Nous allons célébrer, du 25 au 30 décembre prochain, le centième anniversaire du 18e Congrès de la section française de  l’Internationale ouvrière, c’est-à-dire la SFIO, qui eut lieu à Tours en décembre 1920. Ce Congrès est d’une grande importance dans l’histoire politique française car c’est au cours de celui-ci que la gauche française s’est officiellement convertie au marxisme-léninisme, modifiant ainsi sa structure intellectuelle. Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui.


Cinq mois plus tôt, en juillet, le deuxième Congrès de l’Internationale communiste avait fixé une liste de 21 conditions à l’adhésion d’une « Troisième Internationale » créée par Lénine en 1919. En décembre, lors de ce Congrès de Tours, la gauche française éclate en morceaux. Les trois quarts des militants socialistes acceptent l’essentiel des conditions de Moscou et, dès lors, adhèrent à la Troisième Internationale et fondent la SFIC (Section française de l’Internationale communiste), ancêtre de l’actuel Parti communiste français. Les Pacifistes de Paul Faure et les socialistes de la SFIO conduits par Léon Blum les refusent, une fracture toujours visible aujourd’hui qui rend la gauche française particulièrement archaïque.

Gauche révolutionnaire contre gauche réformiste

Ce fossé partisan entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste creusé par le Congrès de Tours connaissait déjà un précédent syndical tout aussi désolant. Les syndicats avaient été interdits par la Révolution française avec la loi Le Chapelier de 1791. Il fallut attendre 1864 pour que le député libéral de la Seine, Émile Ollivier, fasse voter une loi supprimant celle de Le Chapelier et autorisant le droit de grève. Puis, le 21 mars 1884, un autre député libéral, Pierre Waldeck-Rousseau, fit voter une loi qui légalisa définitivement les syndicats.

Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP
Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP

Malgré ce parrainage des libéraux, le syndicalisme français, dès sa renaissance, voit rouge. La première Fédération nationale d’affiliés aux bourses du travail est fondée en 1895. Elle s’appelle la CGT (Confédération Générale du Travail) et prône la lutte des classes et le communisme révolutionnaire. Cette tendance se confirme lors du 9e Congrès de la CGT à Amiens, en 1906, qui se clôt par le vote d’une charte adoptée par 830 voix sur 839 approuvant une double assignation au syndicalisme révolutionnaire : « la défense immédiate et quotidienne des travailleurs et la lutte pour une transformation de la société » passant par « l’expropriation capitaliste » et « la grève générale ». Cette Charte d’Amiens va devenir la référence d’un syndicalisme français non seulement politique, mais aussi communiste. La CGT en reste, aujourd’hui encore, l’acteur principal.

La promesse de l’utopie

L’utopie communiste, sa promesse d’un avenir meilleur, ses « lendemains qui chantent », la société sans classe, vont marquer pour longtemps la culture et les discours de la gauche française, politique ou syndicale. Et celle-ci, jusqu’à présent, n’a toujours trouvé ni remède ni vaccin pour refonder son unité associée à une identité démocratique et moderne.

Deux exemples auraient dû l’inspirer. Le premier est celui du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui adopte à une très large majorité de ses membres, en novembre 1959, le « Programme de Bad Godesberg ». Celui-ci abandonne toute référence au marxisme, reconnait « la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur », adoptant ainsi  l’économie de marché et renonçant à toute idée de nationalisation. Le parti se déclare lié à la population allemande tout entière, et non plus seulement aux travailleurs et à la défense de leurs intérêts.

Le second exemple, plus récent, est la réinvention du parti travailliste anglais en un « New Labour » qui renonce, en 1996, au radicalisme, lequel a provoqué dégâts et défaites. Ce nouveau travaillisme tourne le dos à l’objectif illusoire de l’égalité sociale, mais prône l’égalité des chances et confie au libre marché la tâche d’assurer à la fois la prospérité économique et la justice sociale.

La gauche française, par atavisme et aveuglement, ne voit dans ces deux modernisations pragmatiques des gauches allemande et britannique qu’une entorse anglo-saxonne à l’orthodoxie socialiste. Elle démontre être restée spontanément allergique à toute intrusion libérale dans l’ordre  « progressiste » qu’elle prétend défendre.

Et nous, qui aimons tant vanter nos « exceptions françaises », pouvons certifier que…

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