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Coronavirus: le temps de l’union sacrée

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« Nous sommes en guerre » a répété Emmanuel Macron, peu après vingt heures hier, à six reprises. Rester confiné est l’effort demandé à chacun, dans l’espoir de surmonter la crise sanitaire. La rhétorique guerrière du président vise à démontrer le degré de gravité de la situation, gravité que la société française a mis du temps à appréhender.


« Nous sommes en guerre ». Certains trouvent que c’est une drôle de guerre, qui n’en finit pas de ne pas démarrer ; d’autres, qui sont sur le front ont déjà peur de devoir faire le tri entre ceux que l’on laisse mourir et ceux que l’on peut sauver. En attendant face au refus de trop de Français d’affronter la réalité et de prendre leurs responsabilités, le président de la République s’est essayé au ton martial, a répété six fois que nous étions en guerre mais a semblé avoir peur de prononcer le mot que tout le monde attendait : confinement strict et généralisé. Du coup il y a un sentiment de flottement et d’attente. Pourtant c’est bien ce qui est attendu, ce que le conseil scientifique préconise et ce que le décret va fixer très clairement : l’annonce d’une quatorzaine susceptible de durer. La retraite, non pour fuir la bataille, mais pour mieux la livrer. 

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En attendant que le front se rapproche, l’épidémie évolue vite, elle se généralise et surtout elle n’est absolument pas maîtrisée. Alors chacun retient son souffle. Imitant le silence qui parait envahir la nature juste avant la catastrophe. Et c’est ce que nous vivons aujourd’hui, ce temps suspendu juste avant l’assaut, cette minute de paix qui annonce les mois de guerre. Nous sommes tous au fort Bastiani, face au désert des Tartares mais contrairement au héros de Dino Buzzati, nous n’espérons pas l’arrivée de l’ennemi, nous savons qu’il est déjà là, en nous peut-être et qu’il se manifestera en faisant tomber certains des nôtres. Et tous de craindre que l’un des nôtres soit avant tout l’un des siens.

Pas l’heure de désigner les coupables

Alors parce que nous sommes des hommes, cette attente ne fait pas toujours surgir le meilleur de nous et au lieu de nous unir, nous cherchons parfois inutilement des coupables, des comptes à régler, des fautes à relever.

Il faut que nous acceptions de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances

Alors oui, le gouvernement a parfois été inconséquent. Alors oui, il ne s’est pas rendu compte de la gravité de la crise et ne l’a peut-être pas assez prise au sérieux. Alors oui, nous n’avons pas assez tiré les leçons de l’expérience des Chinois et des Italiens et avons été sans doute présomptueux. Démissionner Agnès Buzyn en pleine crise était inconséquent. Être incapable de fabriquer assez de masques, de gel hydroalcoolique, de tests est inquiétant. Réserver les tests aux personnes les plus haut placées sur l’échelle sociale en cas de soupçons de contamination est très problématique. Mais surtout, cette crise sanitaire arrive alors que les gouvernements successifs ont abîmé l’hôpital public, font travailler depuis des années le personnel dans de mauvaises conditions, que 1600 médecins et chefs de service ont démissionné de leur fonction et que nous souffrons d’une médecine à 3 ou 4 vitesses. Tout cela est vrai mais tout cela devra attendre.

Nous avons quelques atouts

À la fin de la crise, il faudra remettre à plat bien des choses. Et fort de l’héroïsme de nos hospitaliers et de notre soutien, en matière de santé, le gouvernement n’aura d’autres choix que de tenir compte de ce que veut le peuple. Demain ne pourra être le retour à aujourd’hui. Cela le président de la République parait l’avoir compris, il lui restera à le prouver. Mais il arrive que confronté aux grandes peurs de l’humanité et aux limites du pouvoir, l’homme grandisse. Souhaitons-le lui et souhaitons-le nous.

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En attendant nous avons en Olivier Véran, un ministre de la Santé intelligent et humble, qui donne de lui-même et fait le travail et en Jérôme Salomon, un directeur de la Santé investi et compétent. Dans les circonstances, c’est une chance. Nous avons des personnels de santé qui sont prêts à se dévouer et pour qui le serment d’Hippocrate n’est pas que du folklore. Nous avons des atouts mais pour nous en sortir, il faut que nous fassions tous notre part et que nous acceptions le confinement et de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances. J’ai souvent été très critique envers Emmanuel Macron et son entourage, mais il y a un temps pour tout, un temps pour la polémique et un temps pour la concorde, un temps pour la critique et un temps pour l’action. Sous la mitraille, on n’oublie pas nos différences, on les dépasse parce que la réalité se réduit drastiquement et se concentre sur l’essentiel, donc l’existentiel. Survivre, sauver les siens, protéger les autres. Aujourd’hui, c’est le temps de l’union sacrée. Et pour cela, il faut que chacun prenne ses responsabilités. 

Le 2e tour des élections a été reporté. Cela doit se faire avec le soutien de tous les partis. Sinon le message envoyé aux français sera limpide : « nos postes avant vos vies ». Il n’y a pas pire position et elle ne grandira personne. Pareil en ce qui concerne le confinement. Là aussi il faut parler d’une seule voix pour que le message passe. Et ce message est vital. Voilà pourquoi exceptionnellement et temporairement, il faut savoir arrêter le jeu politicien au nom du sens de l’État quand cela touche à la question de la survie. Mais ce front commun s’explique aussi par une réduction drastique de nos choix, désirs et capacités. Survivre ce n’est pas vivre et si l’union sacrée a quelque chose d’exaltant, elle n’a de sens que si nous nous donnons les moyens d’en sortir. C’est en cela que le confinement est paradoxalement notre meilleure porte de sortie. Je nous souhaite d’avoir des partis en mesure de comprendre ce B.A.BA-là. Cette cohérence dans le discours montrera que lorsque la question est existentielle et touche à l’avenir du pays et à la vie de ses citoyens, nos représentants font primer l’intérêt général avant leur intérêt partisan ou personnel. Cela serait d’autant plus remarquable que si l’on en croit les sondages mesurant la défiance des Français à l’égard de leurs représentants, ils sont persuadés que ce genre de politiques n’existent plus. Leur montrer qu’ils ont tort en s’élevant chacun au niveau de responsabilités demandé à tous serait la moindre des choses. 

Élections reportées

Enfin, comme on le constate sur les réseaux sociaux, traiter de nuls tout le monde, politiques, scientifiques, épidémiologistes, virologues parce que la vague arrive, ne résoudra rien et n’est pas juste. Nous devons nous rappeler que ce virus est nouveau, que nous ne savons pas tout sur lui, qu’il n’y a pas de traitement et surtout que nous n’avons pas été confronté à un tel phénomène depuis des années. Certains errements pointés sont aussi imputables à la difficulté d’avoir la bonne réaction quand on apprend en avançant, que les informations évoluent très vite et que toute décision comporte une part élevée de risques potentiels. Mais surtout, les médecins et le personnel médical sont en première ligne. Sur le front, les erreurs ne pardonnent pas et ils portent au quotidien cette responsabilité écrasante. Eux savent que si les respirateurs artificiels sont saturés, ils devront faire le tri et ils connaissent le poids de ce type de décisions. Des décisions que leurs collègues italiens ont dû prendre…

Alors de notre comportement et de notre discipline dépendront sans doute les vies de nombre de nos concitoyens. C’est une lourde responsabilité, mais c’est la nôtre, et notre façon d’aider ceux qui sont vraiment en première ligne, les malades et nos soignants.

La boutique sans argent a un prix


Les plus mauvaises idées font sourire mais s’avèrent souvent perverses. Les boutiques sans argent, nouvelle invention pas du tout innovante, ne coûte rien sauf au contribuable…


On connaît cet adage du marketing : quand c’est gratuit, c’est vous le produit ! Cela vaut pour les données récupérées en masse par les fournisseurs de services en ligne ou les entreprises qui vous envoient des échantillons gratuits ; cela vaut pour la télévision gratuite que vous payez en « temps de cerveau » disponible à Coca-Cola. Alors que penser d’un monde merveilleux dans lequel on pourrait se rendre dans des boutiques où tout serait gratuit ? Des lieux dans lesquels les échanges monétaires seraient bannis. Encore mieux que les centres commerciaux soviétiques Goum où il fallait quand même payer, et en roubles ! Ces lieux existent : il s’agit des « boutiques sans argent ». Il en essaime un peu partout sur le territoire, en Moselle, en Saône-et-Loire, en Ille-et-Vilaine et même dans Paris – où deux boutiques proposent ce service, l’une en « dur » dans le 12e arrondissement, et une autre temporaire sur les bords du canal de l’Ourcq. Comme la plupart des très mauvaises idées, la boutique sans argent nous vient d’Europe du Nord et d’Allemagne. Chacun peut venir y déposer des objets dont il n’a plus l’usage et/ou repartir avec des objets déposés par d’autres personnes. Ce n’est pas une épicerie solidaire : on cherche surtout ici à lutter contre le gaspillage, à sauver le monde de la surconsommation et de l’obsolescence programmée, bref à rendre le monde meilleur ! Les gérants se targuent d’interroger les habitudes de leurs visiteurs dans ce lieu forcément « solidaire et citoyen ». Or, non seulement la boutique sans argent réinvente le troc, mais elle fait circuler des objets inutiles (on est venu trouver une pompe à vélo, car on en a besoin, et on repart avec une lampe de chevet !) et en plus, ça a un prix ! La boutique du 12e arrondissement bénéficie de subventions, et d’un local mis à disposition par la mairie. Lieu de « mixité sociale » ou dernière lubie de bobos mal à l’aise avec leur niveau de vie ? Une chose est certaine : une telle invention ne peut exister que dans les pays riches.

Captain Cap ou le vrai think tank des candidats à Paris


Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Il faut reconnaître que la campagne des municipales 2020 pour Paris et les propositions d’un certain nombre de candidats parmi les plus en vue ne sont pas sans provoquer un certain étonnement, voire une franche hilarité. Dans quelle boîte à idées Anne Hidalgo a-t-elle, par exemple, trouvé l’idée de supprimer 60 000 places de parking et Benjamin Griveaux l’intention de transformer la gare de l’Est en un « Central Park » qui serait, selon le cliché consacré, un nouveau « poumon vert » pour la capitale ?

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On a bien une petite idée : inutile d’aller chercher du côté d’un mystérieux think tank écolo-social-libéral. Tout était déjà dans le formidable programme électoral du Captain Cap, candidat dans la deuxième circonscription du 9e arrondissement en 1893. On se reportera avec bonheur, pour en savoir un peu plus, au livre d’Alphonse Allais paru en 1902, Le Captain Cap, ses aventures, ses idées, ses breuvages.

Un maître du canular aimable

Ce qui a sans doute plu à Anne Hidalgo, Benjamin Griveaux et même Cédric Villani, en cette époque où l’on a honte de ses propres étiquettes politiques, c’est que le Captain Cap vient de la société civile. Marin et baroudeur, il avait notamment découvert « des mines de charcuterie » aux États-Unis.

« Homme neuf, j’arrive avec des idées neuves. Je veux vous faire profiter de ces idées, et c’est pourquoi je viens à vous. Si vous me nommez, c’est un honnête homme que vous élirez. Je ne crois pas devoir en dire davantage », déclare-t-il dans sa profession de foi que Cédric Villani aurait pu faire sienne, lui qui écrit dans son programme : « En me présentant à la mairie de Paris, je ne cherche ni la notoriété, ni un métier. Dans cette élection, je suis certainement le seul candidat qui ne soit pas un homme politique professionnel, et je n’aspire pas à le devenir. »

Le Captain Cap a existé, au moins en partie. Il s’appelait Albert Capron, il s’est effectivement présenté et a recueilli 143 voix, essentiellement celles des écrivains venus de la bande des Hydropathes, qui écumaient le Quartier latin et le cabaret du Chat noir, à Montmartre. Un certain nombre de propositions du Captain Cap ne sont guère plus absurdes que celles qu’on peut lire ici et là aujourd’hui : « La place Pigalle, port de mer », a-t-elle beaucoup à envier à Paris-Plage ou au projet d’Anne Hidalgo de « création de forêts urbaines, place de l’Hôtel-de-Ville » alors que déjà, en 2014, NKM voulait aménager les stations de métro abandonnées en « lieux de convivialité comme des piscines » ?

Le problème, c’est qu’Alphonse Allais et Albert Capron étaient des maîtres de l’humour et du canular aimable, alors qu’aujourd’hui nous avons affaire à des candidats au sérieux en acier trempé.

Sommes-nous en économie de guerre?

Sommes-nous en économie de guerre? Ces termes sont réapparus depuis que des mesures drastiques ont été prises pour endiguer le coronavirus. Les frontières se ferment et les gens se calfeutrent. Les rues de Paris sont désertes le soir comme si le couvre-feu avait été décrété.

Images trompeuses. La guerre au coronavirus nous mène à une grande récession, comparable à celle de 2008, au mieux, ou, au pire, à une dépression comparable à celle qui a atteint l’Allemagne, l’Angleterre et les États-Unis à partir de 1930.

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Car si nous avions basculé vers une économie de guerre, nous connaîtrions un boom de l’activité et de l’emploi. La Deuxième Guerre Mondiale nous l’apprend. L’Angleterre et les États-Unis, encore dans le marasme malgré les relances des États, ont résorbé le chômage en un court espace de temps. Les usines, largement converties pour les besoins des armées, ont travaillé à saturation. Les femmes ont souvent remplacé les hommes dans leurs postes de travail après la mobilisation. La consommation et l’investissement, auparavant soumises aux libres décisions des acteurs économiques en temps de paix, ont explosé par les décisions d’investir dans l’effort de guerre et la destruction des biens militaires sur les théâtres d’opération. En Angleterre, la pénurie de main-d’œuvre a été telle qu’il a fallu confier aux grands-mères le soin de confectionner les vareuses des soldats et des officiers. Ce rappel suffit à démontrer que nous ne sommes pas en économie de guerre.

Toutes les boutiques étaient fermées, sauf celle de Gérard Larcher


Coronavirus / municipales. L’attitude du président du Sénat vivement critiquée.


Si le personnel soignant n’a toujours pas de masque, Gérard Larcher, lui, n’en a plus. En faisant pression sur le président de la République pour le maintien des élections municipales, il a montré qu’il n’était animé par l’intérêt du pays que secondairement. Il a beau s’en défendre après coup, ne déclarait-il pas dans la matinale d’Europe 1 jeudi : « Nous sommes face à un quadruple défi, un défi sanitaire, un défi économique et social, un défi dans la mondialisation – et la décision des États-Unis le souligne particulièrement ce matin – mais aussi un défi démocratique puisque dimanche aura lieu, j’allais dire, une élection essentielle, ce qui est la trame des 35 000 communes de France ».  

Gérard Larcher calculateur?

Quand, après avoir décidé de fermer les écoles, les collèges, les lycées et les universités, puis les restaurants, les cafés, les cinémas et les commerces, quand, après toutes ces fermetures, les responsables politiques maintiennent les élections municipales, ils ne permettent pas aux Français de prendre clairement conscience de la gravité de l’épidémie qui les frappe. Aussi faut-il être dénué de tout sens logique pour oser leur dire avec une gravité affectée : « Restez chez vous, allez voter ! »

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Rappelons qu’en 2007 les élections municipales furent reportées d’une année pour ne pas parasiter les élections présidentielles et législatives qui tombaient au même moment. Celles de 2020 auraient donc très bien pu être repoussées en 2021 et couplées avec les élections départementales qui, passionnant moins les Français, auraient bénéficié de l’intérêt que suscite le scrutin municipal. 

Inutile d’ergoter durant des heures sur les avantages et inconvénients d’un tel report ! L’intérêt prioritaire de la santé des Français n’avait pas à être subordonné aux calculs électoraux du président du Sénat et de ses amis.

La veille du scrutin sept présidents de région et un certain nombre de personnalités politiques avaient à nouveau demandé le report des élections municipales. Pas de réaction du côté de l’exécutif ! Durant la journée de dimanche, des voix ont commencé de s’élever, dans la majorité et l’opposition, qui reprochaient à Gérard Larcher son attitude. « L’heure n’est pas à la polémique », répétait-on, hier soir, à droite, en découvrant la faible participation des électeurs au scrutin. Et Bruno Retailleau, le Président du groupe Les Républicains du Sénat, de rappeler, pour défendre Gérard Larcher, qu’aucune formation politique ne s’était opposée au maintien des élections municipales. Voilà qui n’est pas pour nous rassurer sur la capacité de notre classe politique à évaluer les réalités auxquelles elle a à faire face !

Et l’intérêt du pays?

Que n’a-t-on éclairé les Français en leur rappelant qu’en septembre prochain se tiendraient les élections sénatoriales et que Gérard Larcher avait déjà fait ses projections à partir d’estimations sur les municipales qui lui avaient été présentées sous un jour plutôt favorable. Comme ce sont les grands électeurs, notamment les maires, les maires-adjoints et les conseillers municipaux qui élisent les sénateurs, il est facile d’imaginer que Gérard Larcher, obnubilé depuis des mois par ce scrutin indirect et par le renouvellement confortable de son mandat de président, n’ait pas vu ce que son entêtement avait d’inacceptable, pour ne pas dire de révoltant.

Faut-il s’en étonner ? Nullement, car on ne peut pas éternellement endosser le rôle de second personnage de l’État et, dans les coulisses, se livrer impunément à un petit jeu pour le moins ambigu. Gérard Larcher est en effet à la fois celui qui, d’un côté, déclare en 2014 que « le Sénat peut relever la République » et celui qui, de l’autre, annule, après l’avoir commandé, un programme d’expositions sur le thème de la République. Précisons que l’une des expositions, dont l’intérêt pédagogique avait été salué par des historiens de renom, notamment par Michel Pastoureau et Pascal Ory, avait pour objet l’hommage que nos plus grands peintres, notamment impressionnistes, rendirent à notre drapeau tricolore. 

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Une heure et demie après cette annulation, Gérard Larcher se précipitait au siège de Charlie Hebdo victime d’un attentat islamiste. Qu’à cela ne tienne, quand un sénateur lui proposera, après plusieurs tentatives infructueuses, d’installer le drapeau français dans l’hémicycle, Gérard Larcher usera d’un stratagème pour que cette installation passe inaperçue. Il est vrai que lorsqu’on s’efforce d’être à la croisée de toutes les sensibilités, il faut commencer par être soi-même le moins convaincu possible de quoi que ce soit. Se forger une âme d’homme d’État n’a jamais été l’affaire des tièdes. 

De la mise sous le boisseau de notre drapeau pour complaire aux européistes au maintien des élections municipales en pleine épidémie de coronavirus, il y a un même fil conducteur : celui de la priorité de l’intérêt personnel sur l’intérêt général du pays. Aussi le Président du Sénat est-il devenu emblématique de cette classe politique que l’Histoire a, depuis des années, abandonnée tragiquement derrière elle.

« Nous devons être rassemblés et solidaires devant cette pandémie qu’il nous faut combattre de toutes nos forces, a déclaré hier soir Gérard Larcher, espérant mettre un terme aux critiques de tous ceux qui aujourd’hui le montrent du doigt. La France doit être unie, les Français déterminés à agir avec courage et responsabilité. La priorité absolue, avant toute autre considération, est la santé de nos concitoyens. Je compte sur les Français pour respecter les mesures prises ».

Sans doute compte-t-il plus sur les Français que les Français ne comptent sur lui. 

Victimes collatérales

Le coronavirus a fait au moins deux victimes que l’on n’attendait pas — même si leur état de santé inquiétait les gens conscients depuis lurette : l’Europe et la mondialisation.

Côté Europe, la réponse à la pandémie a été nulle, comme le soulignait Gianluca Di Feo, rédac-chef adjoint de la Reppublica : « Des masques, des gants en caoutchouc, des lunettes en plastique, voilà les premières choses que l’Italie a réclamées à l’Europe : le pays a demandé de l’aide pour construire la barrière la plus simple qui soit contre le coronavirus. Mais son appel est resté sans réponse. La France et l’Allemagne ont fermé leur frontière à ces produits, en interdisant ainsi l’exportation, et nous ont envoyé un signal inquiétant : aucun soutien concret, même pas minime, ne serait arrivé de Bruxelles ».
L’Europe, c’est le machin qui ronronne tant que tout va bien, et que les affaires sont les affaires, comme disait Mirbeau. Mais dès que des problèmes surgissent, curieusement, les égoïsmes nationaux se remettent en place. Ça alors ! L’idée de nation serait donc fonctionnelle quand ça va mal, et débilitante que tout va bien ?

Qui ne voit que seules les nations peuvent endiguer les crises ? Que seules les nations, dans leur diversité — et les Italiens, que tant d’imbéciles croient volages et indisciplinés, le sont bien moins que les Français — s’inventent des réponses adéquates ? Que les dangereuses illusions entretenues par des politiques qui regardent la ligne bleue des Vosges ont facilité la propagation d’un virus que l’on aurait pu contenir, si tant de crétins ambitieux n’avaient hurlé (à la mort, c’est le cas de le dire) que les élections municipales devaient suivre leur cours, ou que la crise migratoire n’en était pas une…

Il faut balayer tous ces gens-là dès que la situation sanitaire permettra de …

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« A Bobigny, le clientélisme de la droite a fracturé la communauté nationale, la seule qui rassemble tout le monde »

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Depuis sa sortie chez Albin Michel, Le maire et les barbares est le livre qui fait parler. Nous avons rencontré Eve Szeftel qui revient sur ce scandale à Bobigny où violences, favoritisme et clientélisme se mélangent à la sauce UDI. Christian Bartholmé, le candidat UDI évoqué dans l’entretien, a obtenu 26,37% des suffrages au premier tour des municipales, hier.


Causeur. Vous êtes journaliste à l’AFP, en 2014 vous quittez le siège à Paris pour être nommée à Bobigny, que l’UDI vient de conquérir, mettant fin à un siècle de communisme, avec une envie de briser vos a priori sur les banlieues, la réalité n’a-t-elle pas rattrapé l’idéologie ?

Eve Szeftel. Ce sont moins des préjugés que des questions. Je me fais nommer là-bas pour aller voir ce qui se passe sur le terrain, vérifier si ces territoires qu’on dit « perdus » pour la République le sont effectivement; plus concrètement, quelle est la popularité de Dieudonné en banlieue, à quel point l’islamisme se développe et s’enracine.

Pourquoi est-ce que, six ans après, Jean-Christophe Lagarde continue de soutenir l’équipe de Bobigny ? Il était lundi dernier au meeting de Christian Bartholmé, le Premier adjoint, qui brigue la mairie malgré sa condamnation au pénal à la suite du tract. C’est la troisième fois que le député, qui prétend n’avoir rien à voir avec ce qui se passe à Bobigny, se déplace pour le soutenir depuis janvier

2014 est une année charnière dans l’histoire politique française, l’année où la droite – LR ou UDI – devient majoritaire en Seine-Saint-Denis, en faisant tomber plusieurs bastions communistes ou socialistes: Bobigny, mais aussi Aulnay-sous-Bois, Blanc-Mesnil, Saint-Ouen. L’année où la droite parvient pour la première fois à rallier à elle une partie de l’électorat musulman, qui votait jusque-là à une écrasante majorité pour le Parti socialiste.

Et cela intervient dans un contexte délétère, que certains à droite vont habilement exploiter: fin 2013 le Premier ministre Manuel Valls fait interdire les spectacles de Dieudonné, à l’issue d’un long bras de fer. Il se joue là une partie hautement symbolique entre la gauche laïque, universaliste et un histrion populiste, antisémite, qui se veut le porte-voix des descendants d’esclaves et des opprimés. Fin janvier il y a aussi eu « Jour de colère », cette manifestation qui, à l’appel de Sens Commun, rassemble des anti-mariage gay, des anti-immigration, des identitaires, et matérialise une convergence entre l’extrême droite et l’islamisme autour d’un dénominateur commun: l’antisémitisme.

Pour autant, je ne peux pas dire que les quatre ans passés sur place m’ont amené au constat que l’antisémitisme ou l’islamisme étaient prédominants dans ces villes pauvres. Les préoccupations des habitants sont avant tout sociales : avoir un emploi qui permette de vivre, un logement décent et une éducation de qualité pour ses enfants. Ça passe bien avant le fait d’avoir un lieu de culte acceptable ou de manger halal à la cantine ! Comme le dit le chercheur Bernard Rougier, l’islamisme en France a pris le contrôle de l’islam traditionnel, mais il reste un fait politique minoritaire.

Vous parlez d’un « pacte dans le pacte ». L’affaire Ilan Halimi est au centre de votre livre et du scandale qui secoue la mairie de Bobigny. Comment se manifeste ce lien entre la mairie et les barbares ?

Je pensais l’affaire Halimi terminée, classée d’un point de vue judiciaire après le procès en appel de 2010, qui a vu les principaux protagonistes de ce crime condamnés par la justice. Mais en 2014 un tract anonyme révèle que la mairie de Bobigny a embauché comme chargée de mission la femme d’un des membres du gang des barbares, Jean-Christophe Soumbou. Il révèle aussi que cette femme, Lynda Benakouche, a été mêlée dans le passé à un fait divers sordide.

À lire aussi: Antisémitisme: Ilan Halimi est-il mort pour rien?

En tirant les fils de ce tract, je découvre que cette militante, engagée en politique depuis 2008, a joué un rôle de premier plan dans la campagne de l’UDI. Elle en a même été l’égérie, puisqu’elle posait au centre de l’affiche officielle, avec son voile bien visible.

Surtout, elle fait peur, elle est crainte: en raison de son passé de violence, mais aussi de son lien conjugal. L’assassinat d’Ilan Halimi, au terme de trois semaines d’épouvante, plane sur la ville et en particulier sur la cité Paul-Eluard, la grande cité du centre-ville d’où est issu Jean-Christophe Soumbou, et sur laquelle l’UDI s’est appuyée pour conquérir la mairie.

Je découvre aussi que l’assistant parlementaire de M. Lagarde, Kianoush Moghadam, est un proche de Jean-Christophe Soumbou, dit « Craps ». Craps était chargé d’enlever à l’époque le jeune Ilan, pour 30 000 euros. Il a recruté deux copains de la cité pour l’aider, qui n’ont jamais été poursuivis. La famille de l’un d’eux est bien en cours auprès de la mairie: elle a obtenu un gros marché public de sécurité et ouvert une salle de sport avec horaires séparés homme/femme, le « Sunna Club », avec l’aide de la municipalité qui a effacé la dette locative de son gérant.

Après la parution du tract et la révélation dans la presse de toute l’affaire, on aurait pu s’attendre à ce que la mairie « lâche » Lynda Benakouche. Ils avaient un prétexte tout trouvé, puisque la préfecture a tout fait pour casser le contrat de la chargée de mission parce qu’il était irrégulier.

Mais c’est tout le contraire qui s’est passé: la mairie a fait bloc derrière Lynda Benakouche. Et, six ans après, elle est toujours en poste. Si on s’acharne à la maintenir en poste, c’est bien qu’il y a une raison. Laquelle?

La réponse, c’est que Jean-Christophe Soumbou est sorti de prison, cinq ans avant la fin de sa peine, en juillet dernier. C’est là que pour moi il y a un pacte dans le pacte électoral. Un échange de bons procédés. D’un côté, l’intérêt de l’UDI était de s’appuyer sur la voyoucratie locale pour conquérir le pouvoir. Les voyous, il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi… Quand on est opposant, on ne va pas s’amuser à tracter à Paul Éluard lorsqu’on sait que les amis de Soumbou tiennent la cité. On va plutôt raser les murs. Des jeunes militants communistes en ont fait l’amère expérience en 2012, ils se sont fait tabasser par une bande de jeunes agissant sur ordre. De l’autre côté, l’intérêt des voyous était bien sûr d’obtenir des postes haut placés en mairie, d’avoir accès à la commande publique, mais aussi de faire libérer leur copain en lui permettant de constituer un dossier solide face aux juges.

J’ai un document qui le prouve : depuis 2013, Lynda Benakouche est logée en HLM à Drancy, c’est Jean-Christophe Lagarde, le député-maire de la ville, qui lui a fourni cet appartement. A l’été 2019, en prévision de la sortie de son compagnon, elle dépose une demande pour obtenir un logement plus grand, en indiquant comme conjoint Jean-Christophe Soumbou, avec lequel elle a eu deux enfants au parloir.

Pourquoi est-ce que, six ans après, Jean-Christophe Lagarde continue de soutenir l’équipe de Bobigny ? Il était lundi dernier au meeting de Christian Bartholmé, le Premier adjoint, qui brigue la mairie malgré sa condamnation au pénal à la suite du tract. C’est la troisième fois que le député, qui prétend n’avoir rien à voir avec ce qui se passe à Bobigny, se déplace pour le soutenir depuis janvier.

Pourquoi continue-t-il à soutenir cette équipe qui maintient contre vents et marées Lynda Benakouche à la mairie ?

Vous décrivez dans Le maire et les barbares tout un système de copinage, clientélisme autour de communautés et de gangs de voyous, comment le décririez-vous ?

Le clientélisme se joue à deux niveaux, pour la conquête du pouvoir et pour la gestion du pouvoir.

Dans le premier cas c’est du clientélisme électoral. On échange promesse de vote contre promesse d’embauche, de logement ou de commerce. Pour soi et/ou ses proches. Une négociation s’engage avec des gens qui sont désignés pour jouer le rôle d’agents électoraux parce qu’ils sont réputés être influents dans leur cité. À Bobigny, un deal a été passé avec le caïdat local pour gagner la mairie. Ce caïdat a été récompensé par des postes, c’est très bien documenté notamment par le rapport de la chambre régionale des comptes sur lequel je me suis appuyé. La CRC parle d’emplois « fléchés » obtenus en rétribution de services rendus pendant la campagne. Si encore ils avaient été embauchés de manière régulière, mais le code de la fonction publique a été foulé aux pieds : on a des titulaires d’un brevet d’animation nommés à des postes nécessitant au moins le bac, qui obtiennent des rémunérations qu’on obtient normalement après 10, 20 ou 25 ans de carrière…. Ensuite vient la question des casiers judiciaires. Tous ne sont pas incompatibles avec l’exercice d’un emploi public. On a le droit à une deuxième chance ! Mais la CRC signale l’un d’eux comme condamné pour destruction de monument public et outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique… il sera pourtant embauché comme contractuel de la fonction publique.

C’est une négociation qui s’étend du caïdat aux chefs de communautés, musulmane certes mais juive également.

Le clientélisme au pouvoir c’est finalement un système dans lequel on distingue deux catégories de citoyens : ceux qui sont loyaux au clan au pouvoir et bénéficient de passe-droits, et les autres. Le principe d’égalité de traitement des citoyens est complètement bafoué.

Un exemple: la demande de logement social, secteur critique car en Seine-Saint-Denis, seulement une demande sur 10 est satisfaite et la durée moyenne d’attente est de trois ans. Il y a la liste d’attente officielle et la liste officieuse, avec des personnes à placer en priorité.

En juillet 2014, la mère de Kianoush Moughadam (Shida Yadegar) dépose une demande de logement à Bobigny. En septembre l’office HLM lui attribue un 75m2 alors qu’elle est célibataire et déclare plus de 4 000 euros de revenus. Or elle n’est pas du tout prioritaire, ni en termes d’ancienneté de la demande, ni en termes de revenus, ni en termes de situation. À côté, il y a un couple qui a un dossier datant de 2008, la demandeuse dit vouloir fonder une famille mais c’est impossible puisqu’elle habite un logement trop exigu, elle a 35 ans… c’est ça l’injustice.

Commission d'attribution de logement du 10 septembre 2014 Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.

Commission d'attribution de logement du 10 septembre 2014 Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.
Commission d’attribution de logement du 10 septembre 2014
Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.

 

N’y a-t-il pas dans une ville comme Bobigny ou Drancy une logique démographique impliquant une logique politique?

Le clientélisme ethno-religieux est un choix que l’on a su éviter pendant des années alors même que Bobigny a toujours été massivement une ville d’immigration. On avait une grande machine à intégrer qui était constituée par le communisme municipal qui structurait tous les pans de l’existence, et dont l’horizon était l’émancipation, notamment par la culture. La désindustrialisaton a engendré une désintégration sociale, une atomisation du monde du travail. La droite a remplacé les usines par les communautés, et c’est ainsi qu’on est passé du communisme au communautarisme.

Il y a toujours eu une utilisation de personnalités et de figures pour attirer un électorat en particulier, ou une communauté…

C’est un choix politique, pas une nécessité. En 2014, la liste présentée par le PCF s’inscrivait dans la tradition républicaine universaliste : elle était « color blind ». Celle de l’UDI, au contraire, aurait pu s’appeler United Colors of Bobigny, il n’y a qu’à voir le flyer, multicolore. Et dans la campagne actuelle, le PCF ou le PS n’ont pas joué la carte multiculturelle: cela ne veut pas dire qu’il n’y a que des blancs sur leur liste, mais les citoyens qui la composent n’ont pas été choisis en fonction de leur origine ethnique ou religieuse.

Si la droite a choisi d’aller sur ce terrain de la représentation des minorités, c’est par pur électoralisme. On sature tout l’espace électoral en plaçant comme tête de liste un « blanc » pour rallier le suffrage des pavillons, comme 2e de liste une femme voilée, comme 3e le responsable de la mosquée, sans oublier le fils du président de la communauté juive, un responsable de la communauté asiatique, etc. C’est une stratégie électorale qui s’est révélée gagnante mais au final, la République est perdante et les citoyens aussi. Car en institutionnalisant les communautés comme cela a été fait à Bobigny en 2014, on prend le risque de fragmenter la seule communauté qui nous rassemble tous, la communauté nationale.

Comme l’ancien maire de Sarcelles, Christian Bartholmé et Jean-Christophe Lagarde n’ont-ils pas fait du clientélisme avec toutes les communautés ?

Oui on peut dire ça. C’est problématique à Sarcelles aussi. Il y a des revendications communautaires qui sont légitimes, par exemple à Bobigny il y a une forte population musulmane mais il n’y avait pas de mosquée. Les fidèles musulmans en étaient réduits à prier dans de petites salles, rattachées aux foyers Sonacotra de la ville. Dès la fin des années 90, le maire communiste de l’époque, Bernard Birsinger, décide de remédier à cette inégalité de traitement entre les cultes et donne un terrain en plein centre-ville à l’Association des musulmans de Bobigny. Mais il s’en tient là, il n’est pas question de leur donner des fonds ou quoi que ce soit. On reste dans le cadre républicain.

À lire aussi: « On ne fera jamais revenir les classes moyennes blanches à Sarcelles »

La droite va beaucoup plus loin. Jean-Christophe Lagarde va financer, sur sa réserve parlementaire, l’Association des musulmans de Bobigny, à hauteur de 80 000 € sachant que l’argent va atterrir sur le compte de l’association cultuelle.

Non seulement ils vont financer le culte, en violation de la loi de 1905, mais on retrouve en plus les responsables de l’association au pouvoir. Est-ce vraiment leur place?

Et le résultat, c’est une municipalité qui a favorisé l’implantation d’un éco-système islamique sur la ville, au détriment du vivre-ensemble, de la mixité. Sans même parler de la multiplication des commerces de bouche halal, une école coranique va être inaugurée par l’équipe municipale, on déroule le tapis rouge à Nader Abou Anas, l’imam vedette de la ville à qui la mairie a prêté plusieurs fois la salle municipale pour qu’il fasse des levées de fonds, alors qu’il est salafiste et connu pour avoir légitimé le viol conjugal des femmes.

Certes, il y a des villes où cet écosystème islamique est bien plus abouti mais il y a déjà un certain nombre de marqueurs, l’école hors contrat, le Sunna Club, une floraison de commerces de bouche halal et aussi, un recul des lieux culturels et de la sociabilité urbaine. Par exemple, la mairie a acculé la librairie à la faillite, parce qu’elle était tenue par une élue communiste d’opposition. Résultat, Bobigny est l’une des seules préfectures de France à ne pas avoir de librairie. Idem pour Canal 93, une salle de concert qui était à la pointe sur les musiques urbaines, où j’étais allée voir Rachid Taha d’ailleurs, et aujourd’hui il n’y en a plus que pour le rap, le hip-hop, la danse afro…

À lire aussi: Bobigny: ce qui est reproché à Lagarde

Le député de la 5e circonscription accuse votre livre d’être un tract politique, que répondez-vous à cela ?

Jean-Christophe Lagarde m’accuse d’être à la solde de l’opposant de gauche Fouad Ben Ahmed, qui est proche du PS et candidat à la mairie de Bobigny. C’est ridicule, car ce militant des quartiers, que je connais par ailleurs très bien, vu que j’aurai en tout et pour tout passé près de six ans sur le terrain, n’est cité que deux fois dans mon livre… Drôle de tract politique ! En criant au complot pour me discréditer, Jean-Christophe Lagarde montre aussi qu’il ne connait rien au travail d’enquête: les opposants sont des sources, bien sûr, mais les meilleures sources viennent de l’intérieur, des repentis ou des « traîtres » au clan au pouvoir. Les balances, cest là qu’il faut aller les chercher.

Ce serait juste risible si ce n’était dangereux: car faire courir le bruit que Fouad Ben Ahmed est le véritable auteur du livre, la « balance » de toute l’histoire, c’est le mettre en danger, le désigner à la vindicte populaire. Ce n’est pas un hasard si sa permanence de campagne a été brûlée début janvier, juste après son inauguration. Un impact de balle a même été retrouvé dans la vitrine. Vous vous rendez compte du climat qu’il règne dans cette ville ?

Ceci dit, Fouad Ben Ahmed, en lançant sa campagne, a dit quelque chose d’important: « nous ne voulons pas le pouvoir, nous voulons exercer des responsabilités ».

Jean-Christophe Lagarde comme Christian Bartholmé feraient bien de méditer cette phrase: eux ont pris le pouvoir, mais sans assumer les responsabilités qui vont avec, y compris en termes d’éthique.

Le maire et les barbares

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Acculé, Jean-Christophe Lagarde s’énerve sur Europe 1 et affirme que Eve Szeftel écrirait « n’importe quoi » et un « tissu de saloperies »

Coronavirus: la Corée parvient à endiguer l’épidémie sans confinement

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La Corée du Sud est l’un des pays qui a été le plus infecté par le Covid-19 mais aussi celui où le taux de mortalité est le plus faible. Le pays a endigué l’épidémie sans confinement ni mesures coercitives. Une autre voie a été choisie : l’hygiène, la détection systématique des malades, l’information et les soins individualisés.


Un article du South China Morning Post, traduit par la revue Conflits.

Le taux d’infection de la Corée du Sud diminue sans que les villes ne soient verrouillées comme en Chine et en Italie. La Corée du Sud comptait 7 513 cas de Covid-19 à la date du lundi 9mars, les infections quotidiennes chutant pour le quatrième jour consécutif. Les fonctionnaires attribuent cette diminution aux tests de masse, à l’amélioration de la communication publique et à l’utilisation de technologies avancées

La Corée du Sud a connu une diminution constante des nouveaux cas de coronavirus pendant quatre jours consécutifs, bien qu’elle soit l’un des pays les plus touchés en dehors de la Chine, même si l’attention mondiale s’est portée sur les épidémies en Italie et en Iran. Le pays a connu une moyenne de plus de 500 nouvelles infections par jour au cours des deux dernières semaines, mais vendredi dernier, ce nombre est tombé à 438, puis à 367 samedi et 248 dimanche.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a noté lundi la « tendance au ralentissement » des nouvelles infections dans son pays, mais a mis en garde : « Nous ne devons pas du tout nous reposer sur nos lauriers ».

Son point de vue a été souligné par le KCDC, qui a déclaré que parmi les nouveaux patients se trouvaient plus de 60 personnes qui ont été infectées alors qu’elles travaillaient à proximité les unes des autres dans un centre d’appel d’une compagnie d’assurance.

« Le nombre total de nouveaux cas confirmés est en baisse, mais ces cas d’infection massive sont préoccupants », a déclaré le directeur adjoint du KCDC, Kwon Jun-wook.

Une régulation sans confinement et sans coercition

La diminution constante des cas a été attribuée à divers facteurs, notamment les tests de masse, l’amélioration des communications publiques et l’utilisation de la technologie. Les tests approfondis effectués sur les membres de l’église Shincheonji de Jésus, qui était liée à plus de 60 % des cas du pays, a été achevée.

Les responsables sud-coréens ont fait part de leur expérience en matière d’endiguement de l’épidémie, affirmant qu’il est difficile de mettre en œuvre dans une société ouverte les mesures de confinement imposées par la Chine à Wuhan, où l’épidémie a pris naissance.

La Chine a également instauré une stricte distanciation sociale et une surveillance étendue des citoyens et a assuré leur adhésion aux mesures préventives avec des sanctions et des récompenses, ce qui a entraîné une baisse significative du nombre de nouveaux cas.

« Sans porter atteinte au principe d’une société transparente et ouverte, nous recommandons un système de réponse qui associe la participation volontaire du public à des applications créatives de technologies avancées », a déclaré le vice-ministre sud-coréen de la santé, Kim Gang-lip, aux journalistes.

Les mesures conventionnelles et coercitives telles que le verrouillage des zones touchées présentent des inconvénients, a-t-il déclaré, sapant l’esprit de démocratie et aliénant le public qui devrait participer activement aux efforts de prévention. « La participation du public doit être assurée par l’ouverture et la transparence », a-t-il déclaré.

« Pas de masque, pas d’entrée »

La Corée du Sud a été proactive en fournissant à ses citoyens les informations nécessaires pour assurer leur sécurité, notamment en organisant des points de presse deux fois par jour et en envoyant des alertes d’urgence par téléphone portable aux personnes vivant ou travaillant dans les districts où de nouveaux cas ont été confirmés.

Des détails sur les antécédents de voyage des patients confirmés sont également disponibles sur les sites web municipaux, parfois avec des informations sur le lieu de résidence ou l’employeur du patient, ce qui permet de les identifier individuellement, ce qui suscite des inquiétudes quant à la protection de la vie privée.

L’importance du maintien d’une bonne hygiène a également été soulignée. Les Sud-Coréens sortent rarement de chez eux sans porter de masque facial, et de nombreux bâtiments affichent des panneaux indiquant « Pas de masque, pas d’entrée ». Les employés des restaurants et des commerces de détail portent des masques lorsqu’ils servent les clients.

« Je n’aime pas porter un masque. Je n’ai pas pris la peine de porter un masque comme d’habitude lorsque j’ai éternué plusieurs fois dans le métro. Puis d’autres banlieusards m’ont désapprouvé et se sont éloignés de moi. À ce moment-là, j’ai décidé de suivre la tendance et de porter un masque », a déclaré Min Gyeong-wook, un employé de 35 ans.

Des tests quotidiens

La Corée du Sud a également mis en place des mesures créatives, notamment une cinquantaine de stations de test au volant dans tout le pays, où il ne faut que 10 minutes pour effectuer l’ensemble de la procédure. Les résultats des tests sont disponibles en quelques heures. Le coût des tests Covid-19 est prohibitif dans de nombreux pays, mais en Corée du Sud, tous les tests sont gratuits. Le pays est également capable de traiter jusqu’à 15 000 tests de diagnostic par jour, et le nombre total de tests a atteint près de 200 000.

Cette capacité de test a permis au pays d’identifier les patients à un stade précoce et de minimiser les effets néfastes, selon les experts de la santé. Mais cela a également permis à la Corée du Sud d’avoir le deuxième plus grand nombre d’infections confirmées dans le monde après la Chine, bien que celle-ci ait été remplacée par l’Italie cette semaine.

La Corée du Sud a mis en place des « procédures spéciales d’immigration » pour surveiller les arrivées pendant deux semaines sans avoir à interdire l’entrée du pays aux voyageurs entrants.

Les personnes arrivant de Chine, y compris de Hong Kong et de Macao mais à l’exclusion de Taïwan, font vérifier leur température corporelle, tandis que leurs coordonnées nationales sont vérifiées et qu’elles doivent remplir un questionnaire de santé. On leur demande également de télécharger une application d’autodiagnostic sur leur téléphone portable et de se soumettre à une gestion intensive s’ils présentent des symptômes.

Dépister les personnes à risque et les soigner

La Corée du Sud utilise également sa technologie informatique de pointe et ses caméras de surveillance omniprésentes pour suivre les sources d’infection, en identifiant les mouvements des cas confirmés sur la base de leurs transactions par carte de crédit et du suivi des téléphones portables, et en divulguant ces informations pour aider à retrouver ceux qui ont pu entrer en contact avec eux.

Les personnes à risque sont placées en isolement et font l’objet d’une gestion individuelle approfondie par les autorités sanitaires.

Pour faire face à la pénurie de lits d’hôpitaux, le pays a transformé de nombreux centres de formation professionnelle et autres installations publiques en…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Marc Lumbroso: itinéraire d’un Juif français ordinaire

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« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.


Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Itinéraire d'un Juif français ordinaire

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Coronavirus, Waterloo de la mondialisation?


L’épidémie et sa propagation mondiale rapide questionnent notre modèle et l’idéologie sans-frontiériste. À l’instar du Canadien Justin Trudeau, les dirigeants apôtres du mondialisme semblent largués. En France, l’extrême gauche se réjouit.


Retour des frontières, isolationnisme et suspension de certaines libertés : partout ou presque, le coronavirus aura produit un rapide et puissant retour du politique que peu d’observateurs auraient pu anticiper. La souveraineté est subitement revenue en force : l’État aurait finalement encore un rôle à jouer dans la régulation de la société.

Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, hier. © Maxime Le Pihif/SIPA Numéro de reportage: 00950012_000003
Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, hier. © Maxime Le Pihif/SIPA
Numéro de reportage: 00950012_000003

Sa fonction ne serait pas seulement d’arbitrer l’entrechoquement des droits individuels, mais aussi de protéger des populations qui se retournent vers lui quand elles se sentent impuissantes.

127 morts déjà en France

Le coronavirus pourrait vraiment être le Waterloo de la mondialisation. Du moins d’une phase intensive, extrême de ce phénomène. Débutée en 1492, la mondialisation a quelque chose d’irréversible – les pays ne reviendront jamais à la pleine autarcie –, mais il n’est plus inconcevable qu’elle revienne un peu sur ses pas pour enfin trouver un point d’équilibre. Comment les Italiens peuvent-ils accepter qu’un virus né dans un obscur marché chinois puisse faire chez eux des centaines de morts, pays où l’on mange des pâtes et non des chauvesouris et des pangolins ? Plus jamais les peuples ne consentiront sans résistance à ce que des réalités aussi lointaines ne deviennent aussi proches.

Le cauchemar des “multiculturalistes”

Au Canada, le coronavirus fait voler en éclats les grands rêves de fraternité mondiale de l’élite multiculturaliste, à commencer par ceux du Premier ministre Justin Trudeau, dont le leadership se révèle inexistant. Refusant toujours de fermer les frontières nationales, le petit prince boréal est paralysé par son idéologie, incapable de sortir de son paradigme gnangnan. Finalement, le monde pourrait parfois représenter une menace, l’humanité ne serait pas toujours une belle et grande communauté avec laquelle échanger. Les peuples sont d’accord pour faire du commerce, mais pas pour subir les désastres causés par les pratiques insolites de masses exotiques. La mondialisation nous a fait croire que nous étions unis, mais cette union n’a en réalité jamais tellement dépassé le stade économique. 

A lire aussi: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Toujours au Canada, la très progressiste mairesse de Montréal, Valérie Plante, a aussi profité de l’occasion pour mettre en garde contre la résurgence de la xénophobie chez les méchants Québécois de souche, dont quelques-uns sont pourtant aussi porteurs du virus. «Ne tombons pas dans le piège facile de faire des amalgames douteux entre un virus et des communautés culturelles», a-t-elle prié le 11 mars, en pensant surtout aux communautés chinoise et italienne de la métropole québécoise. Comme celui de Justin Trudeau, le monde de Valérie Plante s’écroule : tout compte fait, les pays étrangers ne seraient pas simplement une source d’ensoleillement régénérateur pour les pays nordiques. 

La mondialisation n’est pas juste économique 

Plusieurs personnalités de gauche économique, comme Jean-Luc Mélenchon, sont déjà persuadées d’assister à l’effondrement du «système libéral» fondé sur la mondialisation des échanges. Il serait difficile de n’y voir qu’une exagération. «Un monde est mort: celui qui faisait une confiance aveugle au libre-échange», a-t-il déclaré avec satisfaction le 13 mars. Il est évident que la Chine ne pourra plus être naïvement considérée comme le parc industriel de la planète entière. Mais c’est aussi tout le marché du déracinement qui est remis en question. La mondialisation n’est pas seulement la libre circulation des biens et des capitaux, mais aussi celle des dizaines de millions de touristes annuels, élites volantes économiques et migrants.

Un peu partout dans le monde et pas uniquement en occident, il est à prévoir que des mouvements véritablement racistes essaieront d’instrumentaliser les retombées de l’après-coronavirus pour prôner une fermeture quasi absolue, hermétique des frontières. Des écologistes radicaux s’en serviront aussi pour promouvoir leur projet traditionaliste de retour à la terre : ils feront valoir le danger que représente l’interpénétration des écosystèmes humains et naturels. Ce sont deux projets passéistes et irréalistes. En revanche, cette tentative de récupération ne devra pas nous empêcher de voir les fissures réelles et profondes qui viennent d’apparaître dans la mondialisation. Sans ajuster notre manière de vivre à l’échelle du monde, nous connaîtrons de nouvelles crises majeures.

A lire ensuite: Face à l’épidémie, le civisme français sera-t-il à la hauteur?

La face cachée du multiculturalisme

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Coronavirus: le temps de l’union sacrée

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Damien Meyer / AFP

« Nous sommes en guerre » a répété Emmanuel Macron, peu après vingt heures hier, à six reprises. Rester confiné est l’effort demandé à chacun, dans l’espoir de surmonter la crise sanitaire. La rhétorique guerrière du président vise à démontrer le degré de gravité de la situation, gravité que la société française a mis du temps à appréhender.


« Nous sommes en guerre ». Certains trouvent que c’est une drôle de guerre, qui n’en finit pas de ne pas démarrer ; d’autres, qui sont sur le front ont déjà peur de devoir faire le tri entre ceux que l’on laisse mourir et ceux que l’on peut sauver. En attendant face au refus de trop de Français d’affronter la réalité et de prendre leurs responsabilités, le président de la République s’est essayé au ton martial, a répété six fois que nous étions en guerre mais a semblé avoir peur de prononcer le mot que tout le monde attendait : confinement strict et généralisé. Du coup il y a un sentiment de flottement et d’attente. Pourtant c’est bien ce qui est attendu, ce que le conseil scientifique préconise et ce que le décret va fixer très clairement : l’annonce d’une quatorzaine susceptible de durer. La retraite, non pour fuir la bataille, mais pour mieux la livrer. 

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En attendant que le front se rapproche, l’épidémie évolue vite, elle se généralise et surtout elle n’est absolument pas maîtrisée. Alors chacun retient son souffle. Imitant le silence qui parait envahir la nature juste avant la catastrophe. Et c’est ce que nous vivons aujourd’hui, ce temps suspendu juste avant l’assaut, cette minute de paix qui annonce les mois de guerre. Nous sommes tous au fort Bastiani, face au désert des Tartares mais contrairement au héros de Dino Buzzati, nous n’espérons pas l’arrivée de l’ennemi, nous savons qu’il est déjà là, en nous peut-être et qu’il se manifestera en faisant tomber certains des nôtres. Et tous de craindre que l’un des nôtres soit avant tout l’un des siens.

Pas l’heure de désigner les coupables

Alors parce que nous sommes des hommes, cette attente ne fait pas toujours surgir le meilleur de nous et au lieu de nous unir, nous cherchons parfois inutilement des coupables, des comptes à régler, des fautes à relever.

Il faut que nous acceptions de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances

Alors oui, le gouvernement a parfois été inconséquent. Alors oui, il ne s’est pas rendu compte de la gravité de la crise et ne l’a peut-être pas assez prise au sérieux. Alors oui, nous n’avons pas assez tiré les leçons de l’expérience des Chinois et des Italiens et avons été sans doute présomptueux. Démissionner Agnès Buzyn en pleine crise était inconséquent. Être incapable de fabriquer assez de masques, de gel hydroalcoolique, de tests est inquiétant. Réserver les tests aux personnes les plus haut placées sur l’échelle sociale en cas de soupçons de contamination est très problématique. Mais surtout, cette crise sanitaire arrive alors que les gouvernements successifs ont abîmé l’hôpital public, font travailler depuis des années le personnel dans de mauvaises conditions, que 1600 médecins et chefs de service ont démissionné de leur fonction et que nous souffrons d’une médecine à 3 ou 4 vitesses. Tout cela est vrai mais tout cela devra attendre.

Nous avons quelques atouts

À la fin de la crise, il faudra remettre à plat bien des choses. Et fort de l’héroïsme de nos hospitaliers et de notre soutien, en matière de santé, le gouvernement n’aura d’autres choix que de tenir compte de ce que veut le peuple. Demain ne pourra être le retour à aujourd’hui. Cela le président de la République parait l’avoir compris, il lui restera à le prouver. Mais il arrive que confronté aux grandes peurs de l’humanité et aux limites du pouvoir, l’homme grandisse. Souhaitons-le lui et souhaitons-le nous.

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En attendant nous avons en Olivier Véran, un ministre de la Santé intelligent et humble, qui donne de lui-même et fait le travail et en Jérôme Salomon, un directeur de la Santé investi et compétent. Dans les circonstances, c’est une chance. Nous avons des personnels de santé qui sont prêts à se dévouer et pour qui le serment d’Hippocrate n’est pas que du folklore. Nous avons des atouts mais pour nous en sortir, il faut que nous fassions tous notre part et que nous acceptions le confinement et de taire temporairement nos rancœurs, colères et méfiances. J’ai souvent été très critique envers Emmanuel Macron et son entourage, mais il y a un temps pour tout, un temps pour la polémique et un temps pour la concorde, un temps pour la critique et un temps pour l’action. Sous la mitraille, on n’oublie pas nos différences, on les dépasse parce que la réalité se réduit drastiquement et se concentre sur l’essentiel, donc l’existentiel. Survivre, sauver les siens, protéger les autres. Aujourd’hui, c’est le temps de l’union sacrée. Et pour cela, il faut que chacun prenne ses responsabilités. 

Le 2e tour des élections a été reporté. Cela doit se faire avec le soutien de tous les partis. Sinon le message envoyé aux français sera limpide : « nos postes avant vos vies ». Il n’y a pas pire position et elle ne grandira personne. Pareil en ce qui concerne le confinement. Là aussi il faut parler d’une seule voix pour que le message passe. Et ce message est vital. Voilà pourquoi exceptionnellement et temporairement, il faut savoir arrêter le jeu politicien au nom du sens de l’État quand cela touche à la question de la survie. Mais ce front commun s’explique aussi par une réduction drastique de nos choix, désirs et capacités. Survivre ce n’est pas vivre et si l’union sacrée a quelque chose d’exaltant, elle n’a de sens que si nous nous donnons les moyens d’en sortir. C’est en cela que le confinement est paradoxalement notre meilleure porte de sortie. Je nous souhaite d’avoir des partis en mesure de comprendre ce B.A.BA-là. Cette cohérence dans le discours montrera que lorsque la question est existentielle et touche à l’avenir du pays et à la vie de ses citoyens, nos représentants font primer l’intérêt général avant leur intérêt partisan ou personnel. Cela serait d’autant plus remarquable que si l’on en croit les sondages mesurant la défiance des Français à l’égard de leurs représentants, ils sont persuadés que ce genre de politiques n’existent plus. Leur montrer qu’ils ont tort en s’élevant chacun au niveau de responsabilités demandé à tous serait la moindre des choses. 

Élections reportées

Enfin, comme on le constate sur les réseaux sociaux, traiter de nuls tout le monde, politiques, scientifiques, épidémiologistes, virologues parce que la vague arrive, ne résoudra rien et n’est pas juste. Nous devons nous rappeler que ce virus est nouveau, que nous ne savons pas tout sur lui, qu’il n’y a pas de traitement et surtout que nous n’avons pas été confronté à un tel phénomène depuis des années. Certains errements pointés sont aussi imputables à la difficulté d’avoir la bonne réaction quand on apprend en avançant, que les informations évoluent très vite et que toute décision comporte une part élevée de risques potentiels. Mais surtout, les médecins et le personnel médical sont en première ligne. Sur le front, les erreurs ne pardonnent pas et ils portent au quotidien cette responsabilité écrasante. Eux savent que si les respirateurs artificiels sont saturés, ils devront faire le tri et ils connaissent le poids de ce type de décisions. Des décisions que leurs collègues italiens ont dû prendre…

Alors de notre comportement et de notre discipline dépendront sans doute les vies de nombre de nos concitoyens. C’est une lourde responsabilité, mais c’est la nôtre, et notre façon d’aider ceux qui sont vraiment en première ligne, les malades et nos soignants.

La boutique sans argent a un prix

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© D.R.

Les plus mauvaises idées font sourire mais s’avèrent souvent perverses. Les boutiques sans argent, nouvelle invention pas du tout innovante, ne coûte rien sauf au contribuable…


On connaît cet adage du marketing : quand c’est gratuit, c’est vous le produit ! Cela vaut pour les données récupérées en masse par les fournisseurs de services en ligne ou les entreprises qui vous envoient des échantillons gratuits ; cela vaut pour la télévision gratuite que vous payez en « temps de cerveau » disponible à Coca-Cola. Alors que penser d’un monde merveilleux dans lequel on pourrait se rendre dans des boutiques où tout serait gratuit ? Des lieux dans lesquels les échanges monétaires seraient bannis. Encore mieux que les centres commerciaux soviétiques Goum où il fallait quand même payer, et en roubles ! Ces lieux existent : il s’agit des « boutiques sans argent ». Il en essaime un peu partout sur le territoire, en Moselle, en Saône-et-Loire, en Ille-et-Vilaine et même dans Paris – où deux boutiques proposent ce service, l’une en « dur » dans le 12e arrondissement, et une autre temporaire sur les bords du canal de l’Ourcq. Comme la plupart des très mauvaises idées, la boutique sans argent nous vient d’Europe du Nord et d’Allemagne. Chacun peut venir y déposer des objets dont il n’a plus l’usage et/ou repartir avec des objets déposés par d’autres personnes. Ce n’est pas une épicerie solidaire : on cherche surtout ici à lutter contre le gaspillage, à sauver le monde de la surconsommation et de l’obsolescence programmée, bref à rendre le monde meilleur ! Les gérants se targuent d’interroger les habitudes de leurs visiteurs dans ce lieu forcément « solidaire et citoyen ». Or, non seulement la boutique sans argent réinvente le troc, mais elle fait circuler des objets inutiles (on est venu trouver une pompe à vélo, car on en a besoin, et on repart avec une lampe de chevet !) et en plus, ça a un prix ! La boutique du 12e arrondissement bénéficie de subventions, et d’un local mis à disposition par la mairie. Lieu de « mixité sociale » ou dernière lubie de bobos mal à l’aise avec leur niveau de vie ? Une chose est certaine : une telle invention ne peut exister que dans les pays riches.

Captain Cap ou le vrai think tank des candidats à Paris

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Anne Hidalgo ce dimanche 15 mars 2020. © Joel Saget/ AP/ SIPA

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Il faut reconnaître que la campagne des municipales 2020 pour Paris et les propositions d’un certain nombre de candidats parmi les plus en vue ne sont pas sans provoquer un certain étonnement, voire une franche hilarité. Dans quelle boîte à idées Anne Hidalgo a-t-elle, par exemple, trouvé l’idée de supprimer 60 000 places de parking et Benjamin Griveaux l’intention de transformer la gare de l’Est en un « Central Park » qui serait, selon le cliché consacré, un nouveau « poumon vert » pour la capitale ?

À lire aussi: Mairie de Paris: la contagion des alliances

On a bien une petite idée : inutile d’aller chercher du côté d’un mystérieux think tank écolo-social-libéral. Tout était déjà dans le formidable programme électoral du Captain Cap, candidat dans la deuxième circonscription du 9e arrondissement en 1893. On se reportera avec bonheur, pour en savoir un peu plus, au livre d’Alphonse Allais paru en 1902, Le Captain Cap, ses aventures, ses idées, ses breuvages.

Un maître du canular aimable

Ce qui a sans doute plu à Anne Hidalgo, Benjamin Griveaux et même Cédric Villani, en cette époque où l’on a honte de ses propres étiquettes politiques, c’est que le Captain Cap vient de la société civile. Marin et baroudeur, il avait notamment découvert « des mines de charcuterie » aux États-Unis.

« Homme neuf, j’arrive avec des idées neuves. Je veux vous faire profiter de ces idées, et c’est pourquoi je viens à vous. Si vous me nommez, c’est un honnête homme que vous élirez. Je ne crois pas devoir en dire davantage », déclare-t-il dans sa profession de foi que Cédric Villani aurait pu faire sienne, lui qui écrit dans son programme : « En me présentant à la mairie de Paris, je ne cherche ni la notoriété, ni un métier. Dans cette élection, je suis certainement le seul candidat qui ne soit pas un homme politique professionnel, et je n’aspire pas à le devenir. »

Le Captain Cap a existé, au moins en partie. Il s’appelait Albert Capron, il s’est effectivement présenté et a recueilli 143 voix, essentiellement celles des écrivains venus de la bande des Hydropathes, qui écumaient le Quartier latin et le cabaret du Chat noir, à Montmartre. Un certain nombre de propositions du Captain Cap ne sont guère plus absurdes que celles qu’on peut lire ici et là aujourd’hui : « La place Pigalle, port de mer », a-t-elle beaucoup à envier à Paris-Plage ou au projet d’Anne Hidalgo de « création de forêts urbaines, place de l’Hôtel-de-Ville » alors que déjà, en 2014, NKM voulait aménager les stations de métro abandonnées en « lieux de convivialité comme des piscines » ?

Le problème, c’est qu’Alphonse Allais et Albert Capron étaient des maîtres de l’humour et du canular aimable, alors qu’aujourd’hui nous avons affaire à des candidats au sérieux en acier trempé.

Sommes-nous en économie de guerre?

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Photo Birmingham Museums Trust on Unsplash

Sommes-nous en économie de guerre? Ces termes sont réapparus depuis que des mesures drastiques ont été prises pour endiguer le coronavirus. Les frontières se ferment et les gens se calfeutrent. Les rues de Paris sont désertes le soir comme si le couvre-feu avait été décrété.

Images trompeuses. La guerre au coronavirus nous mène à une grande récession, comparable à celle de 2008, au mieux, ou, au pire, à une dépression comparable à celle qui a atteint l’Allemagne, l’Angleterre et les États-Unis à partir de 1930.

A lire aussi: Face à l’épidémie, le civisme français sera-t-il à la hauteur?

Car si nous avions basculé vers une économie de guerre, nous connaîtrions un boom de l’activité et de l’emploi. La Deuxième Guerre Mondiale nous l’apprend. L’Angleterre et les États-Unis, encore dans le marasme malgré les relances des États, ont résorbé le chômage en un court espace de temps. Les usines, largement converties pour les besoins des armées, ont travaillé à saturation. Les femmes ont souvent remplacé les hommes dans leurs postes de travail après la mobilisation. La consommation et l’investissement, auparavant soumises aux libres décisions des acteurs économiques en temps de paix, ont explosé par les décisions d’investir dans l’effort de guerre et la destruction des biens militaires sur les théâtres d’opération. En Angleterre, la pénurie de main-d’œuvre a été telle qu’il a fallu confier aux grands-mères le soin de confectionner les vareuses des soldats et des officiers. Ce rappel suffit à démontrer que nous ne sommes pas en économie de guerre.

Toutes les boutiques étaient fermées, sauf celle de Gérard Larcher

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Photo: ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00950000_000004

Coronavirus / municipales. L’attitude du président du Sénat vivement critiquée.


Si le personnel soignant n’a toujours pas de masque, Gérard Larcher, lui, n’en a plus. En faisant pression sur le président de la République pour le maintien des élections municipales, il a montré qu’il n’était animé par l’intérêt du pays que secondairement. Il a beau s’en défendre après coup, ne déclarait-il pas dans la matinale d’Europe 1 jeudi : « Nous sommes face à un quadruple défi, un défi sanitaire, un défi économique et social, un défi dans la mondialisation – et la décision des États-Unis le souligne particulièrement ce matin – mais aussi un défi démocratique puisque dimanche aura lieu, j’allais dire, une élection essentielle, ce qui est la trame des 35 000 communes de France ».  

Gérard Larcher calculateur?

Quand, après avoir décidé de fermer les écoles, les collèges, les lycées et les universités, puis les restaurants, les cafés, les cinémas et les commerces, quand, après toutes ces fermetures, les responsables politiques maintiennent les élections municipales, ils ne permettent pas aux Français de prendre clairement conscience de la gravité de l’épidémie qui les frappe. Aussi faut-il être dénué de tout sens logique pour oser leur dire avec une gravité affectée : « Restez chez vous, allez voter ! »

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Rappelons qu’en 2007 les élections municipales furent reportées d’une année pour ne pas parasiter les élections présidentielles et législatives qui tombaient au même moment. Celles de 2020 auraient donc très bien pu être repoussées en 2021 et couplées avec les élections départementales qui, passionnant moins les Français, auraient bénéficié de l’intérêt que suscite le scrutin municipal. 

Inutile d’ergoter durant des heures sur les avantages et inconvénients d’un tel report ! L’intérêt prioritaire de la santé des Français n’avait pas à être subordonné aux calculs électoraux du président du Sénat et de ses amis.

La veille du scrutin sept présidents de région et un certain nombre de personnalités politiques avaient à nouveau demandé le report des élections municipales. Pas de réaction du côté de l’exécutif ! Durant la journée de dimanche, des voix ont commencé de s’élever, dans la majorité et l’opposition, qui reprochaient à Gérard Larcher son attitude. « L’heure n’est pas à la polémique », répétait-on, hier soir, à droite, en découvrant la faible participation des électeurs au scrutin. Et Bruno Retailleau, le Président du groupe Les Républicains du Sénat, de rappeler, pour défendre Gérard Larcher, qu’aucune formation politique ne s’était opposée au maintien des élections municipales. Voilà qui n’est pas pour nous rassurer sur la capacité de notre classe politique à évaluer les réalités auxquelles elle a à faire face !

Et l’intérêt du pays?

Que n’a-t-on éclairé les Français en leur rappelant qu’en septembre prochain se tiendraient les élections sénatoriales et que Gérard Larcher avait déjà fait ses projections à partir d’estimations sur les municipales qui lui avaient été présentées sous un jour plutôt favorable. Comme ce sont les grands électeurs, notamment les maires, les maires-adjoints et les conseillers municipaux qui élisent les sénateurs, il est facile d’imaginer que Gérard Larcher, obnubilé depuis des mois par ce scrutin indirect et par le renouvellement confortable de son mandat de président, n’ait pas vu ce que son entêtement avait d’inacceptable, pour ne pas dire de révoltant.

Faut-il s’en étonner ? Nullement, car on ne peut pas éternellement endosser le rôle de second personnage de l’État et, dans les coulisses, se livrer impunément à un petit jeu pour le moins ambigu. Gérard Larcher est en effet à la fois celui qui, d’un côté, déclare en 2014 que « le Sénat peut relever la République » et celui qui, de l’autre, annule, après l’avoir commandé, un programme d’expositions sur le thème de la République. Précisons que l’une des expositions, dont l’intérêt pédagogique avait été salué par des historiens de renom, notamment par Michel Pastoureau et Pascal Ory, avait pour objet l’hommage que nos plus grands peintres, notamment impressionnistes, rendirent à notre drapeau tricolore. 

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Une heure et demie après cette annulation, Gérard Larcher se précipitait au siège de Charlie Hebdo victime d’un attentat islamiste. Qu’à cela ne tienne, quand un sénateur lui proposera, après plusieurs tentatives infructueuses, d’installer le drapeau français dans l’hémicycle, Gérard Larcher usera d’un stratagème pour que cette installation passe inaperçue. Il est vrai que lorsqu’on s’efforce d’être à la croisée de toutes les sensibilités, il faut commencer par être soi-même le moins convaincu possible de quoi que ce soit. Se forger une âme d’homme d’État n’a jamais été l’affaire des tièdes. 

De la mise sous le boisseau de notre drapeau pour complaire aux européistes au maintien des élections municipales en pleine épidémie de coronavirus, il y a un même fil conducteur : celui de la priorité de l’intérêt personnel sur l’intérêt général du pays. Aussi le Président du Sénat est-il devenu emblématique de cette classe politique que l’Histoire a, depuis des années, abandonnée tragiquement derrière elle.

« Nous devons être rassemblés et solidaires devant cette pandémie qu’il nous faut combattre de toutes nos forces, a déclaré hier soir Gérard Larcher, espérant mettre un terme aux critiques de tous ceux qui aujourd’hui le montrent du doigt. La France doit être unie, les Français déterminés à agir avec courage et responsabilité. La priorité absolue, avant toute autre considération, est la santé de nos concitoyens. Je compte sur les Français pour respecter les mesures prises ».

Sans doute compte-t-il plus sur les Français que les Français ne comptent sur lui. 

Victimes collatérales

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Avenue des Champs Elysée, le 13 mars 2020 © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22438074_000002

Le coronavirus a fait au moins deux victimes que l’on n’attendait pas — même si leur état de santé inquiétait les gens conscients depuis lurette : l’Europe et la mondialisation.

Côté Europe, la réponse à la pandémie a été nulle, comme le soulignait Gianluca Di Feo, rédac-chef adjoint de la Reppublica : « Des masques, des gants en caoutchouc, des lunettes en plastique, voilà les premières choses que l’Italie a réclamées à l’Europe : le pays a demandé de l’aide pour construire la barrière la plus simple qui soit contre le coronavirus. Mais son appel est resté sans réponse. La France et l’Allemagne ont fermé leur frontière à ces produits, en interdisant ainsi l’exportation, et nous ont envoyé un signal inquiétant : aucun soutien concret, même pas minime, ne serait arrivé de Bruxelles ».
L’Europe, c’est le machin qui ronronne tant que tout va bien, et que les affaires sont les affaires, comme disait Mirbeau. Mais dès que des problèmes surgissent, curieusement, les égoïsmes nationaux se remettent en place. Ça alors ! L’idée de nation serait donc fonctionnelle quand ça va mal, et débilitante que tout va bien ?

Qui ne voit que seules les nations peuvent endiguer les crises ? Que seules les nations, dans leur diversité — et les Italiens, que tant d’imbéciles croient volages et indisciplinés, le sont bien moins que les Français — s’inventent des réponses adéquates ? Que les dangereuses illusions entretenues par des politiques qui regardent la ligne bleue des Vosges ont facilité la propagation d’un virus que l’on aurait pu contenir, si tant de crétins ambitieux n’avaient hurlé (à la mort, c’est le cas de le dire) que les élections municipales devaient suivre leur cours, ou que la crise migratoire n’en était pas une…

Il faut balayer tous ces gens-là dès que la situation sanitaire permettra de …

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« A Bobigny, le clientélisme de la droite a fracturé la communauté nationale, la seule qui rassemble tout le monde »

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La journaliste Eve Szeftel

Depuis sa sortie chez Albin Michel, Le maire et les barbares est le livre qui fait parler. Nous avons rencontré Eve Szeftel qui revient sur ce scandale à Bobigny où violences, favoritisme et clientélisme se mélangent à la sauce UDI. Christian Bartholmé, le candidat UDI évoqué dans l’entretien, a obtenu 26,37% des suffrages au premier tour des municipales, hier.


Causeur. Vous êtes journaliste à l’AFP, en 2014 vous quittez le siège à Paris pour être nommée à Bobigny, que l’UDI vient de conquérir, mettant fin à un siècle de communisme, avec une envie de briser vos a priori sur les banlieues, la réalité n’a-t-elle pas rattrapé l’idéologie ?

Eve Szeftel. Ce sont moins des préjugés que des questions. Je me fais nommer là-bas pour aller voir ce qui se passe sur le terrain, vérifier si ces territoires qu’on dit « perdus » pour la République le sont effectivement; plus concrètement, quelle est la popularité de Dieudonné en banlieue, à quel point l’islamisme se développe et s’enracine.

Pourquoi est-ce que, six ans après, Jean-Christophe Lagarde continue de soutenir l’équipe de Bobigny ? Il était lundi dernier au meeting de Christian Bartholmé, le Premier adjoint, qui brigue la mairie malgré sa condamnation au pénal à la suite du tract. C’est la troisième fois que le député, qui prétend n’avoir rien à voir avec ce qui se passe à Bobigny, se déplace pour le soutenir depuis janvier

2014 est une année charnière dans l’histoire politique française, l’année où la droite – LR ou UDI – devient majoritaire en Seine-Saint-Denis, en faisant tomber plusieurs bastions communistes ou socialistes: Bobigny, mais aussi Aulnay-sous-Bois, Blanc-Mesnil, Saint-Ouen. L’année où la droite parvient pour la première fois à rallier à elle une partie de l’électorat musulman, qui votait jusque-là à une écrasante majorité pour le Parti socialiste.

Et cela intervient dans un contexte délétère, que certains à droite vont habilement exploiter: fin 2013 le Premier ministre Manuel Valls fait interdire les spectacles de Dieudonné, à l’issue d’un long bras de fer. Il se joue là une partie hautement symbolique entre la gauche laïque, universaliste et un histrion populiste, antisémite, qui se veut le porte-voix des descendants d’esclaves et des opprimés. Fin janvier il y a aussi eu « Jour de colère », cette manifestation qui, à l’appel de Sens Commun, rassemble des anti-mariage gay, des anti-immigration, des identitaires, et matérialise une convergence entre l’extrême droite et l’islamisme autour d’un dénominateur commun: l’antisémitisme.

Pour autant, je ne peux pas dire que les quatre ans passés sur place m’ont amené au constat que l’antisémitisme ou l’islamisme étaient prédominants dans ces villes pauvres. Les préoccupations des habitants sont avant tout sociales : avoir un emploi qui permette de vivre, un logement décent et une éducation de qualité pour ses enfants. Ça passe bien avant le fait d’avoir un lieu de culte acceptable ou de manger halal à la cantine ! Comme le dit le chercheur Bernard Rougier, l’islamisme en France a pris le contrôle de l’islam traditionnel, mais il reste un fait politique minoritaire.

Vous parlez d’un « pacte dans le pacte ». L’affaire Ilan Halimi est au centre de votre livre et du scandale qui secoue la mairie de Bobigny. Comment se manifeste ce lien entre la mairie et les barbares ?

Je pensais l’affaire Halimi terminée, classée d’un point de vue judiciaire après le procès en appel de 2010, qui a vu les principaux protagonistes de ce crime condamnés par la justice. Mais en 2014 un tract anonyme révèle que la mairie de Bobigny a embauché comme chargée de mission la femme d’un des membres du gang des barbares, Jean-Christophe Soumbou. Il révèle aussi que cette femme, Lynda Benakouche, a été mêlée dans le passé à un fait divers sordide.

À lire aussi: Antisémitisme: Ilan Halimi est-il mort pour rien?

En tirant les fils de ce tract, je découvre que cette militante, engagée en politique depuis 2008, a joué un rôle de premier plan dans la campagne de l’UDI. Elle en a même été l’égérie, puisqu’elle posait au centre de l’affiche officielle, avec son voile bien visible.

Surtout, elle fait peur, elle est crainte: en raison de son passé de violence, mais aussi de son lien conjugal. L’assassinat d’Ilan Halimi, au terme de trois semaines d’épouvante, plane sur la ville et en particulier sur la cité Paul-Eluard, la grande cité du centre-ville d’où est issu Jean-Christophe Soumbou, et sur laquelle l’UDI s’est appuyée pour conquérir la mairie.

Je découvre aussi que l’assistant parlementaire de M. Lagarde, Kianoush Moghadam, est un proche de Jean-Christophe Soumbou, dit « Craps ». Craps était chargé d’enlever à l’époque le jeune Ilan, pour 30 000 euros. Il a recruté deux copains de la cité pour l’aider, qui n’ont jamais été poursuivis. La famille de l’un d’eux est bien en cours auprès de la mairie: elle a obtenu un gros marché public de sécurité et ouvert une salle de sport avec horaires séparés homme/femme, le « Sunna Club », avec l’aide de la municipalité qui a effacé la dette locative de son gérant.

Après la parution du tract et la révélation dans la presse de toute l’affaire, on aurait pu s’attendre à ce que la mairie « lâche » Lynda Benakouche. Ils avaient un prétexte tout trouvé, puisque la préfecture a tout fait pour casser le contrat de la chargée de mission parce qu’il était irrégulier.

Mais c’est tout le contraire qui s’est passé: la mairie a fait bloc derrière Lynda Benakouche. Et, six ans après, elle est toujours en poste. Si on s’acharne à la maintenir en poste, c’est bien qu’il y a une raison. Laquelle?

La réponse, c’est que Jean-Christophe Soumbou est sorti de prison, cinq ans avant la fin de sa peine, en juillet dernier. C’est là que pour moi il y a un pacte dans le pacte électoral. Un échange de bons procédés. D’un côté, l’intérêt de l’UDI était de s’appuyer sur la voyoucratie locale pour conquérir le pouvoir. Les voyous, il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi… Quand on est opposant, on ne va pas s’amuser à tracter à Paul Éluard lorsqu’on sait que les amis de Soumbou tiennent la cité. On va plutôt raser les murs. Des jeunes militants communistes en ont fait l’amère expérience en 2012, ils se sont fait tabasser par une bande de jeunes agissant sur ordre. De l’autre côté, l’intérêt des voyous était bien sûr d’obtenir des postes haut placés en mairie, d’avoir accès à la commande publique, mais aussi de faire libérer leur copain en lui permettant de constituer un dossier solide face aux juges.

J’ai un document qui le prouve : depuis 2013, Lynda Benakouche est logée en HLM à Drancy, c’est Jean-Christophe Lagarde, le député-maire de la ville, qui lui a fourni cet appartement. A l’été 2019, en prévision de la sortie de son compagnon, elle dépose une demande pour obtenir un logement plus grand, en indiquant comme conjoint Jean-Christophe Soumbou, avec lequel elle a eu deux enfants au parloir.

Pourquoi est-ce que, six ans après, Jean-Christophe Lagarde continue de soutenir l’équipe de Bobigny ? Il était lundi dernier au meeting de Christian Bartholmé, le Premier adjoint, qui brigue la mairie malgré sa condamnation au pénal à la suite du tract. C’est la troisième fois que le député, qui prétend n’avoir rien à voir avec ce qui se passe à Bobigny, se déplace pour le soutenir depuis janvier.

Pourquoi continue-t-il à soutenir cette équipe qui maintient contre vents et marées Lynda Benakouche à la mairie ?

Vous décrivez dans Le maire et les barbares tout un système de copinage, clientélisme autour de communautés et de gangs de voyous, comment le décririez-vous ?

Le clientélisme se joue à deux niveaux, pour la conquête du pouvoir et pour la gestion du pouvoir.

Dans le premier cas c’est du clientélisme électoral. On échange promesse de vote contre promesse d’embauche, de logement ou de commerce. Pour soi et/ou ses proches. Une négociation s’engage avec des gens qui sont désignés pour jouer le rôle d’agents électoraux parce qu’ils sont réputés être influents dans leur cité. À Bobigny, un deal a été passé avec le caïdat local pour gagner la mairie. Ce caïdat a été récompensé par des postes, c’est très bien documenté notamment par le rapport de la chambre régionale des comptes sur lequel je me suis appuyé. La CRC parle d’emplois « fléchés » obtenus en rétribution de services rendus pendant la campagne. Si encore ils avaient été embauchés de manière régulière, mais le code de la fonction publique a été foulé aux pieds : on a des titulaires d’un brevet d’animation nommés à des postes nécessitant au moins le bac, qui obtiennent des rémunérations qu’on obtient normalement après 10, 20 ou 25 ans de carrière…. Ensuite vient la question des casiers judiciaires. Tous ne sont pas incompatibles avec l’exercice d’un emploi public. On a le droit à une deuxième chance ! Mais la CRC signale l’un d’eux comme condamné pour destruction de monument public et outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique… il sera pourtant embauché comme contractuel de la fonction publique.

C’est une négociation qui s’étend du caïdat aux chefs de communautés, musulmane certes mais juive également.

Le clientélisme au pouvoir c’est finalement un système dans lequel on distingue deux catégories de citoyens : ceux qui sont loyaux au clan au pouvoir et bénéficient de passe-droits, et les autres. Le principe d’égalité de traitement des citoyens est complètement bafoué.

Un exemple: la demande de logement social, secteur critique car en Seine-Saint-Denis, seulement une demande sur 10 est satisfaite et la durée moyenne d’attente est de trois ans. Il y a la liste d’attente officielle et la liste officieuse, avec des personnes à placer en priorité.

En juillet 2014, la mère de Kianoush Moughadam (Shida Yadegar) dépose une demande de logement à Bobigny. En septembre l’office HLM lui attribue un 75m2 alors qu’elle est célibataire et déclare plus de 4 000 euros de revenus. Or elle n’est pas du tout prioritaire, ni en termes d’ancienneté de la demande, ni en termes de revenus, ni en termes de situation. À côté, il y a un couple qui a un dossier datant de 2008, la demandeuse dit vouloir fonder une famille mais c’est impossible puisqu’elle habite un logement trop exigu, elle a 35 ans… c’est ça l’injustice.

Commission d'attribution de logement du 10 septembre 2014 Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.

Commission d'attribution de logement du 10 septembre 2014 Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.
Commission d’attribution de logement du 10 septembre 2014
Shida Yadegar, la mère de Kianoush Moghadam favorisée.

 

N’y a-t-il pas dans une ville comme Bobigny ou Drancy une logique démographique impliquant une logique politique?

Le clientélisme ethno-religieux est un choix que l’on a su éviter pendant des années alors même que Bobigny a toujours été massivement une ville d’immigration. On avait une grande machine à intégrer qui était constituée par le communisme municipal qui structurait tous les pans de l’existence, et dont l’horizon était l’émancipation, notamment par la culture. La désindustrialisaton a engendré une désintégration sociale, une atomisation du monde du travail. La droite a remplacé les usines par les communautés, et c’est ainsi qu’on est passé du communisme au communautarisme.

Il y a toujours eu une utilisation de personnalités et de figures pour attirer un électorat en particulier, ou une communauté…

C’est un choix politique, pas une nécessité. En 2014, la liste présentée par le PCF s’inscrivait dans la tradition républicaine universaliste : elle était « color blind ». Celle de l’UDI, au contraire, aurait pu s’appeler United Colors of Bobigny, il n’y a qu’à voir le flyer, multicolore. Et dans la campagne actuelle, le PCF ou le PS n’ont pas joué la carte multiculturelle: cela ne veut pas dire qu’il n’y a que des blancs sur leur liste, mais les citoyens qui la composent n’ont pas été choisis en fonction de leur origine ethnique ou religieuse.

Si la droite a choisi d’aller sur ce terrain de la représentation des minorités, c’est par pur électoralisme. On sature tout l’espace électoral en plaçant comme tête de liste un « blanc » pour rallier le suffrage des pavillons, comme 2e de liste une femme voilée, comme 3e le responsable de la mosquée, sans oublier le fils du président de la communauté juive, un responsable de la communauté asiatique, etc. C’est une stratégie électorale qui s’est révélée gagnante mais au final, la République est perdante et les citoyens aussi. Car en institutionnalisant les communautés comme cela a été fait à Bobigny en 2014, on prend le risque de fragmenter la seule communauté qui nous rassemble tous, la communauté nationale.

Comme l’ancien maire de Sarcelles, Christian Bartholmé et Jean-Christophe Lagarde n’ont-ils pas fait du clientélisme avec toutes les communautés ?

Oui on peut dire ça. C’est problématique à Sarcelles aussi. Il y a des revendications communautaires qui sont légitimes, par exemple à Bobigny il y a une forte population musulmane mais il n’y avait pas de mosquée. Les fidèles musulmans en étaient réduits à prier dans de petites salles, rattachées aux foyers Sonacotra de la ville. Dès la fin des années 90, le maire communiste de l’époque, Bernard Birsinger, décide de remédier à cette inégalité de traitement entre les cultes et donne un terrain en plein centre-ville à l’Association des musulmans de Bobigny. Mais il s’en tient là, il n’est pas question de leur donner des fonds ou quoi que ce soit. On reste dans le cadre républicain.

À lire aussi: « On ne fera jamais revenir les classes moyennes blanches à Sarcelles »

La droite va beaucoup plus loin. Jean-Christophe Lagarde va financer, sur sa réserve parlementaire, l’Association des musulmans de Bobigny, à hauteur de 80 000 € sachant que l’argent va atterrir sur le compte de l’association cultuelle.

Non seulement ils vont financer le culte, en violation de la loi de 1905, mais on retrouve en plus les responsables de l’association au pouvoir. Est-ce vraiment leur place?

Et le résultat, c’est une municipalité qui a favorisé l’implantation d’un éco-système islamique sur la ville, au détriment du vivre-ensemble, de la mixité. Sans même parler de la multiplication des commerces de bouche halal, une école coranique va être inaugurée par l’équipe municipale, on déroule le tapis rouge à Nader Abou Anas, l’imam vedette de la ville à qui la mairie a prêté plusieurs fois la salle municipale pour qu’il fasse des levées de fonds, alors qu’il est salafiste et connu pour avoir légitimé le viol conjugal des femmes.

Certes, il y a des villes où cet écosystème islamique est bien plus abouti mais il y a déjà un certain nombre de marqueurs, l’école hors contrat, le Sunna Club, une floraison de commerces de bouche halal et aussi, un recul des lieux culturels et de la sociabilité urbaine. Par exemple, la mairie a acculé la librairie à la faillite, parce qu’elle était tenue par une élue communiste d’opposition. Résultat, Bobigny est l’une des seules préfectures de France à ne pas avoir de librairie. Idem pour Canal 93, une salle de concert qui était à la pointe sur les musiques urbaines, où j’étais allée voir Rachid Taha d’ailleurs, et aujourd’hui il n’y en a plus que pour le rap, le hip-hop, la danse afro…

À lire aussi: Bobigny: ce qui est reproché à Lagarde

Le député de la 5e circonscription accuse votre livre d’être un tract politique, que répondez-vous à cela ?

Jean-Christophe Lagarde m’accuse d’être à la solde de l’opposant de gauche Fouad Ben Ahmed, qui est proche du PS et candidat à la mairie de Bobigny. C’est ridicule, car ce militant des quartiers, que je connais par ailleurs très bien, vu que j’aurai en tout et pour tout passé près de six ans sur le terrain, n’est cité que deux fois dans mon livre… Drôle de tract politique ! En criant au complot pour me discréditer, Jean-Christophe Lagarde montre aussi qu’il ne connait rien au travail d’enquête: les opposants sont des sources, bien sûr, mais les meilleures sources viennent de l’intérieur, des repentis ou des « traîtres » au clan au pouvoir. Les balances, cest là qu’il faut aller les chercher.

Ce serait juste risible si ce n’était dangereux: car faire courir le bruit que Fouad Ben Ahmed est le véritable auteur du livre, la « balance » de toute l’histoire, c’est le mettre en danger, le désigner à la vindicte populaire. Ce n’est pas un hasard si sa permanence de campagne a été brûlée début janvier, juste après son inauguration. Un impact de balle a même été retrouvé dans la vitrine. Vous vous rendez compte du climat qu’il règne dans cette ville ?

Ceci dit, Fouad Ben Ahmed, en lançant sa campagne, a dit quelque chose d’important: « nous ne voulons pas le pouvoir, nous voulons exercer des responsabilités ».

Jean-Christophe Lagarde comme Christian Bartholmé feraient bien de méditer cette phrase: eux ont pris le pouvoir, mais sans assumer les responsabilités qui vont avec, y compris en termes d’éthique.

Le maire et les barbares

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Acculé, Jean-Christophe Lagarde s’énerve sur Europe 1 et affirme que Eve Szeftel écrirait « n’importe quoi » et un « tissu de saloperies »

Coronavirus: la Corée parvient à endiguer l’épidémie sans confinement

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Tests du coronavirus à Séoul, le 14 mars 2020 © Lee Young Ho/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30207497_000011

La Corée du Sud est l’un des pays qui a été le plus infecté par le Covid-19 mais aussi celui où le taux de mortalité est le plus faible. Le pays a endigué l’épidémie sans confinement ni mesures coercitives. Une autre voie a été choisie : l’hygiène, la détection systématique des malades, l’information et les soins individualisés.


Un article du South China Morning Post, traduit par la revue Conflits.

Le taux d’infection de la Corée du Sud diminue sans que les villes ne soient verrouillées comme en Chine et en Italie. La Corée du Sud comptait 7 513 cas de Covid-19 à la date du lundi 9mars, les infections quotidiennes chutant pour le quatrième jour consécutif. Les fonctionnaires attribuent cette diminution aux tests de masse, à l’amélioration de la communication publique et à l’utilisation de technologies avancées

La Corée du Sud a connu une diminution constante des nouveaux cas de coronavirus pendant quatre jours consécutifs, bien qu’elle soit l’un des pays les plus touchés en dehors de la Chine, même si l’attention mondiale s’est portée sur les épidémies en Italie et en Iran. Le pays a connu une moyenne de plus de 500 nouvelles infections par jour au cours des deux dernières semaines, mais vendredi dernier, ce nombre est tombé à 438, puis à 367 samedi et 248 dimanche.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a noté lundi la « tendance au ralentissement » des nouvelles infections dans son pays, mais a mis en garde : « Nous ne devons pas du tout nous reposer sur nos lauriers ».

Son point de vue a été souligné par le KCDC, qui a déclaré que parmi les nouveaux patients se trouvaient plus de 60 personnes qui ont été infectées alors qu’elles travaillaient à proximité les unes des autres dans un centre d’appel d’une compagnie d’assurance.

« Le nombre total de nouveaux cas confirmés est en baisse, mais ces cas d’infection massive sont préoccupants », a déclaré le directeur adjoint du KCDC, Kwon Jun-wook.

Une régulation sans confinement et sans coercition

La diminution constante des cas a été attribuée à divers facteurs, notamment les tests de masse, l’amélioration des communications publiques et l’utilisation de la technologie. Les tests approfondis effectués sur les membres de l’église Shincheonji de Jésus, qui était liée à plus de 60 % des cas du pays, a été achevée.

Les responsables sud-coréens ont fait part de leur expérience en matière d’endiguement de l’épidémie, affirmant qu’il est difficile de mettre en œuvre dans une société ouverte les mesures de confinement imposées par la Chine à Wuhan, où l’épidémie a pris naissance.

La Chine a également instauré une stricte distanciation sociale et une surveillance étendue des citoyens et a assuré leur adhésion aux mesures préventives avec des sanctions et des récompenses, ce qui a entraîné une baisse significative du nombre de nouveaux cas.

« Sans porter atteinte au principe d’une société transparente et ouverte, nous recommandons un système de réponse qui associe la participation volontaire du public à des applications créatives de technologies avancées », a déclaré le vice-ministre sud-coréen de la santé, Kim Gang-lip, aux journalistes.

Les mesures conventionnelles et coercitives telles que le verrouillage des zones touchées présentent des inconvénients, a-t-il déclaré, sapant l’esprit de démocratie et aliénant le public qui devrait participer activement aux efforts de prévention. « La participation du public doit être assurée par l’ouverture et la transparence », a-t-il déclaré.

« Pas de masque, pas d’entrée »

La Corée du Sud a été proactive en fournissant à ses citoyens les informations nécessaires pour assurer leur sécurité, notamment en organisant des points de presse deux fois par jour et en envoyant des alertes d’urgence par téléphone portable aux personnes vivant ou travaillant dans les districts où de nouveaux cas ont été confirmés.

Des détails sur les antécédents de voyage des patients confirmés sont également disponibles sur les sites web municipaux, parfois avec des informations sur le lieu de résidence ou l’employeur du patient, ce qui permet de les identifier individuellement, ce qui suscite des inquiétudes quant à la protection de la vie privée.

L’importance du maintien d’une bonne hygiène a également été soulignée. Les Sud-Coréens sortent rarement de chez eux sans porter de masque facial, et de nombreux bâtiments affichent des panneaux indiquant « Pas de masque, pas d’entrée ». Les employés des restaurants et des commerces de détail portent des masques lorsqu’ils servent les clients.

« Je n’aime pas porter un masque. Je n’ai pas pris la peine de porter un masque comme d’habitude lorsque j’ai éternué plusieurs fois dans le métro. Puis d’autres banlieusards m’ont désapprouvé et se sont éloignés de moi. À ce moment-là, j’ai décidé de suivre la tendance et de porter un masque », a déclaré Min Gyeong-wook, un employé de 35 ans.

Des tests quotidiens

La Corée du Sud a également mis en place des mesures créatives, notamment une cinquantaine de stations de test au volant dans tout le pays, où il ne faut que 10 minutes pour effectuer l’ensemble de la procédure. Les résultats des tests sont disponibles en quelques heures. Le coût des tests Covid-19 est prohibitif dans de nombreux pays, mais en Corée du Sud, tous les tests sont gratuits. Le pays est également capable de traiter jusqu’à 15 000 tests de diagnostic par jour, et le nombre total de tests a atteint près de 200 000.

Cette capacité de test a permis au pays d’identifier les patients à un stade précoce et de minimiser les effets néfastes, selon les experts de la santé. Mais cela a également permis à la Corée du Sud d’avoir le deuxième plus grand nombre d’infections confirmées dans le monde après la Chine, bien que celle-ci ait été remplacée par l’Italie cette semaine.

La Corée du Sud a mis en place des « procédures spéciales d’immigration » pour surveiller les arrivées pendant deux semaines sans avoir à interdire l’entrée du pays aux voyageurs entrants.

Les personnes arrivant de Chine, y compris de Hong Kong et de Macao mais à l’exclusion de Taïwan, font vérifier leur température corporelle, tandis que leurs coordonnées nationales sont vérifiées et qu’elles doivent remplir un questionnaire de santé. On leur demande également de télécharger une application d’autodiagnostic sur leur téléphone portable et de se soumettre à une gestion intensive s’ils présentent des symptômes.

Dépister les personnes à risque et les soigner

La Corée du Sud utilise également sa technologie informatique de pointe et ses caméras de surveillance omniprésentes pour suivre les sources d’infection, en identifiant les mouvements des cas confirmés sur la base de leurs transactions par carte de crédit et du suivi des téléphones portables, et en divulguant ces informations pour aider à retrouver ceux qui ont pu entrer en contact avec eux.

Les personnes à risque sont placées en isolement et font l’objet d’une gestion individuelle approfondie par les autorités sanitaires.

Pour faire face à la pénurie de lits d’hôpitaux, le pays a transformé de nombreux centres de formation professionnelle et autres installations publiques en…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Marc Lumbroso: itinéraire d’un Juif français ordinaire

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Pixabay

« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.


Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Itinéraire d'un Juif français ordinaire

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Coronavirus, Waterloo de la mondialisation?

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Coronavirus. A New York, des opérateurs de la Bourse écoutent Donald Trump déclarer l'état d'urgence nationale, le vendredi 13 mars 2020 © Mark Lennihan/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22438082_000010

L’épidémie et sa propagation mondiale rapide questionnent notre modèle et l’idéologie sans-frontiériste. À l’instar du Canadien Justin Trudeau, les dirigeants apôtres du mondialisme semblent largués. En France, l’extrême gauche se réjouit.


Retour des frontières, isolationnisme et suspension de certaines libertés : partout ou presque, le coronavirus aura produit un rapide et puissant retour du politique que peu d’observateurs auraient pu anticiper. La souveraineté est subitement revenue en force : l’État aurait finalement encore un rôle à jouer dans la régulation de la société.

Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, hier. © Maxime Le Pihif/SIPA Numéro de reportage: 00950012_000003
Emmanuel Macron et sa femme vont voter au Touquet, hier. © Maxime Le Pihif/SIPA
Numéro de reportage: 00950012_000003

Sa fonction ne serait pas seulement d’arbitrer l’entrechoquement des droits individuels, mais aussi de protéger des populations qui se retournent vers lui quand elles se sentent impuissantes.

127 morts déjà en France

Le coronavirus pourrait vraiment être le Waterloo de la mondialisation. Du moins d’une phase intensive, extrême de ce phénomène. Débutée en 1492, la mondialisation a quelque chose d’irréversible – les pays ne reviendront jamais à la pleine autarcie –, mais il n’est plus inconcevable qu’elle revienne un peu sur ses pas pour enfin trouver un point d’équilibre. Comment les Italiens peuvent-ils accepter qu’un virus né dans un obscur marché chinois puisse faire chez eux des centaines de morts, pays où l’on mange des pâtes et non des chauvesouris et des pangolins ? Plus jamais les peuples ne consentiront sans résistance à ce que des réalités aussi lointaines ne deviennent aussi proches.

Le cauchemar des “multiculturalistes”

Au Canada, le coronavirus fait voler en éclats les grands rêves de fraternité mondiale de l’élite multiculturaliste, à commencer par ceux du Premier ministre Justin Trudeau, dont le leadership se révèle inexistant. Refusant toujours de fermer les frontières nationales, le petit prince boréal est paralysé par son idéologie, incapable de sortir de son paradigme gnangnan. Finalement, le monde pourrait parfois représenter une menace, l’humanité ne serait pas toujours une belle et grande communauté avec laquelle échanger. Les peuples sont d’accord pour faire du commerce, mais pas pour subir les désastres causés par les pratiques insolites de masses exotiques. La mondialisation nous a fait croire que nous étions unis, mais cette union n’a en réalité jamais tellement dépassé le stade économique. 

A lire aussi: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Toujours au Canada, la très progressiste mairesse de Montréal, Valérie Plante, a aussi profité de l’occasion pour mettre en garde contre la résurgence de la xénophobie chez les méchants Québécois de souche, dont quelques-uns sont pourtant aussi porteurs du virus. «Ne tombons pas dans le piège facile de faire des amalgames douteux entre un virus et des communautés culturelles», a-t-elle prié le 11 mars, en pensant surtout aux communautés chinoise et italienne de la métropole québécoise. Comme celui de Justin Trudeau, le monde de Valérie Plante s’écroule : tout compte fait, les pays étrangers ne seraient pas simplement une source d’ensoleillement régénérateur pour les pays nordiques. 

La mondialisation n’est pas juste économique 

Plusieurs personnalités de gauche économique, comme Jean-Luc Mélenchon, sont déjà persuadées d’assister à l’effondrement du «système libéral» fondé sur la mondialisation des échanges. Il serait difficile de n’y voir qu’une exagération. «Un monde est mort: celui qui faisait une confiance aveugle au libre-échange», a-t-il déclaré avec satisfaction le 13 mars. Il est évident que la Chine ne pourra plus être naïvement considérée comme le parc industriel de la planète entière. Mais c’est aussi tout le marché du déracinement qui est remis en question. La mondialisation n’est pas seulement la libre circulation des biens et des capitaux, mais aussi celle des dizaines de millions de touristes annuels, élites volantes économiques et migrants.

Un peu partout dans le monde et pas uniquement en occident, il est à prévoir que des mouvements véritablement racistes essaieront d’instrumentaliser les retombées de l’après-coronavirus pour prôner une fermeture quasi absolue, hermétique des frontières. Des écologistes radicaux s’en serviront aussi pour promouvoir leur projet traditionaliste de retour à la terre : ils feront valoir le danger que représente l’interpénétration des écosystèmes humains et naturels. Ce sont deux projets passéistes et irréalistes. En revanche, cette tentative de récupération ne devra pas nous empêcher de voir les fissures réelles et profondes qui viennent d’apparaître dans la mondialisation. Sans ajuster notre manière de vivre à l’échelle du monde, nous connaîtrons de nouvelles crises majeures.

A lire ensuite: Face à l’épidémie, le civisme français sera-t-il à la hauteur?

La face cachée du multiculturalisme

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