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Pôle Emploi: chômeurs en grande difficulté, passez votre tour

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Pôle Emploi est une institution au carrefour des politiques publiques. On peut considérer l’ex-ANPE comme l’outil politique par excellence, à la fois thermomètre social et agence au rôle théoriquement crucial pour résorber le chômage. Au-delà des clichés, deux conseillers Pôle emploi employés dans le centre de la France racontent à Causeur leur expérience au sein de cette institution dont le fonctionnement reste assez méconnu des Français. Si leurs prénoms ont été changés, leur expérience est  authentique.


Alice vient d’achever son CDD d’un an au sein de Pôle emploi sans chercher à y prolonger son expérience. Première surprise, le grand dévouement des employés de l’agence, compétents, disponibles et capables d’abattre une énorme quantité de travail. Mais, hélas, l’agence dispose de marges de manœuvre limitées pour accomplir sa mission première : trouver des emplois. Plutôt que de se consacrer pleinement à cette tâche, l’institution évalue la satisfaction des demandeurs d’emploi par des enquêtes régulières. Objectif : adapter ses services aux souhaits des usagers, quitte à ne pas faire de vagues. Un chercheur d’emploi peut ainsi annuler deux fois un rendez-vous avec un conseiller sans la moindre justification, obtenir l’adresse mail de son conseiller-référent pour communiquer directement avec lui, utiliser les bornes informatiques, commettre des incivilités, voire des violences, sans être inquiété…

Ubu au Pôle emploi

Comme dans les films de Ken Loach, certains demandeurs d’emploi souffrent en outre de handicaps que le Pôle appelle « freins périphériques » dans son jargon : addictions, problèmes de santé, difficultés de garde d’enfant. Absence de permis de conduire ou précarité compliquent aussi la vie. Si la santé du demandeur d’emploi devrait déterminer le traitement qui lui est réservé, les outils mis à la disposition des agents se révèlent inadaptés. Par exemple, un chômeur qui a effectué toute sa vie un travail physique sans tout à fait maîtriser le français écrit (ni l’outil informatique) peut se voir proposer un emploi administratif compatible avec son état de santé. Tout cela à cause d’une préconisation médicale qui ne tient pas compte de ses compétences. Inversement, quand une personne est considérée apte à se débrouiller seule, elle n’est pas aidée. Des services en ligne sont mis à la disposition des demandeurs autonomes.

Pathos et compassion

Pourtant, l’approche compassionnelle prime fréquemment dans le suivi des dossiers. Après inscription, chaque dossier reçoit un code suivant le type d’accompagnement dont bénéficie le chômeur. Les plus en difficulté qui déclarent vouloir travailler suivent le régime de l’accompagnement global. L’idée directrice est simple : se concentrer sur les cas difficiles auxquels un maximum de moyens est consacré. Cette inégalité de traitement est légitime en ce qu’elle obéit au principe  « Faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin ». Le hic, c’est que ce besoin n’est jamais clairement défini, d’où des interprétations diverses… En pratique, quand les demandeurs sont trop éloignés de l’emploi à pourvoir ou pas assez motivés par le projet professionnel en question, ils sont rangés dans des dossiers à part… afin de ne pas les convoquer.  Parfois, si quelqu’un n’exprime pas ses aspirations, il peut disparaître des radars pour longtemps, très longtemps…

Dans la catégorie des chômeurs mis à l’écart, on trouve aussi de nombreux allocataires qui cumulent des années d’inscription au Pôle emploi sans aucun résultat. Eux non plus ne sont pas beaucoup convoqués. Ajoutons tous ceux qui s’inscrivent pour conserver leur statut – comme les intérimaires – ou leurs prestations sociales. Le RSA ou l’ASS nécessitant de s’inscrire à l’agence, certains le font en indiquant ne pas chercher d’emploi. D’autres sont uniquement motivés par la rémunération qu’offrent les formations ou par la réduction du prix des transports.

Chômeurs ad vitam

Durant son CDD, Alice a rempli un triple rôle : agent d’accueil, animatrice et éducatrice. Responsable du dossier suivi » qui peut inclure jusqu’à 1000 personnes, toutes catégories d’inscription confondues, censé contenir des personnes autonomes et proches de l’emploi, Alice a pris en charge des chômeurs demandant théoriquement peu d’investissement humain. Mais en pratique, cette catégorie concerne aussi des personnes très éloignées de l’emploi, d’autres qui n’en cherchent pas du tout au grand dam des employés qui traitaient leurs dossiers. Parmi celles que géraient Alice, 500 personnes correspondaient à ce genre de profils, seuls 20% à 30% des personnes qu’elle suivait recherchant effectivement un emploi. C’est un sujet assez tabou que la coexistence entre des individus à la recherche d’un emploi, souvent en situation de grande souffrance, et d’autres qui utilisent le système à leur profit.

Fort d’une quinzaine d’années d’expérience au Pôle emploi, François s’est notamment occupé des chantiers d’insertion. Sa mission était de proposer à des personnes très éloignées de l’emploi d’intégrer un chantier d’insertion pendant au moins quatre mois, à raison de 26 heures par semaine. Ce dispositif permet de les remettre en situation de travail, tout en leur faisant bénéficier de l’accompagnement personnalisé que dispense un « encadrant ». L’objectif est double : d’une part permettre au chômeur de se retrouver en situation de travail (ce qui répond à son besoin de reconnaissance professionnelle et sociale), d’autre part l’aider à définir son projet professionnel pour trouver à terme un véritable emploi.

Depuis quelques années,  le public bénéficiaire de ce dispositif a énormément évolué. Il y a encore dix ans, il était principalement composé de personnes qui avaient du mal à trouver leur place dans le monde du travail à la suite d’un accident de la vie, de leur âge ou de leur état de santé. Aujourd’hui, ce dispositif est devenu un sas d’entrée dans la vie active en France pour des personnes nées en dehors de la métropole ou des migrants. Pire encore, il conforte certains chômeurs dans leur communautarisme et leur offre une rémunération. Concrètement, le chantier d’insertion sert essentiellement à apprendre  à lire et à écrire, une occasion pour les populations étrangères de découvrir notre conception du travail et notre mode de fonctionnement.

Priorité étrangère

On commence donc par des cours de français au cours d’un premier cycle de quelques semaines puis Pôle Emploi gère différents niveau d’apprentissage de la langue. C’est bien plus compliqué quand les demandeurs n’ont jamais été scolarisés dans leurs pays d’origine et sont donc analphabètes. Cas hélas relativement fréquent. Dans ces chantiers, les employés veillent à mélanger les populations, les générations et les sexes. De ce brassage doit naître une dynamique de groupe censée redonner confiance à chaque participant et l’arrimer au monde du travail. Le personnel encadrant des chantiers essaie aussi de lever les obstacles culturels à l’intégration et à l’embauche, notamment le refus de la mixité et de la hiérarchie. Mais ce n’est pas toujours possible sur une période aussi courte.

Il n’est pas rare que des personnes nées en France ne maîtrisent ni l’écriture ni la lecture, surtout en zone rurale. Pour ce type de profils, le chantier d’insertion serait l’unique voie de salut, ou presque car ces chômeurs n’intéressent guère les employeurs. Pourtant, ces chantiers où on apprend le français ne sont pas ouverts aux personnes nées en France ! Ces dernières doivent donc se tourner vers des associations.

Fractures territoriales

D’une manière générale, le nombre de personnes éloignées du monde du travail ne cesse d’augmenter. Ceux qui n’arrivent pas à retrouver un emploi subsistent grâce aux minimas sociaux qui prennent le relais de l’assurance chômage. Riche de sa longue expérience, François émet quelques remarques sur la manière d’aider les chômeurs. La formation n’est sans doute pas la solution idéale pour résorber le chômage faute d’emploi pour tout le monde. Est-il vraiment utile de former des chômeurs non-mobiles, sans permis de conduire ni moyen de locomotion ? In fine, cela ne fait qu’accroître leur frustration. La politique de financement des formations, notamment d’accès au permis B, laisse également songeur. Une formation peut être prise en charge sur un territoire et pas du tout sur un autre. Cela dépend des métiers « en tension » sur le secteur mais avant tout du budget local et de la politique de l’agence locale. Or, les aides sont de plus en plus territorialisées et individualisées. Ainsi, vous pouvez obtenir un financement individuel sur un territoire mais pas sur un autre. Pour les demandeurs d’emploi, cette situation est parfois difficilement compréhensible.

Par leurs témoignages, Alice  et François laissent entrevoir une culture d’entreprise extrêmement problématique. Il ne s’agit pas uniquement du modèle classique d’une direction centrale imposant une politique et des mesures parfois inapplicables l’échelon local par des employés motivés et compétents. Tout un système de non-dits, de jargon et de langue de bois forment un écran de fumée que les employés du Pôle emploi doivent habilement contourner. C’est une atmosphère quasi-soviétique car derrière la façade de l‘institution moderne, les agents doués d’empathie adaptent les règles aux cas souvent désespérés qui se présentent à eux. D’où une double pensée : d’un côté, la collecte de données plutôt rassurantes envoyées au sommet de l’institution pour attester de la bonne marche du Pôle, de l’autre d’innombrables stratégies de débrouille se déploient à la base. Imaginez des employés contraints de manipuler leur employeur pour accomplir leur tâche et vous aurez une idée de ce qu’est le Pôle emploi.

Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent!


Libertaire et athée, Peggy Sastre n’avait a priori rien de commun avec l’antilibérale catholique Eugénie Bastié. La croisade #balance ton porc les a placées du même côte de la barricade.


La première fois que j’ai croisé Peggy Sastre, c’était à une émission de Frédéric Taddéï pour un plateau « spécial féminisme ». Elle a levé les yeux au ciel quand j’ai parlé d’IVG (sans enthousiasme excessif), mais j’ai souri intérieurement quand elle s’est moquée des chiffres farfelus des viols sur les campus américains. Enfin quelqu’un démontait à voix haute les statistiques bidonnées lancées en tapis de bombe dans les arènes médiatiques par les militantes féministes.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo : elle est libertaire, matérialiste et athée ; je suis conservatrice, antilibérale et catholique. Mais à une époque qui lynche par hashtag et où la raison a déserté le débat public, des solidarités inattendues se créent, fondées si ce n’est sur des arguments, du moins sur des agacements communs. Même si Caroline De Haas a fait les scouts de France, je préfère boire un coup avec Peggy.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo

Déjà parce qu’elle est drôle. Ce qui est le cas, bizarrement, de beaucoup de gens opposés au délire néoféministe. Ensuite parce qu’elle ne se pince pas le nez. Contrairement à Catherine Deneuve qui dans Libé a fait la dégoûtée parce que des « fachos » soutenaient sa pétition, Peggy est restée droit dans ses bottes, se gardant bien de cracher sur ses soutiens nauséabonds. Elle a du cran, et j’aime ça.

Plus profondément, je crois que le déchaînement du néoféminisme victimaire a permis une convergence inattendue entre libertaires et conservateurs, autour de l’articulation nature/culture. Les rationalistes darwiniens tenants de l’évolution savent que les instincts ne sont pas forcément des obstacles, mais aussi des guides inconscients de survie. Les conservateurs pensent eux que les traditions ne sont pas là pour rien, et qu’elles sont des solutions trouvées par des générations précédentes à un problème. Tous s’accordent à reconnaître l’existence d’une nature humaine, qu’elle soit purement biologique, ou mêlée de divin. Les Social Justice Warriors (activistes du Bien) pensent eux qu’on peut tout déconstruire, des centaines de milliers d’années d’évolution comme des milliers d’années de civilisation. Qu’il n’y a pas de nature, mais uniquement des « constructions sociales », à déconstruire pour retrouver un homme originellement bon. Face à ce rousseauisme, un front inédit rassemble ceux qui pensent que l’histoire (qu’elle soit évolutive ou traditionnelle) a encore un poids. Le bon sens intuitif du conservateur rejoint la démonstration scientifiquement prouvée.

Je dirais que notre divergence principale se situe sur ce que l’on fait de ce constat. Je crois que la culture sublime les instincts, Peggy Sastre pense que la technique permet de les dépasser. Ce qui lui permet de souhaiter l’avènement de l’utérus artificiel pour « libérer » enfin les femmes. Tenante d’une éthique minimale à la Ruwen Ogien, elle pense que la morale est une affaire privée, une béquille pour « esprits faibles », un sale truc à garder pour soi, pour qu’advienne enfin le règne pacifique de l’individu absolu dans le ciel immuable du droit. À la limite, si on peut bazarder en même temps le romantisme, les sentiments et l’amour qui enchaînent les femmes aux devoirs de l’espèce, c’est tant mieux. Le problème est que ce monde n’existe pas, et que la disparition d’un Bien commun au profit d’éthiques minimales aboutit au triomphe du relativisme et de l’exhibition victimaire. Ce monde même qui nous dégoûte toutes les deux.

Allez Peggy, cesse de faire ta demi-habile : rejoins-moi !

Comment l'amour empoisonne les femmes

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Adieu mademoiselle

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SNCF: avec les cheminots, pour le service public!

Tandis que nous célébrons avec plus ou moins d’enthousiasme le cinquantenaire de Mai 68, le pays entre de nouveau dans une période de convulsions printanière et sociale dont il a rituellement le secret.

L’heure du troisième tour social

Le peuple de gauche qui a largement contribué à porter Emmanuel Macron à l’Elysée  afin de « faire barrage », et/ou qui n’a pas digéré la défaite de son héros insoumis, trouve ici enfin le moment tant attendu et espéré du fameux « troisième  tour social », considérant à tort ou à raison qu’un président élu « par défaut » n’a pas reçu mandat pour détricoter avec méthode et empressement tout ce qui constitue l’ADN de la gauche qui l’a en partie fait roi.

Les mécontentements sont nombreux par-delà la frustration électorale, et s’expriment sur de nombreux fronts, qu’il s’agisse du sort de la SNCF, du mécontentement dans les milieux judiciaires, dans les Ehpad, en secteur hospitalier, dans la fonction publique d’une manière générale, etc. Dans tous les cas, il s’agit d’exprimer le rejet d’un néo-libéralisme porté de façon décomplexée par le président Macron (parfaitement conforme à son programme), appuyé par une partie de la droite libérale, soutenu par une Assemblée aux ordres et ardemment encouragé  en cela par une Union européenne sous influence allemande.

Le rejet du projet de réforme de la SNCF par les cheminots prend pourtant une tournure toute particulière dans ce paysage plutôt prévisible de contestations.

Erosion d’un fleuron

Qui n’a pas récemment pesté contre les insupportables retards de trains, contre les pannes d’anthologie, contre les tarifs parfois prohibitifs, et même contre les grèves, serait de mauvaise foi. Pour autant, il conviendrait toutefois  d’avoir un peu d’honnêteté et de ne pas imputer aux cheminots  la mauvaise stratégie politique conduite dans le secteur ferroviaire depuis plusieurs décennies (et dont tous ces désagréments sont la conséquence logique), tant de la part de nombreux gouvernements successifs que de certains « grands commis » manifestement insubmersibles nonobstant leurs bilans. L’entreprise de transports ferroviaires nationale constitue un monument du patrimoine français, qu’il s’agisse d’histoire contemporaine, d’histoire sociale, d’aménagement du territoire, de cohésion territoriale, d’histoire des services publics, de technologie, d’industrie… Il n’y a pas si longtemps, elle faisait notre fierté et nous était enviée dans le monde entier. Ce fleuron a commencé à subir la pression de l’idéologie européiste de mise en concurrence dès les années 1990, pression qui n’a cessé de provoquer des tentatives d’adaptation qui ont en retour dégradé un service devenu obsédé par la recherche de rentabilité et d’ajustement aux directives au détriment des missions élémentaires de service public. Et c’est bien cette course à l’échalote de la concurrence, avec les inévitables perspectives de démantèlements de services, de précarisation des salariés, de fragilisation des infrastructures telles qu’on peut les observer avec le fiasco britannique, qui provoquent le mouvement de révolte des cheminots lesquels demeurent attachés avec fierté à leur outil de travail.

Protéger les entreprises nationales contre leur dépeçage programmé

On entend bien peu la droite soutenir ce qui fut pourtant l’un des piliers de l’action reconstructive du Général de Gaulle, et ce silence voire cette cécité de la droite dite républicaine constitue l’une de ses graves erreurs (parmi tant d’autres). Celle-ci, toute étourdie de son adhésion aux dogmes bruxellois d’abandons de souveraineté tous azimuts, ligotée de toutes parts par les objectifs du néo-libéralisme qui lui tient lieu d’alpha et d’omega idéologique, en oublie ses fondamentaux : protéger les entreprises nationales contre le dépeçage programmé et la privatisation et donc l’ouverture à la concurrence étrangère, préserver les salariés français, les classes populaires et moyennes qui font vivre le transport ferroviaire ou qui en ont besoin pour travailler :  tout ceci ne semble plus intéresser la droite libérale qui a depuis belle lurette renoncé à l’idée même de souveraineté.

C’est pourtant le pays tout entier qui devrait soutenir ses cheminots, au lieu de les abandonner à une hyper politisation gauchiste du conflit qui risque probablement de se faire en jonction avec les éléments les moins recommandables de la mouvance étudiante. Car un autre mouvement, concomitant à celui des cheminots, est en train de se répandre et de semer un désordre particulièrement nocif dans le milieu universitaire. Et le but revendiqué par de nombreux groupes d’extrême-gauche  est bien la « convergence » de ces luttes, que pourtant, dans le fond tout oppose, et que l’on ne devrait jamais prendre le risque de laisser fusionner.

Pas d’amalgame avec l’université!

En effet, tandis que les cheminots se battent pour préserver leur outil de travail et un service public de qualité, certains étudiants s’appliquent depuis quelques semaines à bloquer les Universités, dégrader les locaux, empêcher violemment les autres étudiants d’étudier. On observe des destructions de matériels, des slogans antisémites, des violences contre ceux qui sont en désaccord avec ces méthodes, les humiliations et hystéries tournées contre le Doyen Petel de l’université de Montpellier (contraint à la démission) en sont l’un des exemples les plus pénibles. Le rejet d’un timide et salutaire début de réintroduction de sélection à l’université sert de prétexte à ce déferlement. On y apprend, au lieu de s’élever vers l’autorité des maîtres à se victimiser de toutes parts : mouvements racialistes, indigénistes, non mixtes, antisémites etc, sèment un trouble malsain. On y réclame la moyenne automatique aux partiels sans rien faire, sans mérite, puisque c’est bien le mérite qui est l’ennemi. Bref, ce mouvement prône la paresse et le désordre quand celui des cheminots cherche à protéger le travail.

Ces deux mouvements sont en réalité inverses et défendent des valeurs opposées, mais le mécontentement et l’agrégation opportuniste des réactions pourrait les pousser à converger, à s’agréger, ce qui serait à terme la pire des choses pour le mouvement cheminot en termes de perception dans l’opinion publique (on peut d’ailleurs se demander dans le fond à qui profiterait le crime … ?).

N’abandonnons pas nos services publics, ni au néo-libéralisme sans conscience, ni aux derniers rejetons d’un gauchisme culturel aussi véhément qu’aux abois. Il existe une voie entre ces deux écueils, qui est celle de la défense de la République française, de ses valeurs, de son modèle social et des services qui le font vivre.

Macron choisit Plenel: sale temps pour Charlie et le camp laïque!

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C’est ce qu’on appelle l’esprit de l’escalier. Ou un net retard à l’allumage. Participant lundi matin à l’émission de Pascal Praud sur CNews, j’ai découvert en direct l’improbable tandem choisi par l’Elysée pour le deuxième Macron-show de la semaine – Bourdin et Plenel. Sur le moment, j’ai bredouillé un truc sans intérêt sur le caractère sportif de l’opération, une vraie bécasse.

Quelques minutes plus tard, au volant de mon Autolib, je fulminais. Contre moi-même. Et contre le président.

La sécession silencieuse

Emmanuel Macron n’a jamais rendu visite à la rédaction de Charlie Hebdo, contrainte de vivre sous haute protection dans un endroit tenu secret. Rien n’indique, sinon les belles envolées des grandes occasions, qu’il ait pris la mesure de la sécession silencieuse qui fracture notre pays. Et il n’a pas jugé bon non plus de se fendre d’un grand discours sur la laïcité, pourtant annoncé, préférant affirmer devant les représentants des cultes que la société n’avait pas à être laïque et que les religions avaient toute leur place dans la Cité.

Or, en adoubant Plenel, il intronise un homme qui, il y  quelques mois, quand les menaces de mort pleuvaient sur le journal de Charb pour cause de lèse-Ramadan (Tariq), a cru bon d’en rajouter en écrivant que Charlie menait « une guerre contre les musulmans ». Le patron de Mediapart ne voulait sans doute pas délivrer un blanc-seing aux assassins. Vexé comme un pou d’avoir été épinglé par Charlie avec l’ex-idole des jeunes musulmans, il avait réagi par un pétage de plomb ridicule et pathétique, invoquant, entre autres balivernes,  l’Affiche rouge des nazis sur le réseau Manouchian. Cet incident aurait dû, au minimum entamer son crédit. Mais, étrangement pour un homme qui a fait du « pas de pardon » le cœur de son éthique journalistique, Plenel survit à tous ses ratages – pour être polie.

Plenel, idéologue donneur de leçons

Au moins sera-t-on d’accord avec lui sur un point, le patron de Mediapart n’est pas n’importe quel journaliste. Il est doublement idéologue, animé par une vision robespierriste du monde et de son métier. On suppose qu’il sera poli et se gardera de rappeler à son partenaire d’un soir, Jean-Jacques Bourdin, sa condition de salarié de Patrick Drahi. Convaincu d’incarner le seul et vrai journalisme, Plenel adore faire la leçon au reste de la profession et citer Mediapart comme l’étalon de la vertu. Mais on dirait que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est faire peur. C’est bien sûr un hasard si, sur certaines photos, il présente une ressemblance frappante avec Staline. Reste qu’au nom de l’intérêt supérieur de la démocratie dont il estime avoir la charge, il pratique un journalisme policier et redresseur de torts dont la réussite se mesure au nombre de têtes qu’il fait tomber. Il aimerait bien, en guise d’apothéose, faire rouler celle de Sarkozy, mais en dépit d’un acharnement qui a stimulé le zèle des juges, son affaire de financement libyen ne semble guère inquiéter l’entourage de l’ex-président.

Le mauvais ami des musulmans

Plenel défend en outre une conception particulière de la France et du monde, qu’il a lui-même définie comme une forme de trotskisme culturel et qui est à la croisée du nuitdeboutisme et de l’indigénisme, le tout noyé dans un fond de sauce anticapitaliste et tiers-mondiste. Ainsi, depuis le 7 janvier 2015, s’évertue-t-il à nous expliquer que le principal danger qui menace la France, c’est l’islamophobie, tandis qu’une représentante de sa rédaction affirme candidement sur un plateau de télévision que « l’islam radical n’est pas un gros problème ». Toujours prompt à dénoncer le « racisme d’Etat » et la résurgence d’un pétainisme qu’il ne craint pas de déceler chez Alain Finkielkraut, Edwy Plenel prétend œuvrer « pour les musulmans », titre de l’un de ses ouvrages, mais il a choisi les fondamentalistes contre tous ceux et plus encore toutes celles qui, dans les quartiers islamisés, se battent contre la pesante domination des barbus.

Insulte à la mémoire de Charb

J’ignore quels sombres calculs de communicants ont présidé au choix de l’Elysée. On n’ose penser qu’il vise à neutraliser le pouvoir de nuisance plenélien. S’agit-il, pour Emmanuel Macron, d’apparaître comme le porte-parole de la gauche raisonnable ? De montrer qu’il ne craint pas d’affronter un adversaire dont les frisottis de moustache et les plissements d’yeux  en ont terrassé plus d’un ? Alors que la question de la laïcité et de la capacité de l’islam à s’y conformer organise un clivage bien plus existentiel que le clivage droite/gauche, alors que le séparatisme islamiste, et l’antisémitisme qui va avec, continuent à progresser, choisir comme interlocuteur un homme qui refuse de les nommer, c’est adresser un signal déplorable à l’ensemble du camp laïque. Et c’est une insulte à la mémoire de Charb, Cabu et de tous les morts de Charlie Hebdo.

Les Rien-pensants

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Les meurtres conjugaux, des drames (heureusement) marginaux

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Jacqueline Sauvage et Norbert Marot, Jonathann et Alexia Darval, Bertrand Cantat et Marie Trintignant, trois couples dont l’issue a été tragique : l’un des deux partenaires a tué l’autre. Deux couples étaient mariés, l’un depuis 47 ans avec 4 enfants et des petits enfants, le deuxième depuis beaucoup moins et cherchant à avoir un enfant, le troisième était un couple d’amants, ayant un conjoint et des enfants chacun de leur côté. Ces six personnes sont d’âge différent, de mode de vie différent. Les victimes sont un homme et deux femmes. Le traitement juridique n’est pas le même, du moins dans les deux cas où un verdict a été rendu. En apparence, ce sont donc des situations très différentes.

138 victimes (de trop) par an

Il y a pourtant un point commun d’importance : il s’agit, à chaque fois d’un couple, d’un homme et d’une femme qui, à un moment donné se sont choisis, librement et sans contrainte, qui se sont certainement aimés, qui ont partagé de bons moments, qui ont entrepris ensemble, qui ont vécu des échanges sexuels. Leur relation a duré un certain temps, un peu plus d’un an, ou 47 ans. Tous les protagonistes sont adultes, en pleine possession de leurs moyens au moment du passage à l’acte. Aucun des meurtriers n’avait commis de meurtre auparavant. Tous sont donc des personnes « normales ». Et pourtant trois d’entre elles ont commis des actes hors norme, et extrêmement rares relativement au nombre de couples, 138 l’an dernier sur plus de seize millions, soit 0,00078%. En absolu, c’est bien sûr 138 victimes de trop.

On ne badine pas…

Qu’est-ce qui peut amener des personnes qui se sont aimées à entrer dans une telle violence mortelle ? Comment et pourquoi passe-t-on du sentiment le plus positif, le plus fort que des humains puissent éprouver, au plus destructeur, la violence mortelle ? La richesse de la littérature sur le sujet montre que c’est sans doute une des grandes questions de l’humanité. On n’a pas pour le moment de réponse précise, mais on peut toutefois envisager une piste. L’amour, et plus encore lorsqu’il est lié à la sexualité, libère une immense énergie psychique. C’est pour cela qu’il procure beaucoup de plaisir. Mais cette énergie peut à un moment se renverser et devenir destructrice, pour l’un, pour l’autre, ou pour les deux. Les amants ne le savent pas forcément et peuvent s’imaginer qu’il suffit d’être amoureux pour que tout aille bien entre eux. Or ce n’est pas vrai. La relation duelle entre les conjoints ne se limite pas à l’amour, elle intègre beaucoup d’autres facteurs, liés à la personnalité des conjoints et à des influences extérieures.

De l’amour à la haine

Lorsque quelque chose se met à dérailler, les sentiments peuvent s’inverser et ce qui était amour devient haine intense pouvant aller à l’extrême. Heureusement, pour 99,99932% des couples, l’issue n’est pas fatale. Il y a de nombreuses manières d’éviter de tels excès et même de résoudre les inévitables crises qui guettent les relations conjugales, d’autant plus qu’elles sont intenses. Pour cela, on peut avoir recours à des professionnels. La résolution de la crise peut déboucher sur un nouveau départ, ou sur la fin du couple. J’ai développé cet aspect de l’intervention psychologique dans un livre au nom explicite, « Couples » publié récemment aux Editions du Net. D’autres auteurs se sont aussi exprimés sur ce sujet.

Gentilles contre méchants

De nombreux commentaires ont analysé les trois meurtres pré-cités comme des exemples des violences faites par les hommes aux femmes, dans les deux derniers cas, de la réaction de défense à cette violence dans le premier. C’est sans doute l’influence du néo-féminisme que Florence Rault qualifie à juste titre d’idéologie. Une telle analyse suppose que les hommes et des femmes sont des groupes distincts qui s’opposent de groupe à groupe, dans un rapport de guerre. Ceux qui tiennent se discours se placent nettement dans un des camps, celui des bons, les femmes, contre les méchants, les hommes. Dans une guerre, lorsqu’un combattant de l’adversaire tue un membre de son clan, il s’agit d’un meurtre ignoble méritant vengeance ; si c’est un combattant ami qui tue un adversaire, ce n’est que justice et l’auteur est un héros. Peu importe, dans les deux cas, qui est la personne tuée et le tueur. L’un est bon parce que qu’il est du bon clan, l’autre mauvais parce qu’appartenant au clan d’en face. Et les deux combattant n’ont vis-à-vis l’un de l’autre, aucun rapport autre que l’adversité, ils sont les pions impersonnels d’une armée.

Normalité vs pathologie

Il n’y a rien de tel dans les rapports entre femmes et hommes, surtout dans les rapports intimes. Ce sont, en premier lieu, des rapports entre personnes, fondées sur l’attirance réciproque, amoureuse, sexuelle, le projet de vivre, à deux, des expériences heureuses, épanouissantes. Le fait qu’il y ait des conflits, des dérapages, de la violence, procède de la très grande complexité de la relation amoureuse. Que ces dérapages conduisent à des meurtres relève de la pathologie des certaines personnes ou de certaines relations conjugales. Oui, dans 4 cas sur 5, la victime est une femme et le meurtrier un homme, parce que les hommes sont plus violents et contrôlent moins bien leur violence. Mais ces tragiques épisodes ne sont absolument pas le signe d’une quelconque guerre des sexes, ni de la volonté des hommes d’exercer collectivement un pouvoir de domination sur les femmes. Une telle guerre n’existe que dans l’esprit des idéologues. Leur propagande nous empêche de réfléchir sérieusement sur la complexité de la relation amoureuse, une des plus belles expériences que l’être humain puise vivre.

Discours de Macron aux Évêques de France: la courte échelle aux islamistes


En faisant l’éloge de la spiritualité et en encourageant les chrétiens à s’investir en politique, le président fait un cadeau à l’islamisme.


Le moins qu’on puisse dire est que ceux qui attendaient depuis des mois le fameux « grand discours sur la laïcité » tant promis par le chef de l’Etat ont dû en être pour leurs frais hier soir. Celui-ci, invité par la Conférence des Évêques de France au collège des Bernardins, a livré un discours particulièrement désarçonnant, mais aussi de haute tenue et dont les polémiques engendrées par quelques phrases-clés ne rendent qu’imparfaitement compte.

Un libéral chrétien

Dans un verbe à la fois fort et subtil – auprès duquel le discours de Sarkozy à Latran fait figure de manifeste laïque-, fortement empreint des grandes figures du personnalisme et de l’humanisme modernes, convoquant Emmanuel Mounier, Simone Weil, Paul Ricoeur et quantité d’écrivains chrétiens, le président a dressé une sorte d’état des rapports actuels et à venir entre l’Eglise catholique et le pays. Le chef de l’Etat est revenu, avec justesse, sur l’engagement concret de nombreux catholiques dans la vie de la cité, à travers de nombreuses actions caritatives, humanitaires, sociales, spirituelles, dans les secteurs hospitaliers, carcéraux, mais aussi, d’une façon plus générale, sur la très grande adaptabilité réelle du monde catholique aux situations concrètes auxquelles il est confronté, indépendamment de l’intolérance de certains dogmes : ainsi Emmanuel Macron a-t-il tout à fait à juste titre évoqué le soutien concret apporté par de très nombreux catholiques à des personnes dont la situation familiale ou sociale ne correspond pourtant a priori pas à l’idéologie de l’Eglise (homosexualité, homoparentalité, familles recomposées, etc).

Sur le plan politique, la ligne présidentielle tracée dans ce discours est plus astucieuse qu’elle n’en a l’air, cherchant à dessiner une voie pragmatique entre la liberté et le respect de la dignité : en plein contexte de contestation sociale, il faut comprendre qu’on chercherait là un chemin entre le libéralisme qui préside idéologiquement aux dogmes bruxellois et le respect (et donc la protection) des individus en tant que personnes (le même discours prononcé au Crif aurait tout aussi bien convoqué Lévinas au lieu de Mounier, il se serait toujours agi d’un Emmanuel…), même si l’on peut se demander ce que penserait la grande Simone Weil de la mise en concurrence des services publics, elle qui adhéra à l’anarcho-syndicalisme et s’établit à l’usine… Enfin, la plupart des hommes politiques chrétiens qui sont invoqués (Delors, Schuman,…) sont naturellement de bons apôtres de cette Union européenne qui constitue le credo principal d’Emmanuel Macron et dont découle la totalité de son action politique.

Un cadeau aux barbus?

Là où les choses se compliquent, c’est lorsque le chef de l’Etat prononce deux phrases qui, dans un contexte de très grande menace sur la laïcité, font figure de bombes : les rapports entre l’Eglise et l’Etat auraient été « abîmés » (sic) et il conviendrait de les « réparer », et, par ailleurs, les catholiques sont invités à s’engager davantage « politiquement », en tant que catholiques.

Dans un contexte paisible, où le pays ne subirait pas les assauts répétés et meurtriers de l’islam radical à visée précisément politique, ces phrases de réconciliation, n’en déplaise aux bouffe-curés old school, seraient plutôt de bon sens. Le président revient d’ailleurs à juste titre sur les racines chrétiennes de la France, ce qui relève de l’évidence historique. Le problème ne vient pas de là.

Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions.

 La spiritualité dans l’engagement

Pareillement, Emmanuel Macron évoque l’importance de la spiritualité dans l’engagement concret de chacun, à travers la notion intéressante d’ « effectivité ». Là encore, on ne peut que lui donner raison sur le fond, et on a bien vu à travers la figure du colonel Beltrame combien l’engagement républicain et une foi profonde pouvaient être indéfectiblement liés et précisément effectifs. Mais les défenseurs de la laïcité, hormis quelques pachydermes réincarnés des radicaux-socialistes d’autrefois, ne contestent pas l’importance de la vie spirituelle pour chacun dans le cadre de ses pratiques privées, ni la manière intime dont chacun peut déployer sa foi dans son action publique. Les agnostiques, voire les athées ont une vie spirituelle et réfléchissent à la transcendance ou au sens de la vie, à leur manière, et, même dans l’hypothèse d’une vie totalement privée de transcendance, un solide sens de l’humanité et du respect d’autrui pourra servir de guide spirituel pour mener une vie d’honnête homme. Le problème n’est donc pas là mais réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé.

La laïcité, rempart des chrétiens

Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique.

Macron, un président philosophe

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Colombie: les FARC pourraient tromper leur monde

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Pour leur première participation à des élections en Colombie, les FARC, désormais parti politique, ont enregistré un score ridicule : 0.21% des voix aux législatives et 0.34% aux sénatoriales. Le 11 mars dernier, sur 18 millions de votants, 100 000 à peine ont daigné confier leur suffrage aux FARC. Un échec cuisant après soixante ans de maquis dans des conditions sanitaires effroyables. Une humiliation pour une force politique qui, il y à peine cinq ans, contrôlait un bon tiers du pays. Mais au lendemain du scrutin, il était difficile de trouver un représentant des FARC pour se plaindre ou crier à l’injustice. «Certaines défaites ne sont pas déshonorantes, et celle-ci en fait partie », Lisandro Duque, cinéaste et candidat malheureux au poste de sénateur, ne risque pas le coup de blues post-campagne électorale.

Qui perd gagne la respectabilité

Et si cette défaite était tout sauf un revers ?  Et s’il s’agissait d’un résultat attendu voire prémédité, rien qu’une étape dans une stratégie qui promet d’emmener ceux qui savent attendre leur heure jusqu’aux portes du pouvoir suprême ? Telle est la conviction d’une partie de l’establishment militaire colombien (et de l’administration Trump selon les bruits de couloir entendus dans les milieux autorisés à Bogota). L’aile conservatrice de l’armée n’a jamais cru un seul instant aux accords de paix signés à La Havane en juin 2016 entre les FARC et le président Juan Manuel Santos.  Le peuple colombien non plus, à en croire les résultats du référendum organisé en octobre de la même année et censé ratifier l’accord pour de bon.

Le « J’accuse » de l’armée

Retiré du service actif, le colonel Luis Villamarin, un ancien des forces spéciales, ne mâche pas ses mots et accuse ouvertement Santos et les « vieilles élites » qui le soutiennent d’être tombées dans le piège tendu par les FARC. Pressé d’obtenir le Prix Nobel de la Paix, le président sortant aurait bâclé une négociation où son gouvernement avait toutes les cartes en main, ayant engrangé une série de victoires décisives sur le plan militaire. Au lieu de pousser son avantage, Santos, mû par une « vanité sans limites » et « incapable d’écouter un avis contraire » entérine le passage des FARC du statut de guérilla narcoterroriste à celui d’acteur politique légitime. Par un coup de baguette magique, elles deviennent, elles aussi, une victime de la guerre. Elles exigent donc des droits qui découlent d’une violence de masse causée par les « injustices historiques » que l’Etat colombien n’a jamais su résorber. Exit les prises d’otage, exit les tortures et les captivités inhumaines dans la jungle, exit attentats et autres mines antipersonnel plantées à travers champs et prairies. Les FARC ont lavé leurs pêchés sans avoir eu à faire amende honorable.

Une structure clandestine intacte

Devenu un parti politique comme un autre, les FARC donnent l’illusion, toujours selon Villamarin, de vouloir jouer le jeu de la démocratie parlementaire. Or, le visage aimable offert par les leaders communistes, tout juste sortis de clandestinité, n’est que la pointe émergée de l’iceberg. La structure clandestine est restée intacte : milices de paysans, caches d’armes et de devises, réseaux d’informateurs, adolescents-soldats prêts à se battre. Le tout financé par le trafic de cocaïne qui ne s’est jamais arrêté, il serait conduit par des dissidentes , des renégats dont les FARC se lavent les mains et qui refusent de déposer les armes.  La démobilisation ne serait donc que méprise et mensonge selon Villamarin et une bonne partie de la droite colombienne qui a emporté haut la main les élections du mois de mars.

Entrisme tous azimuts

Alors que le monde entier et la société colombienne considèrent la paix comme un état désirable, les FARC y trouvent un espace pour manœuvrer et poursuivre la guerre sous d’autres formes. En tant que « victimes du conflit », les ex-guérilleros sont autorisés à parler le langage du vivre-ensemble et des droits de l’homme. Indigènes, paysans sans terre, communautés noires isolées de la côte pacifique, LGBT, autant de segments de la population que les FARC prétendent encadrer. Pour ce faire, ils feront usage de séduction mais aussi d’intimidation à travers milices et hommes de main. En navigant dans les eaux calmes des causes sociales et sociétales, les communistes révolutionnaires peuvent s’infiltrer n’importe où, même au cœur des grandes villes où l’action conjointe de l’armée et de la police les avait chassés. Et à partir des centres urbains, ils peuvent prendre pied dans les institutions.  Corps diplomatique, syndicats, écoles, médias de masse. A terme et si le grand dessein est suivi avec la discipline qu’il exige, les FARC auront leur chance de porter le coup fatal. Le jour venu, elles tomberont le masque pour mettre le pays devant le fait accompli. Il sera alors trop tard pour réagir car les institutions manqueront de souffle et de volonté de se battre. Comme une proie qui s’est laissée surprendre et envelopper par l’anaconda, elle n’aura d’autre choix que d’accepter naturellement une alternance nommée FARC.

Les plantations de coca en pullulent

Est-ce un pur délire de militaires et de politiciens de droite imbibés d’anticommunisme ? ou bien un signe de clairvoyance que les élites colombiennes feraient bien de saisir en plein vol tant qu’il est encore temps ? Une chose est sûre : depuis la signature des accords, la surface plantée en coca a explosé, provoquant une grande inquiétude à Washington ; ce qui donne une idée des liquidités que les FARC, au cœur du trafic, continuent à capter.

Interrogé en marge de ce sujet, le chercheur et géopoliticien colombien Ricardo Velez Rodriguez, estime que l’accord de paix sera inévitablement revu dans le futur et ce dans un sens moins favorable aux insurgés. Il dénonce aussi le fait d’avoir négocié la paix sous la houlette des Cubains et non en territoire neutre. Il donne toutefois une chance au processus de réconciliation estimant qu’il faut bien discuter avec les ennemis d’hier.

La paix se construit sur la confiance. L’armée qui a vaincu une insurrection exceptionnellement féroce et riche aura-t-elle envie de laisser faire un processus qui, au bout du tunnel, réduira ses budgets et offrira aux guérilleros une nouvelle virginité ? Il y a fort à parier que l’aigle continuera à garder un œil sur l’anaconda.

Un printemps casqué

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Et ce qui devait arriver arriva. Quand un ancien banquier réunit 18% des inscrits au premier tour, fait mine de prendre les 66% de bulletins en sa faveur au second contre le repoussoir Marine Le Pen pour une adhésion à son projet de mise aux normes néolibérales de l’exception française, on se retrouve avec une France au bord de la crise de nerfs.

2500 CRS pour une ZAD

Lundi 9 avril, confronté à un mouvement social qui se durcit, le pouvoir a fait donner la troupe. Dans la même journée, il y a d’abord eu 2500 CRS qui sont intervenus sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Quand bien même au mois d’avril, la loi permet les expulsions,  comme si ça ne pouvait pas attendre dans un contexte de tension sociale,  on a détruit des lieux de vie, et refusant la distinction entre les simples squatters, les paysans historiques et les néo-ruraux porteurs de projet alternatifs et au deuxième jours les premiers blessés, chez la police et les zadistes ont fait leur apparition. Les affrontements assez logiquement se durcissent de part et d’autre, hélicoptère et blindé de la gendarmerie visés d’un côtés, premiers blessés graves de l’autre.

C’est d’ailleurs étonnant de la part du macronisme qui n’a cessé de vanter les mérites de l’expérimentation dans tous les domaines devant des élus locaux à la fin de l’année que de nier qu’une partie non négligeable des zadistes tentent d’inventer une autre façon de vivre sur un territoire. Imaginez un peu le désastre si cela, comme cela a été le cas il y a quelques décennies au Larzac, la chose réussissait. Quoi, des auto-entrepreneurs qui en plus prendraient le temps de réfléchir à la façon d’entreprendre ?

Le macronisme, ce bonapartiste autoritaire

C’est juste inacceptable pour un gouvernement dans lequel les technocrates non-élus Buzyn, Blanquer, Borne, Pénicaud œuvrent dans des domaines aussi peu importants que la santé, l’éducation, les transports et le travail et n’auront jamais à redescendre dans une circonscription pour voir, si par hasard, le jour du marché, les électeurs ne seraient pas légèrement agacés qu’on les fasse changer de type de société sans trop leur demander leur avis. Mais qu’ils se rassurent, les électeurs, ils ne sont pas beaucoup plus respectés que les élus, ces dinosaures clientélistes issus du vieux monde. Gérard Larcher, président du Sénat, l’a appris à ses dépens quand il a tenté de nuancer, seulement nuancer, le projet de réforme constitutionnelle qui accentue la présidentialisation du régime, parfaite illustration du double langage constant du macronisme qui se veut girondin dans les mots et relève du bonapartisme autoritaire dans les faits. Même Bayrou, l’allié, doit manger son chapeau devant l’injection homéopathique de la proportionnelle qui sert de cache-sexe à une marginalisation accrue du rôle du Parlement.

Nanterre évacuée

Comme si ça ne suffisait pas, c’est aussi la fac de Nanterre qui ce même lundi 9 avril, a été investie par les CRS. On a eu le droit à quelques photos d’étudiants menottés du meilleur effet. Ceux-là ont sans doute été punis à cause de leur orthographe défaillante. Même en étant partisan acharné de la pédagogie à l’ancienne, on peut trouver tout de même un peu rugueux de répondre à des fautes d’accord par des coups de matraque.

Et encore, on a eu de la chance, de les entrevoir ces photos. Le pouvoir semble aimer moyennement la presse quand elle n’est pas tout à fait aux ordres. Elle s’est retrouvée interdite à Notre-Dame-des-Landes comme elle est désormais interdite de salle de presse dans l’enceinte de l’Elysée. Et quand la ministre des Transports daigne répondre sur la réforme de la SNCF à un organe aussi bolchévique que Les Echos, à la mi-mars, l’entretien a tellement été relu et amendé que le quotidien a préféré ne pas le passer, estimant qu’il n’avait pas à être le simple relais d’un communiqué officiel.

La grogne En marche

Apparemment, cette méthode trouve ses limites. Les deux démonstrations de forces de lundi, dont on peut penser qu’elles étaient plus à l’usage des grévistes de la SNCF que pour la défense de l’état de droit, n’ont pas vraiment portées leurs fruits. La grève, dite perlée, après les dernières AG de grévistes vient de se transformer en grève reconductible à la Gare du Nord qui est tout de même la plus grande d’Europe. Et, ô surprise, un député LREM de Loire-Atlantique, Matthieu Orphelin, s’est rappelé qu’il n’était pas simplement un godillot et a osé exprimé ses réserves sur l’opération de Notre Dames des Landes : « Je suivrai avec inquiétude l’opération qui vient de commencer. J’espère qu’elle sera centrée sur sa réelle raison d’être : finaliser la remise en service de la route RD281 et démonter les quelques lieux de vie qui bordent cette route, pour que tous les habitants de la zone puissent circuler comme avant. Une opération plus vaste ne réglerait rien d’autre. »

On ne le lui fait pas dire et on espère pour lui qu’il ne sera pas foudroyé par Jupiter.

Peggy Sastre: « La peur du loup asservit les femmes »


Docteur en philosophie des sciences, Peggy Sastre se situe à contre-courant de la doxa féministe. Quand les chiennes de garde imputent les inégalités entre les sexes à la méchanceté des hommes, Sastre les explique par des prédispositions biologiques. Sans pour autant les justifier. Entretien (2/2)


Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Causeur. Les féministes vous rétorqueront que nous ne sommes plus dans la savane et que ce rappel des origines ne vise qu’à valider les stéréotypes sociaux qui poussent les petites filles vers les poupées quand les petits garçons préfèrent les G.I. Joe ?

Peggy Sastre. Tout un discours féministe, et plus largement progressiste, de déconstruction des stéréotypes de genre prétend qu’ils sont faux parce que socialement construits. Or, les stéréotypes, engendrés par des structures et des processus biologiques, reposent sur un fond de vérité ! De nombreux chercheurs travaillent sur la véracité des stéréotypes, à l’instar de Lee Jussim qui démonte de surcroît leur caractère prédictif. L’idée féministe selon laquelle une petite fille jouant à la Barbie deviendra une connasse battue par son mari n’a aucun fondement. Il est probable que même sans contrainte sociale ou parentale, elle se portera plutôt vers la poupée que sur le fusil et le camion de pompiers. Pour autant, il ne s’agit pas de s’enfermer dans les stéréotypes. Ce sont des hypothèses probabilistes qui n’obligent nullement les individus à se reconnaître en eux. Beaucoup de femmes ne s’intéressent pas aux vêtements et il serait malvenu de les y contraindre. Mais quand hommes et femmes ont toute liberté de choix et d’action, ils semblent confirmer ces stéréotypes. C’est ce qu’on appelle le paradoxe norvégien : c’est dans les pays les plus libres au niveau de l’égalité sociale entre les sexes que le fossé comportemental entre hommes et femmes est le plus important.

Dans ce cas, pourquoi n’acceptez-vous pas complètement la séparation des tâches entre les sexes ?

Parce que cela contraint la variabilité individuelle et aussi tout simplement parce que notre environnement a changé. Le partage des tâches entre deux pôles bien définis était adapté à des sociétés archaïques où l’on mourait à 30 ans. Or, depuis quelques siècles, avec les progrès de la science, notre environnement a énormément changé. Logiquement, les femmes ont de moins en moins besoin de protection et de dépendance par rapport à un homme. Tous les comportements qui découlaient de cette dépendance perdent donc en pertinence.

Vous semblez nuancer votre système de pensée. De notre vieux passé génétique, fera-t-on bientôt table rase ?

N’allons pas plus vite que la musique. Même si l’individu contemporain s’émancipe des grandes structures collectives que sont les religions ou la famille, même si notre liberté individuelle s’épanouit à mesure que notre environnement permet l’individualisme, les processus biologiques traditionnels restent prégnants, voire moteurs. Par exemple, dans les cas de violence conjugale, le différentiel économique entre la femme et l’homme est encore l’un des facteurs les plus prédictifs. Quand une femme dépend économiquement de son mec, elle court plus de risques de se faire frapper.

La violence serait-elle consubstantielle au mâle ?

Dans des environnements ancestraux, évidemment. Mais à notre époque où les femmes accèdent de plus en plus aux postes de pouvoir, elles adoptent des comportements violents similaires à ceux des hommes. Autrefois, un environnement moins favorable aux carrières féminines les incitait à développer des stratégies de compétition larvées comme la diffusion de ragots pour éviter les risques de représailles. Désormais, elles se battent bien plus ouvertement.

Pourtant, le cliché veut que les femmes soient plus empathiques et bienveillantes que les hommes dans la vie professionnelle ou en politique…

C’est une idée assez fausse. Quand des femmes arrivent au pouvoir, on observe plutôt le syndrome reine des abeilles : elles veulent exclure d’autres femmes, si nécessaire violemment.

En réalité, nombre de féministes, sous prétexte de traquer les comportements genrés, veulent en finir avec la différence des sexes. L’évolution pourrait-elle leur faire ce cadeau et mettre fin à un partage biologique des rôles devenu inutile dans notre environnement ?

Avec l’évolution, par principe, tout est possible. Mais si c’était le cas, on verrait les femmes devenir des hommes comme les autres, pas l’inverse.

Dans ces conditions, aura-t-on dans un siècle une population carcérale plus égalitaire ?

La population carcérale féminine augmente déjà depuis cinquante ans. Récemment, le phénomène des femmes djihadistes a été très mal compris. Dans un premier temps, on a pensé qu’elles agissaient sous l’autorité ou la contrainte de leur mari. Cela rappelle l’argument fallacieux utilisé par la République contre le droit de vote des femmes : « Elles vont voter comme leur mari ! » En fait, les femmes de l’État islamique portent souvent la culotte et les hommes sont bien davantage leurs pions que l’inverse.

À propos de chipies, vous citez fréquemment Valérie Trierweiler et à son sujet, vous accusez un certain féminisme victimaire de fragiliser les femmes en les poussant à choisir le mauvais conjoint. Pourquoi ?

Je reprends une hypothèse scientifique dite « hypothèse du garde du corps » selon laquelle les femmes ont tendance à se choisir un conjoint fort, puissant et dominateur parce que, du point de vue de l’évolution, mieux vaut avoir un partenaire capable de vous protéger des attaques extérieures. Mais c’est à double tranchant, car une femme assassinée a 50% de chances d’avoir été tuée par son propre conjoint. Bref, un partenaire fort pourra retourner sa violence contre vous-même.

Les féministes incitent plutôt à choisir un conjoint faible, compréhensif, voire… féministe !

Eh bien, l’inconscient des femmes leur dit autre chose. Beaucoup de femmes me disent : « Ah, moi je ne pourrais pas me mettre en couple avec une chiffe molle ! » Il y a quelques années, alors que la mode était soi-disant aux métrosexuels, la majorité des femmes que je connaissais rejetait l’idée même d’un mec qui se maquillerait. C’était une réaction très instinctive. On peut rationaliser ce rejet : l’homme qui met du mascara est perçu comme faible.

Le plus amusant, c’est que des féministes farouches peuvent tenir ce genre de discours en privé. Au fond, quel projet de vie défend le néoféminisme ?

Le néoféminisme me fait penser aux processus d’inertie qu’observe Robert Muchembled dans son Histoire de la violence. Quand la violence baisse, nous aurions du mal à nous y habituer et nous chercherions à compenser par des formes symboliques et cathartiques. C’est ce qui s’est passé en Occident. Malgré les crises, nos sociétés sont en effet de plus en plus pacifiées et prospères. Les femmes ont beau ne plus avoir grand-chose à conquérir, une espèce d’inconscient archaïque nous dit que la vie est terrible, que des jeunes filles se font tuer à chaque coin de rue, etc. C’est une manière de chercher des raisons d’être mal. De jouer en quelque sorte à se faire peur.

Mais lorsque certaines féministes s’indignent en disant que l’insulte est une violence et que le mot « chienne » mord, elles se fourrent le doigt dans l’œil. Au niveau de l’avancée civilisationnelle, mieux vaut traiter quelqu’un de « gros connard » que de lui planter un couteau dans le bide.

Avons-nous atteint le sommet du progrès en termes d’égalité hommes/femmes ?

Du point de vue que je défends, l’égalité en droit, les femmes ont globalement gagné en France : il n’y a aucune différence de droit entre les individus, quel que soit leur sexe.

En conséquence, faut-il abandonner le mot féminisme ?

À voir comment il ne cesse de dégoûter des gens qui pourtant l’appliquent, peut-être qu’il n’est effectivement plus adapté. Est-ce qu’il ne faudrait surtout pas mieux le définir et, pour cela, sans doute revenir à sa définition très classique – le féminisme est l’idéologie favorisant et valorisant l’égalité en droits des hommes et des femmes ? Une égalité qui n’est pas synonyme d’identité et d’indifférenciation.

Une autre tendance actuelle du néoféminisme consiste à transformer le viol – un crime odieux – en sorte de crime ultime. Cette souffrance des souffrances déclencherait un traumatisme imprescriptible dont une femme normale ne devrait jamais se remettre. 

C’est vrai. Violée à 13 ans par Roman Polanski, Samantha Geimer, qui a signé notre tribune puis publié un second texte dans Le Monde, a très bien décortiqué cette injonction à la souffrance. Effectivement, le viol est aujourd’hui le seul crime dont on attend de la victime qu’elle ne s’en sorte jamais. L’idée sous-jacente est qu’une agression contre le sexe des femmes constitue une atteinte exceptionnelle. Pour ma part, si je réprouve évidemment les viols, je considère que leurs victimes peuvent garder la force de dire : « En fin de compte, ça ne m’a rien fait. » Certains violeurs psychopathes n’expriment pas seulement un désir sexuel, mais aussi un désir de destruction et de domination totale sur leur victime. Leur faire ce genre de pied-de-nez est une façon de reprendre la main.

Cette forme nouvelle de sacralisation du corps féminin paraît incohérente quand on soutient la FIV, la PMA et la GPA.

Sans doute, alors qu’on peut acheter un enfant à l’étranger par GPA, prétendre en même temps que mettre une main sur le genou est le dernier des affronts est peu cohérent. Mais je crains que la cohérence, voire la plus évidente des logiques, soit le cadet des soucis de bien des féministes contemporaines.

Vous êtes en revanche fort conséquente. Libérale intégrale, vous soutenez la GPA et même le projet d’un utérus artificiel tant vous semblez rejeter les fonctions biologiques de la femme. Pourquoi nourrissez-vous tant de haine envers votre utérus ?

À tout prendre, ce n’est pas tant de la haine que de la rancœur que j’éprouve, mais je n’impose pas mon ressenti personnel. Certes, quand j’étais enceinte, j’avais l’impression atroce d’avoir été trahie par mon corps, d’avoir un alien en moi. Inversement, d’autres femmes n’ont jamais été aussi heureuses que pendant leur grossesse. Grand bien leur fasse ! Partisane de la liberté, je n’entends imposer aucun choix. Je cherche simplement à élargir le champ des possibles. À l’avenir, la gestation artificielle pourrait éviter aux femmes qui le souhaitent de devoir porter leur enfant.

Vous allez un peu plus loin que la liberté de choix en écrivant : « Le mariage est un cercueil dont les enfants sont les clous » !

C’est le titre-blague d’un de mes chapitres. J’y montre que les enfants sont l’un des premiers facteurs de dissolution du couple parce que leur irruption correspond au moment où la différence comportementale entre hommes et femmes se creuse. Naissent alors très souvent des conflits que les couples sans enfants ne connaissent pas. Et ceux qui n’arrivent pas à résoudre ces conflits se séparent ou divorcent.

Pour ne pas désespérer nos lectrices, pouvez-vous nous affirmer que la passion amoureuse et ses dévastations ne vont pas disparaître ?

Je ne crois pas à la disparition de l’amour, mais il n’est pas impossible que ses formes les plus toxiques s’atténuent. À l’avenir, on pourra sûrement guérir d’un chagrin d’amour en ingérant des médicaments adaptés.

Comment l'amour empoisonne les femmes

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Higelin, la vie en rose théâtral


Jacques Higelin avait raflé tous les suffrages dans les années 70 et 80 avec sa musique aux pétulances théâtrales, sa variété rock exubérante, voire emphatique. Parfois, rien ne distinguait ses chansons de celles d’un Gérard Blanchard, d’un Jean Guidoni, ou encore d’un Capdevielle. Hommage au disparu.


Il se revendiquait de Trenet – auquel il a consacré un album live de reprises, Higelin enchante Trenet – et de Vian. En bon mitterrandien, il voyait la vie en rose, même perdu dans le désert socialiste : « J’ai une solide dose intérieure de plaisir de vivre. Histoire de sauter de joie en pleine rue, de siffloter des airs pas possibles à mes robinets. C’est ancré dans ma peau. J’ai envie de faire face à la déprime. J’aime vivre. Il faut refuser la morosité, l’angoisse ambiante. Et nourrir, diffuser tes richesses naturelles », disait-il dans les pages de Libération au début des années 80. Dans la même interview, il confessait que la musique l’avait sauvé du désespoir : « Elle a fait sortir mes monstres. » Pas faux, rétorqueront les allergiques à ses démons musicaux.

Gouailleur, cabotin, grandiloquent, il l’était aussi sur les plateaux télé, parfois jusqu’au grotesque. Lalanne et Cali n’ont rien à lui envier de ce côté-là. Mais heureusement pour lui, Higelin avait ce truc en plus : le sens de la mélodie populaire qui fait mouche, tombée du ciel donc, et l’inflexible propension à serpenter sur la gamme des sentiments, avec une gracilité constante, en funambule de la vie. Bien perché quand même.

En cinquante ans de carrière, le chanteur – auteur et compositeur – a chevauché tous les styles musicaux pour étoffer son théâtre baroque, sa machine à frapper les mots.

Le grand public l’a découvert en 1978 avec « Pars », son premier tube, une chanson d’amour autobiographique.

Cet enfant de mai 68 – il a fait du théâtre de rue en forme de happenings peu après les événements – s’était auparavant fait remarquer auprès des initiés par son association avec Brigitte Fontaine notamment (« Cet enfant que je t’avais fait », « Fleur de pavot », etc.). Cette période baba cool laissera place à un cycle rock, à partir de 1974. En effet, Higelin a découvert entre-temps les Rolling Stones et le groupe de Detroit MC5, influences qui permettront au musicien de trouver ses marques et son public, avec l’album BBH 75. Le disque résonnera chez Bashung, Couture, Lavilliers, Bill Deraime, Thiéfaine, Téléphone et bien d’autres.

D’ailleurs, Louis Bertignac ou encore Eric Serra ont fait leurs armes chez lui : le guitariste de Téléphone est crédité sur l’album Irradié (1975), Eric Serra sur le double (1985), à la basse et au « Drum computer progr.».

Précurseur d’un rock français urbain, en forme de manifeste social, de tranches de vie (énervées) du morne quotidien – préfigurant ainsi le mouvement punk -, BBH 75 s’est vu attribuer la 5ème place du classement des « 100 Disques essentiels du rock français » établi par le mensuel Rolling Stone en 2010, juste derrière l’Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg.

A partir du single « Pars », Higelin squatte les ondes allègrement jusqu’au milieu des années 90 : « Champagne » (1979), « La Croisade des enfants » (1985) – dont l’empreinte sonore s’entendra chez Bachelet, « Tombé du ciel » (1988) – à la production bleu azur, « Poil dans la main » (1989) – poilante ode à la paresse, « Ce qui est dit doit être fait » (1991) – chant d’amour paternel pour célébrer en beauté l’arrivé de sa fille Izia, née l’année précédente, « Le Berceau de la vie » (1994) – profession de foi tournée vers l’amour de la vie digne et jolie.

Après cette faste et longue période de succès, discographique et scénique, Higelin se fera plus discret, produisant toujours des albums exigeants et malicieux, dont trois relèveront d’une collaboration avec l’ex-Kat Onoma Rodolphe Burger.

En 2016, le septuagénaire (75 ans) sortait un ultime enregistrement studio, Higelin 75, titre renvoyant aussi au disque qui l’avait révélé, comme pour boucler la boucle de son numéro de voltige, avant le baisser du rideau.

Précurseur sur le terrain musical français, l’artiste à la voix éraillée pouvait également se montrer visionnaire, pointant il y a près de quarante ans les travers d’une société devenus règle aujourd’hui : « Tout le monde se confesse actuellement : on se vide comme des sacs chez les autres au lieu d’assumer un minimum. Comme s’il n’y avait pas d’autres moyens de se soigner ! (…) Regarde tous ces canards dans les kiosques, des kilos de paperasse où chacun raconte, explique, déblatère sur sa vie, ses malheurs. Ras le bol que les journaux vivent par procuration ! » (Libé, 23/12/1980).

Jacques Higelin croyait au paradis païen (« Nous sommes qui nous sommes / Un dragon, une lionne / Enlacés nus, dans le jardin du paradis païen »). Espérons que le dragon ait trouvé son dieu Pan, dans son nouveau jardin extraordinaire.

Pôle Emploi: chômeurs en grande difficulté, passez votre tour

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pole emploi chomage migrants

Pôle Emploi est une institution au carrefour des politiques publiques. On peut considérer l’ex-ANPE comme l’outil politique par excellence, à la fois thermomètre social et agence au rôle théoriquement crucial pour résorber le chômage. Au-delà des clichés, deux conseillers Pôle emploi employés dans le centre de la France racontent à Causeur leur expérience au sein de cette institution dont le fonctionnement reste assez méconnu des Français. Si leurs prénoms ont été changés, leur expérience est  authentique.


Alice vient d’achever son CDD d’un an au sein de Pôle emploi sans chercher à y prolonger son expérience. Première surprise, le grand dévouement des employés de l’agence, compétents, disponibles et capables d’abattre une énorme quantité de travail. Mais, hélas, l’agence dispose de marges de manœuvre limitées pour accomplir sa mission première : trouver des emplois. Plutôt que de se consacrer pleinement à cette tâche, l’institution évalue la satisfaction des demandeurs d’emploi par des enquêtes régulières. Objectif : adapter ses services aux souhaits des usagers, quitte à ne pas faire de vagues. Un chercheur d’emploi peut ainsi annuler deux fois un rendez-vous avec un conseiller sans la moindre justification, obtenir l’adresse mail de son conseiller-référent pour communiquer directement avec lui, utiliser les bornes informatiques, commettre des incivilités, voire des violences, sans être inquiété…

Ubu au Pôle emploi

Comme dans les films de Ken Loach, certains demandeurs d’emploi souffrent en outre de handicaps que le Pôle appelle « freins périphériques » dans son jargon : addictions, problèmes de santé, difficultés de garde d’enfant. Absence de permis de conduire ou précarité compliquent aussi la vie. Si la santé du demandeur d’emploi devrait déterminer le traitement qui lui est réservé, les outils mis à la disposition des agents se révèlent inadaptés. Par exemple, un chômeur qui a effectué toute sa vie un travail physique sans tout à fait maîtriser le français écrit (ni l’outil informatique) peut se voir proposer un emploi administratif compatible avec son état de santé. Tout cela à cause d’une préconisation médicale qui ne tient pas compte de ses compétences. Inversement, quand une personne est considérée apte à se débrouiller seule, elle n’est pas aidée. Des services en ligne sont mis à la disposition des demandeurs autonomes.

Pathos et compassion

Pourtant, l’approche compassionnelle prime fréquemment dans le suivi des dossiers. Après inscription, chaque dossier reçoit un code suivant le type d’accompagnement dont bénéficie le chômeur. Les plus en difficulté qui déclarent vouloir travailler suivent le régime de l’accompagnement global. L’idée directrice est simple : se concentrer sur les cas difficiles auxquels un maximum de moyens est consacré. Cette inégalité de traitement est légitime en ce qu’elle obéit au principe  « Faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin ». Le hic, c’est que ce besoin n’est jamais clairement défini, d’où des interprétations diverses… En pratique, quand les demandeurs sont trop éloignés de l’emploi à pourvoir ou pas assez motivés par le projet professionnel en question, ils sont rangés dans des dossiers à part… afin de ne pas les convoquer.  Parfois, si quelqu’un n’exprime pas ses aspirations, il peut disparaître des radars pour longtemps, très longtemps…

Dans la catégorie des chômeurs mis à l’écart, on trouve aussi de nombreux allocataires qui cumulent des années d’inscription au Pôle emploi sans aucun résultat. Eux non plus ne sont pas beaucoup convoqués. Ajoutons tous ceux qui s’inscrivent pour conserver leur statut – comme les intérimaires – ou leurs prestations sociales. Le RSA ou l’ASS nécessitant de s’inscrire à l’agence, certains le font en indiquant ne pas chercher d’emploi. D’autres sont uniquement motivés par la rémunération qu’offrent les formations ou par la réduction du prix des transports.

Chômeurs ad vitam

Durant son CDD, Alice a rempli un triple rôle : agent d’accueil, animatrice et éducatrice. Responsable du dossier suivi » qui peut inclure jusqu’à 1000 personnes, toutes catégories d’inscription confondues, censé contenir des personnes autonomes et proches de l’emploi, Alice a pris en charge des chômeurs demandant théoriquement peu d’investissement humain. Mais en pratique, cette catégorie concerne aussi des personnes très éloignées de l’emploi, d’autres qui n’en cherchent pas du tout au grand dam des employés qui traitaient leurs dossiers. Parmi celles que géraient Alice, 500 personnes correspondaient à ce genre de profils, seuls 20% à 30% des personnes qu’elle suivait recherchant effectivement un emploi. C’est un sujet assez tabou que la coexistence entre des individus à la recherche d’un emploi, souvent en situation de grande souffrance, et d’autres qui utilisent le système à leur profit.

Fort d’une quinzaine d’années d’expérience au Pôle emploi, François s’est notamment occupé des chantiers d’insertion. Sa mission était de proposer à des personnes très éloignées de l’emploi d’intégrer un chantier d’insertion pendant au moins quatre mois, à raison de 26 heures par semaine. Ce dispositif permet de les remettre en situation de travail, tout en leur faisant bénéficier de l’accompagnement personnalisé que dispense un « encadrant ». L’objectif est double : d’une part permettre au chômeur de se retrouver en situation de travail (ce qui répond à son besoin de reconnaissance professionnelle et sociale), d’autre part l’aider à définir son projet professionnel pour trouver à terme un véritable emploi.

Depuis quelques années,  le public bénéficiaire de ce dispositif a énormément évolué. Il y a encore dix ans, il était principalement composé de personnes qui avaient du mal à trouver leur place dans le monde du travail à la suite d’un accident de la vie, de leur âge ou de leur état de santé. Aujourd’hui, ce dispositif est devenu un sas d’entrée dans la vie active en France pour des personnes nées en dehors de la métropole ou des migrants. Pire encore, il conforte certains chômeurs dans leur communautarisme et leur offre une rémunération. Concrètement, le chantier d’insertion sert essentiellement à apprendre  à lire et à écrire, une occasion pour les populations étrangères de découvrir notre conception du travail et notre mode de fonctionnement.

Priorité étrangère

On commence donc par des cours de français au cours d’un premier cycle de quelques semaines puis Pôle Emploi gère différents niveau d’apprentissage de la langue. C’est bien plus compliqué quand les demandeurs n’ont jamais été scolarisés dans leurs pays d’origine et sont donc analphabètes. Cas hélas relativement fréquent. Dans ces chantiers, les employés veillent à mélanger les populations, les générations et les sexes. De ce brassage doit naître une dynamique de groupe censée redonner confiance à chaque participant et l’arrimer au monde du travail. Le personnel encadrant des chantiers essaie aussi de lever les obstacles culturels à l’intégration et à l’embauche, notamment le refus de la mixité et de la hiérarchie. Mais ce n’est pas toujours possible sur une période aussi courte.

Il n’est pas rare que des personnes nées en France ne maîtrisent ni l’écriture ni la lecture, surtout en zone rurale. Pour ce type de profils, le chantier d’insertion serait l’unique voie de salut, ou presque car ces chômeurs n’intéressent guère les employeurs. Pourtant, ces chantiers où on apprend le français ne sont pas ouverts aux personnes nées en France ! Ces dernières doivent donc se tourner vers des associations.

Fractures territoriales

D’une manière générale, le nombre de personnes éloignées du monde du travail ne cesse d’augmenter. Ceux qui n’arrivent pas à retrouver un emploi subsistent grâce aux minimas sociaux qui prennent le relais de l’assurance chômage. Riche de sa longue expérience, François émet quelques remarques sur la manière d’aider les chômeurs. La formation n’est sans doute pas la solution idéale pour résorber le chômage faute d’emploi pour tout le monde. Est-il vraiment utile de former des chômeurs non-mobiles, sans permis de conduire ni moyen de locomotion ? In fine, cela ne fait qu’accroître leur frustration. La politique de financement des formations, notamment d’accès au permis B, laisse également songeur. Une formation peut être prise en charge sur un territoire et pas du tout sur un autre. Cela dépend des métiers « en tension » sur le secteur mais avant tout du budget local et de la politique de l’agence locale. Or, les aides sont de plus en plus territorialisées et individualisées. Ainsi, vous pouvez obtenir un financement individuel sur un territoire mais pas sur un autre. Pour les demandeurs d’emploi, cette situation est parfois difficilement compréhensible.

Par leurs témoignages, Alice  et François laissent entrevoir une culture d’entreprise extrêmement problématique. Il ne s’agit pas uniquement du modèle classique d’une direction centrale imposant une politique et des mesures parfois inapplicables l’échelon local par des employés motivés et compétents. Tout un système de non-dits, de jargon et de langue de bois forment un écran de fumée que les employés du Pôle emploi doivent habilement contourner. C’est une atmosphère quasi-soviétique car derrière la façade de l‘institution moderne, les agents doués d’empathie adaptent les règles aux cas souvent désespérés qui se présentent à eux. D’où une double pensée : d’un côté, la collecte de données plutôt rassurantes envoyées au sommet de l’institution pour attester de la bonne marche du Pôle, de l’autre d’innombrables stratégies de débrouille se déploient à la base. Imaginez des employés contraints de manipuler leur employeur pour accomplir leur tâche et vous aurez une idée de ce qu’est le Pôle emploi.

Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent!

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Eugénie Bastié- crédit photo Assouline Hannah

Libertaire et athée, Peggy Sastre n’avait a priori rien de commun avec l’antilibérale catholique Eugénie Bastié. La croisade #balance ton porc les a placées du même côte de la barricade.


La première fois que j’ai croisé Peggy Sastre, c’était à une émission de Frédéric Taddéï pour un plateau « spécial féminisme ». Elle a levé les yeux au ciel quand j’ai parlé d’IVG (sans enthousiasme excessif), mais j’ai souri intérieurement quand elle s’est moquée des chiffres farfelus des viols sur les campus américains. Enfin quelqu’un démontait à voix haute les statistiques bidonnées lancées en tapis de bombe dans les arènes médiatiques par les militantes féministes.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo : elle est libertaire, matérialiste et athée ; je suis conservatrice, antilibérale et catholique. Mais à une époque qui lynche par hashtag et où la raison a déserté le débat public, des solidarités inattendues se créent, fondées si ce n’est sur des arguments, du moins sur des agacements communs. Même si Caroline De Haas a fait les scouts de France, je préfère boire un coup avec Peggy.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo

Déjà parce qu’elle est drôle. Ce qui est le cas, bizarrement, de beaucoup de gens opposés au délire néoféministe. Ensuite parce qu’elle ne se pince pas le nez. Contrairement à Catherine Deneuve qui dans Libé a fait la dégoûtée parce que des « fachos » soutenaient sa pétition, Peggy est restée droit dans ses bottes, se gardant bien de cracher sur ses soutiens nauséabonds. Elle a du cran, et j’aime ça.

Plus profondément, je crois que le déchaînement du néoféminisme victimaire a permis une convergence inattendue entre libertaires et conservateurs, autour de l’articulation nature/culture. Les rationalistes darwiniens tenants de l’évolution savent que les instincts ne sont pas forcément des obstacles, mais aussi des guides inconscients de survie. Les conservateurs pensent eux que les traditions ne sont pas là pour rien, et qu’elles sont des solutions trouvées par des générations précédentes à un problème. Tous s’accordent à reconnaître l’existence d’une nature humaine, qu’elle soit purement biologique, ou mêlée de divin. Les Social Justice Warriors (activistes du Bien) pensent eux qu’on peut tout déconstruire, des centaines de milliers d’années d’évolution comme des milliers d’années de civilisation. Qu’il n’y a pas de nature, mais uniquement des « constructions sociales », à déconstruire pour retrouver un homme originellement bon. Face à ce rousseauisme, un front inédit rassemble ceux qui pensent que l’histoire (qu’elle soit évolutive ou traditionnelle) a encore un poids. Le bon sens intuitif du conservateur rejoint la démonstration scientifiquement prouvée.

Je dirais que notre divergence principale se situe sur ce que l’on fait de ce constat. Je crois que la culture sublime les instincts, Peggy Sastre pense que la technique permet de les dépasser. Ce qui lui permet de souhaiter l’avènement de l’utérus artificiel pour « libérer » enfin les femmes. Tenante d’une éthique minimale à la Ruwen Ogien, elle pense que la morale est une affaire privée, une béquille pour « esprits faibles », un sale truc à garder pour soi, pour qu’advienne enfin le règne pacifique de l’individu absolu dans le ciel immuable du droit. À la limite, si on peut bazarder en même temps le romantisme, les sentiments et l’amour qui enchaînent les femmes aux devoirs de l’espèce, c’est tant mieux. Le problème est que ce monde n’existe pas, et que la disparition d’un Bien commun au profit d’éthiques minimales aboutit au triomphe du relativisme et de l’exhibition victimaire. Ce monde même qui nous dégoûte toutes les deux.

Allez Peggy, cesse de faire ta demi-habile : rejoins-moi !

Comment l'amour empoisonne les femmes

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Adieu mademoiselle

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SNCF: avec les cheminots, pour le service public!

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sncf greves service public
TGV. Sipa. Numéro de reportage : 00846566_000060.

Tandis que nous célébrons avec plus ou moins d’enthousiasme le cinquantenaire de Mai 68, le pays entre de nouveau dans une période de convulsions printanière et sociale dont il a rituellement le secret.

L’heure du troisième tour social

Le peuple de gauche qui a largement contribué à porter Emmanuel Macron à l’Elysée  afin de « faire barrage », et/ou qui n’a pas digéré la défaite de son héros insoumis, trouve ici enfin le moment tant attendu et espéré du fameux « troisième  tour social », considérant à tort ou à raison qu’un président élu « par défaut » n’a pas reçu mandat pour détricoter avec méthode et empressement tout ce qui constitue l’ADN de la gauche qui l’a en partie fait roi.

Les mécontentements sont nombreux par-delà la frustration électorale, et s’expriment sur de nombreux fronts, qu’il s’agisse du sort de la SNCF, du mécontentement dans les milieux judiciaires, dans les Ehpad, en secteur hospitalier, dans la fonction publique d’une manière générale, etc. Dans tous les cas, il s’agit d’exprimer le rejet d’un néo-libéralisme porté de façon décomplexée par le président Macron (parfaitement conforme à son programme), appuyé par une partie de la droite libérale, soutenu par une Assemblée aux ordres et ardemment encouragé  en cela par une Union européenne sous influence allemande.

Le rejet du projet de réforme de la SNCF par les cheminots prend pourtant une tournure toute particulière dans ce paysage plutôt prévisible de contestations.

Erosion d’un fleuron

Qui n’a pas récemment pesté contre les insupportables retards de trains, contre les pannes d’anthologie, contre les tarifs parfois prohibitifs, et même contre les grèves, serait de mauvaise foi. Pour autant, il conviendrait toutefois  d’avoir un peu d’honnêteté et de ne pas imputer aux cheminots  la mauvaise stratégie politique conduite dans le secteur ferroviaire depuis plusieurs décennies (et dont tous ces désagréments sont la conséquence logique), tant de la part de nombreux gouvernements successifs que de certains « grands commis » manifestement insubmersibles nonobstant leurs bilans. L’entreprise de transports ferroviaires nationale constitue un monument du patrimoine français, qu’il s’agisse d’histoire contemporaine, d’histoire sociale, d’aménagement du territoire, de cohésion territoriale, d’histoire des services publics, de technologie, d’industrie… Il n’y a pas si longtemps, elle faisait notre fierté et nous était enviée dans le monde entier. Ce fleuron a commencé à subir la pression de l’idéologie européiste de mise en concurrence dès les années 1990, pression qui n’a cessé de provoquer des tentatives d’adaptation qui ont en retour dégradé un service devenu obsédé par la recherche de rentabilité et d’ajustement aux directives au détriment des missions élémentaires de service public. Et c’est bien cette course à l’échalote de la concurrence, avec les inévitables perspectives de démantèlements de services, de précarisation des salariés, de fragilisation des infrastructures telles qu’on peut les observer avec le fiasco britannique, qui provoquent le mouvement de révolte des cheminots lesquels demeurent attachés avec fierté à leur outil de travail.

Protéger les entreprises nationales contre leur dépeçage programmé

On entend bien peu la droite soutenir ce qui fut pourtant l’un des piliers de l’action reconstructive du Général de Gaulle, et ce silence voire cette cécité de la droite dite républicaine constitue l’une de ses graves erreurs (parmi tant d’autres). Celle-ci, toute étourdie de son adhésion aux dogmes bruxellois d’abandons de souveraineté tous azimuts, ligotée de toutes parts par les objectifs du néo-libéralisme qui lui tient lieu d’alpha et d’omega idéologique, en oublie ses fondamentaux : protéger les entreprises nationales contre le dépeçage programmé et la privatisation et donc l’ouverture à la concurrence étrangère, préserver les salariés français, les classes populaires et moyennes qui font vivre le transport ferroviaire ou qui en ont besoin pour travailler :  tout ceci ne semble plus intéresser la droite libérale qui a depuis belle lurette renoncé à l’idée même de souveraineté.

C’est pourtant le pays tout entier qui devrait soutenir ses cheminots, au lieu de les abandonner à une hyper politisation gauchiste du conflit qui risque probablement de se faire en jonction avec les éléments les moins recommandables de la mouvance étudiante. Car un autre mouvement, concomitant à celui des cheminots, est en train de se répandre et de semer un désordre particulièrement nocif dans le milieu universitaire. Et le but revendiqué par de nombreux groupes d’extrême-gauche  est bien la « convergence » de ces luttes, que pourtant, dans le fond tout oppose, et que l’on ne devrait jamais prendre le risque de laisser fusionner.

Pas d’amalgame avec l’université!

En effet, tandis que les cheminots se battent pour préserver leur outil de travail et un service public de qualité, certains étudiants s’appliquent depuis quelques semaines à bloquer les Universités, dégrader les locaux, empêcher violemment les autres étudiants d’étudier. On observe des destructions de matériels, des slogans antisémites, des violences contre ceux qui sont en désaccord avec ces méthodes, les humiliations et hystéries tournées contre le Doyen Petel de l’université de Montpellier (contraint à la démission) en sont l’un des exemples les plus pénibles. Le rejet d’un timide et salutaire début de réintroduction de sélection à l’université sert de prétexte à ce déferlement. On y apprend, au lieu de s’élever vers l’autorité des maîtres à se victimiser de toutes parts : mouvements racialistes, indigénistes, non mixtes, antisémites etc, sèment un trouble malsain. On y réclame la moyenne automatique aux partiels sans rien faire, sans mérite, puisque c’est bien le mérite qui est l’ennemi. Bref, ce mouvement prône la paresse et le désordre quand celui des cheminots cherche à protéger le travail.

Ces deux mouvements sont en réalité inverses et défendent des valeurs opposées, mais le mécontentement et l’agrégation opportuniste des réactions pourrait les pousser à converger, à s’agréger, ce qui serait à terme la pire des choses pour le mouvement cheminot en termes de perception dans l’opinion publique (on peut d’ailleurs se demander dans le fond à qui profiterait le crime … ?).

N’abandonnons pas nos services publics, ni au néo-libéralisme sans conscience, ni aux derniers rejetons d’un gauchisme culturel aussi véhément qu’aux abois. Il existe une voie entre ces deux écueils, qui est celle de la défense de la République française, de ses valeurs, de son modèle social et des services qui le font vivre.

Macron choisit Plenel: sale temps pour Charlie et le camp laïque!

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edwy plenel mediapart macron
Edwy Plenel. Sipa. Numéro de reportage : 00617120_000026.

C’est ce qu’on appelle l’esprit de l’escalier. Ou un net retard à l’allumage. Participant lundi matin à l’émission de Pascal Praud sur CNews, j’ai découvert en direct l’improbable tandem choisi par l’Elysée pour le deuxième Macron-show de la semaine – Bourdin et Plenel. Sur le moment, j’ai bredouillé un truc sans intérêt sur le caractère sportif de l’opération, une vraie bécasse.

Quelques minutes plus tard, au volant de mon Autolib, je fulminais. Contre moi-même. Et contre le président.

La sécession silencieuse

Emmanuel Macron n’a jamais rendu visite à la rédaction de Charlie Hebdo, contrainte de vivre sous haute protection dans un endroit tenu secret. Rien n’indique, sinon les belles envolées des grandes occasions, qu’il ait pris la mesure de la sécession silencieuse qui fracture notre pays. Et il n’a pas jugé bon non plus de se fendre d’un grand discours sur la laïcité, pourtant annoncé, préférant affirmer devant les représentants des cultes que la société n’avait pas à être laïque et que les religions avaient toute leur place dans la Cité.

Or, en adoubant Plenel, il intronise un homme qui, il y  quelques mois, quand les menaces de mort pleuvaient sur le journal de Charb pour cause de lèse-Ramadan (Tariq), a cru bon d’en rajouter en écrivant que Charlie menait « une guerre contre les musulmans ». Le patron de Mediapart ne voulait sans doute pas délivrer un blanc-seing aux assassins. Vexé comme un pou d’avoir été épinglé par Charlie avec l’ex-idole des jeunes musulmans, il avait réagi par un pétage de plomb ridicule et pathétique, invoquant, entre autres balivernes,  l’Affiche rouge des nazis sur le réseau Manouchian. Cet incident aurait dû, au minimum entamer son crédit. Mais, étrangement pour un homme qui a fait du « pas de pardon » le cœur de son éthique journalistique, Plenel survit à tous ses ratages – pour être polie.

Plenel, idéologue donneur de leçons

Au moins sera-t-on d’accord avec lui sur un point, le patron de Mediapart n’est pas n’importe quel journaliste. Il est doublement idéologue, animé par une vision robespierriste du monde et de son métier. On suppose qu’il sera poli et se gardera de rappeler à son partenaire d’un soir, Jean-Jacques Bourdin, sa condition de salarié de Patrick Drahi. Convaincu d’incarner le seul et vrai journalisme, Plenel adore faire la leçon au reste de la profession et citer Mediapart comme l’étalon de la vertu. Mais on dirait que ce qu’il aime par-dessus tout, c’est faire peur. C’est bien sûr un hasard si, sur certaines photos, il présente une ressemblance frappante avec Staline. Reste qu’au nom de l’intérêt supérieur de la démocratie dont il estime avoir la charge, il pratique un journalisme policier et redresseur de torts dont la réussite se mesure au nombre de têtes qu’il fait tomber. Il aimerait bien, en guise d’apothéose, faire rouler celle de Sarkozy, mais en dépit d’un acharnement qui a stimulé le zèle des juges, son affaire de financement libyen ne semble guère inquiéter l’entourage de l’ex-président.

Le mauvais ami des musulmans

Plenel défend en outre une conception particulière de la France et du monde, qu’il a lui-même définie comme une forme de trotskisme culturel et qui est à la croisée du nuitdeboutisme et de l’indigénisme, le tout noyé dans un fond de sauce anticapitaliste et tiers-mondiste. Ainsi, depuis le 7 janvier 2015, s’évertue-t-il à nous expliquer que le principal danger qui menace la France, c’est l’islamophobie, tandis qu’une représentante de sa rédaction affirme candidement sur un plateau de télévision que « l’islam radical n’est pas un gros problème ». Toujours prompt à dénoncer le « racisme d’Etat » et la résurgence d’un pétainisme qu’il ne craint pas de déceler chez Alain Finkielkraut, Edwy Plenel prétend œuvrer « pour les musulmans », titre de l’un de ses ouvrages, mais il a choisi les fondamentalistes contre tous ceux et plus encore toutes celles qui, dans les quartiers islamisés, se battent contre la pesante domination des barbus.

Insulte à la mémoire de Charb

J’ignore quels sombres calculs de communicants ont présidé au choix de l’Elysée. On n’ose penser qu’il vise à neutraliser le pouvoir de nuisance plenélien. S’agit-il, pour Emmanuel Macron, d’apparaître comme le porte-parole de la gauche raisonnable ? De montrer qu’il ne craint pas d’affronter un adversaire dont les frisottis de moustache et les plissements d’yeux  en ont terrassé plus d’un ? Alors que la question de la laïcité et de la capacité de l’islam à s’y conformer organise un clivage bien plus existentiel que le clivage droite/gauche, alors que le séparatisme islamiste, et l’antisémitisme qui va avec, continuent à progresser, choisir comme interlocuteur un homme qui refuse de les nommer, c’est adresser un signal déplorable à l’ensemble du camp laïque. Et c’est une insulte à la mémoire de Charb, Cabu et de tous les morts de Charlie Hebdo.

Les Rien-pensants

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Les meurtres conjugaux, des drames (heureusement) marginaux

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feminisme guerre sexes
Manifestation contre les violences faites aux femmes, Sipa. Numéro de reportage : 00782815_000021.

Jacqueline Sauvage et Norbert Marot, Jonathann et Alexia Darval, Bertrand Cantat et Marie Trintignant, trois couples dont l’issue a été tragique : l’un des deux partenaires a tué l’autre. Deux couples étaient mariés, l’un depuis 47 ans avec 4 enfants et des petits enfants, le deuxième depuis beaucoup moins et cherchant à avoir un enfant, le troisième était un couple d’amants, ayant un conjoint et des enfants chacun de leur côté. Ces six personnes sont d’âge différent, de mode de vie différent. Les victimes sont un homme et deux femmes. Le traitement juridique n’est pas le même, du moins dans les deux cas où un verdict a été rendu. En apparence, ce sont donc des situations très différentes.

138 victimes (de trop) par an

Il y a pourtant un point commun d’importance : il s’agit, à chaque fois d’un couple, d’un homme et d’une femme qui, à un moment donné se sont choisis, librement et sans contrainte, qui se sont certainement aimés, qui ont partagé de bons moments, qui ont entrepris ensemble, qui ont vécu des échanges sexuels. Leur relation a duré un certain temps, un peu plus d’un an, ou 47 ans. Tous les protagonistes sont adultes, en pleine possession de leurs moyens au moment du passage à l’acte. Aucun des meurtriers n’avait commis de meurtre auparavant. Tous sont donc des personnes « normales ». Et pourtant trois d’entre elles ont commis des actes hors norme, et extrêmement rares relativement au nombre de couples, 138 l’an dernier sur plus de seize millions, soit 0,00078%. En absolu, c’est bien sûr 138 victimes de trop.

On ne badine pas…

Qu’est-ce qui peut amener des personnes qui se sont aimées à entrer dans une telle violence mortelle ? Comment et pourquoi passe-t-on du sentiment le plus positif, le plus fort que des humains puissent éprouver, au plus destructeur, la violence mortelle ? La richesse de la littérature sur le sujet montre que c’est sans doute une des grandes questions de l’humanité. On n’a pas pour le moment de réponse précise, mais on peut toutefois envisager une piste. L’amour, et plus encore lorsqu’il est lié à la sexualité, libère une immense énergie psychique. C’est pour cela qu’il procure beaucoup de plaisir. Mais cette énergie peut à un moment se renverser et devenir destructrice, pour l’un, pour l’autre, ou pour les deux. Les amants ne le savent pas forcément et peuvent s’imaginer qu’il suffit d’être amoureux pour que tout aille bien entre eux. Or ce n’est pas vrai. La relation duelle entre les conjoints ne se limite pas à l’amour, elle intègre beaucoup d’autres facteurs, liés à la personnalité des conjoints et à des influences extérieures.

De l’amour à la haine

Lorsque quelque chose se met à dérailler, les sentiments peuvent s’inverser et ce qui était amour devient haine intense pouvant aller à l’extrême. Heureusement, pour 99,99932% des couples, l’issue n’est pas fatale. Il y a de nombreuses manières d’éviter de tels excès et même de résoudre les inévitables crises qui guettent les relations conjugales, d’autant plus qu’elles sont intenses. Pour cela, on peut avoir recours à des professionnels. La résolution de la crise peut déboucher sur un nouveau départ, ou sur la fin du couple. J’ai développé cet aspect de l’intervention psychologique dans un livre au nom explicite, « Couples » publié récemment aux Editions du Net. D’autres auteurs se sont aussi exprimés sur ce sujet.

Gentilles contre méchants

De nombreux commentaires ont analysé les trois meurtres pré-cités comme des exemples des violences faites par les hommes aux femmes, dans les deux derniers cas, de la réaction de défense à cette violence dans le premier. C’est sans doute l’influence du néo-féminisme que Florence Rault qualifie à juste titre d’idéologie. Une telle analyse suppose que les hommes et des femmes sont des groupes distincts qui s’opposent de groupe à groupe, dans un rapport de guerre. Ceux qui tiennent se discours se placent nettement dans un des camps, celui des bons, les femmes, contre les méchants, les hommes. Dans une guerre, lorsqu’un combattant de l’adversaire tue un membre de son clan, il s’agit d’un meurtre ignoble méritant vengeance ; si c’est un combattant ami qui tue un adversaire, ce n’est que justice et l’auteur est un héros. Peu importe, dans les deux cas, qui est la personne tuée et le tueur. L’un est bon parce que qu’il est du bon clan, l’autre mauvais parce qu’appartenant au clan d’en face. Et les deux combattant n’ont vis-à-vis l’un de l’autre, aucun rapport autre que l’adversité, ils sont les pions impersonnels d’une armée.

Normalité vs pathologie

Il n’y a rien de tel dans les rapports entre femmes et hommes, surtout dans les rapports intimes. Ce sont, en premier lieu, des rapports entre personnes, fondées sur l’attirance réciproque, amoureuse, sexuelle, le projet de vivre, à deux, des expériences heureuses, épanouissantes. Le fait qu’il y ait des conflits, des dérapages, de la violence, procède de la très grande complexité de la relation amoureuse. Que ces dérapages conduisent à des meurtres relève de la pathologie des certaines personnes ou de certaines relations conjugales. Oui, dans 4 cas sur 5, la victime est une femme et le meurtrier un homme, parce que les hommes sont plus violents et contrôlent moins bien leur violence. Mais ces tragiques épisodes ne sont absolument pas le signe d’une quelconque guerre des sexes, ni de la volonté des hommes d’exercer collectivement un pouvoir de domination sur les femmes. Une telle guerre n’existe que dans l’esprit des idéologues. Leur propagande nous empêche de réfléchir sérieusement sur la complexité de la relation amoureuse, une des plus belles expériences que l’être humain puise vivre.

Discours de Macron aux Évêques de France: la courte échelle aux islamistes

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macron eveques islam laicite
Emmanuel Macron devant les évêques de France, 9 avril 2018. Sipa. Numéro de reportage : AP22188126_000002.

En faisant l’éloge de la spiritualité et en encourageant les chrétiens à s’investir en politique, le président fait un cadeau à l’islamisme.


Le moins qu’on puisse dire est que ceux qui attendaient depuis des mois le fameux « grand discours sur la laïcité » tant promis par le chef de l’Etat ont dû en être pour leurs frais hier soir. Celui-ci, invité par la Conférence des Évêques de France au collège des Bernardins, a livré un discours particulièrement désarçonnant, mais aussi de haute tenue et dont les polémiques engendrées par quelques phrases-clés ne rendent qu’imparfaitement compte.

Un libéral chrétien

Dans un verbe à la fois fort et subtil – auprès duquel le discours de Sarkozy à Latran fait figure de manifeste laïque-, fortement empreint des grandes figures du personnalisme et de l’humanisme modernes, convoquant Emmanuel Mounier, Simone Weil, Paul Ricoeur et quantité d’écrivains chrétiens, le président a dressé une sorte d’état des rapports actuels et à venir entre l’Eglise catholique et le pays. Le chef de l’Etat est revenu, avec justesse, sur l’engagement concret de nombreux catholiques dans la vie de la cité, à travers de nombreuses actions caritatives, humanitaires, sociales, spirituelles, dans les secteurs hospitaliers, carcéraux, mais aussi, d’une façon plus générale, sur la très grande adaptabilité réelle du monde catholique aux situations concrètes auxquelles il est confronté, indépendamment de l’intolérance de certains dogmes : ainsi Emmanuel Macron a-t-il tout à fait à juste titre évoqué le soutien concret apporté par de très nombreux catholiques à des personnes dont la situation familiale ou sociale ne correspond pourtant a priori pas à l’idéologie de l’Eglise (homosexualité, homoparentalité, familles recomposées, etc).

Sur le plan politique, la ligne présidentielle tracée dans ce discours est plus astucieuse qu’elle n’en a l’air, cherchant à dessiner une voie pragmatique entre la liberté et le respect de la dignité : en plein contexte de contestation sociale, il faut comprendre qu’on chercherait là un chemin entre le libéralisme qui préside idéologiquement aux dogmes bruxellois et le respect (et donc la protection) des individus en tant que personnes (le même discours prononcé au Crif aurait tout aussi bien convoqué Lévinas au lieu de Mounier, il se serait toujours agi d’un Emmanuel…), même si l’on peut se demander ce que penserait la grande Simone Weil de la mise en concurrence des services publics, elle qui adhéra à l’anarcho-syndicalisme et s’établit à l’usine… Enfin, la plupart des hommes politiques chrétiens qui sont invoqués (Delors, Schuman,…) sont naturellement de bons apôtres de cette Union européenne qui constitue le credo principal d’Emmanuel Macron et dont découle la totalité de son action politique.

Un cadeau aux barbus?

Là où les choses se compliquent, c’est lorsque le chef de l’Etat prononce deux phrases qui, dans un contexte de très grande menace sur la laïcité, font figure de bombes : les rapports entre l’Eglise et l’Etat auraient été « abîmés » (sic) et il conviendrait de les « réparer », et, par ailleurs, les catholiques sont invités à s’engager davantage « politiquement », en tant que catholiques.

Dans un contexte paisible, où le pays ne subirait pas les assauts répétés et meurtriers de l’islam radical à visée précisément politique, ces phrases de réconciliation, n’en déplaise aux bouffe-curés old school, seraient plutôt de bon sens. Le président revient d’ailleurs à juste titre sur les racines chrétiennes de la France, ce qui relève de l’évidence historique. Le problème ne vient pas de là.

Inciter les membres d’une religion à s’engager politiquement, dans un contexte d’entrisme politique de l’islam radical, est à la fois irresponsable et dangereux : le Président ne pouvait ignorer la résonance particulière de ces mots dans un contexte où l’église catholique est en plein recul sur fond de crise des vocations, quand le prosélytisme islamique, lui, ne cesse de s’étendre. Ce ne sont pas les luthériens ni les bouddhistes qui vont soudain vouloir s’emparer de cet appel à l’engagement politique des religieux, et l’équité entre les cultes que commande justement le principe de laïcité obligera le Président à prononcer les mêmes paroles et accorder les mêmes objectifs aux membres de toutes les religions.

 La spiritualité dans l’engagement

Pareillement, Emmanuel Macron évoque l’importance de la spiritualité dans l’engagement concret de chacun, à travers la notion intéressante d’ « effectivité ». Là encore, on ne peut que lui donner raison sur le fond, et on a bien vu à travers la figure du colonel Beltrame combien l’engagement républicain et une foi profonde pouvaient être indéfectiblement liés et précisément effectifs. Mais les défenseurs de la laïcité, hormis quelques pachydermes réincarnés des radicaux-socialistes d’autrefois, ne contestent pas l’importance de la vie spirituelle pour chacun dans le cadre de ses pratiques privées, ni la manière intime dont chacun peut déployer sa foi dans son action publique. Les agnostiques, voire les athées ont une vie spirituelle et réfléchissent à la transcendance ou au sens de la vie, à leur manière, et, même dans l’hypothèse d’une vie totalement privée de transcendance, un solide sens de l’humanité et du respect d’autrui pourra servir de guide spirituel pour mener une vie d’honnête homme. Le problème n’est donc pas là mais réside dans la volonté de certains d’imposer leur vision de la spiritualité dans l’espace public : vêtements, comportements, intolérances, interdictions, évictions des femmes de certains espaces, violences contre les membres d’autres religions, mais aussi interventions dans le champ bio-éthique etc. La spiritualité ne dispense jamais mieux ses effets positifs sur la société que lorsqu’elle s’exerce dans le cadre privé.

La laïcité, rempart des chrétiens

Paradoxalement, après un siècle de relations en effet très douloureuses entre les Eglises et l’Etat, c’est désormais la laïcité qui est le meilleur rempart protecteur pour les chrétiens, tout comme elle l’est également pour les juifs de France mais aussi pour les musulmans modérés : ne pas comprendre cette inversion historique du paradigme laïque engendré par l’entrisme islamiste c’est au mieux faire un contresens majeur sur la situation actuelle, et au pire donner les clés de la maison à la religion qui sera la plus véhémente dans son action politique.

Macron, un président philosophe

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Colombie: les FARC pourraient tromper leur monde

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Conférence de presse du parti FARC, février 2018, Bogota. SIpa. Numéro de reportage : 00843937_000003.

Pour leur première participation à des élections en Colombie, les FARC, désormais parti politique, ont enregistré un score ridicule : 0.21% des voix aux législatives et 0.34% aux sénatoriales. Le 11 mars dernier, sur 18 millions de votants, 100 000 à peine ont daigné confier leur suffrage aux FARC. Un échec cuisant après soixante ans de maquis dans des conditions sanitaires effroyables. Une humiliation pour une force politique qui, il y à peine cinq ans, contrôlait un bon tiers du pays. Mais au lendemain du scrutin, il était difficile de trouver un représentant des FARC pour se plaindre ou crier à l’injustice. «Certaines défaites ne sont pas déshonorantes, et celle-ci en fait partie », Lisandro Duque, cinéaste et candidat malheureux au poste de sénateur, ne risque pas le coup de blues post-campagne électorale.

Qui perd gagne la respectabilité

Et si cette défaite était tout sauf un revers ?  Et s’il s’agissait d’un résultat attendu voire prémédité, rien qu’une étape dans une stratégie qui promet d’emmener ceux qui savent attendre leur heure jusqu’aux portes du pouvoir suprême ? Telle est la conviction d’une partie de l’establishment militaire colombien (et de l’administration Trump selon les bruits de couloir entendus dans les milieux autorisés à Bogota). L’aile conservatrice de l’armée n’a jamais cru un seul instant aux accords de paix signés à La Havane en juin 2016 entre les FARC et le président Juan Manuel Santos.  Le peuple colombien non plus, à en croire les résultats du référendum organisé en octobre de la même année et censé ratifier l’accord pour de bon.

Le « J’accuse » de l’armée

Retiré du service actif, le colonel Luis Villamarin, un ancien des forces spéciales, ne mâche pas ses mots et accuse ouvertement Santos et les « vieilles élites » qui le soutiennent d’être tombées dans le piège tendu par les FARC. Pressé d’obtenir le Prix Nobel de la Paix, le président sortant aurait bâclé une négociation où son gouvernement avait toutes les cartes en main, ayant engrangé une série de victoires décisives sur le plan militaire. Au lieu de pousser son avantage, Santos, mû par une « vanité sans limites » et « incapable d’écouter un avis contraire » entérine le passage des FARC du statut de guérilla narcoterroriste à celui d’acteur politique légitime. Par un coup de baguette magique, elles deviennent, elles aussi, une victime de la guerre. Elles exigent donc des droits qui découlent d’une violence de masse causée par les « injustices historiques » que l’Etat colombien n’a jamais su résorber. Exit les prises d’otage, exit les tortures et les captivités inhumaines dans la jungle, exit attentats et autres mines antipersonnel plantées à travers champs et prairies. Les FARC ont lavé leurs pêchés sans avoir eu à faire amende honorable.

Une structure clandestine intacte

Devenu un parti politique comme un autre, les FARC donnent l’illusion, toujours selon Villamarin, de vouloir jouer le jeu de la démocratie parlementaire. Or, le visage aimable offert par les leaders communistes, tout juste sortis de clandestinité, n’est que la pointe émergée de l’iceberg. La structure clandestine est restée intacte : milices de paysans, caches d’armes et de devises, réseaux d’informateurs, adolescents-soldats prêts à se battre. Le tout financé par le trafic de cocaïne qui ne s’est jamais arrêté, il serait conduit par des dissidentes , des renégats dont les FARC se lavent les mains et qui refusent de déposer les armes.  La démobilisation ne serait donc que méprise et mensonge selon Villamarin et une bonne partie de la droite colombienne qui a emporté haut la main les élections du mois de mars.

Entrisme tous azimuts

Alors que le monde entier et la société colombienne considèrent la paix comme un état désirable, les FARC y trouvent un espace pour manœuvrer et poursuivre la guerre sous d’autres formes. En tant que « victimes du conflit », les ex-guérilleros sont autorisés à parler le langage du vivre-ensemble et des droits de l’homme. Indigènes, paysans sans terre, communautés noires isolées de la côte pacifique, LGBT, autant de segments de la population que les FARC prétendent encadrer. Pour ce faire, ils feront usage de séduction mais aussi d’intimidation à travers milices et hommes de main. En navigant dans les eaux calmes des causes sociales et sociétales, les communistes révolutionnaires peuvent s’infiltrer n’importe où, même au cœur des grandes villes où l’action conjointe de l’armée et de la police les avait chassés. Et à partir des centres urbains, ils peuvent prendre pied dans les institutions.  Corps diplomatique, syndicats, écoles, médias de masse. A terme et si le grand dessein est suivi avec la discipline qu’il exige, les FARC auront leur chance de porter le coup fatal. Le jour venu, elles tomberont le masque pour mettre le pays devant le fait accompli. Il sera alors trop tard pour réagir car les institutions manqueront de souffle et de volonté de se battre. Comme une proie qui s’est laissée surprendre et envelopper par l’anaconda, elle n’aura d’autre choix que d’accepter naturellement une alternance nommée FARC.

Les plantations de coca en pullulent

Est-ce un pur délire de militaires et de politiciens de droite imbibés d’anticommunisme ? ou bien un signe de clairvoyance que les élites colombiennes feraient bien de saisir en plein vol tant qu’il est encore temps ? Une chose est sûre : depuis la signature des accords, la surface plantée en coca a explosé, provoquant une grande inquiétude à Washington ; ce qui donne une idée des liquidités que les FARC, au cœur du trafic, continuent à capter.

Interrogé en marge de ce sujet, le chercheur et géopoliticien colombien Ricardo Velez Rodriguez, estime que l’accord de paix sera inévitablement revu dans le futur et ce dans un sens moins favorable aux insurgés. Il dénonce aussi le fait d’avoir négocié la paix sous la houlette des Cubains et non en territoire neutre. Il donne toutefois une chance au processus de réconciliation estimant qu’il faut bien discuter avec les ennemis d’hier.

La paix se construit sur la confiance. L’armée qui a vaincu une insurrection exceptionnellement féroce et riche aura-t-elle envie de laisser faire un processus qui, au bout du tunnel, réduira ses budgets et offrira aux guérilleros une nouvelle virginité ? Il y a fort à parier que l’aigle continuera à garder un œil sur l’anaconda.

Un printemps casqué

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Evacuation de Notre-dame-des-Landes, 10 avril 2018. Sipa. Numéro de reportage : 00853727_000059.

Et ce qui devait arriver arriva. Quand un ancien banquier réunit 18% des inscrits au premier tour, fait mine de prendre les 66% de bulletins en sa faveur au second contre le repoussoir Marine Le Pen pour une adhésion à son projet de mise aux normes néolibérales de l’exception française, on se retrouve avec une France au bord de la crise de nerfs.

2500 CRS pour une ZAD

Lundi 9 avril, confronté à un mouvement social qui se durcit, le pouvoir a fait donner la troupe. Dans la même journée, il y a d’abord eu 2500 CRS qui sont intervenus sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Quand bien même au mois d’avril, la loi permet les expulsions,  comme si ça ne pouvait pas attendre dans un contexte de tension sociale,  on a détruit des lieux de vie, et refusant la distinction entre les simples squatters, les paysans historiques et les néo-ruraux porteurs de projet alternatifs et au deuxième jours les premiers blessés, chez la police et les zadistes ont fait leur apparition. Les affrontements assez logiquement se durcissent de part et d’autre, hélicoptère et blindé de la gendarmerie visés d’un côtés, premiers blessés graves de l’autre.

C’est d’ailleurs étonnant de la part du macronisme qui n’a cessé de vanter les mérites de l’expérimentation dans tous les domaines devant des élus locaux à la fin de l’année que de nier qu’une partie non négligeable des zadistes tentent d’inventer une autre façon de vivre sur un territoire. Imaginez un peu le désastre si cela, comme cela a été le cas il y a quelques décennies au Larzac, la chose réussissait. Quoi, des auto-entrepreneurs qui en plus prendraient le temps de réfléchir à la façon d’entreprendre ?

Le macronisme, ce bonapartiste autoritaire

C’est juste inacceptable pour un gouvernement dans lequel les technocrates non-élus Buzyn, Blanquer, Borne, Pénicaud œuvrent dans des domaines aussi peu importants que la santé, l’éducation, les transports et le travail et n’auront jamais à redescendre dans une circonscription pour voir, si par hasard, le jour du marché, les électeurs ne seraient pas légèrement agacés qu’on les fasse changer de type de société sans trop leur demander leur avis. Mais qu’ils se rassurent, les électeurs, ils ne sont pas beaucoup plus respectés que les élus, ces dinosaures clientélistes issus du vieux monde. Gérard Larcher, président du Sénat, l’a appris à ses dépens quand il a tenté de nuancer, seulement nuancer, le projet de réforme constitutionnelle qui accentue la présidentialisation du régime, parfaite illustration du double langage constant du macronisme qui se veut girondin dans les mots et relève du bonapartisme autoritaire dans les faits. Même Bayrou, l’allié, doit manger son chapeau devant l’injection homéopathique de la proportionnelle qui sert de cache-sexe à une marginalisation accrue du rôle du Parlement.

Nanterre évacuée

Comme si ça ne suffisait pas, c’est aussi la fac de Nanterre qui ce même lundi 9 avril, a été investie par les CRS. On a eu le droit à quelques photos d’étudiants menottés du meilleur effet. Ceux-là ont sans doute été punis à cause de leur orthographe défaillante. Même en étant partisan acharné de la pédagogie à l’ancienne, on peut trouver tout de même un peu rugueux de répondre à des fautes d’accord par des coups de matraque.

Et encore, on a eu de la chance, de les entrevoir ces photos. Le pouvoir semble aimer moyennement la presse quand elle n’est pas tout à fait aux ordres. Elle s’est retrouvée interdite à Notre-Dame-des-Landes comme elle est désormais interdite de salle de presse dans l’enceinte de l’Elysée. Et quand la ministre des Transports daigne répondre sur la réforme de la SNCF à un organe aussi bolchévique que Les Echos, à la mi-mars, l’entretien a tellement été relu et amendé que le quotidien a préféré ne pas le passer, estimant qu’il n’avait pas à être le simple relais d’un communiqué officiel.

La grogne En marche

Apparemment, cette méthode trouve ses limites. Les deux démonstrations de forces de lundi, dont on peut penser qu’elles étaient plus à l’usage des grévistes de la SNCF que pour la défense de l’état de droit, n’ont pas vraiment portées leurs fruits. La grève, dite perlée, après les dernières AG de grévistes vient de se transformer en grève reconductible à la Gare du Nord qui est tout de même la plus grande d’Europe. Et, ô surprise, un député LREM de Loire-Atlantique, Matthieu Orphelin, s’est rappelé qu’il n’était pas simplement un godillot et a osé exprimé ses réserves sur l’opération de Notre Dames des Landes : « Je suivrai avec inquiétude l’opération qui vient de commencer. J’espère qu’elle sera centrée sur sa réelle raison d’être : finaliser la remise en service de la route RD281 et démonter les quelques lieux de vie qui bordent cette route, pour que tous les habitants de la zone puissent circuler comme avant. Une opération plus vaste ne réglerait rien d’autre. »

On ne le lui fait pas dire et on espère pour lui qu’il ne sera pas foudroyé par Jupiter.

Peggy Sastre: « La peur du loup asservit les femmes »

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Docteur en philosophie des sciences, Peggy Sastre vient de publier "Comment l'amour empoisonne les femmes" (Anne Carrière, 2018).

Docteur en philosophie des sciences, Peggy Sastre se situe à contre-courant de la doxa féministe. Quand les chiennes de garde imputent les inégalités entre les sexes à la méchanceté des hommes, Sastre les explique par des prédispositions biologiques. Sans pour autant les justifier. Entretien (2/2)


Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Causeur. Les féministes vous rétorqueront que nous ne sommes plus dans la savane et que ce rappel des origines ne vise qu’à valider les stéréotypes sociaux qui poussent les petites filles vers les poupées quand les petits garçons préfèrent les G.I. Joe ?

Peggy Sastre. Tout un discours féministe, et plus largement progressiste, de déconstruction des stéréotypes de genre prétend qu’ils sont faux parce que socialement construits. Or, les stéréotypes, engendrés par des structures et des processus biologiques, reposent sur un fond de vérité ! De nombreux chercheurs travaillent sur la véracité des stéréotypes, à l’instar de Lee Jussim qui démonte de surcroît leur caractère prédictif. L’idée féministe selon laquelle une petite fille jouant à la Barbie deviendra une connasse battue par son mari n’a aucun fondement. Il est probable que même sans contrainte sociale ou parentale, elle se portera plutôt vers la poupée que sur le fusil et le camion de pompiers. Pour autant, il ne s’agit pas de s’enfermer dans les stéréotypes. Ce sont des hypothèses probabilistes qui n’obligent nullement les individus à se reconnaître en eux. Beaucoup de femmes ne s’intéressent pas aux vêtements et il serait malvenu de les y contraindre. Mais quand hommes et femmes ont toute liberté de choix et d’action, ils semblent confirmer ces stéréotypes. C’est ce qu’on appelle le paradoxe norvégien : c’est dans les pays les plus libres au niveau de l’égalité sociale entre les sexes que le fossé comportemental entre hommes et femmes est le plus important.

Dans ce cas, pourquoi n’acceptez-vous pas complètement la séparation des tâches entre les sexes ?

Parce que cela contraint la variabilité individuelle et aussi tout simplement parce que notre environnement a changé. Le partage des tâches entre deux pôles bien définis était adapté à des sociétés archaïques où l’on mourait à 30 ans. Or, depuis quelques siècles, avec les progrès de la science, notre environnement a énormément changé. Logiquement, les femmes ont de moins en moins besoin de protection et de dépendance par rapport à un homme. Tous les comportements qui découlaient de cette dépendance perdent donc en pertinence.

Vous semblez nuancer votre système de pensée. De notre vieux passé génétique, fera-t-on bientôt table rase ?

N’allons pas plus vite que la musique. Même si l’individu contemporain s’émancipe des grandes structures collectives que sont les religions ou la famille, même si notre liberté individuelle s’épanouit à mesure que notre environnement permet l’individualisme, les processus biologiques traditionnels restent prégnants, voire moteurs. Par exemple, dans les cas de violence conjugale, le différentiel économique entre la femme et l’homme est encore l’un des facteurs les plus prédictifs. Quand une femme dépend économiquement de son mec, elle court plus de risques de se faire frapper.

La violence serait-elle consubstantielle au mâle ?

Dans des environnements ancestraux, évidemment. Mais à notre époque où les femmes accèdent de plus en plus aux postes de pouvoir, elles adoptent des comportements violents similaires à ceux des hommes. Autrefois, un environnement moins favorable aux carrières féminines les incitait à développer des stratégies de compétition larvées comme la diffusion de ragots pour éviter les risques de représailles. Désormais, elles se battent bien plus ouvertement.

Pourtant, le cliché veut que les femmes soient plus empathiques et bienveillantes que les hommes dans la vie professionnelle ou en politique…

C’est une idée assez fausse. Quand des femmes arrivent au pouvoir, on observe plutôt le syndrome reine des abeilles : elles veulent exclure d’autres femmes, si nécessaire violemment.

En réalité, nombre de féministes, sous prétexte de traquer les comportements genrés, veulent en finir avec la différence des sexes. L’évolution pourrait-elle leur faire ce cadeau et mettre fin à un partage biologique des rôles devenu inutile dans notre environnement ?

Avec l’évolution, par principe, tout est possible. Mais si c’était le cas, on verrait les femmes devenir des hommes comme les autres, pas l’inverse.

Dans ces conditions, aura-t-on dans un siècle une population carcérale plus égalitaire ?

La population carcérale féminine augmente déjà depuis cinquante ans. Récemment, le phénomène des femmes djihadistes a été très mal compris. Dans un premier temps, on a pensé qu’elles agissaient sous l’autorité ou la contrainte de leur mari. Cela rappelle l’argument fallacieux utilisé par la République contre le droit de vote des femmes : « Elles vont voter comme leur mari ! » En fait, les femmes de l’État islamique portent souvent la culotte et les hommes sont bien davantage leurs pions que l’inverse.

À propos de chipies, vous citez fréquemment Valérie Trierweiler et à son sujet, vous accusez un certain féminisme victimaire de fragiliser les femmes en les poussant à choisir le mauvais conjoint. Pourquoi ?

Je reprends une hypothèse scientifique dite « hypothèse du garde du corps » selon laquelle les femmes ont tendance à se choisir un conjoint fort, puissant et dominateur parce que, du point de vue de l’évolution, mieux vaut avoir un partenaire capable de vous protéger des attaques extérieures. Mais c’est à double tranchant, car une femme assassinée a 50% de chances d’avoir été tuée par son propre conjoint. Bref, un partenaire fort pourra retourner sa violence contre vous-même.

Les féministes incitent plutôt à choisir un conjoint faible, compréhensif, voire… féministe !

Eh bien, l’inconscient des femmes leur dit autre chose. Beaucoup de femmes me disent : « Ah, moi je ne pourrais pas me mettre en couple avec une chiffe molle ! » Il y a quelques années, alors que la mode était soi-disant aux métrosexuels, la majorité des femmes que je connaissais rejetait l’idée même d’un mec qui se maquillerait. C’était une réaction très instinctive. On peut rationaliser ce rejet : l’homme qui met du mascara est perçu comme faible.

Le plus amusant, c’est que des féministes farouches peuvent tenir ce genre de discours en privé. Au fond, quel projet de vie défend le néoféminisme ?

Le néoféminisme me fait penser aux processus d’inertie qu’observe Robert Muchembled dans son Histoire de la violence. Quand la violence baisse, nous aurions du mal à nous y habituer et nous chercherions à compenser par des formes symboliques et cathartiques. C’est ce qui s’est passé en Occident. Malgré les crises, nos sociétés sont en effet de plus en plus pacifiées et prospères. Les femmes ont beau ne plus avoir grand-chose à conquérir, une espèce d’inconscient archaïque nous dit que la vie est terrible, que des jeunes filles se font tuer à chaque coin de rue, etc. C’est une manière de chercher des raisons d’être mal. De jouer en quelque sorte à se faire peur.

Mais lorsque certaines féministes s’indignent en disant que l’insulte est une violence et que le mot « chienne » mord, elles se fourrent le doigt dans l’œil. Au niveau de l’avancée civilisationnelle, mieux vaut traiter quelqu’un de « gros connard » que de lui planter un couteau dans le bide.

Avons-nous atteint le sommet du progrès en termes d’égalité hommes/femmes ?

Du point de vue que je défends, l’égalité en droit, les femmes ont globalement gagné en France : il n’y a aucune différence de droit entre les individus, quel que soit leur sexe.

En conséquence, faut-il abandonner le mot féminisme ?

À voir comment il ne cesse de dégoûter des gens qui pourtant l’appliquent, peut-être qu’il n’est effectivement plus adapté. Est-ce qu’il ne faudrait surtout pas mieux le définir et, pour cela, sans doute revenir à sa définition très classique – le féminisme est l’idéologie favorisant et valorisant l’égalité en droits des hommes et des femmes ? Une égalité qui n’est pas synonyme d’identité et d’indifférenciation.

Une autre tendance actuelle du néoféminisme consiste à transformer le viol – un crime odieux – en sorte de crime ultime. Cette souffrance des souffrances déclencherait un traumatisme imprescriptible dont une femme normale ne devrait jamais se remettre. 

C’est vrai. Violée à 13 ans par Roman Polanski, Samantha Geimer, qui a signé notre tribune puis publié un second texte dans Le Monde, a très bien décortiqué cette injonction à la souffrance. Effectivement, le viol est aujourd’hui le seul crime dont on attend de la victime qu’elle ne s’en sorte jamais. L’idée sous-jacente est qu’une agression contre le sexe des femmes constitue une atteinte exceptionnelle. Pour ma part, si je réprouve évidemment les viols, je considère que leurs victimes peuvent garder la force de dire : « En fin de compte, ça ne m’a rien fait. » Certains violeurs psychopathes n’expriment pas seulement un désir sexuel, mais aussi un désir de destruction et de domination totale sur leur victime. Leur faire ce genre de pied-de-nez est une façon de reprendre la main.

Cette forme nouvelle de sacralisation du corps féminin paraît incohérente quand on soutient la FIV, la PMA et la GPA.

Sans doute, alors qu’on peut acheter un enfant à l’étranger par GPA, prétendre en même temps que mettre une main sur le genou est le dernier des affronts est peu cohérent. Mais je crains que la cohérence, voire la plus évidente des logiques, soit le cadet des soucis de bien des féministes contemporaines.

Vous êtes en revanche fort conséquente. Libérale intégrale, vous soutenez la GPA et même le projet d’un utérus artificiel tant vous semblez rejeter les fonctions biologiques de la femme. Pourquoi nourrissez-vous tant de haine envers votre utérus ?

À tout prendre, ce n’est pas tant de la haine que de la rancœur que j’éprouve, mais je n’impose pas mon ressenti personnel. Certes, quand j’étais enceinte, j’avais l’impression atroce d’avoir été trahie par mon corps, d’avoir un alien en moi. Inversement, d’autres femmes n’ont jamais été aussi heureuses que pendant leur grossesse. Grand bien leur fasse ! Partisane de la liberté, je n’entends imposer aucun choix. Je cherche simplement à élargir le champ des possibles. À l’avenir, la gestation artificielle pourrait éviter aux femmes qui le souhaitent de devoir porter leur enfant.

Vous allez un peu plus loin que la liberté de choix en écrivant : « Le mariage est un cercueil dont les enfants sont les clous » !

C’est le titre-blague d’un de mes chapitres. J’y montre que les enfants sont l’un des premiers facteurs de dissolution du couple parce que leur irruption correspond au moment où la différence comportementale entre hommes et femmes se creuse. Naissent alors très souvent des conflits que les couples sans enfants ne connaissent pas. Et ceux qui n’arrivent pas à résoudre ces conflits se séparent ou divorcent.

Pour ne pas désespérer nos lectrices, pouvez-vous nous affirmer que la passion amoureuse et ses dévastations ne vont pas disparaître ?

Je ne crois pas à la disparition de l’amour, mais il n’est pas impossible que ses formes les plus toxiques s’atténuent. À l’avenir, on pourra sûrement guérir d’un chagrin d’amour en ingérant des médicaments adaptés.

Comment l'amour empoisonne les femmes

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Higelin, la vie en rose théâtral

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Jacques Higelin, 1989. Sipa. Numéro de reportage : 00853261_000001.

Jacques Higelin avait raflé tous les suffrages dans les années 70 et 80 avec sa musique aux pétulances théâtrales, sa variété rock exubérante, voire emphatique. Parfois, rien ne distinguait ses chansons de celles d’un Gérard Blanchard, d’un Jean Guidoni, ou encore d’un Capdevielle. Hommage au disparu.


Il se revendiquait de Trenet – auquel il a consacré un album live de reprises, Higelin enchante Trenet – et de Vian. En bon mitterrandien, il voyait la vie en rose, même perdu dans le désert socialiste : « J’ai une solide dose intérieure de plaisir de vivre. Histoire de sauter de joie en pleine rue, de siffloter des airs pas possibles à mes robinets. C’est ancré dans ma peau. J’ai envie de faire face à la déprime. J’aime vivre. Il faut refuser la morosité, l’angoisse ambiante. Et nourrir, diffuser tes richesses naturelles », disait-il dans les pages de Libération au début des années 80. Dans la même interview, il confessait que la musique l’avait sauvé du désespoir : « Elle a fait sortir mes monstres. » Pas faux, rétorqueront les allergiques à ses démons musicaux.

Gouailleur, cabotin, grandiloquent, il l’était aussi sur les plateaux télé, parfois jusqu’au grotesque. Lalanne et Cali n’ont rien à lui envier de ce côté-là. Mais heureusement pour lui, Higelin avait ce truc en plus : le sens de la mélodie populaire qui fait mouche, tombée du ciel donc, et l’inflexible propension à serpenter sur la gamme des sentiments, avec une gracilité constante, en funambule de la vie. Bien perché quand même.

En cinquante ans de carrière, le chanteur – auteur et compositeur – a chevauché tous les styles musicaux pour étoffer son théâtre baroque, sa machine à frapper les mots.

Le grand public l’a découvert en 1978 avec « Pars », son premier tube, une chanson d’amour autobiographique.

Cet enfant de mai 68 – il a fait du théâtre de rue en forme de happenings peu après les événements – s’était auparavant fait remarquer auprès des initiés par son association avec Brigitte Fontaine notamment (« Cet enfant que je t’avais fait », « Fleur de pavot », etc.). Cette période baba cool laissera place à un cycle rock, à partir de 1974. En effet, Higelin a découvert entre-temps les Rolling Stones et le groupe de Detroit MC5, influences qui permettront au musicien de trouver ses marques et son public, avec l’album BBH 75. Le disque résonnera chez Bashung, Couture, Lavilliers, Bill Deraime, Thiéfaine, Téléphone et bien d’autres.

D’ailleurs, Louis Bertignac ou encore Eric Serra ont fait leurs armes chez lui : le guitariste de Téléphone est crédité sur l’album Irradié (1975), Eric Serra sur le double (1985), à la basse et au « Drum computer progr.».

Précurseur d’un rock français urbain, en forme de manifeste social, de tranches de vie (énervées) du morne quotidien – préfigurant ainsi le mouvement punk -, BBH 75 s’est vu attribuer la 5ème place du classement des « 100 Disques essentiels du rock français » établi par le mensuel Rolling Stone en 2010, juste derrière l’Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg.

A partir du single « Pars », Higelin squatte les ondes allègrement jusqu’au milieu des années 90 : « Champagne » (1979), « La Croisade des enfants » (1985) – dont l’empreinte sonore s’entendra chez Bachelet, « Tombé du ciel » (1988) – à la production bleu azur, « Poil dans la main » (1989) – poilante ode à la paresse, « Ce qui est dit doit être fait » (1991) – chant d’amour paternel pour célébrer en beauté l’arrivé de sa fille Izia, née l’année précédente, « Le Berceau de la vie » (1994) – profession de foi tournée vers l’amour de la vie digne et jolie.

Après cette faste et longue période de succès, discographique et scénique, Higelin se fera plus discret, produisant toujours des albums exigeants et malicieux, dont trois relèveront d’une collaboration avec l’ex-Kat Onoma Rodolphe Burger.

En 2016, le septuagénaire (75 ans) sortait un ultime enregistrement studio, Higelin 75, titre renvoyant aussi au disque qui l’avait révélé, comme pour boucler la boucle de son numéro de voltige, avant le baisser du rideau.

Précurseur sur le terrain musical français, l’artiste à la voix éraillée pouvait également se montrer visionnaire, pointant il y a près de quarante ans les travers d’une société devenus règle aujourd’hui : « Tout le monde se confesse actuellement : on se vide comme des sacs chez les autres au lieu d’assumer un minimum. Comme s’il n’y avait pas d’autres moyens de se soigner ! (…) Regarde tous ces canards dans les kiosques, des kilos de paperasse où chacun raconte, explique, déblatère sur sa vie, ses malheurs. Ras le bol que les journaux vivent par procuration ! » (Libé, 23/12/1980).

Jacques Higelin croyait au paradis païen (« Nous sommes qui nous sommes / Un dragon, une lionne / Enlacés nus, dans le jardin du paradis païen »). Espérons que le dragon ait trouvé son dieu Pan, dans son nouveau jardin extraordinaire.