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Nucléaire or not nucléaire: das ist nicht mehr la question!

La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.


En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.

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Politique énergétique dogmatique

Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.    

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Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.

Avenir radieux

L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.

Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA

Egarements

Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.

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Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.

Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…           

Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Municipales: bienvenue dans la République des intouchables

La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.

Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »

On n’est plus d’accord pour s’engueuler

Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.

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Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.

Chacun dans sa bulle

La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio

Pourquoi le RN n’a pas (encore) transformé l’essai aux municipales

Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.


Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.

Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?

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Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.

Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement

La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.

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La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.

Le barrage républicain reste actif

Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.

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La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.

Une vie politique prise dans une tenaille

La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.

Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.

Quand les médias se prosternent devant les mollahs

La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…


Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.

Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.

“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.

Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !

Si malins…

Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout  dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.

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“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.

Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau :  “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !

Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère

Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.

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Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.

Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.

La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.

Identité de genre, la nouvelle valeur européenne obligatoire

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Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…


La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?

Question réthorique, votre honneur, car la jurisprudence de la Cour du Luxembourg ne fait plus aucun doute. En vertu du droit européen, la Bulgarie est obligée de reconnaitre la filiation de l’enfant de deux femmes né en Espagne et la Roumanie celle d’un de ses citoyens qui a effectué une transition de genre au Royaume-Uni même après le Brexit. La Hongrie est censée inscrire un réfugié iranien sous le sexe qu’il prétend avoir et la SNCF française est priée de ne plus utiliser « Monsieur, madame » dans ses formulaires d’achat de billets de train. La Pologne est désormais sommée de se plier au mariage homosexuel et, depuis le 12 mars, la Bulgarie doit admettre le nouveau genre d’un de ces ressortissants qui a entamé une transition en Italie et ce, même si la Cour Constitutionnelle bulgare ne reconnaît que le sexe biologique.

La Hongrie mauvais élève

Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.

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La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire,  elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.

Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !

Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.

Pas pressés

Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.

Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke. 

Padura: à la recherche d’une Havane perdue

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Alors qu’à Cuba tout part à vau l’eau, que les jours de la dictature militaire castriste sont comptés, et que la capitale mythique de l’île caribéenne est une ville morte, c’est le moment de lire Aller à La Havane: le grand écrivain cubain Leonardo Padura s’en fait l’irremplaçable mémorialiste.


Une capitale enténébrée: voilà le sort auquel est réduit La Havane. Déserte, exsangue, autarcique, sans joie. Privée de transports, d’électricité, de victuailles, la ville agonise. Désespérée, elle attend sa “movida”. La crise énergétique a mis l’île entière à l’arrêt.

Panique politique sur l’île communiste

Tandis que Diaz-Canel, le président cubain, les traits marqués par l’épuisement (ou l’appréhension ?) affiche un visage de plus en plus grisâtre et émacié dans ses allocutions fumeuses, évanescentes, devenues inaudibles, les insurrections se multiplient en province, minimisées par le pouvoir et réprimées sans ménagement. La menace étasunienne d’un protectorat économique annonce ouvertement la chute d’une dictature à bout de souffle: le clan Castro et les hiérarques du régime paniquent; ils n’ont pas tort.

Aller à La Havane? Le titre se charge aujourd’hui d’une cruelle ironie. Dans ce recueil, Leonardo Padura, – cf. entre autres chefs d’œuvres L’homme qui aimait les chiens– réunit, ponctués d’extraits de ses propres ouvrages de fiction, un certain nombre de textes qui cousent le récit haut en couleur de la capitale cubaine depuis les années de la Révolution, mais aussi en deçà de la date fatidique de 1958. Ensemble, ceux-ci racontent, de manière fascinante, les fortunes et infortunes de cette ville mythique, personnage à part entière de tous ses livres. Né dans le quartier lointain de Mantilla, qu’il n’a jamais quitté et qu’il habite toujours aujourd’hui, Leonardo Padura, 71 ans, revendique un attachement viscéral à la cité dont son œuvre engrange les illusions perdues…

De fait, à La Havane, en cette fin mars 2026, personne, mais vraiment personne n’y va plus: vols suspendus, hôtels fermés faute de clients, tourisme en chute libre. La plupart des Cubains forcés de rester au pays à leur corps défendant faute d’argent (en trois ans, ce sont encore deux millions d’entre eux qui ont pu prendre la route de l’exil) ne rêvent que de fuir cet enfer de pénuries en tous genres. Et pourtant, pour qui connaît de l’intérieur la métropole portuaire de deux millions d’âmes, l’expression “aller à La Havane” se redouble d’un autre sens : aux chauffeurs des lignes de taxis collectifs qui, avant la crise, joignaient pour 100, voire 200 pesos (l’inflation est galopante!) les quartiers périphériques ou excentrés à la Vieille Havane, on indiquait en effet: “ para La Habana”, précisément pour s’assurer que le véhicule allait bien jusqu’au centre-ville.

Intouchable

Dans une première partie, le présent ouvrage conjugue, d’une part, sur un mode autobiographique, l’actuelle remémoration que fait, dans son âge canonique, le scripteur de sa ville hantée de mille fantômes; d’autre part, exhumés de ses romans dont le personnage de l’enquêteur Mario Conde figure son propre double sous les auspices de la fiction, ces extraits significatifs de l’extrême porosité de sa prose romanesque avec l’existence concrète et bien réelle du citadin Padura.

Ainsi, fondues dans la mémoire urbaine, ces “mémoires” du plus grand écrivain vivant de Cuba (avec, peut-être, Pedro Juan Gutiérrez, l’auteur fameux de Trilogie sale de La Havane ou de Animal tropical) retracent-ils, au-delà des pathétiques voire, tragiques métamorphoses de ses aires, le parcours atypique d’un journaliste partie prenante du sérail communiste, réchappé de toutes les purges, parvenu sans se renier à accéder au statut enviable –  et  durablement protecteur – de Grand écrivain: traduit, célébré, invité à l’étranger, donc figure devenue quasiment intouchable sur le plan de la diplomatie culturelle du régime.  Et ce quoique Padura décrive sans fard, de l’intérieur, la déliquescence d’une société prise en otage par cette interminable dictature, cyniquement grimée aux fards du socialisme.  

A ne pas manquer, notre reportage de février: Cuba à l’agonie

Habilement non frontale, cette posture critique biaisée aura permis à Padura d’esquiver le pilori – au contraire, en leur temps, des regrettés Reinaldo Arenas ou Heberto Padilla, ostracisés, persécutés au point de ne devoir leur salut qu’à l’exil…  On peut s’en réjouir tout de même : car à l’inverse d’une Zoe Valdès qui, confortablement installée en France, capitalise depuis 30 ans sur son statut de dissidente en cultivant, sans risque et dans une langue assez pauvre, sa vaine nostalgie hargneuse et vengeresse, Leonardo Padura, lui, reste ce témoin à demeure, vigie irremplaçable, chroniqueur sourcilleux et subtil, drôle et lucide autant qu’érudit, saisissant par la vivacité du trait : “une ville est faite de couches, comme un oignon”, écrit-il. “Tu vois une couche, mais en dessous, il y en a une autre, plusieurs autres. Ce sont comme des masques que tu dois soulever pour voir le visage, qui peut être maquillé et cache des taches et des rides qui t’empêchent encore d’observer, de connaître, de palper toute la réalité de la peau qui recouvre les muscles, les cartilages et les os”. Bouleversant est ici, par exemple, le récit qu’il fait de la fameuse ‘’Periodo especial en Tiempo de Paz’’ ainsi décrétée sans rire par le Comandante Fidel Castro à l’orée des funestes années 1990, et dont les temps présents apparaissent comme la grinçante réplique… Padura, alors, aurait pu filer, il en avait les moyens, et tous les soutiens requis à l’étranger – mais non: “ J’ai dit encore et encore que dans ces années sombres, mon choix de vie avait été de rester à Cuba et, dans ma maison havanaise, de m’accrocher presque jusqu’à l’irrationnel à mon sentiment d’appartenance et, surtout, de commencer à écrire comme un fou pour ne pas devenir fou”. De telle sorte que “la capitale cubaine s’est révélée être plus qu’un décor” […], un organisme vivant qui a un effet sur l’existence de ceux qui l’habitent”. Cette organicité de la cité est sans doute le marqueur essentiel d’une œuvre qui, par là, pourrait bien être à La Havane du tournant du millénaire ce que fut à la capitale française le Tableau de Paris d’un Louis-Sébastien Mercier dans le XVIIIème siècle finissant.

Phase terminale

Paru en espagnol il y a deux ans, Ir a La Habana, dans la belle traduction française de René Solis, nous arrive en 2026, alors que Cuba, de longue date frappée de maladie incurable, entre décidément en phase terminale. Signés Carlos T. Cairo, ami de l’auteur, millésimés de 2017 à 2024, les portfolios photographiques qui encadrent le recueil sont d’un réalisme un peu superflu. La mélancolie profonde de l’époque s’exprime bien mieux dans la conclusion de Padura, aux accents déchirants: “Comme tout organisme vivant, les villes ont besoin d’affection et, depuis des décennies, La Havane en a reçu bien moins que ce qu’il faudrait.  Aujourd’hui, elle reçoit peut-être moins de caresses que jamais.  Et mon sentiment d’appartenance souffre de ce processus qui me fait me demander même si un jour, à force d’être étrangère et par moments si hostile, si défigurée et à l’âme si en peine, moi aussi je cesserai de sentir que La Havane est encore ma ville”.   

Plus consolante que cet épilogue, la deuxième partie du livre, sous l’intitulé “La ville, mémoire de quelques quartiers et de quelques personnages”, exhume un certain nombre de chroniques, reportages ou études édités à Cuba, ici et là, à différentes époques de la carrière du journaliste que fut, plus jeune, Leonardo Padura. On se régale à lire le chapitre consacré au “plus célèbre proxénète cubain”, le “roi” du quartier de San Isidro, Alberto Yarini y Ponce de Leon (1882-1910), qui sera tué par son rival, le souteneur français Louis Lotot, lequel sera assassiné à son tour, la guerre des maquereaux n’en finissant pas pour autant.

Passionnants également, ces deux textes, le premier faisant l’historique du quartier chinois de La Havane, désormais réduit à peau de chagrin et sinistrement paupérisé; le second portant sur la bi-séculaire mémoire catalane de Cuba – version condensée du texte original, paru en 1990 dans Juventud rebelde (“Jeunesse rebelle”), ce quotidien communiste qui, pour la petite histoire, à côté de l’organe de propagande  officiel Granma, existait toujours début 2026… sans être d’ailleurs plus lu par personne de sensé. Depuis mars, crise énergétique oblige, la pagination de ces deux feuilles de choux s’est vue fortement réduite; elles ne paraissent plus qu’une fois par semaine, le mardi.

Il est heureux que Leonaro Padura soit connu, traduit et lu dans le monde entier: s’il ne devait compter que sur Cuba pour être édité, son Aller à La Havane s’achèverait en cul-de-sac.

A lire : Aller à La Havane, par Leonardo Padura. (Photographies Carlos T.Cairo). 316 p., Métailié, 2026

Aller à La Havane

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Les dealers ont des droits!

La confiscation automatique de certains biens liés au trafic de drogue a été déclarée inconstitutionnelle. Elisabeth Lévy réagit à cette décision dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


Le Conseil constitutionnel censure la loi narcotrafic. Nous pouvons être fiers : dans notre pays, on ne transige pas avec les droits des délinquants. Ni avec ceux des juges. À l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a censuré une disposition de la loi qui imposait aux juges de prononcer la confiscation automatique de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. D’après le Conseil, l’automaticité de cette peine contrevient à un principe cardinal de l’État de droit : l’individualisation des peines. Autrement dit, cela prive les juges de leur pouvoir de décider au cas par cas. Et ça, c’est inacceptable. Surtout pour les juges.

Les policiers, eux, sont unanimes : il faut frapper les trafiquants au portefeuille. Si vous ne pouvez pas jouir des fruits de vos trafics, vous ne trafiquez pas. La saisie des biens est donc un instrument efficace. Probablement le seul. Et l’automaticité empêche les avocats de trouver mille arguties pour la contester… Alors que nous sommes supposés être en guerre contre le narcotrafic, personne ne peut qualifier de sages les juges qui ont pris une décision aussi absurde.

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Mais enfin, ils ne font là qu’appliquer le droit, s’écrient en chœur nos progressistes tatillons ! Le droit n’est pas une science exacte. Et l’appliquer, c’est donc l’interpréter. En l’occurrence, le Conseil constitutionnel l’interprète toujours dans le même sens: les Sages de la rue de Montpensier défendent le droit des individus, y compris des délinquants, contre le droit de la collectivité de se défendre. Saisi par des députés de gauche, également intraitables sur les droits des mafieux, le Conseil constitutionnel avait déjà censuré plusieurs dispositions en juin. Il avait alors validé les quartiers de haute sécurité tout en émettant des réserves sur les fouilles intégrales. Il avait aussi estimé que les visioconférences pour les prévenus en détention provisoire portaient une « atteinte excessive aux droits de la défense ». Et pour les gardiens tués lors de transports inutiles, est-ce une atteinte légitime ? On parle de gens qui commanditent des meurtres, empoisonnent des jeunes et font régner la terreur dans beaucoup de quartiers.

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Mais surtout, respectons leur dignité et leur droit de propriété ! Alors qu’on déplore, à raison, l’abstention croissante dans les urnes, le Conseil constitutionnel adresse aux électeurs un message clair: vous pouvez aller voter et désigner des élus qui feront les lois. Mais, en réalité, les lois, c’est nous qui les faisons. Alors inutile de vous déplacer.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Municipales: mais quel parti a remporté le scrutin, à la fin?


Brest et Clermont-Ferrand qui placent la droite en tête, dégagisme dans toutes les têtes, et en même temps, des résultats qui montrent une prime au sortant : voici comment on pourrait résumer à gros traits les résultats de ce premier tour des municipales 2026.

Depuis que le Parti socialiste les a brutalement politisées en 1977, étiquetant ses candidats, elles annoncent souvent les secousses nationales avant les élections nationales elles-mêmes. Jusque-là, les maires rassemblaient large, alignaient sur leurs listes commerçants, médecins, instituteurs, radicaux fatigués et gaullistes accommodants. On gouvernait la commune au ras des champs, souvent loin des vols d’aigle idéologiques de la politique nationale. La droite finit par s’y résoudre en investissant à son tour ses candidats. Depuis, les municipales sont devenues un baromètre politique assez fiable. Elles annoncent souvent les basculements nationaux, y compris dans ces villes moyennes de trente mille habitants où l’on pourrait penser que les différences politiques et idéologiques entre candidats sont limitées…

1977 annonçait de loin la défaite de Giscard, avec notamment les prises de Rennes et Nantes. En 1983, la lourde défaite de la gauche municipale annonce la victoire de la droite aux législatives de 1986. En 2001, malgré les prises spectaculaires de Lyon et de Paris, la poussée générale de la droite annonce déjà la déroute de Lionel Jospin l’année suivante. En 2008, c’est au tour de la droite au pouvoir de subir la curée municipale, avant que les socialistes ne perdent, en 2014, l’essentiel de leurs conquêtes.

Arlequin électoral

Oublions 2020, campagne masquée par le Covid. En 2026, cette fois, la radiographie politique ne donne qu’un signal brouillé : la carte électorale ressemble à une tenue d’Arlequin où quatre blocs se disputent l’espace sans que l’on distingue clairement la logique d’ensemble. On trouve une gauche molle, une droite molle, une gauche radicale et une droite radicale. Mais qui a gagné ? Bruno Retailleau se félicite de la conquête de quelques villes moyennes ; Marine Le Pen compte vingt-deux victoires dès le premier tour et une consolidation dans ses bastions ; LFI claironne ses percées urbaines ; la gauche de gouvernement, elle, se félicite de résister dans les métropoles. Au soir du scrutin, chacun revendique son trophée. Égalité générale : tout le monde a gagné, comme chez Jacques Martin.

Indiscutablement, certains maires sortants ont pu sortir le champagne et défaire leurs cartons. De nombreux réélus au premier tour, des équipes que l’on pensait défaites d’avance comme à Lyon ou Bordeaux et qui pourraient retrouver leur siège, même des partis clivants tels RN ou LFI qui font triomphalement réélire leurs poulains. En vérité, les municipales retrouvent une vieille pente conservatrice après avoir longtemps servi de défouloir national, comme en 2008 et en 2014.

Au commencement de l’élection des maires au suffrage universel, la vie municipale oscille entre centre gauche et centre droit, entre listes de notables, radicaux-socialistes un jour, indépendants le lendemain, démocrates-chrétiens à l’occasion, selon les humeurs du moment ou l’identité de leur territoire. Les modérés, les indépendants, les notables tiennent bon. Retailleau peut en effet afficher sa satisfaction en conservant une bonne centaine de mairies, sans compter les formations satellites ou amies. Dans les beaux quartiers, la droite reconduit ses potentats municipaux avec des scores de dictateurs africains : Fromentin à Neuilly, Ceccaldi-Raynaud à Puteaux. On cherche son notable, l’homme qui rassure et apaise. Ce phénomène autrefois réservé à quelques figures légendaires, Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, André Labarrère à Pau, Pierre Mauroy à Lille, Jean Royer à Tours, pourrait se généraliser.

Une politique municipale dépolitisée ?

Il faut dire que la politique municipale s’est elle-même dépolitisée. Les mairies ont perdu une partie de leur pouvoir : transféré aux métropoles, rogné par la baisse des ressources locales et la disparition de la taxe d’habitation. Les préfets donnent parfois l’agenda aux maires. Dans ces conditions, les électeurs cherchent moins une doctrine qu’une figure locale : quelqu’un de connu, de rassurant, capable de couper les rubans rouges, ramasser les crottes de chien et arbitrer les querelles de voisinage.

Autrefois, la droite française possédait une architecture lisible, RPR d’un côté, UDF de l’autre, chacun avec sa sociologie et sa tradition. Aujourd’hui, l’électeur de droite ou de centre droit se retrouve devant un empilement indistinct : Renaissance, MoDem, Horizons, UDI, morceaux de LR… une sorte de coalition permanente dont personne ne distingue vraiment les nuances. Le macronisme a aspiré les divergences comme un trou noir : d’Olivier Faure à Bruno Retailleau, tout peut finir dans la même coalition municipale. Résultat : un électeur socialiste peut très bien voter pour une municipalité à droite. C’est ainsi qu’il faut comprendre les signes envoyés par la carte électorale, souvent contradictoires. Les sortants de gauche tiennent bon dans plusieurs grandes villes. La droite aura du mal à conserver Toulouse, encore plus à reprendre Bordeaux ou à conquérir Lyon. Mais, dans le même temps, elle menace Nantes, bastion socialiste depuis la victoire de Jean-Marc Ayrault en 1983, et certains fiefs roses pourraient vaciller : Brest, Cherbourg, Clermont-Ferrand. Dans ces villes, comme à Limoges en 2014 ou à Lorient en 2020, passées à droite, les candidats avancent sous des étiquettes modérées. On y voit fleurir les listes « d’ouverture », « ouvertes à la société civile », souvent composées d’acteurs associatifs ou d’élus proches des anciennes majorités socialistes. Les intercommunalités y sont parfois cogérées entre diverses droites et diverses gauches. Cette droite rassure au moins autant l’électeur rose-pâle qu’une municipalité socialiste usée par plusieurs décennies de pouvoir et le soupçon de compromissions avec LFI.

Le RN au défi de la notabilisation

Dans ce paysage brouillé, le RN affiche une progression réelle mais limitée. À Paris, la liste de Thierry Mariani plafonne à 1,5 %. On se demande dans quelle démocratie au monde un parti qui espère obtenir le pouvoir dans un an peut peser aussi peu dans sa capitale (surtout dans un pays aussi centralisé et concentré). À Toulouse, Julien Leonardi atteint à peine 5 %. À Lille, Matthieu Vallet tourne autour de 10 %. À Bordeaux ou Lyon, le parti à la flamme reste sous ce seuil symbolique. Dans les métropoles, il n’y a pas de quoi pavoiser. Face à des notables solidement installés, le RN se heurte à la résistance d’un système local souvent impopulaire mais profondément enraciné. Le parti dispose d’un électorat puissant mais d’encore peu de notables locaux : peu d’entrepreneurs, d’acteurs associatifs, de figures identifiables sont prêtes à assumer publiquement l’étiquette dont le coût social reste souvent prohibitif. Beaucoup d’élites locales préfèrent encore l’éviter. Les notables, eux, ne s’y rallient que guère spontanément.

En revanche, là où le RN est élu, il se notabilise. Sur les dix-sept communes conquises en 2020, presque toutes reconduisent leurs maires dès le premier tour, de Perpignan, où Louis Aliot repasse la barre des 50%, aux petites citadelles municipales comme Hénin-Beaumont, Beaucaire ou Hayange. Dans ces bastions, l’élection ressemble de plus en plus à une formalité administrative. Ailleurs, le RN progresse par percées plutôt que par vagues : au coude-à-coude à Marseille, en tête à Toulon et Nîmes sans victoire acquise, et même en position favorable à Carcassonne, où son candidat arrive en tête du premier tour. Dans le Pas-de-Calais, le RN manque Lens de quelques centaines de voix et pourrait ravir au parti communiste et au parti socialiste une belle poignée de communes. La carte qui se dessine est nette : un parti solide dans ses enclaves, capable de conquêtes ponctuelles, mais encore loin de transformer sa poussée nationale en domination municipale généralisée. Ses électeurs ne votent qu’aux présidentielles. Cependant, là où il est fort, le RN se renforce.

Jordan Bardella à Carcasonne, campagne pour les élections municipales, 7 février 2025 © Alain ROBERT/SIPA

A l’examen, ces municipales ne dessinent plus une carte politique ni même une tendance générale : elles montrent un puzzle. La vie politique française n’est même plus archipélisée, elle est éclatée en fiefs, en territoires distincts, chacun vivant selon ses équilibres, sa sociologie et ses notables. Ici une gauche installée tient bon, là une droite locale se conforte ailleurs le RN consolide ses citadelles.

Et dans les métropoles, LFI confirme le succès de sa coalition électorale. À mesure que les partis nationaux se diluent, le maire et son équipe sortante deviennent souvent le seul pôle de stabilité politique. Comme si la France entrait doucement dans une forme de libanisation municipale : une mosaïque de pouvoirs locaux solides pendant que, au-dessus, la politique nationale se fragmente.

Oh ! Ma jolie Sarah…


On ne pourra pas dire que Sarah Knafo aura attendu de réaliser le très estimable score de 10% aux municipales parisiennes pour sourire. Avec 10%, elle a en effet de quoi, quand on veut bien considérer qu’il se trouve encore 35% d’électeurs parisiens pour adouber le dauphin, l’héritier désigné, le continuateur de Madame Hidalgo. À croire que le Paris qu’elle leur laisse leur convient parfaitement, endettement et surmulots compris. 35% pour une resucée de six années d’hidalgisme, voilà qui, on en conviendra, donne tout son prix à la louable performance de la dame de Reconquête.

Au-delà de cette circonstance particulière, s’il y a une chose que Sarah Knafo a parfaitement comprise, c’est le grand manque que nous pouvions ressentir depuis des lustres face au spectacle – souvent navrant il est vrai –  du grand cirque de la politicaillerie. Ce manque : le sourire.

Toutes considérations de programme, de convictions, d’opinons mises à part, la candidate à la mairie de Paris nous aura apporté au moins cela, le sourire en politique.    

Pas le sourire niais d’un Lecanuet, ce monsieur dents blanches haleine fraîche dont les moins de vingt ans – peut-être même les moins de cinquante – ne peuvent se souvenir. Le sourire genre ravi de la crèche. Sourire factice, fabriqué, mécanique, façon bellâtre de tréteau de foire, illustration finalement assez fidèle du piètre politicien qu’il était.

Non, en l’occurrence il ne s’agit pas du tout de cela. Le sourire Knafo dit quelque chose de sensible, d’évident que, pour simplifier, on pourrait qualifier de joie de vivre. Sur les plateaux de télévision, dès la première minute, elle sait donner l’impression qu’elle est heureuse d’être là. Et sans doute l’est-elle en effet.

A lire aussi: Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Ce faisant, elle inaugure un nouveau type de personnage du casting électoral. Le snipper souriant. Le flingueur à double détente, la dialectique et la zygomatique. C’est ravissant et ça fait un bien fou. Voltaire, je crois, disait « la gaieté désarme ». Sarah a compris cela. Preuve d’intelligence. Et de sens politique. Quand on vous balance en substance en plein débat : « Monsieur vous êtes un con », ou une gentillesse approchante, et que cela vous est asséné avec un charmant sourire des lèvres et de la prunelle, difficile de monter après cela dans les tours sans se ridiculiser.

Le grand problème avec le sourire est qu’on l’a ou qu’on ne l’a pas. S’y forcer sonne toujours faux et il n’y a pas pire que cela. Plus contre-productif, tu meurs ! Le sourire contrefait ne pardonne pas. Sarah Knafo, donc, l’a, elle.

Il faut espérer deux choses. Premièrement qu’elle ne le perde pas, tant la vie politique est âpre et ne prête que très exceptionnellement à se réjouir. Deuxièmement, plus important encore, qu’elle le garde en l’état. C’est à dire, spontané, naturel…Que nous continuions à avoir ce petit quelque chose qui, d’un seul coup d’un seul, rend un peu moins barbant et convenu le pugilat électoral.

On l’a ou on ne l’a pas, ce sourire, disais-je. L’idée de ce petit billet m’est venue en voyant les deux photos, les deux portraits qui illustrent un papier récent d’Ivan Rioufol, paru ici même. Sarah et Rachida. Regardez bien. L’une, la commissure des lèvres vers le bas, bouche plutôt maussade, illustration parfaite de l’expression « faire la lippe », l’autre, la commissure des lèvres vers le haut. Déjà, au naturel, au repos allais-je dire, l’esquisse, l’amorce d’un sourire. Mieux que l’amorce, la promesse d’un sourire. Par le temps qui courent, ce n’est pas peu de chose…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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L’ignorance saturée: anatomie d’une génération désarmée

Préambule – Paris, dimanche 15 mars : le signal politique des municipales
Les résultats du premier tour des élections municipales du 15 mars ont confirmé un phénomène désormais bien installé dans la capitale : la solidité électorale de la gauche parisienne. Au niveau de Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire arrivé premier devance de plus de 12 points la candidate de la droite Rachida Dati. Dans plusieurs arrondissements, les listes soutenues par l’alliance de gauche — socialistes, écologistes et composantes proches de la France insoumise — ont enregistré des scores élevés, confirmant la sociologie politique particulière de Paris : une métropole diplômée, fortement insérée dans l’économie mondiale, culturellement progressiste et largement acquise aux valeurs du progressisme urbain.
Dans plusieurs secteurs centraux et de l’est parisien, ces listes dépassent nettement leurs adversaires, consolidant une domination politique qui dure désormais depuis plus de deux décennies. Ce résultat n’est pas seulement électoral ; il révèle aussi un climat intellectuel et culturel propre aux grandes métropoles occidentales : une adhésion massive à un certain imaginaire moral et politique, porté par les milieux universitaires, médiatiques et culturels.
Ce phénomène parisien — que l’on retrouve sous des formes proches dans d’autres grandes villes européennes — pose une question plus profonde : quel est le rapport des nouvelles générations urbaines à l’histoire, à la politique et à la réalité du monde ? C’est à cette interrogation qu’il faut désormais répondre • CR.

Ils ont tout, absolument tout, les enfants de l’ère connectée. Les écrans, les réseaux, les flux continus d’informations — cette bouillie mondiale qu’on confond avec le savoir. Jamais une génération n’a eu à sa disposition une telle masse de connaissances, d’archives, de bibliothèques numérisées, de témoignages filmés, de documents accessibles en quelques secondes. Et pourtant, jamais peut-être une génération n’a été aussi peu instruite du sens historique de son existence.

Fin de l’Histoire

Ce paradoxe constitue l’une des énigmes les plus frappantes de notre époque. L’humanité a réussi l’exploit technique de rendre le monde entier disponible à chaque individu — et, simultanément, de rendre ce monde presque illisible. L’accès universel à l’information n’a pas produit l’intelligence collective qu’on nous promettait ; il a souvent engendré une confusion permanente où tout se vaut, où tout s’additionne sans jamais se hiérarchiser.

La connaissance suppose un ordre. Elle suppose une profondeur. Elle suppose aussi une continuité entre les générations. Or c’est précisément cette continuité qui s’est brisée.

Les jeunes générations ne sont pas simplement moins attachées à l’histoire : elles vivent dans un univers mental où l’histoire elle-même devient inutile. L’horizon de la pensée n’est plus la durée, mais l’instant. L’événement n’est plus ce qui s’inscrit dans une chaîne de causes et de conséquences ; il devient un fragment d’actualité qui surgit, s’impose quelques heures, puis disparaît dans le flux.

Dans ce monde de l’instantané, les ancêtres n’ont plus de place. Non parce qu’ils seraient contestés ou critiqués — ce qui serait encore une forme de dialogue — mais parce qu’ils ont cessé d’exister comme référence. Les morts ne parlent plus aux vivants. La transmission s’est interrompue.

Il ne s’agit pas seulement d’une crise de l’école ou de la culture classique. Il s’agit d’une transformation beaucoup plus profonde du rapport au temps. Les sociétés modernes avaient déjà affaibli le poids de la tradition au nom de l’autonomie individuelle. Mais ce que nous voyons aujourd’hui va plus loin : ce n’est plus seulement l’autorité du passé qui disparaît, c’est la conscience même d’appartenir à une histoire.

Bêtise festive

On comprend alors pourquoi cette génération peut vivre au milieu d’un monde en crise sans percevoir la gravité de ce qu’elle traverse. Car pour reconnaître la décadence, encore faut-il avoir connu la grandeur. Pour sentir la fragilité d’une civilisation, encore faut-il savoir ce qu’elle fut. Or cette mémoire a été effacée.

De cette rupture avec l’histoire naît un phénomène singulier que l’on pourrait appeler la bêtise festive. Non pas la bêtise au sens trivial du terme — celle qui relève de l’ignorance brute ou du manque d’éducation — mais une forme beaucoup plus sophistiquée : une bêtise cultivée, diplômée, socialement valorisée. Elle est parfaitement adaptée au monde contemporain. Elle parle le langage de la morale universelle. Elle maîtrise les codes médiatiques. Elle possède les bons diplômes, les bonnes indignations, les bonnes références culturelles. C’est une bêtise branchée. Elle se reconnaît à son ton péremptoire. Elle fonctionne comme un tweet : rapide, définitive, sans nuance. Elle ne cherche pas à comprendre ; elle cherche à classer. Qui est le coupable ? Qui est la victime ? Qui est du bon côté de l’histoire ?

La complexité du réel n’a guère de place dans ce dispositif moral. Elle gêne. Elle retarde la condamnation.

Ainsi se constitue une nouvelle orthodoxie. Elle ne ressemble plus aux dogmes religieux d’autrefois ; elle ne s’appuie ni sur la théologie ni sur la tradition. Mais elle possède pourtant les traits essentiels d’une religion. Elle a ses prêtres — souvent médiatiques ou universitaires. Elle a ses rites — manifestations, hashtags, prises de position obligées. Elle a ses excommunications — accusations de racisme, de réaction, d’extrémisme. Et surtout, elle possède une certitude absolue : celle d’avoir enfin découvert la morale véritable. Mais c’est précisément cette certitude qui constitue le problème.

Car l’histoire nous enseigne que les sociétés deviennent dangereuses non lorsqu’elles doutent, mais lorsqu’elles sont convaincues de leur supériorité morale. Les idéologies du XXᵉ siècle — fascisme, nazisme, communisme — se présentaient toutes comme des entreprises de salut. Elles prétendaient libérer l’humanité, purifier la société, construire un monde meilleur.

Ce qui les rendait redoutables, ce n’était pas seulement leur violence ; c’était leur innocence. Les hommes qui y adhéraient se croyaient du côté du bien.

La comparaison n’implique évidemment pas que nous vivions aujourd’hui dans un système totalitaire. Mais elle rappelle une vérité essentielle : le totalitarisme ne surgit jamais dans une société cynique. Il surgit dans une société persuadée de sa vertu. Or c’est précisément ce que l’on observe dans une partie des nouvelles générations. Leur pacifisme, par exemple, possède souvent une dimension profondément paradoxale. Il ne procède pas d’une analyse lucide des rapports de force internationaux ; il relève plutôt d’un imaginaire moral où la violence est toujours le produit d’un oppresseur identifiable et où la paix serait le résultat naturel de la bonne volonté.

Ce pacifisme est en réalité décoratif. Il appartient à la culture du festival, de la manifestation symbolique, de la proclamation vertueuse. Il célèbre la paix mais refuse de penser la guerre. Il invoque la justice mais ignore la tragédie.

Or la politique, précisément, commence là où la tragédie apparaît. Elle commence lorsque l’on découvre que certaines situations ne comportent pas de solution parfaite, que certaines décisions impliquent des choix douloureux, que la force — aussi déplaisante soit-elle — fait partie de l’histoire humaine. Refuser de voir cette dimension tragique ne supprime pas la violence : cela rend simplement les sociétés incapables d’y faire face. Un autre trait caractéristique de cette génération tient à sa relation paradoxale à l’information. Jamais l’humanité n’a produit autant de données. Les statistiques, les images, les analyses circulent en permanence. Les réseaux sociaux transforment chaque événement en spectacle planétaire. Mais cette abondance ne crée pas de compréhension.

Le triomphe de la bien-pensance dominante

Elle produit souvent l’effet inverse : une saturation cognitive. Lorsque tout devient information, plus rien ne devient signification. Les faits se succèdent sans s’organiser. Les crises se superposent sans être hiérarchisées.

L’esprit humain, pour comprendre, a besoin de structures : des récits, des catégories, des cadres d’interprétation. Lorsque ces structures disparaissent, l’individu se retrouve plongé dans un chaos d’événements. Il cherche alors désespérément un point fixe. Et ce point fixe, aujourd’hui, prend souvent la forme de la bien-pensance dominante.

Cette bien-pensance fonctionne comme une boussole morale simplifiée. Elle permet de se repérer rapidement dans un monde trop complexe. Elle fournit des réponses immédiates. Elle dispense de l’effort de penser. Mais ce confort intellectuel a un prix : il affaiblit la capacité critique. Or une démocratie vivante repose précisément sur cette capacité. Elle suppose des citoyens capables de douter, de discuter, de reconnaître les contradictions du réel.

Lorsque cette faculté disparaît, la démocratie se transforme peu à peu en théâtre moral où chacun récite les formules attendues. C’est peut-être là que réside la véritable bêtise de notre temps. Elle n’est ni grossière ni primitive. Elle est policée, civilisée, convaincue d’elle-même. Elle parle le langage des droits humains et de la tolérance. Elle croit sincèrement protéger le monde. Mais, faute de lucidité historique et de sens tragique, elle risque de produire l’effet inverse. Car les civilisations ne disparaissent pas seulement sous les coups de leurs ennemis. Elles disparaissent aussi lorsque leurs propres enfants cessent de comprendre ce qui les a fait naître, ce qui les a rendues possibles, ce qui les oblige à se défendre. Alors elles deviennent vulnérables.

Elles continuent de célébrer leurs valeurs — la liberté, la justice, la dignité humaine — mais elles oublient que ces valeurs ne sont pas des évidences naturelles. Elles sont le produit fragile d’une histoire, d’institutions, de luttes et parfois de guerres.

Lorsqu’une société oublie cela, elle croit habiter un monde définitivement pacifié. Elle rit, elle célèbre, elle proclame sa supériorité morale. Et pendant ce temps, dans l’ombre, d’autres forces apprennent à la regarder comme une proie. Ainsi la bêtise contemporaine n’est pas seulement une faiblesse intellectuelle. Elle est une naïveté historique. Elle croit sauver le monde. Elle risque, sans le vouloir, de le livrer aux loups du futur.

Nucléaire or not nucléaire: das ist nicht mehr la question!

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Le président Macron, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, arrivent au sommet international sur l’énergie nucléaire à Boulogne-Billancourt, le 10 mars 2026 © Christian Liewig-Pool/SIPA

La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.


En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.

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Politique énergétique dogmatique

Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.    

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Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.

Avenir radieux

L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.

Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA

Egarements

Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.

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Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.

Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…           

Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Municipales: bienvenue dans la République des intouchables

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© Pierre Olivier / Sud Radio

La carte électorale confirme ce que chacun pressent: la France ne se divise plus seulement politiquement, elle se sépare culturellement. « On peut se demander si nous sommes encore un peuple » lance Elisabeth Lévy dans sa chronique radio matinale. Nous vous proposons de l’écouter.


Au lendemain des municipales, la France apparaît plus divisée que jamais. Archipellisée, fracturée, « kaléidoscopisée » : le sondeur Jérôme Fourquet et les commentateurs ne savent plus à quel mot se vouer. Mais une chose, visible pour tous, s’impose : il y a plusieurs France qui semblent dériver loin les unes des autres.

Toute typologie est forcément schématique, et donc en partie mensongère. Mais, au-delà des divisions partisanes, la carte électorale révèle des sensibilités culturelles. Le progressisme d’atmosphère domine dans les centres-villes socialo-macronistes des métropoles, où vivent les nowhere, les saute-frontières, à l’aise dans la mondialisation. Toutes les nuances du conservatisme et du populisme prédominent dans la France des villes moyennes et des campagnes, où l’on est de quelque part. Enfin, on observe une forme de sécession post-nationale dans les quartiers immigrés, où l’on célèbre la « nouvelle France » en scandant : « Nous sommes tous les enfants de Gaza. »

On n’est plus d’accord pour s’engueuler

Mais ne nous énervons pas. Dans un pays qui a décapité son Roi et une bonne partie de ses élites, la nouveauté n’est pas tant qu’il y ait des affrontements idéologiques. Dans les années 50 et 60, on se traitait bien d’agents de Moscou ou de suppôts du capitalisme. Mais, de part et d’autre de la lutte des classes, il y avait alors un monde commun. On était d’accord pour s’engueuler.

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Aujourd’hui, ce n’est plus franchement le cas. L’autre n’est plus vraiment un partenaire de dispute, mais une menace, un danger social et moral avec lequel tout contact est interdit. La nouvelle grammaire de la politique, c’est : « Vade retro, Satanas. » Chacun est devenu le facho de quelqu’un. Dans la tripartition évoquée plus haut, le cercle de la raison, au centre du jeu, observe toutes ces peuplades étranges qui votent mal. Pour le bobo parisien, qui conjugue de confortables revenus et un sentiment de supériorité morale à toute épreuve, le diable s’habille en Sarah, Rachida ou même Sophia. Après la fusion des listes Bournazel-Dati, Clément Beaune a des vapeurs, comme si on lui proposait de rejoindre des nazis. Au PS, le prétendu danger de la droite alliée à l’extrême droite justifie les accords avec des Insoumis que l’on taxait hier, avec raison, d’antisémitisme et d’extrémisme — lesquels continuent d’insulter la volaille socialiste qu’ils entendent plumer.

Chacun dans sa bulle

La politique, normalement, c’est le lieu où les mondes se rencontrent, la scène où l’on représente les conflits. Le théâtre où il n’y a pas d’ennemis, mais des adversaires. Elle suppose un imaginaire partagé, un passé assumé par tous – même les derniers arrivés. Si la politique ne joue plus ce rôle, si elle échoue à dégager des consensus et des majorités, c’est précisément que nous n’avons plus de langue commune. De quoi se demander si nous sommes encore un peuple.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger sur Sud Radio

Pourquoi le RN n’a pas (encore) transformé l’essai aux municipales

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A Beaucaire dans le Gard, le député Yoann Gillet (à gauche) et le président du Rassemblement national Jordan Bardella (à droite) félicitent Nelson Chaudon pour sa victoire à l'élection minipale de la ville dès le premier tour, 15 mars 2026 © Leo Vignal/SIPA

Dans les grandes villes, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen semble confronté à un plafond de verre. Même s’il pourrait créer la surprise à Marseille ou à Toulon dimanche.


Les élections municipales de 2026 étaient présentées par certains comme le moment d’un basculement politique majeur en faveur du RN et de son enracinement local. Le parti espérait transformer sa dynamique nationale en conquêtes territoriales massives.

Le séisme annoncé n’a pourtant pas eu lieu. Il y a de quoi s’interroger vraiment en amont des enjeux du scrutin présidentiel de 2027. Un parti dont le candidat dans la capitale obtient seulement 1,61 % des suffrages peut-il conquérir le pays ?

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Certes, plusieurs maires RN ont été réélus au premier tour et le mouvement a gagné quelques positions supplémentaires, principalement dans des villes moyennes de moins de 100.000 habitants. Mais le raz-de-marée promis par une partie du discours militant ne s’est pas matérialisé. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder la réalité politique du pays telle qu’elle ressort de ces municipales.

Une popularité nationale qui ne se transforme pas localement

La première limite du RN demeure son incapacité à percer durablement dans les grandes agglomérations. Dans les métropoles, le même mécanisme continue de fonctionner. Si le candidat du RN n’arrive pas en tête au premier tour, un front de barrage se constitue presque mécaniquement au second. Ce phénomène empêche le RN de convertir une base électorale importante en victoires locales. Dans un scrutin municipal, où les alliances et les coalitions jouent un rôle déterminant, cette logique constitue un handicap structurel.

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La seconde faiblesse est organisationnelle. La popularité nationale de Jordan Bardella reste largement un phénomène d’image politique, amplifié par les sondages et par une forte visibilité médiatique. Mais la politique municipale repose sur une autre réalité : l’implantation territoriale. Or le RN reste encore insuffisamment structuré dans les zones périurbaines et dans les grandes agglomérations. Le parti est solide dans certaines zones rurales ou dans des villes moyennes, mais il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux, d’associations et de relais militants qui permettent de gagner durablement une municipalité. Si Emmanuel Macron constitue une exception notable, l’histoire électorale française montre pourtant une constante : on ne gagne pas l’État sans d’abord gagner les territoires.

Le barrage républicain reste actif

Les municipales confirment également que le barrage républicain continue de fonctionner. Dans de nombreuses configurations locales, des alliances se forment encore pour empêcher une victoire du RN. Malgré leurs divergences idéologiques, le PS et LFI peuvent s’appuyer mutuellement pour l’emporter dans certaines municipalités. Ce mécanisme prolonge en réalité les logiques déjà observées lors des élections législatives de 2024. Il permet de maintenir un équilibre politique dans lequel un bloc central, social-démocrate et macroniste, reste minoritaire dans l’opinion mais encore structuré dans les institutions.

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La progression électorale du RN repose largement sur une colère sociale et territoriale réelle: sentiment d’abandon des territoires, pression économique sur les classes moyennes, défiance envers les institutions. Mais cette colère ne se transforme pas automatiquement en victoire municipale. Car une élection locale exige autre chose: des équipes enracinées, des projets municipaux crédibles, une capacité à nouer des alliances. Sur ces trois points, le RN reste encore en phase de construction.

Une vie politique prise dans une tenaille

La vie politique française se retrouve ainsi prise dans une double radicalisation. D’un côté, le RN prospère sur la colère du portefeuille et l’abandon territorial. De l’autre LFI capte la colère identitaire et anti-système, notamment dans les grandes villes et auprès d’une partie de la jeunesse. Entre ces deux forces, le système politique construit depuis trente ans continue de fonctionner mais de plus en plus difficilement.

Ces municipales montrent finalement une chose: la colère politique est réelle, mais elle reste fragmentée. Le RN ne peut pas gagner durablement sans conquérir les métropoles et sans renforcer son implantation territoriale. Et plus largement, aucune force politique ne pourra stabiliser le pays tant qu’elle ne proposera pas un projet capable de réconcilier la France des métropoles et la France périphérique. Car sans reconstruction politique lisible et crédible, la France restera un pays fragmenté, traversé par des colères concurrentes. Et dans ce paysage, les victoires électorales resteront partielles, instables et insuffisantes pour gouverner durablement.

Quand les médias se prosternent devant les mollahs

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Manifestante opposée à la guerre en Iran, Los Angeles, 7 mars 2026 © Ted Soqui/Sipa USA/SIPA

La plupart de nos éditorialistes regardent actuellement avec gourmandise le président américain ne pas obtenir l’aide qu’il réclame pour la guerre en Iran, et la situation au détroit d’Ormuz compromettre la bonne santé de l’économie mondiale…


Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali viennent de publier Paris-Téhéran, le grand dévoilement où ils analysent le long aveuglement de la France devant la nature totalitaire du régime iranien. La guerre actuelle prouve qu’au lieu d’ouvrir les yeux des aveugles, cette longue complaisance persiste chez beaucoup d’intellectuels, de journalistes et même de généraux français.

Chaque nouvel épisode du conflit est ainsi commenté en faveur des mollahs et en défaveur des Etats-Unis et d’Israël. Il ne s’agit pas de mensonges flagrants, plutôt d’un biais qui consiste à cacher certaines informations ou à retarder le plus possible leur publication et, pour chaque fait avéré, à donner l’explication la plus favorable à l’Iran.

“Iran” est une métonymie simplificatrice qui pour moi désigne son exécrable gouvernement et non 80% du peuple iranien, victime de ce régime sanguinaire.

Trois exemples de cette lecture systématiquement biaisée. Alors qu’il était déjà copieusement écrasé de bombes, l’Iran se met à lancer des missiles et des drones sur tous ses voisins. Les médias nous expliquent que cette “résilience” est le résultat d’une tactique organisée de longue main par les mollahs, la défense en mosaïque, où chaque commandant d’une zone militaire se met en autonomie pour décider de ses attaques. L’explication inverse : l’Iran fait n’importe quoi, asperge de bombes des pays qui se voulaient neutres ou même amicaux, parce que les chaînes de commandement sont cassées, les chefs sont morts, les routes encombrées de gravats, les téléphones coupés. La culture persane ne comportant sans doute pas les pigeons voyageurs ou les signaux de fumée, chaque colonel provincial n’en fait qu’à sa tête. Les médias français n’effleurent jamais cette hypothèse. Les Iraniens sont si “résilients”, le président américain et les centaines d’experts du Pentagone si bêtes !

Si malins…

Les mines du détroit d’Ormuz : jeudi elles étaient à l’honneur, elles flottaient partout  dans ce détroit stratégique pour l’économie mondiale. Malins les Iraniens, c’était la réponse du faible au fort, cet idiot de Trump ne l’avait pas prévu ! Vendredi, plus un mot sur les mines, il n’y en avait jamais eu, elles ne sont pas assez intelligentes pour distinguer un gentil cargo pétrolier chinois d’un méchant destroyer américain. Les mollahs veulent continuer à se remplir les poches en vendant leur pétrole, de mines il n’est plus question sur LCI et C dans l’air.

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“Donald Trump appelle la France au secours pour débloquer le détroit d’Ormuz” affiche le bandeau de LCI pendant des heures. Peu importe que cette formulation soit due à l’AFP, officine gauchiste payée par nos impôts, ou à la rédaction de LCI, les deux participent à la même vision biaisée de toute information. Le général Yakovleff qui maintenant ajoute à son antiaméricanisme viscéral et à sa phobie étrange de toute prise de risque une grossièreté que personne ne lui reproche, déclare avec fureur : « Ils se sont mis dans la merde, maintenant qu’ils se démerdent ! » Un peu plus tard, on apprend que Donald Trump a invité un certain nombre de gouvernements, dont la Chine, à l’aider à libérer ce détroit puisque son blocage pénalise l’économie de leurs pays. Quoi de plus logique que de dire : “Vous ne voulez pas que le prix du pétrole monte, alors aidez-moi à le faire baisser”. Défi ironique, il sait bien que personne ne viendra. S’agissant de la France, on peut faire une lecture plus poussée de ce prétendu appel au secours. Le président français pratique une ahurissante posture de “guerre uniquement défensive”. Il est fier de parader sur le pont du Charles de Gaulle, et sa marine de guerre n’a d’autre but que mettre en valeur sa personnalité, elle ne doit surtout pas se mêler d’un conflit. Donald Trump a voulu le mettre au pied du mur. Tu fais le beau à Chypre, viens faire l’utile à Ormuz. Il est souvent impératif de choisir son camp, Emmanuel Macron n’a jamais su le faire, après la guerre il récoltera le mépris et l’inimitié d’Israël et des Etats-Unis. Limite du “en même temps” : si on se tient toujours à mi-distance dans les conflits, on finit haï de tout le monde. Strictement personne n’a évoqué la possibilité que cet “appel au secours” vise à se moquer de l’incohérence française.

Un bon point pour Frédéric Encel. Dans les questions des téléspectateurs qui suivaient le C dans l’air du 10 mars, quelqu’un demandait si l’Iran serait le Vietnam de Trump. Le journaliste a répondu que les deux situations n’avaient rien à voir, le Vietcong n’ayant pas massacré sa propre population et commis des attentats sur la terre entière. Et puis il a ajouté, goguenard, en regardant le général Lapétoche de service sur ce plateau :  “Bien sûr, ce serait le rêve de beaucoup de journalistes français, et de généraux…” Et puis un : “Je ne parle pas de vous évidemment” de pure politesse. Moment béni où le soleil de la vérité perce enfin les nuages d’hypocrisie et de jalousie recuite !

Nos populistes n’osent pas soutenir le président américain dans cette drôle d’atmosphère

Grave problème cognitif : les Européens ont perdu tout sens du Kairos, de l’occasion à saisir au vol. Il existe dans la mythologie grecque un petit dieu méconnu, parfois représenté sur les bas-reliefs en enfant ailé, voletant de façon capricieuse parmi les humains, c’est Kairos, le Dieu du Moment Opportun. Certains sont capables de l’attraper par les ailes, beaucoup le laissent repartir. Kairos la présence simultanée au sommet de deux Etats démocratiques de dirigeants qui n’ont pas peur du risque, c’est le moins qu’on puisse dire. Kairos la féroce répression de la jeunesse iranienne par les mollahs en janvier, qui a rendu légitime tout vengeur qui entreprendrait de les punir, devenant ainsi un héros universel de la liberté. Kairos la guerre des Douze Jours qui a fonctionné comme une répétition générale en montrant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Trump s’était arrêté trop tôt, il a maintenant surmonté sa crainte bien compréhensible des guerres embourbées. Il est invraisemblable qu’il arrête cette guerre du jour au lendemain à cause de l’inconstance que lui attribuent la plupart des commentateurs. Ceux-ci ont d’ailleurs parfaitement raison de penser que sa victoire entraînera celle des partis européens qualifiés d’extrême-droite. Sainte horreur ! Bardella mégote avec Trump, il ne peut faire autrement, tant l’atmosphère française est remplie de pollution antitrumpienne. Mais en juin de l’an prochain, il serait loyal de remercier qui de droit.

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Les midterms aussi font partie du Kairos. On répète à l’envie que Trump les perdra, ce qui arrive rituellement à chaque président américain. On ne suppose jamais qu’il part en guerre fin février parce qu’il pourrait avoir les mains liées en novembre. La volaille médiatique se permet de renvoyer dos-à-dos une démocratie et une tyrannie, elle loue la clarté de langage de l’Iran et se moque du langage contradictoire d’un dirigeant de démocratie, obligé de dire un jour que la guerre est quasiment finie pour faire baisser le prix du pétrole et le lendemain qu’il ira jusqu’au bout, affirmation destinée à casser le moral des mollahs.

Kairos aussi, le fameux renseignement sur la réunion du Club des Tortionnaires de leur propre pays à 10 heures du matin le samedi 28 février. Rater une pareille occasion aurait été un péché, comme disent les Italiens.

La France n’interviendra pas, elle restera accoudée au balcon de l’histoire, son prestige au Moyen-Orient s’effondrera. Le “pays des droits de l’Homme et de la Révolution” sera une contrée banalement lâche. Elle ne participera pas au grand élan économique que suscitera la reconstruction de l’Iran et des pays voisins atteints par les drones. Notre honneur national en sera rabougri, les Américains railleront notre impuissance militaire. Depuis le livre injuste de Robert Paxton sur la Résistance comme mythe inventé par de Gaulle, ils nous considèrent comme des soldats d’opérette, indignes descendants de ceux de Valmy et d’Austerlitz. La moue de mépris s’aggravera.

Identité de genre, la nouvelle valeur européenne obligatoire

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Parlement européen, Strasbourg © Antonin Utz/SIPA

Genre. La Hongrie est ciblée par la Cour de justice de l’UE qui entend imposer son idéologie « woke » en dépassant une fois encore ses compétences et en remettant en cause la souveraineté nationale. Enfin, attendons quand même que passent les élections…


La Cour Européenne est-elle en train de transformer l’UE en un club woke au sein duquel l’idéologie LGBT, et l’identité de genre en particulier, sont légalement contraignantes, au mépris des constitutions nationales, et ce, même si l’UE n’a aucune compétence en la matière ?

Question réthorique, votre honneur, car la jurisprudence de la Cour du Luxembourg ne fait plus aucun doute. En vertu du droit européen, la Bulgarie est obligée de reconnaitre la filiation de l’enfant de deux femmes né en Espagne et la Roumanie celle d’un de ses citoyens qui a effectué une transition de genre au Royaume-Uni même après le Brexit. La Hongrie est censée inscrire un réfugié iranien sous le sexe qu’il prétend avoir et la SNCF française est priée de ne plus utiliser « Monsieur, madame » dans ses formulaires d’achat de billets de train. La Pologne est désormais sommée de se plier au mariage homosexuel et, depuis le 12 mars, la Bulgarie doit admettre le nouveau genre d’un de ces ressortissants qui a entamé une transition en Italie et ce, même si la Cour Constitutionnelle bulgare ne reconnaît que le sexe biologique.

La Hongrie mauvais élève

Que la Cour de l’UE outrepasse ses compétences et qu’elle se comporte en législateur, rien de nouveau, c’est sa marque de fabrique depuis sa création. La technique est bien rodée : point de rattachement douteux au droit européen afin de faire basculer des pans entiers de compétences nationales dans son escarcelle, raisonnements juridiques « créatifs », primauté exorbitante du droit européen et une interprétation biaisée en faveur d’une EU « sans cesse plus étroite ». Ce qui est plus récent, en revanche, c’est un activisme idéologique dévoyé qui cherche à imposer les aspects les plus extrémistes du délire woke. Notamment, l’identité de genre, cette grotesque stupidité qui nie la biologie la plus évidente et désarme les élites globalistes avec la question la plus simple qui soit : qu’est-ce qu’une femme ? La Cour, elle, ne semble guère gênée d’affirmer que tout dépend du ressenti personnel et que les Etats membres ont l’obligation de le reconnaître au nom des valeurs européennes.

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La Cour a choisi son camp, mais ne s’apprête nullement à stopper sa longue marche vers une Union légalement woke. Au contraire,  elle est sur le point de porter l’assaut final dans la mère de toutes les batailles pour la défense des « droits de l’Homme », dixit ILGA, organisation grassement subventionnée par la Commission européenne, fer de lance du culte de genre en Europe. A savoir : l’infraction lancée par Bruxelles contre la Hongrie au sujet de sa loi sur la protection de l’enfance qui empêche la sexualisation des mineurs, en proscrivant (entre autres) la pornographie et l’idéologie de genre. Que l’on approuve ou pas pareil projet législatif, l’Union n’a pas un millimètre de compétence dans ce domaine et pourtant, cette loi nationale a suscité une levée de boucliers sans précédent.

Dès sa promulgation, en juin 2021, Mme Von der Leyen la qualifia de « honte », lança une infraction vitesse grand V et confisqua des centaines de millions d’euros à la Hongrie sans même attendre l’arrêt de la Cour. En outre, seize Etats membres (toute l’Europe occidentale plus la Slovénie), du jamais vu, ont soutenu la Commission contre la Hongrie. Un véritable schisme woke Ouest/Est au sein de l’Union !

Un cas qui fera date, en effet, car derrière sa charge idéologique, il cache un développement juridique crucial contocté par la Commission et la Cour en deux temps: tout d’abord, octroyer des effets juridiques à l’article 2 du Traité européen qui reprend les valeurs de l’Union ; deuxièmement, faire de la Cour du Luxembourg le garant de ces valeurs et la transformer en une deuxième Cour Européenne des Droits de l’Homme. Les juges vont s’autoproclamer arbitres des élégances idéologiques européennes, même si personne ne le leur a rien demandé. Et, en passant, ils augmentent exponentiellement leurs pouvoirs. Un coup d’état de droit déjà annoncé dans les conclusions de l’Avocat Général de juin 2025 et que Bruxelles et compagnie attendent avec… patience.

Pas pressés

Oui, avec patience car l’arrêt aurait déjà dû être publié il y a belle lurette mais il est soigneusement reporté après les élections hongroises d’avril. En moyenne, le délai entre l’audience et l’arrêt est de 200 jours, et dans ce cas, celle-ci eut lieu le 19 novembre 2024, il y a donc plus de… 450 jours.

Activisme judiciaire, quand tu nous tiens, car cet arrêt aurait bien évidemment un impact électoral dans un pays qui, dans son immense majorité, peut parfaitement définir une femme et a des idées très claires sur la protection des enfants face à des idéologies qui mènent dans de nombreux cas à des mutilations irreversibles. Un arrêt qui aurait embarrassé le candidat soutenu corps et âme par l’UE s’il avait dû prendre position… Un écueil que la noble, sage et objective Cour de Luxembourg va lui épargner au nom d’une Union « sans cesse plus étroite ». Et woke, bien entendu, impérativement woke. 

Padura: à la recherche d’une Havane perdue

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L'écrivain et journaliste Leonardo Padura photographié en 2024 © Ramon Espinosa/AP/SIPA

Alors qu’à Cuba tout part à vau l’eau, que les jours de la dictature militaire castriste sont comptés, et que la capitale mythique de l’île caribéenne est une ville morte, c’est le moment de lire Aller à La Havane: le grand écrivain cubain Leonardo Padura s’en fait l’irremplaçable mémorialiste.


Une capitale enténébrée: voilà le sort auquel est réduit La Havane. Déserte, exsangue, autarcique, sans joie. Privée de transports, d’électricité, de victuailles, la ville agonise. Désespérée, elle attend sa “movida”. La crise énergétique a mis l’île entière à l’arrêt.

Panique politique sur l’île communiste

Tandis que Diaz-Canel, le président cubain, les traits marqués par l’épuisement (ou l’appréhension ?) affiche un visage de plus en plus grisâtre et émacié dans ses allocutions fumeuses, évanescentes, devenues inaudibles, les insurrections se multiplient en province, minimisées par le pouvoir et réprimées sans ménagement. La menace étasunienne d’un protectorat économique annonce ouvertement la chute d’une dictature à bout de souffle: le clan Castro et les hiérarques du régime paniquent; ils n’ont pas tort.

Aller à La Havane? Le titre se charge aujourd’hui d’une cruelle ironie. Dans ce recueil, Leonardo Padura, – cf. entre autres chefs d’œuvres L’homme qui aimait les chiens– réunit, ponctués d’extraits de ses propres ouvrages de fiction, un certain nombre de textes qui cousent le récit haut en couleur de la capitale cubaine depuis les années de la Révolution, mais aussi en deçà de la date fatidique de 1958. Ensemble, ceux-ci racontent, de manière fascinante, les fortunes et infortunes de cette ville mythique, personnage à part entière de tous ses livres. Né dans le quartier lointain de Mantilla, qu’il n’a jamais quitté et qu’il habite toujours aujourd’hui, Leonardo Padura, 71 ans, revendique un attachement viscéral à la cité dont son œuvre engrange les illusions perdues…

De fait, à La Havane, en cette fin mars 2026, personne, mais vraiment personne n’y va plus: vols suspendus, hôtels fermés faute de clients, tourisme en chute libre. La plupart des Cubains forcés de rester au pays à leur corps défendant faute d’argent (en trois ans, ce sont encore deux millions d’entre eux qui ont pu prendre la route de l’exil) ne rêvent que de fuir cet enfer de pénuries en tous genres. Et pourtant, pour qui connaît de l’intérieur la métropole portuaire de deux millions d’âmes, l’expression “aller à La Havane” se redouble d’un autre sens : aux chauffeurs des lignes de taxis collectifs qui, avant la crise, joignaient pour 100, voire 200 pesos (l’inflation est galopante!) les quartiers périphériques ou excentrés à la Vieille Havane, on indiquait en effet: “ para La Habana”, précisément pour s’assurer que le véhicule allait bien jusqu’au centre-ville.

Intouchable

Dans une première partie, le présent ouvrage conjugue, d’une part, sur un mode autobiographique, l’actuelle remémoration que fait, dans son âge canonique, le scripteur de sa ville hantée de mille fantômes; d’autre part, exhumés de ses romans dont le personnage de l’enquêteur Mario Conde figure son propre double sous les auspices de la fiction, ces extraits significatifs de l’extrême porosité de sa prose romanesque avec l’existence concrète et bien réelle du citadin Padura.

Ainsi, fondues dans la mémoire urbaine, ces “mémoires” du plus grand écrivain vivant de Cuba (avec, peut-être, Pedro Juan Gutiérrez, l’auteur fameux de Trilogie sale de La Havane ou de Animal tropical) retracent-ils, au-delà des pathétiques voire, tragiques métamorphoses de ses aires, le parcours atypique d’un journaliste partie prenante du sérail communiste, réchappé de toutes les purges, parvenu sans se renier à accéder au statut enviable –  et  durablement protecteur – de Grand écrivain: traduit, célébré, invité à l’étranger, donc figure devenue quasiment intouchable sur le plan de la diplomatie culturelle du régime.  Et ce quoique Padura décrive sans fard, de l’intérieur, la déliquescence d’une société prise en otage par cette interminable dictature, cyniquement grimée aux fards du socialisme.  

A ne pas manquer, notre reportage de février: Cuba à l’agonie

Habilement non frontale, cette posture critique biaisée aura permis à Padura d’esquiver le pilori – au contraire, en leur temps, des regrettés Reinaldo Arenas ou Heberto Padilla, ostracisés, persécutés au point de ne devoir leur salut qu’à l’exil…  On peut s’en réjouir tout de même : car à l’inverse d’une Zoe Valdès qui, confortablement installée en France, capitalise depuis 30 ans sur son statut de dissidente en cultivant, sans risque et dans une langue assez pauvre, sa vaine nostalgie hargneuse et vengeresse, Leonardo Padura, lui, reste ce témoin à demeure, vigie irremplaçable, chroniqueur sourcilleux et subtil, drôle et lucide autant qu’érudit, saisissant par la vivacité du trait : “une ville est faite de couches, comme un oignon”, écrit-il. “Tu vois une couche, mais en dessous, il y en a une autre, plusieurs autres. Ce sont comme des masques que tu dois soulever pour voir le visage, qui peut être maquillé et cache des taches et des rides qui t’empêchent encore d’observer, de connaître, de palper toute la réalité de la peau qui recouvre les muscles, les cartilages et les os”. Bouleversant est ici, par exemple, le récit qu’il fait de la fameuse ‘’Periodo especial en Tiempo de Paz’’ ainsi décrétée sans rire par le Comandante Fidel Castro à l’orée des funestes années 1990, et dont les temps présents apparaissent comme la grinçante réplique… Padura, alors, aurait pu filer, il en avait les moyens, et tous les soutiens requis à l’étranger – mais non: “ J’ai dit encore et encore que dans ces années sombres, mon choix de vie avait été de rester à Cuba et, dans ma maison havanaise, de m’accrocher presque jusqu’à l’irrationnel à mon sentiment d’appartenance et, surtout, de commencer à écrire comme un fou pour ne pas devenir fou”. De telle sorte que “la capitale cubaine s’est révélée être plus qu’un décor” […], un organisme vivant qui a un effet sur l’existence de ceux qui l’habitent”. Cette organicité de la cité est sans doute le marqueur essentiel d’une œuvre qui, par là, pourrait bien être à La Havane du tournant du millénaire ce que fut à la capitale française le Tableau de Paris d’un Louis-Sébastien Mercier dans le XVIIIème siècle finissant.

Phase terminale

Paru en espagnol il y a deux ans, Ir a La Habana, dans la belle traduction française de René Solis, nous arrive en 2026, alors que Cuba, de longue date frappée de maladie incurable, entre décidément en phase terminale. Signés Carlos T. Cairo, ami de l’auteur, millésimés de 2017 à 2024, les portfolios photographiques qui encadrent le recueil sont d’un réalisme un peu superflu. La mélancolie profonde de l’époque s’exprime bien mieux dans la conclusion de Padura, aux accents déchirants: “Comme tout organisme vivant, les villes ont besoin d’affection et, depuis des décennies, La Havane en a reçu bien moins que ce qu’il faudrait.  Aujourd’hui, elle reçoit peut-être moins de caresses que jamais.  Et mon sentiment d’appartenance souffre de ce processus qui me fait me demander même si un jour, à force d’être étrangère et par moments si hostile, si défigurée et à l’âme si en peine, moi aussi je cesserai de sentir que La Havane est encore ma ville”.   

Plus consolante que cet épilogue, la deuxième partie du livre, sous l’intitulé “La ville, mémoire de quelques quartiers et de quelques personnages”, exhume un certain nombre de chroniques, reportages ou études édités à Cuba, ici et là, à différentes époques de la carrière du journaliste que fut, plus jeune, Leonardo Padura. On se régale à lire le chapitre consacré au “plus célèbre proxénète cubain”, le “roi” du quartier de San Isidro, Alberto Yarini y Ponce de Leon (1882-1910), qui sera tué par son rival, le souteneur français Louis Lotot, lequel sera assassiné à son tour, la guerre des maquereaux n’en finissant pas pour autant.

Passionnants également, ces deux textes, le premier faisant l’historique du quartier chinois de La Havane, désormais réduit à peau de chagrin et sinistrement paupérisé; le second portant sur la bi-séculaire mémoire catalane de Cuba – version condensée du texte original, paru en 1990 dans Juventud rebelde (“Jeunesse rebelle”), ce quotidien communiste qui, pour la petite histoire, à côté de l’organe de propagande  officiel Granma, existait toujours début 2026… sans être d’ailleurs plus lu par personne de sensé. Depuis mars, crise énergétique oblige, la pagination de ces deux feuilles de choux s’est vue fortement réduite; elles ne paraissent plus qu’une fois par semaine, le mardi.

Il est heureux que Leonaro Padura soit connu, traduit et lu dans le monde entier: s’il ne devait compter que sur Cuba pour être édité, son Aller à La Havane s’achèverait en cul-de-sac.

A lire : Aller à La Havane, par Leonardo Padura. (Photographies Carlos T.Cairo). 316 p., Métailié, 2026

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Les dealers ont des droits!

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Nord de Marseille, décembre 2020 © Lionel Urman/IPA/SIPA

La confiscation automatique de certains biens liés au trafic de drogue a été déclarée inconstitutionnelle. Elisabeth Lévy réagit à cette décision dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


Le Conseil constitutionnel censure la loi narcotrafic. Nous pouvons être fiers : dans notre pays, on ne transige pas avec les droits des délinquants. Ni avec ceux des juges. À l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a censuré une disposition de la loi qui imposait aux juges de prononcer la confiscation automatique de certains biens en cas de condamnation pour trafic de stupéfiants. D’après le Conseil, l’automaticité de cette peine contrevient à un principe cardinal de l’État de droit : l’individualisation des peines. Autrement dit, cela prive les juges de leur pouvoir de décider au cas par cas. Et ça, c’est inacceptable. Surtout pour les juges.

Les policiers, eux, sont unanimes : il faut frapper les trafiquants au portefeuille. Si vous ne pouvez pas jouir des fruits de vos trafics, vous ne trafiquez pas. La saisie des biens est donc un instrument efficace. Probablement le seul. Et l’automaticité empêche les avocats de trouver mille arguties pour la contester… Alors que nous sommes supposés être en guerre contre le narcotrafic, personne ne peut qualifier de sages les juges qui ont pris une décision aussi absurde.

A lire aussi: L’État de droit, c’est plus fort que toi !

Mais enfin, ils ne font là qu’appliquer le droit, s’écrient en chœur nos progressistes tatillons ! Le droit n’est pas une science exacte. Et l’appliquer, c’est donc l’interpréter. En l’occurrence, le Conseil constitutionnel l’interprète toujours dans le même sens: les Sages de la rue de Montpensier défendent le droit des individus, y compris des délinquants, contre le droit de la collectivité de se défendre. Saisi par des députés de gauche, également intraitables sur les droits des mafieux, le Conseil constitutionnel avait déjà censuré plusieurs dispositions en juin. Il avait alors validé les quartiers de haute sécurité tout en émettant des réserves sur les fouilles intégrales. Il avait aussi estimé que les visioconférences pour les prévenus en détention provisoire portaient une « atteinte excessive aux droits de la défense ». Et pour les gardiens tués lors de transports inutiles, est-ce une atteinte légitime ? On parle de gens qui commanditent des meurtres, empoisonnent des jeunes et font régner la terreur dans beaucoup de quartiers.

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Mais surtout, respectons leur dignité et leur droit de propriété ! Alors qu’on déplore, à raison, l’abstention croissante dans les urnes, le Conseil constitutionnel adresse aux électeurs un message clair: vous pouvez aller voter et désigner des élus qui feront les lois. Mais, en réalité, les lois, c’est nous qui les faisons. Alors inutile de vous déplacer.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Municipales: mais quel parti a remporté le scrutin, à la fin?

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Brest et Clermont-Ferrand qui placent la droite en tête, dégagisme dans toutes les têtes, et en même temps, des résultats qui montrent une prime au sortant : voici comment on pourrait résumer à gros traits les résultats de ce premier tour des municipales 2026.

Depuis que le Parti socialiste les a brutalement politisées en 1977, étiquetant ses candidats, elles annoncent souvent les secousses nationales avant les élections nationales elles-mêmes. Jusque-là, les maires rassemblaient large, alignaient sur leurs listes commerçants, médecins, instituteurs, radicaux fatigués et gaullistes accommodants. On gouvernait la commune au ras des champs, souvent loin des vols d’aigle idéologiques de la politique nationale. La droite finit par s’y résoudre en investissant à son tour ses candidats. Depuis, les municipales sont devenues un baromètre politique assez fiable. Elles annoncent souvent les basculements nationaux, y compris dans ces villes moyennes de trente mille habitants où l’on pourrait penser que les différences politiques et idéologiques entre candidats sont limitées…

1977 annonçait de loin la défaite de Giscard, avec notamment les prises de Rennes et Nantes. En 1983, la lourde défaite de la gauche municipale annonce la victoire de la droite aux législatives de 1986. En 2001, malgré les prises spectaculaires de Lyon et de Paris, la poussée générale de la droite annonce déjà la déroute de Lionel Jospin l’année suivante. En 2008, c’est au tour de la droite au pouvoir de subir la curée municipale, avant que les socialistes ne perdent, en 2014, l’essentiel de leurs conquêtes.

Arlequin électoral

Oublions 2020, campagne masquée par le Covid. En 2026, cette fois, la radiographie politique ne donne qu’un signal brouillé : la carte électorale ressemble à une tenue d’Arlequin où quatre blocs se disputent l’espace sans que l’on distingue clairement la logique d’ensemble. On trouve une gauche molle, une droite molle, une gauche radicale et une droite radicale. Mais qui a gagné ? Bruno Retailleau se félicite de la conquête de quelques villes moyennes ; Marine Le Pen compte vingt-deux victoires dès le premier tour et une consolidation dans ses bastions ; LFI claironne ses percées urbaines ; la gauche de gouvernement, elle, se félicite de résister dans les métropoles. Au soir du scrutin, chacun revendique son trophée. Égalité générale : tout le monde a gagné, comme chez Jacques Martin.

Indiscutablement, certains maires sortants ont pu sortir le champagne et défaire leurs cartons. De nombreux réélus au premier tour, des équipes que l’on pensait défaites d’avance comme à Lyon ou Bordeaux et qui pourraient retrouver leur siège, même des partis clivants tels RN ou LFI qui font triomphalement réélire leurs poulains. En vérité, les municipales retrouvent une vieille pente conservatrice après avoir longtemps servi de défouloir national, comme en 2008 et en 2014.

Au commencement de l’élection des maires au suffrage universel, la vie municipale oscille entre centre gauche et centre droit, entre listes de notables, radicaux-socialistes un jour, indépendants le lendemain, démocrates-chrétiens à l’occasion, selon les humeurs du moment ou l’identité de leur territoire. Les modérés, les indépendants, les notables tiennent bon. Retailleau peut en effet afficher sa satisfaction en conservant une bonne centaine de mairies, sans compter les formations satellites ou amies. Dans les beaux quartiers, la droite reconduit ses potentats municipaux avec des scores de dictateurs africains : Fromentin à Neuilly, Ceccaldi-Raynaud à Puteaux. On cherche son notable, l’homme qui rassure et apaise. Ce phénomène autrefois réservé à quelques figures légendaires, Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux, André Labarrère à Pau, Pierre Mauroy à Lille, Jean Royer à Tours, pourrait se généraliser.

Une politique municipale dépolitisée ?

Il faut dire que la politique municipale s’est elle-même dépolitisée. Les mairies ont perdu une partie de leur pouvoir : transféré aux métropoles, rogné par la baisse des ressources locales et la disparition de la taxe d’habitation. Les préfets donnent parfois l’agenda aux maires. Dans ces conditions, les électeurs cherchent moins une doctrine qu’une figure locale : quelqu’un de connu, de rassurant, capable de couper les rubans rouges, ramasser les crottes de chien et arbitrer les querelles de voisinage.

Autrefois, la droite française possédait une architecture lisible, RPR d’un côté, UDF de l’autre, chacun avec sa sociologie et sa tradition. Aujourd’hui, l’électeur de droite ou de centre droit se retrouve devant un empilement indistinct : Renaissance, MoDem, Horizons, UDI, morceaux de LR… une sorte de coalition permanente dont personne ne distingue vraiment les nuances. Le macronisme a aspiré les divergences comme un trou noir : d’Olivier Faure à Bruno Retailleau, tout peut finir dans la même coalition municipale. Résultat : un électeur socialiste peut très bien voter pour une municipalité à droite. C’est ainsi qu’il faut comprendre les signes envoyés par la carte électorale, souvent contradictoires. Les sortants de gauche tiennent bon dans plusieurs grandes villes. La droite aura du mal à conserver Toulouse, encore plus à reprendre Bordeaux ou à conquérir Lyon. Mais, dans le même temps, elle menace Nantes, bastion socialiste depuis la victoire de Jean-Marc Ayrault en 1983, et certains fiefs roses pourraient vaciller : Brest, Cherbourg, Clermont-Ferrand. Dans ces villes, comme à Limoges en 2014 ou à Lorient en 2020, passées à droite, les candidats avancent sous des étiquettes modérées. On y voit fleurir les listes « d’ouverture », « ouvertes à la société civile », souvent composées d’acteurs associatifs ou d’élus proches des anciennes majorités socialistes. Les intercommunalités y sont parfois cogérées entre diverses droites et diverses gauches. Cette droite rassure au moins autant l’électeur rose-pâle qu’une municipalité socialiste usée par plusieurs décennies de pouvoir et le soupçon de compromissions avec LFI.

Le RN au défi de la notabilisation

Dans ce paysage brouillé, le RN affiche une progression réelle mais limitée. À Paris, la liste de Thierry Mariani plafonne à 1,5 %. On se demande dans quelle démocratie au monde un parti qui espère obtenir le pouvoir dans un an peut peser aussi peu dans sa capitale (surtout dans un pays aussi centralisé et concentré). À Toulouse, Julien Leonardi atteint à peine 5 %. À Lille, Matthieu Vallet tourne autour de 10 %. À Bordeaux ou Lyon, le parti à la flamme reste sous ce seuil symbolique. Dans les métropoles, il n’y a pas de quoi pavoiser. Face à des notables solidement installés, le RN se heurte à la résistance d’un système local souvent impopulaire mais profondément enraciné. Le parti dispose d’un électorat puissant mais d’encore peu de notables locaux : peu d’entrepreneurs, d’acteurs associatifs, de figures identifiables sont prêtes à assumer publiquement l’étiquette dont le coût social reste souvent prohibitif. Beaucoup d’élites locales préfèrent encore l’éviter. Les notables, eux, ne s’y rallient que guère spontanément.

En revanche, là où le RN est élu, il se notabilise. Sur les dix-sept communes conquises en 2020, presque toutes reconduisent leurs maires dès le premier tour, de Perpignan, où Louis Aliot repasse la barre des 50%, aux petites citadelles municipales comme Hénin-Beaumont, Beaucaire ou Hayange. Dans ces bastions, l’élection ressemble de plus en plus à une formalité administrative. Ailleurs, le RN progresse par percées plutôt que par vagues : au coude-à-coude à Marseille, en tête à Toulon et Nîmes sans victoire acquise, et même en position favorable à Carcassonne, où son candidat arrive en tête du premier tour. Dans le Pas-de-Calais, le RN manque Lens de quelques centaines de voix et pourrait ravir au parti communiste et au parti socialiste une belle poignée de communes. La carte qui se dessine est nette : un parti solide dans ses enclaves, capable de conquêtes ponctuelles, mais encore loin de transformer sa poussée nationale en domination municipale généralisée. Ses électeurs ne votent qu’aux présidentielles. Cependant, là où il est fort, le RN se renforce.

Jordan Bardella à Carcasonne, campagne pour les élections municipales, 7 février 2025 © Alain ROBERT/SIPA

A l’examen, ces municipales ne dessinent plus une carte politique ni même une tendance générale : elles montrent un puzzle. La vie politique française n’est même plus archipélisée, elle est éclatée en fiefs, en territoires distincts, chacun vivant selon ses équilibres, sa sociologie et ses notables. Ici une gauche installée tient bon, là une droite locale se conforte ailleurs le RN consolide ses citadelles.

Et dans les métropoles, LFI confirme le succès de sa coalition électorale. À mesure que les partis nationaux se diluent, le maire et son équipe sortante deviennent souvent le seul pôle de stabilité politique. Comme si la France entrait doucement dans une forme de libanisation municipale : une mosaïque de pouvoirs locaux solides pendant que, au-dessus, la politique nationale se fragmente.

Oh ! Ma jolie Sarah…

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DR.

On ne pourra pas dire que Sarah Knafo aura attendu de réaliser le très estimable score de 10% aux municipales parisiennes pour sourire. Avec 10%, elle a en effet de quoi, quand on veut bien considérer qu’il se trouve encore 35% d’électeurs parisiens pour adouber le dauphin, l’héritier désigné, le continuateur de Madame Hidalgo. À croire que le Paris qu’elle leur laisse leur convient parfaitement, endettement et surmulots compris. 35% pour une resucée de six années d’hidalgisme, voilà qui, on en conviendra, donne tout son prix à la louable performance de la dame de Reconquête.

Au-delà de cette circonstance particulière, s’il y a une chose que Sarah Knafo a parfaitement comprise, c’est le grand manque que nous pouvions ressentir depuis des lustres face au spectacle – souvent navrant il est vrai –  du grand cirque de la politicaillerie. Ce manque : le sourire.

Toutes considérations de programme, de convictions, d’opinons mises à part, la candidate à la mairie de Paris nous aura apporté au moins cela, le sourire en politique.    

Pas le sourire niais d’un Lecanuet, ce monsieur dents blanches haleine fraîche dont les moins de vingt ans – peut-être même les moins de cinquante – ne peuvent se souvenir. Le sourire genre ravi de la crèche. Sourire factice, fabriqué, mécanique, façon bellâtre de tréteau de foire, illustration finalement assez fidèle du piètre politicien qu’il était.

Non, en l’occurrence il ne s’agit pas du tout de cela. Le sourire Knafo dit quelque chose de sensible, d’évident que, pour simplifier, on pourrait qualifier de joie de vivre. Sur les plateaux de télévision, dès la première minute, elle sait donner l’impression qu’elle est heureuse d’être là. Et sans doute l’est-elle en effet.

A lire aussi: Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Ce faisant, elle inaugure un nouveau type de personnage du casting électoral. Le snipper souriant. Le flingueur à double détente, la dialectique et la zygomatique. C’est ravissant et ça fait un bien fou. Voltaire, je crois, disait « la gaieté désarme ». Sarah a compris cela. Preuve d’intelligence. Et de sens politique. Quand on vous balance en substance en plein débat : « Monsieur vous êtes un con », ou une gentillesse approchante, et que cela vous est asséné avec un charmant sourire des lèvres et de la prunelle, difficile de monter après cela dans les tours sans se ridiculiser.

Le grand problème avec le sourire est qu’on l’a ou qu’on ne l’a pas. S’y forcer sonne toujours faux et il n’y a pas pire que cela. Plus contre-productif, tu meurs ! Le sourire contrefait ne pardonne pas. Sarah Knafo, donc, l’a, elle.

Il faut espérer deux choses. Premièrement qu’elle ne le perde pas, tant la vie politique est âpre et ne prête que très exceptionnellement à se réjouir. Deuxièmement, plus important encore, qu’elle le garde en l’état. C’est à dire, spontané, naturel…Que nous continuions à avoir ce petit quelque chose qui, d’un seul coup d’un seul, rend un peu moins barbant et convenu le pugilat électoral.

On l’a ou on ne l’a pas, ce sourire, disais-je. L’idée de ce petit billet m’est venue en voyant les deux photos, les deux portraits qui illustrent un papier récent d’Ivan Rioufol, paru ici même. Sarah et Rachida. Regardez bien. L’une, la commissure des lèvres vers le bas, bouche plutôt maussade, illustration parfaite de l’expression « faire la lippe », l’autre, la commissure des lèvres vers le haut. Déjà, au naturel, au repos allais-je dire, l’esquisse, l’amorce d’un sourire. Mieux que l’amorce, la promesse d’un sourire. Par le temps qui courent, ce n’est pas peu de chose…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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L’ignorance saturée: anatomie d’une génération désarmée

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Devant la Rotonde Stalingrad à Paris (19e), des militants gauchistes brandissent des pancartes appelant les socialistes à accepter la main tendue par Sophia Chikirou et son grotesque et hypocrite "front antifasciste" en vue du second tour, 15 mars 2026 © Stephane ALLAMAN/SIPA
Préambule – Paris, dimanche 15 mars : le signal politique des municipales
Les résultats du premier tour des élections municipales du 15 mars ont confirmé un phénomène désormais bien installé dans la capitale : la solidité électorale de la gauche parisienne. Au niveau de Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire arrivé premier devance de plus de 12 points la candidate de la droite Rachida Dati. Dans plusieurs arrondissements, les listes soutenues par l’alliance de gauche — socialistes, écologistes et composantes proches de la France insoumise — ont enregistré des scores élevés, confirmant la sociologie politique particulière de Paris : une métropole diplômée, fortement insérée dans l’économie mondiale, culturellement progressiste et largement acquise aux valeurs du progressisme urbain.
Dans plusieurs secteurs centraux et de l’est parisien, ces listes dépassent nettement leurs adversaires, consolidant une domination politique qui dure désormais depuis plus de deux décennies. Ce résultat n’est pas seulement électoral ; il révèle aussi un climat intellectuel et culturel propre aux grandes métropoles occidentales : une adhésion massive à un certain imaginaire moral et politique, porté par les milieux universitaires, médiatiques et culturels.
Ce phénomène parisien — que l’on retrouve sous des formes proches dans d’autres grandes villes européennes — pose une question plus profonde : quel est le rapport des nouvelles générations urbaines à l’histoire, à la politique et à la réalité du monde ? C’est à cette interrogation qu’il faut désormais répondre • CR.

Ils ont tout, absolument tout, les enfants de l’ère connectée. Les écrans, les réseaux, les flux continus d’informations — cette bouillie mondiale qu’on confond avec le savoir. Jamais une génération n’a eu à sa disposition une telle masse de connaissances, d’archives, de bibliothèques numérisées, de témoignages filmés, de documents accessibles en quelques secondes. Et pourtant, jamais peut-être une génération n’a été aussi peu instruite du sens historique de son existence.

Fin de l’Histoire

Ce paradoxe constitue l’une des énigmes les plus frappantes de notre époque. L’humanité a réussi l’exploit technique de rendre le monde entier disponible à chaque individu — et, simultanément, de rendre ce monde presque illisible. L’accès universel à l’information n’a pas produit l’intelligence collective qu’on nous promettait ; il a souvent engendré une confusion permanente où tout se vaut, où tout s’additionne sans jamais se hiérarchiser.

La connaissance suppose un ordre. Elle suppose une profondeur. Elle suppose aussi une continuité entre les générations. Or c’est précisément cette continuité qui s’est brisée.

Les jeunes générations ne sont pas simplement moins attachées à l’histoire : elles vivent dans un univers mental où l’histoire elle-même devient inutile. L’horizon de la pensée n’est plus la durée, mais l’instant. L’événement n’est plus ce qui s’inscrit dans une chaîne de causes et de conséquences ; il devient un fragment d’actualité qui surgit, s’impose quelques heures, puis disparaît dans le flux.

Dans ce monde de l’instantané, les ancêtres n’ont plus de place. Non parce qu’ils seraient contestés ou critiqués — ce qui serait encore une forme de dialogue — mais parce qu’ils ont cessé d’exister comme référence. Les morts ne parlent plus aux vivants. La transmission s’est interrompue.

Il ne s’agit pas seulement d’une crise de l’école ou de la culture classique. Il s’agit d’une transformation beaucoup plus profonde du rapport au temps. Les sociétés modernes avaient déjà affaibli le poids de la tradition au nom de l’autonomie individuelle. Mais ce que nous voyons aujourd’hui va plus loin : ce n’est plus seulement l’autorité du passé qui disparaît, c’est la conscience même d’appartenir à une histoire.

Bêtise festive

On comprend alors pourquoi cette génération peut vivre au milieu d’un monde en crise sans percevoir la gravité de ce qu’elle traverse. Car pour reconnaître la décadence, encore faut-il avoir connu la grandeur. Pour sentir la fragilité d’une civilisation, encore faut-il savoir ce qu’elle fut. Or cette mémoire a été effacée.

De cette rupture avec l’histoire naît un phénomène singulier que l’on pourrait appeler la bêtise festive. Non pas la bêtise au sens trivial du terme — celle qui relève de l’ignorance brute ou du manque d’éducation — mais une forme beaucoup plus sophistiquée : une bêtise cultivée, diplômée, socialement valorisée. Elle est parfaitement adaptée au monde contemporain. Elle parle le langage de la morale universelle. Elle maîtrise les codes médiatiques. Elle possède les bons diplômes, les bonnes indignations, les bonnes références culturelles. C’est une bêtise branchée. Elle se reconnaît à son ton péremptoire. Elle fonctionne comme un tweet : rapide, définitive, sans nuance. Elle ne cherche pas à comprendre ; elle cherche à classer. Qui est le coupable ? Qui est la victime ? Qui est du bon côté de l’histoire ?

La complexité du réel n’a guère de place dans ce dispositif moral. Elle gêne. Elle retarde la condamnation.

Ainsi se constitue une nouvelle orthodoxie. Elle ne ressemble plus aux dogmes religieux d’autrefois ; elle ne s’appuie ni sur la théologie ni sur la tradition. Mais elle possède pourtant les traits essentiels d’une religion. Elle a ses prêtres — souvent médiatiques ou universitaires. Elle a ses rites — manifestations, hashtags, prises de position obligées. Elle a ses excommunications — accusations de racisme, de réaction, d’extrémisme. Et surtout, elle possède une certitude absolue : celle d’avoir enfin découvert la morale véritable. Mais c’est précisément cette certitude qui constitue le problème.

Car l’histoire nous enseigne que les sociétés deviennent dangereuses non lorsqu’elles doutent, mais lorsqu’elles sont convaincues de leur supériorité morale. Les idéologies du XXᵉ siècle — fascisme, nazisme, communisme — se présentaient toutes comme des entreprises de salut. Elles prétendaient libérer l’humanité, purifier la société, construire un monde meilleur.

Ce qui les rendait redoutables, ce n’était pas seulement leur violence ; c’était leur innocence. Les hommes qui y adhéraient se croyaient du côté du bien.

La comparaison n’implique évidemment pas que nous vivions aujourd’hui dans un système totalitaire. Mais elle rappelle une vérité essentielle : le totalitarisme ne surgit jamais dans une société cynique. Il surgit dans une société persuadée de sa vertu. Or c’est précisément ce que l’on observe dans une partie des nouvelles générations. Leur pacifisme, par exemple, possède souvent une dimension profondément paradoxale. Il ne procède pas d’une analyse lucide des rapports de force internationaux ; il relève plutôt d’un imaginaire moral où la violence est toujours le produit d’un oppresseur identifiable et où la paix serait le résultat naturel de la bonne volonté.

Ce pacifisme est en réalité décoratif. Il appartient à la culture du festival, de la manifestation symbolique, de la proclamation vertueuse. Il célèbre la paix mais refuse de penser la guerre. Il invoque la justice mais ignore la tragédie.

Or la politique, précisément, commence là où la tragédie apparaît. Elle commence lorsque l’on découvre que certaines situations ne comportent pas de solution parfaite, que certaines décisions impliquent des choix douloureux, que la force — aussi déplaisante soit-elle — fait partie de l’histoire humaine. Refuser de voir cette dimension tragique ne supprime pas la violence : cela rend simplement les sociétés incapables d’y faire face. Un autre trait caractéristique de cette génération tient à sa relation paradoxale à l’information. Jamais l’humanité n’a produit autant de données. Les statistiques, les images, les analyses circulent en permanence. Les réseaux sociaux transforment chaque événement en spectacle planétaire. Mais cette abondance ne crée pas de compréhension.

Le triomphe de la bien-pensance dominante

Elle produit souvent l’effet inverse : une saturation cognitive. Lorsque tout devient information, plus rien ne devient signification. Les faits se succèdent sans s’organiser. Les crises se superposent sans être hiérarchisées.

L’esprit humain, pour comprendre, a besoin de structures : des récits, des catégories, des cadres d’interprétation. Lorsque ces structures disparaissent, l’individu se retrouve plongé dans un chaos d’événements. Il cherche alors désespérément un point fixe. Et ce point fixe, aujourd’hui, prend souvent la forme de la bien-pensance dominante.

Cette bien-pensance fonctionne comme une boussole morale simplifiée. Elle permet de se repérer rapidement dans un monde trop complexe. Elle fournit des réponses immédiates. Elle dispense de l’effort de penser. Mais ce confort intellectuel a un prix : il affaiblit la capacité critique. Or une démocratie vivante repose précisément sur cette capacité. Elle suppose des citoyens capables de douter, de discuter, de reconnaître les contradictions du réel.

Lorsque cette faculté disparaît, la démocratie se transforme peu à peu en théâtre moral où chacun récite les formules attendues. C’est peut-être là que réside la véritable bêtise de notre temps. Elle n’est ni grossière ni primitive. Elle est policée, civilisée, convaincue d’elle-même. Elle parle le langage des droits humains et de la tolérance. Elle croit sincèrement protéger le monde. Mais, faute de lucidité historique et de sens tragique, elle risque de produire l’effet inverse. Car les civilisations ne disparaissent pas seulement sous les coups de leurs ennemis. Elles disparaissent aussi lorsque leurs propres enfants cessent de comprendre ce qui les a fait naître, ce qui les a rendues possibles, ce qui les oblige à se défendre. Alors elles deviennent vulnérables.

Elles continuent de célébrer leurs valeurs — la liberté, la justice, la dignité humaine — mais elles oublient que ces valeurs ne sont pas des évidences naturelles. Elles sont le produit fragile d’une histoire, d’institutions, de luttes et parfois de guerres.

Lorsqu’une société oublie cela, elle croit habiter un monde définitivement pacifié. Elle rit, elle célèbre, elle proclame sa supériorité morale. Et pendant ce temps, dans l’ombre, d’autres forces apprennent à la regarder comme une proie. Ainsi la bêtise contemporaine n’est pas seulement une faiblesse intellectuelle. Elle est une naïveté historique. Elle croit sauver le monde. Elle risque, sans le vouloir, de le livrer aux loups du futur.