertész rapporte qu’au début du XVIIe siècle, à Vilnius, eut lieu un rassemblement de plusieurs dizaines des plus éminents rabbins ashkenazim, sages de la septième initiation et exégètes de la cabale. Les rabbins délibérèrent pendant trente mois et trouvèrent enfin la réponse à la question de l’être et du non-être. Une réponse inattendue : « Il ne fait aucun doute qu’il serait préférable que le monde réel, celui dont nous constatons l’existence, n’ait jamais été créé. Et il est plus évident encore que le plus souhaitable serait que ce monde parvînt à son terme et se fondît dans ce qui est infini. » Commentaire de Kertész : cela ressemble étonnamment à la réponse de Diogène à Alexandre le Grand : « Ce que tu dois préférer à tout, c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, c’est de mourir bientôt. »

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Quand Spinoza, qui approchait de la cinquantaine et souffrait de tuberculose, sentit la mort venir, il s’isola pendant trois jours, après que son médecin lui eut laissé du suc de mandragore dont il usa, comme le raconte son ami le pasteur Colerus, pour abréger ses souffrances. Freud fit de même avec l’aide de son médecin privé. Tous deux étaient athées. Spinoza aurait prononcé un dernier mot : « Le monde veut être trompé. Qu’il le soit donc ! Amen. » Tous deux pensaient que la vie éternelle n’est pas une vie future, mais la vie présente à laquelle se hausse l’homme qui se connaît dans son essence, car son essence est éternelle. La philosophie n’est pas une méditation sur la vie, elle est la vie même.

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À propos de la vie, je trouve qu’une femme allant chercher les pantoufles d’un homme est un spectacle répugnant. « J’aurais une bien meilleure opinion de vous, disait Bernard Shaw à une jeune fille, si vous me les jetiez à la figure. » La donzelle répliqua : « N’hésitez pas à faire de même ! » C’est ainsi que naît un couple. Il meurt avec la paresse du désir. Elle vient toujours plus vite que l’homme ne le croit et que la femme ne l’espère.

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Lacan, à juste titre, exécrait la philosophie, car il y a si longtemps, ajoutait-il, qu’elle ne dit plus rien d’intéressant. Quant à la psychanalyse dont il voyait bien qu’elle devenait plus vite une foi qu’une science, il préférait la définir comme une pratique, une pratique qui s’occupe de ce qui ne va pas. Et comme, pratiquement, rien ne va, il n’était pas surpris de voir étudiants et snobs se précipiter à son Séminaire et attendre dans son cabinet un bien-être hors de leur portée. Ce n’étaient pas leurs symptômes qu’il soignait, mais leur lâcheté. À coups de bâton, comme un moine zen.

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De temps à autre, j’aime bien revenir à Jean-Pierre Georges, surtout lorsqu’il nous exhorte à ne pas renoncer à nos minuscules satisfactions. Nous n’avons qu’elles. Sinon c’est le gouffre, la solitude et l’abandon. Comme pour le coureur qui n’accroche pas la dernière roue du peloton.

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Vous mourez. Vous vous trouvez face à deux portes. Sur l’une est écrit : Paradis. Sur l’autre : Conférences sur le paradis. Pour ma part, je n’hésite pas, je choisis la seconde. Et vous ?

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Belmondo et moi (6/8)

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Le cinéroman de notre Bebel national


Les Mariés de l’An II (1971)

Julia a la même attitude bravache que Marlène Jobert en 1971 dans Les Mariés de l’An II. C’est assez rare chez une blonde cuivrée. Elle porte une large paire de lunettes en écaille qui lui durcit le visage et la rend inoubliable. Julia me plait autant que Marlène Jobert. J’aime la façon dont elle m’écoute parler et me rabroue sévèrement quand j’appelle à la rescousse dans une conversation anodine un écrivain Hussard de mon cheptel ou que je délire sur la cuisson des rognons. Je ne m’en prive pas, pour une fois qu’une fille semble intéressée par ma personne, je me lance, je dis n’importe quoi, je change de sujet, je fais le beau, enfin je suis amoureux. Julia a les mêmes failles que les tempétueuses Christine de Rivoyre et Geneviève Dormann : une fierté de façade et un orgueil d’apparat. Belmondo n’est pas tombé amoureux de Marlène Jobert en 1971. Les techniciens peuvent en témoigner. L’ambiance était électrique.

Une chance sur deux (1998)

Belmondo et Delon avaient l’air de s’amuser en 1998, le spectateur un peu moins. Patrice Leconte s’est laissé piéger par le phénomène Vanessa Paradis. Elle sera toujours pour moi cette adolescente paniquée, prise dans le feu des projecteurs, on avait honte de la voir lâchée si jeune en pâture dans les sales mains du show-biz. Tant d’autres ont succombé à cette gloire soudaine, à ce déballage indigeste, pas elle, elle avait de la ressource. J’ai trompé Julia avec une fille qui ressemblait à Vanessa Paradis, une brindille, affreusement plate, faussement naturelle et aguicheuse à souhait. J’en avais très envie, et trois heures après, vous maudissez la terre de vous être gavé comme un goinfre. Julia ne me pardonnera jamais.

L’Inconnu dans la maison (1992)

Je déconseille à tous ceux qui viennent d’être quittés de regarder L’Inconnu dans la maison. Surtout si vous avez une caisse de Menetou-Salon à portée de main, notamment les flacons « Les Renardières » de Philippe Gilbert. Belmondo a l’alcool plus amer que dans Un singe en hiver. Le feu d’artifice de Tigreville n’éclaire plus les nuits normandes. Trente ans séparent ces deux films. Belmondo s’accommode mal du chagrin, il est plus sourd, plus saoul, à soixante qu’à trente. À bientôt quarante-et-un ans, que me reste-t-il ? Un boulot fantoche et cinquante films de Belmondo pour ne pas tomber en dépression. Julia a eu raison de partir. Belmondo n’a jamais ce genre de problème dans ses films, qui oserait le quitter ?

Paris brûle-t-il ? (1966)

Alain Delon incarne Chaban-Delmas dans Paris brûle-t-il ? Chaban était général à 29 ans. Nous ne sommes pas égaux devant l’existence.

Classe tous risques (1960)

L’adaptation de Classe tous risques a été écrite par Claude Sautet, José Giovanni et Pascal Jardin. Jardin, un nom qui circule parmi les initiés, un code d’entrée pour faire croire que l’on appartient à la même famille. Jardin aura été le meilleur représentant de son œuvre, il la supporte à bout de bras. Nous avons tous une fascination pour sa réussite et ses multiples aventures bottées. Les écrivains ne sont pas ces intellectuels torturés, qui imaginent et qui pensent leurs œuvres, hermétiques au monde extérieur. Ce sont des inventions de maisons d’édition pour refourguer leurs bouquins à des professeurs. Les écrivains sont comme les autres. Ils rêvent de filles inaccessibles, de voitures chromées, de soirées de gala, d’argent facile et de conquêtes d’un soir. La légende Jardin fonctionne sur le même modèle que celle de Françoise Sagan. Il faut absolument lire ou relire cet écrivain cristallin, il parle tellement bien de l’atroce légèreté des sentiments. On aimerait tous lui ressembler un peu. En 1960, tous les acteurs portaient des cravates à l’écran. Pour reconquérir Julia, j’ai fait le serment de me cravater tous les jours et de me replonger dans l’œuvre de Paul Guimard.

Un singe en hiver (1962)

Au-delà de la rencontre entre Belmondo et Gabin, Un singe en hiver m’évoque ce crachin normand qui colle aux vêtements et ce vague à l’âme qui entête sur les plages du Débarquement. Je repense aussi à Blondin, à l’imprimerie de Mayenne, la bouche pâteuse, le regard éteint, le cœur en vrac, quand il corrigeait les épreuves de Monsieur Jadis et se souvenait de son amitié légendaire avec Roger Nimier. Un singe, c’est un film sur l’amour perdu, le plus douloureux de tous, sur une Reconquista sans rédemption, sur l’ivresse qui nous bloque pour avancer. Le cinéma raconte tout le temps des histoires d’amour, il n’y a rien d’autre qui intéresse le public. Les gens se foutent éperdument du cadre, du suspense, ils veulent juste un homme et une femme. Belmondo appelle l’Espagne, n’ose répondre, raccroche et se met à boire. Gabin l’imite. Et les deux partent sur les rives du Yang-Tsé-Kiang.

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Retrouvez l’intégralité de « Belmondo & Moi » en version numérique sur le site Nouvelles Lectures – www.nouvelleslectures.fr






Western, ton Kant est bon!

Ils sont vieux, fatigués, et pleins aux as. L’opération a été rondement menée, ils ont livré les armes au général mexicain qui pourra ainsi exterminer les rebelles, et qui les a grassement rémunérés. Bien sûr, l’un de leurs comparses est désormais le prisonnier dudit général, dont il a abattu la puta préférée. En attendant, deux d’entre eux prennent un bain de vin vieux dans une énorme barrique en compagnie de dames accueillantes et fortes en tétons, un autre vient de se taper une signorita muy hermosa, le quatrième, assis à l’ombre, taille philosophiquement un bout de bois avec son couteau.

O.K. morale

Eh bien le plus vieux de la bande sort finalement des bras de sa compagne d’une heure, retrouve ses comparses , et lance : « Let’s go ! » — à quoi l’un des autres se lève en disant : « Why not ? ».

Et ils n’ont même pas à expliquer au tailleur de copeaux pourquoi ils sortent, prennent leurs fusils et partent à quatre affronter cinq cents hommes. Et y laisser leur peau. Ainsi se termine La Horde sauvage.

(Même situation dans Key Largo — car les codes du western ont essaimé bien au-delà de l’Ouest des années 1860-1910 : Lauren Bacall demande à Bogart « Why » il part prendre un risque démesuré, dont il n’a pratiquement aucune chance de revenir vivant. À quoi l’autre répond : « I have to go » — sans qu’il n’ait en fait d’autre obligation que celle qu’il s’impose à lui-même : en quoi il affiche, en obéissant à cette obligation, sa parfaite et complète liberté).

Dans les deux cas, les gangsters de The Wild bunch ou l’ex-soldat revenu de tout en général et de Monte Cassino en particulier obéissent à une loi morale intérieure qui fait d’eux des hommes bons, dotés d’une volonté parfaitement autonome (à aucun moment ils ne se conforment à une loi qui leur serait imposée de l’extérieur, Kant et Peckinpah sont catégoriques sur ce point), obéissant donc à un impératif interne absolu, et ayant les uns et les autres déterminé que l’homme est une fin en soi — pas une chose à valeur relative. Et tout cela sans qu’une transcendance extérieure puisse expliquer ou motiver des comportements somme toute extrémistes, ou paradoxaux, puisque le sens du devoir et la raison triomphent de l’instinct de survie. Mais justement, l’homme des Lumières se bâtit au-delà de l’instinct.

La fin du western ou la perte du sens interne du devoir

On ne parle pas assez de l’influence de Kant sur le western classique. Et surtout, on ne parle pas assez, quand on constate la raréfaction actuelle du genre, de la perte de ce Kant à soi dans notre civilisation. La fin du western est un marqueur remarquable de la perte du sens interne du devoir, de la réification de l’humain, et d’un repli vers un Ego narcissique (tout pour ma gueule) qui nous éloigne un peu des grands principes de la raison pure.

Je peux multiplier les exemples à l’infini, mais à qui renâclerait je conseille de visionner l’une après l’autre les deux versions de 3:10 to Yuma. Celle de Delmer Daves (1957) met en scène un fermier un peu frustre (Van Heflin) qui contre toute raison raisonnable affronte des périls incessants pour amener son prisonnier, l’abominable et séduisant Glenn Ford, à la gare où il le mettra dans le train pour Yuma et son pénitencier. On comprend vite que ce n’est pas pour la prime offerte (motif initial) mais en raison d’un devoir intérieur que le fermier s’impose contre toute logique une conduite qu’il faut bien qualifier d’héroïque — ce qui permet au passage de définir l’héroïsme comme l’obéissance à une nécessité intérieure, à laquelle on se plie dans l’exercice de sa liberté : voir Léonidas aux Thermopyles, ou Davy Crockett à Alamo.

Puis vous jetez un œil sur la version indéfiniment étirée (122 mn contre 92 pour le film de Daves) de la même histoire réalisée par James Mangold en 2007. Christian Bale (le fermier) n’obéit plus à sa volonté autonome, mais au désir de briller et de se réhabiliter aux yeux de son fils (introduit par le nouveau scénario — afin sans doute que l’ado de base y trouve de quoi s’identifier, faute d’y trouver de quoi réfléchir) face à un gangster (Russell Crowe) d’une séduction encore plus affirmée que celle de Glenn Ford, sous ses cicatrices fraîches fort seyantes. Les personnages passent deux heures à faire la roue, là où dans la première version, dans un noir et blanc que le ciel d’Arizona rendait impitoyable, ils sont…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

« Fourchette dans l’anus »: dégât colorectal dans la PQR

C’est bien sereinement que la société française a assoupi sa vigilance ; oubliant un peu vite qu’elle avait tout à craindre des « fake news ».

Pas de fourchette dans le fondement

C’est ce que l’on retient d’une mise au point inattendue du quotidien régional Le Progrès le 2 août : « Non, personne n’a planté de fourchette dans le fondement d’un client d’une cafeteria du Roannais ».

Le point sur l’affaire : depuis le 24 Juillet dernier, circule sur les réseaux sociaux une fausse une du Progrès Loire qui rend hilare le demi-monde des internautes : « il lui plante une fourchette dans l’anus en plein Flunch. » Bouzze garanti sur la toile. Rapidement le journal publie le démenti ci-dessus et sonne la fin de la récréation. Jamais, Le Progrès n’avait annoncé qu’une fourchette avait été planté dans le cul d’un client au Flunch du Roannais.

L’honneur d’une profession

On aurait bien tort d’en rire. Le journalisme est atteint dans son honneur et ses fondements. Et c’est même pas pour rigoler : « l’on pourra noter la qualité du travail de faussaire, on retiendra surtout la violence au premier degré de certains commentaires en ligne. Ils décrédibilisent une profession déjà en souffrance et plus particulièrement l’image de notre titre aux yeux des lecteurs. Et ça, c’est un constat vraiment regrettable.» alerte le journaliste. Parce que d’abord, cette fake news « c’est peut-être drôle mais c’est bidon » ajoute-t-il avec une qualité de français qui aura bientôt dissipé toutes les vergognes.

Intox en inox

Altruisme corporatiste oblige, Libé remet les « points sur les i » et relaye le démenti du journal par une brève le même jour. Nous attendons l’avis du Décodex du Monde pour définitivement statuer, dissiper cette intox en inox et laver l’honneur.

En mai après son agression, le cul de Théo avait été remplacé par un anus en plastique. Avant que l’on découvre que la presse en avait fait un peu trop sur le sort de cette « victime ». Pour l’affaire Théo comme l’affaire-fourchette, un même dégât colorectal : les journalistes pourraient tous passer pour des faux-cul.

Trump/Kim Jong-Un: il faut prévenir le peuple nord-coréen

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Au moment où l’on commémore le bombardement d’Hiroshima, on redécouvre qu’à l’époque, les civils japonais n’avaient pas été informés de l’ultimatum lancé à leurs gouvernants par les Américains.

L’ignorance, c’est sa force

Si la population japonaise avait pu être prévenue par les Alliés en dépit de la censure du régime, comment aurait-elle réagi ? Qu’aurait fait l’empereur, s’il avait été confronté à son opinion publique ?

Bref, en diffusant l’information, aurait-on fait l’économie des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ?

On ne peut pas répondre avec certitude à ces questions, mais il importe tout de même de se les poser, parce qu’aujourd’hui, la population de la Corée du Nord est, elle aussi, tenue dans une ignorance totale. Rien ne filtre des avertissements lancés par Donald Trump au dictateur Kim Jong-un en réponse à ses provocations.

Assistance à peuple en danger

Ignorant tout de la catastrophe qui menace de lui tomber sur la tête, la population ne fait pas partie des données du problème, et de sa solution. Kim Jong-un n’a pas à s’en soucier.

Or, à ce jour, aucun État ne semble envisager d’informer ce peuple en recourant massivement à tous les moyens de la technologie moderne.

Laisser les Nord-Coréens dans la même situation que les Japonais avant Hiroshima sera considéré un jour comme un refus de porter assistance à un peuple en danger. D’autant que la diffusion de l’information est la forme d’ingérence la plus pacifique et inoffensive qui soit.

Le risque du pire

Certes, l’issue catastrophique de la crise actuelle n’est qu’un risque. Et, certes encore, le pire n’est pas le plus sûr. Mais l’Histoire nous a tout de même appris une chose au prix fort : par suite de surenchères et de dérapages incontrôlables et imprévus, l’invraisemblable et l’irrationnel sont possibles.

En souvenir d’Hiroshima, et dans l’intérêt de tous, les États devraient prévenir la population de la Corée du Nord.

PMA: Macron, osera, osera pas?

L’Assemblée nationale nouvelle a eu une fin d’année (scolaire) turbulente. On a évité les lancers de polochon, mais pas les jouets de bac à sable, les cris, les claquements de pupitre, les claquages de porte des départs en fanfare, et les pions – pardon les administrateurs de l’Assemblée – ont eu bien du mal à rétablir l’ordre. Dans cet hémicycle en forme de théâtre antique, ils ont même dû jouer les souffleurs et dicter aux acteurs – frais émoulus de l’école de la rue plus que du conservatoire de la rue Blanche -leurs principales répliques.

Enfin, une fois passé le pensum de la loi « confiance » dans une moralisation de la vie publique qui a tourné un peu à la tragi-comédie version Aristophane, le but réel de la session extraordinaire a été atteint : l’habilitation du gouvernement pour prendre des ordonnances a été votée. Alors plus belle la vie, l’école est finie.

La guerre de la rentrée aura-t-elle lieu?

Mais il y aura des devoirs de vacances. Pour les députés de la majorité car leur incompétence a défrayé la chronique et ils doivent apprendre par cœur, a dit le président, la Constitution, le règlement de l’Assemblée, celui des Commissions…

Pour l’opposition aussi. Pour la gauche, on est déjà fixé. Il faut préparer la grande manif’ du 12 septembre, décrétée par la CGT. Un voyant a prévu l’apocalypse pour ce jour-là. Mais Jean-Luc Mélenchon tient à ses congés payés, déjà entamés de neuf jours par la session extraordinaire. Alors, pas de panique, il prend ses vacances, apocalypse ou pas…

A droite enfin, on fabrique déjà les panneaux : « La PMA pour tous ne passera pas par moi », « Ni GPA ni PMA, l’enfant n’est pas une marchandise ».

PMA, te revoilà!

Car, au mois de juin, le Comité d’éthique a rendu un avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, et la Cour de Cassation a reconnu que l’enfant né d’un des deux parents par GPA à l’étranger pouvait être adopté par le conjoint homme ou femme et donc avoir en France ce fameux statut d’enfant né par GPA dont les enfants français ne peuvent  bénéficier légalement.

Du coup, la « France bien élevée », partie goûter l’eau des plages ensoleillées une fois les fêtes d’école terminées, a dû préparer ses arguments. D’autant que l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, ressuscitée de ses cendres, avait enfourché son vélo et était venue les titiller sur les plateaux télé en se réclamant de Simone Veil, récemment disparue, pour encenser « sa » loi et plaider la PMA « pour toutes »…

A lire aussi: PMA pour toutes: l’adieu au père

« Simone Veil a bien dit que l’avortement était un drame, une solution de dernier recours et qu’il fallait mettre des conditions strictes, d’entretien préalable, de délai de réflexion, et que dissuader la femme d’avorter devait rester possible » avaient alors fait remarquer, en substance, La Manif Pour Tous, Sens commun, Avenir pour tous et autres Veilleurs, en postant sur les réseaux sociaux l’intégrale du discours fait par la ministre de la Santé devant les chambres au moment du vote de la loi sur l’avortement en 1975.

Manif pour tous, saison 2?

Reprendre tout ça, le mettre en forme, lancer les mots d’ordre, demander les autorisations de manifs… Entre deux châteaux de sable, un mariage au vrai château voisin, et l’achat de chouquettes pour le goûter, ça s’agite, ça cogite, ça complote.

Du coup, Emmanuel Macron hésite. Après les banderilles de la réduction des APL, est-il utile de porter le coup d’épée frontal, entre les deux yeux : l’extension de la PMA ?

Quand il avait lancé cette promesse de campagne, il avait seulement eu envie d’être gentil, d’accorder aux femmes, seules ou s’aimant entre elles, la satisfaction de leur désir d’avoir un bébé – chose petite, mignonne, facile à porter, qui attire la sympathie et les gouzi-gouzi – sans avoir d’homme, chose grande, encombrante, éructante, ronflante…

Le mauvais rêve du président Macron

Il voulait du reste le faire très vite, dès le début de son mandat. Mais la nuit précédant son discours devant le Congrès de Versailles, il avait fait un mauvais rêve. Il était entouré d’une bande de jeunes et leur vantait son projet de PMA « pour toutes » :

  • « Alors les jeunes, il est cool, mon projet, non ? »
  • « C’est cool, ouais, mais pas pour l’enfant. Tu as vu sur Twitter le témoignage de ce jeune homme inséminé qui dit qu’il traine ça comme un boulet ? C’est grave pas cool en fait. L’IVG c’était  « pas d’enfant, à aucun prix », et la PMA c’est « un enfant à tout prix ». C’est la même logique : la chosification de l’être humain,  sa marchandisation, l’égoïsme, le fric roi… Et puis l’enfant tu y penses ? Un petit garçon élevé par deux gonzesses, comment apprendra-t-il à chasser, jouer au foot, et s’initier à la guerre par des jeux-vidéos ? Elles  seront forcément vegan, et leur diront « caca c’est pas beau, c’est violent, range-moi ça. »

Alors là, il sait quoi répondre:

  • « Tu vis au Moyen-âge, toi ! Les petits garçons n’ont pas à apprendre la guerre ou la chasse plus que les filles aujourd’hui. Et si le petit garçon s’identifie à sa mère, il pourra être « trans » dès qu’il voudra. Et du reste comme on est tous « bi »… »
  • « Des blagues, tout ça ! Tous « bi », vraiment ? Si elles étaient « bi », les lesbiennes feraient un môme avec un homme. Là c’est total, dé No sex. Même pas une fois pour faire l’enfant… Et puis… quand un couple est stérile, il y a une pathologie. Donc c’est remboursé par la Sécurité sociale. Normal. Mais là… l’offrir à des femmes qui n’ont aucune pathologie… Ou alors lesbienne, c’est une pathologie ? »
  • « Ecoutez… on peut voir les choses autrement : le Comité d’éthique a découvert une autre forme de stérilité, une « stérilité sociale », résultant du choix homosexuel, qui étant source de souffrance mérite d’être soignée et indemnisée.»
  • « Haha, pensée complexe ! N’importe quoi ! Il y a ou il n’y a pas stérilité. Alors si la lesbienne est infertile, ok, mais sinon… où est la fameuse égalité si un couple hétéro ne peut choisir une insémination même s’il est fertile, alors qu’une femme homosexuelle ou célibataire le peut ? »

Et en même temps…

Ca ne peut plus durer. Le président sent la moutarde qui lui monte au nez. Il se fâche : « C’est cette discussion qui est stérile ! Je suis votre président. Ma décision est prise. Le Comité d’éthique a rendu un avis positif, ma majorité le votera, point barre ».

Les jeunes, interloqués, partent un à un, déçus. L’un d’eux lance à la cantonade : « Ok, alors tous dans la rue ! Défais les valises, Liliane, on reste à Paris ! »

Le président, mal réveillé de ce cauchemar aux couleurs de de manif pour tous, a finalement décidé de censurer les passages qui dans son discours du lendemain à Versailles traitaient clairement du sujet. Certes, il a évoqué la « liberté d’essayer, de se tromper, d’essayer encore », mais bien malin  qui y verrait  un lien avec la PMA !

Quant au Premier ministre, dans son discours de politique générale, à part la petite phrase « la Sécurité sociale est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas » qu’on pourrait, en tirant bien les cheveux, relier à la « stérilité sociale », on n’a rien entendu…

Et finalement, le 17 Juillet, Lily Marlene Schiappa, la fringante ministre de l’égalité hommes/femmes, entre un coup de gueule contre l’épisiotomie et le lancement de la lutte contre l’écartement des jambes des hommes dans le métro, l’a confirmé. La PMA, on y touchera au moment de la révision des lois de bioéthique. Donc pas avant 2018…

« Liliane, fais les valises, on part en vacances »

Un texte made in US qui rend moins En Marche

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"The lone ranger". Ph: Peter Mountain ©Disney Enterprises, Inc. and Jerry Bruckheimer Inc. All Rights Reserved.

Monsieur Toussaint Louverture est un drôle d’éditeur qui aime la littérature de langue anglaise et les formes livresques anglo-saxonnes. Pas uniquement d’ailleurs. Les beaux livres aussi. Un petit tour sur son site convaincra. Avec Personne ne gagne, signé Jack Black, entre les mains, le lecteur a le sentiment d’être dans une librairie de Londres ou de Brooklyn, à moins que ce ne soit dans le quartier électro branché vintage (si, si, allez-y voir par vous-même) de Lx Factory. « Lx », ou Lisbonne côté anciens docks reconvertis. Un lieu parfait pour lire ce livre en forme d’autobiographie mais au ton romanesque en diable.

Boire un café avec Jesse James

On retrouve son âme de gosse dans de telles pages, quand on dévorait une bande dessinée entre deux épisodes d’Indiana Jones et un Croc Blanc mâtiné d’Harry Potter. Entre autres Kid Carson, Trois mousquetaires ou Blueberry. Avec un zeste de Thoreau, d’Into the wild et de foi en la vie libre, tendance anarchiste qui ne dit pas son nom — plutôt Ayn Rand ou Stirner que Proudhon, États-Unis obligent. Il y a de tout cela et bien d’autres choses dans les lignes de Jack Black. Un peu de conte, beaucoup de sueur. Car, au fil de son existence, Black ne raconte pas une vie politisée mais la vie simple, enthousiasmante, dramatique aussi, pauvre entre deux instants plus ou moins riches, d’un voleur. Nous sommes dans l’ouest américain à la charnière des 19e et 20e siècle, tandis que la révolution industrielle déferle sur le vieux continent, bientôt sur la côte ouest des States, il y a des saloons et du western dans les villes où officie Jack Black le cambrioleur. Des trains aussi. On mesure, à l’aune de ce texte passionnant, combien la conquête de l’Ouest est aussi et avant tout conquête par le chemin de fer.

Des boys de 1917 cow-boys

Et c’est après l’immensité de cette liberté que Jack Black court, dans cette autre immensité qu’est l’Ouest américain d’il y a cent ans. On peine à le croire mais ces westerns modernes ou anciens que souvent nous aimons se déroulent tandis que nos arrières grands-pères se préparaient à crever dans les tranchées, plus personne ne sait au juste pourquoi. Reste que nombre des boys débarqués en Europe en 1917 étaient cow-boys et/ou chercheurs d’or. « Pitch » de ce livre selon son éditeur : « De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur : parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du vingtième siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au-devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, qu’importe, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté. C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous remettre sur le droit chemin ».

Un livre que William Burroughs admirait

Éclairée par une préface de Thomas Vinau et une postface de William S. Burroughs, cette édition de Personne ne gagne donne furieusement envie de cesser d’être En Marche. De prendre le temps de vivre et de voler. Mais à l’ancienne, attention, avec des principes, pas ceux de Robin des Bois car Jack Black ne vole pas pour donner aux pauvres, il vole pour vivre. Avec le respect de la parole donnée, en essayant de ne pas recevoir les balles d’une gatling, de ne pas trop se faire fouetter dans un pénitencier et surtout en évitant de tuer accidentellement le malheureux que l’on cambriole. Une pétoire, oui, comment faire autrement quelque part dans l’ouest américain, mais une pétoire au cas où. Et d’un modèle classique, tant qu’à faire. Ne pas se faire repérer à cause d’une arme originale, principe de survie minimum pour le voleur.

Non-conformisme intégral

William S. Burroughs conclut sa postface ainsi : « Jack Black a intitulé son livre Personne ne gagne. Car qui le pourrait ? Même le vainqueur ne gagne rien. Aurait-il mieux valu qu’il passe sa vie avec un travail honnête à plein temps ? Je ne crois pas, non. Il a consigné un chapitre de l’histoire américaine qui aujourd’hui a disparu à tout jamais. Où sont passés les jungles, les fumeries, les redoutables casseurs de coffres ? Où est Salt Chunk Mary ? Et les Johnson ? Comme l’a dit un autre voleur, François Villon : « Mais où sont les neiges d’antan ? ». Dans les mots des poètes et des écrivains, dans les tableaux des peintres ». Il a bien raison ce bon vieux William, un peu de réaction et de non-conformisme intégral devant toute cette accélération mondialisée et moralisatrice ne peut pas nous faire de mal.

Jack Black, Personne ne gagne, (éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2017)


Into the Wild

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Sam Millar, made in Belfast

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sam millar belfast scalpel
Mur de Belfast. Wikipedia. Zubro © 2003.

Sam Millar ne triche pas, ni avec sa vie, ni avec l’écriture. Irlandais de Belfast, né en 1958, il sait avec quelle violence l’histoire s’est imposée dans ce coin oublié d’une Europe qu’on nous racontait être partout pacifiée.

IRA, prison, braquage, prison

Combattant de l’IRA, il fait connaissance avec la prison de Long Kesh pendant huit ans, ce Guantanamo où Thatcher laissa mourir d’une grève de la faim Bobby Sands et ses compagnons qui demandaient le statut de prisonnier politique.

Ensuite, Millar part aux Etats-Unis et comme le soldat perdu qu’il est devenu, il participe à un des plus célèbres braquages des années 90, celui de la Brinks à Rochester en 93. A nouveau la prison, à peine plus supportable que Long Kesh, la grâce accordée par Clinton deux ans plus tard et ensuite, retour au pays. Pour de plus amples renseignements sur Millar, il a tout raconté, sans pathos ni hyperbole, dans On The Brinks,  son autobiographie disponible en Points Seuil.

Styliste du roman noir

Millar est un combattant, un survivant et un styliste du roman noir. Son dernier roman, Au scalpel, est une nouvelle enquête de son privé fétiche, Karl Kane. On peut penser que Karl Kane lui ressemble : un code de l’honneur rigoureux, une sensibilité d’écorché vif masquée par une virilité qu’il sait surjouée, une lucidité désespérée sur les noirceurs de l’âme humaine, la certitude que Dieu n’existe pas même si, en bon catholique irlandais minoritaire dans son propre pays, il l’invoque souvent, en vain évidemment.

Comme tout privé qui se respecte, Kane a une secrétaire, Naomi, mais pour le coup, elle est le grand amour de sa vie. Dans Au scalpel, Kane affronte des démons habituels qui n’en sont pas moins terrifiants : la pédophilie, le gangstérisme endémique lié à la came, la démence des assassins qui jouissent des souffrances qu’ils infligent.

On y verra deux gamines enfermées dans une cave : l’une a perdu toute sa famille et ne le sait pas et l’autre était en rupture de ban d’une institution religieuse où elle a tué un prêtre qui avait pris de très sales habitudes en lui enfonçant deux aiguilles à tricoter dans les yeux.

Une narration sans tunnels

On demande à Kane de retrouver la première gamine. Il comprendra assez vite qu’il connaît le malade qui les a enlevées puisque c’est le même qui a dévasté sa propre enfance. Comme rien n’est simple, il lui faut en même temps se débarrasser d’un mafieux londonien qui veut trouver de nouvelles parts de marché à Belfast.

Pourquoi prend-on un tel plaisir à lire Millar ? C’est tout bête, il sait raconter des histoires et contrairement à nombre de ses confrères et consœurs du roman noir, il ne se croit pas obligé de multiplier ces « tunnels » qui sont en fait des descriptions interminables, histoire de montrer que l’auteur est un bon élève qui a su se documenter.

Millar n’en a pas besoin, Millar nous donne à respirer la tristesse de Belfast, l’odeur d’un pub, l’allure d’une rue déserte en quelques lignes.  On va vite chez Millar et cette rapidité est inversement proportionnelle à la profondeur psychologique à laquelle il sait plonger et à sa manière de traiter l’horreur, sans complaisance mais sans concessions.

L’envie de trinquer avec Kane

Le lecteur n’a qu’une envie, malgré tout, c’est de faire la connaissance de Karl Kane et d’aller trinquer avec lui et Naomi dans un pub, à condition qu’un flic politique de la Special Branch ne vienne pas faire de la provoc.

Et avec Sam Millar aussi, d’ailleurs, qui met une citation en exergue de chacun de ses courts chapitres et est capable de citer Homère, Chuck Norris, Mark Twain ou les Proverbes avec la même pertinence ironique.

Au scalpel, Sam Millar (traduction de Patrick Raynal, Seuil, collection Cadre Noir, 2017)

Un moment de paresse du commissaire Maigret

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« Cela commença par une sensation de vacances. » Il faut situer la scène. Au mois de mars, sur la côte d’Azur, ce ruban de soixante kilomètres saupoudré de casinos, de criminels et de palaces, il fait déjà trop chaud pour le commissaire Maigret.

À peine descendu du train, il est cueilli par un local, le commissaire Boutigues, œillet rouge à la boutonnière, qui lui assure que, non, non, il ne fait pas trop chaud. Maigret n’est pas dans son assiette. Il lui arrive même de jeter le contenu de sa pipe sans l’avoir fumée. C’est dire.

Le soleil est là, le crime attendra

Alors que les plages ne sont pas encore envahies de vacanciers, le bougon commissaire se laisse hypnotiser par la vie sous le soleil du Midi. Le crime pour lequel on l’a appelé ? Secondaire, très secondaire… Il s’en occupera plus tard. Pour l’heure, il loge à l’hôtel Bacon, navigue entre Cannes et Antibes, boit des anis aux terrasses…

Récapitulons. Il y a un mort et deux femmes dans une villa, une vieille, une jeune, la maîtresse et sa mère. Pas étonnant que le défunt se soit ennuyé, pas étonnant qu’il ait cherché à prendre la poudre d’escampette. William Brown, c’est son nom, Maigret commence à s’y intéresser lorsqu’il tombe sur son portrait : ressembler comme deux gouttes d’eau à un homme mort dont il faut découvrir le meurtrier, ça n’arrive pas tous les jours.

« Pas d’histoires ! »

Enquête de voisinage, virée à Cannes, à la recherche de machines à sous, le seul indice, sans résultat : elles viennent d’être interdites et saisies par arrêté préfectoral. Pas de bol. D’autant que le Quai des Orfèvres a été clair avec le commissaire : pas d’histoires !

« Pas d’histoires ! », cela tombe à pic, c’est le mantra du Liberty Bar, une gargote où Brown allait en cachette retrouver ses deux autres femmes, l’énorme et alcoolique Jaja, qui était folle de lui, et la fringante Sylvie, dont il était fou.

Le Liberty Bar, il faut le voir pour le croire. Jaja cuisine des salades et du gigot, Sylvie se balade à moitié nue, on boit de la gentiane, la boisson de ceux qui ont tout vu, tout fait, tout entendu. Je n’y ai jamais goûté, l’immersion a ses limites, et la débauche absolue se mérite, c’est vrai. Au Liberty Bar, le temps s’est comme arrêté. Maigret est ensorcelé par ce pas-grand-chose de terriblement féminin.

C’est donc ça, la côte d’Azur

Il faut pourtant revenir un instant au crime qui nous amène. Entre pêcheurs d’oursins en eau limpide, promenades en fiacre et explosions de mimosa en fleur, un enterrement, tous frais payés par la famille Brown, richissimes commerçants de laine australiens. Cela se passe dans l’église, en plein milieu de la place du marché. Entre les fruits et les légumes, un corbillard grand luxe, suivi par quatre veuves éplorées. C’est donc ça, la côte d’Azur.

Pour une fois, Maigret est tenté de ne vraiment pas faire d’histoires, pour une fois, il est tenté de ne pas être Maigret, juste faire partie du décor. C’est aussi un métier à temps plein.

A (re)lire dans la même série: 

Coquillages, crustacées et bombe atomique

Châteaux de sable et trafic d’armes

Rastignac à La Baule

Propos estivaux

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Crédit photo : PATRICK BAZ

Les carnets de Roland Jaccard


Ce que le paradoxe est dans la sphère des idées, la perversité l’est dans l’ordre de la passion. Toute âme passionnée recèle un fond de perversité, tout comme l’intelligence a besoin d’être constamment aiguillonnée par la fulgurance de pensées abjectes. Sans perversité, la passion s’étiole. Sans paradoxe, la pensée s’éteint.

L’homme élégant se fait un devoir de cultiver une pensée paradoxale, ainsi que la forme de perversité qui lui siéra le mieux. Sans ces deux atouts, il n’est qu’un rustre ou un idéologue, bref un homme sans esprit. La morale lui tiendra alors lieu de viatique, la famille de refuge, la religion d’idéal et les partis politiques de déversoir à ses ressentiments.

***

Dino Risi, le grand cinéaste italien, après avoir assisté à l’élection de Miss Italie, a eu ce mot fameux : « Pour se faire passer l’envie des femmes, il suffit d’assister à l’élection de Miss Italie. » Déclaration à portée universelle, bien entendu.

***

Le mot qui m’a le plus réjoui est celui de Marc Cohen à propos de Claude B. Levenson qui a introduit le dalaï-lama en France : « Ce jour-là, elle aurait mieux fait de se casser une jambe ! »

***

Imre Kertész rapporte qu’au début du XVIIe siècle, à Vilnius, eut lieu un rassemblement de plusieurs dizaines des plus éminents rabbins ashkenazim, sages de la septième initiation et exégètes de la cabale. Les rabbins délibérèrent pendant trente mois et trouvèrent enfin la réponse à la question de l’être et du non-être. Une réponse inattendue : « Il ne fait aucun doute qu’il serait préférable que le monde réel, celui dont nous constatons l’existence, n’ait jamais été créé. Et il est plus évident encore que le plus souhaitable serait que ce monde parvînt à son terme et se fondît dans ce qui est infini. » Commentaire de Kertész : cela ressemble étonnamment à la réponse de Diogène à Alexandre le Grand : « Ce que tu dois préférer à tout, c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, c’est de mourir bientôt. »

***

Quand Spinoza, qui approchait de la cinquantaine et souffrait de tuberculose, sentit la mort venir, il s’isola pendant trois jours, après que son médecin lui eut laissé du suc de mandragore dont il usa, comme le raconte son ami le pasteur Colerus, pour abréger ses souffrances. Freud fit de même avec l’aide de son médecin privé. Tous deux étaient athées. Spinoza aurait prononcé un dernier mot : « Le monde veut être trompé. Qu’il le soit donc ! Amen. » Tous deux pensaient que la vie éternelle n’est pas une vie future, mais la vie présente à laquelle se hausse l’homme qui se connaît dans son essence, car son essence est éternelle. La philosophie n’est pas une méditation sur la vie, elle est la vie même.

***

À propos de la vie, je trouve qu’une femme allant chercher les pantoufles d’un homme est un spectacle répugnant. « J’aurais une bien meilleure opinion de vous, disait Bernard Shaw à une jeune fille, si vous me les jetiez à la figure. » La donzelle répliqua : « N’hésitez pas à faire de même ! » C’est ainsi que naît un couple. Il meurt avec la paresse du désir. Elle vient toujours plus vite que l’homme ne le croit et que la femme ne l’espère.

***

Lacan, à juste titre, exécrait la philosophie, car il y a si longtemps, ajoutait-il, qu’elle ne dit plus rien d’intéressant. Quant à la psychanalyse dont il voyait bien qu’elle devenait plus vite une foi qu’une science, il préférait la définir comme une pratique, une pratique qui s’occupe de ce qui ne va pas. Et comme, pratiquement, rien ne va, il n’était pas surpris de voir étudiants et snobs se précipiter à son Séminaire et attendre dans son cabinet un bien-être hors de leur portée. Ce n’étaient pas leurs symptômes qu’il soignait, mais leur lâcheté. À coups de bâton, comme un moine zen.

***

De temps à autre, j’aime bien revenir à Jean-Pierre Georges, surtout lorsqu’il nous exhorte à ne pas renoncer à nos minuscules satisfactions. Nous n’avons qu’elles. Sinon c’est le gouffre, la solitude et l’abandon. Comme pour le coureur qui n’accroche pas la dernière roue du peloton.

***

Vous mourez. Vous vous trouvez face à deux portes. Sur l’une est écrit : Paradis. Sur l’autre : Conférences sur le paradis. Pour ma part, je n’hésite pas, je choisis la seconde. Et vous ?

***

Belmondo et moi (6/8)

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Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans Un Singe en hiver, d'Henri Verneuil (1962)

Le cinéroman de notre Bebel national


Les Mariés de l’An II (1971)

Julia a la même attitude bravache que Marlène Jobert en 1971 dans Les Mariés de l’An II. C’est assez rare chez une blonde cuivrée. Elle porte une large paire de lunettes en écaille qui lui durcit le visage et la rend inoubliable. Julia me plait autant que Marlène Jobert. J’aime la façon dont elle m’écoute parler et me rabroue sévèrement quand j’appelle à la rescousse dans une conversation anodine un écrivain Hussard de mon cheptel ou que je délire sur la cuisson des rognons. Je ne m’en prive pas, pour une fois qu’une fille semble intéressée par ma personne, je me lance, je dis n’importe quoi, je change de sujet, je fais le beau, enfin je suis amoureux. Julia a les mêmes failles que les tempétueuses Christine de Rivoyre et Geneviève Dormann : une fierté de façade et un orgueil d’apparat. Belmondo n’est pas tombé amoureux de Marlène Jobert en 1971. Les techniciens peuvent en témoigner. L’ambiance était électrique.

Une chance sur deux (1998)

Belmondo et Delon avaient l’air de s’amuser en 1998, le spectateur un peu moins. Patrice Leconte s’est laissé piéger par le phénomène Vanessa Paradis. Elle sera toujours pour moi cette adolescente paniquée, prise dans le feu des projecteurs, on avait honte de la voir lâchée si jeune en pâture dans les sales mains du show-biz. Tant d’autres ont succombé à cette gloire soudaine, à ce déballage indigeste, pas elle, elle avait de la ressource. J’ai trompé Julia avec une fille qui ressemblait à Vanessa Paradis, une brindille, affreusement plate, faussement naturelle et aguicheuse à souhait. J’en avais très envie, et trois heures après, vous maudissez la terre de vous être gavé comme un goinfre. Julia ne me pardonnera jamais.

L’Inconnu dans la maison (1992)

Je déconseille à tous ceux qui viennent d’être quittés de regarder L’Inconnu dans la maison. Surtout si vous avez une caisse de Menetou-Salon à portée de main, notamment les flacons « Les Renardières » de Philippe Gilbert. Belmondo a l’alcool plus amer que dans Un singe en hiver. Le feu d’artifice de Tigreville n’éclaire plus les nuits normandes. Trente ans séparent ces deux films. Belmondo s’accommode mal du chagrin, il est plus sourd, plus saoul, à soixante qu’à trente. À bientôt quarante-et-un ans, que me reste-t-il ? Un boulot fantoche et cinquante films de Belmondo pour ne pas tomber en dépression. Julia a eu raison de partir. Belmondo n’a jamais ce genre de problème dans ses films, qui oserait le quitter ?

Paris brûle-t-il ? (1966)

Alain Delon incarne Chaban-Delmas dans Paris brûle-t-il ? Chaban était général à 29 ans. Nous ne sommes pas égaux devant l’existence.

Classe tous risques (1960)

L’adaptation de Classe tous risques a été écrite par Claude Sautet, José Giovanni et Pascal Jardin. Jardin, un nom qui circule parmi les initiés, un code d’entrée pour faire croire que l’on appartient à la même famille. Jardin aura été le meilleur représentant de son œuvre, il la supporte à bout de bras. Nous avons tous une fascination pour sa réussite et ses multiples aventures bottées. Les écrivains ne sont pas ces intellectuels torturés, qui imaginent et qui pensent leurs œuvres, hermétiques au monde extérieur. Ce sont des inventions de maisons d’édition pour refourguer leurs bouquins à des professeurs. Les écrivains sont comme les autres. Ils rêvent de filles inaccessibles, de voitures chromées, de soirées de gala, d’argent facile et de conquêtes d’un soir. La légende Jardin fonctionne sur le même modèle que celle de Françoise Sagan. Il faut absolument lire ou relire cet écrivain cristallin, il parle tellement bien de l’atroce légèreté des sentiments. On aimerait tous lui ressembler un peu. En 1960, tous les acteurs portaient des cravates à l’écran. Pour reconquérir Julia, j’ai fait le serment de me cravater tous les jours et de me replonger dans l’œuvre de Paul Guimard.

Un singe en hiver (1962)

Au-delà de la rencontre entre Belmondo et Gabin, Un singe en hiver m’évoque ce crachin normand qui colle aux vêtements et ce vague à l’âme qui entête sur les plages du Débarquement. Je repense aussi à Blondin, à l’imprimerie de Mayenne, la bouche pâteuse, le regard éteint, le cœur en vrac, quand il corrigeait les épreuves de Monsieur Jadis et se souvenait de son amitié légendaire avec Roger Nimier. Un singe, c’est un film sur l’amour perdu, le plus douloureux de tous, sur une Reconquista sans rédemption, sur l’ivresse qui nous bloque pour avancer. Le cinéma raconte tout le temps des histoires d’amour, il n’y a rien d’autre qui intéresse le public. Les gens se foutent éperdument du cadre, du suspense, ils veulent juste un homme et une femme. Belmondo appelle l’Espagne, n’ose répondre, raccroche et se met à boire. Gabin l’imite. Et les deux partent sur les rives du Yang-Tsé-Kiang.

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A lire aussi: Belmondo et moi (5/8)

Retrouvez l’intégralité de « Belmondo & Moi » en version numérique sur le site Nouvelles Lectures – www.nouvelleslectures.fr






Un Singe en hiver

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Western, ton Kant est bon!

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La Horde sauvage, 1969. SIPA. 51411183_000011

Ils sont vieux, fatigués, et pleins aux as. L’opération a été rondement menée, ils ont livré les armes au général mexicain qui pourra ainsi exterminer les rebelles, et qui les a grassement rémunérés. Bien sûr, l’un de leurs comparses est désormais le prisonnier dudit général, dont il a abattu la puta préférée. En attendant, deux d’entre eux prennent un bain de vin vieux dans une énorme barrique en compagnie de dames accueillantes et fortes en tétons, un autre vient de se taper une signorita muy hermosa, le quatrième, assis à l’ombre, taille philosophiquement un bout de bois avec son couteau.

O.K. morale

Eh bien le plus vieux de la bande sort finalement des bras de sa compagne d’une heure, retrouve ses comparses , et lance : « Let’s go ! » — à quoi l’un des autres se lève en disant : « Why not ? ».

Et ils n’ont même pas à expliquer au tailleur de copeaux pourquoi ils sortent, prennent leurs fusils et partent à quatre affronter cinq cents hommes. Et y laisser leur peau. Ainsi se termine La Horde sauvage.

(Même situation dans Key Largo — car les codes du western ont essaimé bien au-delà de l’Ouest des années 1860-1910 : Lauren Bacall demande à Bogart « Why » il part prendre un risque démesuré, dont il n’a pratiquement aucune chance de revenir vivant. À quoi l’autre répond : « I have to go » — sans qu’il n’ait en fait d’autre obligation que celle qu’il s’impose à lui-même : en quoi il affiche, en obéissant à cette obligation, sa parfaite et complète liberté).

Dans les deux cas, les gangsters de The Wild bunch ou l’ex-soldat revenu de tout en général et de Monte Cassino en particulier obéissent à une loi morale intérieure qui fait d’eux des hommes bons, dotés d’une volonté parfaitement autonome (à aucun moment ils ne se conforment à une loi qui leur serait imposée de l’extérieur, Kant et Peckinpah sont catégoriques sur ce point), obéissant donc à un impératif interne absolu, et ayant les uns et les autres déterminé que l’homme est une fin en soi — pas une chose à valeur relative. Et tout cela sans qu’une transcendance extérieure puisse expliquer ou motiver des comportements somme toute extrémistes, ou paradoxaux, puisque le sens du devoir et la raison triomphent de l’instinct de survie. Mais justement, l’homme des Lumières se bâtit au-delà de l’instinct.

La fin du western ou la perte du sens interne du devoir

On ne parle pas assez de l’influence de Kant sur le western classique. Et surtout, on ne parle pas assez, quand on constate la raréfaction actuelle du genre, de la perte de ce Kant à soi dans notre civilisation. La fin du western est un marqueur remarquable de la perte du sens interne du devoir, de la réification de l’humain, et d’un repli vers un Ego narcissique (tout pour ma gueule) qui nous éloigne un peu des grands principes de la raison pure.

Je peux multiplier les exemples à l’infini, mais à qui renâclerait je conseille de visionner l’une après l’autre les deux versions de 3:10 to Yuma. Celle de Delmer Daves (1957) met en scène un fermier un peu frustre (Van Heflin) qui contre toute raison raisonnable affronte des périls incessants pour amener son prisonnier, l’abominable et séduisant Glenn Ford, à la gare où il le mettra dans le train pour Yuma et son pénitencier. On comprend vite que ce n’est pas pour la prime offerte (motif initial) mais en raison d’un devoir intérieur que le fermier s’impose contre toute logique une conduite qu’il faut bien qualifier d’héroïque — ce qui permet au passage de définir l’héroïsme comme l’obéissance à une nécessité intérieure, à laquelle on se plie dans l’exercice de sa liberté : voir Léonidas aux Thermopyles, ou Davy Crockett à Alamo.

Puis vous jetez un œil sur la version indéfiniment étirée (122 mn contre 92 pour le film de Daves) de la même histoire réalisée par James Mangold en 2007. Christian Bale (le fermier) n’obéit plus à sa volonté autonome, mais au désir de briller et de se réhabiliter aux yeux de son fils (introduit par le nouveau scénario — afin sans doute que l’ado de base y trouve de quoi s’identifier, faute d’y trouver de quoi réfléchir) face à un gangster (Russell Crowe) d’une séduction encore plus affirmée que celle de Glenn Ford, sous ses cicatrices fraîches fort seyantes. Les personnages passent deux heures à faire la roue, là où dans la première version, dans un noir et blanc que le ciel d’Arizona rendait impitoyable, ils sont…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli

« Fourchette dans l’anus »: dégât colorectal dans la PQR

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fourchette roannais liberation
Wikicommons. Wellcome Images.

C’est bien sereinement que la société française a assoupi sa vigilance ; oubliant un peu vite qu’elle avait tout à craindre des « fake news ».

Pas de fourchette dans le fondement

C’est ce que l’on retient d’une mise au point inattendue du quotidien régional Le Progrès le 2 août : « Non, personne n’a planté de fourchette dans le fondement d’un client d’une cafeteria du Roannais ».

Le point sur l’affaire : depuis le 24 Juillet dernier, circule sur les réseaux sociaux une fausse une du Progrès Loire qui rend hilare le demi-monde des internautes : « il lui plante une fourchette dans l’anus en plein Flunch. » Bouzze garanti sur la toile. Rapidement le journal publie le démenti ci-dessus et sonne la fin de la récréation. Jamais, Le Progrès n’avait annoncé qu’une fourchette avait été planté dans le cul d’un client au Flunch du Roannais.

L’honneur d’une profession

On aurait bien tort d’en rire. Le journalisme est atteint dans son honneur et ses fondements. Et c’est même pas pour rigoler : « l’on pourra noter la qualité du travail de faussaire, on retiendra surtout la violence au premier degré de certains commentaires en ligne. Ils décrédibilisent une profession déjà en souffrance et plus particulièrement l’image de notre titre aux yeux des lecteurs. Et ça, c’est un constat vraiment regrettable.» alerte le journaliste. Parce que d’abord, cette fake news « c’est peut-être drôle mais c’est bidon » ajoute-t-il avec une qualité de français qui aura bientôt dissipé toutes les vergognes.

Intox en inox

Altruisme corporatiste oblige, Libé remet les « points sur les i » et relaye le démenti du journal par une brève le même jour. Nous attendons l’avis du Décodex du Monde pour définitivement statuer, dissiper cette intox en inox et laver l’honneur.

En mai après son agression, le cul de Théo avait été remplacé par un anus en plastique. Avant que l’on découvre que la presse en avait fait un peu trop sur le sort de cette « victime ». Pour l’affaire Théo comme l’affaire-fourchette, un même dégât colorectal : les journalistes pourraient tous passer pour des faux-cul.

Trump/Kim Jong-Un: il faut prévenir le peuple nord-coréen

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Défilé paramilitaire à Pyongyang pour célébrer le 65ème anniversaire de la création de la Corée du Nord. SIPA. 00664671_000016

Au moment où l’on commémore le bombardement d’Hiroshima, on redécouvre qu’à l’époque, les civils japonais n’avaient pas été informés de l’ultimatum lancé à leurs gouvernants par les Américains.

L’ignorance, c’est sa force

Si la population japonaise avait pu être prévenue par les Alliés en dépit de la censure du régime, comment aurait-elle réagi ? Qu’aurait fait l’empereur, s’il avait été confronté à son opinion publique ?

Bref, en diffusant l’information, aurait-on fait l’économie des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ?

On ne peut pas répondre avec certitude à ces questions, mais il importe tout de même de se les poser, parce qu’aujourd’hui, la population de la Corée du Nord est, elle aussi, tenue dans une ignorance totale. Rien ne filtre des avertissements lancés par Donald Trump au dictateur Kim Jong-un en réponse à ses provocations.

Assistance à peuple en danger

Ignorant tout de la catastrophe qui menace de lui tomber sur la tête, la population ne fait pas partie des données du problème, et de sa solution. Kim Jong-un n’a pas à s’en soucier.

Or, à ce jour, aucun État ne semble envisager d’informer ce peuple en recourant massivement à tous les moyens de la technologie moderne.

Laisser les Nord-Coréens dans la même situation que les Japonais avant Hiroshima sera considéré un jour comme un refus de porter assistance à un peuple en danger. D’autant que la diffusion de l’information est la forme d’ingérence la plus pacifique et inoffensive qui soit.

Le risque du pire

Certes, l’issue catastrophique de la crise actuelle n’est qu’un risque. Et, certes encore, le pire n’est pas le plus sûr. Mais l’Histoire nous a tout de même appris une chose au prix fort : par suite de surenchères et de dérapages incontrôlables et imprévus, l’invraisemblable et l’irrationnel sont possibles.

En souvenir d’Hiroshima, et dans l’intérêt de tous, les États devraient prévenir la population de la Corée du Nord.

PMA: Macron, osera, osera pas?

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La Manif pour tous à Paris, octobre 2014. SIPA. 00694669_000052

L’Assemblée nationale nouvelle a eu une fin d’année (scolaire) turbulente. On a évité les lancers de polochon, mais pas les jouets de bac à sable, les cris, les claquements de pupitre, les claquages de porte des départs en fanfare, et les pions – pardon les administrateurs de l’Assemblée – ont eu bien du mal à rétablir l’ordre. Dans cet hémicycle en forme de théâtre antique, ils ont même dû jouer les souffleurs et dicter aux acteurs – frais émoulus de l’école de la rue plus que du conservatoire de la rue Blanche -leurs principales répliques.

Enfin, une fois passé le pensum de la loi « confiance » dans une moralisation de la vie publique qui a tourné un peu à la tragi-comédie version Aristophane, le but réel de la session extraordinaire a été atteint : l’habilitation du gouvernement pour prendre des ordonnances a été votée. Alors plus belle la vie, l’école est finie.

La guerre de la rentrée aura-t-elle lieu?

Mais il y aura des devoirs de vacances. Pour les députés de la majorité car leur incompétence a défrayé la chronique et ils doivent apprendre par cœur, a dit le président, la Constitution, le règlement de l’Assemblée, celui des Commissions…

Pour l’opposition aussi. Pour la gauche, on est déjà fixé. Il faut préparer la grande manif’ du 12 septembre, décrétée par la CGT. Un voyant a prévu l’apocalypse pour ce jour-là. Mais Jean-Luc Mélenchon tient à ses congés payés, déjà entamés de neuf jours par la session extraordinaire. Alors, pas de panique, il prend ses vacances, apocalypse ou pas…

A droite enfin, on fabrique déjà les panneaux : « La PMA pour tous ne passera pas par moi », « Ni GPA ni PMA, l’enfant n’est pas une marchandise ».

PMA, te revoilà!

Car, au mois de juin, le Comité d’éthique a rendu un avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, et la Cour de Cassation a reconnu que l’enfant né d’un des deux parents par GPA à l’étranger pouvait être adopté par le conjoint homme ou femme et donc avoir en France ce fameux statut d’enfant né par GPA dont les enfants français ne peuvent  bénéficier légalement.

Du coup, la « France bien élevée », partie goûter l’eau des plages ensoleillées une fois les fêtes d’école terminées, a dû préparer ses arguments. D’autant que l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, ressuscitée de ses cendres, avait enfourché son vélo et était venue les titiller sur les plateaux télé en se réclamant de Simone Veil, récemment disparue, pour encenser « sa » loi et plaider la PMA « pour toutes »…

A lire aussi: PMA pour toutes: l’adieu au père

« Simone Veil a bien dit que l’avortement était un drame, une solution de dernier recours et qu’il fallait mettre des conditions strictes, d’entretien préalable, de délai de réflexion, et que dissuader la femme d’avorter devait rester possible » avaient alors fait remarquer, en substance, La Manif Pour Tous, Sens commun, Avenir pour tous et autres Veilleurs, en postant sur les réseaux sociaux l’intégrale du discours fait par la ministre de la Santé devant les chambres au moment du vote de la loi sur l’avortement en 1975.

Manif pour tous, saison 2?

Reprendre tout ça, le mettre en forme, lancer les mots d’ordre, demander les autorisations de manifs… Entre deux châteaux de sable, un mariage au vrai château voisin, et l’achat de chouquettes pour le goûter, ça s’agite, ça cogite, ça complote.

Du coup, Emmanuel Macron hésite. Après les banderilles de la réduction des APL, est-il utile de porter le coup d’épée frontal, entre les deux yeux : l’extension de la PMA ?

Quand il avait lancé cette promesse de campagne, il avait seulement eu envie d’être gentil, d’accorder aux femmes, seules ou s’aimant entre elles, la satisfaction de leur désir d’avoir un bébé – chose petite, mignonne, facile à porter, qui attire la sympathie et les gouzi-gouzi – sans avoir d’homme, chose grande, encombrante, éructante, ronflante…

Le mauvais rêve du président Macron

Il voulait du reste le faire très vite, dès le début de son mandat. Mais la nuit précédant son discours devant le Congrès de Versailles, il avait fait un mauvais rêve. Il était entouré d’une bande de jeunes et leur vantait son projet de PMA « pour toutes » :

  • « Alors les jeunes, il est cool, mon projet, non ? »
  • « C’est cool, ouais, mais pas pour l’enfant. Tu as vu sur Twitter le témoignage de ce jeune homme inséminé qui dit qu’il traine ça comme un boulet ? C’est grave pas cool en fait. L’IVG c’était  « pas d’enfant, à aucun prix », et la PMA c’est « un enfant à tout prix ». C’est la même logique : la chosification de l’être humain,  sa marchandisation, l’égoïsme, le fric roi… Et puis l’enfant tu y penses ? Un petit garçon élevé par deux gonzesses, comment apprendra-t-il à chasser, jouer au foot, et s’initier à la guerre par des jeux-vidéos ? Elles  seront forcément vegan, et leur diront « caca c’est pas beau, c’est violent, range-moi ça. »

Alors là, il sait quoi répondre:

  • « Tu vis au Moyen-âge, toi ! Les petits garçons n’ont pas à apprendre la guerre ou la chasse plus que les filles aujourd’hui. Et si le petit garçon s’identifie à sa mère, il pourra être « trans » dès qu’il voudra. Et du reste comme on est tous « bi »… »
  • « Des blagues, tout ça ! Tous « bi », vraiment ? Si elles étaient « bi », les lesbiennes feraient un môme avec un homme. Là c’est total, dé No sex. Même pas une fois pour faire l’enfant… Et puis… quand un couple est stérile, il y a une pathologie. Donc c’est remboursé par la Sécurité sociale. Normal. Mais là… l’offrir à des femmes qui n’ont aucune pathologie… Ou alors lesbienne, c’est une pathologie ? »
  • « Ecoutez… on peut voir les choses autrement : le Comité d’éthique a découvert une autre forme de stérilité, une « stérilité sociale », résultant du choix homosexuel, qui étant source de souffrance mérite d’être soignée et indemnisée.»
  • « Haha, pensée complexe ! N’importe quoi ! Il y a ou il n’y a pas stérilité. Alors si la lesbienne est infertile, ok, mais sinon… où est la fameuse égalité si un couple hétéro ne peut choisir une insémination même s’il est fertile, alors qu’une femme homosexuelle ou célibataire le peut ? »

Et en même temps…

Ca ne peut plus durer. Le président sent la moutarde qui lui monte au nez. Il se fâche : « C’est cette discussion qui est stérile ! Je suis votre président. Ma décision est prise. Le Comité d’éthique a rendu un avis positif, ma majorité le votera, point barre ».

Les jeunes, interloqués, partent un à un, déçus. L’un d’eux lance à la cantonade : « Ok, alors tous dans la rue ! Défais les valises, Liliane, on reste à Paris ! »

Le président, mal réveillé de ce cauchemar aux couleurs de de manif pour tous, a finalement décidé de censurer les passages qui dans son discours du lendemain à Versailles traitaient clairement du sujet. Certes, il a évoqué la « liberté d’essayer, de se tromper, d’essayer encore », mais bien malin  qui y verrait  un lien avec la PMA !

Quant au Premier ministre, dans son discours de politique générale, à part la petite phrase « la Sécurité sociale est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas » qu’on pourrait, en tirant bien les cheveux, relier à la « stérilité sociale », on n’a rien entendu…

Et finalement, le 17 Juillet, Lily Marlene Schiappa, la fringante ministre de l’égalité hommes/femmes, entre un coup de gueule contre l’épisiotomie et le lancement de la lutte contre l’écartement des jambes des hommes dans le métro, l’a confirmé. La PMA, on y touchera au moment de la révision des lois de bioéthique. Donc pas avant 2018…

« Liliane, fais les valises, on part en vacances »