Quiconque a déjà emprunté le métro parisien en été, ou autre saison touristique, a forcément entendu cet avertissement : « Pour ne pas tenter les pickpockets, fermez bien votre sac et surveillez vos objets personnels. »[1. Oui, je sais, j’ai déjà écrit ça, ou presque…] Autrement dit, brave touriste, on t’aura prévenu : dans l’éventualité où tu te ferais chouraver tes Ray-Ban ou ton iPhone, te voilà d’avance désigné comme coupable de « tentation de pickpocket ». A la longue, cette aberration ne nous choque même plus, pourtant elle mériterait qu’on s’y arrête une minute.

Alors que Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée du droit des femmes, vient d’annoncer une série de mesures visant à lutter contre « le harcèlement dans les transports », la RATP pourrait imaginer un nouveau message de service : « Pour ne pas tenter les violeurs, serrez bien les jambes et surveillez vos arrières ». Elle appliquerait ainsi la même logique de « prévention » au harcèlement sexuel qu’au vol à l’arraché dans les transports. Et les jolies filles comprendraient enfin qu’elles sont coupables de « tentation » de porcs frustrés.

Las, pour l’heure, on prévoit seulement d’expurger le métro des affiches publicitaires représentant des femmes trop dévêtues. Parce qu’évidemment, si un salopard suintant se croit autorisé à coller sa main entre les fesses de sa voisine de strapontin, c’est qu’il vient d’apercevoir la pub avec une bombe en string de bain Calzedonia sur une plage de sable fin. Vous savez bien que tout homme est un chien, esclave de ses pulsions et inapte à la moindre retenue. Stimulus, réaction. Un chien de Pavlov, quoi.

harcèlement transports pickpockets

Mes nouvelles amies néo-féministes ont une expression pour insinuer que notre société autoriserait tacitement ces comportements dégueulasses. Elles parlent de « culture du viol », et la cherchent désespérément en France au lieu d’aller la trouver dans n’importe quel pays musulman. Mais pour les paraphraser, je ferai simplement remarquer que l’avertissement culpabilisant les touristes victimes de pickpockets est assimilable à une véritable « culture du vol ». Chez nous, c’est comme ça : si quelqu’un t’arrache ton sac à main, c’est que tu le surveillais mal.[2. De même que nous devons avoir une « culture du terrorisme » : si quelqu’un tire à la kalachnikov sur un dessinateur ou un juif, c’est qu’on l’avait soumis à une trop forte « tentation »…]

Alors entendons-nous bien : en matière de propriété comme d’intégrité physique, je ne vois pas une seconde ce qui justifierait qu’on culpabilise la victime. Après les images sexy, faudra-t-il interdire les minishorts, les dos nus, les décolletés, les bas ou les talons pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les transports ? Burka pour tous dans les lieux publics ? En ce qui me concerne, je suis plutôt partisan de la pratique assidue d’un art martial, qui permet notamment de sauver son iPhone et de calmer les mal-élevés, pendant que nos ministres s’occupent – tels notre père qui est aux cieux – de ne plus nous soumettre à la « tentation »…

*Photo : Flickr.com

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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