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J’ai passé la nuit avec Jean Carmet et Steve Austin

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Conséquences d’un confinement berrichon prolongé sur un quadra cinéphile


Longtemps, je me suis cru cinéphile. Le néoréalisme italien ou picard ne me faisaient même pas peur. J’affichais ma culture cinéma comme un constitutionnaliste se délecte des subtilités du code électoral, un soir d’abstention. Je nageais dans l’abstraction et la poétique de la caméra avec autant de certitudes qu’un médecin-star squatte le poste depuis plusieurs jours. Partout où je zappais, il était là, cauchemar brejnévien ou hitchcockien, je me sentais prisonnier de la télé d’État. Étais-je le nouveau Numéro 6 du COVID-19 ? D’habitude dans une conversation qui s’essouffle, je lançais le nom d’un réalisateur proscrit pour faire le malin et surtout faire taire cet agent immobilier qui roule en Porsche 911 Targa. La réussite professionnelle des autres a toujours été un frein à mon épanouissement personnel. La culture est la seule chose qui reste à ceux qui ont raté leur vie et qui n’ont même pas la force de traverser la rue pour trouver un emploi. 

Le cinéma a été inventé contre ces désagréments

Hier soir, je délirais en mangeant une boîte de conserve, étrangement peu riche en calories. Les ermites des salles obscures ont du mal avec la réalité et les nourritures industrielles. La fiction n’est pas seulement une échappatoire pour nous autres, c’est aussi un long purgatoire. Nous sommes en transit vers un ailleurs sans cesse fantasmé et l’inanité de notre quotidien. Le cinéma a été inventé pour supporter ces désagréments-là, entre le présent idiot et nos aspirations encore plus idiotes. Nous souffrons de cette distanciation sociale depuis l’enfance. Enfin tout ça, c’était dans l’ancien monde, avant la menace, avant le virus tueur, avant la quarantaine, perdu dans ma pampa berrichonne. Merci, Monsieur le Président de m’avoir confiné et remis les idées en place. J’y vois plus clair grâce à vous. Oui, j’ai dû affronter, seul, sans me voiler la face, mes goûts en matière de cinéma. Et le résultat n’est pas brillant, dois-je le confesser ici. Je suis tombé de très haut. On se réveille un matin dans la peau d’un autre homme, encore plus inconnu que Jean Chalosse, le moutonnier des Landes qui enchanta les lectures de mon adolescence. Je me croyais avant-gardiste, défricheur de pellicules improbables, ami des artistes dissidents et obscurs et voilà que mes premiers gestes m’ont porté vers des comédies paillardes. Ces films à moitié-loupé, perclus de mauvais esprit, qui laissent en bouche cette impression de gaudriole faisandée. J’ai fait barrière aux chefs-d’œuvre qui ne manquent pourtant pas dans ma dévédéthèque. J’ai honte comme après avoir écrit une ode à Max Pécas, l’été dernier. J’ai ignominieusement ignoré tous les grands noms du cinéma pour me réfugier vers des farces franco-françaises. Croyez-moi, cette épreuve du confinement est terrible pour l’égo. M’en repentirais-je, un jour ? Irrépressiblement, je me suis jeté sur un long-métrage sorti l’année de ma naissance, sans aucune hésitation, comme possédé. J’ai revu ”Comment réussir…quand on est con et pleurnichard” de Michel Audiard et j’ai ri. Pas le rire mondain, non, la franche poilade, la sensation d’avoir trouvé enfin son port d’attache. Antoine Robinaud (Jean Carmet), pinardier de son état, inlassable démarcheur de Vulcani, le vermouth des intrépides est mon frère en temps de guerre sanitaire. J’ose le dire. Que voulez-vous, tout me fascine dans sa mine droopyesque et ses manières de margoulin triste. Ce représentant en liqueurs et spiritueux est le reflet de tous les déclassés. Je suis nostalgique des restaurants à bougies, des soupes de pois cassés, des filles à la silhouette nervalienne, des mélèzes canoniques, du cul admirablement moulé de Jane Birkin dans un mini-short en jean et des réparties faubouriennes de Jean-Pierre Marielle, en patron de l’hôtel PLM. 

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Lee Majors. Photo D.R
Lee Majors. Photo D.R

Ma fièvre aurait pu s’arrêter là. J’ai aggravé mon cas en visionnant l’intégrale de la saison 1 de « L’Homme qui valait trois milliards ». Le colonel Steve Austin (Lee Majors), ex-astronaute devenu bionique, en smoking, en tenue de nageur de combat, en jogging, faisant une pointe à 60 miles ou détruisant un mur de pierre d’une pichenette m’a ravi. J’étais rassuré. Oscar Goldman, le directeur de l’OSI, veillerait désormais sur mes nuits agitées.  Un cinéphile ne doit pas dire ces choses-là. J’en ai bien conscience. Mais revoir, le feuilleton pilote « Vin, vacances et vahinés » avec en guests, un David McCallum à moustache, une Britt Ekland en agente soviétique ou une Michele Carey en top seventies laissant dévoiler son nombril sur une plage de Nassau, rend le confinement plus doux.

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Comment réussir... quand on est con et pleurnichard

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Pourquoi le coronavirus épargne les enfants


Les scientifiques ont déjà des pistes sérieuses pour expliquer pourquoi COVID-19 ne s’attaque pas aux plus jeunes, une population pourtant souvent vulnérable.


Dans la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui, un phénomène nous protège de la panique générale : sur plus de 7000 personnes décédées à cause du coronavirus depuis le début de l’épidémie en janvier, aucune n’a eu moins de neuf ans. Ce petit miracle était loin d’être évident : dans un grand nombre des pathologies, les taux de mortalité en fonction de l’âge présentent plutôt une courbe en U, exposant à la fois les plus jeunes et les plus âgés.

Une population souvent très vulnérable – les enfants de bas âge – est donc épargnée

Imaginons une seconde l’état de nos sociétés si cela n’avait pas été ainsi, si des enfants de deux, trois ou six ans mourraient au même rythme que leurs grand-parents… Pas sûr que notre société aurait été capable de résister à une telle charge émotionnelle. Dans les colonnes du quotidien israélien Haaretz, Assaf Ronel essaie de comprendre pourquoi les plus jeunes ne sont pas les plus vulnérables cette fois. 

Et il commence par ce double constat : les moins de neuf ans sont épargnés mais plus généralement les effets de cette pathologie sont étroitement liés à l’âge. Ainsi les personnes entre 10 et 40 ans sont elles aussi relativement épargnés. En revanche, plus on avance en âge, plus on est exposé à des formes grave de cette infection virale et à la mort. Ainsi, au-delà de 60 ans, la courbe monte puis explose pour les personnes de plus de 80 ans.  Comment expliquer l’immunité des plus jeunes ? Cette piste, pensent les scientifiques contactés par Assaf Ronel, peut nous amener vers la piste d’un traitement efficace au Covid-19. 

Les enfants infectés mais pas malades

Notons d’emblée que les enfants ne sont pas à l’abri de la contamination. Selon les informations disponibles, ils sont tout autant infectés par le coronavirus que les autres catégories de la population. Or, l’infection ne s’exprime pas chez eux, sinon par des symptômes légers. Ce qui en fait d’ailleurs d’importants agents pathogènes diffusant la maladie – raison pour laquelle les écoles sont fermées – mais aussi une source d’espoir.

Le coronavirus n’est pas la seule infection à laquelle les très jeunes enfants résistent. C’est aussi le cas de la famille des streptocoques. Dans le cas de la grippe espagnole, après la Première guerre mondiale, l’essentiel de la mortalité se concentrait sur les 30-40 ans.  Il est donc logique de chercher des explications dans l’évolution de notre système immunitaire.

Inné et acquis

La résistance des enfants pourrait être liée aux deux formes de systèmes immunitaires dont nos corps disposent : l’inné et l’acquis. Le système inné lutte contre des envahisseurs sans discrimination tandis que l’acquis adapte une réponse spécifique à des menaces identifiées tout en construisant une mémoire immunitaire qui nous aide à nous protéger des pathogènes déjà rencontrés ou assimilés comme tels. Face au coronavirus, le système immunitaire acquis n’est pas d’un grand secours car il s’agit d’un pathogène inédit. Seul le système inné est donc capable de nous protéger. Or, celui-ci est beaucoup plus efficace chez les enfants. Car les changements hormonaux qui commencent à l’adolescence provoquent la dégradation du thymus (organe situé dans la partie supérieure du thorax qui sert de support à la différenciation et la sélection des lymphocytes T et joue un rôle dans notre système immunitaire). Et, si la dégradation de nos défenses immunitaires démarre dès l’adolescence, l’affaiblissement qui en résulte se manifeste d’une manière de plus en plus claire beaucoup plus tard.

A lire aussi: Coronavirus: le temps de l’union sacrée

Une seconde hypothèse explore la façon dont le virus se propage dans le corps. Afin que ce dernier soit durement affecté, il faut que le virus puisse se multiplier suffisamment pour créer une situation de saturation ou de surcharge virale. Tout comme la saturation des hôpitaux par les malades fait craindre l’effondrement du système de soin, notre corps peut lui aussi être débordé par des colonies de virus et s’effondrer (syndrome de défaillance multiviscérale ou SDMV). Chez les enfants, il existe peut-être des goulets d’étranglement qui limitent le rythme de la propagation du virus et transforment une charge de cavalerie massive en lent embouteillage, laissant au système immunitaire le loisir d’éliminer les pathogènes.

Plusieurs pistes

Le premier et le plus important de ceux-ci sont les récepteurs utilisés par le virus pour pénétrer dans les cellules et s’y reproduire. Or, ces récepteurs appelés ACE2 pourraient être affectés par la présence des hormones sexuelles qui apparaissent à l’adolescence. Sans ces hormones – ou avec une présence en plus faible nombre -, nos cellules sont beaucoup moins vulnérables à la pénétration virale.

Un autre obstacle sur le chemin de la cavalerie virale se situe dans la membrane ou la paroi extérieure des cellules des poumons. La capacité de ces dernières à absorber des virus change elle aussi à partir de l’adolescence. Enfin, la présence dans les cellules de « protéines couteaux » (des protéines qui coupent d’autres protéines) a une influence importante sur la multiplication du virus une fois celui-ci à l’intérieur de la cellule. Or, la présence de ces « couteaux » est, elle aussi, liée aux hormones sexuelles et donc à l’âge. Mais ce ne sont qu’hypothèses qu’il faudrait confirmer ou infirmer.

Un essai encourageant en Chine?

On peut poser la question autrement : pourquoi le nombre de cas graves et de décès augmente-t-il avec l’âge ? Retenons que la mort est la conséquence des deux éléments : l’effet direct des virus qui pullulent dans les épithéliums pulmonaires (un ensemble de cellules et donc un tissu) du système respiratoire et la réaction du système immunitaire (mécanismes innés et acquis) qui, en déclenchant des processus inflammatoires, dans les poumons aggravent la situation du patient. Le résultat est un SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aiguë). À ce stade, ce sont les changements physiologiques liés au vieillissement qui entrent en jeu et affaiblissent la résistance du corps.  

Suivant cette logique, des médecins chinois ont utilisé des cellules souches extraites de la moelle osseuse de sujets jeunes pour soutenir les systèmes immunitaires des malades de corona. Cet essai qui a eu des résultats positifs sur un petit groupe des malades est aujourd’hui élargi à 120 patients en Chine.

La principale victime du coronavirus? 30 ans d’idéologie dominante…


La pandémie de coronavirus met notre pays, et d’autres comme l’Italie, sens dessus dessous.


Rues vides, bars et restaurants fermés, usines à l’arrêt au point de faire basculer le pays dans la récession, Bruno Le Maire annonçant une croissance à -1% pour 2020 (même causes mêmes effets pour la zone euro)… Il y a pourtant des tonnes d’enseignements à tirer sur cette crise sanitaire qui va créer une crise économique dont les conséquences risquent d’être pires que celles de 2008.

Si la France manque de tests de dépistage et de masques de protection, ce qui ne manque pas de sel dans un pays où la dépense publique atteint 56,5% du PIB, elle ne manque pas de politiciens dont les échecs sont les seules choses qui resteront d’eux dans les livres d’histoire

Tout d’abord d’un point de vue sanitaire, cette crise est le symbole de la faillite totale des politiques menées depuis des décennies.

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Notre pays vieillit, chose prévisible depuis des années, et une épidémie qui ne nécessite l’hospitalisation que de 5% des personnes touchées par le virus met nos hôpitaux en surtension au point de devoir mobiliser un hôpital militaire en Alsace. Un seul chiffre explique la submersion de nos hôpitaux par les malades : nous avons supprimé 100 000 lits d’hôpital sur les 20 dernières années. Première faillite de l’idéologie dominante de ces dernières années.

Loin de l’autosuffisance

Pour combattre les maladies, il faut donner des médicaments aux malades. Malheureusement, nous avons transféré, mondialisation heureuse oblige pour citer Alain Minc, la production de nos molécules en Chine et en Inde, une Chine qui en a bien besoin en ce moment. Résultat : on ne produit plus un gramme de Paracetamol en Europe depuis 2008 et nous sommes donc tributaires pour soigner nos malades du bon vouloir de pays étrangers qui nous tiennent à la gorge tant pour les livraisons que pour les prix. Seconde faillite de l’idéologie dominante de ces dernières années.

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Ces deux premiers fléaux ont un agent pathogène connu de tous : l’Europe qui, à coups d’orthodoxie budgétaire imposée par l’ordo-libéralisme allemand, nous a obligés à sacrifier nos services publics les uns après les autres et qui, au nom d’un libre-échange imposé en dogme religieux, a fait partir nos usines, y compris les plus stratégiques, sous d’autres cieux où les gens sont payés au lance-pierres pour le plus grand bonheur des actionnaires et le plus grand malheur des salariés. Nous avions le meilleur système de santé du monde, il est devenu en quelques années incapable de protéger nos soignants puisque nombre d’entre eux ne bénéficient même pas de masques de protection, ce qui prouve le peu d’estime que leur donnent nos dirigeants. Ces faillites-là ont des responsables et des coupables : tous ceux qui ont dirigé la France ces trente dernières années et qui ont donné les clefs du camion à des gens non élus, tout en s’asseyant sur la volonté du peuple qui avait montré en 2005 qu’il ne voulait plus de cette Europe grande ouverte qui ne protège personne et qui, au contraire, nous met en danger.

Toujours plus fort

Comme ce n’était pas assez, le coronavirus a montré à quel point la politique menée par Emmanuel Macron depuis trois ans était la même en pire puisque menée en accélérant et en klaxonnant.

Heureux sont les actionnaires qui ont préféré investir en bourse plutôt que dans l’immobilier suite à la transformation de l’ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune) en IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). Ils ont perdu en une semaine 25% de leur argent tandis que les propriétaires immobiliers voient leur investissement continuer à se valoriser. Suivre les conseils en investissements d’Emmanuel Macron, c’est comme l’état providence, « ça coûte un pognon de dingue ».

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Même chose pour la réforme des retraites, mise entre parenthèses le temps de la pandémie, une réforme qui est le premier pas vers le transfert du système par répartition au système par capitalisation. Heureux les retraités américains ou britanniques dont la pension dépend du cours de la bourse et des dividendes distribués aux fonds de pension et dont les revenus vont fondre non comme neige au soleil mais comme cours de bourse infecté au coronavirus.

Si la France manque de tests de dépistage et de masques de protection, ce qui ne manque pas de sel dans un pays où la dépense publique atteint 56,5% du PIB, elle ne manque pas de politiciens dont les échecs sont les seules choses qui resteront d’eux dans les livres d’histoire. Comme disait Lénine : « les faits sont têtus »…

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Coronavirus: et la Suisse dans tout ça?

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La Suisse se distingue notamment par un équilibre complexe entre les compétences de l’Etat fédéral et celles des cantons. Mais comme partout ailleurs, le coronavirus vient ébranler les habitudes institutionnelles. Comment le pays voisin gère-t-il cette crise? Revue de presse.


C’est la panique à bord. Voilà que le virus venu de Chine se déploie plus vite dans la nation helvétique qu’en France ou en Espagne. La proximité des Suisses avec leurs voisins italiens n’y est pas pour rien. Ce lundi 16 mars, l’état de nécessité est décrété.

Face à ce défi de taille, un pays divisé

Divisé, le pays l’est déjà depuis les balbutiements de cette histoire, bien avant qu’elle ne devienne une crise sanitaire en Europe. Entre les uns qui se méfient d’une hystérie non justifiée et les autres qui en font une affaire de vie ou de mort, la conscience peine à être collective. Une grande partie de la presse qui en a trop fait à un moment donné tient sans doute sa part de responsabilité. Le Temps en tête.

Après le clivage, l’incompréhension dont témoigne une part de la population à l’endroit de ses dirigeants. Le Conseil fédéral a en effet tardé à annoncer des mesures qui avaient déjà été prises par l’Italie ou la France. A savoir une fermeture de toutes les écoles et des manifestations de plus de 50 personnes, ainsi que le contrôle des frontières. Certains détails même ne passent pas, comme la retardation répétée de l’heure des conférences de presse. Certains y voient un signal d’incompétence. «Maintenant, on pourra être plus gentil avec les CFF[tooltips content= »Chemins de fer fédéraux suisses NDLR »](1)[/tooltips] quand ils auront du retard quand on voit le sérieux de notre gouvernement», ironise un certain Botan Silver sur Twitter.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Confinement à la française

Après l’incompréhension, l’agacement face au manque de cohérence, des rives du Léman au lac de Constance

C’est plutôt un lac de l’Inconsistance qui se dessine dans la tête des Suisses, qui a vu le Tessin fermer ses frontières avec l’Italie quand Genève laisse encore passer tout le monde. Le corollaire du fédéralisme, qui montre ici ses limites. Pire, pourquoi les contrôles sanitaires sont-ils tabou? Une partie de la droite réagit. Le sénateur UDC Marco Chiesa s’exclame ainsi dans Le Temps du 13 mars: «Je suis furieux. Les permis de travail ne sont pas des certificats médicaux. Les travailleurs frontaliers nécessaires au système suisse doivent venir ici et y rester. Cela ne va pas s’ils continuent de faire des allers-retours.» [tooltips content= »Boris Busslinger, «Les parlementaires saluent les décisions du Conseil fédéral», Le Temps, 13 mars 2020″](2)[/tooltips]

Reste que le mot d’ordre principal est clair: restez à la maison. Mais ce n’est pas pour autant que le climat s’améliore dans le pays. «Les camps se durcissent», note le journaliste Jacques Pilet dans un article publié ce lundi 16 mars sur le site bonpourlatete.com. «Les uns: « Faites-en plus, et plus pour nous protéger! » Les autres: « On se calme! On ne va pas arrêter de vivre! » Cela donne aussi à beaucoup l’envie de ne plus écouter les infos, de ne plus surfer sur le net affolé dans tous les sens.» Et l’éditorialiste de s’adresser aux conseillers fédéraux: «Cessez de prendre des mines d’enterrement, des voix de grands prêtres apocalyptiques. Un peu d’humilité, s’il vous plaît!» [tooltips content= »Jacques Pilet, «Les dégâts et les chances», bonpourlatete.com, 16 mars 2020″](3)[/tooltips]

À lire aussi: Coronavirus: la Corée parvient à endiguer l’épidémie sans confinement

De l’humilité, il en faudra. Bien plus que dans certaines rédactions se découvrant une passion pour les aspects scientifiques d’un virus très difficilement manipulable autrement que par des experts. Ces derniers conseillent les chefs d’États; cessons donc de blablater sur les mesures sanitaires. La véritable question est celle-ci: les habitants de Suisse et d’ailleurs sauront-ils profiter de ce confinement à la maison pour lire, regarder des films, cesser leurs indignations du dimanche et prendre du recul? Nous verrons. À ce propos, chers lecteurs de Causeur, n’hésitez pas à vous faire envoyer la nouvelle édition du magazine Le Regard Libre, afin de découvrir ce mensuel suisse; il paraît que c’est gratuit.

Confinement à la française


L’exécutif reproche aux citoyens de s’être attardés dans leurs parcs. Rappelons-lui qu’il n’est pas exempt de critiques non plus. Elisabeth Lévy nous propose sa chronique parisienne des derniers jours avant le confinement. 


 

Finalement, Emmanuel Macron n’a pas annoncé le confinement à l’italienne. Et pourtant, dès midi hier, des centaines d’internautes et de confrères l’annonçaient de source sûre. La France allait passer au grand confinement avec couvre-feu après 18 heures. Les boulangeries vont fermer m’assurait une vendeuse. De nombreux Parisiens entassaient packs d’eau et papier toilettes dans leur 4 X 4 pour foncer vers leur résidence secondaire avant que la capitale soit placée à l’isolement. Bref, il y avait hier dans la capitale une petite ambiance d’exode, mais d’exode de luxe. 

Il n’y aura donc pas de couvre-feu. Et le fait notable est qu’il n’est pas interdit de travailler quand on ne peut pas télétravailler. Dans ces conditions, on suppose qu’un plombier a le droit d’aller réparer des fuites. On n’arrête pas toute l’économie. De toute façon, l’État paiera a assuré le président. 

Les Parisiens sermonnés

Le président se voulait convaincant et rassurant. Il l’a en effet été passablement avec son ton oscillant entre guide suprême et maître d’école. D’un côté, il a enfilé les perles et les grands mots – nous sommes en guerre, nous gagnerons, rien ne sera plus comme avant, sans oublier Nietzsche pour les nuls avec ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. De l’autre, on a eu le droit à un sermon sur le thème vous n’avez pas été sages et si ça continue, nous devrons encore serrer la vis. On me dira que, dimanche, les Parisiens ne mesuraient pas la gravité de la situation. D’abord, c’est faux. C’est la loupe médiatique et la répétition de la même image vue des milliers de fois, qui donnait le sentiment que tous les Parisiens étaient au parc alors même que beaucoup avaient renoncé à voter. 

Surtout, ces sermons sont un peu incongrus quand on rappelle qu’il y a quinze jours, Macron lui-même nous invitait à continuer à vivre – en donnant l’exemple par une sortie au théâtre.  

Indispensables frontières…

Samedi, à 19 heures, nos gouvernants annoncent la fermeture des bars et restaurants le jour même. Le lendemain, les Français sont conviés aux urnes et les parcs sont ouverts : restez chez vous et allez voter, c’est ce qu’on appelle une injonction contradictoire. Alors, ils y vont. Et ils se font cafter par madame la présidente qui, désireuse de se promener, s’offusque que trop de manants aient eu la même idée. « Ce que j’ai vu ne m’a pas plu », gronde Edouard Philippe. Venant de gens qui ont eu un tel retard à l’allumage, c’est un peu fort de café. Vingt-quatre heures pour s’adapter à de nouvelles règles, dont on nous disait quinze jours plus tôt que nous n’aurions pas à les subir, c’est assez raisonnable, non ? 

Il ne s’agit pas de reprocher à l’exécutif de n’avoir pas compris avant les scientifiques l’ampleur de la menace. On peut en revanche leur reprocher d’avoir rejeté par pure idéologie, toute idée de contrôle aux frontières avec un argument digne de l’école maternelle : le virus n’a pas de passeport, il ne connait pas les frontières. Mais le virus a voyagé avec des humains dotés de passeports. Et la frontière, c’est l’endroit où vous pouvez contrôler et éventuellement refouler ces humains. Or, tandis que tous les pays du monde, y compris nos chers amis allemands, adoptaient des mesures restrictives, ici, on nous chantait l’air du repli c’est mal. Et aujourd’hui Emmanuel Macron nous annonce triomphant que l’Europe fait ce qui était impensable hier, fermer l’espace Schengen. C’est d’autant plus consternant que l’Europe se rappelle qu’elle a une frontière au moment où plus personne ne veut la franchir. 

Covid-19: la revanche des frontières

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Les progressistes insouciants les imaginaient définitivement anachroniques. Mais quand l’épidémie se propage, les frontières réapparaissent sous des formes inédites.


Ainsi donc, on a fini par s’y résoudre. Ainsi donc, après des jours et des semaines d’atermoiement, le gouvernement a décidé de clore nos frontières. Oh, pas celles de notre pays ; pas encore. Ni celles, incontrôlables, de la passoire Schengen, qu’il est illusoire de prétendre fermer. Non, nos propres frontières, nos frontières personnelles, nos frontières à nous : celles de notre peau, de nos portes et des murs de notre domicile.

La désillusion est à la mesure de la chimère

Car qu’est-ce que ce « confinement » auquel nous sommes désormais nous seulement appelés, non seulement incités, mais carrément soumis ? Qu’est-ce que cet enfermement obligatoire, sinon la fermeture d’une frontière personnelle ? Qu’est-ce que cette distance de sécurité imposée à tous contre tous, sinon une vigilance paranoïaque à la frontière de notre propre corps ?

A lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: Coronavirus, Waterloo de la mondialisation?

La métaphore est terrible. Inexorable. Non seulement le virus s’est répandu par l’effet d’une mondialisation débridée, mais il provoque dans tous les pays occidentaux le plus phénoménal des chocs en retour. La désillusion est à la mesure de la chimère, la punition à la mesure de la faute. « On est toujours puni par là où on a péché », affirme la sagesse des nations. Le Covid-19 en inflige à nos dirigeants mondialistes une cuisante démonstration. Vous avez rêvé d’un monde « no border » ? Vous aurez les frontières jalouses de l’état d’urgence. Vous n’avez plus voulu des frontières de l’État-nation ? Vous devrez instaurer des frontières entre l’Ile-de-France et la Normandie, entre la Lombardie et la Vénétie, entre l’Aragon et la Navarre… Vous avez abandonné douaniers et postes de contrôle ? Vous aurez les contrôles dans les rues, les parcs et les centres commerciaux. Vous avez voulu tout ouvrir ? Il vous faudra tout fermer.

Les idéologues en sont pour leurs frais

Les frontières, affirment certains, ne nous auraient pas protégés. Une barrière, paraît-il, n’arrête pas un virus. Argument absurde ! Les virus ne se déplacent pas seuls, en nuages ou en hordes, comme des étourneaux ou des gnous. Il n’y a pas un nuage de virus comme il y eut un nuage de Tchernobyl. Les virus arrivent portés par des personnes infectées. Et qu’on le veuille ou non, des contrôles aux frontières nationales auraient limité, ralenti la diffusion de la maladie. La preuve en est que de plus en plus de pays en viennent justement à fermer leurs frontières, dans l’espoir justement de ralentir cette diffusion. Et surtout, ils en viennent, nous en venons, à élever des frontières entre chaque citoyen. Frontières des murs, des gants, des masques et de la distance de sécurité.

A lire ensuite, Céline Pina: Coronavirus: le temps de l’union sacrée

Alors oui, M. Macron a raison : lorsque tout cela sera derrière nous – et chacun souhaite que ce soit le plus vite possible – il nous faudra en tirer les leçons. Et l’une des plus mémorables, ce sera sans aucun doute cette réhabilitation de la frontière. Car ce mot absurdement honni par nos chers progressistes, ce mot devenu peu à peu péjoratif, va retrouver à la faveur de cette crise un lustre et un sens nouveaux. Lorsque nous pourrons nous retrouver, rire et faire la fête ensemble, nous taper dans le dos, assister en groupe à un concert, nous fondre dans la masse unanime des supporters d’un match, lorsque nous pourrons à nouveau vivre en commun, au meilleur sens du terme, nous nous souviendrons que, pour nous protéger, pour défendre les nôtres, nous aurons cherché et construit des frontières.

Mon confinement en Berry

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Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier est sorti en Pléiade. Profitez-en pour mettre à profit votre confinement !


Qu’est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire se lamentait Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, en 1965. Hier matin, j’étais dans le même état de sidération que l’actrice après un week-end méphistophélique.

Seul sur un quai de gare…

J’ai toujours préféré les runes aux urnes. J’avais échoué dans ma campagne berrichonne, la veille au soir, abandonné par un train famélique. Seul sur un quai de gare, forcément désert. La pluie avait même décidé de rappliquer pour mélancoliser le décor. Le cinéma de genre n’a décidément rien inventé, ma situation manquait cruellement d’originalité. Dans ma débâcle intérieure, nous étions assurément plus proches d’une ambiance terreuse à la Simenon que dans une fête à la Gatsby le magnifique. Mon côté François Merlin l’emportait encore une fois sur Bob Saint-Clar. J’avais poussé ma valise à roulettes dans un concert de couinements pendant dix minutes, réveillant toute ma rue profondément endormie aux sonates de BFM. Je me marrais. Oui, je riais intérieurement en pensant à Jambier, 45, rue Poliveau. Je ne transportais pas un cochon emmailloté, mais des livres ficelés comme ceux qu’on offrait jadis au Certificat d’études, à l’époque de ma grand-mère, avant-guerre, la Première, il va sans dire. Sur ces terres giboyeuses où les connexions numériques sont aussi rares que les apparitions du Dahu, j’avais emporté l’intégrale de Jean-Claude Brisseau. Dans les crises sanitaires, les réprouvés sont parfois bons conseillers, leur flétrissure sociale est un signe de rédemption. Ils nous apprennent aussi à prendre la tangente et à continuer, malgré l’opprobre. Je voulais surtout revoir, une nuit de pleine lune, on a de ses lubies à quarante-cinq ans, Fabienne Babe, dans sa splendeur écorchée. Elle était porteuse de tant de stigmates. Son talent intact et incandescent faisait oublier toutes les autres actrices de sa génération. Cette égérie des eighties calmerait mon angoisse d’un virus au nom brassicole.

Du plaisir de se rendre détestable

Au réveil, j’étais cet enfant complètement désemparé qui a quitté Paris en catastrophe et qui le regrette déjà amèrement. Depuis dix ans, tous mes matins se ressemblent. Je les occupe à la lecture du journal au pied du zinc et à l’observation narquoise de mes concitoyens, en compagnie de mon vieux camarade M.F, flâneur salarié de l’université française. De notre citadelle située au carrefour du boulevard Raspail et de la rue du Bac, nous passons les trente minutes les plus délicieuses de la journée à nous raconter nos échecs et nos névroses. Le temps passe trop vite à énumérer les raisons de notre insuccès, que déjà, nous devons nous quitter. M.F vers ses étudiants activistes-pétitionnaires et moi, vers mes travaux d’écriture, alimentaires et répétitifs.

Notre rendez-vous de 8 heures sonne comme une chanson faussement joyeuse de Francis Lemarque. Nulle part ailleurs que rive gauche, dans le confort ouaté des beaux quartiers, l’acrimonie des relations humaines ne se porte avec autant d’aplomb et de morgue. Il y a un plaisir à se rendre détestable et décadent, à se victimiser sans risquer de tout perdre et à palabrer sans conséquence. L’inconscience immunise dans cette partie de la ville. On y échoue à l’âge des rêves et on en ressort vingt-cinq ans plus tard sur décision administrative sans que Paris n’ait daigné s’intéresser à notre personne. L’ingrate. Une belle salope. Paris se fout des provinciaux qui aspirent à écrire, la littérature n’est plus qu’une pelisse raccommodée de toutes parts.  Avec M.F., nous avons conservé d’une enfance rurale et solitaire le culte idiot du Livre. Benêts que nous sommes. Nous aurions dû nous spécialiser dans les Assurances ou les bourses asiatiques. Et puis ce goût périmé pour les divagations sentimentales, nous ne guérirons donc jamais de cette féérie-là. Nous n’arrivons pas à échapper aux fantômes des bibliothèques. C’est absurde et handicapant. Ridicule, je le concède. Hier matin, passablement hébété par une nuit trop silencieuse, pas un bruit d’ambulance, ni la douce mélodie des fêtards alcoolisés, j’émergeai de mon huis clos campagnard.

Le piège du Grand Meaulnes

A huit heures précises, j’appelai M.F qui faisait la queue devant une pharmacie pour récupérer un tube de Doliprane. Il avait abandonné l’idée d’acheter un thermomètre. Cette mission était au-delà de ses forces. Il me dit de profiter de ma quarantaine pour réorienter ma vie. Il me prenait pour Paul-Loup Sulitzer. Avant de m’exfiltrer, j’avais acheté une Pléiade, une dernière bravade par snobisme, dans un monde qui s’évapore.

Après ce coup de fil, je me mis à lire machinalement la première phrase d’une préface signée Philippe Berthier qui s’avéra vite, aguicheuse et spirituelle, bien roulée et éclairante. Je n’avais aucune intention de me faire prendre par ce bouquin. « Qui nous délivrera du Grand Meaulnes ? a osé un jour gémir un critique iconoclaste (Jean Chalon), dénonçant une pandémie de « meaulnite », à ses yeux mortifère », cette première phrase m’avait serré dans ses griffes. J’étais pris au piège. Je m’installai dans un fauteuil assez rugueux et relus d’une traite Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, avec une candeur intacte, un plaisir sulpicien, une nostalgie épidermique, une généalogie si intime qu’elle me fit vaciller à certains moments. Pour tous les jeunes berrichons, cette lecture a longtemps tenu plus de l’obligation scolaire que du pèlerinage sincère. Comment ce roman essoré par le succès et les exégèses, fossilisé par la disparition de son auteur aux Éparges, sur les Hauts de Meuse, au sud de Verdun, dans le bois de Saint-Remy-la-Calonne, le 22 septembre 1914 m’a libéré de l’angoisse du confinement, un 16 mars 2020. « L’arrivée d’Augustin Meaulnes, coïncida avec ma guérison, fut le commencement d’un vie nouvelle », je veux le croire et je le crois.

Coronavirus: dix mesures qui stoppent la contagion morale

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Vous vivez en appartement? Vous n’avez pas d’enfants à garder? Pas de voiture à nettoyer? Vous êtes en plus célibataire et n’avez personne à qui parler? Pas de panique. Plutôt que de tourner en rond en écoutant en boucle France Info ou BFM TV, Alexis Brunet vous donne dix conseils pour mettre à profit votre confinement sans sombrer dans l’angoisse.


Faire le ménage. On ne le répétera jamais assez : on ne doit pas vivre dans la saleté. Grâce au Covid-19, faites de votre logis un havre de propreté. C’est marqué sur la bouteille, « l’eau de Javel tue 100 % des microbes et des bactéries ». En ces temps de guerre, au diable les écolos!

Appeler vos proches. À l’ère des réseaux sociaux, nous nous éloignons les uns des autres. Désormais, vous avez l’occasion de renouer avec des personnes qui vous sont chères. Vous avez bien un ancien camarade de collège, une tante ou un parrain à qui vous n’avez parlé depuis des années. Au lieu de toujours remettre le moment propice à plus tard en prétextant ne pas avoir le temps, prenez votre téléphone et parlez-leur de vive voix.

Lire les livres que vous n’avez jamais eu le temps de finir. Maintenant que vous avez tout votre temps, pourquoi ne pas lire l’intégrale d’À la recherche du temps perdu de Proust ? Il y aurait aussi Cent ans de solitude (Garcia Marquez), La Peste (Camus) à relire, voire La Divine comédie (Dante).

Regarder des films. C’est le moment de renouer avec le cinéma d’antan. La Dolce Vita vous rappellera le Rome mondain, bien avant que la capitale italienne ne succombe aux joies du chacun chez soi. Pour ceux qui ont besoin de rire ces jours-ci, un bon vieux Louis de Funès comme Faites sauter la banque vous donnera du baume au cœur. Et pourquoi ne pas ouvrir le coffret DVD d’Eric Rohmer qu’on vous a offert il y a dix ans?

Faire la cuisine. Pas besoin de s’aventurer à faire la queue au supermarché, ni d’être un Paul Bocuse dans l’âme. Ouvrez votre placard, vous y trouverez certainement de vieux pots qui ne demandent qu’à être mis à contribution : thym séché, épices à couscous, gingembre moulu, arôme Maggi, mélange de champignons séchés. Grâce au Covid-19, expérimentez, jouez avec les saveurs, inventez et régalez-vous.

Faire de l’exercice. Comment rester en bonne forme quand on ne peut même plus mettre le nez dehors ? Pour ceux qui n’ont ni vélo d’appartement, ni barres à tractions, ni corde à sauter, étirez-vous, musclez vos jambes, vos abdominaux ou vos fessiers. Au bout de deux semaines à la maison, vous serez plus sexy que jamais!

S’aérer. Armez-vous de gants pour toucher les poignées de portes de votre immeuble, gardez les distances de sécurité avec tout le monde, retenez votre respiration quand vous croisez quelqu’un et évitez les postillons. Au retour de votre périple, n’oubliez pas de désinfecter vos gants et lavez-vous abondamment les mains.

Apprendre une nouvelle langue. Pas besoin de risquer la contamination chez un professeur porteur du virus, la méthode Assimil vous propose une initiation correcte en quinze jours. En dépoussiérant votre bibliothèque, vous pourriez y retrouver, comme moi, Le Chinois sans peine ou l’Assimil persan ! Vous pouvez même toujours réviser votre anglais ou votre espagnol avec l’application Duolingo.

Bricoler. Depuis quelques jours, un de mes voisins s’adonne aux joies du marteau. Plutôt que d’aller lui chercher des noises, pourquoi ne pas se prendre au même jeu ? Nous avons tous une boîte à bricolage. Créez des cadres photos, des étagères avec des boites à chaussures, des dessous de table, voire des paires des pantoufles, c’est le moment de se lancer!

Faire de la peinture.  Vous vous sentez l’âme d’un Degas, d’un Turner ou d’un Delacroix? Pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement pour transformer votre logis en atelier? Vous avez bien une boîte de gouache qui traîne. Sinon, pourquoi ne pas vous lancer dans le dessin? Un simple crayon suffit.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Vous pouvez également vous lancer dans le tricot, faire dégivrer votre frigo, purger vos radiateurs, faire de la méditation transcendantale ou reprendre l’écriture du roman de votre vie. Sur ce, je vous laisse, il faut que j’aille désinfecter mes poignées de porte!

>>> C’est le moment ! Aujourd’hui, vous avez le temps. Dites-nous ci-dessous comment vous comptez occuper vos journées de confinement en rejoignant les commentaires Causeur <<<





Faites sauter la banque

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La volte-face présidentielle

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Le 6 mars dernier, le président se rendait encore au théâtre pour montrer l’exemple…


Hier soir, j’avais renoncé à prendre la plume pour réagir à l’intervention présidentielle. Il s’agissait en fait d’une autocensure tout à fait assumée. Comme je l’ai dit à ma moitié qui s’étonnait que je ne me sois pas mis à la tâche : « Ce n’est pas le moment d’accabler le président ». 

Macron sait désormais que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile

Oui j’aurais pu moquer notre chef d’État qui, dix jours après nous avoir montré l’exemple en se rendant ostensiblement au théâtre – « il faut vivre comme avant » -, nous expliquait presque dans les détails comment nous allions désormais vivre confinés. A l’entendre nous enjoindre à lire, à s’occuper de nos enfants et à sortir faire de l’exercice à condition que ce soit en solitaire, à nous réprimander gentiment d’être allés nous égayer dans les parcs parisiens. Nous étions davantage en présence de « Big mother » que de Winston Churchill. Oui, j’aurais pu moquer également la manière dont, avec l’accord de toute la classe politique, il venait d’inventer l’entre-deux-tours de trois mois, choisissant la plus mauvaise des trois solutions proposées par les constitutionnalistes. 

Bye bye la réforme des retraites

Mais tout cela, en fait, était bien dérisoire. Minuscule même, par rapport à l’ardente nécessité d’union nationale, que Céline Pina a si bien évoquée plus tôt dans nos colonnes. Minuscule par rapport aux défis qui nous attendent. Hier soir, le président de la République a repoussé deux réformes auxquelles il tenait particulièrement. Celle de l’indemnisation du chômage, et surtout celle des retraites, qui avait mis la France à l’arrêt pendant tout l’hiver, et dont on peut dire avec euphémisme qu’il y tenait particulièrement. Il n’a pas dit qu’il y renonçait, mais à vrai dire il les a posées à côté de la poubelle, un peu comme des « encombrants » qui ne rentreraient pas dedans. En fait, ces signes-là ne doivent provoquer aucun cri de victoire de la part de ceux qui ont lutté contre ces réformes. Ni même de soulagement. Car si Emmanuel Macron y a renoncé, c’est qu’il sait bien que la guerre contre le coronavirus qui met plusieurs pays à l’arrêt dont le nôtre à partir d’aujourd’hui et pour une période indéterminée, va avoir des conséquences incalculables en termes de crises économique, sociale, et sans doute géopolitique. S’il y a renoncé, c’est qu’il sait bien que son programme présidentiel est aujourd’hui caduc au regard de tout ce qui nous attend. Il sait que désormais, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, que notre État si abîmé constitue le seul levier qu’il nous reste pour maintenir le pays hors de l’eau. Il sait que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile.

Jouons les oiseaux de mauvais augure

Mais il y a aussi tout ce que le Président de la République ne sait pas, et qui n’est pas moins inquiétant. Est-ce que, lorsque le confinement commencera à porter ses fruits, comme c’est le cas en Corée du Sud, ou dans certaines zones de l’Italie, nous serons à l’abri d’une reprise à l’automne avec un virus qui aura muté, et dans un pays en pleine crise économique ? Aurons-nous à ce moment-là eu le temps de produire un vaccin et procédé à la campagne de vaccination obligatoire qui nous permettrait de ne pas reproduire d’autres confinements ? Est-ce que la perspective angoissante que ce pari soit perdu ne donnera pas raison à ceux qui, de l’autre côté de la Manche, ont décidé d’assumer l’immunisation naturelle de leur population, prévenant que peu de familles britanniques seront épargnées par la perte d’un proche, faisant le pari inverse, arguant qu’il s’agissait de la moins pire des solutions ? Est-ce qu’Emmanuel Macron n’a pas hésité un temps d’employer une telle solution, il est vrai effrayante, comprenant ensuite que notre société ne pourrait l’admettre ? 

Malgré ces hésitations, malgré la forme décevante de sa prestation d’hier soir, c’est Emmanuel Macron qui a en charge cette “guerre”, et surtout des conséquences de cette dernière. L’après-guerre, qui pourrait être pire que la guerre elle-même en termes de dégâts sociaux, il en aura aussi la charge du commencement. Qui sait si en assumer toutes les conséquences ne concernera pas plusieurs de ses successeurs ?

Coronavirus: le temps de l’union sacrée

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« Nous sommes en guerre » a répété Emmanuel Macron, peu après vingt heures hier, à six reprises. Rester confiné est l’effort demandé à chacun, dans l’espoir de surmonter la crise sanitaire. La rhétorique guerrière du président vise à démontrer le degré de gravité de la situation, gravité que la société française a mis du temps à appréhender.


« Nous sommes en guerre ». Certains trouvent que c’est une drôle de guerre, qui n’en finit pas de ne pas démarrer ; d’autres, qui sont sur le front ont déjà peur de devoir faire le tri entre ceux que l’on laisse mourir et ceux que l’on peut sauver. En attendant face au refus de trop de Français d’affronter la réalité et de prendre leurs responsabilités, le président de la République s’est essayé au ton martial, a répété six fois que nous étions en guerre mais a semblé avoir peur de prononcer le mot que tout le monde attendait : confinement strict et généralisé. Du coup il y a un sentiment de flottement et d’attente. Pourtant c’est bien ce qui est attendu, ce que le conseil scientifique préconise et ce que le décret va fixer très clairement : l’annonce d’une quatorzaine susceptible de durer. La retraite, non pour fuir la bataille, mais pour mieux la livrer. 

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En attendant que le front se rapproche, l’épidémie évolue vite, elle se généralise et surtout elle n’est absolument pas maîtrisée. Alors chacun retient son souffle. Imitant le silence qui parait envahir la nature juste avant la catastrophe. Et c’est ce que nous vivons aujourd’hui, ce temps suspendu juste avant l’assaut, cette minute de paix qui annonce les mois de guerre. Nous sommes tous au fort Bastiani, face au désert des Tartares mais contrairement au héros de Dino Buzzati, nous n’espérons pas l’arrivée de l’ennemi, nous savons qu’il est déjà là, en nous peut-être et qu’il se manifestera en faisant tomber certains des nôtres. Et tous de craindre que l’un des nôtres soit avant tout l’un des siens.

Pas l’heure de désigner les coupables

Alors parce que nous sommes des hommes, cette attente ne fait pas toujours surgir le meilleur de nous et au lieu de nous unir, nous cherchons parfois inutilement des coupables, des comptes à régler, des fautes à relever.

Il faut que nous acceptions de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances

Alors oui, le gouvernement a parfois été inconséquent. Alors oui, il ne s’est pas rendu compte de la gravité de la crise et ne l’a peut-être pas assez prise au sérieux. Alors oui, nous n’avons pas assez tiré les leçons de l’expérience des Chinois et des Italiens et avons été sans doute présomptueux. Démissionner Agnès Buzyn en pleine crise était inconséquent. Être incapable de fabriquer assez de masques, de gel hydroalcoolique, de tests est inquiétant. Réserver les tests aux personnes les plus haut placées sur l’échelle sociale en cas de soupçons de contamination est très problématique. Mais surtout, cette crise sanitaire arrive alors que les gouvernements successifs ont abîmé l’hôpital public, font travailler depuis des années le personnel dans de mauvaises conditions, que 1600 médecins et chefs de service ont démissionné de leur fonction et que nous souffrons d’une médecine à 3 ou 4 vitesses. Tout cela est vrai mais tout cela devra attendre.

Nous avons quelques atouts

À la fin de la crise, il faudra remettre à plat bien des choses. Et fort de l’héroïsme de nos hospitaliers et de notre soutien, en matière de santé, le gouvernement n’aura d’autres choix que de tenir compte de ce que veut le peuple. Demain ne pourra être le retour à aujourd’hui. Cela le président de la République parait l’avoir compris, il lui restera à le prouver. Mais il arrive que confronté aux grandes peurs de l’humanité et aux limites du pouvoir, l’homme grandisse. Souhaitons-le lui et souhaitons-le nous.

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En attendant nous avons en Olivier Véran, un ministre de la Santé intelligent et humble, qui donne de lui-même et fait le travail et en Jérôme Salomon, un directeur de la Santé investi et compétent. Dans les circonstances, c’est une chance. Nous avons des personnels de santé qui sont prêts à se dévouer et pour qui le serment d’Hippocrate n’est pas que du folklore. Nous avons des atouts mais pour nous en sortir, il faut que nous fassions tous notre part et que nous acceptions le confinement et de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances. J’ai souvent été très critique envers Emmanuel Macron et son entourage, mais il y a un temps pour tout, un temps pour la polémique et un temps pour la concorde, un temps pour la critique et un temps pour l’action. Sous la mitraille, on n’oublie pas nos différences, on les dépasse parce que la réalité se réduit drastiquement et se concentre sur l’essentiel, donc l’existentiel. Survivre, sauver les siens, protéger les autres. Aujourd’hui, c’est le temps de l’union sacrée. Et pour cela, il faut que chacun prenne ses responsabilités. 

Le 2e tour des élections a été reporté. Cela doit se faire avec le soutien de tous les partis. Sinon le message envoyé aux français sera limpide : « nos postes avant vos vies ». Il n’y a pas pire position et elle ne grandira personne. Pareil en ce qui concerne le confinement. Là aussi il faut parler d’une seule voix pour que le message passe. Et ce message est vital. Voilà pourquoi exceptionnellement et temporairement, il faut savoir arrêter le jeu politicien au nom du sens de l’État quand cela touche à la question de la survie. Mais ce front commun s’explique aussi par une réduction drastique de nos choix, désirs et capacités. Survivre ce n’est pas vivre et si l’union sacrée a quelque chose d’exaltant, elle n’a de sens que si nous nous donnons les moyens d’en sortir. C’est en cela que le confinement est paradoxalement notre meilleure porte de sortie. Je nous souhaite d’avoir des partis en mesure de comprendre ce B.A.BA-là. Cette cohérence dans le discours montrera que lorsque la question est existentielle et touche à l’avenir du pays et à la vie de ses citoyens, nos représentants font primer l’intérêt général avant leur intérêt partisan ou personnel. Cela serait d’autant plus remarquable que si l’on en croit les sondages mesurant la défiance des Français à l’égard de leurs représentants, ils sont persuadés que ce genre de politiques n’existent plus. Leur montrer qu’ils ont tort en s’élevant chacun au niveau de responsabilités demandé à tous serait la moindre des choses. 

Élections reportées

Enfin, comme on le constate sur les réseaux sociaux, traiter de nuls tout le monde, politiques, scientifiques, épidémiologistes, virologues parce que la vague arrive, ne résoudra rien et n’est pas juste. Nous devons nous rappeler que ce virus est nouveau, que nous ne savons pas tout sur lui, qu’il n’y a pas de traitement et surtout que nous n’avons pas été confronté à un tel phénomène depuis des années. Certains errements pointés sont aussi imputables à la difficulté d’avoir la bonne réaction quand on apprend en avançant, que les informations évoluent très vite et que toute décision comporte une part élevée de risques potentiels. Mais surtout, les médecins et le personnel médical sont en première ligne. Sur le front, les erreurs ne pardonnent pas et ils portent au quotidien cette responsabilité écrasante. Eux savent que si les respirateurs artificiels sont saturés, ils devront faire le tri et ils connaissent le poids de ce type de décisions. Des décisions que leurs collègues italiens ont dû prendre…

Alors de notre comportement et de notre discipline dépendront sans doute les vies de nombre de nos concitoyens. C’est une lourde responsabilité, mais c’est la nôtre, et notre façon d’aider ceux qui sont vraiment en première ligne, les malades et nos soignants.

J’ai passé la nuit avec Jean Carmet et Steve Austin

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"COMMENT REUSSIR QUAND ON EST CON EST PLEURNICHARD" AVEC JEAN CARMET. - 1974. © Sipa / Numéro de reportage : 00306899_000003

Conséquences d’un confinement berrichon prolongé sur un quadra cinéphile


Longtemps, je me suis cru cinéphile. Le néoréalisme italien ou picard ne me faisaient même pas peur. J’affichais ma culture cinéma comme un constitutionnaliste se délecte des subtilités du code électoral, un soir d’abstention. Je nageais dans l’abstraction et la poétique de la caméra avec autant de certitudes qu’un médecin-star squatte le poste depuis plusieurs jours. Partout où je zappais, il était là, cauchemar brejnévien ou hitchcockien, je me sentais prisonnier de la télé d’État. Étais-je le nouveau Numéro 6 du COVID-19 ? D’habitude dans une conversation qui s’essouffle, je lançais le nom d’un réalisateur proscrit pour faire le malin et surtout faire taire cet agent immobilier qui roule en Porsche 911 Targa. La réussite professionnelle des autres a toujours été un frein à mon épanouissement personnel. La culture est la seule chose qui reste à ceux qui ont raté leur vie et qui n’ont même pas la force de traverser la rue pour trouver un emploi. 

Le cinéma a été inventé contre ces désagréments

Hier soir, je délirais en mangeant une boîte de conserve, étrangement peu riche en calories. Les ermites des salles obscures ont du mal avec la réalité et les nourritures industrielles. La fiction n’est pas seulement une échappatoire pour nous autres, c’est aussi un long purgatoire. Nous sommes en transit vers un ailleurs sans cesse fantasmé et l’inanité de notre quotidien. Le cinéma a été inventé pour supporter ces désagréments-là, entre le présent idiot et nos aspirations encore plus idiotes. Nous souffrons de cette distanciation sociale depuis l’enfance. Enfin tout ça, c’était dans l’ancien monde, avant la menace, avant le virus tueur, avant la quarantaine, perdu dans ma pampa berrichonne. Merci, Monsieur le Président de m’avoir confiné et remis les idées en place. J’y vois plus clair grâce à vous. Oui, j’ai dû affronter, seul, sans me voiler la face, mes goûts en matière de cinéma. Et le résultat n’est pas brillant, dois-je le confesser ici. Je suis tombé de très haut. On se réveille un matin dans la peau d’un autre homme, encore plus inconnu que Jean Chalosse, le moutonnier des Landes qui enchanta les lectures de mon adolescence. Je me croyais avant-gardiste, défricheur de pellicules improbables, ami des artistes dissidents et obscurs et voilà que mes premiers gestes m’ont porté vers des comédies paillardes. Ces films à moitié-loupé, perclus de mauvais esprit, qui laissent en bouche cette impression de gaudriole faisandée. J’ai fait barrière aux chefs-d’œuvre qui ne manquent pourtant pas dans ma dévédéthèque. J’ai honte comme après avoir écrit une ode à Max Pécas, l’été dernier. J’ai ignominieusement ignoré tous les grands noms du cinéma pour me réfugier vers des farces franco-françaises. Croyez-moi, cette épreuve du confinement est terrible pour l’égo. M’en repentirais-je, un jour ? Irrépressiblement, je me suis jeté sur un long-métrage sorti l’année de ma naissance, sans aucune hésitation, comme possédé. J’ai revu ”Comment réussir…quand on est con et pleurnichard” de Michel Audiard et j’ai ri. Pas le rire mondain, non, la franche poilade, la sensation d’avoir trouvé enfin son port d’attache. Antoine Robinaud (Jean Carmet), pinardier de son état, inlassable démarcheur de Vulcani, le vermouth des intrépides est mon frère en temps de guerre sanitaire. J’ose le dire. Que voulez-vous, tout me fascine dans sa mine droopyesque et ses manières de margoulin triste. Ce représentant en liqueurs et spiritueux est le reflet de tous les déclassés. Je suis nostalgique des restaurants à bougies, des soupes de pois cassés, des filles à la silhouette nervalienne, des mélèzes canoniques, du cul admirablement moulé de Jane Birkin dans un mini-short en jean et des réparties faubouriennes de Jean-Pierre Marielle, en patron de l’hôtel PLM. 

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Lee Majors. Photo D.R
Lee Majors. Photo D.R

Ma fièvre aurait pu s’arrêter là. J’ai aggravé mon cas en visionnant l’intégrale de la saison 1 de « L’Homme qui valait trois milliards ». Le colonel Steve Austin (Lee Majors), ex-astronaute devenu bionique, en smoking, en tenue de nageur de combat, en jogging, faisant une pointe à 60 miles ou détruisant un mur de pierre d’une pichenette m’a ravi. J’étais rassuré. Oscar Goldman, le directeur de l’OSI, veillerait désormais sur mes nuits agitées.  Un cinéphile ne doit pas dire ces choses-là. J’en ai bien conscience. Mais revoir, le feuilleton pilote « Vin, vacances et vahinés » avec en guests, un David McCallum à moustache, une Britt Ekland en agente soviétique ou une Michele Carey en top seventies laissant dévoiler son nombril sur une plage de Nassau, rend le confinement plus doux.

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Pourquoi le coronavirus épargne les enfants

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Un garçonnet à Rome le 25 février 2020 © Silvia Loré/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30204488_000019

Les scientifiques ont déjà des pistes sérieuses pour expliquer pourquoi COVID-19 ne s’attaque pas aux plus jeunes, une population pourtant souvent vulnérable.


Dans la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui, un phénomène nous protège de la panique générale : sur plus de 7000 personnes décédées à cause du coronavirus depuis le début de l’épidémie en janvier, aucune n’a eu moins de neuf ans. Ce petit miracle était loin d’être évident : dans un grand nombre des pathologies, les taux de mortalité en fonction de l’âge présentent plutôt une courbe en U, exposant à la fois les plus jeunes et les plus âgés.

Une population souvent très vulnérable – les enfants de bas âge – est donc épargnée

Imaginons une seconde l’état de nos sociétés si cela n’avait pas été ainsi, si des enfants de deux, trois ou six ans mourraient au même rythme que leurs grand-parents… Pas sûr que notre société aurait été capable de résister à une telle charge émotionnelle. Dans les colonnes du quotidien israélien Haaretz, Assaf Ronel essaie de comprendre pourquoi les plus jeunes ne sont pas les plus vulnérables cette fois. 

Et il commence par ce double constat : les moins de neuf ans sont épargnés mais plus généralement les effets de cette pathologie sont étroitement liés à l’âge. Ainsi les personnes entre 10 et 40 ans sont elles aussi relativement épargnés. En revanche, plus on avance en âge, plus on est exposé à des formes grave de cette infection virale et à la mort. Ainsi, au-delà de 60 ans, la courbe monte puis explose pour les personnes de plus de 80 ans.  Comment expliquer l’immunité des plus jeunes ? Cette piste, pensent les scientifiques contactés par Assaf Ronel, peut nous amener vers la piste d’un traitement efficace au Covid-19. 

Les enfants infectés mais pas malades

Notons d’emblée que les enfants ne sont pas à l’abri de la contamination. Selon les informations disponibles, ils sont tout autant infectés par le coronavirus que les autres catégories de la population. Or, l’infection ne s’exprime pas chez eux, sinon par des symptômes légers. Ce qui en fait d’ailleurs d’importants agents pathogènes diffusant la maladie – raison pour laquelle les écoles sont fermées – mais aussi une source d’espoir.

Le coronavirus n’est pas la seule infection à laquelle les très jeunes enfants résistent. C’est aussi le cas de la famille des streptocoques. Dans le cas de la grippe espagnole, après la Première guerre mondiale, l’essentiel de la mortalité se concentrait sur les 30-40 ans.  Il est donc logique de chercher des explications dans l’évolution de notre système immunitaire.

Inné et acquis

La résistance des enfants pourrait être liée aux deux formes de systèmes immunitaires dont nos corps disposent : l’inné et l’acquis. Le système inné lutte contre des envahisseurs sans discrimination tandis que l’acquis adapte une réponse spécifique à des menaces identifiées tout en construisant une mémoire immunitaire qui nous aide à nous protéger des pathogènes déjà rencontrés ou assimilés comme tels. Face au coronavirus, le système immunitaire acquis n’est pas d’un grand secours car il s’agit d’un pathogène inédit. Seul le système inné est donc capable de nous protéger. Or, celui-ci est beaucoup plus efficace chez les enfants. Car les changements hormonaux qui commencent à l’adolescence provoquent la dégradation du thymus (organe situé dans la partie supérieure du thorax qui sert de support à la différenciation et la sélection des lymphocytes T et joue un rôle dans notre système immunitaire). Et, si la dégradation de nos défenses immunitaires démarre dès l’adolescence, l’affaiblissement qui en résulte se manifeste d’une manière de plus en plus claire beaucoup plus tard.

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Une seconde hypothèse explore la façon dont le virus se propage dans le corps. Afin que ce dernier soit durement affecté, il faut que le virus puisse se multiplier suffisamment pour créer une situation de saturation ou de surcharge virale. Tout comme la saturation des hôpitaux par les malades fait craindre l’effondrement du système de soin, notre corps peut lui aussi être débordé par des colonies de virus et s’effondrer (syndrome de défaillance multiviscérale ou SDMV). Chez les enfants, il existe peut-être des goulets d’étranglement qui limitent le rythme de la propagation du virus et transforment une charge de cavalerie massive en lent embouteillage, laissant au système immunitaire le loisir d’éliminer les pathogènes.

Plusieurs pistes

Le premier et le plus important de ceux-ci sont les récepteurs utilisés par le virus pour pénétrer dans les cellules et s’y reproduire. Or, ces récepteurs appelés ACE2 pourraient être affectés par la présence des hormones sexuelles qui apparaissent à l’adolescence. Sans ces hormones – ou avec une présence en plus faible nombre -, nos cellules sont beaucoup moins vulnérables à la pénétration virale.

Un autre obstacle sur le chemin de la cavalerie virale se situe dans la membrane ou la paroi extérieure des cellules des poumons. La capacité de ces dernières à absorber des virus change elle aussi à partir de l’adolescence. Enfin, la présence dans les cellules de « protéines couteaux » (des protéines qui coupent d’autres protéines) a une influence importante sur la multiplication du virus une fois celui-ci à l’intérieur de la cellule. Or, la présence de ces « couteaux » est, elle aussi, liée aux hormones sexuelles et donc à l’âge. Mais ce ne sont qu’hypothèses qu’il faudrait confirmer ou infirmer.

Un essai encourageant en Chine?

On peut poser la question autrement : pourquoi le nombre de cas graves et de décès augmente-t-il avec l’âge ? Retenons que la mort est la conséquence des deux éléments : l’effet direct des virus qui pullulent dans les épithéliums pulmonaires (un ensemble de cellules et donc un tissu) du système respiratoire et la réaction du système immunitaire (mécanismes innés et acquis) qui, en déclenchant des processus inflammatoires, dans les poumons aggravent la situation du patient. Le résultat est un SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aiguë). À ce stade, ce sont les changements physiologiques liés au vieillissement qui entrent en jeu et affaiblissent la résistance du corps.  

Suivant cette logique, des médecins chinois ont utilisé des cellules souches extraites de la moelle osseuse de sujets jeunes pour soutenir les systèmes immunitaires des malades de corona. Cet essai qui a eu des résultats positifs sur un petit groupe des malades est aujourd’hui élargi à 120 patients en Chine.

La principale victime du coronavirus? 30 ans d’idéologie dominante…

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© ROMAIN DOUCELIN/SIPA Numéro de reportage: 00938435_000002

La pandémie de coronavirus met notre pays, et d’autres comme l’Italie, sens dessus dessous.


Rues vides, bars et restaurants fermés, usines à l’arrêt au point de faire basculer le pays dans la récession, Bruno Le Maire annonçant une croissance à -1% pour 2020 (même causes mêmes effets pour la zone euro)… Il y a pourtant des tonnes d’enseignements à tirer sur cette crise sanitaire qui va créer une crise économique dont les conséquences risquent d’être pires que celles de 2008.

Si la France manque de tests de dépistage et de masques de protection, ce qui ne manque pas de sel dans un pays où la dépense publique atteint 56,5% du PIB, elle ne manque pas de politiciens dont les échecs sont les seules choses qui resteront d’eux dans les livres d’histoire

Tout d’abord d’un point de vue sanitaire, cette crise est le symbole de la faillite totale des politiques menées depuis des décennies.

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Notre pays vieillit, chose prévisible depuis des années, et une épidémie qui ne nécessite l’hospitalisation que de 5% des personnes touchées par le virus met nos hôpitaux en surtension au point de devoir mobiliser un hôpital militaire en Alsace. Un seul chiffre explique la submersion de nos hôpitaux par les malades : nous avons supprimé 100 000 lits d’hôpital sur les 20 dernières années. Première faillite de l’idéologie dominante de ces dernières années.

Loin de l’autosuffisance

Pour combattre les maladies, il faut donner des médicaments aux malades. Malheureusement, nous avons transféré, mondialisation heureuse oblige pour citer Alain Minc, la production de nos molécules en Chine et en Inde, une Chine qui en a bien besoin en ce moment. Résultat : on ne produit plus un gramme de Paracetamol en Europe depuis 2008 et nous sommes donc tributaires pour soigner nos malades du bon vouloir de pays étrangers qui nous tiennent à la gorge tant pour les livraisons que pour les prix. Seconde faillite de l’idéologie dominante de ces dernières années.

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Ces deux premiers fléaux ont un agent pathogène connu de tous : l’Europe qui, à coups d’orthodoxie budgétaire imposée par l’ordo-libéralisme allemand, nous a obligés à sacrifier nos services publics les uns après les autres et qui, au nom d’un libre-échange imposé en dogme religieux, a fait partir nos usines, y compris les plus stratégiques, sous d’autres cieux où les gens sont payés au lance-pierres pour le plus grand bonheur des actionnaires et le plus grand malheur des salariés. Nous avions le meilleur système de santé du monde, il est devenu en quelques années incapable de protéger nos soignants puisque nombre d’entre eux ne bénéficient même pas de masques de protection, ce qui prouve le peu d’estime que leur donnent nos dirigeants. Ces faillites-là ont des responsables et des coupables : tous ceux qui ont dirigé la France ces trente dernières années et qui ont donné les clefs du camion à des gens non élus, tout en s’asseyant sur la volonté du peuple qui avait montré en 2005 qu’il ne voulait plus de cette Europe grande ouverte qui ne protège personne et qui, au contraire, nous met en danger.

Toujours plus fort

Comme ce n’était pas assez, le coronavirus a montré à quel point la politique menée par Emmanuel Macron depuis trois ans était la même en pire puisque menée en accélérant et en klaxonnant.

Heureux sont les actionnaires qui ont préféré investir en bourse plutôt que dans l’immobilier suite à la transformation de l’ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune) en IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). Ils ont perdu en une semaine 25% de leur argent tandis que les propriétaires immobiliers voient leur investissement continuer à se valoriser. Suivre les conseils en investissements d’Emmanuel Macron, c’est comme l’état providence, « ça coûte un pognon de dingue ».

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Même chose pour la réforme des retraites, mise entre parenthèses le temps de la pandémie, une réforme qui est le premier pas vers le transfert du système par répartition au système par capitalisation. Heureux les retraités américains ou britanniques dont la pension dépend du cours de la bourse et des dividendes distribués aux fonds de pension et dont les revenus vont fondre non comme neige au soleil mais comme cours de bourse infecté au coronavirus.

Si la France manque de tests de dépistage et de masques de protection, ce qui ne manque pas de sel dans un pays où la dépense publique atteint 56,5% du PIB, elle ne manque pas de politiciens dont les échecs sont les seules choses qui resteront d’eux dans les livres d’histoire. Comme disait Lénine : « les faits sont têtus »…

Mes Mots du jour

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Coronavirus: et la Suisse dans tout ça?

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Les rues de Lausanne désertes le 17 mars 2020. © Jean-Christophe Bott/ AP/ SIPA

La Suisse se distingue notamment par un équilibre complexe entre les compétences de l’Etat fédéral et celles des cantons. Mais comme partout ailleurs, le coronavirus vient ébranler les habitudes institutionnelles. Comment le pays voisin gère-t-il cette crise? Revue de presse.


C’est la panique à bord. Voilà que le virus venu de Chine se déploie plus vite dans la nation helvétique qu’en France ou en Espagne. La proximité des Suisses avec leurs voisins italiens n’y est pas pour rien. Ce lundi 16 mars, l’état de nécessité est décrété.

Face à ce défi de taille, un pays divisé

Divisé, le pays l’est déjà depuis les balbutiements de cette histoire, bien avant qu’elle ne devienne une crise sanitaire en Europe. Entre les uns qui se méfient d’une hystérie non justifiée et les autres qui en font une affaire de vie ou de mort, la conscience peine à être collective. Une grande partie de la presse qui en a trop fait à un moment donné tient sans doute sa part de responsabilité. Le Temps en tête.

Après le clivage, l’incompréhension dont témoigne une part de la population à l’endroit de ses dirigeants. Le Conseil fédéral a en effet tardé à annoncer des mesures qui avaient déjà été prises par l’Italie ou la France. A savoir une fermeture de toutes les écoles et des manifestations de plus de 50 personnes, ainsi que le contrôle des frontières. Certains détails même ne passent pas, comme la retardation répétée de l’heure des conférences de presse. Certains y voient un signal d’incompétence. «Maintenant, on pourra être plus gentil avec les CFF[tooltips content= »Chemins de fer fédéraux suisses NDLR »](1)[/tooltips] quand ils auront du retard quand on voit le sérieux de notre gouvernement», ironise un certain Botan Silver sur Twitter.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Confinement à la française

Après l’incompréhension, l’agacement face au manque de cohérence, des rives du Léman au lac de Constance

C’est plutôt un lac de l’Inconsistance qui se dessine dans la tête des Suisses, qui a vu le Tessin fermer ses frontières avec l’Italie quand Genève laisse encore passer tout le monde. Le corollaire du fédéralisme, qui montre ici ses limites. Pire, pourquoi les contrôles sanitaires sont-ils tabou? Une partie de la droite réagit. Le sénateur UDC Marco Chiesa s’exclame ainsi dans Le Temps du 13 mars: «Je suis furieux. Les permis de travail ne sont pas des certificats médicaux. Les travailleurs frontaliers nécessaires au système suisse doivent venir ici et y rester. Cela ne va pas s’ils continuent de faire des allers-retours.» [tooltips content= »Boris Busslinger, «Les parlementaires saluent les décisions du Conseil fédéral», Le Temps, 13 mars 2020″](2)[/tooltips]

Reste que le mot d’ordre principal est clair: restez à la maison. Mais ce n’est pas pour autant que le climat s’améliore dans le pays. «Les camps se durcissent», note le journaliste Jacques Pilet dans un article publié ce lundi 16 mars sur le site bonpourlatete.com. «Les uns: « Faites-en plus, et plus pour nous protéger! » Les autres: « On se calme! On ne va pas arrêter de vivre! » Cela donne aussi à beaucoup l’envie de ne plus écouter les infos, de ne plus surfer sur le net affolé dans tous les sens.» Et l’éditorialiste de s’adresser aux conseillers fédéraux: «Cessez de prendre des mines d’enterrement, des voix de grands prêtres apocalyptiques. Un peu d’humilité, s’il vous plaît!» [tooltips content= »Jacques Pilet, «Les dégâts et les chances», bonpourlatete.com, 16 mars 2020″](3)[/tooltips]

À lire aussi: Coronavirus: la Corée parvient à endiguer l’épidémie sans confinement

De l’humilité, il en faudra. Bien plus que dans certaines rédactions se découvrant une passion pour les aspects scientifiques d’un virus très difficilement manipulable autrement que par des experts. Ces derniers conseillent les chefs d’États; cessons donc de blablater sur les mesures sanitaires. La véritable question est celle-ci: les habitants de Suisse et d’ailleurs sauront-ils profiter de ce confinement à la maison pour lire, regarder des films, cesser leurs indignations du dimanche et prendre du recul? Nous verrons. À ce propos, chers lecteurs de Causeur, n’hésitez pas à vous faire envoyer la nouvelle édition du magazine Le Regard Libre, afin de découvrir ce mensuel suisse; il paraît que c’est gratuit.

Confinement à la française

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Le canal Saint-Martin, à Paris, dimanche 15 mars 2020, juste avant le confinement. Photo: Thomas SAMSON / AFP

L’exécutif reproche aux citoyens de s’être attardés dans leurs parcs. Rappelons-lui qu’il n’est pas exempt de critiques non plus. Elisabeth Lévy nous propose sa chronique parisienne des derniers jours avant le confinement. 


 

Finalement, Emmanuel Macron n’a pas annoncé le confinement à l’italienne. Et pourtant, dès midi hier, des centaines d’internautes et de confrères l’annonçaient de source sûre. La France allait passer au grand confinement avec couvre-feu après 18 heures. Les boulangeries vont fermer m’assurait une vendeuse. De nombreux Parisiens entassaient packs d’eau et papier toilettes dans leur 4 X 4 pour foncer vers leur résidence secondaire avant que la capitale soit placée à l’isolement. Bref, il y avait hier dans la capitale une petite ambiance d’exode, mais d’exode de luxe. 

Il n’y aura donc pas de couvre-feu. Et le fait notable est qu’il n’est pas interdit de travailler quand on ne peut pas télétravailler. Dans ces conditions, on suppose qu’un plombier a le droit d’aller réparer des fuites. On n’arrête pas toute l’économie. De toute façon, l’État paiera a assuré le président. 

Les Parisiens sermonnés

Le président se voulait convaincant et rassurant. Il l’a en effet été passablement avec son ton oscillant entre guide suprême et maître d’école. D’un côté, il a enfilé les perles et les grands mots – nous sommes en guerre, nous gagnerons, rien ne sera plus comme avant, sans oublier Nietzsche pour les nuls avec ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. De l’autre, on a eu le droit à un sermon sur le thème vous n’avez pas été sages et si ça continue, nous devrons encore serrer la vis. On me dira que, dimanche, les Parisiens ne mesuraient pas la gravité de la situation. D’abord, c’est faux. C’est la loupe médiatique et la répétition de la même image vue des milliers de fois, qui donnait le sentiment que tous les Parisiens étaient au parc alors même que beaucoup avaient renoncé à voter. 

Surtout, ces sermons sont un peu incongrus quand on rappelle qu’il y a quinze jours, Macron lui-même nous invitait à continuer à vivre – en donnant l’exemple par une sortie au théâtre.  

Indispensables frontières…

Samedi, à 19 heures, nos gouvernants annoncent la fermeture des bars et restaurants le jour même. Le lendemain, les Français sont conviés aux urnes et les parcs sont ouverts : restez chez vous et allez voter, c’est ce qu’on appelle une injonction contradictoire. Alors, ils y vont. Et ils se font cafter par madame la présidente qui, désireuse de se promener, s’offusque que trop de manants aient eu la même idée. « Ce que j’ai vu ne m’a pas plu », gronde Edouard Philippe. Venant de gens qui ont eu un tel retard à l’allumage, c’est un peu fort de café. Vingt-quatre heures pour s’adapter à de nouvelles règles, dont on nous disait quinze jours plus tôt que nous n’aurions pas à les subir, c’est assez raisonnable, non ? 

Il ne s’agit pas de reprocher à l’exécutif de n’avoir pas compris avant les scientifiques l’ampleur de la menace. On peut en revanche leur reprocher d’avoir rejeté par pure idéologie, toute idée de contrôle aux frontières avec un argument digne de l’école maternelle : le virus n’a pas de passeport, il ne connait pas les frontières. Mais le virus a voyagé avec des humains dotés de passeports. Et la frontière, c’est l’endroit où vous pouvez contrôler et éventuellement refouler ces humains. Or, tandis que tous les pays du monde, y compris nos chers amis allemands, adoptaient des mesures restrictives, ici, on nous chantait l’air du repli c’est mal. Et aujourd’hui Emmanuel Macron nous annonce triomphant que l’Europe fait ce qui était impensable hier, fermer l’espace Schengen. C’est d’autant plus consternant que l’Europe se rappelle qu’elle a une frontière au moment où plus personne ne veut la franchir. 

Covid-19: la revanche des frontières

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Militaires italiens à la frontière avec l'Autriche, à Brennero, le 10 mars 2020 © ESPA Photo Agency/Cal Sport Medi/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30206856_000004

Les progressistes insouciants les imaginaient définitivement anachroniques. Mais quand l’épidémie se propage, les frontières réapparaissent sous des formes inédites.


Ainsi donc, on a fini par s’y résoudre. Ainsi donc, après des jours et des semaines d’atermoiement, le gouvernement a décidé de clore nos frontières. Oh, pas celles de notre pays ; pas encore. Ni celles, incontrôlables, de la passoire Schengen, qu’il est illusoire de prétendre fermer. Non, nos propres frontières, nos frontières personnelles, nos frontières à nous : celles de notre peau, de nos portes et des murs de notre domicile.

La désillusion est à la mesure de la chimère

Car qu’est-ce que ce « confinement » auquel nous sommes désormais nous seulement appelés, non seulement incités, mais carrément soumis ? Qu’est-ce que cet enfermement obligatoire, sinon la fermeture d’une frontière personnelle ? Qu’est-ce que cette distance de sécurité imposée à tous contre tous, sinon une vigilance paranoïaque à la frontière de notre propre corps ?

A lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: Coronavirus, Waterloo de la mondialisation?

La métaphore est terrible. Inexorable. Non seulement le virus s’est répandu par l’effet d’une mondialisation débridée, mais il provoque dans tous les pays occidentaux le plus phénoménal des chocs en retour. La désillusion est à la mesure de la chimère, la punition à la mesure de la faute. « On est toujours puni par là où on a péché », affirme la sagesse des nations. Le Covid-19 en inflige à nos dirigeants mondialistes une cuisante démonstration. Vous avez rêvé d’un monde « no border » ? Vous aurez les frontières jalouses de l’état d’urgence. Vous n’avez plus voulu des frontières de l’État-nation ? Vous devrez instaurer des frontières entre l’Ile-de-France et la Normandie, entre la Lombardie et la Vénétie, entre l’Aragon et la Navarre… Vous avez abandonné douaniers et postes de contrôle ? Vous aurez les contrôles dans les rues, les parcs et les centres commerciaux. Vous avez voulu tout ouvrir ? Il vous faudra tout fermer.

Les idéologues en sont pour leurs frais

Les frontières, affirment certains, ne nous auraient pas protégés. Une barrière, paraît-il, n’arrête pas un virus. Argument absurde ! Les virus ne se déplacent pas seuls, en nuages ou en hordes, comme des étourneaux ou des gnous. Il n’y a pas un nuage de virus comme il y eut un nuage de Tchernobyl. Les virus arrivent portés par des personnes infectées. Et qu’on le veuille ou non, des contrôles aux frontières nationales auraient limité, ralenti la diffusion de la maladie. La preuve en est que de plus en plus de pays en viennent justement à fermer leurs frontières, dans l’espoir justement de ralentir cette diffusion. Et surtout, ils en viennent, nous en venons, à élever des frontières entre chaque citoyen. Frontières des murs, des gants, des masques et de la distance de sécurité.

A lire ensuite, Céline Pina: Coronavirus: le temps de l’union sacrée

Alors oui, M. Macron a raison : lorsque tout cela sera derrière nous – et chacun souhaite que ce soit le plus vite possible – il nous faudra en tirer les leçons. Et l’une des plus mémorables, ce sera sans aucun doute cette réhabilitation de la frontière. Car ce mot absurdement honni par nos chers progressistes, ce mot devenu peu à peu péjoratif, va retrouver à la faveur de cette crise un lustre et un sens nouveaux. Lorsque nous pourrons nous retrouver, rire et faire la fête ensemble, nous taper dans le dos, assister en groupe à un concert, nous fondre dans la masse unanime des supporters d’un match, lorsque nous pourrons à nouveau vivre en commun, au meilleur sens du terme, nous nous souviendrons que, pour nous protéger, pour défendre les nôtres, nous aurons cherché et construit des frontières.

Mon confinement en Berry

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berry coronavirus grand meaulnes
"Le grand Meaulnes", film (2006). Authors: NANA PRODUCTIONS/SIPA. Feature Reference: 00549497_000003

Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier est sorti en Pléiade. Profitez-en pour mettre à profit votre confinement !


Qu’est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire se lamentait Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, en 1965. Hier matin, j’étais dans le même état de sidération que l’actrice après un week-end méphistophélique.

Seul sur un quai de gare…

J’ai toujours préféré les runes aux urnes. J’avais échoué dans ma campagne berrichonne, la veille au soir, abandonné par un train famélique. Seul sur un quai de gare, forcément désert. La pluie avait même décidé de rappliquer pour mélancoliser le décor. Le cinéma de genre n’a décidément rien inventé, ma situation manquait cruellement d’originalité. Dans ma débâcle intérieure, nous étions assurément plus proches d’une ambiance terreuse à la Simenon que dans une fête à la Gatsby le magnifique. Mon côté François Merlin l’emportait encore une fois sur Bob Saint-Clar. J’avais poussé ma valise à roulettes dans un concert de couinements pendant dix minutes, réveillant toute ma rue profondément endormie aux sonates de BFM. Je me marrais. Oui, je riais intérieurement en pensant à Jambier, 45, rue Poliveau. Je ne transportais pas un cochon emmailloté, mais des livres ficelés comme ceux qu’on offrait jadis au Certificat d’études, à l’époque de ma grand-mère, avant-guerre, la Première, il va sans dire. Sur ces terres giboyeuses où les connexions numériques sont aussi rares que les apparitions du Dahu, j’avais emporté l’intégrale de Jean-Claude Brisseau. Dans les crises sanitaires, les réprouvés sont parfois bons conseillers, leur flétrissure sociale est un signe de rédemption. Ils nous apprennent aussi à prendre la tangente et à continuer, malgré l’opprobre. Je voulais surtout revoir, une nuit de pleine lune, on a de ses lubies à quarante-cinq ans, Fabienne Babe, dans sa splendeur écorchée. Elle était porteuse de tant de stigmates. Son talent intact et incandescent faisait oublier toutes les autres actrices de sa génération. Cette égérie des eighties calmerait mon angoisse d’un virus au nom brassicole.

Du plaisir de se rendre détestable

Au réveil, j’étais cet enfant complètement désemparé qui a quitté Paris en catastrophe et qui le regrette déjà amèrement. Depuis dix ans, tous mes matins se ressemblent. Je les occupe à la lecture du journal au pied du zinc et à l’observation narquoise de mes concitoyens, en compagnie de mon vieux camarade M.F, flâneur salarié de l’université française. De notre citadelle située au carrefour du boulevard Raspail et de la rue du Bac, nous passons les trente minutes les plus délicieuses de la journée à nous raconter nos échecs et nos névroses. Le temps passe trop vite à énumérer les raisons de notre insuccès, que déjà, nous devons nous quitter. M.F vers ses étudiants activistes-pétitionnaires et moi, vers mes travaux d’écriture, alimentaires et répétitifs.

Notre rendez-vous de 8 heures sonne comme une chanson faussement joyeuse de Francis Lemarque. Nulle part ailleurs que rive gauche, dans le confort ouaté des beaux quartiers, l’acrimonie des relations humaines ne se porte avec autant d’aplomb et de morgue. Il y a un plaisir à se rendre détestable et décadent, à se victimiser sans risquer de tout perdre et à palabrer sans conséquence. L’inconscience immunise dans cette partie de la ville. On y échoue à l’âge des rêves et on en ressort vingt-cinq ans plus tard sur décision administrative sans que Paris n’ait daigné s’intéresser à notre personne. L’ingrate. Une belle salope. Paris se fout des provinciaux qui aspirent à écrire, la littérature n’est plus qu’une pelisse raccommodée de toutes parts.  Avec M.F., nous avons conservé d’une enfance rurale et solitaire le culte idiot du Livre. Benêts que nous sommes. Nous aurions dû nous spécialiser dans les Assurances ou les bourses asiatiques. Et puis ce goût périmé pour les divagations sentimentales, nous ne guérirons donc jamais de cette féérie-là. Nous n’arrivons pas à échapper aux fantômes des bibliothèques. C’est absurde et handicapant. Ridicule, je le concède. Hier matin, passablement hébété par une nuit trop silencieuse, pas un bruit d’ambulance, ni la douce mélodie des fêtards alcoolisés, j’émergeai de mon huis clos campagnard.

Le piège du Grand Meaulnes

A huit heures précises, j’appelai M.F qui faisait la queue devant une pharmacie pour récupérer un tube de Doliprane. Il avait abandonné l’idée d’acheter un thermomètre. Cette mission était au-delà de ses forces. Il me dit de profiter de ma quarantaine pour réorienter ma vie. Il me prenait pour Paul-Loup Sulitzer. Avant de m’exfiltrer, j’avais acheté une Pléiade, une dernière bravade par snobisme, dans un monde qui s’évapore.

Après ce coup de fil, je me mis à lire machinalement la première phrase d’une préface signée Philippe Berthier qui s’avéra vite, aguicheuse et spirituelle, bien roulée et éclairante. Je n’avais aucune intention de me faire prendre par ce bouquin. « Qui nous délivrera du Grand Meaulnes ? a osé un jour gémir un critique iconoclaste (Jean Chalon), dénonçant une pandémie de « meaulnite », à ses yeux mortifère », cette première phrase m’avait serré dans ses griffes. J’étais pris au piège. Je m’installai dans un fauteuil assez rugueux et relus d’une traite Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, avec une candeur intacte, un plaisir sulpicien, une nostalgie épidermique, une généalogie si intime qu’elle me fit vaciller à certains moments. Pour tous les jeunes berrichons, cette lecture a longtemps tenu plus de l’obligation scolaire que du pèlerinage sincère. Comment ce roman essoré par le succès et les exégèses, fossilisé par la disparition de son auteur aux Éparges, sur les Hauts de Meuse, au sud de Verdun, dans le bois de Saint-Remy-la-Calonne, le 22 septembre 1914 m’a libéré de l’angoisse du confinement, un 16 mars 2020. « L’arrivée d’Augustin Meaulnes, coïncida avec ma guérison, fut le commencement d’un vie nouvelle », je veux le croire et je le crois.

Coronavirus: dix mesures qui stoppent la contagion morale

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coronavirus hygiene confinement
Ecolier en auto-confinement, Garce, mars 2020. Authors: RAPHAEL BLOCH/SIPA. Feature Reference: 00950138_000004

 


Vous vivez en appartement? Vous n’avez pas d’enfants à garder? Pas de voiture à nettoyer? Vous êtes en plus célibataire et n’avez personne à qui parler? Pas de panique. Plutôt que de tourner en rond en écoutant en boucle France Info ou BFM TV, Alexis Brunet vous donne dix conseils pour mettre à profit votre confinement sans sombrer dans l’angoisse.


Faire le ménage. On ne le répétera jamais assez : on ne doit pas vivre dans la saleté. Grâce au Covid-19, faites de votre logis un havre de propreté. C’est marqué sur la bouteille, « l’eau de Javel tue 100 % des microbes et des bactéries ». En ces temps de guerre, au diable les écolos!

Appeler vos proches. À l’ère des réseaux sociaux, nous nous éloignons les uns des autres. Désormais, vous avez l’occasion de renouer avec des personnes qui vous sont chères. Vous avez bien un ancien camarade de collège, une tante ou un parrain à qui vous n’avez parlé depuis des années. Au lieu de toujours remettre le moment propice à plus tard en prétextant ne pas avoir le temps, prenez votre téléphone et parlez-leur de vive voix.

Lire les livres que vous n’avez jamais eu le temps de finir. Maintenant que vous avez tout votre temps, pourquoi ne pas lire l’intégrale d’À la recherche du temps perdu de Proust ? Il y aurait aussi Cent ans de solitude (Garcia Marquez), La Peste (Camus) à relire, voire La Divine comédie (Dante).

Regarder des films. C’est le moment de renouer avec le cinéma d’antan. La Dolce Vita vous rappellera le Rome mondain, bien avant que la capitale italienne ne succombe aux joies du chacun chez soi. Pour ceux qui ont besoin de rire ces jours-ci, un bon vieux Louis de Funès comme Faites sauter la banque vous donnera du baume au cœur. Et pourquoi ne pas ouvrir le coffret DVD d’Eric Rohmer qu’on vous a offert il y a dix ans?

Faire la cuisine. Pas besoin de s’aventurer à faire la queue au supermarché, ni d’être un Paul Bocuse dans l’âme. Ouvrez votre placard, vous y trouverez certainement de vieux pots qui ne demandent qu’à être mis à contribution : thym séché, épices à couscous, gingembre moulu, arôme Maggi, mélange de champignons séchés. Grâce au Covid-19, expérimentez, jouez avec les saveurs, inventez et régalez-vous.

Faire de l’exercice. Comment rester en bonne forme quand on ne peut même plus mettre le nez dehors ? Pour ceux qui n’ont ni vélo d’appartement, ni barres à tractions, ni corde à sauter, étirez-vous, musclez vos jambes, vos abdominaux ou vos fessiers. Au bout de deux semaines à la maison, vous serez plus sexy que jamais!

S’aérer. Armez-vous de gants pour toucher les poignées de portes de votre immeuble, gardez les distances de sécurité avec tout le monde, retenez votre respiration quand vous croisez quelqu’un et évitez les postillons. Au retour de votre périple, n’oubliez pas de désinfecter vos gants et lavez-vous abondamment les mains.

Apprendre une nouvelle langue. Pas besoin de risquer la contamination chez un professeur porteur du virus, la méthode Assimil vous propose une initiation correcte en quinze jours. En dépoussiérant votre bibliothèque, vous pourriez y retrouver, comme moi, Le Chinois sans peine ou l’Assimil persan ! Vous pouvez même toujours réviser votre anglais ou votre espagnol avec l’application Duolingo.

Bricoler. Depuis quelques jours, un de mes voisins s’adonne aux joies du marteau. Plutôt que d’aller lui chercher des noises, pourquoi ne pas se prendre au même jeu ? Nous avons tous une boîte à bricolage. Créez des cadres photos, des étagères avec des boites à chaussures, des dessous de table, voire des paires des pantoufles, c’est le moment de se lancer!

Faire de la peinture.  Vous vous sentez l’âme d’un Degas, d’un Turner ou d’un Delacroix? Pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement pour transformer votre logis en atelier? Vous avez bien une boîte de gouache qui traîne. Sinon, pourquoi ne pas vous lancer dans le dessin? Un simple crayon suffit.

Cette liste est loin d’être exhaustive. Vous pouvez également vous lancer dans le tricot, faire dégivrer votre frigo, purger vos radiateurs, faire de la méditation transcendantale ou reprendre l’écriture du roman de votre vie. Sur ce, je vous laisse, il faut que j’aille désinfecter mes poignées de porte!

>>> C’est le moment ! Aujourd’hui, vous avez le temps. Dites-nous ci-dessous comment vous comptez occuper vos journées de confinement en rejoignant les commentaires Causeur <<<





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La volte-face présidentielle

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Allocution télévisée d'Emmanuel Macron le 16 mars 2020 © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage: 00950245_000009

Le 6 mars dernier, le président se rendait encore au théâtre pour montrer l’exemple…


Hier soir, j’avais renoncé à prendre la plume pour réagir à l’intervention présidentielle. Il s’agissait en fait d’une autocensure tout à fait assumée. Comme je l’ai dit à ma moitié qui s’étonnait que je ne me sois pas mis à la tâche : « Ce n’est pas le moment d’accabler le président ». 

Macron sait désormais que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile

Oui j’aurais pu moquer notre chef d’État qui, dix jours après nous avoir montré l’exemple en se rendant ostensiblement au théâtre – « il faut vivre comme avant » -, nous expliquait presque dans les détails comment nous allions désormais vivre confinés. A l’entendre nous enjoindre à lire, à s’occuper de nos enfants et à sortir faire de l’exercice à condition que ce soit en solitaire, à nous réprimander gentiment d’être allés nous égayer dans les parcs parisiens. Nous étions davantage en présence de « Big mother » que de Winston Churchill. Oui, j’aurais pu moquer également la manière dont, avec l’accord de toute la classe politique, il venait d’inventer l’entre-deux-tours de trois mois, choisissant la plus mauvaise des trois solutions proposées par les constitutionnalistes. 

Bye bye la réforme des retraites

Mais tout cela, en fait, était bien dérisoire. Minuscule même, par rapport à l’ardente nécessité d’union nationale, que Céline Pina a si bien évoquée plus tôt dans nos colonnes. Minuscule par rapport aux défis qui nous attendent. Hier soir, le président de la République a repoussé deux réformes auxquelles il tenait particulièrement. Celle de l’indemnisation du chômage, et surtout celle des retraites, qui avait mis la France à l’arrêt pendant tout l’hiver, et dont on peut dire avec euphémisme qu’il y tenait particulièrement. Il n’a pas dit qu’il y renonçait, mais à vrai dire il les a posées à côté de la poubelle, un peu comme des « encombrants » qui ne rentreraient pas dedans. En fait, ces signes-là ne doivent provoquer aucun cri de victoire de la part de ceux qui ont lutté contre ces réformes. Ni même de soulagement. Car si Emmanuel Macron y a renoncé, c’est qu’il sait bien que la guerre contre le coronavirus qui met plusieurs pays à l’arrêt dont le nôtre à partir d’aujourd’hui et pour une période indéterminée, va avoir des conséquences incalculables en termes de crises économique, sociale, et sans doute géopolitique. S’il y a renoncé, c’est qu’il sait bien que son programme présidentiel est aujourd’hui caduc au regard de tout ce qui nous attend. Il sait que désormais, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, que notre État si abîmé constitue le seul levier qu’il nous reste pour maintenir le pays hors de l’eau. Il sait que la crise de 2008 pourrait bien ressembler à une aimable plaisanterie à côté de ce qui se profile.

Jouons les oiseaux de mauvais augure

Mais il y a aussi tout ce que le Président de la République ne sait pas, et qui n’est pas moins inquiétant. Est-ce que, lorsque le confinement commencera à porter ses fruits, comme c’est le cas en Corée du Sud, ou dans certaines zones de l’Italie, nous serons à l’abri d’une reprise à l’automne avec un virus qui aura muté, et dans un pays en pleine crise économique ? Aurons-nous à ce moment-là eu le temps de produire un vaccin et procédé à la campagne de vaccination obligatoire qui nous permettrait de ne pas reproduire d’autres confinements ? Est-ce que la perspective angoissante que ce pari soit perdu ne donnera pas raison à ceux qui, de l’autre côté de la Manche, ont décidé d’assumer l’immunisation naturelle de leur population, prévenant que peu de familles britanniques seront épargnées par la perte d’un proche, faisant le pari inverse, arguant qu’il s’agissait de la moins pire des solutions ? Est-ce qu’Emmanuel Macron n’a pas hésité un temps d’employer une telle solution, il est vrai effrayante, comprenant ensuite que notre société ne pourrait l’admettre ? 

Malgré ces hésitations, malgré la forme décevante de sa prestation d’hier soir, c’est Emmanuel Macron qui a en charge cette “guerre”, et surtout des conséquences de cette dernière. L’après-guerre, qui pourrait être pire que la guerre elle-même en termes de dégâts sociaux, il en aura aussi la charge du commencement. Qui sait si en assumer toutes les conséquences ne concernera pas plusieurs de ses successeurs ?

Coronavirus: le temps de l’union sacrée

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Damien Meyer / AFP

« Nous sommes en guerre » a répété Emmanuel Macron, peu après vingt heures hier, à six reprises. Rester confiné est l’effort demandé à chacun, dans l’espoir de surmonter la crise sanitaire. La rhétorique guerrière du président vise à démontrer le degré de gravité de la situation, gravité que la société française a mis du temps à appréhender.


« Nous sommes en guerre ». Certains trouvent que c’est une drôle de guerre, qui n’en finit pas de ne pas démarrer ; d’autres, qui sont sur le front ont déjà peur de devoir faire le tri entre ceux que l’on laisse mourir et ceux que l’on peut sauver. En attendant face au refus de trop de Français d’affronter la réalité et de prendre leurs responsabilités, le président de la République s’est essayé au ton martial, a répété six fois que nous étions en guerre mais a semblé avoir peur de prononcer le mot que tout le monde attendait : confinement strict et généralisé. Du coup il y a un sentiment de flottement et d’attente. Pourtant c’est bien ce qui est attendu, ce que le conseil scientifique préconise et ce que le décret va fixer très clairement : l’annonce d’une quatorzaine susceptible de durer. La retraite, non pour fuir la bataille, mais pour mieux la livrer. 

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En attendant que le front se rapproche, l’épidémie évolue vite, elle se généralise et surtout elle n’est absolument pas maîtrisée. Alors chacun retient son souffle. Imitant le silence qui parait envahir la nature juste avant la catastrophe. Et c’est ce que nous vivons aujourd’hui, ce temps suspendu juste avant l’assaut, cette minute de paix qui annonce les mois de guerre. Nous sommes tous au fort Bastiani, face au désert des Tartares mais contrairement au héros de Dino Buzzati, nous n’espérons pas l’arrivée de l’ennemi, nous savons qu’il est déjà là, en nous peut-être et qu’il se manifestera en faisant tomber certains des nôtres. Et tous de craindre que l’un des nôtres soit avant tout l’un des siens.

Pas l’heure de désigner les coupables

Alors parce que nous sommes des hommes, cette attente ne fait pas toujours surgir le meilleur de nous et au lieu de nous unir, nous cherchons parfois inutilement des coupables, des comptes à régler, des fautes à relever.

Il faut que nous acceptions de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances

Alors oui, le gouvernement a parfois été inconséquent. Alors oui, il ne s’est pas rendu compte de la gravité de la crise et ne l’a peut-être pas assez prise au sérieux. Alors oui, nous n’avons pas assez tiré les leçons de l’expérience des Chinois et des Italiens et avons été sans doute présomptueux. Démissionner Agnès Buzyn en pleine crise était inconséquent. Être incapable de fabriquer assez de masques, de gel hydroalcoolique, de tests est inquiétant. Réserver les tests aux personnes les plus haut placées sur l’échelle sociale en cas de soupçons de contamination est très problématique. Mais surtout, cette crise sanitaire arrive alors que les gouvernements successifs ont abîmé l’hôpital public, font travailler depuis des années le personnel dans de mauvaises conditions, que 1600 médecins et chefs de service ont démissionné de leur fonction et que nous souffrons d’une médecine à 3 ou 4 vitesses. Tout cela est vrai mais tout cela devra attendre.

Nous avons quelques atouts

À la fin de la crise, il faudra remettre à plat bien des choses. Et fort de l’héroïsme de nos hospitaliers et de notre soutien, en matière de santé, le gouvernement n’aura d’autres choix que de tenir compte de ce que veut le peuple. Demain ne pourra être le retour à aujourd’hui. Cela le président de la République parait l’avoir compris, il lui restera à le prouver. Mais il arrive que confronté aux grandes peurs de l’humanité et aux limites du pouvoir, l’homme grandisse. Souhaitons-le lui et souhaitons-le nous.

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En attendant nous avons en Olivier Véran, un ministre de la Santé intelligent et humble, qui donne de lui-même et fait le travail et en Jérôme Salomon, un directeur de la Santé investi et compétent. Dans les circonstances, c’est une chance. Nous avons des personnels de santé qui sont prêts à se dévouer et pour qui le serment d’Hippocrate n’est pas que du folklore. Nous avons des atouts mais pour nous en sortir, il faut que nous fassions tous notre part et que nous acceptions le confinement et de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances. J’ai souvent été très critique envers Emmanuel Macron et son entourage, mais il y a un temps pour tout, un temps pour la polémique et un temps pour la concorde, un temps pour la critique et un temps pour l’action. Sous la mitraille, on n’oublie pas nos différences, on les dépasse parce que la réalité se réduit drastiquement et se concentre sur l’essentiel, donc l’existentiel. Survivre, sauver les siens, protéger les autres. Aujourd’hui, c’est le temps de l’union sacrée. Et pour cela, il faut que chacun prenne ses responsabilités. 

Le 2e tour des élections a été reporté. Cela doit se faire avec le soutien de tous les partis. Sinon le message envoyé aux français sera limpide : « nos postes avant vos vies ». Il n’y a pas pire position et elle ne grandira personne. Pareil en ce qui concerne le confinement. Là aussi il faut parler d’une seule voix pour que le message passe. Et ce message est vital. Voilà pourquoi exceptionnellement et temporairement, il faut savoir arrêter le jeu politicien au nom du sens de l’État quand cela touche à la question de la survie. Mais ce front commun s’explique aussi par une réduction drastique de nos choix, désirs et capacités. Survivre ce n’est pas vivre et si l’union sacrée a quelque chose d’exaltant, elle n’a de sens que si nous nous donnons les moyens d’en sortir. C’est en cela que le confinement est paradoxalement notre meilleure porte de sortie. Je nous souhaite d’avoir des partis en mesure de comprendre ce B.A.BA-là. Cette cohérence dans le discours montrera que lorsque la question est existentielle et touche à l’avenir du pays et à la vie de ses citoyens, nos représentants font primer l’intérêt général avant leur intérêt partisan ou personnel. Cela serait d’autant plus remarquable que si l’on en croit les sondages mesurant la défiance des Français à l’égard de leurs représentants, ils sont persuadés que ce genre de politiques n’existent plus. Leur montrer qu’ils ont tort en s’élevant chacun au niveau de responsabilités demandé à tous serait la moindre des choses. 

Élections reportées

Enfin, comme on le constate sur les réseaux sociaux, traiter de nuls tout le monde, politiques, scientifiques, épidémiologistes, virologues parce que la vague arrive, ne résoudra rien et n’est pas juste. Nous devons nous rappeler que ce virus est nouveau, que nous ne savons pas tout sur lui, qu’il n’y a pas de traitement et surtout que nous n’avons pas été confronté à un tel phénomène depuis des années. Certains errements pointés sont aussi imputables à la difficulté d’avoir la bonne réaction quand on apprend en avançant, que les informations évoluent très vite et que toute décision comporte une part élevée de risques potentiels. Mais surtout, les médecins et le personnel médical sont en première ligne. Sur le front, les erreurs ne pardonnent pas et ils portent au quotidien cette responsabilité écrasante. Eux savent que si les respirateurs artificiels sont saturés, ils devront faire le tri et ils connaissent le poids de ce type de décisions. Des décisions que leurs collègues italiens ont dû prendre…

Alors de notre comportement et de notre discipline dépendront sans doute les vies de nombre de nos concitoyens. C’est une lourde responsabilité, mais c’est la nôtre, et notre façon d’aider ceux qui sont vraiment en première ligne, les malades et nos soignants.