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#SkiToo


« Slalom » de Charlène Favier est sorti le 4 novembre au cinéma. Le film traite du harcèlement sexuel au sein du ski professionnel féminin. Un film sans prise de risque et aseptisé.


Un de plus… Il n’est pas certain que, côté artistique du moins, la vague Metoo fasse beaucoup de bien au cinéma français. Déroulant avec application son protocole compassionnel, ce premier film, qui aurait fait les délices des défunts « Dossiers de l’écran », enfonce les portes désormais grandes ouvertes du harcèlement sexuel dans les milieux sportifs. Ici, le ski féminin professionnel. Portons toutefois au crédit de la jeune réalisatrice une indéniable capacité virtuose à filmer les descentes de compétition « comme si on y était ». Mais cette valeur documentaire n’est évidemment pas son propos. La jeune fille, la mère absente, le prédateur et la compagne complice à force de silence : pour filmer la métaphore alpine, on dira que chaque porte est franchie avec application. Seulement voilà, le cinéma exige un peu de hors-piste et de prise de risque.

Ici, on prend tristement la première place du podium convenable et convenu, à la pépère.

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Le trumpisme avait tout de même du bon

 


La présidence Trump a été un choc salutaire pour le monde


Vulgaire ? Certes ! Mal préparé ? Probable ! Immature ? Peut-être ! Mais tout bilan honnête du mandat de Donald Trump devrait prendre en compte les lièvres que l’homme à la mèche orange a eu l’audace de soulever, comme le jeu trouble de la Chine ou les dangers d’une immigration mal contrôlée. Sans oublier qu’il a permis aux républicains de renouer avec les couches populaires.

Dans le livre des morts égyptien, les bonnes et mauvaises actions du défunt étaient pesées par les 42 juges du tribunal d’Osiris chargés de rendre un verdict sur le sort ultime réservé à son âme. Aujourd’hui, le bilan du président Trump est jugé par le tribunal des médias, dont les arbitres sont plus nombreux et plus intraitables que les dieux de l’autre monde. Beaucoup dressent la liste des réussites et des échecs de sa présidence, en se hâtant de trouver la deuxième colonne plus longue. D’autres se scandalisent que l’on puisse envisager que Trump ait un bilan, le réduisant à un symptôme d’une pathologie de la démocratie. Tous sont d’accord sur le fait qu’il laissera une empreinte indélébile sur la vie politique aux États-Unis et même au-delà. Mais laquelle ?

Un mur prolongé de 300 kilomètres au Sud

Ceux qui le condamnent sont outrés par sa vulgarité, sa pétulance, et l’absence apparente d’un surmoi capable de restreindre ses bas instincts de mâle égoïste, de Blanc xénophobe, de richard obsédé par le fric. Pourtant, c’est précisément là que réside l’apport positif de Trump : il a osé parler ouvertement de certains sujets, à la fois gênants et brûlants, que les autres, avant lui, n’évoquaient qu’à mots couverts. C’est tout le contraire de son prédécesseur, Barack Obama, plus élégant, plus intellectuel, plus « Ivy League ». Obama était parfaitement conscient de l’importance de ces problématiques, mais adoptait une approche infiniment plus discrète, de sorte que, non seulement la plupart des Américains ne voyaient pas ce qu’il avait accompli, mais en plus ils ne savaient guère qu’il s’occupait de ces questions. Trump a promis une Grande Muraille séparant les États-Unis des nations du Sud et des hordes de migrants. Certes, il n’a prolongé les structures existantes que de quelque 300 kilomètres. Peu importe : en incitant ses supporters à scander« build the wall », il a légitimé les préoccupations d’un grand nombre de gens ordinaires. C’est ainsi qu’il a donné une légitimité et une voix à la colère des cols bleus. Ses adversaires, qui dénigrent cette exaspération populaire en la qualifiant de populiste, auraient préféré qu’elle reste refoulée, au risque de la voir un jour exploser de manière d’autant plus dévastatrice qu’elle aura été si longtemps contenue. À cet égard, même les détracteurs de Trump devraient admettre qu’il constitue un moindre mal.

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Comme le montre Alexandre Mendel dans Chez Trump, face à la mondialisation et au multiculturalisme prônés par ses prédécesseurs, le président sortant a personnifié pour beaucoup d’Américains une« inversion des valeurs » et un« retour à la patrie. » Mais ce retour à la patrie s’opère par une action à l’extérieur du pays, sur la scène mondiale. Car pour beaucoup d’Américains, la plupart de leurs problèmes quotidiens proviennent des doctrines globalistes qui ont certes apporté une croissance très importante à la planète, mais souvent aux dépens des emplois et de la dignité des ouvriers occidentaux. Quand Trump se lance ouvertement dans un bras de fer tarifaire avec la Chine, on l’accuse de déclencher une guerre commerciale. C’est refuser de voir qu’une grande partie du monde est déjà dans un état de guerre avec la Chine – à cause des visées stratégiques de cette dernière –, un état de guerre froide. Trump n’est pas la cause de cette situation, mais son révélateur. Obama avait pris la mesure du problème qu’il traitait de manière multilatérale, à travers les institutions de la mondialisation, comme l’OMC, sans voir que ces institutions étaient grippées par leur propre inertie et les manœuvres habiles des Chinois. Les zélotes de la mondialisation ont dénoncé la grossièreté des mesures prises par Trump, en ignorant ce qu’il a réussi à faire :les partenaires des États-Unis sont désormais obligés de reconnaître que les dysfonctionnements de la mondialisation sont le problème de tout le monde et ne peuvent pas être résolus par des pourparlers conduits derrière des portes closes.

Le multilatéralisme vilipendé

La liste des institutions multilatérales vilipendées par Trump, des accords qu’il a piétinés ou renégociés, ou des champs de bataille dont il a retiré ou essayé de retirer ses troupes est longue. L’unilatéralisme de Trump a choqué la planète, surtout ses alliés, mais c’est un choc salutaire. Il oblige les autres à imaginer un monde sans les États-Unis, un monde où l’ordre international et libéral n’est pas soutenu par l’Amérique, où la paix des nations n’est pas garantie par le shérif planétaire. Il nous demande de prendre nos responsabilités comme si nous étions des adolescents attardés. Notre réponse a été de ne voir en lui qu’un teenager gâté. Quand nous rions de la prétendue immaturité de Trump, nous devrions écouter le poète Horace : « Pourquoi moquez-vous ? Ne voyez-vous pas que cette histoire est la vôtre ? »

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Chez lui, Trump a permis au Parti républicain de renouveler son socle électoral, en substituant une partie des classes ouvrières à une partie des classes aisées, désormais adeptes de la mondialisation et du multiculturalisme. Enfin, si on mesure sa grandeur à l’aune de la haine qu’on inspire, Trump est un grand homme. L’hystérie anti-Trump a été encore plus forte que celle des « Tea Parties » contre Obama. Les démocrates n’ont jamais cessé de promettre sa destitution. Les médias dominants traitent tout ce qu’il dit comme un mélange de mensonges, d’erreurs et de préjugés. Les émeutes urbaines provoquées par le mouvement BLM et prolongées par les « antifas » sont autant de protestations contre Trump et ceux qui l’ont élu. Il y a une lutte, en Amérique comme en Europe, entre l’esprit populiste, longtemps refoulé, et l’esprit « woke », qui se manifeste aujourd’hui sur les barricades et dans la « cancel culture ». 

Certains affirmeront que c’est Trump qui est l’auteur de cette polarisation, mais elle était déjà là, dans les faits. 

Trump a eu, non la vulgarité, mais le courage de prendre la tête de ceux qui étaient conspués par les intellectuels, ignorés par les entreprises mondialisées et oubliés par les stratèges politiques. La voix qu’il a donnée à ceux qu’on n’écoutait pas ne sera plus réduite au silence. Certes, Trump n’a pas apporté toutes les solutions, mais il a permis de voir les problèmes. Même après lui, il sera difficile de les ignorer.

Claude Askolovitch affiche ses préférences

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Dans sa revue de presse, le chroniqueur de la matinale de France inter ne se contente pas de placer un signe égal entre « fafs » et jihadistes. Il accable les premiers et tente de nous attendrir sur les seconds.


Toujours plein de douceur dans la voix, plein de componction un peu tristounette dans le ton, le chroniqueur de France Inter n’en glisse pas moins, mine de rien, ses éternels messages bien-pensants. Exemple ce matin, voici comment notre prêcheur matinal nous parle des djihadistes :

« Vous lirez dans la même veine, celle des compréhensions qui nous manquent dans la revue Esprit… les souvenirs de la diplomate Murielle Domenach qui, consule à Istanbul, devait récupérer les jeunes Français parfois adolescents, qui passaient par la Turquie pour aller au djihad, plein de certitudes et de mépris, mais avec parfois un doudou posé dans leur sac… »

Traduction: soyons plus compréhensifs avec les djihadistes, après tout, ce ne sont que des enfants égarés, et quand ils partaient en Syrie (peut-être pour couper quelques têtes…) ils avaient un doudou dans leur sac. N’est-ce pas attendrissant ? Ayons un peu plus de compassion pour eux.

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Tout de suite après cette larmichette, un télescopage m’a fait bondir :

« Je lis dans Slate que de jeunes nationalistes français veulent créer des communautés autonomes blanches dans nos campagnes, si ce ridicule vous écœure,  je vous invite à une consolation… »

Cette fois-ci on n’est plus du tout dans l’attendrissement ému devant nos chers petits djihadistes. Quand il s’agit de jeunes nationalistes français, plus question de se demander ce qu’ils ont dans le cœur, s’ils n’ont pas au fond de leur sac un petit signe d’humanité, quelque chose de puéril qui pourrait nous amener à les considérer, aussi, comme des enfants. Non, ces jeunes là sont tout simplement écœurants. Personnellement ce que je trouve écœurant c’est cette insidieuse façon de cracher son mépris pour les uns, après avoir montré tant de compréhension malsaine pour les autres.

Pour une réponse gaullienne aux maux de la France


Crise sanitaire, islamisme: au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République Emmanuel Macron les a dispatchées entre de multiples fusibles


Dans une remarquable interview parue dans le Figaro du 9 novembre — jour anniversaire de la mort de De Gaulle, qui sert de fil conducteur à l’entretien —, Henri Guaino revient sur la politique du gouvernement actuel face à l’épidémie et face au risque terroriste.

Henri Guaino D.R.

Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme qui l’étouffe. Parce qu’il a un raisonnement politique global, un raisonnement national — un raisonnement gaullien — au lieu de le diffracter en « politique sanitaire » et « politique sécuritaire » — politique politicienne en un mot. Au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République les a dispatchées entre de multiples fusibles. « La réponse gaullienne, dit Guaino, aurait consisté à ne pas diluer les responsabilités des mesures prises entre le gouvernement, le Parlement, le conseil scientifique, puis les préfets et les maires, ce qui a eu, entre autres, pour effet que chaque décideur gère avant toute chose son risque pénal plutôt que la crise sanitaire. Il aurait été plus gaullien et plus conforme à l’esprit des institutions que, pour mettre entre parenthèses toutes les libertés fondamentales, le président de la République, qui n’encourt pas de risque pénal, mette en œuvre l’article 16 de la Constitution, précisément fait pour ce genre de situation. Ainsi aurait-il porté, lui seul, la responsabilité politique des décisions. »

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Mais l’ombre de l’affaire du sang contaminé, dans les années SIDA, plane sur les décisions avortées. Macron a préféré « se cacher derrière la science pour prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec la science. » Il s’ensuit que « la dissolution du Conseil scientifique lèverait cette ambiguïté malsaine. » Car enfin, décourager le port de masques en mars, était-ce de la science ? Les imposer dans la rue, quand les contaminations se font en espaces clos, est-ce de la science ? Fermer les petits commerces et laisser les grandes surfaces ouvertes, quand la Catalogne fait exactement l’inverse, est-ce de la science ? Non — mais cela sert les intérêts de grands groupes, où sont peut-être positionnés les copains.

Cela permet aussi d’instaurer une politique de la peur. Franchissant le point Godwin avec perspicacité, Guaino remarque que la dernière fois que l’on a joué la peur contre les Français, c’était sous Vichy — alors que De Gaulle jouait la carte du courage. Mais on ne lit pas beaucoup de courage derrière tous ces visages masqués. Imaginez-vous De Gaulle, qui à la Libération de Paris a descendu les Champs-Élysées debout, sans courir, alors que des tireurs embusqués le prenaient pour cible, affublé d’un masque ?

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Il en est de même pour le terrorisme. « Ce qui serait gaullien, ce serait de prendre enfin la mesure de ce que nous devons affronter, c’est-à-dire une véritable guerre de civilisation sans merci menée contre nous ». Menée non seulement par des terroristes fanatisés, mais par « des minorités agissantes qui travaillent sans relâche à la culpabilisation de l’Occident et au communautarisme devant lesquels, par lâcheté collective, nous nous aplatissons depuis des décennies. » Oui — mais les considérations électoralistes l’ont emporté au fil des ans sur le raisonnement politique. Et nous voici prenant des mesures savantes contre un virus dont nous ne savons pas grand-chose, et n’osant pas en prendre contre un ennemi dont nous savons tout.

Une seule solution : refaire une nation. Recréer ce destin collectif qui fut de tout temps le génie de la France. En finir avec les lubies intéressées de la mondialisation. La nation n’est pas une notion dépassée, comme s’efforcent de nous le faire croire des commentateurs aux ordres de quelques banquiers intéressés à la dilution de l’entité France. 

Il faut réagir vite — sinon, dans les basques d’une épidémie dont nous constatons, en France, les dégâts, bien plus importants que chez nos voisins, et donc la nocivité de la politique sanitaire suivie, ce sera un fascisme réel qui s’instaurera, comme le nazisme s’est insinué dans les fourgons d’une république de Weimar en déliquescence. Ce n’est pas au conseil scientifique, un organisme non élu et désigné selon des critères troubles,  de résoudre un problème qui est en fait une question de civilisation. Et je ne voudrais pas que demain, le choix s’opère entre la mort par épidémie et la soumission à un ordre nouveau — la charia, par exemple.

Inquiéter, tel est le rôle du Pape?

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Le Pape François multiplie les déclarations ambigües et semble vouloir s’adapter à l’époque. Il devrait au contraire faire respecter les dogmes.


 

« Inquiéter, tel est mon rôle. » Cette phrase célèbre de Gide, un esprit malicieux pourrait dire que le Pape la fait sienne. Pas un jour, en effet, sans qu’il lance une de ces phrases ambiguës dont il a le secret et qui jette le trouble. Sauf que le Pape n’est pas l’auteur des Caves du Vatican.    

 A bracchio, imprécis, les propos de ce Pape « venu du bout du monde », veulent bousculer « les poivrons verts » que nous sommes. Imagés pour les uns, d’un exotisme rafraîchissant pour les autres, provocateurs, contradictoires, ils veulent faire bouger les lignes. On se souvient de la charge contre la Curie et les cardinaux auxquels le successeur de Pierre opposait une église pauvre et spirituelle. La volonté affichée du Pape, « qui n’a pas peur des schismes », comme il le dit lui-même, est de faire bouger les lignes. De là la nécessité constante, pour son service de communication, de contextualiser ses propos, de les recentrer, de les corriger, d’en faire une exégèse, de leur donner les mille et une nuances de la catholicité, afin de les exonérer de tout soupçon d’hétérodoxie, en établissant un degré entre les propos personnels et la parole magistérielle. Et d’accuser, in fine, les brebis rebelles de mal chausser leurs lunettes, d’avoir un cœur fermé et un mauvais esprit.

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On se rappelle la réponse très jésuite du Pape : « Qui suis-je pour juger ? » La parade était là: un avion n’est pas la chaire de Pierre ; ce propos émanait non de l’évêque de Rome mais de George Bergoglio. N’empêche: cette phrase avait fait le tour du monde. On posait au Pape une question sur le mariage ? Il répondait par un refus de porter un jugement moral sur des personnes. L’amour abolissait la loi: ainsi commençait le cas par cas dans l’Église sans toucher au dogme, bien entendu.

Le soutien trouble du Pape aux unions civiles homosexuelles 

C’est la même casuistique que nous retrouvons dans les propos du Pape sur l’union civile homosexuelle rappelés récemment, et qui ont demandé une mise au point du Vatican. « Les personnes homosexuelles ont le droit de faire partie d’une famille, ils sont enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. Personne ne peut être expulsé d’une famille ni vivre une vie impossible pour cette raison. Ce que nous devons faire, c’est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit à être légalement couverts. C’est ce que j’ai défendu. »

L’agence Zenit a beau dire, le 21 octobre, que le Pape ne change rien à la doctrine, son soutien ambigu aux unions civiles homosexuelles (inutile puisque cette union civile existe en fait) avec la reprise du mot « famille » (faire partie d’une famille ou créer une famille) jette un trouble, en allant à l’encontre de l’enseignement de l’Église. L’habileté jésuite se trouve également dans la remarque : les homosexuels sont enfants de Dieu. Évidemment ! Qui l’a jamais nié ? Ce que va retenir le public, c’est la miséricorde. On imagine la conséquence de cette déclaration, qui joue sur les registres—affectif et religieux—, sur les problèmes de procréation et de filiation. Des fidèles disent que ces propos auraient intérêt à être clarifiés.

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Dans son encyclique « Tutti fratelli », une phrase a suscité des interrogations : « L’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions. » Que signifie, dans la bouche du Pape catholique, ce relativisme religieux ? Cette Encyclique est louée par certains : n’est-elle pas sous le patronage de Charles de Foucauld ? D’autres dénoncent les points communs entre cette Encyclique et la franc-maçonnerie. Quant à la position du Pape en faveur des migrants, qui va jusqu’à demander l’augmentation de l’octroi des visas, l’ouverture de couloirs humanitaires pour les migrants et le droit pour eux d’ouvrir un compte bancaire, en débordant le champ religieux sur le politique, elle suscite, là encore, des interrogations.

Le Pape doit garder les dogmes

Si le Pape ne connaît pas la France, il va la découvrir par la fronde que suscitent, à présent, ses déclarations ambigües, au sein des fidèles. Il verra que la France, gallicane et catholique, impertinente et respectueuse, janséniste et voltairienne, demeure « la fille aînée de l’Église ». Dans un article de Valeurs Actuelles, du 29 octobre au 4 novembre, le philosophe Thibaud Collin met sur le compte du travers jésuitique du Pape actuel, dont il serait, à présent, lui-même victime « l’inconsistance des propos pontificaux qui est le plus sûr symptôme de la crise que traverse l’Église. » A la différence des deux Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, que le philosophe crédite « de l’art du dialogue sans rien concéder sur le fond », le Pape actuel représente, pour lui, « l’apologie de la stratégie inaugurée depuis 60 ans: donner des gages d’ouverture au monde moderne afin que celui-ci reconnaisse en l’Église une interlocutrice valable… » Quand on relit l’admirable discours des Bernardins prononcé par le Pape Benoît XVI, en 2012, tellement d’actualité, on se rend compte que la parole papale a toujours intérêt à avoir une consistance et une assise théologique catholique, pleine et entière. Tout le monde y gagnerait.

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La divination constituait, chez les Anciens, un aspect fondamental de la religion. La Pythie émettait, dans une fumée de lauriers, une parole énigmatique qui demandait une traduction heuristique. Le trône de Pierre n’est pas un trépied. Le travail d’un Pape est de garder les dogmes non de « fléchir au temps », pour reprendre cette phrase à l’ancienne. Encore moins de faire la révolution. Le Pape n’est plus tout jeune : ne serait-il pas manipulé par son entourage ? Quelle que soit la réponse, il faudrait que l’on cesse, une bonne fois, de penser, après certaines déclarations du Pape, à la parole de Chrysale dans Les Femmes Savantes de Molière, disant d’un plumitif :  « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Ou alors à l’Avant-Propos de Gide dans Paludes : « Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Car si nous savions ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela… On dit toujours plus que CELA. »

Les caves du Vatican

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La liberté d’expression de bazar de Justin Trudeau

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Récemment, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déclaré publiquement que, selon lui, « la liberté d’expression n’est pas sans limites ». Il s’agirait de toujours bien réfléchir si ce que l’on dit est potentiellement blessant pour des personnes. Conception ô combien curieuse d’un droit pourtant rudimentaire pour tout esprit libéral! Curieuse au sens d’étrange, mais pas curieuse au sens d’étonnante: les communautaristes ne sont pas à un délire près.


La réaction du monde politique français face à la décapitation de Samuel Paty ne s’était pas fait attendre, unanime sur la nécessité de rappeler coûte que coûte que la liberté d’expression inclut la possibilité de blasphémer et que la France doit défendre sa laïcité – c’est un minimum, disons. La réaction de Justin Trudeau, elle, était arrivée bien plus tard : il lui avait fallu onze jours et une motion déposée par le Bloc québécois pour qu’il daignât prendre la parole. Déjà critiqué pour cette lenteur quasi coupable, voilà que le chef du Parti libéral du Canada s’est encore un peu plus enfoncé dans l’ambiguïté lors d’une conférence de presse le 30 octobre dernier avec cette réponse à une question portant sur le droit de caricaturer : « La liberté d’expression n’est pas sans limites. […] Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète », a estimé l’homme d’État se considérant comme un libéral progressiste.

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Or, s’il y a une ligne politique que suit cette déclaration, c’est celle du communautarisme et non du libéralisme. Ce n’est plus l’individu, quel qu’il soit, qui a des droits inaliénables, tels que celui de s’exprimer : ce sont les communautés qui ont des droits « à la reconnaissance », « au respect », nous disent les nouvelles forces de progrès à la mode Trudeau. Après tout, est-ce bien grave ? La liberté d’entreprendre n’est-elle pas la plus importante ? Le libéral ne pourrait-il pas s’accommoder d’une invitation à quelques dessinateurs laïcards de modérer leurs gribouillages ?

Les nouveaux «droits» [promus par Trudeau] qui ne sont pas des libertés individuelles constituent donc un risque couru par la liberté de chacun au nom de l’égalitarisme…

Les Canadiens sont des moutons!

Ce serait là ne rien comprendre à l’essence de la liberté. Celle-ci se mesure aux détails autant que le diable s’y cache. Et le grand penseur libéral Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1840), avait déjà prophétisé une époque où l’on oublierait ce fait fondamental : « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

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Plus récemment, dans les colonnes du Regard Libre, l’historien tout aussi libéral Olivier Meuwly s’inquiétait du fait qu’effectivement, les « droits à » (droits dits « positifs », prisés par les gauchistes) prennent peu à peu le dessus sur les « droits de » (droits dits « négatifs ») : « […] pour la droite qui est globalement libérale, hormis les héritiers de la droite catholique conservatrice, les droits de l’homme sont ceux de la Révolution française et américaine. Il semble fondamental d’avoir des droits supérieurs protégeant les libertés individuelles. » Les nouveaux « droits » qui ne sont pas des libertés individuelles constituent donc un risque couru par la liberté de chacun au nom de l’égalitarisme. Le communautarisme n’en est qu’une variante. Il est paradoxal que cette manière non-occidentale de concevoir la société ait séduit des nations qui avaient fortement contribué à forger l’idée libérale, à savoir les pays anglo-saxons.

Un pays empêtré dans le communautarisme

L’universalisme, dans lequel nous pouvons trouver les germes aussi bien de la laïcité à la française – dont on parle sûrement un peu trop, car ce n’est pas vraiment le sujet – que des droits naturels de tout être humain et, sur le plan institutionnel, de l’État de droit de nos nations occidentales, défend une conception opposée à celle du communautarisme dans lequel le Canada est empêtré. Il n’y a aucune limite à la liberté d’expression ; l’auto-censure est injustifiable. Tout individu est libre de ses opinions, y compris provocatrices, y compris moqueuses. Pour reprendre les mots de la philosophe Simone Weil, qui – c’est le moins qu’on puisse dire – n’était pas une réactionnaire, «la liberté d’expression totale, illimitée, pour toute opinion quelle qu’elle soit, sans aucune restriction ni réserve, est un besoin absolu pour l’intelligence» (L’Enracinement, 1949). Il en va de l’esprit de débat autant que du principe fondamental de liberté, d’ailleurs.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau et sa famille en visite en Inde, en 2018 © Ajit Solanki/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22168313_000001
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau et sa famille en visite en Inde, en 2018 © Ajit Solanki/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22168313_000001

Cela étant, précisons qu’évidemment, il existe des codes sur la manière de nous adresser aux autres. Mais ces codes ne sont pas politiques, ils relèvent des manières, de la civilité, de l’éducation. Précisons aussi qu’évidemment, nuire à autrui, porter atteinte à son prochain, à son intégrité, n’est pas tolérable. Cela, nous le tenons en Occident de notre tradition judéo-chrétienne qui fonde la distinction entre la personne et ses croyances ou ses actes. C’est dans cette tradition culturelle que s’est bâtie au fil des siècles notre tradition politique moderne, donnant naissance aux droits universels de l’homme et du citoyen.

La bien-pensance s’attaque aux Lumières

Or justement, s’attaquer au prophète dans un journal ou dans un dessin, c’est s’attaquer à une croyance, voire à l’instrumentalisation de cette croyance : c’est donc un droit, et même en quelque sorte un devoir si l’on part du principe que pour faire usage de son intelligence, il faut analyser, critiquer. Les Lumières, c’est la raison, donc la critique. L’israélo-suisse Carlo Strenger va jusqu’à dire le « mépris civilisé » dans un ouvrage portant cette expression comme titre (2015) : « Une culture du mépris civilisé se fonde […] sur la volonté de faire valoir ce mode de pensée avec toutes les conséquences que cela entraîne – tel est le principe qui permet de se forger une opinion responsable. » Lumières versus bien-pensance.

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En ramenant la question des caricatures à une « communauté » qui serait « stigmatisée », Trudeau – en a-t-il seulement conscience ? – tombe dans le piège des terroristes. L’air de rien, pour des raisons soi-disant vertueuses et bien plus raisonnablement par clientélisme électoral, le donneur de leçons du Canada met dans le même panier musulmans et islamistes et confond musulmans et islam, comme si aucun musulman n’était capable de se dissocier de l’idée que le blasphème mérite une punition. Alors même que les Trudeau nous bassinent avec le « pas d’amalgame », ce sont eux qui se retrouvent à appeler de leurs vœux la fidélité demandée par les islamistes aux musulmans envers leur prétendue « communauté ». Ce sont eux qui renforcent la terreur déclaration après déclaration, loi après loi, sottise après sottise. À l’inverse, la justesse d’un Emmanuel Macron – « en France, il n’y a qu’une seule communauté, la communauté nationale » – en ressort plus fortement.

Justin Trudeau, pour le dire crûment, n’est pas Charlie. Or, être Charlie n’a jamais consisté à préférer leur humour à l’ironie d’un Philip Roth. Tout ce que le bon sens demande, c’est d’accepter qu’on puisse encore parler, dessiner, vivre librement dans notre coin du monde. Et comme l’a bien relevé le journaliste Konrad Yakabuski dans le quotidien canadien Le Devoir, le fait que le premier ministre soit revenu depuis sur ses déclarations, en assurant qu’il ne condamnait pas les caricatures de Charlie Hebdo, ne change rien à l’affaire. Car « le mal [est] fait. Si ça lui a pris deux semaines pour préciser sa pensée sur la liberté d’expression, c’est parce qu’il n’y tient pas tant que cela. » En réalité, le fait que Trudeau ait précisé deux semaines plus tard qu’il ne condamnait pas les caricatures est un geste qui devrait même nous glacer : cela nous montre justement qu’il devait le préciser. Pour s’en convaincre lui-même ?

Source: Le Regard Libre

Les arrêtés municipaux en faveur du petit commerce sont légitimes


De Montauban à Chalon-sur-Saône, de Béziers à Colmar, de Perpignan à Saint-Max, de nombreux maires ont utilisé leurs pouvoirs de police pour permettre le maintien de l’ouverture des commerces dits non-essentiels, ceux-là même que, par décret du 29 octobre 2020, le gouvernement avait entendu fermer. Que faut-il en penser?


Saisis par les préfets, les tribunaux administratifs se penchent désormais sur la légalité d’actes qui, en principe, devraient tous être censurés par le juge. Dès sa deuxième année, tout étudiant en droit apprend qu’une autorité de police locale ne peut pas revenir sur ce qui a été décidé au niveau national dès lors que la mesure a pour effet d’assouplir les règles décidées à l’échelon supérieur.

Pour ce motif assez simple et évident, l’arrêté d’un maire qui permet l’ouverture de commerces dont la fermeture est décidée par un décret du Premier ministre est promis à la censure du juge. Mais pour autant, doit-on considérer que les maires ont eu tort au seul motif que leurs arrêtés encourent l’annulation judiciaire ? La généralisation de cette pratique sur l’ensemble du territoire, par des maires de toutes tendances politiques confondues, à la tête de communes rurales ou urbaines, amène un débat que l’on ne saurait écarter d’un revers de la main, par une application stricte et littérale de la règle de droit.

Un décret gouvernemental menant à des situations ubuesques

En la circonstance, il convient de ne pas se borner à l’examen de la légalité des arrêtés entrepris par les maires, mais bel et bien de s’interroger sur leur légitimité. Pour cela, interrogeons-nous sur les effets de la mesure que le gouvernement a entendu mettre en œuvre et sur l’objectif poursuivi par ce dernier.

Par le décret du 29 octobre 2020, le gouvernement a entendu ne permettre que l’ouverture des commerces dits essentiels. Mais essentiels à quoi ? Et qu’est-ce qu’un commerce essentiel ? Aucune définition n’a été donnée hormis une énumération à la Prévert dans l’article 37 du décret.

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Sans définition claire de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, l’application d’une telle disposition a aujourd’hui conduit à une situation particulièrement ubuesque:

  • les ventes de journaux sont autorisées, pas celles de livres ;
  • les ventes de pyjama 2 ans sont autorisées car il s’agit de produit de puériculture, celles de pyjama 3 ans ne le sont pas car il s’agit de produit d’habillement ;
  • les ventes de thermomix ou poêles sont autorisées, pas celles de couverts, de fours ou de table de cuisson ;
  • des rayons entiers de supermarchés sont bâchés et barricadés incitant plus que jamais les consommateurs à se tourner vers Amazon.

L’imprécision et l’incohérence de la mesure est en parfaite contradiction avec le principe relevé très récemment par le Conseil d’État. Dans une décision du 6 septembre 2020 relative aux arrêtés imposant le port du masque, il avait rappelé que pour être effective, bien comprise et bien appliquée par la population, une mesure devait être simple et lisible. On saura gré aux maires réfractaires d’avoir concouru à cet objectif de lisibilité !

Outre une mise en œuvre chaotique et peu lisible, la mesure gouvernementale a pour effet de porter atteinte, sur des bases subjectives, à la liberté du commerce et de l’industrie et au respect des règles de la concurrence. Même agissant dans un but de protection de la santé publique, le gouvernement doit prendre en compte le respect d’égalité et il ne peut y porter atteinte qu’en application de critères objectifs. Mais, en tant qu’il fixe comme critère discriminatoire la notion subjective de commerce non-essentiel, le décret du 29 octobre 2020 rompt l’égale concurrence entre les commerces, au profit des grandes surfaces, sur des bases particulièrement contestables.

L’objectif actuel n’est pas de condamner des pans entiers de l’activité mais bien de lutter contre un virus

Les maires réfractaires doivent-ils être taxés d’irresponsables parce qu’ils entendent autoriser l’ouverture des commerces de proximité ?

Si la légalité des arrêtés est remise en question, leur légitimité est d’ores et déjà acquise

La fermeture de commerces n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un moyen. Limiter la propagation du virus, c’est assurer la distanciation, limiter les déplacements et éviter les rassemblements. Mais le virus circulerait-il moins en grandes surfaces ? On peut raisonnablement considérer que maintenir ouverts des commerces de proximité dissuaderait au contraire les consommateurs de se déplacer en nombre et de se retrouver rassemblés dans les grandes surfaces.

Comment raisonnablement penser qu’en mettant à l’arrêt une grande partie du pays on ne l’expose pas à des conséquences effroyables à long terme, permettant de considérer que le remède est pire que le mal ? Protéger la santé ne doit pas être entendu comme correspondant à la seule préservation de la vie biologique indépendamment de toute autre considération. La santé est aussi et surtout morale, économique, voire psychologique. Au sein d’une commune, la vie n’est pas que biologique, elle est également sociale et s’appuie en particulier sur les petits commerces. En imposant la fermeture de commerces déjà fortement éprouvés par le confinement du printemps, c’est la vie économique et sociale qui est durablement affectée.

Il faudrait donc avoir l’esprit particulièrement étriqué pour ne lire les arrêtés des maires autorisant l’ouverture de commerces de proximité au seul prisme de la légalité. Ces arrêtés n’ont nullement pour objet de permettre d’enfreindre l’objectif sanitaire du moment. Bien au contraire, ils sont l’expression de la recherche d’équilibre indispensable entre la prise en compte de la gravité de la menace sanitaire et la préservation indispensable de la vie du pays.

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Si la légalité des arrêtés est remise en question, leur légitimité est d’ores et déjà acquise. Ces arrêtés ont un grand mérite, celui d’introduire dans le débat public la question de la nécessité, de l’adéquation et de la proportionnalité des mesures gouvernementales.

Plutôt que de les blâmer, saluons l’action entreprise par des maires qui ont parfaitement su jouer le rôle de contre-pouvoir, essentiel en démocratie. Dans l’état d’urgence sanitaire où nous nous trouvons, ce rôle ne semble même plus dévolu au Parlement ! En témoigne l’intervention survoltée d’un ministre de la Santé invitant des députés à quitter l’hémicycle pour la seule raison qu’ils avaient entendu limiter la durée de l’état d’exception…

Les conservateurs du monde entier orphelins

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En France, les supporters du président sortant se demandent ce qu’il adviendra du trumpisme, après Donald Trump. Au terme de cinq jours complétement fous, nous connaissons enfin le nom du 46e Président des Etats-Unis d’Amérique. Qui n’aurait très probablement pas été élu sans le Covid-19. Récit.


Ce ne sera donc pas Donald Trump, sauf énième retournement de situation improbable, mais le démocrate Joe Biden qui sera élu aux Etats-Unis, au terme d’une campagne âpre marquée par la pandémie du « virus chinois » pour paraphraser le malheureux magnat de l’immobilier et l’hystérie mondialisée Black Lives Matter.

L’ancien vice-président d’Obama

Soupçonné de sénilité par des Républicains qui souhaitaient l’envoyer en maison de retraite, Joe Biden est à 78 ans le président élu le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis. Peu connu sous nos latitudes en dépit de décennies passées au Sénat, où il fut entre 2001 et 2009 à la tête de l’important comité des Affaires étrangères, Joe Biden passa de l’ombre à la lumière internationale au cours de ses huit années en tant que fidèle vice-président de Barack Obama qui lui voue une amitié sincère, comme il l’a prouvé en mouillant la chemise dans les derniers moments de la campagne. Si d’aucuns s’interrogeaient au départ sur ses capacités à fédérer les Démocrates à son âge et en étant issu de la ligne la plus centriste d’un parti de plus en plus radicalisé par la ligne progressiste « woke », l’ancien sénateur du Delaware a su faire montre d’une habileté certaine, ciblant précisément les Etats et les comtés qui lui permettraient de l’emporter sur le fil.

Il serait bon que nous Français sortions des postures imposées. Nous ne sommes ni des hommes sojas de la Silicon Valley gobant toute la propagande progressiste, ni des rednecks branchés sur Q-Anon!

Qu’on ne s’y trompe pas: Donald Trump aurait très probablement été réélu sans le Covid-19 qui a faussé la donne. En janvier, les Etats-Unis affichaient une insolente santé économique. Le revenu moyen y avait augmenté et le chômage diminué. The Donald pouvait aussi se targuer d’un excellent bilan en matière de politique étrangère, domaine où son inexpérience faisait pourtant craindre le pire à une majorité d’observateurs quand il entra en fonction. Malin, sachant manier carotte et bâton, il prouva notamment lors de la crise iranienne qu’il n’était pas un va-t-en-guerre type « faucon » mais un négociateur plutôt malin qui ne voulait surtout pas engager son pays dans une nouvelle guerre. Les voyants étaient donc en vert, les midterms ne s’étant d’ailleurs pas mal passées pour les Républicains. Mais la grande histoire est toujours imprévisible.

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La tragédie s’est jouée en deux actes pour Donald Trump. D’abord avec le déclenchement de la crise du Covid-19, épidémie que le président américain a mal comprise et qu’il a certainement négligée trop longtemps. Les Démocrates ont su surfer sur la maladie, qui leur fut d’une grande aide pour encourager leurs ouailles à faire un usage massif du vote par correspondance. Ensuite, Donald Trump a été confronté aux plus importants troubles civils depuis a minima la Guerre du Vietnam. La mort de l’Afro-Américain George Floyd au cours d’une intervention policière à Minneapolis a été l’élément déclencheur de six mois d’émeutes ayant conduit à l’instauration d’une situation insurrectionnelle dans de nombreuses grandes villes démocrates telles que Portland ou Seattle où une zone autonome appelée Chaz fut le théâtre d’un incroyable chaos et d’un cortège de violences dignes du film de série B American Nightmare.

Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA
Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020 © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Donald Trump a eu un vrai vote d’adhésion, pas Joe Biden

Ces évènements majeurs ont créé un contexte défavorable au président sortant qui a permis aux Démocrates de ne même pas avoir le besoin de présenter un programme politique. L’élection est en effet devenue un référendum centré sur la personnalité de Donald Trump. L’occupant de la Maison-Blanche jusqu’en janvier prochain bénéficiait et continuera à bénéficier d’un soutien total de ses partisans qui adhèrent tant aux idées qu’il défend qu’à sa personnalité. Si de nombreux électeurs de Joe Biden ont voté contre Donald Trump, ils sont très rares parmi les électeurs de Donald Trump à avoir voté contre les démocrates. Ils ont d’abord et avant tout voté pour Donald Trump. Magnétique, remarquable en meeting et doté d’une inébranlable confiance en lui, le New-Yorkais a créé une vague qui marquera l’histoire de son pays et du monde. Il n’a pas été celui qui a créé les fractures américaines mais celui qui les a dévoilées sous des yeux ébahis.

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Son style a donc fait de lui l’homme à abattre. Haï par les grands médias nationaux qui ont rompu avec leur neutralité traditionnelle, Donald Trump a subi pendant quatre ans les feux de l’intelligentsia mondialisée de la côte Est et de Californie. C’est en partie ce qui explique son omniprésence sur Twitter, principal moyen pour lui de faire entendre sa voix sans un filtre déformant. Dépeint en tyran inspiré par Adolf Hitler, Donald Trump a été attaqué judiciairement, psychiatrisé par ses opposants, ridiculisé par les humoristes de talk-show et brandi en repoussoir par les sociologues de salon des universités américaines devenues terrain de jeu de l’extrême-gauche lancée en croisade contre « le patriarcat blanc ». Le Président Trump a incarné à lui seul le « mâle blanc occidental » honni, jusqu’à l’absurde et jusqu’à la nausée.

Et pourtant, il a recueilli 3 millions de suffrages de plus en 2020 contre Joe Biden qu’en 2016 contre Hillary Clinton. Donald Trump a été extrêmement résilient parce qu’il portait l’idée qu’il fallait « rendre sa grandeur aux Etats-Unis » et qu’il a convaincu ses électeurs qu’il était le seul en mesure de le faire. En un sens, il y est parvenu. Jamais une élection américaine n’avait suscité une telle participation. Avec 66,9 % d’Américains ayant accompli leur devoir civique, l’élection présidentielle de 2020 a battu un record. Grâce à Donald Trump. Qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, l’homme a réveillé l’Amérique en agitant ses instincts les plus profonds, en lui montrant qu’elle devait se battre pour ne pas perdre sa place d’Empire qu’elle occupe depuis les années 50 comme l’avaient prévu le président Woodrow Wilson et son proche conseiller Franklin Delano Roosevelt.

Trump le candidat des travailleurs

Donald Trump a, au fond, continué les politiques prises par Barack Obama qui avait lui aussi senti que le centre de gravité du monde se déplaçait de l’Atlantique vers le Pacifique. Contrairement à ce qu’a dit l’ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis au soir du scrutin sur BFM TV, le « néo-isolationnisme » prôné par Donald Trump s’inscrivait dans la continuité de l’administration Obama, à quelques nuances prés. Joe Biden va devoir lui aussi mener une guerre commerciale à la Chine, préalable à un duel de longue durée qui devrait rythmer le vingt-et-unième siècle. Il ne pourra pas pleinement y arriver car il n’a pas pleinement saisi que la Chine mise depuis le début sur l’effondrement anthropologique et culturel de l’Occident. Elle sait que nos sociétés sont fracturées et que les forces de leur dissolution sont choyées, écoutées et toujours gagnantes à long terme.

En février 2020, à Hangzhou (Est de la Chine), un volontaire prend la température d'un conducteur de scooter © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22425472_000001
En février 2020, à Hangzhou (Est de la Chine), un volontaire prend la température d’un conducteur de scooter © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22425472_000001

Lors de son deuxième discours après le vote, Joe Biden a appelé le peuple américain à s’unir et à rester soudé, souhaitant fermer le chapitre des divisions. C’est assez bien vu, quoiqu’attendu. Croit-il toutefois pouvoir aisément manœuvrer l’activisme progressiste le plus radical ? En vieux routier de la politique américaine, Joe Biden sait parfaitement qu’il sera pris entre le marteau et l’enclume, entre le Sénat qui devrait rester républicain, la Cour suprême et … les émeutiers qui l’ont porté au pouvoir et ont massivement voté pour lui. Ou plutôt, contre Donald Trump. Ce dernier l’a parfaitement assimilé, ripostant immédiatement en dénonçant « les grandes fortunes démocrates » et les « médias » comme Twitter qui placent des avertissements sous ses tweets ou les networks qui interrompent ses discours. Il s’est alors dit le candidat des « travailleurs simples », leur opposant implicitement les élites vivant dans les grandes métropoles.

Des « minorités » ethniques disputées

Il y a un peu de ça dans ce scrutin quand on observe attentivement la carte électorale. L’Amérique rurale est rouge, les centres villes et les côtes sont bleues. Est-ce à dire que Donald Trump était le candidat de l’Amérique modeste ? Pas exactement. Les Américains les plus aisés ont voté Trump, même si cette analyse doit être tempérée avec le vote Afro-Américain qui fausse la donne et relativisée aussi avec le niveau d’études qui n’est pas toujours corrélé au niveau de revenus aux Etats-Unis. Globalement, si les hommes blancs avaient été les seuls à voter, Donald Trump aurait obtenu plus de 400 grands électeurs. A contrario, il n’en aurait même pas eu un seul si les hommes noirs avaient été les seuls à voter. On entend pourtant depuis quelques jours une petite musique qui nous dit que Trump aurait eu le « vote des minorités ». Pourquoi alors n’a-t-il pas gagné l’élection ? C’est là que les choses se complexifient grandement.

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Oui, Donald Trump a progressé chez les hommes Afro-Américains, enregistrant un score record. Il est passé de 13 % dans cet électorat en 2016 à 18 % en 2020. En Floride, il a aussi gagné grâce au vote dit « latino » qui l’a placé en tête en raison de la forte présence numérique de Cubains et de Vénézuéliens très anti-communistes. En revanche, le président sortant a perdu quelques milliers de voix chez les ouvriers blancs de la fameuse « rust belt » qu’Hillary Clinton avait négligée. Ce sont ces électeurs-là qui ont fait défaut à Donald Trump et lui ont enlevé la victoire qu’il espérait ; ceux du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie dont Joe Biden est natif. Ils sont revenus au bercail démocrate, rassurés par le profil de Joe Biden l’amateur de muscle cars vintages capables de différencier une Ford de 1965 d’une Ford de 1964.

Sans cette petite mais majeure différence d’avec l’élection de 2016, la question des votes par correspondance aurait à peine été effleurée puisque Donald Trump aurait gagné. Cette pratique est choquante vu de France. Elle a « perverti l’élection » comme l’a démontré Gérald Olivier. Elle est génératrice de fraudes, par des petites mains radicalisées tentées de sortir des bornes légalistes que suivent généralement les Américains pour « lutter contre le fascisme ». Dans certains Etats, le décompte des voix a duré une éternité. Parfois, les identités ne sont pas vérifiées dans certains bureaux de vote, les votes par correspondance ne sont pas toujours cachetés par l’US Postal, etc. Les recours en justice permettront de savoir. Reste que Joe Biden a gagné. Il a même gagné assez largement, en nombre de grands électeurs comme en nombre de suffrages exprimés. Ne faisons pas l’erreur de comparer cette élection avec l’élection Kennedy / Nixon de 1960 qui avait été entièrement truquée par la mafia.

Trump a posé de précieux jalons

Nous ne sommes pas Américains, inutile de nier la vérité. Il serait d’ailleurs bon que les Français sortent des postures imposées par la narration de l’Oncle Sam. Nous ne sommes ni des hommes sojas de la Silicon Valley gobant toute la propagande progressiste mensongère, ni des rednecks branchés sur Q-Anon persuadés que les élites démocrates font des sacrifices rituels dans les sous-sols du Pentagone pour s’attirer les faveurs de Baphomet… Du reste, il n’est pas impossible d’envisager que les équipes de Donald Trump aient pris au sérieux les sondages d’août qui le donnaient distancé. C’est peut-être pour cette raison qu’ils ont retenu les électeurs républicains de voter par correspondance… afin d’être en tête le mardi soir pour pouvoir contester les résultats jeudi.

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

Quoi qu’il en soit, nous Français pouvons et devons garder la tête froide. Donald Trump était un avantage dans les combats anthropologiques existentiels que nous avons nous aussi à mener. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à l’affreux wokisme des médias américains qui ont unanimement désigné la France comme coupable des attentats islamistes qu’elle subit depuis cinq ans en raison de sa défense de la laïcité et de son « racisme ». Quelle réjouissance était-ce d’avoir la gouaille franche et le bon sens de Donald Trump pour aborder ces questions à la Maison-Blanche. Le trumpisme survivra partiellement à Donald Trump qui n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot puisqu’il va créer une « Trump TV ». Ses supporters ne désarmeront pas, peut-être même se radicaliseront-ils pour une partie d’entre eux. Il peut aussi compter sur sa famille et tous les élus au Congrès de son ère, lesquels s’inscriront dans la ligne de fracture qu’il a posée. Il faut s’attendre aussi à ce qu’une légende noire de l’ère Trump soit écrite, comme naguère le faisaient les historiens romains pour les Empereurs du passé. Son héritage divisera car l’homme a divisé et continue de diviser.

Donald Trump va partir. Il va multiplier les recours, certes. Ils ont peu de chances d’aboutir à une annulation des élections ou à une victoire de Trump. Certains de ses conseillers n’y croient d’ailleurs plus. Pourquoi alors s’entêter ? Pour poser des jalons pour la suite. Toutes les déclarations de Donald Trump sont des messages politiques lancés pour l’avenir. La lutte interne aux Etats-Unis n’est que le prélude d’une lutte à mort en Occident. Gardons le fond, pas la forme.

Le non du peuple

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Laurent Petitmangin, romancier social et sensible

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Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin fait parler un père dans une Lorraine oubliée et frappée de plein fouet par une crise qui dure depuis deux générations. 


Ce qu’il faut de nuit est le premier roman de Laurent Petitmangin, 55 ans, et nouveau venu sur la scène littéraire. Avant même sa sortie, les droits de Ce qu’il faut de nuit étaient déjà vendus à plusieurs éditeurs étrangers, sans doute parce que ce livre donne une des visions les plus justes qui soit des effets délétères de la désindustrialisation sur des régions entières. 

Petite musique poignante et calme

Le roman se déroule en Lorraine mais il aurait aussi bien pu se passer chez moi, c’est-à-dire quelque part entre Valenciennes et Lens, dans l’ancien bassin minier, ou du côté de Denain après la fermeture d’Usinor au début des années quatre vingt. Deux générations ont passé et les gens qui vivent là-bas, oubliés de tous comme on oublie une mauvaise action, évoluent dans des villes et des paysages transformés en théâtre d’ombres. Si Laurent Petitmangin, un moment sélectionné par le jury du prix Femina, en est à son premier livre publié, on peut néanmoins parier sans trop de risques qu’il a déjà derrière lui un certain nombre de textes dans ses tiroirs. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire dans Ce qu’il faut de nuit un passage comme celui-ci qui est une assez bonne illustration de la petite musique poignante et calme que joue Petitmangin pour nous raconter une histoire dure sans jamais monter le ton mais en usant d’une forme de douceur paradoxale : « Août, c’est le meilleur mois dans notre coin. La saison des mirabelles. La lumière vers les cinq heures de l’après-midi est la plus belle qu’on peut voir de toute l’année. Dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. »

Celui qui parle ainsi est un père de famille. Un veuf. Un ouvrier à la SNCF et un militant socialiste qui fait encore semblant d’y croire parce qu’être socialiste, à une époque maintenant lointaine, pour ces hommes-là, cela a été une manière d’espérance en un monde meilleur, une façon d’exprimer avec une certitude calme sa fierté d’appartenir à une classe. Maintenant, dans la section désertée, on se contente de « faire comme si » et on se retrouve de temps à autre pour manger une part de gâteau et faire le deuil jamais terminé d’une époque.

Roman sur la paternité

Ce père, qui est le narrateur, élève seul ces deux fils. Il y a l’aîné, Fus, qui joue au foot tous les dimanche et que son père accompagne au stade. Et puis il y a Gillou, le cadet. Lui, il réussit très bien à l’école. D’ailleurs, il va surement faire une classe préparatoire dans un lycée parisien. Ce ne sera pas évident mais il y a Jeremy. Jeremy était un copain de Fus qui a suivi ce chemin là et qui milite toujours à la section. Un des rares jeunes. Jeremy et Fus, ce n’est plus ce que c’était. Ils n’ont pas eu le même destin scolaire et aujourd’hui, cela suffit à créer des fossés infranchissables, même par l’amitié.

Le père observe tout ça. Il dit sans pathos tout ce que représente d’amour, de peur et de joie partagées,  – en allant supporter les match du FC Metz ou en partant en camping au Luxembourg -, de faire de ses fils des hommes bien, malgré l’absence béante de la mère. Mais voilà que Fus commence à trainer avec des fachos, des crânes rasés, des petits gars comme lui qui militent à l’extrême-droite. Oh, ils ne vont pas casser de l’Arabe, non, ils forment plutôt une sorte d’amicale qui retape des maisons, aide les petits vieux. 

Mais pour le père, c’est impardonnable. Il ne chasse pas Fus, mais une espèce de guerre froide règne dans la maison. Un accord tacite entre le père et Fus permet de laisser Gillou à l’écart de tout ça. Les études du gamin d’abord. Et d’ailleurs Fus n’a pas changé. Il est toujours une présence efficace dans la maison et c’est lui qui se démène le plus pour installer son frère à Paris dans une chambre d’étudiant. Jusqu’à ce que la tragédie ait lieu, banale et violente.

Fierté blessée

La force de Ce qu’il faut de nuit est dans son absence de manichéisme. Le lire comme un roman politique ne suffit pas, et de loin, à en épuiser la richesse. C’est avant tout un roman sur ce que l’époque fait aux hommes, sur la manière dont ils refusent, chacun à leur manière, une fatalité qui ferait d’eux des invisibles. L’engagement de Fus, le désir de réussir de Gillou et la dignité légèrement désespérée du père sont les différentes expressions de cette fierté blessée. 

Laurent Petitmangin ne veut rien démontrer parce que pour lui, dans Ce qu’il faut de nuit, montrer suffit. C’est là le signe d’un véritable écrivain.

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (La Manufacture de Livres, 188 pages)

Ce qu'il faut de nuit

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France-Etats-Unis: même combat

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Joe Biden comme Emmanuel Macron sont certes élus, mais confrontés à une opposition massive et populaire de perdants de la mondialisation.


La confirmation de l’élection de Joe Biden est tombée samedi à 17h35 après l’annonce de sa victoire en Pennsylvanie. Et même si les recours de Donald Trump ne sont probablement pas terminés, il y a fort à parier que Joe Biden sera bien le 46ème locataire de la Maison Blanche. Cependant, pour revenir chez nous, les concomitances entre la présidentielle française de 2017 et la présidentielle américaine de 2020 sont flagrantes.

Dans Paris intra-muros, Emmanuel Macron avait récolté 89,68% des suffrages tandis que Joe Biden a obtenu 93,3% des suffrages à Washington DC

Les candidats des médias

Tout d’abord c’est le candidat des médias qui a gagné dans les deux cas de figure. Tous les grands médias, à l’exception de Fox News, avaient choisi Biden comme tous les médias français avaient choisi Macron il y a trois ans. Si vous ajoutez l’entreprise de démolition de leurs adversaires, Trump aux États-Unis, Fillon avant le premier tour et Marine Le Pen au second tour, on peut dire que dans les deux cas de figure les médias ont joué un rôle clef dans les deux élections.

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

On peut aussi constater que les deux Présidents élus, malgré un soutien médiatique total, n’ont pas bénéficié d’un raz de marée. La vague bleue promise aux États-Unis n’a pas eu lieu, la différence se faisant de peu dans certains états clefs, et le Sénat restant aux mains des Républicains tandis qu’en France Emmanuel Macron a été élu avec seulement 18,19% des inscrits au premier tour et 43,61% au second. Vu les circonstances, les deux ont été élus mais mal élus.

Ces élites qui méprisent les perdants de la mondialisation

Du point de vue de la sociologie des votes, la ressemblance est encore plus flagrante.

Les gagnants de la mondialisation, situés sur les côtes américaines ont massivement voté Biden. Les perdants, situés dans le centre – dans l’Amérique périphérique comme il y a la France périphérique – ont massivement voté Trump. En 2017, Marine Le Pen est arrivée en tête dans les zones désindustrialisées comme le nord ou l’est de la France. Ironie de l’histoire, dans Paris intra-muros, Emmanuel Macron avait récolté 89,68% des suffrages tandis que Joe Biden a obtenu 93,3% des suffrages à Washington DC. Sociologiquement, aux États-Unis comme en France, et contrairement à ce qui se passait durant les « Trente glorieuses », les prolos votent désormais à droite et l’upper class à gauche. Et dans les deux pays, ces deux composantes ne se parlent plus, ne se connaissent plus, ne se fréquentent plus. Pire, les élites méprisent plus que jamais les perdants de la mondialisation, Hillary Clinton ayant qualifié les électeurs de Trump de « déplorables » il y a quatre ans tandis qu’Emmanuel Macron a qualifié de « lépreux » ses adversaires « populistes » (les guillemets à populistes s’imposent).

A lire ensuite: Maurice Radio Libre: «En France, on a permis aux délinquants de faire ce qu’ils veulent»

Bref, les fractures sont béantes des deux côtés de l’Atlantique et on peut légitimement craindre des violences dans les jours qui viennent aux États-Unis, les armes à feu chez les particuliers se comptant en millions. Et à moins d’un an et demi de la présidentielle française, on peut également craindre que ce pays ignoré par ses élites, et qui a déjà crié son mal-être au début de la crise des gilets jaunes, tombe dans le désespoir si jamais un grand changement n’avait pas lieu en France.

France-USA: même combat.

#SkiToo

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"Slalom" (2020), film de Slalom de Charlène Favier © Charlie Bus Production

« Slalom » de Charlène Favier est sorti le 4 novembre au cinéma. Le film traite du harcèlement sexuel au sein du ski professionnel féminin. Un film sans prise de risque et aseptisé.


Un de plus… Il n’est pas certain que, côté artistique du moins, la vague Metoo fasse beaucoup de bien au cinéma français. Déroulant avec application son protocole compassionnel, ce premier film, qui aurait fait les délices des défunts « Dossiers de l’écran », enfonce les portes désormais grandes ouvertes du harcèlement sexuel dans les milieux sportifs. Ici, le ski féminin professionnel. Portons toutefois au crédit de la jeune réalisatrice une indéniable capacité virtuose à filmer les descentes de compétition « comme si on y était ». Mais cette valeur documentaire n’est évidemment pas son propos. La jeune fille, la mère absente, le prédateur et la compagne complice à force de silence : pour filmer la métaphore alpine, on dira que chaque porte est franchie avec application. Seulement voilà, le cinéma exige un peu de hors-piste et de prise de risque.

Ici, on prend tristement la première place du podium convenable et convenu, à la pépère.

A lire ensuite: Adèle Haenel: dessine-moi une victime

Le trumpisme avait tout de même du bon

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Donald Trump en meeting à Omaha (Nebraska), 27 octobre 2020. © Steve Pope/Getty Images/AFP.

 


La présidence Trump a été un choc salutaire pour le monde


Vulgaire ? Certes ! Mal préparé ? Probable ! Immature ? Peut-être ! Mais tout bilan honnête du mandat de Donald Trump devrait prendre en compte les lièvres que l’homme à la mèche orange a eu l’audace de soulever, comme le jeu trouble de la Chine ou les dangers d’une immigration mal contrôlée. Sans oublier qu’il a permis aux républicains de renouer avec les couches populaires.

Dans le livre des morts égyptien, les bonnes et mauvaises actions du défunt étaient pesées par les 42 juges du tribunal d’Osiris chargés de rendre un verdict sur le sort ultime réservé à son âme. Aujourd’hui, le bilan du président Trump est jugé par le tribunal des médias, dont les arbitres sont plus nombreux et plus intraitables que les dieux de l’autre monde. Beaucoup dressent la liste des réussites et des échecs de sa présidence, en se hâtant de trouver la deuxième colonne plus longue. D’autres se scandalisent que l’on puisse envisager que Trump ait un bilan, le réduisant à un symptôme d’une pathologie de la démocratie. Tous sont d’accord sur le fait qu’il laissera une empreinte indélébile sur la vie politique aux États-Unis et même au-delà. Mais laquelle ?

Un mur prolongé de 300 kilomètres au Sud

Ceux qui le condamnent sont outrés par sa vulgarité, sa pétulance, et l’absence apparente d’un surmoi capable de restreindre ses bas instincts de mâle égoïste, de Blanc xénophobe, de richard obsédé par le fric. Pourtant, c’est précisément là que réside l’apport positif de Trump : il a osé parler ouvertement de certains sujets, à la fois gênants et brûlants, que les autres, avant lui, n’évoquaient qu’à mots couverts. C’est tout le contraire de son prédécesseur, Barack Obama, plus élégant, plus intellectuel, plus « Ivy League ». Obama était parfaitement conscient de l’importance de ces problématiques, mais adoptait une approche infiniment plus discrète, de sorte que, non seulement la plupart des Américains ne voyaient pas ce qu’il avait accompli, mais en plus ils ne savaient guère qu’il s’occupait de ces questions. Trump a promis une Grande Muraille séparant les États-Unis des nations du Sud et des hordes de migrants. Certes, il n’a prolongé les structures existantes que de quelque 300 kilomètres. Peu importe : en incitant ses supporters à scander« build the wall », il a légitimé les préoccupations d’un grand nombre de gens ordinaires. C’est ainsi qu’il a donné une légitimité et une voix à la colère des cols bleus. Ses adversaires, qui dénigrent cette exaspération populaire en la qualifiant de populiste, auraient préféré qu’elle reste refoulée, au risque de la voir un jour exploser de manière d’autant plus dévastatrice qu’elle aura été si longtemps contenue. À cet égard, même les détracteurs de Trump devraient admettre qu’il constitue un moindre mal.

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Comme le montre Alexandre Mendel dans Chez Trump, face à la mondialisation et au multiculturalisme prônés par ses prédécesseurs, le président sortant a personnifié pour beaucoup d’Américains une« inversion des valeurs » et un« retour à la patrie. » Mais ce retour à la patrie s’opère par une action à l’extérieur du pays, sur la scène mondiale. Car pour beaucoup d’Américains, la plupart de leurs problèmes quotidiens proviennent des doctrines globalistes qui ont certes apporté une croissance très importante à la planète, mais souvent aux dépens des emplois et de la dignité des ouvriers occidentaux. Quand Trump se lance ouvertement dans un bras de fer tarifaire avec la Chine, on l’accuse de déclencher une guerre commerciale. C’est refuser de voir qu’une grande partie du monde est déjà dans un état de guerre avec la Chine – à cause des visées stratégiques de cette dernière –, un état de guerre froide. Trump n’est pas la cause de cette situation, mais son révélateur. Obama avait pris la mesure du problème qu’il traitait de manière multilatérale, à travers les institutions de la mondialisation, comme l’OMC, sans voir que ces institutions étaient grippées par leur propre inertie et les manœuvres habiles des Chinois. Les zélotes de la mondialisation ont dénoncé la grossièreté des mesures prises par Trump, en ignorant ce qu’il a réussi à faire :les partenaires des États-Unis sont désormais obligés de reconnaître que les dysfonctionnements de la mondialisation sont le problème de tout le monde et ne peuvent pas être résolus par des pourparlers conduits derrière des portes closes.

Le multilatéralisme vilipendé

La liste des institutions multilatérales vilipendées par Trump, des accords qu’il a piétinés ou renégociés, ou des champs de bataille dont il a retiré ou essayé de retirer ses troupes est longue. L’unilatéralisme de Trump a choqué la planète, surtout ses alliés, mais c’est un choc salutaire. Il oblige les autres à imaginer un monde sans les États-Unis, un monde où l’ordre international et libéral n’est pas soutenu par l’Amérique, où la paix des nations n’est pas garantie par le shérif planétaire. Il nous demande de prendre nos responsabilités comme si nous étions des adolescents attardés. Notre réponse a été de ne voir en lui qu’un teenager gâté. Quand nous rions de la prétendue immaturité de Trump, nous devrions écouter le poète Horace : « Pourquoi moquez-vous ? Ne voyez-vous pas que cette histoire est la vôtre ? »

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Chez lui, Trump a permis au Parti républicain de renouveler son socle électoral, en substituant une partie des classes ouvrières à une partie des classes aisées, désormais adeptes de la mondialisation et du multiculturalisme. Enfin, si on mesure sa grandeur à l’aune de la haine qu’on inspire, Trump est un grand homme. L’hystérie anti-Trump a été encore plus forte que celle des « Tea Parties » contre Obama. Les démocrates n’ont jamais cessé de promettre sa destitution. Les médias dominants traitent tout ce qu’il dit comme un mélange de mensonges, d’erreurs et de préjugés. Les émeutes urbaines provoquées par le mouvement BLM et prolongées par les « antifas » sont autant de protestations contre Trump et ceux qui l’ont élu. Il y a une lutte, en Amérique comme en Europe, entre l’esprit populiste, longtemps refoulé, et l’esprit « woke », qui se manifeste aujourd’hui sur les barricades et dans la « cancel culture ». 

Certains affirmeront que c’est Trump qui est l’auteur de cette polarisation, mais elle était déjà là, dans les faits. 

Trump a eu, non la vulgarité, mais le courage de prendre la tête de ceux qui étaient conspués par les intellectuels, ignorés par les entreprises mondialisées et oubliés par les stratèges politiques. La voix qu’il a donnée à ceux qu’on n’écoutait pas ne sera plus réduite au silence. Certes, Trump n’a pas apporté toutes les solutions, mais il a permis de voir les problèmes. Même après lui, il sera difficile de les ignorer.

Claude Askolovitch affiche ses préférences

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Le journaliste de gauche Claude Askolovitch. Photo: Hannah Assouline

Dans sa revue de presse, le chroniqueur de la matinale de France inter ne se contente pas de placer un signe égal entre « fafs » et jihadistes. Il accable les premiers et tente de nous attendrir sur les seconds.


Toujours plein de douceur dans la voix, plein de componction un peu tristounette dans le ton, le chroniqueur de France Inter n’en glisse pas moins, mine de rien, ses éternels messages bien-pensants. Exemple ce matin, voici comment notre prêcheur matinal nous parle des djihadistes :

« Vous lirez dans la même veine, celle des compréhensions qui nous manquent dans la revue Esprit… les souvenirs de la diplomate Murielle Domenach qui, consule à Istanbul, devait récupérer les jeunes Français parfois adolescents, qui passaient par la Turquie pour aller au djihad, plein de certitudes et de mépris, mais avec parfois un doudou posé dans leur sac… »

Traduction: soyons plus compréhensifs avec les djihadistes, après tout, ce ne sont que des enfants égarés, et quand ils partaient en Syrie (peut-être pour couper quelques têtes…) ils avaient un doudou dans leur sac. N’est-ce pas attendrissant ? Ayons un peu plus de compassion pour eux.

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Tout de suite après cette larmichette, un télescopage m’a fait bondir :

« Je lis dans Slate que de jeunes nationalistes français veulent créer des communautés autonomes blanches dans nos campagnes, si ce ridicule vous écœure,  je vous invite à une consolation… »

Cette fois-ci on n’est plus du tout dans l’attendrissement ému devant nos chers petits djihadistes. Quand il s’agit de jeunes nationalistes français, plus question de se demander ce qu’ils ont dans le cœur, s’ils n’ont pas au fond de leur sac un petit signe d’humanité, quelque chose de puéril qui pourrait nous amener à les considérer, aussi, comme des enfants. Non, ces jeunes là sont tout simplement écœurants. Personnellement ce que je trouve écœurant c’est cette insidieuse façon de cracher son mépris pour les uns, après avoir montré tant de compréhension malsaine pour les autres.

Pour une réponse gaullienne aux maux de la France

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Le général de Gaulle est décédé il y a précisément 50 ans © DALMAS/SIPA Numéro de reportage: 00185703_000017.

Crise sanitaire, islamisme: au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République Emmanuel Macron les a dispatchées entre de multiples fusibles


Dans une remarquable interview parue dans le Figaro du 9 novembre — jour anniversaire de la mort de De Gaulle, qui sert de fil conducteur à l’entretien —, Henri Guaino revient sur la politique du gouvernement actuel face à l’épidémie et face au risque terroriste.

Henri Guaino D.R.

Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme qui l’étouffe. Parce qu’il a un raisonnement politique global, un raisonnement national — un raisonnement gaullien — au lieu de le diffracter en « politique sanitaire » et « politique sécuritaire » — politique politicienne en un mot. Au lieu d’assumer personnellement des décisions douloureuses, le président de la République les a dispatchées entre de multiples fusibles. « La réponse gaullienne, dit Guaino, aurait consisté à ne pas diluer les responsabilités des mesures prises entre le gouvernement, le Parlement, le conseil scientifique, puis les préfets et les maires, ce qui a eu, entre autres, pour effet que chaque décideur gère avant toute chose son risque pénal plutôt que la crise sanitaire. Il aurait été plus gaullien et plus conforme à l’esprit des institutions que, pour mettre entre parenthèses toutes les libertés fondamentales, le président de la République, qui n’encourt pas de risque pénal, mette en œuvre l’article 16 de la Constitution, précisément fait pour ce genre de situation. Ainsi aurait-il porté, lui seul, la responsabilité politique des décisions. »

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Mais l’ombre de l’affaire du sang contaminé, dans les années SIDA, plane sur les décisions avortées. Macron a préféré « se cacher derrière la science pour prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec la science. » Il s’ensuit que « la dissolution du Conseil scientifique lèverait cette ambiguïté malsaine. » Car enfin, décourager le port de masques en mars, était-ce de la science ? Les imposer dans la rue, quand les contaminations se font en espaces clos, est-ce de la science ? Fermer les petits commerces et laisser les grandes surfaces ouvertes, quand la Catalogne fait exactement l’inverse, est-ce de la science ? Non — mais cela sert les intérêts de grands groupes, où sont peut-être positionnés les copains.

Cela permet aussi d’instaurer une politique de la peur. Franchissant le point Godwin avec perspicacité, Guaino remarque que la dernière fois que l’on a joué la peur contre les Français, c’était sous Vichy — alors que De Gaulle jouait la carte du courage. Mais on ne lit pas beaucoup de courage derrière tous ces visages masqués. Imaginez-vous De Gaulle, qui à la Libération de Paris a descendu les Champs-Élysées debout, sans courir, alors que des tireurs embusqués le prenaient pour cible, affublé d’un masque ?

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Il en est de même pour le terrorisme. « Ce qui serait gaullien, ce serait de prendre enfin la mesure de ce que nous devons affronter, c’est-à-dire une véritable guerre de civilisation sans merci menée contre nous ». Menée non seulement par des terroristes fanatisés, mais par « des minorités agissantes qui travaillent sans relâche à la culpabilisation de l’Occident et au communautarisme devant lesquels, par lâcheté collective, nous nous aplatissons depuis des décennies. » Oui — mais les considérations électoralistes l’ont emporté au fil des ans sur le raisonnement politique. Et nous voici prenant des mesures savantes contre un virus dont nous ne savons pas grand-chose, et n’osant pas en prendre contre un ennemi dont nous savons tout.

Une seule solution : refaire une nation. Recréer ce destin collectif qui fut de tout temps le génie de la France. En finir avec les lubies intéressées de la mondialisation. La nation n’est pas une notion dépassée, comme s’efforcent de nous le faire croire des commentateurs aux ordres de quelques banquiers intéressés à la dilution de l’entité France. 

Il faut réagir vite — sinon, dans les basques d’une épidémie dont nous constatons, en France, les dégâts, bien plus importants que chez nos voisins, et donc la nocivité de la politique sanitaire suivie, ce sera un fascisme réel qui s’instaurera, comme le nazisme s’est insinué dans les fourgons d’une république de Weimar en déliquescence. Ce n’est pas au conseil scientifique, un organisme non élu et désigné selon des critères troubles,  de résoudre un problème qui est en fait une question de civilisation. Et je ne voudrais pas que demain, le choix s’opère entre la mort par épidémie et la soumission à un ordre nouveau — la charia, par exemple.

Inquiéter, tel est le rôle du Pape?

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Le Pape François célèbre le dimanche des rameaux dans la basilique du Vatican, le 5 avril 2020.© Grzegorz Galazka/Mondadori Portf/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30211348_000022

Le Pape François multiplie les déclarations ambigües et semble vouloir s’adapter à l’époque. Il devrait au contraire faire respecter les dogmes.


 

« Inquiéter, tel est mon rôle. » Cette phrase célèbre de Gide, un esprit malicieux pourrait dire que le Pape la fait sienne. Pas un jour, en effet, sans qu’il lance une de ces phrases ambiguës dont il a le secret et qui jette le trouble. Sauf que le Pape n’est pas l’auteur des Caves du Vatican.    

 A bracchio, imprécis, les propos de ce Pape « venu du bout du monde », veulent bousculer « les poivrons verts » que nous sommes. Imagés pour les uns, d’un exotisme rafraîchissant pour les autres, provocateurs, contradictoires, ils veulent faire bouger les lignes. On se souvient de la charge contre la Curie et les cardinaux auxquels le successeur de Pierre opposait une église pauvre et spirituelle. La volonté affichée du Pape, « qui n’a pas peur des schismes », comme il le dit lui-même, est de faire bouger les lignes. De là la nécessité constante, pour son service de communication, de contextualiser ses propos, de les recentrer, de les corriger, d’en faire une exégèse, de leur donner les mille et une nuances de la catholicité, afin de les exonérer de tout soupçon d’hétérodoxie, en établissant un degré entre les propos personnels et la parole magistérielle. Et d’accuser, in fine, les brebis rebelles de mal chausser leurs lunettes, d’avoir un cœur fermé et un mauvais esprit.

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On se rappelle la réponse très jésuite du Pape : « Qui suis-je pour juger ? » La parade était là: un avion n’est pas la chaire de Pierre ; ce propos émanait non de l’évêque de Rome mais de George Bergoglio. N’empêche: cette phrase avait fait le tour du monde. On posait au Pape une question sur le mariage ? Il répondait par un refus de porter un jugement moral sur des personnes. L’amour abolissait la loi: ainsi commençait le cas par cas dans l’Église sans toucher au dogme, bien entendu.

Le soutien trouble du Pape aux unions civiles homosexuelles 

C’est la même casuistique que nous retrouvons dans les propos du Pape sur l’union civile homosexuelle rappelés récemment, et qui ont demandé une mise au point du Vatican. « Les personnes homosexuelles ont le droit de faire partie d’une famille, ils sont enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. Personne ne peut être expulsé d’une famille ni vivre une vie impossible pour cette raison. Ce que nous devons faire, c’est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit à être légalement couverts. C’est ce que j’ai défendu. »

L’agence Zenit a beau dire, le 21 octobre, que le Pape ne change rien à la doctrine, son soutien ambigu aux unions civiles homosexuelles (inutile puisque cette union civile existe en fait) avec la reprise du mot « famille » (faire partie d’une famille ou créer une famille) jette un trouble, en allant à l’encontre de l’enseignement de l’Église. L’habileté jésuite se trouve également dans la remarque : les homosexuels sont enfants de Dieu. Évidemment ! Qui l’a jamais nié ? Ce que va retenir le public, c’est la miséricorde. On imagine la conséquence de cette déclaration, qui joue sur les registres—affectif et religieux—, sur les problèmes de procréation et de filiation. Des fidèles disent que ces propos auraient intérêt à être clarifiés.

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Dans son encyclique « Tutti fratelli », une phrase a suscité des interrogations : « L’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions. » Que signifie, dans la bouche du Pape catholique, ce relativisme religieux ? Cette Encyclique est louée par certains : n’est-elle pas sous le patronage de Charles de Foucauld ? D’autres dénoncent les points communs entre cette Encyclique et la franc-maçonnerie. Quant à la position du Pape en faveur des migrants, qui va jusqu’à demander l’augmentation de l’octroi des visas, l’ouverture de couloirs humanitaires pour les migrants et le droit pour eux d’ouvrir un compte bancaire, en débordant le champ religieux sur le politique, elle suscite, là encore, des interrogations.

Le Pape doit garder les dogmes

Si le Pape ne connaît pas la France, il va la découvrir par la fronde que suscitent, à présent, ses déclarations ambigües, au sein des fidèles. Il verra que la France, gallicane et catholique, impertinente et respectueuse, janséniste et voltairienne, demeure « la fille aînée de l’Église ». Dans un article de Valeurs Actuelles, du 29 octobre au 4 novembre, le philosophe Thibaud Collin met sur le compte du travers jésuitique du Pape actuel, dont il serait, à présent, lui-même victime « l’inconsistance des propos pontificaux qui est le plus sûr symptôme de la crise que traverse l’Église. » A la différence des deux Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, que le philosophe crédite « de l’art du dialogue sans rien concéder sur le fond », le Pape actuel représente, pour lui, « l’apologie de la stratégie inaugurée depuis 60 ans: donner des gages d’ouverture au monde moderne afin que celui-ci reconnaisse en l’Église une interlocutrice valable… » Quand on relit l’admirable discours des Bernardins prononcé par le Pape Benoît XVI, en 2012, tellement d’actualité, on se rend compte que la parole papale a toujours intérêt à avoir une consistance et une assise théologique catholique, pleine et entière. Tout le monde y gagnerait.

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La divination constituait, chez les Anciens, un aspect fondamental de la religion. La Pythie émettait, dans une fumée de lauriers, une parole énigmatique qui demandait une traduction heuristique. Le trône de Pierre n’est pas un trépied. Le travail d’un Pape est de garder les dogmes non de « fléchir au temps », pour reprendre cette phrase à l’ancienne. Encore moins de faire la révolution. Le Pape n’est plus tout jeune : ne serait-il pas manipulé par son entourage ? Quelle que soit la réponse, il faudrait que l’on cesse, une bonne fois, de penser, après certaines déclarations du Pape, à la parole de Chrysale dans Les Femmes Savantes de Molière, disant d’un plumitif :  « On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Ou alors à l’Avant-Propos de Gide dans Paludes : « Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Car si nous savions ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disions que cela… On dit toujours plus que CELA. »

Les caves du Vatican

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La liberté d’expression de bazar de Justin Trudeau

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Le premier ministre canadien Justin Tudeau ne soutient pas Emmanuel Macron dans sa défense de la liberté après le meurtre de Samuel Paty par un islamiste tchétchène © Justin Tang/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22456731_000006

Récemment, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déclaré publiquement que, selon lui, « la liberté d’expression n’est pas sans limites ». Il s’agirait de toujours bien réfléchir si ce que l’on dit est potentiellement blessant pour des personnes. Conception ô combien curieuse d’un droit pourtant rudimentaire pour tout esprit libéral! Curieuse au sens d’étrange, mais pas curieuse au sens d’étonnante: les communautaristes ne sont pas à un délire près.


La réaction du monde politique français face à la décapitation de Samuel Paty ne s’était pas fait attendre, unanime sur la nécessité de rappeler coûte que coûte que la liberté d’expression inclut la possibilité de blasphémer et que la France doit défendre sa laïcité – c’est un minimum, disons. La réaction de Justin Trudeau, elle, était arrivée bien plus tard : il lui avait fallu onze jours et une motion déposée par le Bloc québécois pour qu’il daignât prendre la parole. Déjà critiqué pour cette lenteur quasi coupable, voilà que le chef du Parti libéral du Canada s’est encore un peu plus enfoncé dans l’ambiguïté lors d’une conférence de presse le 30 octobre dernier avec cette réponse à une question portant sur le droit de caricaturer : « La liberté d’expression n’est pas sans limites. […] Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète », a estimé l’homme d’État se considérant comme un libéral progressiste.

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Or, s’il y a une ligne politique que suit cette déclaration, c’est celle du communautarisme et non du libéralisme. Ce n’est plus l’individu, quel qu’il soit, qui a des droits inaliénables, tels que celui de s’exprimer : ce sont les communautés qui ont des droits « à la reconnaissance », « au respect », nous disent les nouvelles forces de progrès à la mode Trudeau. Après tout, est-ce bien grave ? La liberté d’entreprendre n’est-elle pas la plus importante ? Le libéral ne pourrait-il pas s’accommoder d’une invitation à quelques dessinateurs laïcards de modérer leurs gribouillages ?

Les nouveaux «droits» [promus par Trudeau] qui ne sont pas des libertés individuelles constituent donc un risque couru par la liberté de chacun au nom de l’égalitarisme…

Les Canadiens sont des moutons!

Ce serait là ne rien comprendre à l’essence de la liberté. Celle-ci se mesure aux détails autant que le diable s’y cache. Et le grand penseur libéral Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1840), avait déjà prophétisé une époque où l’on oublierait ce fait fondamental : « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

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Plus récemment, dans les colonnes du Regard Libre, l’historien tout aussi libéral Olivier Meuwly s’inquiétait du fait qu’effectivement, les « droits à » (droits dits « positifs », prisés par les gauchistes) prennent peu à peu le dessus sur les « droits de » (droits dits « négatifs ») : « […] pour la droite qui est globalement libérale, hormis les héritiers de la droite catholique conservatrice, les droits de l’homme sont ceux de la Révolution française et américaine. Il semble fondamental d’avoir des droits supérieurs protégeant les libertés individuelles. » Les nouveaux « droits » qui ne sont pas des libertés individuelles constituent donc un risque couru par la liberté de chacun au nom de l’égalitarisme. Le communautarisme n’en est qu’une variante. Il est paradoxal que cette manière non-occidentale de concevoir la société ait séduit des nations qui avaient fortement contribué à forger l’idée libérale, à savoir les pays anglo-saxons.

Un pays empêtré dans le communautarisme

L’universalisme, dans lequel nous pouvons trouver les germes aussi bien de la laïcité à la française – dont on parle sûrement un peu trop, car ce n’est pas vraiment le sujet – que des droits naturels de tout être humain et, sur le plan institutionnel, de l’État de droit de nos nations occidentales, défend une conception opposée à celle du communautarisme dans lequel le Canada est empêtré. Il n’y a aucune limite à la liberté d’expression ; l’auto-censure est injustifiable. Tout individu est libre de ses opinions, y compris provocatrices, y compris moqueuses. Pour reprendre les mots de la philosophe Simone Weil, qui – c’est le moins qu’on puisse dire – n’était pas une réactionnaire, «la liberté d’expression totale, illimitée, pour toute opinion quelle qu’elle soit, sans aucune restriction ni réserve, est un besoin absolu pour l’intelligence» (L’Enracinement, 1949). Il en va de l’esprit de débat autant que du principe fondamental de liberté, d’ailleurs.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau et sa famille en visite en Inde, en 2018 © Ajit Solanki/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22168313_000001
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau et sa famille en visite en Inde, en 2018 © Ajit Solanki/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22168313_000001

Cela étant, précisons qu’évidemment, il existe des codes sur la manière de nous adresser aux autres. Mais ces codes ne sont pas politiques, ils relèvent des manières, de la civilité, de l’éducation. Précisons aussi qu’évidemment, nuire à autrui, porter atteinte à son prochain, à son intégrité, n’est pas tolérable. Cela, nous le tenons en Occident de notre tradition judéo-chrétienne qui fonde la distinction entre la personne et ses croyances ou ses actes. C’est dans cette tradition culturelle que s’est bâtie au fil des siècles notre tradition politique moderne, donnant naissance aux droits universels de l’homme et du citoyen.

La bien-pensance s’attaque aux Lumières

Or justement, s’attaquer au prophète dans un journal ou dans un dessin, c’est s’attaquer à une croyance, voire à l’instrumentalisation de cette croyance : c’est donc un droit, et même en quelque sorte un devoir si l’on part du principe que pour faire usage de son intelligence, il faut analyser, critiquer. Les Lumières, c’est la raison, donc la critique. L’israélo-suisse Carlo Strenger va jusqu’à dire le « mépris civilisé » dans un ouvrage portant cette expression comme titre (2015) : « Une culture du mépris civilisé se fonde […] sur la volonté de faire valoir ce mode de pensée avec toutes les conséquences que cela entraîne – tel est le principe qui permet de se forger une opinion responsable. » Lumières versus bien-pensance.

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En ramenant la question des caricatures à une « communauté » qui serait « stigmatisée », Trudeau – en a-t-il seulement conscience ? – tombe dans le piège des terroristes. L’air de rien, pour des raisons soi-disant vertueuses et bien plus raisonnablement par clientélisme électoral, le donneur de leçons du Canada met dans le même panier musulmans et islamistes et confond musulmans et islam, comme si aucun musulman n’était capable de se dissocier de l’idée que le blasphème mérite une punition. Alors même que les Trudeau nous bassinent avec le « pas d’amalgame », ce sont eux qui se retrouvent à appeler de leurs vœux la fidélité demandée par les islamistes aux musulmans envers leur prétendue « communauté ». Ce sont eux qui renforcent la terreur déclaration après déclaration, loi après loi, sottise après sottise. À l’inverse, la justesse d’un Emmanuel Macron – « en France, il n’y a qu’une seule communauté, la communauté nationale » – en ressort plus fortement.

Justin Trudeau, pour le dire crûment, n’est pas Charlie. Or, être Charlie n’a jamais consisté à préférer leur humour à l’ironie d’un Philip Roth. Tout ce que le bon sens demande, c’est d’accepter qu’on puisse encore parler, dessiner, vivre librement dans notre coin du monde. Et comme l’a bien relevé le journaliste Konrad Yakabuski dans le quotidien canadien Le Devoir, le fait que le premier ministre soit revenu depuis sur ses déclarations, en assurant qu’il ne condamnait pas les caricatures de Charlie Hebdo, ne change rien à l’affaire. Car « le mal [est] fait. Si ça lui a pris deux semaines pour préciser sa pensée sur la liberté d’expression, c’est parce qu’il n’y tient pas tant que cela. » En réalité, le fait que Trudeau ait précisé deux semaines plus tard qu’il ne condamnait pas les caricatures est un geste qui devrait même nous glacer : cela nous montre justement qu’il devait le préciser. Pour s’en convaincre lui-même ?

Source: Le Regard Libre

Les arrêtés municipaux en faveur du petit commerce sont légitimes

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Visite de Brigitte Bareges dans un commerce. La Maire de Montauban qui vient de signer un arrêté municipal afin de rétablir l'égalité de traitement entre les differents types de commerces de produits non-alimentaires. Samedi 31 Octobre 2020. © Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.

De Montauban à Chalon-sur-Saône, de Béziers à Colmar, de Perpignan à Saint-Max, de nombreux maires ont utilisé leurs pouvoirs de police pour permettre le maintien de l’ouverture des commerces dits non-essentiels, ceux-là même que, par décret du 29 octobre 2020, le gouvernement avait entendu fermer. Que faut-il en penser?


Saisis par les préfets, les tribunaux administratifs se penchent désormais sur la légalité d’actes qui, en principe, devraient tous être censurés par le juge. Dès sa deuxième année, tout étudiant en droit apprend qu’une autorité de police locale ne peut pas revenir sur ce qui a été décidé au niveau national dès lors que la mesure a pour effet d’assouplir les règles décidées à l’échelon supérieur.

Pour ce motif assez simple et évident, l’arrêté d’un maire qui permet l’ouverture de commerces dont la fermeture est décidée par un décret du Premier ministre est promis à la censure du juge. Mais pour autant, doit-on considérer que les maires ont eu tort au seul motif que leurs arrêtés encourent l’annulation judiciaire ? La généralisation de cette pratique sur l’ensemble du territoire, par des maires de toutes tendances politiques confondues, à la tête de communes rurales ou urbaines, amène un débat que l’on ne saurait écarter d’un revers de la main, par une application stricte et littérale de la règle de droit.

Un décret gouvernemental menant à des situations ubuesques

En la circonstance, il convient de ne pas se borner à l’examen de la légalité des arrêtés entrepris par les maires, mais bel et bien de s’interroger sur leur légitimité. Pour cela, interrogeons-nous sur les effets de la mesure que le gouvernement a entendu mettre en œuvre et sur l’objectif poursuivi par ce dernier.

Par le décret du 29 octobre 2020, le gouvernement a entendu ne permettre que l’ouverture des commerces dits essentiels. Mais essentiels à quoi ? Et qu’est-ce qu’un commerce essentiel ? Aucune définition n’a été donnée hormis une énumération à la Prévert dans l’article 37 du décret.

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Sans définition claire de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, l’application d’une telle disposition a aujourd’hui conduit à une situation particulièrement ubuesque:

  • les ventes de journaux sont autorisées, pas celles de livres ;
  • les ventes de pyjama 2 ans sont autorisées car il s’agit de produit de puériculture, celles de pyjama 3 ans ne le sont pas car il s’agit de produit d’habillement ;
  • les ventes de thermomix ou poêles sont autorisées, pas celles de couverts, de fours ou de table de cuisson ;
  • des rayons entiers de supermarchés sont bâchés et barricadés incitant plus que jamais les consommateurs à se tourner vers Amazon.

L’imprécision et l’incohérence de la mesure est en parfaite contradiction avec le principe relevé très récemment par le Conseil d’État. Dans une décision du 6 septembre 2020 relative aux arrêtés imposant le port du masque, il avait rappelé que pour être effective, bien comprise et bien appliquée par la population, une mesure devait être simple et lisible. On saura gré aux maires réfractaires d’avoir concouru à cet objectif de lisibilité !

Outre une mise en œuvre chaotique et peu lisible, la mesure gouvernementale a pour effet de porter atteinte, sur des bases subjectives, à la liberté du commerce et de l’industrie et au respect des règles de la concurrence. Même agissant dans un but de protection de la santé publique, le gouvernement doit prendre en compte le respect d’égalité et il ne peut y porter atteinte qu’en application de critères objectifs. Mais, en tant qu’il fixe comme critère discriminatoire la notion subjective de commerce non-essentiel, le décret du 29 octobre 2020 rompt l’égale concurrence entre les commerces, au profit des grandes surfaces, sur des bases particulièrement contestables.

L’objectif actuel n’est pas de condamner des pans entiers de l’activité mais bien de lutter contre un virus

Les maires réfractaires doivent-ils être taxés d’irresponsables parce qu’ils entendent autoriser l’ouverture des commerces de proximité ?

Si la légalité des arrêtés est remise en question, leur légitimité est d’ores et déjà acquise

La fermeture de commerces n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un moyen. Limiter la propagation du virus, c’est assurer la distanciation, limiter les déplacements et éviter les rassemblements. Mais le virus circulerait-il moins en grandes surfaces ? On peut raisonnablement considérer que maintenir ouverts des commerces de proximité dissuaderait au contraire les consommateurs de se déplacer en nombre et de se retrouver rassemblés dans les grandes surfaces.

Comment raisonnablement penser qu’en mettant à l’arrêt une grande partie du pays on ne l’expose pas à des conséquences effroyables à long terme, permettant de considérer que le remède est pire que le mal ? Protéger la santé ne doit pas être entendu comme correspondant à la seule préservation de la vie biologique indépendamment de toute autre considération. La santé est aussi et surtout morale, économique, voire psychologique. Au sein d’une commune, la vie n’est pas que biologique, elle est également sociale et s’appuie en particulier sur les petits commerces. En imposant la fermeture de commerces déjà fortement éprouvés par le confinement du printemps, c’est la vie économique et sociale qui est durablement affectée.

Il faudrait donc avoir l’esprit particulièrement étriqué pour ne lire les arrêtés des maires autorisant l’ouverture de commerces de proximité au seul prisme de la légalité. Ces arrêtés n’ont nullement pour objet de permettre d’enfreindre l’objectif sanitaire du moment. Bien au contraire, ils sont l’expression de la recherche d’équilibre indispensable entre la prise en compte de la gravité de la menace sanitaire et la préservation indispensable de la vie du pays.

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Si la légalité des arrêtés est remise en question, leur légitimité est d’ores et déjà acquise. Ces arrêtés ont un grand mérite, celui d’introduire dans le débat public la question de la nécessité, de l’adéquation et de la proportionnalité des mesures gouvernementales.

Plutôt que de les blâmer, saluons l’action entreprise par des maires qui ont parfaitement su jouer le rôle de contre-pouvoir, essentiel en démocratie. Dans l’état d’urgence sanitaire où nous nous trouvons, ce rôle ne semble même plus dévolu au Parlement ! En témoigne l’intervention survoltée d’un ministre de la Santé invitant des députés à quitter l’hémicycle pour la seule raison qu’ils avaient entendu limiter la durée de l’état d’exception…

Les conservateurs du monde entier orphelins

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Les Trump et leur fils Barron en août 2020 © CNP/AdMedia/SIPA Numéro de reportage: 00977094_000003.

En France, les supporters du président sortant se demandent ce qu’il adviendra du trumpisme, après Donald Trump. Au terme de cinq jours complétement fous, nous connaissons enfin le nom du 46e Président des Etats-Unis d’Amérique. Qui n’aurait très probablement pas été élu sans le Covid-19. Récit.


Ce ne sera donc pas Donald Trump, sauf énième retournement de situation improbable, mais le démocrate Joe Biden qui sera élu aux Etats-Unis, au terme d’une campagne âpre marquée par la pandémie du « virus chinois » pour paraphraser le malheureux magnat de l’immobilier et l’hystérie mondialisée Black Lives Matter.

L’ancien vice-président d’Obama

Soupçonné de sénilité par des Républicains qui souhaitaient l’envoyer en maison de retraite, Joe Biden est à 78 ans le président élu le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis. Peu connu sous nos latitudes en dépit de décennies passées au Sénat, où il fut entre 2001 et 2009 à la tête de l’important comité des Affaires étrangères, Joe Biden passa de l’ombre à la lumière internationale au cours de ses huit années en tant que fidèle vice-président de Barack Obama qui lui voue une amitié sincère, comme il l’a prouvé en mouillant la chemise dans les derniers moments de la campagne. Si d’aucuns s’interrogeaient au départ sur ses capacités à fédérer les Démocrates à son âge et en étant issu de la ligne la plus centriste d’un parti de plus en plus radicalisé par la ligne progressiste « woke », l’ancien sénateur du Delaware a su faire montre d’une habileté certaine, ciblant précisément les Etats et les comtés qui lui permettraient de l’emporter sur le fil.

Il serait bon que nous Français sortions des postures imposées. Nous ne sommes ni des hommes sojas de la Silicon Valley gobant toute la propagande progressiste, ni des rednecks branchés sur Q-Anon!

Qu’on ne s’y trompe pas: Donald Trump aurait très probablement été réélu sans le Covid-19 qui a faussé la donne. En janvier, les Etats-Unis affichaient une insolente santé économique. Le revenu moyen y avait augmenté et le chômage diminué. The Donald pouvait aussi se targuer d’un excellent bilan en matière de politique étrangère, domaine où son inexpérience faisait pourtant craindre le pire à une majorité d’observateurs quand il entra en fonction. Malin, sachant manier carotte et bâton, il prouva notamment lors de la crise iranienne qu’il n’était pas un va-t-en-guerre type « faucon » mais un négociateur plutôt malin qui ne voulait surtout pas engager son pays dans une nouvelle guerre. Les voyants étaient donc en vert, les midterms ne s’étant d’ailleurs pas mal passées pour les Républicains. Mais la grande histoire est toujours imprévisible.

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La tragédie s’est jouée en deux actes pour Donald Trump. D’abord avec le déclenchement de la crise du Covid-19, épidémie que le président américain a mal comprise et qu’il a certainement négligée trop longtemps. Les Démocrates ont su surfer sur la maladie, qui leur fut d’une grande aide pour encourager leurs ouailles à faire un usage massif du vote par correspondance. Ensuite, Donald Trump a été confronté aux plus importants troubles civils depuis a minima la Guerre du Vietnam. La mort de l’Afro-Américain George Floyd au cours d’une intervention policière à Minneapolis a été l’élément déclencheur de six mois d’émeutes ayant conduit à l’instauration d’une situation insurrectionnelle dans de nombreuses grandes villes démocrates telles que Portland ou Seattle où une zone autonome appelée Chaz fut le théâtre d’un incroyable chaos et d’un cortège de violences dignes du film de série B American Nightmare.

Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA
Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020 © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Donald Trump a eu un vrai vote d’adhésion, pas Joe Biden

Ces évènements majeurs ont créé un contexte défavorable au président sortant qui a permis aux Démocrates de ne même pas avoir le besoin de présenter un programme politique. L’élection est en effet devenue un référendum centré sur la personnalité de Donald Trump. L’occupant de la Maison-Blanche jusqu’en janvier prochain bénéficiait et continuera à bénéficier d’un soutien total de ses partisans qui adhèrent tant aux idées qu’il défend qu’à sa personnalité. Si de nombreux électeurs de Joe Biden ont voté contre Donald Trump, ils sont très rares parmi les électeurs de Donald Trump à avoir voté contre les démocrates. Ils ont d’abord et avant tout voté pour Donald Trump. Magnétique, remarquable en meeting et doté d’une inébranlable confiance en lui, le New-Yorkais a créé une vague qui marquera l’histoire de son pays et du monde. Il n’a pas été celui qui a créé les fractures américaines mais celui qui les a dévoilées sous des yeux ébahis.

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Son style a donc fait de lui l’homme à abattre. Haï par les grands médias nationaux qui ont rompu avec leur neutralité traditionnelle, Donald Trump a subi pendant quatre ans les feux de l’intelligentsia mondialisée de la côte Est et de Californie. C’est en partie ce qui explique son omniprésence sur Twitter, principal moyen pour lui de faire entendre sa voix sans un filtre déformant. Dépeint en tyran inspiré par Adolf Hitler, Donald Trump a été attaqué judiciairement, psychiatrisé par ses opposants, ridiculisé par les humoristes de talk-show et brandi en repoussoir par les sociologues de salon des universités américaines devenues terrain de jeu de l’extrême-gauche lancée en croisade contre « le patriarcat blanc ». Le Président Trump a incarné à lui seul le « mâle blanc occidental » honni, jusqu’à l’absurde et jusqu’à la nausée.

Et pourtant, il a recueilli 3 millions de suffrages de plus en 2020 contre Joe Biden qu’en 2016 contre Hillary Clinton. Donald Trump a été extrêmement résilient parce qu’il portait l’idée qu’il fallait « rendre sa grandeur aux Etats-Unis » et qu’il a convaincu ses électeurs qu’il était le seul en mesure de le faire. En un sens, il y est parvenu. Jamais une élection américaine n’avait suscité une telle participation. Avec 66,9 % d’Américains ayant accompli leur devoir civique, l’élection présidentielle de 2020 a battu un record. Grâce à Donald Trump. Qu’on l’aime ou qu’on le haïsse, l’homme a réveillé l’Amérique en agitant ses instincts les plus profonds, en lui montrant qu’elle devait se battre pour ne pas perdre sa place d’Empire qu’elle occupe depuis les années 50 comme l’avaient prévu le président Woodrow Wilson et son proche conseiller Franklin Delano Roosevelt.

Trump le candidat des travailleurs

Donald Trump a, au fond, continué les politiques prises par Barack Obama qui avait lui aussi senti que le centre de gravité du monde se déplaçait de l’Atlantique vers le Pacifique. Contrairement à ce qu’a dit l’ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis au soir du scrutin sur BFM TV, le « néo-isolationnisme » prôné par Donald Trump s’inscrivait dans la continuité de l’administration Obama, à quelques nuances prés. Joe Biden va devoir lui aussi mener une guerre commerciale à la Chine, préalable à un duel de longue durée qui devrait rythmer le vingt-et-unième siècle. Il ne pourra pas pleinement y arriver car il n’a pas pleinement saisi que la Chine mise depuis le début sur l’effondrement anthropologique et culturel de l’Occident. Elle sait que nos sociétés sont fracturées et que les forces de leur dissolution sont choyées, écoutées et toujours gagnantes à long terme.

En février 2020, à Hangzhou (Est de la Chine), un volontaire prend la température d'un conducteur de scooter © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22425472_000001
En février 2020, à Hangzhou (Est de la Chine), un volontaire prend la température d’un conducteur de scooter © AP/SIPA Numéro de reportage: AP22425472_000001

Lors de son deuxième discours après le vote, Joe Biden a appelé le peuple américain à s’unir et à rester soudé, souhaitant fermer le chapitre des divisions. C’est assez bien vu, quoiqu’attendu. Croit-il toutefois pouvoir aisément manœuvrer l’activisme progressiste le plus radical ? En vieux routier de la politique américaine, Joe Biden sait parfaitement qu’il sera pris entre le marteau et l’enclume, entre le Sénat qui devrait rester républicain, la Cour suprême et … les émeutiers qui l’ont porté au pouvoir et ont massivement voté pour lui. Ou plutôt, contre Donald Trump. Ce dernier l’a parfaitement assimilé, ripostant immédiatement en dénonçant « les grandes fortunes démocrates » et les « médias » comme Twitter qui placent des avertissements sous ses tweets ou les networks qui interrompent ses discours. Il s’est alors dit le candidat des « travailleurs simples », leur opposant implicitement les élites vivant dans les grandes métropoles.

Des « minorités » ethniques disputées

Il y a un peu de ça dans ce scrutin quand on observe attentivement la carte électorale. L’Amérique rurale est rouge, les centres villes et les côtes sont bleues. Est-ce à dire que Donald Trump était le candidat de l’Amérique modeste ? Pas exactement. Les Américains les plus aisés ont voté Trump, même si cette analyse doit être tempérée avec le vote Afro-Américain qui fausse la donne et relativisée aussi avec le niveau d’études qui n’est pas toujours corrélé au niveau de revenus aux Etats-Unis. Globalement, si les hommes blancs avaient été les seuls à voter, Donald Trump aurait obtenu plus de 400 grands électeurs. A contrario, il n’en aurait même pas eu un seul si les hommes noirs avaient été les seuls à voter. On entend pourtant depuis quelques jours une petite musique qui nous dit que Trump aurait eu le « vote des minorités ». Pourquoi alors n’a-t-il pas gagné l’élection ? C’est là que les choses se complexifient grandement.

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Oui, Donald Trump a progressé chez les hommes Afro-Américains, enregistrant un score record. Il est passé de 13 % dans cet électorat en 2016 à 18 % en 2020. En Floride, il a aussi gagné grâce au vote dit « latino » qui l’a placé en tête en raison de la forte présence numérique de Cubains et de Vénézuéliens très anti-communistes. En revanche, le président sortant a perdu quelques milliers de voix chez les ouvriers blancs de la fameuse « rust belt » qu’Hillary Clinton avait négligée. Ce sont ces électeurs-là qui ont fait défaut à Donald Trump et lui ont enlevé la victoire qu’il espérait ; ceux du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie dont Joe Biden est natif. Ils sont revenus au bercail démocrate, rassurés par le profil de Joe Biden l’amateur de muscle cars vintages capables de différencier une Ford de 1965 d’une Ford de 1964.

Sans cette petite mais majeure différence d’avec l’élection de 2016, la question des votes par correspondance aurait à peine été effleurée puisque Donald Trump aurait gagné. Cette pratique est choquante vu de France. Elle a « perverti l’élection » comme l’a démontré Gérald Olivier. Elle est génératrice de fraudes, par des petites mains radicalisées tentées de sortir des bornes légalistes que suivent généralement les Américains pour « lutter contre le fascisme ». Dans certains Etats, le décompte des voix a duré une éternité. Parfois, les identités ne sont pas vérifiées dans certains bureaux de vote, les votes par correspondance ne sont pas toujours cachetés par l’US Postal, etc. Les recours en justice permettront de savoir. Reste que Joe Biden a gagné. Il a même gagné assez largement, en nombre de grands électeurs comme en nombre de suffrages exprimés. Ne faisons pas l’erreur de comparer cette élection avec l’élection Kennedy / Nixon de 1960 qui avait été entièrement truquée par la mafia.

Trump a posé de précieux jalons

Nous ne sommes pas Américains, inutile de nier la vérité. Il serait d’ailleurs bon que les Français sortent des postures imposées par la narration de l’Oncle Sam. Nous ne sommes ni des hommes sojas de la Silicon Valley gobant toute la propagande progressiste mensongère, ni des rednecks branchés sur Q-Anon persuadés que les élites démocrates font des sacrifices rituels dans les sous-sols du Pentagone pour s’attirer les faveurs de Baphomet… Du reste, il n’est pas impossible d’envisager que les équipes de Donald Trump aient pris au sérieux les sondages d’août qui le donnaient distancé. C’est peut-être pour cette raison qu’ils ont retenu les électeurs républicains de voter par correspondance… afin d’être en tête le mardi soir pour pouvoir contester les résultats jeudi.

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Quoi qu’il en soit, nous Français pouvons et devons garder la tête froide. Donald Trump était un avantage dans les combats anthropologiques existentiels que nous avons nous aussi à mener. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil à l’affreux wokisme des médias américains qui ont unanimement désigné la France comme coupable des attentats islamistes qu’elle subit depuis cinq ans en raison de sa défense de la laïcité et de son « racisme ». Quelle réjouissance était-ce d’avoir la gouaille franche et le bon sens de Donald Trump pour aborder ces questions à la Maison-Blanche. Le trumpisme survivra partiellement à Donald Trump qui n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot puisqu’il va créer une « Trump TV ». Ses supporters ne désarmeront pas, peut-être même se radicaliseront-ils pour une partie d’entre eux. Il peut aussi compter sur sa famille et tous les élus au Congrès de son ère, lesquels s’inscriront dans la ligne de fracture qu’il a posée. Il faut s’attendre aussi à ce qu’une légende noire de l’ère Trump soit écrite, comme naguère le faisaient les historiens romains pour les Empereurs du passé. Son héritage divisera car l’homme a divisé et continue de diviser.

Donald Trump va partir. Il va multiplier les recours, certes. Ils ont peu de chances d’aboutir à une annulation des élections ou à une victoire de Trump. Certains de ses conseillers n’y croient d’ailleurs plus. Pourquoi alors s’entêter ? Pour poser des jalons pour la suite. Toutes les déclarations de Donald Trump sont des messages politiques lancés pour l’avenir. La lutte interne aux Etats-Unis n’est que le prélude d’une lutte à mort en Occident. Gardons le fond, pas la forme.

Le non du peuple

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Laurent Petitmangin, romancier social et sensible

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Le romancier Laurent Petitmangin en 2020 © JOEL SAGET / AFP.

 


Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin fait parler un père dans une Lorraine oubliée et frappée de plein fouet par une crise qui dure depuis deux générations. 


Ce qu’il faut de nuit est le premier roman de Laurent Petitmangin, 55 ans, et nouveau venu sur la scène littéraire. Avant même sa sortie, les droits de Ce qu’il faut de nuit étaient déjà vendus à plusieurs éditeurs étrangers, sans doute parce que ce livre donne une des visions les plus justes qui soit des effets délétères de la désindustrialisation sur des régions entières. 

Petite musique poignante et calme

Le roman se déroule en Lorraine mais il aurait aussi bien pu se passer chez moi, c’est-à-dire quelque part entre Valenciennes et Lens, dans l’ancien bassin minier, ou du côté de Denain après la fermeture d’Usinor au début des années quatre vingt. Deux générations ont passé et les gens qui vivent là-bas, oubliés de tous comme on oublie une mauvaise action, évoluent dans des villes et des paysages transformés en théâtre d’ombres. Si Laurent Petitmangin, un moment sélectionné par le jury du prix Femina, en est à son premier livre publié, on peut néanmoins parier sans trop de risques qu’il a déjà derrière lui un certain nombre de textes dans ses tiroirs. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire dans Ce qu’il faut de nuit un passage comme celui-ci qui est une assez bonne illustration de la petite musique poignante et calme que joue Petitmangin pour nous raconter une histoire dure sans jamais monter le ton mais en usant d’une forme de douceur paradoxale : « Août, c’est le meilleur mois dans notre coin. La saison des mirabelles. La lumière vers les cinq heures de l’après-midi est la plus belle qu’on peut voir de toute l’année. Dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. »

Celui qui parle ainsi est un père de famille. Un veuf. Un ouvrier à la SNCF et un militant socialiste qui fait encore semblant d’y croire parce qu’être socialiste, à une époque maintenant lointaine, pour ces hommes-là, cela a été une manière d’espérance en un monde meilleur, une façon d’exprimer avec une certitude calme sa fierté d’appartenir à une classe. Maintenant, dans la section désertée, on se contente de « faire comme si » et on se retrouve de temps à autre pour manger une part de gâteau et faire le deuil jamais terminé d’une époque.

Roman sur la paternité

Ce père, qui est le narrateur, élève seul ces deux fils. Il y a l’aîné, Fus, qui joue au foot tous les dimanche et que son père accompagne au stade. Et puis il y a Gillou, le cadet. Lui, il réussit très bien à l’école. D’ailleurs, il va surement faire une classe préparatoire dans un lycée parisien. Ce ne sera pas évident mais il y a Jeremy. Jeremy était un copain de Fus qui a suivi ce chemin là et qui milite toujours à la section. Un des rares jeunes. Jeremy et Fus, ce n’est plus ce que c’était. Ils n’ont pas eu le même destin scolaire et aujourd’hui, cela suffit à créer des fossés infranchissables, même par l’amitié.

Le père observe tout ça. Il dit sans pathos tout ce que représente d’amour, de peur et de joie partagées,  – en allant supporter les match du FC Metz ou en partant en camping au Luxembourg -, de faire de ses fils des hommes bien, malgré l’absence béante de la mère. Mais voilà que Fus commence à trainer avec des fachos, des crânes rasés, des petits gars comme lui qui militent à l’extrême-droite. Oh, ils ne vont pas casser de l’Arabe, non, ils forment plutôt une sorte d’amicale qui retape des maisons, aide les petits vieux. 

Mais pour le père, c’est impardonnable. Il ne chasse pas Fus, mais une espèce de guerre froide règne dans la maison. Un accord tacite entre le père et Fus permet de laisser Gillou à l’écart de tout ça. Les études du gamin d’abord. Et d’ailleurs Fus n’a pas changé. Il est toujours une présence efficace dans la maison et c’est lui qui se démène le plus pour installer son frère à Paris dans une chambre d’étudiant. Jusqu’à ce que la tragédie ait lieu, banale et violente.

Fierté blessée

La force de Ce qu’il faut de nuit est dans son absence de manichéisme. Le lire comme un roman politique ne suffit pas, et de loin, à en épuiser la richesse. C’est avant tout un roman sur ce que l’époque fait aux hommes, sur la manière dont ils refusent, chacun à leur manière, une fatalité qui ferait d’eux des invisibles. L’engagement de Fus, le désir de réussir de Gillou et la dignité légèrement désespérée du père sont les différentes expressions de cette fierté blessée. 

Laurent Petitmangin ne veut rien démontrer parce que pour lui, dans Ce qu’il faut de nuit, montrer suffit. C’est là le signe d’un véritable écrivain.

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin (La Manufacture de Livres, 188 pages)

Ce qu'il faut de nuit

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France-Etats-Unis: même combat

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Supporter de Joe Biden à Chicago, le 7 novembre 2020 © Paul Beaty/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22511622_000001

Joe Biden comme Emmanuel Macron sont certes élus, mais confrontés à une opposition massive et populaire de perdants de la mondialisation.


La confirmation de l’élection de Joe Biden est tombée samedi à 17h35 après l’annonce de sa victoire en Pennsylvanie. Et même si les recours de Donald Trump ne sont probablement pas terminés, il y a fort à parier que Joe Biden sera bien le 46ème locataire de la Maison Blanche. Cependant, pour revenir chez nous, les concomitances entre la présidentielle française de 2017 et la présidentielle américaine de 2020 sont flagrantes.

Dans Paris intra-muros, Emmanuel Macron avait récolté 89,68% des suffrages tandis que Joe Biden a obtenu 93,3% des suffrages à Washington DC

Les candidats des médias

Tout d’abord c’est le candidat des médias qui a gagné dans les deux cas de figure. Tous les grands médias, à l’exception de Fox News, avaient choisi Biden comme tous les médias français avaient choisi Macron il y a trois ans. Si vous ajoutez l’entreprise de démolition de leurs adversaires, Trump aux États-Unis, Fillon avant le premier tour et Marine Le Pen au second tour, on peut dire que dans les deux cas de figure les médias ont joué un rôle clef dans les deux élections.

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Trump voit sa légitimité contestée depuis quatre ans!

On peut aussi constater que les deux Présidents élus, malgré un soutien médiatique total, n’ont pas bénéficié d’un raz de marée. La vague bleue promise aux États-Unis n’a pas eu lieu, la différence se faisant de peu dans certains états clefs, et le Sénat restant aux mains des Républicains tandis qu’en France Emmanuel Macron a été élu avec seulement 18,19% des inscrits au premier tour et 43,61% au second. Vu les circonstances, les deux ont été élus mais mal élus.

Ces élites qui méprisent les perdants de la mondialisation

Du point de vue de la sociologie des votes, la ressemblance est encore plus flagrante.

Les gagnants de la mondialisation, situés sur les côtes américaines ont massivement voté Biden. Les perdants, situés dans le centre – dans l’Amérique périphérique comme il y a la France périphérique – ont massivement voté Trump. En 2017, Marine Le Pen est arrivée en tête dans les zones désindustrialisées comme le nord ou l’est de la France. Ironie de l’histoire, dans Paris intra-muros, Emmanuel Macron avait récolté 89,68% des suffrages tandis que Joe Biden a obtenu 93,3% des suffrages à Washington DC. Sociologiquement, aux États-Unis comme en France, et contrairement à ce qui se passait durant les « Trente glorieuses », les prolos votent désormais à droite et l’upper class à gauche. Et dans les deux pays, ces deux composantes ne se parlent plus, ne se connaissent plus, ne se fréquentent plus. Pire, les élites méprisent plus que jamais les perdants de la mondialisation, Hillary Clinton ayant qualifié les électeurs de Trump de « déplorables » il y a quatre ans tandis qu’Emmanuel Macron a qualifié de « lépreux » ses adversaires « populistes » (les guillemets à populistes s’imposent).

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Bref, les fractures sont béantes des deux côtés de l’Atlantique et on peut légitimement craindre des violences dans les jours qui viennent aux États-Unis, les armes à feu chez les particuliers se comptant en millions. Et à moins d’un an et demi de la présidentielle française, on peut également craindre que ce pays ignoré par ses élites, et qui a déjà crié son mal-être au début de la crise des gilets jaunes, tombe dans le désespoir si jamais un grand changement n’avait pas lieu en France.

France-USA: même combat.