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Natacha Polony: la nation (souveraine) c’est maintenant!


Le bilan des erreurs de Hollande et des horreurs de Staline doit-il nous faire renoncer à changer la vie? Dans son livre, Natacha Polony réfute la fin de l’Histoire et récuse le laisser-faire marchand. Un nouveau monde est possible, fondé sur la souveraineté des peuples, donc des nations. 


Changer la vie : on se souvient que la célèbre formule rimbaldienne avait donné son titre au programme du Parti socialiste en 1972, puis à son hymne, chanté en 1977 au congrès de Nantes : « Ne croyons plus aux lendemains qui chantent/Changeons la vie ici et maintenant/C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente… »

Il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation

Si l’avenir s’inventa pendant les années Mitterrand, le changement de la vie fut, lui, remis à une date ultérieure, celle de 2012, sous une forme un peu plus prosaïque : « Le changement, c’est maintenant. » La suite est connue de tout le monde et Natacha Polony n’est manifestement pas convaincue que le slogan, plus martial, du vainqueur de 2017, « En marche ! », fasse davantage droit à l’exhortation et à l’espérance du poète. L’important est donc de dire à quelle condition la vie, et, au premier chef, la vie politique, pourrait changer. C’est ce qu’indique le sous-titre de son ouvrage, présenté sous la forme d’un dictionnaire dont les 82 entrées constituent un ensemble cohérent : « Pour une reconquête démocratique. » Si la démocratie est à reconquérir, c’est que nous l’avons perdue. Nous vivons dans ses apparences, mais ce que nous connaissons sous ce nom est « une organisation politique oligarchique validée par le suffrage universel ».

A lire aussi : Comment le capitalisme a éteint les Lumières 

Il n’est pas indifférent que le dictionnaire de Natacha Polony s’ouvre par le mot quelque peu oublié, sinon refoulé, d’aliénation, qu’elle entend remettre en honneur pour penser notre présent. Nous avons perdu la démocratie parce que nous sommes doublement dépossédés de nous-mêmes. Il y a d’abord l’Union européenne dont, depuis l’arrêt Costa, le droit prime les droits nationaux alors même qu’elle se réduit à un espace économique sans consistance politique. Face à cette contradiction majeure, Natacha Polony rappelle que la citoyenneté est indissociable de la nationalité et qu’il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation. En l’absence d’une nation et d’une citoyenneté européennes, les abandons de souveraineté vident la citoyenneté de toute substance et découragent les citoyens de se rendre aux urnes. La « bonne gouvernance » s’est d’ores et déjà substituée au « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Il y a aussi, et plus profondément, à travers la mondialisation néolibérale, destructrice de toutes les identités, la réduction de l’homme à un agent économique gouverné selon le principe utilitariste de l’intérêt bien compris : l’autonomie du sujet politique qui prend son destin en main est alors battue en brèche par l’hétéronomie de l’individu consumériste dont l’imaginaire est confisqué et les désirs orientés par la publicité. Contre cette réduction, favorisée par le développement de l’individualisme moderne, Natacha Polony rappelle avec force cette vieille vérité aristotélicienne que l’homme est un animal politique.

Un socialisme sans barbarie

On n’est certes pas obligé de la suivre en tout point. Qu’en quelques décennies des centaines de millions d’êtres humains aient été arrachés à la famine devrait conduire non pas à applaudir béatement la mondialisation, mais à en nuancer la critique – et mériterait à tout le moins de ne pas être écarté en quelques phrases un peu rapides, sinon désinvoltes. Pareillement, lorsque Natacha Polony s’appuie sur le taux élevé de l’abstention pour mettre en cause la légitimité des vainqueurs des élections, tout en voyant dans le « dégagisme » de Mélenchon « la traduction électorale d’une immense aspiration à davantage de démocratie », on a envie de la taquiner un peu : il ne faut pas oublier, chère Natacha, que l’offre populiste n’a pas manqué aux électeurs et que le « dégagisme » de Mélenchon a commencé par dégager Mélenchon lui-même…

Cependant, si les thèses de Natacha Polony croisent souvent celles de la gauche, elles n’en épousent ni le dogmatisme, ni le sectarisme, ni l’aveuglement. Aux lecteurs pressés de Lévi-Strauss, Polony montre que la barbarie islamiste n’est pas celle d’une civilisation autre dont il faudrait respecter l’altérité, mais qu’elle procède de la déculturation d’individus qui sont issus de notre civilisation et la rejettent. Aux mauvais lecteurs de Bourdieu, elle remontre qu’en universalisant le modèle de la domination symbolique qu’est censé exercer tout détenteur d’un capital culturel, on en vient non seulement à rendre l’école incapable d’accomplir sa tâche, mais aussi à faire oublier « la principale domination, la domination économique et politique ». Faut-il voir là une profession de foi de marxisme ? Assurément, Natacha Polony récuse l’illusion selon laquelle la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique auraient mis fin, en même temps qu’à l’histoire, à tout antagonisme de classes, mais le concept marxiste de lutte des classes n’en doit pas moins être repensé à nouveaux frais : ce sont des fractures inédites qui opposent les bénéficiaires de la mondialisation néolibérale et les autres, et les conditions qui permettraient à ceux-ci de parvenir à une conscience de classe ne semblent pas réunies. Sur la question de l’immigration, elle insiste sur la nécessité de ne pas la dissocier d’une intégration qui suppose elle-même une acculturation forcément longue et difficile pour des individus qui ont grandi dans des structures sociofamiliales archaïques et patriarcales. S’agissant du multiculturalisme, l’auteur met en évidence que si une société peut sans aucune contradiction être multiethnique, la division de la société en communautés fermées expose l’espace public à devenir un lieu d’affrontement.

Argument de vente: ce livre a déplu à Laurent Joffrin

On aura compris sans peine que le socialisme dont se réclame Natacha Polony n’est pas celui du parti qui porte ce nom. C’est un socialisme libertaire qui s’inscrit dans la tradition de Proudhon et dans l’esprit de George Orwell ou, plus près de nous, de Jean-Claude Michéa. Comme ces derniers, Natacha Polony est un esprit libre. Sa liberté d’esprit, jointe à la lucidité de son regard, à l’exigence de sa réflexion et à la force tranquille de sa conviction, transparaît à travers toutes les pages de Changer la vie. Ce livre a déplu à Laurent Joffrin qui lui a consacré dans Libération un éditorial plein de fiel. C’est bien naturel et c’est une raison de plus pour le lire.

Changer la vie: Pour une reconquête démocratique

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Emmanuel Macron, un président sans opposition

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Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIe République, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Le lynchage de Ronaldinho n’aura pas lieu

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« Ronaldinho veut devenir sénateur sous une étiquette d’extrême-droite ». Le site du mensuel So Foot, et beaucoup d’autres médias généralistes, se sont fait peur. Mais ouf, non, l’ancienne vedette du PSG ne devrait pas se présenter sous les couleurs du parti Patriota du probable candidat à la présidence Jair Bolsonaro. Le mouvement du très controversé député de Rio a démenti la pseudo-information du média O Globo: le footballeur ne devrait pas être investi.

L’idée n’était pourtant pas si saugrenue. Tout indique que ce scrutin, prévu en octobre 2018, réservera de grandes surprises et causera – qui sait – le renouvellement tant attendu des élites politiques brésiliennes. 

Un clown au Parlement

Si des joueurs de football s’essaient à la politique (un autre ex-attaquant de la Seleçao, Romario, a déjà franchi le pas), c’est que les Brésiliens sont prêts à donner leur chance à tous ceux qui ne sont pas des politiciens professionnels. Le niveau de dégoût est tel qu’un clown (Tiririca) a été élu et réélu comme député de São Paulo. Les Brésiliens se disent que ces candidats alternatifs n’ont pas besoin d’argent sale pour financer leur campagne car leur popularité devrait suffire à les faire élire.

A lire aussi: Le Brésil, un géant sans boussole

A São Paulo, Joao Doria (centre gauche) a gagné les élections municipales de 2016 au premier tour (du jamais vu) sur la ligne : « Je ne suis pas un homme politique, je suis un entrepreneur » (não sou politico, sou empresario).

Bolsonaro, hantise des médias

Ce qui a choqué, c’est la possibilité d’un rapprochement de Ronaldinho avec Bolsonaro, l’homme que les médias brésiliens adorent détester. Il est réputé homophobe, machiste, raciste, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement. On s’attendait peut-être à ce que Ronaldinho se rallie à un candidat du camp progressista, fût-il coupable de blanchiment d’argent comme l’ancien président Lula.  

Un pays à gauche toute…

En réalité, le Brésil est un pays à gauche toute et depuis longtemps. Ici, la droite occupe un espace extrêmement étroit et ne lui reste que l’économie (plus de libéralisme et moins d’impôts) comme terrain de combat idéologique. Des professeurs universitaires, aux milieux journalistiques en passant par la société civile, le pays est balayé par une vague de politiquement correct qui interdit certains mots comme favela (il faut dire comunidade) et use et abuse du mot fascista pour rendre silencieuses les voix dissonantes.  La mode actuelle est de déconstruire le mythe du métissage et de la démocratie raciale, deux symboles du Brésil, pour s’aligner sans trop de nuances sur la croyance que la société brésilienne est raciste et seulement raciste. Qui regarde la scène politique et culturelle brésilienne de loin peut avoir l’impression que le pays vit sous régime d’apartheid.

…où la droite raisonnable est introuvable

Même l’opposition à la gauche traditionnelle (PT, PSOL, PCdoB) est incarnée par les sociaux-démocrates  du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira). C’est dire l’hégémonie des idées de gauche sous les tropiques ! C’est dans ce contexte que Bolsonaro arrive pour jouer le rôle que certains attendent peut-être de lui : exagérer, offenser et crier fort. Objectif: diaboliser toute opinion contraire à la gauche. Ce faisant, il ne laisse aucune marge de manœuvre à une droite équilibrée et de gouvernement : elle est condamnée à se joindre à un front républica inversion tropicale pour faire barrage au « fascisme ».

Notons tout de même que Bolsonaro soutient Israël et suit en cela un réflexe commun parmi les évangélistes qui considèrent comme naturelle et légitime la présence israélienne au Moyen-Orient. Quand aux accusations de racisme, elles restent à prouver d’autant plus que le candidat est friand de dérapages verbaux et aime collectionner les preuves contre sa propre personne. Il n’y a par contre aucun doute sur son antipathie pour le mouvement féministe et gay.

Candidat du buzz

L’effet Bolsonaro – deuxième dans tous les sondages à un an des élections – profitera certainement à une kyrielle de candidats mineurs qui veulent surfer sur le ras-le-bol des Brésiliens. Reste que Bolsonaro a peu de chance de devenir président du Brésil car il n’a pas beaucoup d’alliés dans la perspective d’un second tour. Mais a-t-il vraiment envie de devenir président ?

L’hommage à Johnny : retour sur une étrange polémique

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…

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Quand elle nous attrape, elle ne nous lâche plus. C’est comme ça. Dans son roman Les Panthères grises (La Martinière, 2017) Patrick Eudeline revisite une époque révolue, pourtant pas si lointaine.

Les prophètes avaient des guitares en bandoulière

Il nous présente trois musiciens, la soixantaine, n’ayant plus beaucoup de scènes underground à faire vibrer. Le temps du mariage d’un de leur petit­­-fils, ils reforment leur groupe. Pas vraiment de quoi les stimuler. L’un d’entre eux est même mort, une overdose a eu raison de l’organiste, Jean­­-Yves. Les spécialistes se réjouiront à la lecture de certains instruments cités comme une Gibson Les Paul­­ custom shop 1959 ou une Black Beauty trois micros. On pense aussitôt à Keith Richards ou Jimmy Page. Période bénie où les prophètes avaient des guitares en bandoulière, et surtout pas de kalachnikovs. Ils ne voulaient pas notre peau. C’était la musique, leur idéal. C’était notre cœur qui devait faire boom, pas nos avions.

L’un des trois vétérans se prénomme Guy. C’est le plus acharné. Pour le mariage, il s’est acheté un « vrai jean », une chemise à pois et des boots façon Beatles. Mais le charme est rompu. Les trentenaires sont tristes à pleurer. Ils sont suivis aux trousses par des gamins qui hurlent et tyrannisent les parents.

Pauvre vieux rocker réac

Alors Guy, dégueulant sur la société, la gauche qui a vendu ses principes au capitalisme sauvage, regrettant les vieux quartiers de Paris complètement dénaturés par les bobos à barbe et trottinette, se dit, non sans effroi, qu’il est devenu un « réac ». Eudeline s’interroge : « Lui qui jadis avait tant admiré, envié les blacks ? Leur cool absolu et félin, leur statut hip et rebelle. Lui qui s’était échiné sur sa guitare à comprendre le balancement du blues, à s’en imprégner, qui avait rêvé de chanter comme Ray Charles, de hurler comme James Brown, et flashé sur l’élégance innée de Miles Davis ou d’Hendrix ? » Constat terrible. Même Johnny Hallyday semblait devenu sage et respectable avec l’âge. Il y a de quoi se flinguer, vraiment, pour nos Panthères grises. Ou alors tenter un dernier coup d’éclat. Faire un casse, à l’ancienne, comme du temps de Gabin et Delon.

Chouettes sixties

Le quartier de Pigalle est particulièrement bien restitué. Eudeline le connaît, il l’a humé, et grâce à ce livre, il nous en restitue son parfum d’interdit, son code de l’honneur, et ses petits rades où l’on commentait l’actualité en lançant les dés sur le zinc.

L’écriture, heureusement qu’elle existe et qu’elle permet la sauvegarde de notre mémoire. Les sixties, c’était quand même chouette. On marchait sur la lune. Et comme le dit Eudeline, désormais, « tout est petit, resserré, interdit. Bouffer, fumer, baiser, boire, penser de travers. » Et d’ajouter, le regard caché par les lunettes noires, comme pour ne pas montrer ses larmes à des gens qui ne comprendraient pas, puisque les sentiments sont hors la loi : « Et nous, on est comme des vieux cons qui veulent encore marcher sur la lune. »

Patrick Eudeline, Les Panthères grises, La Martinière, 2017.

Les Panthères grises

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« Marvin ou la Belle Education » : l’argent ne fait pas le malheur


Dans Marvin, la cinéaste Anne Fontaine se penche sur les rapports de domination dans un couple où l’un des partenaires est riche, l’autre pas. Une œuvre subtile qui désagrège les poncifs du sociologisme ambiant. 


Un personnage réel qui a fait de sa vie une fiction, un personnage de fiction ancré dans le réel : ce sont deux films d’une même réalisatrice, Anne Fontaine, Coco avant Chanel (2009) et Marvin ou la Belle Éducation, sorti fin novembre. Récits parallèles qui pourtant se croisent, car la problématique est la même : comment quitter la misère et devenir soi ?

Je rêvais d’un autre monde

Puisque l’époque est aux « minorités » sexuello-genrées, allons-y gaiement : nous avons donc une jeune Française du début du XXe siècle, lequel ne garantit alors aux filles, selon leur appartenance sociale et leur chance, d’autre issue que le mariage, la demi-mondanité, la prostitution ou l’exploitation laborieuse ; ceci énoncé dans l’ordre de fortune décroissant. Nous avons un jeune garçon homosexuel né dans une famille de prolos chômeurs ruraux. Alcool, misère, tabassage en règle par les petites brutes locales. Tous deux, pressentant leur inadaptation à leur environnement, comprennent peu à peu la nécessité de faire partie d’un autre monde, plus libre. Ce monde auquel ils aspirent, encore indéfini, ne saurait pour autant se réduire à sa seule dimension socio-économique, à l’aisance et au statut : Coco ricane devant les dames emplumées de la haute, plaint sa sœur pourtant fort bourgeoisement casée et s’entend comme larronne en foire avec les demi-mondaines qui hantent les scènes parisiennes. Marvin, pour sa part, trouve refuge et attention chez son prof de théâtre, homosexuel vivant en couple, fils de prolos comme lui. Ce que recherchent en réalité Coco et Marvin, c’est la liberté, une liberté indissociable de la création. De cela, ils mettront du temps à se rendre compte, et c’est ce moment de prise de conscience et de compréhension de soi-même, étiré sur des années, que raconte Anne Fontaine.

Dans ce parcours d’émancipation à la fois sociale et existentielle, il semble que la sexualité constitue un passage obligé. Obligé non pas dans le sens de contraint, mais dans le sens d’une étape qui participe de la découverte simultanée d’un milieu social et de soi-même. J’entends d’ici les clameurs : elle ne va pas nous vendre Weinstein en promoteur de jeunes talents, tout de même ? Rassurez-vous, chères âmes sensibles, loin de moi l’idée de défendre de vils serial cuisseurs abusant de leur assise professionnelle pour trousser frais jeunes gens innocents. Mais en ces temps de cochons balancés à tout vent, il est assez sympathique qu’Anne Fontaine rappelle deux choses que le puritanisme américain nous a fait oublier : il est possible de coucher pour des motifs qui ne sont pas totalement désintéressés sans que ce soit un traumatisme (et d’ailleurs, le désintéressement n’est-il pas en soi incompatible avec la sexualité ?). Réciproquement, il est possible de profiter des faveurs de jeunes gens ambitieux sans être un immonde prédateur. La relation entre Coco et Balsan et celle qui relie brièvement Marvin et Roland montrent que l’échange de bons procédés qui semble les fonder n’exclut ni affection ni bienveillance. C’est Roland, grand consommateur de jeunes hommes, qui demandera à Isabelle Huppert de s’occuper spécifiquement de son « chat » perdu Marvin, c’est par Balsan que Coco rencontrera en Boy, à la fois l’amour de sa vie… et l’investisseur qui la lancera. Là où d’aucuns (d’aucunes ?) ne voient que domination, inégalité et exploitation, réduisant par là la complexité des relations affectives à un pauvre schéma dualiste (on est soit bourreau, soit victime), Marvin, un peu paumé, et Coco, très pragmatique, voient un accès à un monde qui leur resterait sinon hors d’atteinte.

Rompre la peine

Un marxiste ne manquerait pas de rétorquer qu’ils font en l’occurrence de nécessité vertu, car après tout, contrairement à leurs partenaires respectifs, leur corps est la seule monnaie d’échange dont ils disposent. Du fait de cette inégalité, ne pourrait-on parler, sinon de viol, du moins d’abus ? Il est certain que l’absence de violence et de contrainte physique ne supprime pas l’évidente domination sociale, économique et culturelle de Balsan sur Coco et de Roland sur Marvin. Le désarroi des deux jeunes gens est palpable, face à des codes qu’ils ignorent et à l’infériorité à laquelle on les renvoie sans ménagement. Mais que voit-on en réalité ? Confronté à une domination sociale sans complexes, chacun des deux va inventer sa propre stratégie pour non seulement éviter l’humiliation, mais encore créer une égalité avec ceux dont ils dépendent pourtant, égalité qui ne repose ni sur l’argent ni sur la maîtrise des codes, mais bien sur la liberté de l’individu qui pense, agit et choisit par et pour lui-même. Rentre-dedans vestimentaire et vérités sorties sans filtre pour Coco, silence et humour grinçant pour Marvin. Le rapport de forces ne se situe pas sur le terrain socio-économique uniquement, car il a lieu tout autant, si ce n’est plus, entre les âmes. Et ne le savons-nous pas tous par expérience, que la faiblesse se déploie bien davantage dans le registre sentimental et affectif que dans celui de l’argent ?

A lire aussi : « Le Crime de l’Orient-express », Hercule Poirot en super-héros de l’antiracisme

Nous vivons une époque qui, tout en voyant de la domination partout (car telle est bien la logique du discours victimaire des « minorités » se sentant systématiquement humiliées, discriminées, etc.), refuse d’en admettre à la fois la dimension absolument inévitable mais aussi et surtout la plasticité. Car la roue tourne, les individus pensent, choisissent et agissent. C’est la petite cousette sortie de nulle part qui fera des grandes bourgeoises ses obligées. C’est le petit pédé du quart-monde qui deviendra le partenaire de scène d’Isabelle Huppert et gageons, aussi, la coqueluche des médias.

Ce passage obligé par l’intimité physique avec des partenaires qui sont aussi des viatiques pour la liberté relève aussi, pour Coco comme pour Marvin, de l’initiation et de la découverte de soi : c’est un moyen de savoir qui ils sont et de préciser ce qu’ils veulent (ce qui est la même chose). Coco ne supporte pas la bêtise de la vie de Balsan, Marvin comprend qu’il n’est pas un chat perdu parmi d’autres, un gigolo. Ils font donc le choix de rompre. Et comment auraient-ils pu le savoir sans en faire très concrètement l’épreuve ?

Marvin ou la Belle Education, d’Anne Fontaine, sorti le 22 novembre 2017. 

Coco avant Chanel

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André Velter, le poète-éditeur qui donne de l’inspiration

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En rendant hommage au dernier ensemble poétique d’André Velter, qu’il soit permis d’honorer aussi sa qualité d’éditeur. Car chez lui, le poète et l’éditeur vont de pair. Ils se nourrissent l’un l’autre. Miracle de noces séminales. Il faut le souligner nettement. Car cela ne va pas de soi. Un poète n’a pas forcément la vocation éditoriale. Or des poètes-éditeurs, ça occupe pas mal de place dans les maisons d’édition. Qu’est-ce que serait un bon poète-éditeur ? Celui, ouvert à d’autres langages que le sien propre. Rares donc, les éditeurs-poètes capables de vouloir transmettre des poésies qui ne leur ressemblent pas. Mais dans lesquelles ils identifient la vie. Au point d’en désirer être le passeur. Le poète André Velter, éditeur de la collection Poésie/Gallimard depuis vingt ans, a élargi le champ de conscience poétique français. Par son ouverture d’esprit. Et sa soif insondable de la poésie des autres. C’est grâce à cette faculté qu’il est un poète aussi riche.

Vertus de la poésie par temps oppressifs

Son dernier chant, Les Solitudes, est au départ un salut au poète espagnol Luis de Góngora. Salut devenu livre entier de poèmes. Qu’y trouvons-nous ? Des vers à l’image des calligraphies chinoises pour célébrer le vin : « Un seul trait entre ciel et terre./Comme un horizon qui unit et sépare/Ce qui se voit de l’univers/Et ce qui vient de l’invisible. »

Des poèmes prenant appui sur la réalité immédiate : « Je n’ai plus souci du tracas des affaires/Ni de la course à l’échalote des gens de pouvoir./J’écoute le vent d’Est dans les chênes verts/Tandis qu’un sommet enneigé signe au loin/L’appel des solitudes. »

Et dominant cette réalité immédiate grâce au poème, il indique discrètement les vertus de la poésie pour nos temps oppressifs : « Quand un poète respecte sa liberté et son ivresse,/Il vagabonde ici ou là comme un clochard céleste./Si un importun l’importune, patron ou président,/Il secoue ses haillons d’ivrogne transcendantal//Et sait le congédier. » Prendre de la hauteur poétique, c’est prendre ses distances avec les urgences artificielles.

Mais pourquoi Góngora ? Parce qu’il semble un mystère pour le poète André Velter. Une interrogation. Une énigme titillant l’amour propre du poète qui voudrait comprendre. Comprendre la mécanique poétique du maître andalou. Alors humblement, il s’y confronte. Jusqu’à pressentir que ses poèmes sont « des bribes de constellations, ce sont à main levée des relevées de la galaxie ». La curiosité insatiable de Velter est toute là. Elle fait œuvre. Attitude d’un poète généreux : « En le lisant, et plus encore en le traduisant, j’éprouve une assez grisante perte de repères. Face à une telle horlogerie verbale, horlogerie de haute précision qui ne se souci aucunement de donner l’heure (…) je jongle, je danse, je chante sans maîtriser tous les tours, sans esquisser toutes les voltes, sans vocaliser tous les reflets sonores. » L’inventeur de la « syntaxe invisible » inspirant le poète-éditeur, pour notre plus grand bonheur.

Il y a des leçons à tirer de cette attitude. Des leçons de survie en terre de déconstruction. Voire des leçons de joie en territoire ennemi. L’ennemi ? Le simulacre nihiliste.

Recours au poème

Mais cette joie, qu’est-elle en réalité ? Un témoin d’images tendu par le poète à ses contemporains pour tenir à l’écart la dépression ambiante. Prescription d’enthousiasme par ordonnance royale. Le roi, ici, c’est le poème. Le voyageur Velter emprunte maintenant d’autres sentiers, « en terre d’incertitude », pour tout conjurer, puisque « le simulacre s’est imposé sur terre ». Et il est heureux, pour des hommes comme nous, de lire par exemple ceci : « Quand les astrophysiciens et les cosmologistes sont à la hauteur du désir qui les hante, ils avouent que le champ du réel témoigne d’une complexité si rigoureusement consubstantielle, si irréductible, que le recours à la poésie, en tant que langue de l’univers, devient scientifiquement fatal ».

Le recours au poème, oui, pour partager nos solitudes. Chez Velter, elles se nomment Laurent Terzieff, Serge Sautreau, Jean-Marie Le Sidaner, Bartabas, Ernest Pignon-Ernest ou encore Le Grand Jeu. Et elles se disent, avec une simplicité sans égale. Partage des solitudes. Et propagation d’une inspiration désormais devenue fonction vitale, pour nous autres, modernes à la recherche d’un autre souffle.

André Velter, Les Solitudes, Gallimard, 2017.

Les Solitudes

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Pourquoi l’esprit latin est plus fort que le néo-féminisme

L’actualité récente nous a fait voir le côté sombre du néo-féminisme, celui qui aspire à encadrer le désir et à purger la société de ses impuretés masculines. Depuis l’affaire Weinstein qui a secoué le monde du spectacle de Los Angeles à Paris, le néo-féminisme s’est imposé partout, il a été déployé à grande échelle et sans aucune mesure. Depuis les universités où il a été complètement fabriqué, il est parvenu à imposer ses normes dans un monde vidé de sa substance.

La réconciliation du désir et de la morale

Devant l’avènement d’une société aseptisée où la séduction apparaît comme un crime passible d’une lourde amende morale, il devient nécessaire et même urgent d’en appeler à un tout autre idéal. Pour combattre le néo-féminisme qui voudrait rendre les hommes totalement passifs et insensibles à la beauté, il faut d’abord renouer avec l’esprit latin.

Par esprit latin, il faut entendre une certaine façon de se comporter en société que plusieurs peuples d’héritage catholique ont cultivée à travers le temps. S’il fallait vraiment le définir, nous pourrions dire que l’esprit latin est une vision du monde qui réconcilie par son esthétique le désir et la morale, la tentation et l’ordre, la passion et la discipline. L’esprit latin est coloré et désinvolte, flamboyant et séducteur, expressif et animé. C’est aussi, en quelque part, la tendre acceptation des choses telles qu’elles sont vraiment.

L’art de vivre latino-américain…

Évidemment, le réservoir ultime de cet art de vivre demeure l’Amérique latine, vaste espace encore préservé des dérives autoritaires du néo-féminisme. L’univers latino-américain avec ses couleurs, sa chaleur, son charme, ses sentiments volcaniques et sa musicalité. L’Amérique latine a une personnalité fougueuse, c’est une gigantesque réserve de douceur violente où la féminité est quotidiennement célébrée. L’Amérique latine est une panthère noire qui s’assume comme mère et comme femme, un endroit où les hommes n’ont pas à cacher leur envie comme s’il s’agissait d’un vilain péché.

On peut traîner la nuit à La Havane pour s’en convaincre. On peut aussi assister à une soirée dansante pour entrevoir les bienfaits de cette civilisation. Véritables catharsis, les soirées latines reconnectent la modernité aux temps primordiaux, elles permettent, durant quelques heures, d’exprimer toutes les formes du désir à l’intérieur d’un cadre accepté.

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Nul besoin d’avoir fait de l’anthropologie pour réaliser que cette manière de voir les choses témoigne d’une sagesse populaire de loin supérieure aux lubies actuelles du mouvement féministe. Non seulement le projet d’encadrement du désir des nouvelles féministes relève d’un fantasme totalitaire d’abolition de la nature humaine, mais il mène à la stérilisation d’une société déjà en manque de plaisir de vivre. Les grandes prêtresses de la justice sociale devraient savoir que la vie ne fonctionne pas comme un programme informatique et donc que leur projet est illusoire, voire contre-productif.

…est un remède contre le puritanisme

Il est aussi intéressant de constater que le nouveau vent de puritanisme qui souffle sur l’Occident apparaît de manière paradoxale comme l’alter ego de la porno-culture et de l’hypersexualisation qui sévissent. Loin d’être une solution de rechange à la prégnance de la pornographie, le puritanisme n’en est en fait que le reflet inversé, dans la mesure où les deux phénomènes sont contre-nature. Quand le puritanisme astreint les hommes à rester chez eux pour ne pas mettre en jeu leur réputation, la pornographie les invite à faire de même, à rester chez eux devant des écrans morbides. On abolit les contacts humains.

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Dans cette optique, si les objectifs divergent, le résultat est le même : les deux phénomènes enferment les gens dans un monde imaginaire où il n’existe aucun équilibre. En prônant l’interdiction des regards « insistants » dans les couloirs et les ascenseurs, on contribue à créer un état d’anomie, à désenchanter la réalité quotidienne. Tandis que les néo-féministes poussent les hommes à la démission sexuelle, la pornographie les invite à entretenir une sexualité strictement artificielle. On dit que les extrêmes se nourrissent.

Il ne s’agit aucunement de faire l’apologie du machisme, mais bien de plaider pour le retour d’une culture totalement opposée à la dynamique pudibonde et mortifère du monde actuel. Heureusement, entre le puritanisme ambiant et la vulgarité pornographique, il y a l’esprit latin !

Gilmour, The National et Morrissey au top!

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Lors d’une interview, à l’époque de Téléphone, une journaliste avait déclaré à Jean-Louis Aubert qu’il était la tête du groupe. L’entrevue terminée, le chanteur vit Louis Bertignac maugréer dans son coin. Le guitariste fulminait : « Pourquoi tu serais la tête ? On est TOUS la tête ! » Aubert, déstabilisé, tenta une justification : « Pour faire un corps, si je suis la tête, t’es le bras et on a besoin de tout le monde ! » Bertignac tilta : « Le bras, le bras ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’être le bras ?! » Après cet échange houleux, le musicien encoléré en vint aux mains avec le batteur du groupe et se cassa… le bras. La tournée fut annulée. Pas de bras, pas de chocolat comme on dit aujourd’hui.

Gilmour les doigts de fée

Toute proportion gardée, pour Pink Floyd, le schéma « corps-tête-bras » pourrait convenir, en partant du postulat que Roger Waters serait la tête. La grosse tête même. Feu Richard Wright figurerait les bras et le batteur, Nick Mason, le cœur. David Gilmour, lui, serait les doigts de fée, avec sa fameuse guitare slide en guise de baguette magique. L’âme revenant à Syd Barrett, bien sûr.

Ainsi donc, le musicien septuagénaire publie un album en public capté à Pompéi, quarante-cinq ans après le mythique Live at Pompeii de Pink Floyd. Et à l’instar des bons vins, force est de constater que les live à Pompéi se bonifient avec le temps.

Mais au fait, faut-il encore présenter David Gilmour ? Oui, à en croire le sticker apposé sur ce nouvel album avec la mention « The voice and guitar of Pink Floyd », et dont la forme et les couleurs renvoient à la mythique pochette de The Dark Side of the Moon – le chef-d’œuvre best-seller de Pink Floyd -, pour que le cachet floydien fasse autorité d’emblée dans les rayons. Comme une promesse aphrodisiaque. Et pour une extase totale, ce retour au pied du Vésuve s’imposait davantage qu’un live at Bobigny, au pied d’une cité volcanique. De quoi réveiller les ardeurs les plus folles des fans du groupe défunt. Mais si un tel objet revêt en 2017 les mêmes saveurs mystiques qu’un live de Keith Richards à Hyde Park ou de Pete Townshend au Royal Albert Hall, il va falloir s’y habituer : l’histoire du rock est un éternel recommencement, aujourd’hui plus que jamais.

Gilmour à écouter au casque

Musicalement, Gilmour et ses musiciens nous gratifient d’envolées stratosphériques limpides tirées de son répertoire solo et du catalogue de sa formation légendaire : le classique « Shine on you crazy diamond » – dont s’est inspiré Dire Straits pour l’intro de « Money for nothing » -, « Faces Of Stone », valse burinée et crépusculaire extraite de son dernier album studio, au piano résonnant avec « Le Messager » de Michel Legrand (générique de Faites entrer l’accusé), « Sorrow », rescapée des années 80 pour un lifting brutal, sans oublier le luminescent et impérial « High Hopes », qui sonna le glas du groupe britannique en 1994.

Malgré le criard « The Great Gig in the Sky » (la faute au mixage), l’objet agit comme une carcasse fumante du Floyd sur laquelle s’épancheront avec une mélancolie toute progressive les nostalgiques d’une époque qui avait les coudées franches.

A écouter au casque pour un plaisir total, à condition de ne pas être allergique aux solos de guitare étirés toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort.

The National : romantisme pur

Dans la famille « meilleur compromis entre Joy Division et le point G auditif », je demande The National, groupe « indie » majeur des années 2000. Avec une voix labourant un chant de mélancolie contagieuse, capable de soubresauts furieusement désespérés, et des paroles à l’introspection caverneuse dignes d’un Morrissey, Matt Berninger présente des accents de sincérité rare. Quant à la musique, elle relève à la fois de la noblesse d’âme, une beauté intérieure immanente à la ville d’où est originaire le quintette (Cincinnati, dans l’Ohio) et d’une fragilité humaine éprouvée, capable d’extraire une violence rédemptrice en volées de bois vert naturel. L’aliénation, la saturation ne sont jamais loin, car le romantisme pur prévaut dans les compositions façonnées par The National. Et l’alchimie prodigieuse fonctionne à merveille, sans battage médiatique, sans racolage à buzz. Juste l’élégance de la discrétion et du travail bien fait, ce qui ne les empêche pas de s’être classés avec ce nouvel album N°1 dans six contrées (dont le Royaume-Uni et le Canada) et N°2 au Billboard 200 américain. Ce bouillonnant Sleep Well Beast a également atteint la 2ème place en Belgique, Australie, Danemark, Nouvelle-Zélande et Suède. Comme quoi, les artistes capables de conjuguer spleen Nick Drakien et spleen Baudelairien trouvent encore un écho dans certaines contrées non encore contaminées par les passions tristes.

Mine de rien, avec sept albums au compteur, le groupe est en train de se bâtir une œuvre monumentale, car en révélant l’Amérique dans l’intimité mélancolique des siens, par la voie de la poésie, aux faubourgs du réel, cette musique parle à la chair universelle.

Toute la beauté trouble de ce nouveau disque est contenue dans l’interaction entre la pochette et son livret, source de lumière. Pochette métaphorique pour exprimer une résistance à la nuit, à l’obscurité sociétale, annoncée dans le morceau « The System Only Dreams in Total Darkness » :

Morrissey, de son côté, vient de signer sans conteste la chanson de l’année, « Spent the Day in Bed » (J’ai passé la journée au lit). La boucle est ainsi bouclée pour l’ex-Smiths, puisque son premier album solo contenait le déjà dominical « Everyday is like Sunday » (Tous les jours ressemblent à dimanche). On appréciera goulûment les paroles de « Spent the Day in Bed » (au mémorable final « No bus, no boss, no rain, no train, no emasculation, no castration ») et son message explicite : le Moz n’est pas resté au lit parce qu’il est malade mais parce que le monde l’est, contaminé notamment par les breaking news aliénantes.

Rire faustien

Le crooner rock aux allures de mafioso sorti de la cuisse de Roy Orbison revient avec sa voix chaude comme un porte-flingue napolitain en mal d’amour et ses compositions Smith(s) et Wesson délicieusement délictueuses. Le nouvel album (Low in High School) étonne, déconcerte hautement, tant Morrissey semble se réinventer à chaque titre, à l’aise dans tous les registres – tango, pop symphonique, ballade piano voix, rock psychédélique, etc. -, comme aux belles heures de ses débuts en solo. L’auditeur navigue ainsi dans un immense disque, où planent les ombres de ses deux œuvres majeures, Viva Hate et Vauxhall and I, en pure surbrillance. Ici, la musique est cuisinée à petit feu, façon sauce tomate italienne à l’ancienne, dans le but d’atteindre ce climax gustatif appelé le gustoso par nos voisins transalpins. Pas étonnant donc si le verso de la pochette arbore fièrement la mention « Recorded in Italy », comme un étendard culturel et identitaire. Celui de l’Ancien Monde peut-être, idée que la pochette du single de « Spent the Day in Bed » – sortie d’un film de Dino Risi -, accrédite. Ultime pied de nez à l’époque, le disque est scindé en deux en son milieu, par un trou d’air intemporel dément, « I Bury the Living », ovni dans lequel Morrissey retrouve ses vingt ans, le rire faustien du final ne trompant pas.

Une journée au lit de Morrissey

A savourer donc, le clip du fameux « Spent the Day in Bed », dans lequel le chanteur implore justement « Time, do as I wish » (Temps, fais ce que je souhaite) :

En terme de manifeste poético-contestataire, on n’échangera pas une journée au lit de Morrissey contre six mois de Nuit debout. « Je m’intéresse à la poésie de la vie et c’est difficile de nos jours. Parce que la vie moderne n’a rien de poétique, rien de bien en fait » (Morrissey).

Low In High School

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Sleep Well Beast

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Natacha Polony: la nation (souveraine) c’est maintenant!

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Natacha Polony / Hannah Assouline

Le bilan des erreurs de Hollande et des horreurs de Staline doit-il nous faire renoncer à changer la vie? Dans son livre, Natacha Polony réfute la fin de l’Histoire et récuse le laisser-faire marchand. Un nouveau monde est possible, fondé sur la souveraineté des peuples, donc des nations. 


Changer la vie : on se souvient que la célèbre formule rimbaldienne avait donné son titre au programme du Parti socialiste en 1972, puis à son hymne, chanté en 1977 au congrès de Nantes : « Ne croyons plus aux lendemains qui chantent/Changeons la vie ici et maintenant/C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente… »

Il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation

Si l’avenir s’inventa pendant les années Mitterrand, le changement de la vie fut, lui, remis à une date ultérieure, celle de 2012, sous une forme un peu plus prosaïque : « Le changement, c’est maintenant. » La suite est connue de tout le monde et Natacha Polony n’est manifestement pas convaincue que le slogan, plus martial, du vainqueur de 2017, « En marche ! », fasse davantage droit à l’exhortation et à l’espérance du poète. L’important est donc de dire à quelle condition la vie, et, au premier chef, la vie politique, pourrait changer. C’est ce qu’indique le sous-titre de son ouvrage, présenté sous la forme d’un dictionnaire dont les 82 entrées constituent un ensemble cohérent : « Pour une reconquête démocratique. » Si la démocratie est à reconquérir, c’est que nous l’avons perdue. Nous vivons dans ses apparences, mais ce que nous connaissons sous ce nom est « une organisation politique oligarchique validée par le suffrage universel ».

A lire aussi : Comment le capitalisme a éteint les Lumières 

Il n’est pas indifférent que le dictionnaire de Natacha Polony s’ouvre par le mot quelque peu oublié, sinon refoulé, d’aliénation, qu’elle entend remettre en honneur pour penser notre présent. Nous avons perdu la démocratie parce que nous sommes doublement dépossédés de nous-mêmes. Il y a d’abord l’Union européenne dont, depuis l’arrêt Costa, le droit prime les droits nationaux alors même qu’elle se réduit à un espace économique sans consistance politique. Face à cette contradiction majeure, Natacha Polony rappelle que la citoyenneté est indissociable de la nationalité et qu’il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation. En l’absence d’une nation et d’une citoyenneté européennes, les abandons de souveraineté vident la citoyenneté de toute substance et découragent les citoyens de se rendre aux urnes. La « bonne gouvernance » s’est d’ores et déjà substituée au « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Il y a aussi, et plus profondément, à travers la mondialisation néolibérale, destructrice de toutes les identités, la réduction de l’homme à un agent économique gouverné selon le principe utilitariste de l’intérêt bien compris : l’autonomie du sujet politique qui prend son destin en main est alors battue en brèche par l’hétéronomie de l’individu consumériste dont l’imaginaire est confisqué et les désirs orientés par la publicité. Contre cette réduction, favorisée par le développement de l’individualisme moderne, Natacha Polony rappelle avec force cette vieille vérité aristotélicienne que l’homme est un animal politique.

Un socialisme sans barbarie

On n’est certes pas obligé de la suivre en tout point. Qu’en quelques décennies des centaines de millions d’êtres humains aient été arrachés à la famine devrait conduire non pas à applaudir béatement la mondialisation, mais à en nuancer la critique – et mériterait à tout le moins de ne pas être écarté en quelques phrases un peu rapides, sinon désinvoltes. Pareillement, lorsque Natacha Polony s’appuie sur le taux élevé de l’abstention pour mettre en cause la légitimité des vainqueurs des élections, tout en voyant dans le « dégagisme » de Mélenchon « la traduction électorale d’une immense aspiration à davantage de démocratie », on a envie de la taquiner un peu : il ne faut pas oublier, chère Natacha, que l’offre populiste n’a pas manqué aux électeurs et que le « dégagisme » de Mélenchon a commencé par dégager Mélenchon lui-même…

Cependant, si les thèses de Natacha Polony croisent souvent celles de la gauche, elles n’en épousent ni le dogmatisme, ni le sectarisme, ni l’aveuglement. Aux lecteurs pressés de Lévi-Strauss, Polony montre que la barbarie islamiste n’est pas celle d’une civilisation autre dont il faudrait respecter l’altérité, mais qu’elle procède de la déculturation d’individus qui sont issus de notre civilisation et la rejettent. Aux mauvais lecteurs de Bourdieu, elle remontre qu’en universalisant le modèle de la domination symbolique qu’est censé exercer tout détenteur d’un capital culturel, on en vient non seulement à rendre l’école incapable d’accomplir sa tâche, mais aussi à faire oublier « la principale domination, la domination économique et politique ». Faut-il voir là une profession de foi de marxisme ? Assurément, Natacha Polony récuse l’illusion selon laquelle la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique auraient mis fin, en même temps qu’à l’histoire, à tout antagonisme de classes, mais le concept marxiste de lutte des classes n’en doit pas moins être repensé à nouveaux frais : ce sont des fractures inédites qui opposent les bénéficiaires de la mondialisation néolibérale et les autres, et les conditions qui permettraient à ceux-ci de parvenir à une conscience de classe ne semblent pas réunies. Sur la question de l’immigration, elle insiste sur la nécessité de ne pas la dissocier d’une intégration qui suppose elle-même une acculturation forcément longue et difficile pour des individus qui ont grandi dans des structures sociofamiliales archaïques et patriarcales. S’agissant du multiculturalisme, l’auteur met en évidence que si une société peut sans aucune contradiction être multiethnique, la division de la société en communautés fermées expose l’espace public à devenir un lieu d’affrontement.

Argument de vente: ce livre a déplu à Laurent Joffrin

On aura compris sans peine que le socialisme dont se réclame Natacha Polony n’est pas celui du parti qui porte ce nom. C’est un socialisme libertaire qui s’inscrit dans la tradition de Proudhon et dans l’esprit de George Orwell ou, plus près de nous, de Jean-Claude Michéa. Comme ces derniers, Natacha Polony est un esprit libre. Sa liberté d’esprit, jointe à la lucidité de son regard, à l’exigence de sa réflexion et à la force tranquille de sa conviction, transparaît à travers toutes les pages de Changer la vie. Ce livre a déplu à Laurent Joffrin qui lui a consacré dans Libération un éditorial plein de fiel. C’est bien naturel et c’est une raison de plus pour le lire.

Changer la vie: Pour une reconquête démocratique

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Emmanuel Macron, un président sans opposition

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Emmanuel Macron à Paris, décembre 2017. SIPA. 00835733_000001

Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIe République, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Le lynchage de Ronaldinho n’aura pas lieu

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bolsonaro bresil ronaldinho
Ronaldinho, 2014. Sipa. Numéro de reportage : AP21555798_000002.

« Ronaldinho veut devenir sénateur sous une étiquette d’extrême-droite ». Le site du mensuel So Foot, et beaucoup d’autres médias généralistes, se sont fait peur. Mais ouf, non, l’ancienne vedette du PSG ne devrait pas se présenter sous les couleurs du parti Patriota du probable candidat à la présidence Jair Bolsonaro. Le mouvement du très controversé député de Rio a démenti la pseudo-information du média O Globo: le footballeur ne devrait pas être investi.

L’idée n’était pourtant pas si saugrenue. Tout indique que ce scrutin, prévu en octobre 2018, réservera de grandes surprises et causera – qui sait – le renouvellement tant attendu des élites politiques brésiliennes. 

Un clown au Parlement

Si des joueurs de football s’essaient à la politique (un autre ex-attaquant de la Seleçao, Romario, a déjà franchi le pas), c’est que les Brésiliens sont prêts à donner leur chance à tous ceux qui ne sont pas des politiciens professionnels. Le niveau de dégoût est tel qu’un clown (Tiririca) a été élu et réélu comme député de São Paulo. Les Brésiliens se disent que ces candidats alternatifs n’ont pas besoin d’argent sale pour financer leur campagne car leur popularité devrait suffire à les faire élire.

A lire aussi: Le Brésil, un géant sans boussole

A São Paulo, Joao Doria (centre gauche) a gagné les élections municipales de 2016 au premier tour (du jamais vu) sur la ligne : « Je ne suis pas un homme politique, je suis un entrepreneur » (não sou politico, sou empresario).

Bolsonaro, hantise des médias

Ce qui a choqué, c’est la possibilité d’un rapprochement de Ronaldinho avec Bolsonaro, l’homme que les médias brésiliens adorent détester. Il est réputé homophobe, machiste, raciste, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement. On s’attendait peut-être à ce que Ronaldinho se rallie à un candidat du camp progressista, fût-il coupable de blanchiment d’argent comme l’ancien président Lula.  

Un pays à gauche toute…

En réalité, le Brésil est un pays à gauche toute et depuis longtemps. Ici, la droite occupe un espace extrêmement étroit et ne lui reste que l’économie (plus de libéralisme et moins d’impôts) comme terrain de combat idéologique. Des professeurs universitaires, aux milieux journalistiques en passant par la société civile, le pays est balayé par une vague de politiquement correct qui interdit certains mots comme favela (il faut dire comunidade) et use et abuse du mot fascista pour rendre silencieuses les voix dissonantes.  La mode actuelle est de déconstruire le mythe du métissage et de la démocratie raciale, deux symboles du Brésil, pour s’aligner sans trop de nuances sur la croyance que la société brésilienne est raciste et seulement raciste. Qui regarde la scène politique et culturelle brésilienne de loin peut avoir l’impression que le pays vit sous régime d’apartheid.

…où la droite raisonnable est introuvable

Même l’opposition à la gauche traditionnelle (PT, PSOL, PCdoB) est incarnée par les sociaux-démocrates  du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira). C’est dire l’hégémonie des idées de gauche sous les tropiques ! C’est dans ce contexte que Bolsonaro arrive pour jouer le rôle que certains attendent peut-être de lui : exagérer, offenser et crier fort. Objectif: diaboliser toute opinion contraire à la gauche. Ce faisant, il ne laisse aucune marge de manœuvre à une droite équilibrée et de gouvernement : elle est condamnée à se joindre à un front républica inversion tropicale pour faire barrage au « fascisme ».

Notons tout de même que Bolsonaro soutient Israël et suit en cela un réflexe commun parmi les évangélistes qui considèrent comme naturelle et légitime la présence israélienne au Moyen-Orient. Quand aux accusations de racisme, elles restent à prouver d’autant plus que le candidat est friand de dérapages verbaux et aime collectionner les preuves contre sa propre personne. Il n’y a par contre aucun doute sur son antipathie pour le mouvement féministe et gay.

Candidat du buzz

L’effet Bolsonaro – deuxième dans tous les sondages à un an des élections – profitera certainement à une kyrielle de candidats mineurs qui veulent surfer sur le ras-le-bol des Brésiliens. Reste que Bolsonaro a peu de chance de devenir président du Brésil car il n’a pas beaucoup d’alliés dans la perspective d’un second tour. Mais a-t-il vraiment envie de devenir président ?

L’hommage à Johnny : retour sur une étrange polémique

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…

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patrick eudeline pantheres grises
Patrick Eudeline. Sipa. Numéro de reportage : 00656839_000015.

Quand elle nous attrape, elle ne nous lâche plus. C’est comme ça. Dans son roman Les Panthères grises (La Martinière, 2017) Patrick Eudeline revisite une époque révolue, pourtant pas si lointaine.

Les prophètes avaient des guitares en bandoulière

Il nous présente trois musiciens, la soixantaine, n’ayant plus beaucoup de scènes underground à faire vibrer. Le temps du mariage d’un de leur petit­­-fils, ils reforment leur groupe. Pas vraiment de quoi les stimuler. L’un d’entre eux est même mort, une overdose a eu raison de l’organiste, Jean­­-Yves. Les spécialistes se réjouiront à la lecture de certains instruments cités comme une Gibson Les Paul­­ custom shop 1959 ou une Black Beauty trois micros. On pense aussitôt à Keith Richards ou Jimmy Page. Période bénie où les prophètes avaient des guitares en bandoulière, et surtout pas de kalachnikovs. Ils ne voulaient pas notre peau. C’était la musique, leur idéal. C’était notre cœur qui devait faire boom, pas nos avions.

L’un des trois vétérans se prénomme Guy. C’est le plus acharné. Pour le mariage, il s’est acheté un « vrai jean », une chemise à pois et des boots façon Beatles. Mais le charme est rompu. Les trentenaires sont tristes à pleurer. Ils sont suivis aux trousses par des gamins qui hurlent et tyrannisent les parents.

Pauvre vieux rocker réac

Alors Guy, dégueulant sur la société, la gauche qui a vendu ses principes au capitalisme sauvage, regrettant les vieux quartiers de Paris complètement dénaturés par les bobos à barbe et trottinette, se dit, non sans effroi, qu’il est devenu un « réac ». Eudeline s’interroge : « Lui qui jadis avait tant admiré, envié les blacks ? Leur cool absolu et félin, leur statut hip et rebelle. Lui qui s’était échiné sur sa guitare à comprendre le balancement du blues, à s’en imprégner, qui avait rêvé de chanter comme Ray Charles, de hurler comme James Brown, et flashé sur l’élégance innée de Miles Davis ou d’Hendrix ? » Constat terrible. Même Johnny Hallyday semblait devenu sage et respectable avec l’âge. Il y a de quoi se flinguer, vraiment, pour nos Panthères grises. Ou alors tenter un dernier coup d’éclat. Faire un casse, à l’ancienne, comme du temps de Gabin et Delon.

Chouettes sixties

Le quartier de Pigalle est particulièrement bien restitué. Eudeline le connaît, il l’a humé, et grâce à ce livre, il nous en restitue son parfum d’interdit, son code de l’honneur, et ses petits rades où l’on commentait l’actualité en lançant les dés sur le zinc.

L’écriture, heureusement qu’elle existe et qu’elle permet la sauvegarde de notre mémoire. Les sixties, c’était quand même chouette. On marchait sur la lune. Et comme le dit Eudeline, désormais, « tout est petit, resserré, interdit. Bouffer, fumer, baiser, boire, penser de travers. » Et d’ajouter, le regard caché par les lunettes noires, comme pour ne pas montrer ses larmes à des gens qui ne comprendraient pas, puisque les sentiments sont hors la loi : « Et nous, on est comme des vieux cons qui veulent encore marcher sur la lune. »

Patrick Eudeline, Les Panthères grises, La Martinière, 2017.

Les Panthères grises

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« Marvin ou la Belle Education » : l’argent ne fait pas le malheur

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Jules Porier dans "Marvin ou la Belle Education". / D.R.

Dans Marvin, la cinéaste Anne Fontaine se penche sur les rapports de domination dans un couple où l’un des partenaires est riche, l’autre pas. Une œuvre subtile qui désagrège les poncifs du sociologisme ambiant. 


Un personnage réel qui a fait de sa vie une fiction, un personnage de fiction ancré dans le réel : ce sont deux films d’une même réalisatrice, Anne Fontaine, Coco avant Chanel (2009) et Marvin ou la Belle Éducation, sorti fin novembre. Récits parallèles qui pourtant se croisent, car la problématique est la même : comment quitter la misère et devenir soi ?

Je rêvais d’un autre monde

Puisque l’époque est aux « minorités » sexuello-genrées, allons-y gaiement : nous avons donc une jeune Française du début du XXe siècle, lequel ne garantit alors aux filles, selon leur appartenance sociale et leur chance, d’autre issue que le mariage, la demi-mondanité, la prostitution ou l’exploitation laborieuse ; ceci énoncé dans l’ordre de fortune décroissant. Nous avons un jeune garçon homosexuel né dans une famille de prolos chômeurs ruraux. Alcool, misère, tabassage en règle par les petites brutes locales. Tous deux, pressentant leur inadaptation à leur environnement, comprennent peu à peu la nécessité de faire partie d’un autre monde, plus libre. Ce monde auquel ils aspirent, encore indéfini, ne saurait pour autant se réduire à sa seule dimension socio-économique, à l’aisance et au statut : Coco ricane devant les dames emplumées de la haute, plaint sa sœur pourtant fort bourgeoisement casée et s’entend comme larronne en foire avec les demi-mondaines qui hantent les scènes parisiennes. Marvin, pour sa part, trouve refuge et attention chez son prof de théâtre, homosexuel vivant en couple, fils de prolos comme lui. Ce que recherchent en réalité Coco et Marvin, c’est la liberté, une liberté indissociable de la création. De cela, ils mettront du temps à se rendre compte, et c’est ce moment de prise de conscience et de compréhension de soi-même, étiré sur des années, que raconte Anne Fontaine.

Dans ce parcours d’émancipation à la fois sociale et existentielle, il semble que la sexualité constitue un passage obligé. Obligé non pas dans le sens de contraint, mais dans le sens d’une étape qui participe de la découverte simultanée d’un milieu social et de soi-même. J’entends d’ici les clameurs : elle ne va pas nous vendre Weinstein en promoteur de jeunes talents, tout de même ? Rassurez-vous, chères âmes sensibles, loin de moi l’idée de défendre de vils serial cuisseurs abusant de leur assise professionnelle pour trousser frais jeunes gens innocents. Mais en ces temps de cochons balancés à tout vent, il est assez sympathique qu’Anne Fontaine rappelle deux choses que le puritanisme américain nous a fait oublier : il est possible de coucher pour des motifs qui ne sont pas totalement désintéressés sans que ce soit un traumatisme (et d’ailleurs, le désintéressement n’est-il pas en soi incompatible avec la sexualité ?). Réciproquement, il est possible de profiter des faveurs de jeunes gens ambitieux sans être un immonde prédateur. La relation entre Coco et Balsan et celle qui relie brièvement Marvin et Roland montrent que l’échange de bons procédés qui semble les fonder n’exclut ni affection ni bienveillance. C’est Roland, grand consommateur de jeunes hommes, qui demandera à Isabelle Huppert de s’occuper spécifiquement de son « chat » perdu Marvin, c’est par Balsan que Coco rencontrera en Boy, à la fois l’amour de sa vie… et l’investisseur qui la lancera. Là où d’aucuns (d’aucunes ?) ne voient que domination, inégalité et exploitation, réduisant par là la complexité des relations affectives à un pauvre schéma dualiste (on est soit bourreau, soit victime), Marvin, un peu paumé, et Coco, très pragmatique, voient un accès à un monde qui leur resterait sinon hors d’atteinte.

Rompre la peine

Un marxiste ne manquerait pas de rétorquer qu’ils font en l’occurrence de nécessité vertu, car après tout, contrairement à leurs partenaires respectifs, leur corps est la seule monnaie d’échange dont ils disposent. Du fait de cette inégalité, ne pourrait-on parler, sinon de viol, du moins d’abus ? Il est certain que l’absence de violence et de contrainte physique ne supprime pas l’évidente domination sociale, économique et culturelle de Balsan sur Coco et de Roland sur Marvin. Le désarroi des deux jeunes gens est palpable, face à des codes qu’ils ignorent et à l’infériorité à laquelle on les renvoie sans ménagement. Mais que voit-on en réalité ? Confronté à une domination sociale sans complexes, chacun des deux va inventer sa propre stratégie pour non seulement éviter l’humiliation, mais encore créer une égalité avec ceux dont ils dépendent pourtant, égalité qui ne repose ni sur l’argent ni sur la maîtrise des codes, mais bien sur la liberté de l’individu qui pense, agit et choisit par et pour lui-même. Rentre-dedans vestimentaire et vérités sorties sans filtre pour Coco, silence et humour grinçant pour Marvin. Le rapport de forces ne se situe pas sur le terrain socio-économique uniquement, car il a lieu tout autant, si ce n’est plus, entre les âmes. Et ne le savons-nous pas tous par expérience, que la faiblesse se déploie bien davantage dans le registre sentimental et affectif que dans celui de l’argent ?

A lire aussi : « Le Crime de l’Orient-express », Hercule Poirot en super-héros de l’antiracisme

Nous vivons une époque qui, tout en voyant de la domination partout (car telle est bien la logique du discours victimaire des « minorités » se sentant systématiquement humiliées, discriminées, etc.), refuse d’en admettre à la fois la dimension absolument inévitable mais aussi et surtout la plasticité. Car la roue tourne, les individus pensent, choisissent et agissent. C’est la petite cousette sortie de nulle part qui fera des grandes bourgeoises ses obligées. C’est le petit pédé du quart-monde qui deviendra le partenaire de scène d’Isabelle Huppert et gageons, aussi, la coqueluche des médias.

Ce passage obligé par l’intimité physique avec des partenaires qui sont aussi des viatiques pour la liberté relève aussi, pour Coco comme pour Marvin, de l’initiation et de la découverte de soi : c’est un moyen de savoir qui ils sont et de préciser ce qu’ils veulent (ce qui est la même chose). Coco ne supporte pas la bêtise de la vie de Balsan, Marvin comprend qu’il n’est pas un chat perdu parmi d’autres, un gigolo. Ils font donc le choix de rompre. Et comment auraient-ils pu le savoir sans en faire très concrètement l’épreuve ?

Marvin ou la Belle Education, d’Anne Fontaine, sorti le 22 novembre 2017. 

Coco avant Chanel

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André Velter, le poète-éditeur qui donne de l’inspiration

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André Velter. Wikipedia. Yves Tennevin.

En rendant hommage au dernier ensemble poétique d’André Velter, qu’il soit permis d’honorer aussi sa qualité d’éditeur. Car chez lui, le poète et l’éditeur vont de pair. Ils se nourrissent l’un l’autre. Miracle de noces séminales. Il faut le souligner nettement. Car cela ne va pas de soi. Un poète n’a pas forcément la vocation éditoriale. Or des poètes-éditeurs, ça occupe pas mal de place dans les maisons d’édition. Qu’est-ce que serait un bon poète-éditeur ? Celui, ouvert à d’autres langages que le sien propre. Rares donc, les éditeurs-poètes capables de vouloir transmettre des poésies qui ne leur ressemblent pas. Mais dans lesquelles ils identifient la vie. Au point d’en désirer être le passeur. Le poète André Velter, éditeur de la collection Poésie/Gallimard depuis vingt ans, a élargi le champ de conscience poétique français. Par son ouverture d’esprit. Et sa soif insondable de la poésie des autres. C’est grâce à cette faculté qu’il est un poète aussi riche.

Vertus de la poésie par temps oppressifs

Son dernier chant, Les Solitudes, est au départ un salut au poète espagnol Luis de Góngora. Salut devenu livre entier de poèmes. Qu’y trouvons-nous ? Des vers à l’image des calligraphies chinoises pour célébrer le vin : « Un seul trait entre ciel et terre./Comme un horizon qui unit et sépare/Ce qui se voit de l’univers/Et ce qui vient de l’invisible. »

Des poèmes prenant appui sur la réalité immédiate : « Je n’ai plus souci du tracas des affaires/Ni de la course à l’échalote des gens de pouvoir./J’écoute le vent d’Est dans les chênes verts/Tandis qu’un sommet enneigé signe au loin/L’appel des solitudes. »

Et dominant cette réalité immédiate grâce au poème, il indique discrètement les vertus de la poésie pour nos temps oppressifs : « Quand un poète respecte sa liberté et son ivresse,/Il vagabonde ici ou là comme un clochard céleste./Si un importun l’importune, patron ou président,/Il secoue ses haillons d’ivrogne transcendantal//Et sait le congédier. » Prendre de la hauteur poétique, c’est prendre ses distances avec les urgences artificielles.

Mais pourquoi Góngora ? Parce qu’il semble un mystère pour le poète André Velter. Une interrogation. Une énigme titillant l’amour propre du poète qui voudrait comprendre. Comprendre la mécanique poétique du maître andalou. Alors humblement, il s’y confronte. Jusqu’à pressentir que ses poèmes sont « des bribes de constellations, ce sont à main levée des relevées de la galaxie ». La curiosité insatiable de Velter est toute là. Elle fait œuvre. Attitude d’un poète généreux : « En le lisant, et plus encore en le traduisant, j’éprouve une assez grisante perte de repères. Face à une telle horlogerie verbale, horlogerie de haute précision qui ne se souci aucunement de donner l’heure (…) je jongle, je danse, je chante sans maîtriser tous les tours, sans esquisser toutes les voltes, sans vocaliser tous les reflets sonores. » L’inventeur de la « syntaxe invisible » inspirant le poète-éditeur, pour notre plus grand bonheur.

Il y a des leçons à tirer de cette attitude. Des leçons de survie en terre de déconstruction. Voire des leçons de joie en territoire ennemi. L’ennemi ? Le simulacre nihiliste.

Recours au poème

Mais cette joie, qu’est-elle en réalité ? Un témoin d’images tendu par le poète à ses contemporains pour tenir à l’écart la dépression ambiante. Prescription d’enthousiasme par ordonnance royale. Le roi, ici, c’est le poème. Le voyageur Velter emprunte maintenant d’autres sentiers, « en terre d’incertitude », pour tout conjurer, puisque « le simulacre s’est imposé sur terre ». Et il est heureux, pour des hommes comme nous, de lire par exemple ceci : « Quand les astrophysiciens et les cosmologistes sont à la hauteur du désir qui les hante, ils avouent que le champ du réel témoigne d’une complexité si rigoureusement consubstantielle, si irréductible, que le recours à la poésie, en tant que langue de l’univers, devient scientifiquement fatal ».

Le recours au poème, oui, pour partager nos solitudes. Chez Velter, elles se nomment Laurent Terzieff, Serge Sautreau, Jean-Marie Le Sidaner, Bartabas, Ernest Pignon-Ernest ou encore Le Grand Jeu. Et elles se disent, avec une simplicité sans égale. Partage des solitudes. Et propagation d’une inspiration désormais devenue fonction vitale, pour nous autres, modernes à la recherche d’un autre souffle.

André Velter, Les Solitudes, Gallimard, 2017.

Les Solitudes

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La Dolce Vita, Egon Schiele, la mort, etc.

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Pourquoi l’esprit latin est plus fort que le néo-féminisme

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Des Brésiliens dansent dans le train à Rio pour fêter le jour de la samba, décembre 2017. SIPA. 00834393_000003

L’actualité récente nous a fait voir le côté sombre du néo-féminisme, celui qui aspire à encadrer le désir et à purger la société de ses impuretés masculines. Depuis l’affaire Weinstein qui a secoué le monde du spectacle de Los Angeles à Paris, le néo-féminisme s’est imposé partout, il a été déployé à grande échelle et sans aucune mesure. Depuis les universités où il a été complètement fabriqué, il est parvenu à imposer ses normes dans un monde vidé de sa substance.

La réconciliation du désir et de la morale

Devant l’avènement d’une société aseptisée où la séduction apparaît comme un crime passible d’une lourde amende morale, il devient nécessaire et même urgent d’en appeler à un tout autre idéal. Pour combattre le néo-féminisme qui voudrait rendre les hommes totalement passifs et insensibles à la beauté, il faut d’abord renouer avec l’esprit latin.

Par esprit latin, il faut entendre une certaine façon de se comporter en société que plusieurs peuples d’héritage catholique ont cultivée à travers le temps. S’il fallait vraiment le définir, nous pourrions dire que l’esprit latin est une vision du monde qui réconcilie par son esthétique le désir et la morale, la tentation et l’ordre, la passion et la discipline. L’esprit latin est coloré et désinvolte, flamboyant et séducteur, expressif et animé. C’est aussi, en quelque part, la tendre acceptation des choses telles qu’elles sont vraiment.

L’art de vivre latino-américain…

Évidemment, le réservoir ultime de cet art de vivre demeure l’Amérique latine, vaste espace encore préservé des dérives autoritaires du néo-féminisme. L’univers latino-américain avec ses couleurs, sa chaleur, son charme, ses sentiments volcaniques et sa musicalité. L’Amérique latine a une personnalité fougueuse, c’est une gigantesque réserve de douceur violente où la féminité est quotidiennement célébrée. L’Amérique latine est une panthère noire qui s’assume comme mère et comme femme, un endroit où les hommes n’ont pas à cacher leur envie comme s’il s’agissait d’un vilain péché.

On peut traîner la nuit à La Havane pour s’en convaincre. On peut aussi assister à une soirée dansante pour entrevoir les bienfaits de cette civilisation. Véritables catharsis, les soirées latines reconnectent la modernité aux temps primordiaux, elles permettent, durant quelques heures, d’exprimer toutes les formes du désir à l’intérieur d’un cadre accepté.

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Nul besoin d’avoir fait de l’anthropologie pour réaliser que cette manière de voir les choses témoigne d’une sagesse populaire de loin supérieure aux lubies actuelles du mouvement féministe. Non seulement le projet d’encadrement du désir des nouvelles féministes relève d’un fantasme totalitaire d’abolition de la nature humaine, mais il mène à la stérilisation d’une société déjà en manque de plaisir de vivre. Les grandes prêtresses de la justice sociale devraient savoir que la vie ne fonctionne pas comme un programme informatique et donc que leur projet est illusoire, voire contre-productif.

…est un remède contre le puritanisme

Il est aussi intéressant de constater que le nouveau vent de puritanisme qui souffle sur l’Occident apparaît de manière paradoxale comme l’alter ego de la porno-culture et de l’hypersexualisation qui sévissent. Loin d’être une solution de rechange à la prégnance de la pornographie, le puritanisme n’en est en fait que le reflet inversé, dans la mesure où les deux phénomènes sont contre-nature. Quand le puritanisme astreint les hommes à rester chez eux pour ne pas mettre en jeu leur réputation, la pornographie les invite à faire de même, à rester chez eux devant des écrans morbides. On abolit les contacts humains.

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Dans cette optique, si les objectifs divergent, le résultat est le même : les deux phénomènes enferment les gens dans un monde imaginaire où il n’existe aucun équilibre. En prônant l’interdiction des regards « insistants » dans les couloirs et les ascenseurs, on contribue à créer un état d’anomie, à désenchanter la réalité quotidienne. Tandis que les néo-féministes poussent les hommes à la démission sexuelle, la pornographie les invite à entretenir une sexualité strictement artificielle. On dit que les extrêmes se nourrissent.

Il ne s’agit aucunement de faire l’apologie du machisme, mais bien de plaider pour le retour d’une culture totalement opposée à la dynamique pudibonde et mortifère du monde actuel. Heureusement, entre le puritanisme ambiant et la vulgarité pornographique, il y a l’esprit latin !

Gilmour, The National et Morrissey au top!

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David Gilmour et Morrissey. Sipa. Numéro de reportage : AP21880680_000013. Numéro de reportage : AP21754420_000076

Lors d’une interview, à l’époque de Téléphone, une journaliste avait déclaré à Jean-Louis Aubert qu’il était la tête du groupe. L’entrevue terminée, le chanteur vit Louis Bertignac maugréer dans son coin. Le guitariste fulminait : « Pourquoi tu serais la tête ? On est TOUS la tête ! » Aubert, déstabilisé, tenta une justification : « Pour faire un corps, si je suis la tête, t’es le bras et on a besoin de tout le monde ! » Bertignac tilta : « Le bras, le bras ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’être le bras ?! » Après cet échange houleux, le musicien encoléré en vint aux mains avec le batteur du groupe et se cassa… le bras. La tournée fut annulée. Pas de bras, pas de chocolat comme on dit aujourd’hui.

Gilmour les doigts de fée

Toute proportion gardée, pour Pink Floyd, le schéma « corps-tête-bras » pourrait convenir, en partant du postulat que Roger Waters serait la tête. La grosse tête même. Feu Richard Wright figurerait les bras et le batteur, Nick Mason, le cœur. David Gilmour, lui, serait les doigts de fée, avec sa fameuse guitare slide en guise de baguette magique. L’âme revenant à Syd Barrett, bien sûr.

Ainsi donc, le musicien septuagénaire publie un album en public capté à Pompéi, quarante-cinq ans après le mythique Live at Pompeii de Pink Floyd. Et à l’instar des bons vins, force est de constater que les live à Pompéi se bonifient avec le temps.

Mais au fait, faut-il encore présenter David Gilmour ? Oui, à en croire le sticker apposé sur ce nouvel album avec la mention « The voice and guitar of Pink Floyd », et dont la forme et les couleurs renvoient à la mythique pochette de The Dark Side of the Moon – le chef-d’œuvre best-seller de Pink Floyd -, pour que le cachet floydien fasse autorité d’emblée dans les rayons. Comme une promesse aphrodisiaque. Et pour une extase totale, ce retour au pied du Vésuve s’imposait davantage qu’un live at Bobigny, au pied d’une cité volcanique. De quoi réveiller les ardeurs les plus folles des fans du groupe défunt. Mais si un tel objet revêt en 2017 les mêmes saveurs mystiques qu’un live de Keith Richards à Hyde Park ou de Pete Townshend au Royal Albert Hall, il va falloir s’y habituer : l’histoire du rock est un éternel recommencement, aujourd’hui plus que jamais.

Gilmour à écouter au casque

Musicalement, Gilmour et ses musiciens nous gratifient d’envolées stratosphériques limpides tirées de son répertoire solo et du catalogue de sa formation légendaire : le classique « Shine on you crazy diamond » – dont s’est inspiré Dire Straits pour l’intro de « Money for nothing » -, « Faces Of Stone », valse burinée et crépusculaire extraite de son dernier album studio, au piano résonnant avec « Le Messager » de Michel Legrand (générique de Faites entrer l’accusé), « Sorrow », rescapée des années 80 pour un lifting brutal, sans oublier le luminescent et impérial « High Hopes », qui sonna le glas du groupe britannique en 1994.

Malgré le criard « The Great Gig in the Sky » (la faute au mixage), l’objet agit comme une carcasse fumante du Floyd sur laquelle s’épancheront avec une mélancolie toute progressive les nostalgiques d’une époque qui avait les coudées franches.

A écouter au casque pour un plaisir total, à condition de ne pas être allergique aux solos de guitare étirés toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort.

The National : romantisme pur

Dans la famille « meilleur compromis entre Joy Division et le point G auditif », je demande The National, groupe « indie » majeur des années 2000. Avec une voix labourant un chant de mélancolie contagieuse, capable de soubresauts furieusement désespérés, et des paroles à l’introspection caverneuse dignes d’un Morrissey, Matt Berninger présente des accents de sincérité rare. Quant à la musique, elle relève à la fois de la noblesse d’âme, une beauté intérieure immanente à la ville d’où est originaire le quintette (Cincinnati, dans l’Ohio) et d’une fragilité humaine éprouvée, capable d’extraire une violence rédemptrice en volées de bois vert naturel. L’aliénation, la saturation ne sont jamais loin, car le romantisme pur prévaut dans les compositions façonnées par The National. Et l’alchimie prodigieuse fonctionne à merveille, sans battage médiatique, sans racolage à buzz. Juste l’élégance de la discrétion et du travail bien fait, ce qui ne les empêche pas de s’être classés avec ce nouvel album N°1 dans six contrées (dont le Royaume-Uni et le Canada) et N°2 au Billboard 200 américain. Ce bouillonnant Sleep Well Beast a également atteint la 2ème place en Belgique, Australie, Danemark, Nouvelle-Zélande et Suède. Comme quoi, les artistes capables de conjuguer spleen Nick Drakien et spleen Baudelairien trouvent encore un écho dans certaines contrées non encore contaminées par les passions tristes.

Mine de rien, avec sept albums au compteur, le groupe est en train de se bâtir une œuvre monumentale, car en révélant l’Amérique dans l’intimité mélancolique des siens, par la voie de la poésie, aux faubourgs du réel, cette musique parle à la chair universelle.

Toute la beauté trouble de ce nouveau disque est contenue dans l’interaction entre la pochette et son livret, source de lumière. Pochette métaphorique pour exprimer une résistance à la nuit, à l’obscurité sociétale, annoncée dans le morceau « The System Only Dreams in Total Darkness » :

Morrissey, de son côté, vient de signer sans conteste la chanson de l’année, « Spent the Day in Bed » (J’ai passé la journée au lit). La boucle est ainsi bouclée pour l’ex-Smiths, puisque son premier album solo contenait le déjà dominical « Everyday is like Sunday » (Tous les jours ressemblent à dimanche). On appréciera goulûment les paroles de « Spent the Day in Bed » (au mémorable final « No bus, no boss, no rain, no train, no emasculation, no castration ») et son message explicite : le Moz n’est pas resté au lit parce qu’il est malade mais parce que le monde l’est, contaminé notamment par les breaking news aliénantes.

Rire faustien

Le crooner rock aux allures de mafioso sorti de la cuisse de Roy Orbison revient avec sa voix chaude comme un porte-flingue napolitain en mal d’amour et ses compositions Smith(s) et Wesson délicieusement délictueuses. Le nouvel album (Low in High School) étonne, déconcerte hautement, tant Morrissey semble se réinventer à chaque titre, à l’aise dans tous les registres – tango, pop symphonique, ballade piano voix, rock psychédélique, etc. -, comme aux belles heures de ses débuts en solo. L’auditeur navigue ainsi dans un immense disque, où planent les ombres de ses deux œuvres majeures, Viva Hate et Vauxhall and I, en pure surbrillance. Ici, la musique est cuisinée à petit feu, façon sauce tomate italienne à l’ancienne, dans le but d’atteindre ce climax gustatif appelé le gustoso par nos voisins transalpins. Pas étonnant donc si le verso de la pochette arbore fièrement la mention « Recorded in Italy », comme un étendard culturel et identitaire. Celui de l’Ancien Monde peut-être, idée que la pochette du single de « Spent the Day in Bed » – sortie d’un film de Dino Risi -, accrédite. Ultime pied de nez à l’époque, le disque est scindé en deux en son milieu, par un trou d’air intemporel dément, « I Bury the Living », ovni dans lequel Morrissey retrouve ses vingt ans, le rire faustien du final ne trompant pas.

Une journée au lit de Morrissey

A savourer donc, le clip du fameux « Spent the Day in Bed », dans lequel le chanteur implore justement « Time, do as I wish » (Temps, fais ce que je souhaite) :

En terme de manifeste poético-contestataire, on n’échangera pas une journée au lit de Morrissey contre six mois de Nuit debout. « Je m’intéresse à la poésie de la vie et c’est difficile de nos jours. Parce que la vie moderne n’a rien de poétique, rien de bien en fait » (Morrissey).

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