Et ce qui devait arriver arriva. Quand un ancien banquier réunit 18% des inscrits au premier tour, fait mine de prendre les 66% de bulletins en sa faveur au second contre le repoussoir Marine Le Pen pour une adhésion à son projet de mise aux normes néolibérales de l’exception française, on se retrouve avec une France au bord de la crise de nerfs.

2500 CRS pour une ZAD

Lundi 9 avril, confronté à un mouvement social qui se durcit, le pouvoir a fait donner la troupe. Dans la même journée, il y a d’abord eu 2500 CRS qui sont intervenus sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Quand bien même au mois d’avril, la loi permet les expulsions,  comme si ça ne pouvait pas attendre dans un contexte de tension sociale,  on a détruit des lieux de vie, et refusant la distinction entre les simples squatters, les paysans historiques et les néo-ruraux porteurs de projet alternatifs et au deuxième jours les premiers blessés, chez la police et les zadistes ont fait leur apparition. Les affrontements assez logiquement se durcissent de part et d’autre, hélicoptère et blindé de la gendarmerie visés d’un côtés, premiers blessés graves de l’autre.

C’est d’ailleurs étonnant de la part du macronisme qui n’a cessé de vanter les mérites de l’expérimentation dans tous les domaines devant des élus locaux à la fin de l’année que de nier qu’une partie non négligeable des zadistes tentent d’inventer une autre façon de vivre sur un territoire. Imaginez un peu le désastre si cela, comme cela a été le cas il y a quelques décennies au Larzac, la chose réussissait. Quoi, des auto-entrepreneurs qui en plus prendraient le temps de réfléchir à la façon d’entreprendre ?

Le macronisme, ce bonapartiste autoritaire

C’est juste inacceptable pour un gouvernement dans lequel les technocrates non-élus Buzyn, Blanquer, Borne, Pénicaud œuvrent dans des domaines aussi peu importants que la santé, l’éducation, les transports et le travail et n’auront jamais à redescendre dans une circonscription pour voir, si par hasard, le jour du marché, les électeurs ne seraient pas légèrement agacés qu’on les fasse changer de type de société sans trop leur demander leur avis. Mais qu’ils se rassurent, les électeurs, ils ne sont pas beaucoup plus respectés que les élus, ces dinosaures clientélistes issus du vieux monde. Gérard Larcher, président du Sénat, l’a appris à ses dépens quand il a tenté de nuancer, seulement nuancer, le projet de réforme constitutionnelle qui accentue la présidentialisation du régime, parfaite illustration du double langage constant du macronisme qui se veut girondin dans les mots et relève du bonapartisme autoritaire dans les faits. Même Bayrou, l’allié, doit manger son chapeau devant l’injection homéopathique de la proportionnelle qui sert de cache-sexe à une marginalisation accrue du rôle du Parlement.

Nanterre évacuée

Comme si ça ne suffisait pas, c’est aussi la fac de Nanterre qui ce même lundi 9 avril, a été investie par les CRS. On a eu le droit à quelques photos d’étudiants menottés du meilleur effet. Ceux-là ont sans doute été punis à cause de leur orthographe défaillante. Même en étant partisan acharné de la pédagogie à l’ancienne, on peut trouver tout de même un peu rugueux de répondre à des fautes d’accord par des coups de matraque.

Et encore, on a eu de la chance, de les entrevoir ces photos. Le pouvoir semble aimer moyennement la presse quand elle n’est pas tout à fait aux ordres. Elle s’est retrouvée interdite à Notre-Dame-des-Landes comme elle est désormais interdite de salle de presse dans l’enceinte de l’Elysée. Et quand la ministre des Transports daigne répondre sur la réforme de la SNCF à un organe aussi bolchévique que Les Echos, à la mi-mars, l’entretien a tellement été relu et amendé que le quotidien a préféré ne pas le passer, estimant qu’il n’avait pas à être le simple relais d’un communiqué officiel.

La grogne En marche

Apparemment, cette méthode trouve ses limites. Les deux démonstrations de forces de lundi, dont on peut penser qu’elles étaient plus à l’usage des grévistes de la SNCF que pour la défense de l’état de droit, n’ont pas vraiment portées leurs fruits. La grève, dite perlée, après les dernières AG de grévistes vient de se transformer en grève reconductible à la Gare du Nord qui est tout de même la plus grande d’Europe. Et, ô surprise, un député LREM de Loire-Atlantique, Matthieu Orphelin, s’est rappelé qu’il n’était pas simplement un godillot et a osé exprimé ses réserves sur l’opération de Notre Dames des Landes : « Je suivrai avec inquiétude l’opération qui vient de commencer. J’espère qu’elle sera centrée sur sa réelle raison d’être : finaliser la remise en service de la route RD281 et démonter les quelques lieux de vie qui bordent cette route, pour que tous les habitants de la zone puissent circuler comme avant. Une opération plus vaste ne réglerait rien d’autre. »

On ne le lui fait pas dire et on espère pour lui qu’il ne sera pas foudroyé par Jupiter.

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