Home Édition Abonné Avril 2018 Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent!

Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent!

Grandeur et contradictions de Peggy Sastre

Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent!
Eugénie Bastié- crédit photo Assouline Hannah

Libertaire et athée, Peggy Sastre n’avait a priori rien de commun avec l’antilibérale catholique Eugénie Bastié. La croisade #balance ton porc les a placées du même côte de la barricade.


La première fois que j’ai croisé Peggy Sastre, c’était à une émission de Frédéric Taddéï pour un plateau « spécial féminisme ». Elle a levé les yeux au ciel quand j’ai parlé d’IVG (sans enthousiasme excessif), mais j’ai souri intérieurement quand elle s’est moquée des chiffres farfelus des viols sur les campus américains. Enfin quelqu’un démontait à voix haute les statistiques bidonnées lancées en tapis de bombe dans les arènes médiatiques par les militantes féministes.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo : elle est libertaire, matérialiste et athée ; je suis conservatrice, antilibérale et catholique. Mais à une époque qui lynche par hashtag et où la raison a déserté le débat public, des solidarités inattendues se créent, fondées si ce n’est sur des arguments, du moins sur des agacements communs. Même si Caroline De Haas a fait les scouts de France, je préfère boire un coup avec Peggy.

Rien ne nous prédisposait, elle et moi, à finir du même côté de la barricade Metoo

Déjà parce qu’elle est drôle. Ce qui est le cas, bizarrement, de beaucoup de gens opposés au délire néoféministe. Ensuite parce qu’elle ne se pince pas le nez. Contrairement à Catherine Deneuve qui dans Libé a fait la dégoûtée parce que des « fachos » soutenaient sa pétition, Peggy est restée droit dans ses bottes, se gardant bien de cracher sur ses soutiens nauséabonds. Elle a du cran, et j’aime ça.

Plus profondément, je crois que le déchaînement du néoféminisme victimaire a permis une convergence inattendue entre libertaires et conservateurs, autour de l’articulation nature/culture. Les rationalistes darwiniens tenants de l’évolution savent que les instincts ne sont pas forcément des obstacles, mais aussi des guides inconscients de survie. Les conservateurs pensent eux que les traditions ne sont pas là pour rien, et qu’elles sont des solutions trouvées par des générations précédentes à un problème. Tous s’accordent à reconnaître l’existence d’une nature humaine, qu’elle soit purement biologique, ou mêlée de divin. Les Social Justice Warriors (activistes du Bien) pensent eux qu’on peut tout déconstruire, des centaines de milliers d’années d’évolution comme des milliers d’années de civilisation. Qu’il n’y a pas de nature, mais uniquement des « constructions sociales », à déconstruire pour retrouver un homme originellement bon. Face à ce rousseauisme, un front inédit rassemble ceux qui pensent que l’histoire (qu’elle soit évolutive ou traditionnelle) a encore un poids. Le bon sens intuitif du conservateur rejoint la démonstration scientifiquement prouvée.

Je dirais que notre divergence principale se situe sur ce que l’on fait de ce constat. Je crois que la culture sublime les instincts, Peggy Sastre pense que la technique permet de les dépasser. Ce qui lui permet de souhaiter l’avènement de l’utérus artificiel pour « libérer » enfin les femmes. Tenante d’une éthique minimale à la Ruwen Ogien, elle pense que la morale est une affaire privée, une béquille pour « esprits faibles », un sale truc à garder pour soi, pour qu’advienne enfin le règne pacifique de l’individu absolu dans le ciel immuable du droit. À la limite, si on peut bazarder en même temps le romantisme, les sentiments et l’amour qui enchaînent les femmes aux devoirs de l’espèce, c’est tant mieux. Le problème est que ce monde n’existe pas, et que la disparition d’un Bien commun au profit d’éthiques minimales aboutit au triomphe du relativisme et de l’exhibition victimaire. Ce monde même qui nous dégoûte toutes les deux.

Allez Peggy, cesse de faire ta demi-habile : rejoins-moi !

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Avril 2018 - #56

Article extrait du Magazine Causeur


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