Rétromobile ouvre ses portes aujourd’hui et ce jusqu’au 9 février


Après les pâtisseries sans sucre, le jambon sans gras et les livres sans style, plus rien ne nous étonne en cette année municipale. Nous avions eu droit à un rallye Dakar en Amérique du Sud, peut-être, un jour, verrons-nous un homme politique sans mise en examen ? « L’honnêteté, ça se paye ! » comme le professait Michel Audiard, amateur de mécaniques italiennes en provenance de Modène. La mode serait plutôt à la disparition de l’automobile des villes, prochainement des routes de France et maintenant des salons qui lui étaient jusqu’alors dédiés. C’est bien connu, les visiteurs qui se rendent à ces foires mondiales, marchent toute la sainte journée dans les allées d’immenses halls d’exposition, juste pour entendre parler de mobilité autonome, converser avec des startuppers sans permis de conduire et se renseigner sur l’état de la planète. Des voitures, ils n’en verront bientôt plus. Les organisateurs sont formels sur ce point-là. Ils sont en mesure de garantir aujourd’hui des salons autos « 100 % sans auto ». L’efficience énergétique totale, la démagogie maximale et son corolaire, le concept mystérieux de durabilité. Le véhicule subliminal est né. C’est tellement ancien monde de montrer des carrosseries sans un filtre visuel (les enfants pourraient regarder et aimer), de s’attarder autour d’objets roulants « polluants » et, pis encore, d’oser aborder une hôtesse sous peine de passer à la gégène médiatique.

La charge mentale de l’automobiliste

Le monde a changé. L’auto n’est plus qu’un ectoplasme qui fait vibrer de vieux cochons venus de province. A Paris comme dans toutes les grandes capitales, on chasse la voiture avec le sentiment du devoir accompli, la bonne conscience en porte-clés et des transports en commun complètement exsangues. Que les gouvernants nous enfument sur l’autel de l’écologie, nous avons l’habitude de payer cash leurs turpitudes. Ils ont même réussi à nous faire passer pour des inconscients et des salisseurs. Nous sommes pris au piège entre notre besoin de nous déplacer et la charge mentale des générations futures. Plus surprenante demeure l’attitude défensive et complètement apeurée d’un secteur industriel qui ne croit même plus en ses propres créations et à la liberté de se mouvoir. Ils ont honte désormais de leurs productions, ils nous filent leurs catalogues à la sauvette, sous le manteau, et ils vont même jusqu’à masquer leurs nouveautés dans les publicités télévisées (avouons, pour être totalement sincère, que nous n’arrivons plus aussi à faire la différence entre les différentes marques). Alors, n’imaginez pas un instant qu’ils risqueront d’exposer des autos à la vue de tous. No Way ! Verboten ! Peligroso ! La patrouille surveille. L’Europe compte les NOx. La Tech nous berne. Le mirage d’un Vegas-sur-Seine nous endort. Bonne nuit, les petits automobilistes. Et pendant ce temps-là, les actionnaires suivent ce mouvement général de soumission en prenant leur dernier petit sou. On autorise tout de même les constructeurs à fabriquer leurs engins de malheur (jusqu’à quand ?), assez loin cependant de l’hexagone car des usines et des travailleurs à domicile, ce n’est pas très optimal pour les comptes d’exploitation.

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Le concept de salon auto serait donc mort au milieu des années 2000 comme le Walkman au début des années 1990 (sa production vient juste d’être relancée). Les salons-cathédrales seraient trop chers, trop bruyants, trop genrés et puis, on ne vend plus aujourd’hui une auto en la dévoilant au public mais par forfait ou à la demande. C’est une mensualité à l’instar d’un abonnement téléphonique ou Netflix. Le contenant importe si peu, le public cherche avant tout un moyen de locomotion raisonnable qui entre dans un budget serré et satisfait aux normes en vigueur. La forme est accessoire. Le plaisir, un vilain gros mot hérité des Trente Glorieuses. « Conduire », un verbe d’enfants gâtés, exfiltré du langage courant. Un volant et un écran tactile suffisent à amuser ces nouveaux grands enfants.

Un salon peuplé d’irréductibles résiste encore et toujours…

Il y a cependant un endroit qui résiste à cette pensée unique.

Chaque année, début février, à la Porte de Versailles, Rétromobile accueille les adorateurs d’une étrange secte, celles des voitures anciennes. L’hiver, la nostalgie tient chaud. Ici, la parole est libre. Cette communauté de joyeux rétrogrades respire enfin. Quand toute l’année, votre passion est bafouée ou, pour le moins, niée, on sait qu’à Rétromobile, les copains seront là. Cette société secrète n’a rien de passéiste ou folklorique, elle fait vivre notre patrimoine historique et génère même un « business » florissant à travers des milliers d’entreprises sur tout le territoire. Le tourisme lui dit également : Merci ! On en prendra plein la figure durant cinq jours, il y aura, entre autres, des Combis, des Bugatti, des GS, des Tatra, des tracteurs, des blindés, des camions, des miniatures, des pièces détachées, des fringues, des sculptures et des mobs. Alors, moteur !

Pour plus d’infos : www.retromobile.fr

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