Face aux créchophobes, le maire Robert Ménard pare à toute éventualité. Les défenseurs sourcilleux de la laïcité qui s’opposent à la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus sont surtout des adversaires résolus de l’identité française traditionnelle.
Avec le mois de décembre, les sapins de Noël font leur retour dans nos villes (sauf à Bordeaux dont les habitants sont privés d’arbres morts). À cette funeste exception près, même les partisans les plus fanatiques de la table rase ne font pas trop d’histoire avec les arbres enrubannés qui réjouissent la vue et l’âme. Ni d’ailleurs avec les illuminations festives destinées à attirer les grâces des dieux du commerce et de la dépense.
Bizarre que les Verts, qui ne sont jamais à court de trouvailles peine-à-jouir pour gâcher les plaisirs simples ne se soient pas avisés de calculer leur bilan carbone. Mais ne désespérons pas, il leur reste trois semaines.
Il serait étonnant, en revanche, que personne ne s’indigne de voir les crèches ressortir de leurs cartons ou de leur atelier (selon leur taille) pour être installées ici dans une mairie, là dans un hôtel départemental ou régional. Encore que, peut-être certains ont-ils compris qu’il valait mieux ne pas trop chatouiller le populo sur son coupable goût des traditions et des racines.
Déménagement possible en cas de décision judiciaire défavorable
Robert Ménard est l’un des premiers à dégainer. Comme tous les ans depuis 2014, le maire de Béziers installera la crèche de Noël dans la cour d’honneur de la mairie de sorte qu’il sera impossible pour quiconque pénètre dans le bâtiment de la rater. Il faut noter que cette crèche a la particularité d’être montée sur roulettes. Pour pouvoir déménager rapidement en cas de décision judiciaire défavorable.
La crèche de Béziers
En effet, les polémiques sont presque aussi traditionnelles que la crèche elle-même. Il se trouve toujours quelques militants pour s’offusquer de l’insupportable atteinte à la laïcité que constitue cette représentation naïve de la Nativité, des préfets pour relayer leurs récriminations et un Tribunal administratif pour condamner les collectivités contrevenantes. Les condamnations étant assorties d’une injonction de faire cesser le scandale et d’astreintes à payer en attendant, le maire de Béziers a imaginé l’astucieuse crèche à roulettes : ainsi peut-elle être déplacée facilement en cas de décision judiciaire défavorable. Cependant, l’an dernier, le Préfet de l’Hérault a laissé la crèche tranquille. Donc, il n’est pas impossible qu’il ait lâché l’affaire et que les roulettes soient encore inutiles cette année.
Le santon du professeur Raoult
On me dira que la crèche est effectivement problématique d’un point de vue laïque, puisque l’article 28 de la loi de 1905 interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». Cependant, dans un arrêt de 2016, le Conseil d’Etat a estimé que les crèches devaient être interdites dans les bâtiments publics, sauf si elles présentaient « un caractère culturel, artistique ou festif ». C’est ainsi que grâce aux santons, qui sont un art des classes populaires, les crèches installées à Lyon et dans nombre de villes du sud ont désormais droit de cité.
On peut opposer plusieurs arguments aux tenants d’une conception littérale de la laïcité. Premièrement, comme le rappelait l’ami Brighelli dans Le Point en 2014, il n’est nullement question dans la bible d’animaux qui adorent Dieu. Comme le sapin et le père Noël, la crèche, qui a été interdite par le Concile de Trente résulte d’un mélange de légendes païennes, de superstitions et de traditions artisanes. À Marseille, le santon qui fait fureur cette année est celui du professeur Raoult. Même si celui-ci est pour certains un dieu vivant, on admettra qu’on est assez loin de la foi catholique.
Une expression de l’identité française
Surtout, les créchophobes ne sont pas tant des défenseurs sourcilleux de la laïcité que des adversaires résolus de l’identité française dont l’existence même serait raciste, offensante pour les derniers arrivés, en particulier les musulmans. Ceux que la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus indispose ne peuvent pas supporter les expressions de l’identité française traditionnelle, laquelle est fortement teintée de catholicisme. Nul ne songe aujourd’hui à regretter la tutelle sur les esprits de l’Église catholique, même pas cette dernière. Mais il s’agit bien ici de culture et, n’en déplaise aux partisans d’un multiculturalisme dont une majorité de Français ne veut pas, l’égalité entre les individus ne suppose pas l’égalité entre les cultures. Autrement dit, la culture française doit jouir en France d’une sorte de droit d’aînesse. Au demeurant, elle n’est pas une punition mais un cadeau. Les crèches font plaisir aux enfants et leur parlent de l’histoire de leur pays, quelle que soit leur religion. Ceux qui se sentent offensés par les sapins, les crèches ou les clochers devraient peut-être se trouver un autre pays.
Le président élu prétend se battre pour ses concitoyens appauvris par vingt ans de mondialisation. Sauf que, pendant tout ce temps, Biden a été au service des banques qui ont contribué à cet appauvrissement. Un sacré conflit d’intérêts.
Selon toute probabilité, le 20 janvier prochain en fin d’après-midi, Joe Biden deviendra POTUS, le président des États-Unis. Il doit d’abord ses victoires électorales – les primaires démocrates d’abord, la présidentielle ensuite – à la pandémie du Covid-19 et à la perception qu’ont une majorité d’Américains de sa gestion par Donald Trump. Pour le reste, le bilan du 45e président a été très peu débattu pendant la campagne. Si l’ensemble de ses décisions économiques, politiques et diplomatiques peuvent être aussi bien défendues que critiquées, deux éléments me semblent déterminants.
Joe Biden ou la mise à mort des classes moyennes
Le premier est son rapport à la vérité qui demeure pour moi rédhibitoire. Certes, au cœur de la politique, il y a le secret, qui a le mensonge pour garde du corps. Difficile donc de reprocher à Donald Trump d’avoir menti beaucoup et souvent. Lyndon Johnson et Richard Nixon, pour ne prendre que ces deux exemples récents, n’étaient pas connus à Washington comme des adeptes acharnés de la vérité. Le problème avec Trump est qu’il a anéanti, ou laissé anéantir, l’idée même de vérité. Même s’il n’est pas QAnon, QAnon c’est lui[tooltips content= »QAnon est une théorie du complot qui se propage aux États-Unis depuis fin 2017. Ses adeptes croient qu’une cabale de pédophiles adorateurs de Satan tient le vrai pouvoir à Washington. Cet « État profond » aurait conspiré contre le président américain Donald Trump, seul capable de lui résister et de l’éliminer. »](1)[/tooltips]. Trump a vidé les signifiants de leur sens pour les transformer en pures armes rhétoriques dénuées de rapport avec un signifié quelconque. Or, sans la possibilité d’une vérité, l’idée même de politique n’a pas de sens. Rien que pour cela, sa défaite me paraît être une bonne chose.
Pour autant, et c’est le deuxième point, Trump a eu l’immense mérite de mettre au cœur du débat – grossièrement, de manière chaotique et souvent contre-productive – la plus grande question de notre temps : quel avenir proposer aux classes moyennes écrasées par la mondialisation ? Après des décennies de stagnation salariale et de précarisation, les petits-enfants des GI’s subissent un processus brutal et sans issue de paupérisation dont personne ne sait comment les sortir. Aux États-Unis, la perte de pouvoir d’achat a longtemps été camouflée par un système de crédit à la consommation allant des prêts étudiants aux crédits immobiliers en passant par les cartes de crédit. Comme avec le sucre que ces Américains déclassés consomment sans modération, le plaisir est de très courte durée et le prix à long terme, exorbitant.
Or, Joe Biden, qui a été sénateur trente-sept ans et vice-président de Barack Obama huit ans, a passé l’essentiel de sa carrière politique au service de ceux qui ont participé à la mise à mort des classes moyennes depuis les années 1980.
Le Delaware: un énorme paradis fiscal
Le Delaware est connu aux États-Unis comme « The First State » (« le premier État »), car il a été le premier à ratifier la Constitution des États-Unis en 1787. Deux siècles et demi plus tard, cette primauté prend un tout autre sens, beaucoup moins glorieux. Tout petit État (49e sur 50 en surface, 46e en population), le Delaware est un énorme paradis fiscal national. Dès la fin du XIXe siècle, l’élite de cet État sans aucun atout particulier a misé sur la domiciliation de sociétés. Grâce à une loi adoptée en 1899, le Delaware est rapidement devenu le premier État en matière de droit des sociétés : plus de 50 % des sociétés cotées en bourse aux États-Unis et 60 % des sociétés du classement Fortune 500 sont constituées (et donc domiciliées) dans ce micro-État. Ainsi les entreprises de la finance et les sociétés de cartes de crédit y détiennent un pouvoir. On peut donc aisément comprendre que le véritable premier devoir de chaque élu fédéral du Delaware, en particulier de ses deux sénateurs, est de rendre heureuses ces entreprises et leurs actionnaires. Pour y parvenir, le Delaware est devenu un sanctuaire juridique pour le monde des affaires. Biden n’a pas fait exception à la règle, comme en témoigne sa longue carrière.
Pour les sociétés américaines, des États tels que le Nevada et le Delaware offrent des « abris fiscaux » (tax shelters) favorables. Le premier avantage est la discrétion : une société créée au Delaware n’est pas obligée de divulguer l’identité de ses dirigeants et administrateurs lors de sa constitution. Pour ce qui concerne les impôts, l’État offre aux entreprises dont les activités sont situées hors de ses frontières de payer un taux d’impôt sur les bénéfices plus faible (une franchise) que celui qu’elle aurait payé là où elle fait ses bénéfices. D’autres allègements et exonérations – pas de TVA par exemple – complètent un paquet fiscal considéré comme le plus avantageux des États-Unis.
Autre avantage intéressant : des lois favorables à l’usure permettent aux entreprises financières, par exemple les émettrices de cartes de crédit, d’appliquer des taux d’intérêt plus élevés sur les prêts. Enfin, un tribunal spécial et une administration rapide et efficace offrent aux entreprises la possibilité de faire des démarches et de régler des litiges avec simplicité et célérité. Ainsi, on peut créer une société à responsabilité limitée (SARL) souvent en quelques heures et jamais en plus de cinq jours ouvrables.
Entre janvier 1973 et janvier 2009, Joe Biden a été sans interruption un sénateur au service d’un paradis fiscal qui a systématiquement siphonné les recettes d’autres États, contribuant ainsi à transformer la vie de millions d’Américains en un enfer économique et social. Mais ce n’est pas tout : dès le début des années 1980, le Delaware est devenu le First State de l’industrie des cartes de crédit.
Un lobbying acharné
La Maryland National Bank a été fondée au début du siècle dernier. Dans les années 1960, sa société mère, MNC Financial, s’est lancée dans les cartes de crédit, les vraies – pas celles que nous utilisons en France et que nous appelons cartes bancaires. Il s’agit d’un véritable crédit proposé au détenteur de la carte par la société émettrice. Le client règle tout ou une partie de sa facture mensuelle après réception d’un relevé de ses dépenses majorées de l’intérêt et autres commissions. Pas de lien donc entre l’émettrice et la banque où le compte du client est géré. Comme avec les téléphones portables, le marché des cartes de crédit, en très forte croissance au début, arrive à maturité à la fin des années 1970. La concurrence est rude et il faut trouver des moyens de faire de la marge. Ainsi, au début des années 1980, les banques du Maryland et parmi elles MNC Financial se livrent à un lobbying acharné auprès de l’Assemblée de l’État du Maryland pour qu’elle vote une loi autorisant des taux d’intérêt plus élevés sur les frais des cartes de crédit. Cela s’appelle de l’usure et les élus de cet État, qui tire son nom de la fille d’Henri IV de France mariée à Charles Ier d’Angleterre, refusent. En revanche, ceux de l’État voisin du Delaware n’ont pas autant de scrupules et en 1981, ils suppriment les restrictions sur les taux d’intérêt. Pour les émettrices de cartes de crédit, c’est le jackpot et MNC Financial délocalise ses activités de cartes de crédit au-delà de la frontière. En 1982, une nouvelle société, Maryland Bank, N.A. (MBNA) est enregistrée au Delaware. Et elle cartonne. Au fur et à mesure de sa croissance, MBNA est devenue l’une des entreprises les plus rentables des États-Unis, le plus grand émetteur indépendant de cartes de crédit au monde et le plus grand employeur privé du Delaware. En 1995, MBNA déplace son siège social de la banlieue au centre de Wilmington, la plus grande ville du Delaware, une opération immobilière gigantesque à l’échelle du petit État.
Existence d’un conflit d’intérêts ?
Les talents d’homme d’affaires de Charles Cawley, PDG et fondateur de MBNA, expliquent sans doute les performances financières exceptionnelles de la société. Mais il y avait autre chose. Pour gagner de l’argent dans un marché saturé et concurrentiel, les sociétés de cartes de crédit ont utilisé des pratiques commerciales douteuses et notamment l’augmentation des taux d’intérêt sans avertissement, ainsi que l’utilisation dans leurs communications écrites avec les clients d’un langage compliqué pour semer la confusion chez eux. Ainsi, selon une enquête de la chaîne CBS diffusée en 2004, la MBNA s’est avérée être l’une des principales entreprises à mettre en œuvre ces pratiques, que l’on peut qualifier de « casher, mais puantes ». Barack Obama, qui avait fait de la défense des consommateurs face aux sociétés émettrices de cartes de crédit l’un des principaux chevaux de bataille de sa campagne de 2008, résumait le problème de cette façon : « Depuis trop longtemps, les sociétés de cartes de crédit ont recours à des pratiques injustes et trompeuses pour inciter les Américains à signer des accords qu’ils ne peuvent pas se permettre. » Gordon Brown, Premier ministre britannique de 2007-2010, aurait pu faire le même commentaire au sujet des pratiques en vigueur dans la filiale anglaise de la MBNA.
(Hunter Biden) touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.
Biden, que les médias français fantasment en président de gauche, a été l’un des principaux champions démocrates des sociétés émettrices de cartes de crédit, notamment depuis son poste au sein de la commission judiciaire du Sénat (1987-1995). Cette bienveillance n’était pas totalement désintéressée.
En 1996, la MBNA, dont les cadres ont généreusement contribué à financer les campagnes électorales de Joe Biden, a embauché son fils Hunter comme lobbyiste. Or, à cette période, son père défendait à Washington les intérêts des sociétés de cartes de crédit, telles que la MBNA. Et en 2001, alors que le fiston avait commencé à travailler comme lobbyiste fédéral, activité encadrée au niveau des États et au niveau fédéral, la MBNA continuait à lui verser 100 000 dollars par an pour ses conseils. Autrement dit, il touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.
En 2005, après presque une décennie de luttes et de lobbying, la fameuse « Loi sur la prévention des abus de la faillite et la protection des consommateurs » (BAPCPA) a été votée. Certes, la MBNA et consorts n’ont pas eu tout ce qu’ils voulaient, mais ont gagné sur l’essentiel : trois ans avant la crise financière de 2008, et nonobstant son titre prometteur, ce texte aggravait les difficultés des Américains des classes moyennes et modestes aux prises avec la dette. Quoi qu’il en dise aujourd’hui, Joe Biden a joué un rôle prépondérant dans cette affaire. Le projet de loi initial était très dur pour les sociétés de crédit qui comptaient peu d’avocats au Sénat. C’est très probablement grâce à ses efforts que 18 sénateurs démocrates se sont rangés du côté des républicains pour voter en faveur d’une loi qui réduisait la protection des consommateurs. Quinze ans et une crise financière majeure après, la BAPCPA rend toujours la déclaration de faillite plus coûteuse et plus lourde pour de très nombreux Américains : depuis son adoption, les dépôts de bilan par la voie dure, dite « chapitre 13 », sont passés de 24 % de l’ensemble annuel en 2005 à 39 % en 2017.
Une semaine avant l’élection présidentielle, un porte-parole de la campagne de Biden a publié le communiqué suivant : « Joe Biden s’est battu pour les familles de travailleurs pendant toute sa carrière et se présente à la présidence pour reconstruire la classe moyenne afin que personne ne soit oublié au bord de la route. Il pense que nous devons remodeler fondamentalement notre système de faillite afin que les familles de la classe moyenne écrasées par la dette – situation aggravée par une crise économique sans précédente causée par l’échec du leadership de Donald Trump – puissent obtenir l’aide dont elles ont désespérément besoin. » Nous voilà rassurés. Il aurait été inquiétant que le nouveau président des États-Unis soit l’ancien sénateur du Delaware.
J’aurais dû me douter en le contemplant figé dans le bronze face à la mer…
Élégamment vêtu, Chopin semblait narguer le pain de sucre de Rio de Janeiro pour l’éternité. J’aurais dû me douter que sa posture pensive dissimulait un trésor identitaire plus étincelant que celui de mâle blanc « daté » – comme disent les jeunes – faisant de la musique pour Blancs. Derrière les sonates de Chopin se draperait-il une nouvelle icône LGBT?
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.
Durant le confinement printanier, un journaliste helvète dénommé Moritz Weber a épluché des lettres de Frédéric Chopin. « Vous n’aimez pas être embrassé. S’il vous plaît, laissez-moi le faire aujourd’hui. Vous devez payer pour le rêve salace que j’ai fait à votre égard la nuit dernière », aurait écrit le pianiste en polonais au compositeur Tytus Woyciechowski. « Les archivistes et biographes ont délibérément fermé les yeux sur les lettres homo-érotiques du compositeur durant des siècles pour rendre l’icône nationale polonaise conforme aux normes conservatrices », abonde le quotidien britannique The Guardian – qui échappe lui aux accusations de complotisme.
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Facebook de l’Institut Frédéric Chopin.
Des mots qui sonnent un peu différemment en polonais
« Chopin était un romantique qui ne faisait absolument pas la différence entre les hommes et les femmes dans ses lettres d’amour. Voir une sorte de conspiration derrière les lettres cachées est absurde », a tempéré un dénommé Frick, professeur retraité du département de langues slaves de l’université de Yale. Un porte-parole de l’Institut Frédéric Chopin -créé au début du siècle et situé à Varsovie – souligne que la tonalité érotique des lettres du pianiste relève du grand élan romantique du XIXème – auquel on peut rattacher les mouvements de Chopin – et assure que ses mots doux « sonnent un peu différemment en polonais ».
De quoi lever le pied de la pédale d’amplification des faits visant à mieux les récupérer? Loin s’en faut. « Les lettres d’amour enflammées du pianiste Frédéric Chopin à des hommes sortent des tiroirs », s’est ébaudi le magazine Têtu en guise de titre. Euphorique, le journal émet l’hypothèse que « sa passion supposée avec l’autrice féministe et très probablement bisexuelle George Sand pourrait dès lors n’avoir été qu’une façade ».
Qu’il soit de la fanfare ou pas, écoutons Chopin !
La palme revient néanmoins à la « page » Twitter Le coin des LGBT+. Forte de ses treize mille abonnés, elle a tweeté un poil courroucée: « Passer sous silence qu’une personne (Chopin) était LGBT+, c’est laisser croire (à dessein!) qu’elle était dyadique[1], cisgenre[2] et hétéro ». Bientôt des valses labellisées LGBT+ lors de nocturnes chopinesques déconseillés aux couples « binaires »? En l’attente du meilleur des mondes, le meilleur moyen d’honorer le génie que fut Chopin et d’ « empêcher que le monde ne se défasse » (complètement), comme dit Albert Camus à Stockholm, est encore d’écouter ou de jouer ses valses. Et pour cela, nul besoin d’abuser de la pédale douce!
[1] « Dyadique (dyadic) : une personne qui rentre dans les standards mâles ou femelles, c’est à dire non-intersexe », nous apprend le site internet uniqueensongenre
[2] « L’adjectif cisgenre est un néologisme désignant un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre », assure Wikipédia.
Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ».
Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs”et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».
Réplique des adeptes de l’accommodement
Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.
Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.
En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites.Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.
À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.
Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.
Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.
Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.
Nous allons célébrer, du 25 au 30 décembre prochain, le centième anniversaire du 18e Congrès de la section française de l’Internationale ouvrière, c’est-à-dire la SFIO, qui eut lieu à Tours en décembre 1920. Ce Congrès est d’une grande importance dans l’histoire politique française car c’est au cours de celui-ci que la gauche française s’est officiellement convertie au marxisme-léninisme, modifiant ainsi sa structure intellectuelle. Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui.
Cinq mois plus tôt, en juillet, le deuxième Congrès de l’Internationale communiste avait fixé une liste de 21 conditions à l’adhésion d’une « Troisième Internationale » créée par Lénine en 1919. En décembre, lors de ce Congrès de Tours, la gauche française éclate en morceaux. Les trois quarts des militants socialistes acceptent l’essentiel des conditions de Moscou et, dès lors, adhèrent à la Troisième Internationale et fondent la SFIC (Section française de l’Internationale communiste), ancêtre de l’actuel Parti communiste français. Les Pacifistes de Paul Faure et les socialistes de la SFIO conduits par Léon Blum les refusent, une fracture toujours visible aujourd’hui qui rend la gauche française particulièrement archaïque.
Gauche révolutionnaire contre gauche réformiste
Ce fossé partisan entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste creusé par le Congrès de Tours connaissait déjà un précédent syndical tout aussi désolant. Les syndicats avaient été interdits par la Révolution française avec la loi Le Chapelier de 1791. Il fallut attendre 1864 pour que le député libéral de la Seine, Émile Ollivier, fasse voter une loi supprimant celle de Le Chapelier et autorisant le droit de grève. Puis, le 21 mars 1884, un autre député libéral, Pierre Waldeck-Rousseau, fit voter une loi qui légalisa définitivement les syndicats.
Malgré ce parrainage des libéraux, le syndicalisme français, dès sa renaissance, voit rouge. La première Fédération nationale d’affiliés aux bourses du travail est fondée en 1895. Elle s’appelle la CGT (Confédération Générale du Travail) et prône la lutte des classes et le communisme révolutionnaire. Cette tendance se confirme lors du 9e Congrès de la CGT à Amiens, en 1906, qui se clôt par le vote d’une charte adoptée par 830 voix sur 839 approuvant une double assignation au syndicalisme révolutionnaire : « la défense immédiate et quotidienne des travailleurs et la lutte pour une transformation de la société » passant par « l’expropriation capitaliste » et « la grève générale ». Cette Charte d’Amiens va devenir la référence d’un syndicalisme français non seulement politique, mais aussi communiste. La CGT en reste, aujourd’hui encore, l’acteur principal.
La promesse de l’utopie
L’utopie communiste, sa promesse d’un avenir meilleur, ses « lendemains qui chantent », la société sans classe, vont marquer pour longtemps la culture et les discours de la gauche française, politique ou syndicale. Et celle-ci, jusqu’à présent, n’a toujours trouvé ni remède ni vaccin pour refonder son unité associée à une identité démocratique et moderne.
Deux exemples auraient dû l’inspirer. Le premier est celui du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui adopte à une très large majorité de ses membres, en novembre 1959, le « Programme de Bad Godesberg ». Celui-ci abandonne toute référence au marxisme, reconnait « la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur », adoptant ainsi l’économie de marché et renonçant à toute idée de nationalisation. Le parti se déclare lié à la population allemande tout entière, et non plus seulement aux travailleurs et à la défense de leurs intérêts.
Le second exemple, plus récent, est la réinvention du parti travailliste anglais en un « New Labour » qui renonce, en 1996, au radicalisme, lequel a provoqué dégâts et défaites. Ce nouveau travaillisme tourne le dos à l’objectif illusoire de l’égalité sociale, mais prône l’égalité des chances et confie au libre marché la tâche d’assurer à la fois la prospérité économique et la justice sociale.
La gauche française, par atavisme et aveuglement, ne voit dans ces deux modernisations pragmatiques des gauches allemande et britannique qu’une entorse anglo-saxonne à l’orthodoxie socialiste. Elle démontre être restée spontanément allergique à toute intrusion libérale dans l’ordre « progressiste » qu’elle prétend défendre.
Et nous, qui aimons tant vanter nos « exceptions françaises », pouvons certifier que…
Dans son dernier texte, l’idéologue de la gauche qui vous méprise au quotidien chez Charline Vanhoenacker n’était jamais allé aussi loin
Dans un texte drôle et brillant appelé « Vers une semi-réhabilitation du beauf » qu’il a récemment publié dans son recueil Interventions 2020, Michel Houellebecq écrit au sujet des Cabu, Guy Bedos ou Siné que ces derniers ont « en eux-mêmes les aptitudes naturelles du beauf » mais qu’ « ils n’ont pas su les faire fructifier (un traumatisme s’est produit, quelque chose les a déviés de leur route), et ils n’ont pas pu atteindre à la pure sérénité beaufienne ; d’où en eux quelque chose de crispé, de mauvais, qui se traduit par un manque absolu d’humour ». Guillaume Meurice est un surgeon de ces beaufs incomplets, ces premiers semi-beaufs qu’on aurait grand-peine à réhabiliter.
Il l’est encore plus incomplètement, n’ayant conservé du beauf que la violence du langage à laquelle il ajoute une condescendance acquise, apprise sur les bancs des médias du service public, et en fréquentant l’intelligentsia officielle de la gauche hors-sol, qui, entretenue de pensions versées avec une régularité d’horloge suisse, n’a qu’à se baisser pour avoir de quoi vivre en sécurité sans jamais se soucier du lendemain. Le confinement ? Le coronavirus ? Ils s’en foutent, leurs salaires sont garantis !
Il faut bien toutefois tuer le temps. Rien de tel que se foutre de ces connards de Français dans Siné Hebdo s’est dit le sieur Meurice. Indépendants, commerçants, patrons de bars, cuisiniers intérimaires, barmaids et coiffeuses doivent être de droite. C’est sociologique, c’est leur classe. Et puis, en y ajoutant un peu de rhétorique marxiste, pourquoi ne pas faire de ceux qui les nourrissent depuis toujours le nouveau lumpenprolétariat de la France d’après la crise. Après tout, pour Guillaume Meurice et les siens, l’affaire est réglée : c’est l’Etat qui paye, généreusement et sans jamais s’interrompre.
Si l’Etat ne veut pas, il suffit de se mettre en grève ou de coordonner une attaque médiatique pour le contraindre. C’est ainsi que ça marche depuis François Mitterrand, et il n’y a pas intérêt à ce que ça s’arrête. L’Etat est bon quand il les soutient, quand il est de leur côté. Un peu comme les Français populaires, les petits et les sans-grades. Ils sont valables jusqu’au jour où ils décident de voter autrement qu’à gauche, faute de quoi ce sont des traîtres, de complets beaufs, des ploucs et des bons à rien parasites qui n’avaient qu’à passer des concours de la fonction publique s’ils voulaient se plaindre.
C’est bien ainsi qu’il faut entendre le petit billet provocateur de Guillaume Meurice. Il ne cherche pas à dénoncer l’hypocrisie de certains Français, il cherche à leur faire mal par sa méchanceté, son mépris et sa grande-gueule d’homme de gauche qui sait pertinemment que tout lui est dû et que tout lui est autorisé. « Alors ? Je rêve ou tu chouines ? Ton business est en train de couler alors tu demandes de l’aide à l’Etat ? Je croyais que dans la vie, il fallait se débrouiller tout seul. Qu’il ne faut pas donner du poisson mais apprendre à pêcher, ou je ne sais quelle autre connerie inventée pour justifier ta position dominante », dit-il vengeur et révolté, comme un adolescent des années 80 découvrant le monde entre deux concerts des Béruriers Noirs.
Vive l’Etat quand il régularise des immigrés clandestins par centaines de milliers ! Mort à l’Etat quand il ose sauver de la faillite – nombreux n’y échapperont malheureusement pas – des entreprises qu’il a mis au chômage technique du fait de son imprévoyance, des gens qui ne demandaient qu’à travailler mais qui se retrouvent aujourd’hui à la rue. Oui, tous ces « dominants » qui maintiennent à flot des PMU, des bistrots, des petits commerces ou des salons d’esthétique. Ces monstres capitalistes qui, comme chacun le sait, rivalisent avec Amazon, Google et Facebook. Vive Facebook et Twitter quand ils sont utilisés pour traquer toute pensée qui sort du canon dominant de Radio France ! Vive la police quand elle arrête des participants à la manif pour tous ou des Gilets Jaunes un peu trop « jambon beurre pinard ». Mort à la police quand elle ose interpeller des voyous sans leur faire des bisous !
N’osez pas vous plaindre de lâcher 135 euros de redevance pour vous faire humilier, on vous dirait que vous ne respectez pas la liberté d’expression que vous défendez par ailleurs. Mais qui pourra nier que ce qui est supportable en temps normal devient intolérable en temps de crise ? On pouvait bien ignorer le mépris des beaufs incomplets pour les beaufs truculents que nous sommes quand la France était prospère, se dire qu’après tout cela participait du charme anachronique de la République française imprégnée par la pensée marxiste jusqu’à l’ivresse depuis une cinquantaine d’années. Quand la ruine menace, c’est plus difficile.
Je ne sais pas si la France est veuve. En tout cas elle est orpheline. Une personnalité remarquable va dorénavant lui manquer.
On pouvait ne pas aimer VGE mais une forme d’admiration lui était acquise même de la part de ses pires ennemis. Il a été un monument distingué de notre vie politique, aussi décisif par ses actions que par son influence. Chic, un zeste snob, content de lui et de ses capacités tant vantées, il était plus fort que toutes les caricatures auxquelles on a cherché à le réduire.
Son intelligence limpide, lumineuse, sachant expliquer, avec une rationalité brillante et ordonnée qui était son atout principal, n’a pas cessé, tout au long de son immense carrière, de combler les Français. Il a eu le courage de ne pas s’effacer après l’échec de 1981. Il paraissait, il s’exprimait et d’un coup l’obscur se dissipait et avec une assurance royale, il développait une argumentation qui, si elle ne convainquait pas, intimidait. On n’était pas obligé de contester la haute estime qu’il avait de lui-même. Elle n’était pas injustifiée.
Pourtant, le « oui mais » si célèbre qui a au moins partiellement causé le départ du général de Gaulle, pourrait également lui être appliqué. De la même manière que, s’il avait dénié à François Mitterrand le monopole du cœur, il avait pu lui-même parfois donner l’impression d’en manquer. L’esprit semblait dominer la sensibilité, et la certitude de n’avoir personne à sa hauteur donnait à ses attitudes même les plus sincères un tour affecté, alambiqué, peu naturel. Il donnait l’impression de se pencher sur le peuple et faute de savoir que « l’Histoire était tragique » selon le reproche que lui faisait de Gaulle, il projetait sur la France et le monde un regard teinté de l’optimisme que suscitait le réel chez lui quand il s’en mêlait. Rien de ce qui était sombre ne pouvait être giscardien.
Il pouvait susciter un agacement sans pareil non seulement par ses actions ou ses abstentions – certains ne lui ont jamais pardonné le regroupement familial ou son refus de gracier Christian Ranucci – mais au-delà d’elles. Par ses afféteries, ses préciosités, sa volonté de surprendre à tout prix, de ne rien faire comme tout le monde. Il aurait été capable, par esthétisme, de faire advenir la révolution et il aurait été sans doute prêt à multiplier les bouleversements pour notre pays, tant l’immobilisme était frappé du péché de ringardise et le mouvement d’une aura intrinsèque.
Sa plus grande force, sa modernité. Il avait fait radicalement bouger les lignes pour la jeunesse et les femmes avec l’IVG.
Sa plus grande faiblesse, sa modernité. À force de fuir l’ordinaire, il en oubliait qu’il aurait été très doué pour lui. Il s’abandonnait trop à une sorte de clinquant raffiné qui rendait d’autant plus ridicules ses accès de démagogie qui ne lui allaient pas du tout.
Mon regret est qu’à cause de la trahison de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, il ait été battu en 1981. Je suis persuadé que dans le cadre d’une délibération lucide avec lui-même, il aurait gommé ses erreurs, amplifié ses dons, porté à l’excellence sa vision internationale, été un phare européen. Il soutenait avoir été un grand président: en tout cas il le serait devenu.
Il est unique. Des êtres trop rares, pourvus de tant de qualités, dépassent de très loin les jugements habituels. Parce qu’ils ne sont pas communs, ils échappent au couperet du mépris ou de l’oubli.
Valéry Giscard d’Estaing: mais… oui !
Le regard libre d’Elisabeth Lévy
Au micro de Sud Radio dans la matinale, Elisabeth Lévy estime que VGE est en quelque sorte l’ancêtre de notre startup nation. Mais elle estime surtout que la France rejette en grande partie l’héritage de Giscard aujourd’hui.
Regardez:
« Giscard, c’est aussi le président de nos derniers jours heureux. Pour ce qui est du politique, il incarne la droite libérale, orléaniste, anti-gaulliste. On ne parlait pas encore de mondialisation heureuse mais dans le fond, il est un peu l’ancêtre de la start-up nation. La plus grande critique que je ferai à Valéry Giscard d’Estaing, c’est son européisme, la chimère supranationale. L’idée du couple avec l’Allemagne me paraît aussi être une faribole, car c’est en réalité le rapport de force qui décide, pas l’amour. Je m’étais laissée entendre qu’il avait dit en 2005, après le « Non » au référendum: « Ce n’est pas grave, on fera voter les Français jusqu’à ce qu’ils disent oui ». C’est un homme d’une grande intelligence, un lecteur incroyable, mais aujourd’hui la France rejette en grande partie l’héritage giscardien: la mondialisation heureuse, les frontières ouvertes, et je ne vous parle même pas du regroupement familial! »
L’étau se resserre pour Donald Trump. Mais il espère encore retourner l’élection en démontrant des irrégularités suffisamment massives dans au moins trois états-clés: Pennsylvanie, Michigan et Géorgie. Nous passons ici en revue les irrégularités que le clan Trump dénonce.
Quelle est aujourd’hui la stratégie de Donald Trump ? Continuera-t-il à contester le résultat des élections présidentielles ? Selon Alan Dershowitz, avocat et juriste constitutionnel, professeur émérite à Harvard, l’objectif de Trump consiste à faire repasser Biden en-dessous des 270 grands électeurs. Si aucun des candidats n’a la majorité de 270, le 12e Amendement prévoit que l’élection se joue à la Chambre des représentants. À raison d’une voix par Etat, les Républicains y sont majoritaires.
Je veux mon avocat !
« Si vous êtes près de l’ennemi, faites-lui croire que vous êtes loin de lui. » (Sun Tzu, Art de la Guerre).
La stratégie de Donald Trump repose sur ses avocats. Rudy Giuliani, ancien procureur, ancien maire de New-York et qui dirige l’équipe juridique de Trump, affirme que, dans la plupart des Etats-clés, il dispose d’au moins cent « affidavits » (témoignages sous serment susceptibles de vous envoyer en prison en cas de parjure) pour faire invalider, dans la seule Pennsylvanie (20 Grands électeurs), 670 000 voix. L’avance de Joe Biden dans cet État est d’environ 80 000 voix…
Élucubrations ? Il a fourni, jeudi 19 novembre, lors d’une conférence de presse de 1h45 – à revoir sur YouTube, non couverte par la plupart des grands médias américains – un affidavit qu’on peut vérifier publiquement (la centaine d’autres témoins doivent en effet être protégés). Il s’agit en l’occurrence d’une témoin, Jessie Jacob, qui décrit des irrégularités dans un gros bureau de vote à Détroit, Michigan : « Mon superviseur m’a ordonné d’apposer sur des votes par correspondance, une date antérieure à celle de leur envoi ». Giuliani affirme que des fraudes de ce genre auraient été la règle dans la plupart des Etats-clés. Il parle d’autres irrégularités comme des doubles votes (en présentiel et par correspondance), des non-vérifications d’identité, des assesseurs républicains empêchés de surveiller le dépouillement… Lors d’une audition mercredi 25 novembre devant l’Assemblée locale de Pennsylvanie dans une salle de conférence d’hôtel à Gettysburg, et devant des sénateurs de l’État, Rudy Giuliani a présenté une série de ces témoins dont un qui aurait été empêché de surveiller le dépouillement dans un bureau de votes.
Au début de cette affaire, une quasi omerta a régné sur les principales chaînes de télévision américaines, à l’exception de Fox News, Newsmax et OAN. On imagine aisément leur attitude si Joe Biden s’était plaint d’irrégularités électorales… Tout au long de la campagne, d’ailleurs, le parti pris des médias mainstream en faveur de Joe Biden est évident. Le centre de recherche sur les médias « MRC » a ainsi mené divers sondages qui démontrent que 17% des électeurs de Joe Biden n’auraient pas voté pour lui s’ils avaient eu connaissance d’affaires non-couvertes, comme les allégations d’emails supposément compromettants contenus dans l’ordinateur portable de Hunter Biden, le fils de Joe. A ce sujet, rappelons qu’au mois d’octobre le New York Post a publié deux articles critiques sur Hunter Biden et son affairisme en Ukraine, dont la dissémination a été délibérément limitée par Twitter et Facebook… Trop gênants pour le « candidat des GAFAM »?
Conspiration?
En parallèle, Me Sidney Powell, ancienne procureure, étudie, indépendamment de l’équipe de Trump, un axe très différent et qui relève d’une éventuelle conspiration autour des machines à voter Dominion. Le 25 novembre, Me Powell a déposé une plainte en Géorgie et au Michigan. Le document de plus de 100 pages déposé notamment devant une cour du Michigan est public et peut être consulté en ligne. Pour faire court, il y est allégué, entre autres, quatre types de fraude présumée: les votes orphelins (30 000 électeurs ont reçu une assignation à voter sans le demander et 30 000 bulletins envoyés par correspondance sont indiqués comme manquants) ; le fractionnement des votes (le système Dominion/Smartmatic contiendrait un algorithme qui permet d’attribuer une fraction du vote à un candidat déterminé) ; l’impossibilité physique supposée de compter 384 000 votes, presque tous pour Joe Biden, dans quatre arrondissements en deux heures dans la nuit du 3 au 4 novembre. Me Powell relate qu’Eric Coomer, un ancien employé de Dominium, se serait vanté sur un forum antifa avant l’élection: « Don’t worry Trump won’t win the election, we fixed that. » (« N’ayez pas peur, Trump ne gagnera pas cette élection. Nous allons arranger cela. »). Le 29 novembre, le juge Timothy C. Batten a autorisé, en Géorgie, les plaignants à mener une inspection « technique » des serveurs Dominion de manière approfondie.
Les grands médias américains mainstream et l’Associated Press continuent de nier toute possibilité de fraudes, taxant Donald Trump de mauvais perdant et d’irresponsable. Pourtant, ces mêmes médias ont endossé l’histoire abracadabrantesque du « dossier russe », une enquête de deux ans et demi menée pendant le mandat de Trump par le Procureur Mueller contre le président Trump, enquête qui avait tenté, en vain, de démontrer que des hackers russes avaient « volé » l’élection à Hillary Clinton. Dans le cas qui nous occupe, la division cyber du Département de la Sécurité intérieure a déclaré que cette élection était « la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis ». La firme Dominion a également nié toute compromission des résultats…
Invoquer le 12e Amendement
Me Dershowitz, qui a défendu Trump lors de sa procédure de destitution, pense que la stratégie de Donald Trump n’est donc plus d’atteindre 270 Grands électeurs mais bien de faire redescendre Joe Biden en-dessous de 270. Même 269 suffirait pour qu’une nouvelle élection présidentielle ait lieu, cette fois à la Chambre, en vertu du 12e Amendement à la Constitution américaine. Et à raison d’une voix par état à la Chambre, les Républicains y disposent de la majorité. Une autre possibilité est que le Sénat rejette plusieurs certifications de Grands électeurs s’ils émanent d’Etats « douteux ». Trump pourrait-il renverser l’élection ? À ce stade, étant donné le court laps de temps qui reste pour invalider des élections, Me Dershowitz voit tout de même Joe Biden s’installer dans le Bureau ovale le 20 janvier. S’exprimant avant le dépôt de la plainte de Sidney Powell, il a déclaré : « Dans un cas, ils n’ont pas les chiffres [pour retourner l’élection] ; dans l’autre cas, ils ne semblent pas encore avoir les preuves, peut-être qu’ils les ont, je ne les ai pas vues. Mais la théorie juridique est là pour les soutenir s’ils ont les chiffres et s’ils ont les preuves.»
Si Trump ne doit pas attendre des miracles des juges suprêmes qui n’aiment pas se positionner sur les procédures électorales, la Cour suprême est toutefois la plus conservatrice depuis longtemps (6 juges sur 9) avec trois juges proposés par Trump : Brett Kavanaugh, Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch. Dans une lettre récente, le sénateur Républicain Ted Cruz demande à la Cour suprême de se pencher sur le caractère, selon lui, inconstitutionnel, du décompte des bulletins arrivés après le 3 novembre en Pennsylvanie. Dans l’affaire Gore vs. Bush en 2000, la Cour suprême des États-Unis avait donné raison à George Bush Jr le… 12 décembre. Il fut élu avec 537 voix d’avance en Floride… Trump peut-il jouer à qui perd gagne ? Réponse dans deux semaines.
Nouvel exercice de victimisation de femmes françaises qui portent le voile. Elles seraient contraintes de quitter la France pour aller travailler en Grande Bretagne.
C’est à qui criera le plus fort à l’islamophobie. Dans un article paru chez Slate, des Françaises qui portent le voile nous font part de leur désespoir: stigmatisées pour leur religion, elles se disent contraintes de rejoindre l’Angleterre pour trouver du boulot !
En France, je me sens observée comme dans un zoo
Une franco-algérienne qui se plaint de ne pas trouver un emploi à la hauteur de ses compétences, une militante d’un « féminisme musulman », ou encore une docteure en sociologie qui parle de « fuite des cerveaux » : voici un échantillon des femmes qui témoignent. Rapidement, le ton est donné par Lydia, étudiante bien décidée à rejoindre Londres: « En France, je me sens observée comme dans un zoo. Qui aimerait vivre ainsi ? »
Aziza, elle, s’inquiète des récentes polémiques – citant l’inévitable Éric Zemmour – avant de confier être mentalement et physiquement éreintée: « Il y a une dynamique depuis plusieurs années qui fait basculer la société française dans quelque chose de plus sombre. Plus la situation économique s’aggrave, plus ils tapent sur les musulmans. »
Quant à Hanane Karimi, elle nous explique que pour ces femmes acculées, il ne reste qu’une issue: « Partir dans un pays où elles n’ont plus à penser à leur apparence, où elles n’ont plus à se camoufler ». « Ne plus se camoufler » signifie donc vivre là où se couvrir corps et tête est un code répandu – étrange dialectique !
Paradis multiculturel ou contrée halal ?
Après avoir pris l’exemple d’une pâtissière voilée dont le gâteau fut servi à Queen Elizabeth, Slate reprend un tweet d’un habitant de Birmingham, afin d’illustrer le contraste entre un Royaume-Uni chaleureux, tolérant, et une France coercitive.
j’habite à Birmingham en angleterre et je peux te dire que les femmes voilées ont autant de chance d’être prise dans un job que une femme pas voilée, et c’est vrai que partout où tu vas y’a des femmes qui pratiquent leurs religions sans que personne dise quoi que ce soit
Birmingham serait donc l’Eden des musulmans persécutés sur le Vieux Continent. Il est vrai que dans cette ville – deuxième plus peuplée du pays –, on est en avance par rapport à la France. Comme nous l’explique L’Obs, elle est devenue la « Mecque » des Français salafistes qui veulent pratiquer un islam rigoriste, à portée d’Eurostar. Là-bas, certains quartiers sont à 95% musulmans, le port du niqab – tout comme celui du kamis pour les hommes – est courant, l’appel à la prière résonne depuis le minaret de la mosquée principale avec son impressionnante capacité de 6000 places, et les programmes de l’éducation nationale sont expurgés de cours jugés pro-LGBT. Sur le site de la municipalité, son maire Mohammed Azim nous explique son parcours, depuis le Pakistan, et se fond avec bonhomie dans la tenue de Lord Mayor tout en indiquant son régime, halal ou végétarien.
Revenons sur les propos de Fatiha Ajbli, qui évoque une véritable « fuite des cerveaux ». Les employeurs français se priveraient donc de richesses intellectuelles au prétexte qu’elles auraient embrassé la mauvaise religion. Mais paradoxalement, l’article relate qu’en Angleterre « les femmes musulmanes sont trois fois plus au chômage ou en recherche d’emploi que les femmes en général ». Or, les études – Insee en tête – nous montrent que l’exposition au chômage est calquée sur le niveau d’études et la valeur des diplômes, que l’on soit Français ou non. Ce constat fragilise considérablement la théorie d’une discrimination à l’embauche.
Touche pas à mon voile
Enfin, Miriem, 21 ans, se refuse à quitter son foulard : « La France veut couper les ponts avec moi, mais moi je refuse ! ». Après la récente vague d’attentats, elle dit avoir été prise de dégoût, dénonçant des « actes monstrueux ». Pourtant, son anxiété a pris un visage inattendu : « Je me suis dit “ça va encore nous tomber dessus”. »
Mais de quoi parlez-vous Meriem ? Des balles de fusils mitrailleurs ? Des lames assassines ? Je vous rassure, elles ont pour habitude de s’abattre sur des catholiques en pleine messe, des policiers – en service ou non –, des patrouilles de militaires, des jeunes « décadents » qui s’abreuvent de bière et de musique profane, des familles aux jambes et bras dévêtus un soir de 14 juillet, ou encore d’innocents enfants juifs.
Vous témoignez d’une France prétendument islamophobe, qui interdirait à certaines femmes de travailler, de s’émanciper et de vivre en paix ? Mais ce tableau liberticide que vous dressez, on le retrouve plutôt… dans les territoires régis par l’islam ! Car seules les nations islamiques instaurent une inégalité de traitement entre femmes et hommes pour l’accès aux responsabilités, au travail, à la justice, au divorce, au mariage mixte, à l’héritage. Notre pays au contraire, par sa politique migratoire et la diversité qu’il affiche, n’a pas à prouver son ouverture à l’autre. Alors, permettez- moi une double recommandation : chassez de votre esprit ce fantasme d’une haine systémique envers
vos coreligionnaires, et songez peut-être tout simplement à réécrire votre CV.
Emmanuelle et Robert Ménard. Photo: Hannah Assouline.
Face aux créchophobes, le maire Robert Ménard pare à toute éventualité. Les défenseurs sourcilleux de la laïcité qui s’opposent à la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus sont surtout des adversaires résolus de l’identité française traditionnelle.
Avec le mois de décembre, les sapins de Noël font leur retour dans nos villes (sauf à Bordeaux dont les habitants sont privés d’arbres morts). À cette funeste exception près, même les partisans les plus fanatiques de la table rase ne font pas trop d’histoire avec les arbres enrubannés qui réjouissent la vue et l’âme. Ni d’ailleurs avec les illuminations festives destinées à attirer les grâces des dieux du commerce et de la dépense.
Bizarre que les Verts, qui ne sont jamais à court de trouvailles peine-à-jouir pour gâcher les plaisirs simples ne se soient pas avisés de calculer leur bilan carbone. Mais ne désespérons pas, il leur reste trois semaines.
Il serait étonnant, en revanche, que personne ne s’indigne de voir les crèches ressortir de leurs cartons ou de leur atelier (selon leur taille) pour être installées ici dans une mairie, là dans un hôtel départemental ou régional. Encore que, peut-être certains ont-ils compris qu’il valait mieux ne pas trop chatouiller le populo sur son coupable goût des traditions et des racines.
Déménagement possible en cas de décision judiciaire défavorable
Robert Ménard est l’un des premiers à dégainer. Comme tous les ans depuis 2014, le maire de Béziers installera la crèche de Noël dans la cour d’honneur de la mairie de sorte qu’il sera impossible pour quiconque pénètre dans le bâtiment de la rater. Il faut noter que cette crèche a la particularité d’être montée sur roulettes. Pour pouvoir déménager rapidement en cas de décision judiciaire défavorable.
La crèche de Béziers
En effet, les polémiques sont presque aussi traditionnelles que la crèche elle-même. Il se trouve toujours quelques militants pour s’offusquer de l’insupportable atteinte à la laïcité que constitue cette représentation naïve de la Nativité, des préfets pour relayer leurs récriminations et un Tribunal administratif pour condamner les collectivités contrevenantes. Les condamnations étant assorties d’une injonction de faire cesser le scandale et d’astreintes à payer en attendant, le maire de Béziers a imaginé l’astucieuse crèche à roulettes : ainsi peut-elle être déplacée facilement en cas de décision judiciaire défavorable. Cependant, l’an dernier, le Préfet de l’Hérault a laissé la crèche tranquille. Donc, il n’est pas impossible qu’il ait lâché l’affaire et que les roulettes soient encore inutiles cette année.
Le santon du professeur Raoult
On me dira que la crèche est effectivement problématique d’un point de vue laïque, puisque l’article 28 de la loi de 1905 interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». Cependant, dans un arrêt de 2016, le Conseil d’Etat a estimé que les crèches devaient être interdites dans les bâtiments publics, sauf si elles présentaient « un caractère culturel, artistique ou festif ». C’est ainsi que grâce aux santons, qui sont un art des classes populaires, les crèches installées à Lyon et dans nombre de villes du sud ont désormais droit de cité.
On peut opposer plusieurs arguments aux tenants d’une conception littérale de la laïcité. Premièrement, comme le rappelait l’ami Brighelli dans Le Point en 2014, il n’est nullement question dans la bible d’animaux qui adorent Dieu. Comme le sapin et le père Noël, la crèche, qui a été interdite par le Concile de Trente résulte d’un mélange de légendes païennes, de superstitions et de traditions artisanes. À Marseille, le santon qui fait fureur cette année est celui du professeur Raoult. Même si celui-ci est pour certains un dieu vivant, on admettra qu’on est assez loin de la foi catholique.
Une expression de l’identité française
Surtout, les créchophobes ne sont pas tant des défenseurs sourcilleux de la laïcité que des adversaires résolus de l’identité française dont l’existence même serait raciste, offensante pour les derniers arrivés, en particulier les musulmans. Ceux que la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus indispose ne peuvent pas supporter les expressions de l’identité française traditionnelle, laquelle est fortement teintée de catholicisme. Nul ne songe aujourd’hui à regretter la tutelle sur les esprits de l’Église catholique, même pas cette dernière. Mais il s’agit bien ici de culture et, n’en déplaise aux partisans d’un multiculturalisme dont une majorité de Français ne veut pas, l’égalité entre les individus ne suppose pas l’égalité entre les cultures. Autrement dit, la culture française doit jouir en France d’une sorte de droit d’aînesse. Au demeurant, elle n’est pas une punition mais un cadeau. Les crèches font plaisir aux enfants et leur parlent de l’histoire de leur pays, quelle que soit leur religion. Ceux qui se sentent offensés par les sapins, les crèches ou les clochers devraient peut-être se trouver un autre pays.
Le président élu prétend se battre pour ses concitoyens appauvris par vingt ans de mondialisation. Sauf que, pendant tout ce temps, Biden a été au service des banques qui ont contribué à cet appauvrissement. Un sacré conflit d’intérêts.
Selon toute probabilité, le 20 janvier prochain en fin d’après-midi, Joe Biden deviendra POTUS, le président des États-Unis. Il doit d’abord ses victoires électorales – les primaires démocrates d’abord, la présidentielle ensuite – à la pandémie du Covid-19 et à la perception qu’ont une majorité d’Américains de sa gestion par Donald Trump. Pour le reste, le bilan du 45e président a été très peu débattu pendant la campagne. Si l’ensemble de ses décisions économiques, politiques et diplomatiques peuvent être aussi bien défendues que critiquées, deux éléments me semblent déterminants.
Joe Biden ou la mise à mort des classes moyennes
Le premier est son rapport à la vérité qui demeure pour moi rédhibitoire. Certes, au cœur de la politique, il y a le secret, qui a le mensonge pour garde du corps. Difficile donc de reprocher à Donald Trump d’avoir menti beaucoup et souvent. Lyndon Johnson et Richard Nixon, pour ne prendre que ces deux exemples récents, n’étaient pas connus à Washington comme des adeptes acharnés de la vérité. Le problème avec Trump est qu’il a anéanti, ou laissé anéantir, l’idée même de vérité. Même s’il n’est pas QAnon, QAnon c’est lui[tooltips content= »QAnon est une théorie du complot qui se propage aux États-Unis depuis fin 2017. Ses adeptes croient qu’une cabale de pédophiles adorateurs de Satan tient le vrai pouvoir à Washington. Cet « État profond » aurait conspiré contre le président américain Donald Trump, seul capable de lui résister et de l’éliminer. »](1)[/tooltips]. Trump a vidé les signifiants de leur sens pour les transformer en pures armes rhétoriques dénuées de rapport avec un signifié quelconque. Or, sans la possibilité d’une vérité, l’idée même de politique n’a pas de sens. Rien que pour cela, sa défaite me paraît être une bonne chose.
Pour autant, et c’est le deuxième point, Trump a eu l’immense mérite de mettre au cœur du débat – grossièrement, de manière chaotique et souvent contre-productive – la plus grande question de notre temps : quel avenir proposer aux classes moyennes écrasées par la mondialisation ? Après des décennies de stagnation salariale et de précarisation, les petits-enfants des GI’s subissent un processus brutal et sans issue de paupérisation dont personne ne sait comment les sortir. Aux États-Unis, la perte de pouvoir d’achat a longtemps été camouflée par un système de crédit à la consommation allant des prêts étudiants aux crédits immobiliers en passant par les cartes de crédit. Comme avec le sucre que ces Américains déclassés consomment sans modération, le plaisir est de très courte durée et le prix à long terme, exorbitant.
Or, Joe Biden, qui a été sénateur trente-sept ans et vice-président de Barack Obama huit ans, a passé l’essentiel de sa carrière politique au service de ceux qui ont participé à la mise à mort des classes moyennes depuis les années 1980.
Le Delaware: un énorme paradis fiscal
Le Delaware est connu aux États-Unis comme « The First State » (« le premier État »), car il a été le premier à ratifier la Constitution des États-Unis en 1787. Deux siècles et demi plus tard, cette primauté prend un tout autre sens, beaucoup moins glorieux. Tout petit État (49e sur 50 en surface, 46e en population), le Delaware est un énorme paradis fiscal national. Dès la fin du XIXe siècle, l’élite de cet État sans aucun atout particulier a misé sur la domiciliation de sociétés. Grâce à une loi adoptée en 1899, le Delaware est rapidement devenu le premier État en matière de droit des sociétés : plus de 50 % des sociétés cotées en bourse aux États-Unis et 60 % des sociétés du classement Fortune 500 sont constituées (et donc domiciliées) dans ce micro-État. Ainsi les entreprises de la finance et les sociétés de cartes de crédit y détiennent un pouvoir. On peut donc aisément comprendre que le véritable premier devoir de chaque élu fédéral du Delaware, en particulier de ses deux sénateurs, est de rendre heureuses ces entreprises et leurs actionnaires. Pour y parvenir, le Delaware est devenu un sanctuaire juridique pour le monde des affaires. Biden n’a pas fait exception à la règle, comme en témoigne sa longue carrière.
Pour les sociétés américaines, des États tels que le Nevada et le Delaware offrent des « abris fiscaux » (tax shelters) favorables. Le premier avantage est la discrétion : une société créée au Delaware n’est pas obligée de divulguer l’identité de ses dirigeants et administrateurs lors de sa constitution. Pour ce qui concerne les impôts, l’État offre aux entreprises dont les activités sont situées hors de ses frontières de payer un taux d’impôt sur les bénéfices plus faible (une franchise) que celui qu’elle aurait payé là où elle fait ses bénéfices. D’autres allègements et exonérations – pas de TVA par exemple – complètent un paquet fiscal considéré comme le plus avantageux des États-Unis.
Autre avantage intéressant : des lois favorables à l’usure permettent aux entreprises financières, par exemple les émettrices de cartes de crédit, d’appliquer des taux d’intérêt plus élevés sur les prêts. Enfin, un tribunal spécial et une administration rapide et efficace offrent aux entreprises la possibilité de faire des démarches et de régler des litiges avec simplicité et célérité. Ainsi, on peut créer une société à responsabilité limitée (SARL) souvent en quelques heures et jamais en plus de cinq jours ouvrables.
Entre janvier 1973 et janvier 2009, Joe Biden a été sans interruption un sénateur au service d’un paradis fiscal qui a systématiquement siphonné les recettes d’autres États, contribuant ainsi à transformer la vie de millions d’Américains en un enfer économique et social. Mais ce n’est pas tout : dès le début des années 1980, le Delaware est devenu le First State de l’industrie des cartes de crédit.
Un lobbying acharné
La Maryland National Bank a été fondée au début du siècle dernier. Dans les années 1960, sa société mère, MNC Financial, s’est lancée dans les cartes de crédit, les vraies – pas celles que nous utilisons en France et que nous appelons cartes bancaires. Il s’agit d’un véritable crédit proposé au détenteur de la carte par la société émettrice. Le client règle tout ou une partie de sa facture mensuelle après réception d’un relevé de ses dépenses majorées de l’intérêt et autres commissions. Pas de lien donc entre l’émettrice et la banque où le compte du client est géré. Comme avec les téléphones portables, le marché des cartes de crédit, en très forte croissance au début, arrive à maturité à la fin des années 1970. La concurrence est rude et il faut trouver des moyens de faire de la marge. Ainsi, au début des années 1980, les banques du Maryland et parmi elles MNC Financial se livrent à un lobbying acharné auprès de l’Assemblée de l’État du Maryland pour qu’elle vote une loi autorisant des taux d’intérêt plus élevés sur les frais des cartes de crédit. Cela s’appelle de l’usure et les élus de cet État, qui tire son nom de la fille d’Henri IV de France mariée à Charles Ier d’Angleterre, refusent. En revanche, ceux de l’État voisin du Delaware n’ont pas autant de scrupules et en 1981, ils suppriment les restrictions sur les taux d’intérêt. Pour les émettrices de cartes de crédit, c’est le jackpot et MNC Financial délocalise ses activités de cartes de crédit au-delà de la frontière. En 1982, une nouvelle société, Maryland Bank, N.A. (MBNA) est enregistrée au Delaware. Et elle cartonne. Au fur et à mesure de sa croissance, MBNA est devenue l’une des entreprises les plus rentables des États-Unis, le plus grand émetteur indépendant de cartes de crédit au monde et le plus grand employeur privé du Delaware. En 1995, MBNA déplace son siège social de la banlieue au centre de Wilmington, la plus grande ville du Delaware, une opération immobilière gigantesque à l’échelle du petit État.
Existence d’un conflit d’intérêts ?
Les talents d’homme d’affaires de Charles Cawley, PDG et fondateur de MBNA, expliquent sans doute les performances financières exceptionnelles de la société. Mais il y avait autre chose. Pour gagner de l’argent dans un marché saturé et concurrentiel, les sociétés de cartes de crédit ont utilisé des pratiques commerciales douteuses et notamment l’augmentation des taux d’intérêt sans avertissement, ainsi que l’utilisation dans leurs communications écrites avec les clients d’un langage compliqué pour semer la confusion chez eux. Ainsi, selon une enquête de la chaîne CBS diffusée en 2004, la MBNA s’est avérée être l’une des principales entreprises à mettre en œuvre ces pratiques, que l’on peut qualifier de « casher, mais puantes ». Barack Obama, qui avait fait de la défense des consommateurs face aux sociétés émettrices de cartes de crédit l’un des principaux chevaux de bataille de sa campagne de 2008, résumait le problème de cette façon : « Depuis trop longtemps, les sociétés de cartes de crédit ont recours à des pratiques injustes et trompeuses pour inciter les Américains à signer des accords qu’ils ne peuvent pas se permettre. » Gordon Brown, Premier ministre britannique de 2007-2010, aurait pu faire le même commentaire au sujet des pratiques en vigueur dans la filiale anglaise de la MBNA.
(Hunter Biden) touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.
Biden, que les médias français fantasment en président de gauche, a été l’un des principaux champions démocrates des sociétés émettrices de cartes de crédit, notamment depuis son poste au sein de la commission judiciaire du Sénat (1987-1995). Cette bienveillance n’était pas totalement désintéressée.
En 1996, la MBNA, dont les cadres ont généreusement contribué à financer les campagnes électorales de Joe Biden, a embauché son fils Hunter comme lobbyiste. Or, à cette période, son père défendait à Washington les intérêts des sociétés de cartes de crédit, telles que la MBNA. Et en 2001, alors que le fiston avait commencé à travailler comme lobbyiste fédéral, activité encadrée au niveau des États et au niveau fédéral, la MBNA continuait à lui verser 100 000 dollars par an pour ses conseils. Autrement dit, il touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.
En 2005, après presque une décennie de luttes et de lobbying, la fameuse « Loi sur la prévention des abus de la faillite et la protection des consommateurs » (BAPCPA) a été votée. Certes, la MBNA et consorts n’ont pas eu tout ce qu’ils voulaient, mais ont gagné sur l’essentiel : trois ans avant la crise financière de 2008, et nonobstant son titre prometteur, ce texte aggravait les difficultés des Américains des classes moyennes et modestes aux prises avec la dette. Quoi qu’il en dise aujourd’hui, Joe Biden a joué un rôle prépondérant dans cette affaire. Le projet de loi initial était très dur pour les sociétés de crédit qui comptaient peu d’avocats au Sénat. C’est très probablement grâce à ses efforts que 18 sénateurs démocrates se sont rangés du côté des républicains pour voter en faveur d’une loi qui réduisait la protection des consommateurs. Quinze ans et une crise financière majeure après, la BAPCPA rend toujours la déclaration de faillite plus coûteuse et plus lourde pour de très nombreux Américains : depuis son adoption, les dépôts de bilan par la voie dure, dite « chapitre 13 », sont passés de 24 % de l’ensemble annuel en 2005 à 39 % en 2017.
Une semaine avant l’élection présidentielle, un porte-parole de la campagne de Biden a publié le communiqué suivant : « Joe Biden s’est battu pour les familles de travailleurs pendant toute sa carrière et se présente à la présidence pour reconstruire la classe moyenne afin que personne ne soit oublié au bord de la route. Il pense que nous devons remodeler fondamentalement notre système de faillite afin que les familles de la classe moyenne écrasées par la dette – situation aggravée par une crise économique sans précédente causée par l’échec du leadership de Donald Trump – puissent obtenir l’aide dont elles ont désespérément besoin. » Nous voilà rassurés. Il aurait été inquiétant que le nouveau président des États-Unis soit l’ancien sénateur du Delaware.
J’aurais dû me douter en le contemplant figé dans le bronze face à la mer…
Élégamment vêtu, Chopin semblait narguer le pain de sucre de Rio de Janeiro pour l’éternité. J’aurais dû me douter que sa posture pensive dissimulait un trésor identitaire plus étincelant que celui de mâle blanc « daté » – comme disent les jeunes – faisant de la musique pour Blancs. Derrière les sonates de Chopin se draperait-il une nouvelle icône LGBT?
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.
Durant le confinement printanier, un journaliste helvète dénommé Moritz Weber a épluché des lettres de Frédéric Chopin. « Vous n’aimez pas être embrassé. S’il vous plaît, laissez-moi le faire aujourd’hui. Vous devez payer pour le rêve salace que j’ai fait à votre égard la nuit dernière », aurait écrit le pianiste en polonais au compositeur Tytus Woyciechowski. « Les archivistes et biographes ont délibérément fermé les yeux sur les lettres homo-érotiques du compositeur durant des siècles pour rendre l’icône nationale polonaise conforme aux normes conservatrices », abonde le quotidien britannique The Guardian – qui échappe lui aux accusations de complotisme.
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Facebook de l’Institut Frédéric Chopin.
Des mots qui sonnent un peu différemment en polonais
« Chopin était un romantique qui ne faisait absolument pas la différence entre les hommes et les femmes dans ses lettres d’amour. Voir une sorte de conspiration derrière les lettres cachées est absurde », a tempéré un dénommé Frick, professeur retraité du département de langues slaves de l’université de Yale. Un porte-parole de l’Institut Frédéric Chopin -créé au début du siècle et situé à Varsovie – souligne que la tonalité érotique des lettres du pianiste relève du grand élan romantique du XIXème – auquel on peut rattacher les mouvements de Chopin – et assure que ses mots doux « sonnent un peu différemment en polonais ».
De quoi lever le pied de la pédale d’amplification des faits visant à mieux les récupérer? Loin s’en faut. « Les lettres d’amour enflammées du pianiste Frédéric Chopin à des hommes sortent des tiroirs », s’est ébaudi le magazine Têtu en guise de titre. Euphorique, le journal émet l’hypothèse que « sa passion supposée avec l’autrice féministe et très probablement bisexuelle George Sand pourrait dès lors n’avoir été qu’une façade ».
Qu’il soit de la fanfare ou pas, écoutons Chopin !
La palme revient néanmoins à la « page » Twitter Le coin des LGBT+. Forte de ses treize mille abonnés, elle a tweeté un poil courroucée: « Passer sous silence qu’une personne (Chopin) était LGBT+, c’est laisser croire (à dessein!) qu’elle était dyadique[1], cisgenre[2] et hétéro ». Bientôt des valses labellisées LGBT+ lors de nocturnes chopinesques déconseillés aux couples « binaires »? En l’attente du meilleur des mondes, le meilleur moyen d’honorer le génie que fut Chopin et d’ « empêcher que le monde ne se défasse » (complètement), comme dit Albert Camus à Stockholm, est encore d’écouter ou de jouer ses valses. Et pour cela, nul besoin d’abuser de la pédale douce!
[1] « Dyadique (dyadic) : une personne qui rentre dans les standards mâles ou femelles, c’est à dire non-intersexe », nous apprend le site internet uniqueensongenre
[2] « L’adjectif cisgenre est un néologisme désignant un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre », assure Wikipédia.
Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ».
Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs”et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».
Réplique des adeptes de l’accommodement
Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.
Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.
En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites.Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.
À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.
Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.
Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.
Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.
Nous allons célébrer, du 25 au 30 décembre prochain, le centième anniversaire du 18e Congrès de la section française de l’Internationale ouvrière, c’est-à-dire la SFIO, qui eut lieu à Tours en décembre 1920. Ce Congrès est d’une grande importance dans l’histoire politique française car c’est au cours de celui-ci que la gauche française s’est officiellement convertie au marxisme-léninisme, modifiant ainsi sa structure intellectuelle. Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui.
Cinq mois plus tôt, en juillet, le deuxième Congrès de l’Internationale communiste avait fixé une liste de 21 conditions à l’adhésion d’une « Troisième Internationale » créée par Lénine en 1919. En décembre, lors de ce Congrès de Tours, la gauche française éclate en morceaux. Les trois quarts des militants socialistes acceptent l’essentiel des conditions de Moscou et, dès lors, adhèrent à la Troisième Internationale et fondent la SFIC (Section française de l’Internationale communiste), ancêtre de l’actuel Parti communiste français. Les Pacifistes de Paul Faure et les socialistes de la SFIO conduits par Léon Blum les refusent, une fracture toujours visible aujourd’hui qui rend la gauche française particulièrement archaïque.
Gauche révolutionnaire contre gauche réformiste
Ce fossé partisan entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste creusé par le Congrès de Tours connaissait déjà un précédent syndical tout aussi désolant. Les syndicats avaient été interdits par la Révolution française avec la loi Le Chapelier de 1791. Il fallut attendre 1864 pour que le député libéral de la Seine, Émile Ollivier, fasse voter une loi supprimant celle de Le Chapelier et autorisant le droit de grève. Puis, le 21 mars 1884, un autre député libéral, Pierre Waldeck-Rousseau, fit voter une loi qui légalisa définitivement les syndicats.
Malgré ce parrainage des libéraux, le syndicalisme français, dès sa renaissance, voit rouge. La première Fédération nationale d’affiliés aux bourses du travail est fondée en 1895. Elle s’appelle la CGT (Confédération Générale du Travail) et prône la lutte des classes et le communisme révolutionnaire. Cette tendance se confirme lors du 9e Congrès de la CGT à Amiens, en 1906, qui se clôt par le vote d’une charte adoptée par 830 voix sur 839 approuvant une double assignation au syndicalisme révolutionnaire : « la défense immédiate et quotidienne des travailleurs et la lutte pour une transformation de la société » passant par « l’expropriation capitaliste » et « la grève générale ». Cette Charte d’Amiens va devenir la référence d’un syndicalisme français non seulement politique, mais aussi communiste. La CGT en reste, aujourd’hui encore, l’acteur principal.
La promesse de l’utopie
L’utopie communiste, sa promesse d’un avenir meilleur, ses « lendemains qui chantent », la société sans classe, vont marquer pour longtemps la culture et les discours de la gauche française, politique ou syndicale. Et celle-ci, jusqu’à présent, n’a toujours trouvé ni remède ni vaccin pour refonder son unité associée à une identité démocratique et moderne.
Deux exemples auraient dû l’inspirer. Le premier est celui du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui adopte à une très large majorité de ses membres, en novembre 1959, le « Programme de Bad Godesberg ». Celui-ci abandonne toute référence au marxisme, reconnait « la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur », adoptant ainsi l’économie de marché et renonçant à toute idée de nationalisation. Le parti se déclare lié à la population allemande tout entière, et non plus seulement aux travailleurs et à la défense de leurs intérêts.
Le second exemple, plus récent, est la réinvention du parti travailliste anglais en un « New Labour » qui renonce, en 1996, au radicalisme, lequel a provoqué dégâts et défaites. Ce nouveau travaillisme tourne le dos à l’objectif illusoire de l’égalité sociale, mais prône l’égalité des chances et confie au libre marché la tâche d’assurer à la fois la prospérité économique et la justice sociale.
La gauche française, par atavisme et aveuglement, ne voit dans ces deux modernisations pragmatiques des gauches allemande et britannique qu’une entorse anglo-saxonne à l’orthodoxie socialiste. Elle démontre être restée spontanément allergique à toute intrusion libérale dans l’ordre « progressiste » qu’elle prétend défendre.
Et nous, qui aimons tant vanter nos « exceptions françaises », pouvons certifier que…
Dans son dernier texte, l’idéologue de la gauche qui vous méprise au quotidien chez Charline Vanhoenacker n’était jamais allé aussi loin
Dans un texte drôle et brillant appelé « Vers une semi-réhabilitation du beauf » qu’il a récemment publié dans son recueil Interventions 2020, Michel Houellebecq écrit au sujet des Cabu, Guy Bedos ou Siné que ces derniers ont « en eux-mêmes les aptitudes naturelles du beauf » mais qu’ « ils n’ont pas su les faire fructifier (un traumatisme s’est produit, quelque chose les a déviés de leur route), et ils n’ont pas pu atteindre à la pure sérénité beaufienne ; d’où en eux quelque chose de crispé, de mauvais, qui se traduit par un manque absolu d’humour ». Guillaume Meurice est un surgeon de ces beaufs incomplets, ces premiers semi-beaufs qu’on aurait grand-peine à réhabiliter.
Il l’est encore plus incomplètement, n’ayant conservé du beauf que la violence du langage à laquelle il ajoute une condescendance acquise, apprise sur les bancs des médias du service public, et en fréquentant l’intelligentsia officielle de la gauche hors-sol, qui, entretenue de pensions versées avec une régularité d’horloge suisse, n’a qu’à se baisser pour avoir de quoi vivre en sécurité sans jamais se soucier du lendemain. Le confinement ? Le coronavirus ? Ils s’en foutent, leurs salaires sont garantis !
Il faut bien toutefois tuer le temps. Rien de tel que se foutre de ces connards de Français dans Siné Hebdo s’est dit le sieur Meurice. Indépendants, commerçants, patrons de bars, cuisiniers intérimaires, barmaids et coiffeuses doivent être de droite. C’est sociologique, c’est leur classe. Et puis, en y ajoutant un peu de rhétorique marxiste, pourquoi ne pas faire de ceux qui les nourrissent depuis toujours le nouveau lumpenprolétariat de la France d’après la crise. Après tout, pour Guillaume Meurice et les siens, l’affaire est réglée : c’est l’Etat qui paye, généreusement et sans jamais s’interrompre.
Si l’Etat ne veut pas, il suffit de se mettre en grève ou de coordonner une attaque médiatique pour le contraindre. C’est ainsi que ça marche depuis François Mitterrand, et il n’y a pas intérêt à ce que ça s’arrête. L’Etat est bon quand il les soutient, quand il est de leur côté. Un peu comme les Français populaires, les petits et les sans-grades. Ils sont valables jusqu’au jour où ils décident de voter autrement qu’à gauche, faute de quoi ce sont des traîtres, de complets beaufs, des ploucs et des bons à rien parasites qui n’avaient qu’à passer des concours de la fonction publique s’ils voulaient se plaindre.
C’est bien ainsi qu’il faut entendre le petit billet provocateur de Guillaume Meurice. Il ne cherche pas à dénoncer l’hypocrisie de certains Français, il cherche à leur faire mal par sa méchanceté, son mépris et sa grande-gueule d’homme de gauche qui sait pertinemment que tout lui est dû et que tout lui est autorisé. « Alors ? Je rêve ou tu chouines ? Ton business est en train de couler alors tu demandes de l’aide à l’Etat ? Je croyais que dans la vie, il fallait se débrouiller tout seul. Qu’il ne faut pas donner du poisson mais apprendre à pêcher, ou je ne sais quelle autre connerie inventée pour justifier ta position dominante », dit-il vengeur et révolté, comme un adolescent des années 80 découvrant le monde entre deux concerts des Béruriers Noirs.
Vive l’Etat quand il régularise des immigrés clandestins par centaines de milliers ! Mort à l’Etat quand il ose sauver de la faillite – nombreux n’y échapperont malheureusement pas – des entreprises qu’il a mis au chômage technique du fait de son imprévoyance, des gens qui ne demandaient qu’à travailler mais qui se retrouvent aujourd’hui à la rue. Oui, tous ces « dominants » qui maintiennent à flot des PMU, des bistrots, des petits commerces ou des salons d’esthétique. Ces monstres capitalistes qui, comme chacun le sait, rivalisent avec Amazon, Google et Facebook. Vive Facebook et Twitter quand ils sont utilisés pour traquer toute pensée qui sort du canon dominant de Radio France ! Vive la police quand elle arrête des participants à la manif pour tous ou des Gilets Jaunes un peu trop « jambon beurre pinard ». Mort à la police quand elle ose interpeller des voyous sans leur faire des bisous !
N’osez pas vous plaindre de lâcher 135 euros de redevance pour vous faire humilier, on vous dirait que vous ne respectez pas la liberté d’expression que vous défendez par ailleurs. Mais qui pourra nier que ce qui est supportable en temps normal devient intolérable en temps de crise ? On pouvait bien ignorer le mépris des beaufs incomplets pour les beaufs truculents que nous sommes quand la France était prospère, se dire qu’après tout cela participait du charme anachronique de la République française imprégnée par la pensée marxiste jusqu’à l’ivresse depuis une cinquantaine d’années. Quand la ruine menace, c’est plus difficile.
Je ne sais pas si la France est veuve. En tout cas elle est orpheline. Une personnalité remarquable va dorénavant lui manquer.
On pouvait ne pas aimer VGE mais une forme d’admiration lui était acquise même de la part de ses pires ennemis. Il a été un monument distingué de notre vie politique, aussi décisif par ses actions que par son influence. Chic, un zeste snob, content de lui et de ses capacités tant vantées, il était plus fort que toutes les caricatures auxquelles on a cherché à le réduire.
Son intelligence limpide, lumineuse, sachant expliquer, avec une rationalité brillante et ordonnée qui était son atout principal, n’a pas cessé, tout au long de son immense carrière, de combler les Français. Il a eu le courage de ne pas s’effacer après l’échec de 1981. Il paraissait, il s’exprimait et d’un coup l’obscur se dissipait et avec une assurance royale, il développait une argumentation qui, si elle ne convainquait pas, intimidait. On n’était pas obligé de contester la haute estime qu’il avait de lui-même. Elle n’était pas injustifiée.
Pourtant, le « oui mais » si célèbre qui a au moins partiellement causé le départ du général de Gaulle, pourrait également lui être appliqué. De la même manière que, s’il avait dénié à François Mitterrand le monopole du cœur, il avait pu lui-même parfois donner l’impression d’en manquer. L’esprit semblait dominer la sensibilité, et la certitude de n’avoir personne à sa hauteur donnait à ses attitudes même les plus sincères un tour affecté, alambiqué, peu naturel. Il donnait l’impression de se pencher sur le peuple et faute de savoir que « l’Histoire était tragique » selon le reproche que lui faisait de Gaulle, il projetait sur la France et le monde un regard teinté de l’optimisme que suscitait le réel chez lui quand il s’en mêlait. Rien de ce qui était sombre ne pouvait être giscardien.
Il pouvait susciter un agacement sans pareil non seulement par ses actions ou ses abstentions – certains ne lui ont jamais pardonné le regroupement familial ou son refus de gracier Christian Ranucci – mais au-delà d’elles. Par ses afféteries, ses préciosités, sa volonté de surprendre à tout prix, de ne rien faire comme tout le monde. Il aurait été capable, par esthétisme, de faire advenir la révolution et il aurait été sans doute prêt à multiplier les bouleversements pour notre pays, tant l’immobilisme était frappé du péché de ringardise et le mouvement d’une aura intrinsèque.
Sa plus grande force, sa modernité. Il avait fait radicalement bouger les lignes pour la jeunesse et les femmes avec l’IVG.
Sa plus grande faiblesse, sa modernité. À force de fuir l’ordinaire, il en oubliait qu’il aurait été très doué pour lui. Il s’abandonnait trop à une sorte de clinquant raffiné qui rendait d’autant plus ridicules ses accès de démagogie qui ne lui allaient pas du tout.
Mon regret est qu’à cause de la trahison de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, il ait été battu en 1981. Je suis persuadé que dans le cadre d’une délibération lucide avec lui-même, il aurait gommé ses erreurs, amplifié ses dons, porté à l’excellence sa vision internationale, été un phare européen. Il soutenait avoir été un grand président: en tout cas il le serait devenu.
Il est unique. Des êtres trop rares, pourvus de tant de qualités, dépassent de très loin les jugements habituels. Parce qu’ils ne sont pas communs, ils échappent au couperet du mépris ou de l’oubli.
Valéry Giscard d’Estaing: mais… oui !
Le regard libre d’Elisabeth Lévy
Au micro de Sud Radio dans la matinale, Elisabeth Lévy estime que VGE est en quelque sorte l’ancêtre de notre startup nation. Mais elle estime surtout que la France rejette en grande partie l’héritage de Giscard aujourd’hui.
Regardez:
« Giscard, c’est aussi le président de nos derniers jours heureux. Pour ce qui est du politique, il incarne la droite libérale, orléaniste, anti-gaulliste. On ne parlait pas encore de mondialisation heureuse mais dans le fond, il est un peu l’ancêtre de la start-up nation. La plus grande critique que je ferai à Valéry Giscard d’Estaing, c’est son européisme, la chimère supranationale. L’idée du couple avec l’Allemagne me paraît aussi être une faribole, car c’est en réalité le rapport de force qui décide, pas l’amour. Je m’étais laissée entendre qu’il avait dit en 2005, après le « Non » au référendum: « Ce n’est pas grave, on fera voter les Français jusqu’à ce qu’ils disent oui ». C’est un homme d’une grande intelligence, un lecteur incroyable, mais aujourd’hui la France rejette en grande partie l’héritage giscardien: la mondialisation heureuse, les frontières ouvertes, et je ne vous parle même pas du regroupement familial! »
Rudi Giuliani, l'avocat de Trump, devant le Pennsylvania State Senate Majority Policy Committee, le 25 novembre 2020, à Gettysburg, Pa. (AP Photo/Julio Cortez)/PAJC111/20330656645564//2011251915
L’étau se resserre pour Donald Trump. Mais il espère encore retourner l’élection en démontrant des irrégularités suffisamment massives dans au moins trois états-clés: Pennsylvanie, Michigan et Géorgie. Nous passons ici en revue les irrégularités que le clan Trump dénonce.
Quelle est aujourd’hui la stratégie de Donald Trump ? Continuera-t-il à contester le résultat des élections présidentielles ? Selon Alan Dershowitz, avocat et juriste constitutionnel, professeur émérite à Harvard, l’objectif de Trump consiste à faire repasser Biden en-dessous des 270 grands électeurs. Si aucun des candidats n’a la majorité de 270, le 12e Amendement prévoit que l’élection se joue à la Chambre des représentants. À raison d’une voix par Etat, les Républicains y sont majoritaires.
Je veux mon avocat !
« Si vous êtes près de l’ennemi, faites-lui croire que vous êtes loin de lui. » (Sun Tzu, Art de la Guerre).
La stratégie de Donald Trump repose sur ses avocats. Rudy Giuliani, ancien procureur, ancien maire de New-York et qui dirige l’équipe juridique de Trump, affirme que, dans la plupart des Etats-clés, il dispose d’au moins cent « affidavits » (témoignages sous serment susceptibles de vous envoyer en prison en cas de parjure) pour faire invalider, dans la seule Pennsylvanie (20 Grands électeurs), 670 000 voix. L’avance de Joe Biden dans cet État est d’environ 80 000 voix…
Élucubrations ? Il a fourni, jeudi 19 novembre, lors d’une conférence de presse de 1h45 – à revoir sur YouTube, non couverte par la plupart des grands médias américains – un affidavit qu’on peut vérifier publiquement (la centaine d’autres témoins doivent en effet être protégés). Il s’agit en l’occurrence d’une témoin, Jessie Jacob, qui décrit des irrégularités dans un gros bureau de vote à Détroit, Michigan : « Mon superviseur m’a ordonné d’apposer sur des votes par correspondance, une date antérieure à celle de leur envoi ». Giuliani affirme que des fraudes de ce genre auraient été la règle dans la plupart des Etats-clés. Il parle d’autres irrégularités comme des doubles votes (en présentiel et par correspondance), des non-vérifications d’identité, des assesseurs républicains empêchés de surveiller le dépouillement… Lors d’une audition mercredi 25 novembre devant l’Assemblée locale de Pennsylvanie dans une salle de conférence d’hôtel à Gettysburg, et devant des sénateurs de l’État, Rudy Giuliani a présenté une série de ces témoins dont un qui aurait été empêché de surveiller le dépouillement dans un bureau de votes.
Au début de cette affaire, une quasi omerta a régné sur les principales chaînes de télévision américaines, à l’exception de Fox News, Newsmax et OAN. On imagine aisément leur attitude si Joe Biden s’était plaint d’irrégularités électorales… Tout au long de la campagne, d’ailleurs, le parti pris des médias mainstream en faveur de Joe Biden est évident. Le centre de recherche sur les médias « MRC » a ainsi mené divers sondages qui démontrent que 17% des électeurs de Joe Biden n’auraient pas voté pour lui s’ils avaient eu connaissance d’affaires non-couvertes, comme les allégations d’emails supposément compromettants contenus dans l’ordinateur portable de Hunter Biden, le fils de Joe. A ce sujet, rappelons qu’au mois d’octobre le New York Post a publié deux articles critiques sur Hunter Biden et son affairisme en Ukraine, dont la dissémination a été délibérément limitée par Twitter et Facebook… Trop gênants pour le « candidat des GAFAM »?
Conspiration?
En parallèle, Me Sidney Powell, ancienne procureure, étudie, indépendamment de l’équipe de Trump, un axe très différent et qui relève d’une éventuelle conspiration autour des machines à voter Dominion. Le 25 novembre, Me Powell a déposé une plainte en Géorgie et au Michigan. Le document de plus de 100 pages déposé notamment devant une cour du Michigan est public et peut être consulté en ligne. Pour faire court, il y est allégué, entre autres, quatre types de fraude présumée: les votes orphelins (30 000 électeurs ont reçu une assignation à voter sans le demander et 30 000 bulletins envoyés par correspondance sont indiqués comme manquants) ; le fractionnement des votes (le système Dominion/Smartmatic contiendrait un algorithme qui permet d’attribuer une fraction du vote à un candidat déterminé) ; l’impossibilité physique supposée de compter 384 000 votes, presque tous pour Joe Biden, dans quatre arrondissements en deux heures dans la nuit du 3 au 4 novembre. Me Powell relate qu’Eric Coomer, un ancien employé de Dominium, se serait vanté sur un forum antifa avant l’élection: « Don’t worry Trump won’t win the election, we fixed that. » (« N’ayez pas peur, Trump ne gagnera pas cette élection. Nous allons arranger cela. »). Le 29 novembre, le juge Timothy C. Batten a autorisé, en Géorgie, les plaignants à mener une inspection « technique » des serveurs Dominion de manière approfondie.
Les grands médias américains mainstream et l’Associated Press continuent de nier toute possibilité de fraudes, taxant Donald Trump de mauvais perdant et d’irresponsable. Pourtant, ces mêmes médias ont endossé l’histoire abracadabrantesque du « dossier russe », une enquête de deux ans et demi menée pendant le mandat de Trump par le Procureur Mueller contre le président Trump, enquête qui avait tenté, en vain, de démontrer que des hackers russes avaient « volé » l’élection à Hillary Clinton. Dans le cas qui nous occupe, la division cyber du Département de la Sécurité intérieure a déclaré que cette élection était « la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis ». La firme Dominion a également nié toute compromission des résultats…
Invoquer le 12e Amendement
Me Dershowitz, qui a défendu Trump lors de sa procédure de destitution, pense que la stratégie de Donald Trump n’est donc plus d’atteindre 270 Grands électeurs mais bien de faire redescendre Joe Biden en-dessous de 270. Même 269 suffirait pour qu’une nouvelle élection présidentielle ait lieu, cette fois à la Chambre, en vertu du 12e Amendement à la Constitution américaine. Et à raison d’une voix par état à la Chambre, les Républicains y disposent de la majorité. Une autre possibilité est que le Sénat rejette plusieurs certifications de Grands électeurs s’ils émanent d’Etats « douteux ». Trump pourrait-il renverser l’élection ? À ce stade, étant donné le court laps de temps qui reste pour invalider des élections, Me Dershowitz voit tout de même Joe Biden s’installer dans le Bureau ovale le 20 janvier. S’exprimant avant le dépôt de la plainte de Sidney Powell, il a déclaré : « Dans un cas, ils n’ont pas les chiffres [pour retourner l’élection] ; dans l’autre cas, ils ne semblent pas encore avoir les preuves, peut-être qu’ils les ont, je ne les ai pas vues. Mais la théorie juridique est là pour les soutenir s’ils ont les chiffres et s’ils ont les preuves.»
Si Trump ne doit pas attendre des miracles des juges suprêmes qui n’aiment pas se positionner sur les procédures électorales, la Cour suprême est toutefois la plus conservatrice depuis longtemps (6 juges sur 9) avec trois juges proposés par Trump : Brett Kavanaugh, Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch. Dans une lettre récente, le sénateur Républicain Ted Cruz demande à la Cour suprême de se pencher sur le caractère, selon lui, inconstitutionnel, du décompte des bulletins arrivés après le 3 novembre en Pennsylvanie. Dans l’affaire Gore vs. Bush en 2000, la Cour suprême des États-Unis avait donné raison à George Bush Jr le… 12 décembre. Il fut élu avec 537 voix d’avance en Floride… Trump peut-il jouer à qui perd gagne ? Réponse dans deux semaines.
Nouvel exercice de victimisation de femmes françaises qui portent le voile. Elles seraient contraintes de quitter la France pour aller travailler en Grande Bretagne.
C’est à qui criera le plus fort à l’islamophobie. Dans un article paru chez Slate, des Françaises qui portent le voile nous font part de leur désespoir: stigmatisées pour leur religion, elles se disent contraintes de rejoindre l’Angleterre pour trouver du boulot !
En France, je me sens observée comme dans un zoo
Une franco-algérienne qui se plaint de ne pas trouver un emploi à la hauteur de ses compétences, une militante d’un « féminisme musulman », ou encore une docteure en sociologie qui parle de « fuite des cerveaux » : voici un échantillon des femmes qui témoignent. Rapidement, le ton est donné par Lydia, étudiante bien décidée à rejoindre Londres: « En France, je me sens observée comme dans un zoo. Qui aimerait vivre ainsi ? »
Aziza, elle, s’inquiète des récentes polémiques – citant l’inévitable Éric Zemmour – avant de confier être mentalement et physiquement éreintée: « Il y a une dynamique depuis plusieurs années qui fait basculer la société française dans quelque chose de plus sombre. Plus la situation économique s’aggrave, plus ils tapent sur les musulmans. »
Quant à Hanane Karimi, elle nous explique que pour ces femmes acculées, il ne reste qu’une issue: « Partir dans un pays où elles n’ont plus à penser à leur apparence, où elles n’ont plus à se camoufler ». « Ne plus se camoufler » signifie donc vivre là où se couvrir corps et tête est un code répandu – étrange dialectique !
Paradis multiculturel ou contrée halal ?
Après avoir pris l’exemple d’une pâtissière voilée dont le gâteau fut servi à Queen Elizabeth, Slate reprend un tweet d’un habitant de Birmingham, afin d’illustrer le contraste entre un Royaume-Uni chaleureux, tolérant, et une France coercitive.
j’habite à Birmingham en angleterre et je peux te dire que les femmes voilées ont autant de chance d’être prise dans un job que une femme pas voilée, et c’est vrai que partout où tu vas y’a des femmes qui pratiquent leurs religions sans que personne dise quoi que ce soit
Birmingham serait donc l’Eden des musulmans persécutés sur le Vieux Continent. Il est vrai que dans cette ville – deuxième plus peuplée du pays –, on est en avance par rapport à la France. Comme nous l’explique L’Obs, elle est devenue la « Mecque » des Français salafistes qui veulent pratiquer un islam rigoriste, à portée d’Eurostar. Là-bas, certains quartiers sont à 95% musulmans, le port du niqab – tout comme celui du kamis pour les hommes – est courant, l’appel à la prière résonne depuis le minaret de la mosquée principale avec son impressionnante capacité de 6000 places, et les programmes de l’éducation nationale sont expurgés de cours jugés pro-LGBT. Sur le site de la municipalité, son maire Mohammed Azim nous explique son parcours, depuis le Pakistan, et se fond avec bonhomie dans la tenue de Lord Mayor tout en indiquant son régime, halal ou végétarien.
Revenons sur les propos de Fatiha Ajbli, qui évoque une véritable « fuite des cerveaux ». Les employeurs français se priveraient donc de richesses intellectuelles au prétexte qu’elles auraient embrassé la mauvaise religion. Mais paradoxalement, l’article relate qu’en Angleterre « les femmes musulmanes sont trois fois plus au chômage ou en recherche d’emploi que les femmes en général ». Or, les études – Insee en tête – nous montrent que l’exposition au chômage est calquée sur le niveau d’études et la valeur des diplômes, que l’on soit Français ou non. Ce constat fragilise considérablement la théorie d’une discrimination à l’embauche.
Touche pas à mon voile
Enfin, Miriem, 21 ans, se refuse à quitter son foulard : « La France veut couper les ponts avec moi, mais moi je refuse ! ». Après la récente vague d’attentats, elle dit avoir été prise de dégoût, dénonçant des « actes monstrueux ». Pourtant, son anxiété a pris un visage inattendu : « Je me suis dit “ça va encore nous tomber dessus”. »
Mais de quoi parlez-vous Meriem ? Des balles de fusils mitrailleurs ? Des lames assassines ? Je vous rassure, elles ont pour habitude de s’abattre sur des catholiques en pleine messe, des policiers – en service ou non –, des patrouilles de militaires, des jeunes « décadents » qui s’abreuvent de bière et de musique profane, des familles aux jambes et bras dévêtus un soir de 14 juillet, ou encore d’innocents enfants juifs.
Vous témoignez d’une France prétendument islamophobe, qui interdirait à certaines femmes de travailler, de s’émanciper et de vivre en paix ? Mais ce tableau liberticide que vous dressez, on le retrouve plutôt… dans les territoires régis par l’islam ! Car seules les nations islamiques instaurent une inégalité de traitement entre femmes et hommes pour l’accès aux responsabilités, au travail, à la justice, au divorce, au mariage mixte, à l’héritage. Notre pays au contraire, par sa politique migratoire et la diversité qu’il affiche, n’a pas à prouver son ouverture à l’autre. Alors, permettez- moi une double recommandation : chassez de votre esprit ce fantasme d’une haine systémique envers
vos coreligionnaires, et songez peut-être tout simplement à réécrire votre CV.