A Perpignan, toutes les victimes du coronavirus sont jusqu’à présent issues de la communauté gitane. Habitant notamment le quartier Saint-Jacques, l’un des plus pauvres de France, insalubre, vétuste et peu hygiénique, cette population fréquemment obèse et non-alphabétisée vit en famille dans des appartements confinés. L’ancien adjoint à la rénovation urbaine Olivier Amiel (LR), artisan d’un projet avorté de refonte du quartier, dénonce la ghettoïsation de cette communauté maintenue en marge de la société à des fins électoralistes. Entretien. 


Daoud Boughezala. Il y a quelques jours, la ville de Perpignan a décrété un couvre-feu pour faire respecter le confinement. Quelle est la situation sanitaire locale vis-à-vis du coronavirus ?

Olivier Amiel. La ville de Perpignan a été qualifiée de « cluster », c’est-à-dire de foyer où l’épidémie est significative dans un périmètre restreint. Le couvre-feu a été rendu nécessaire par le non-respect des règles de confinement dans certains quartiers, on a même vu la police devoir utiliser des gaz lacrymogènes pour faire rentrer les trafiquants de drogue qui restaient devant le plus important point de deal de Perpignan ! La situation est particulièrement grave dans la communauté gitane de la ville : les cinq premiers morts et les principaux hospitalisés à Perpignan sont issus de celle-ci.

Si la population gitane est particulièrement infectée par le Covid-19, est-ce dû à son mode de vie, à son type d’habitat insalubre, au non-respect du confinement ?

Oui. Il faut également ajouter une comorbidité favorisant le terrain aux infections virales liée aux nombreuses pathologies médicales de cette communauté (obésité, asthme, diabète…).

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Mais la raison première, c’est l’abandon électoraliste de cette communauté. Les responsables politiques de tous bords ont depuis des années à Perpignan sciemment traité la population gitane du quartier comme une « réserve d’indiens » qu’on fait voter pour soi. Abandon économique, social, scolaire et hélas aussi sanitaire. Tout ça pour quelques voix…

Pour justifier cet abandon, les pouvoirs publics se sont cachés derrière le relativisme culturel : « C’est dans leur culture de vivre ainsi ». La déscolarisation ? La maltraitance des femmes ? Les ordures dans la rue ? Les nuisances toute la nuit ? Les prédispositions aux maladies ? Tout ce que nous n’aurions jamais accepté ailleurs, nous l’avons accepté dans ce quartier au nom d’une tradition et d’une culture gitanes. C’est un manque de respect pour ce qu’est vraiment la culture gitane, une manière facile aussi de se défausser et de ne pas faire appliquer les règles républicaines de droit commun.

En tant qu’adjoint au maire, vous aviez piloté un projet de rénovation urbaine aujourd’hui suspendu, dans le quartier gitan Saint-Jacques. Sa mise en œuvre aurait-elle freiné la propagation du virus ?

Oui. Il s’agissait d’un projet global qui répondait à l’urgence urbaine et humaine dans un des deux cents quartiers de renouvellement urbain « d’intérêt national » qui est souvent considéré comme « le » quartier le plus pauvre de France avec des risques d’effondrements d’immeubles et 50% de logements potentiellement indignes, mais aussi des difficultés économiques et sociales hors normes : 60% des ménages sous le seuil de pauvreté, 90% de taux de chômage chez les 16-25 ans, plus des deux tiers des enfants non scolarisés, et de nombreuses pathologies médicales favorisant les infections virales… Le programme devait permettre un investissement public de cent millions d’euros pour agir sur l’habitat certes (réhabilitations quand c’était possible ou démolitions/reconstructions), mais aussi sur le retour du droit commun en matière de sécurité, d’emploi, de scolarisation et… de santé publique ! Cette population cumulant des pathologies spécifiques, elle représente un cocktail virologique mortel en cas d’épidémie.

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Pourquoi ce chantier n’a-t-il pas été mené à son terme ?

Le projet a été suspendu par manque de courage des pouvoirs publics (Ville et État). Ces derniers ont cédé face à la pression de responsables associatifs plus politiciens que les politiciens qui, sous couvert de défense du patrimoine ou d’un prétendu manque de concertation des habitants, ont mené une guérilla contre le projet de renouvellement urbain de Saint Jacques. Ils ont été largement aidés par un député En Marche qui a même organisé des troubles à l’ordre public pour, je le cite « faire bloquer la machine par l’État ».

Des médias nationaux et même internationaux trouvant cette misère pittoresque, se sont emparés des faits pour raconter l’histoire si belle et si fausse des gentils habitants et des méchants élus voulant détruire leurs logements et leur mode de vie… Comment dorment aujourd’hui ceux qui ont bloqué ce projet et continué à abandonner cette population ?

Au XIVe siècle, en Italie, les juifs habitant des ghettos insalubres furent accusés de répandre délibérément la peste noire. À Perpignan, les gitans souffrent-ils des mêmes préjugés racistes ?

Il y a effectivement beaucoup de commentaires racistes les concernant, notamment sur les réseaux sociaux ces derniers jours… Même si le mode de vie et les choix de cette communauté ont favorisé ce risque sanitaire particulièrement élevé, la responsabilité première est celle des élus qui ont abandonné cette population pour acheter la paix sociale et parfois leurs voix aux élections. Il y a eu aussi un manque de courage d’imposer le retour du droit commun et le respect des règles républicaines de base. Résultat ? De réservoir de voix électorales et à misère, la communauté gitane du cœur de Perpignan est devenue un réservoir virologique et de morts.

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