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Il faut bien que détresse se passe

Les transgenres, une transition?


Puisque tout se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux, je vais me permettre de rapporter, avec bien entendu son autorisation, une conversation tirée du mur Facebook de Sophie Bachat qui me semble on ne peut plus représentative des clivages idéologiques qui animent notre société, sinon ceux qui se révèlent au sein d’un même camp, l’époque étant à la schizophrénie du « en même temps ».

Dans un post à la furibonderie goguenarde, typique de notre causeuse préférée, celle-ci avouait qu’elle « n’en pouvait plus » de « la question trans » depuis que celle-ci était au centre de tous les débats, phénomène lui semblant à elle « le plus inquiétant du grand carnaval transhumain ». Et à voir tous ces enfants qui viennent expliquer à la télévision comment ils ne se sont jamais sentis de leur sexe mais de l’autre, on aurait tendance à réagir comme Elisabeth Roudinesco chez Yann Barthès[1] et à vociférer que cette « épidémie de transgenres » commence à bien faire, qu’un enfant de huit ans « n’est pas habilité » à changer d’identité et qu’à son âge une panoplie de Batman devrait lui suffire – qu’il soit garçon ou fille, l’héroïsation étant pour le coup unisexe[2]. Bien sûr, ce post fit réagir nombre de ses suiveurs, réacs sans humour, ironistes grinçants, lacaniens phallocrates (pléonasme), mais aussi, et plus intéressant, le post-moderne inclusif de service, avocat performant de toutes les singularités et de toutes les nouvelles suprématies du moment qu’elles soient « victimes », stoïcien de la transhumanité, notre ami JB.

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Bill Kaulitz et Conchita Wurst en novembre 2019 à Berlin © People Picture/Kochan/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40736429_000011

Institutionnalisation des marginalités

Celui-ci argua non sans justesse que ceux « qui n’en peuvent plus » des trans sont les mêmes qui, il y a trente ans, n’en pouvaient plus des homos – et par extension, tout comme ceux qui s’époumonaient contre l’avortement dans les années 60 étaient les mêmes qui gueulaient contre le divorce au XIX ème siècle, l’histoire des luttes sociétales fonctionnant comme un invariant historique, chaque minorité revendicatrice étant par définition insupportable au monde qui l’entoure. En Terminator du progressisme, JB pouvait tenir la dragée haute à Sophie – d’autant que celle-ci ne sut quoi répondre, piégée entre sa gauche libertaire, héritée des années 70, et son ras-le-bol néo-conservateur, contradiction attachante qui me semble le propre de Causeur. Elle eut beau rétorquer que sa liberté de mœurs « n’avait aucune limite » (chouette !) et préciser que ce qui l’horripilait dans ces revendications était qu’elles cherchaient moins à vivre qu’à institutionnaliser des marginalités, l’impitoyable millenial ne voulut rien entendre. Toute Sex Pistol et Ziggy Startust qu’elle était, Sophie Bachat était aujourd’hui une méchante réac s’en prenant à des gens qu’elle aurait dû défendre.

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Voir ma si rock-and-roll camarade en difficulté devant cet Y[3] de JB me donna une magnifique occasion d’être le chevalier blanc de celle-ci. Et c’est ainsi que je m’invitai dans le débat tagada tagada. L’idée était de défendre l’honneur de la Bachat sans pour autant contredire JB – puisque fondamentalement, c’est lui qui avait raison – et pour cela démontrer que tous les deux n’étaient pas sur le même terrain. La vérité est que JB avait réagi politiquement et moralement à ce qui n’était au fond qu’une mauvaise humeur très compréhensible de Sophie et qui aurait pu être la mienne. Car oui, je le confesse, les transgenres de huit ans qui vont expliquer la vie à la télé, sous le regard énamouré de leur maman, toute fière d’avoir un enfant tellement en avance sur son sexe, me gonflaient tout autant qu’elle.

Tous castrés

Mais au bout du compte, qu’allions-nous faire contre eux ? Rien, bien sûr. Notre mauvaise humeur ne saurait jamais se transformer en « procédure ». On se contenterait d’aboyer sans mordre et de laisser passer – et peut-être plus rapidement que prévu. Mieux, ceux qu’on finirait par mordre seraient, contre toute attente, les opposants réels au processus transgenre – un peu comme ces militants anti-avortement qui attaquent les cliniques où l’on pratique l’IVG et qui finissent par faire plus horreur que l’acte lui-même. Curieuse propension que beaucoup d’entre nous ont à se retourner contre des gens avec qui on était philosophiquement d’accord mais dont l’acharnement moral et pénal nous dégoûte tellement qu’elle finit par nous faire prendre parti pour une cause qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne nous enthousiasmait guère au début. Je dois l’avouer : les transgenres me cassent les couilles mais les hétéros-catho graves m’insupportent mille fois plus. Je préfère le délire sociétal à l’interdiction obscurantiste. Et puis, si l’humanité trouve son bonheur dans la transhumanité, qui suis-je pour m’y opposer ? Quelle objection sérieuse émettre à l’abjection néo-libérale dans laquelle notre JB se sent si à l’aise et qui fondamentalement n’est que la résultante de cette période que nous avons appelée « la parenthèse enchantée » ? Car hélas oui, ma chère Sophie, il faut s’y résoudre, Ultra Vomit trouve aussi son origine dans Iron Maiden (et la chanson Une souris verte, il est vrai.)

Eh bien que la nouvelle humanité se castre puisque c’est ça qui l’éclate ! Mais à condition bien sûr qu’elle ne vienne pas nous castrer nous aussi, nous effacer, nous déboulonner, nous censurer, nous réécrire.  Au fond, ce que nous reprochons d’abord aux Frankenstein et aux freaks du nouveau monde, c’est de vouloir cancelliser le nôtre.

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C’est notre paradoxe à nous néo-conservateurs, notre libéralisme « vieux jeu » finira par céder devant le néo-libéralisme androïd. La mort dans l’âme, nous verrons nos enfants et petits-enfants en finir avec l’âme et la mort – comme ils sont en train d’en finir avec le sexué, l’humour, Beethoven et Scarlett O’Hara. De toute façon, tout ce qui est techniquement faisable se fera. Tout ce qui est vendable sera conçu. Le néo-libéralisme s’inventera de nouveaux droits de l’iel et personne, à part les islamistes, n’y pourra rien. Car c’est aussi cela le drame : les seuls qui s’opposent aujourd’hui, sérieusement, moralement, politiquement, et avec une rare efficacité, aux nouveaux paradigmes sont nos premiers ennemis. Les seuls qui peuvent empêcher nos castrations sont les décapiteurs. Contre les désintégrés, les intégristes. Contre l’homme augmenté, les sous-hommes. Contre le post-monde, l’immonde. Mais si l’on doit choisir entre eux, comme dirait Raphaël Enthoven, eh bien on choisira les premiers, dussions-nous en avoir mal au cul. Parce que voilà, nous préfèrerons toujours notre société décadente et déconstruite à celle, totalitaire et sanguinaire, des fils d’Allah. Nous préfèrerons toujours notre nihilisme passif et polymorphe à leur nihilisme de bourreau moyenâgeux. Nous préfèrerons toujours vivre dans notre Satyricon que dans leur Daesh. Mieux vaut sacrifier des enfants à leurs caprices plutôt que les marier de force à des barbus. D’ailleurs qui sait ? Rien ne dit que les transgenres n’en reviennent pas un jour de leur genritude et peut-être même ultra-traumatisés par des choix infantiles qu’on leur aura laissé faire. Mais quoi ? Il faut bien que détresse se passe…

Soi-même comme un roi: Essai sur les dérives identitaires

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[1] https://twitter.com/lecoindeslgbt/status/1369756837436882953

[2] Encore qu’une panoplie de Catwoman conviendrait mieux à une fille qu’à un garçon, je dis ça, je dis rien.  

[3] De la « génération Y » https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ration_Y

Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

Le barrage de la Renaissance sera-t-il le barrage de la guerre? Si ce barrage est vital pour assurer l’apport hydraulique dont l’Ethiopie a besoin, pour l’Egypte c’est un casus belli car celui-ci bloque l’approvisionnement en eau du Nil. La mise en route de celui-ci va-t-il provoquer une guerre de l’eau? Entretien avec Mikail Barah.


Mikail Barah est chargé du parcours Sciences Politiques et Relations Internationales de l’Université Saint Louis à Madrid ; directeur de l’Observatoire des Crises contemporaines ; auteur notamment de l’ouvrage L’eau, source de menaces ? (2008, Dalloz, Iris Editions). Propos recueillis par Rémi de Francqueville.

Le grand barrage de la Renaissance s’impose comme une source de tensions entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie. Pour cette dernière il est question d’assurer une grande part de sa production énergétique (qui repose encore majoritairement sur la transformation de biomasse) par ce qui deviendrait alors le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique (puissance annoncée de 6 500 mégawatts pour répondre aux besoins de ses 110 millions d’habitants (dont jusqu’alors la moitié n’a pas accès à l’électricité), 175 mètres de haut, 1 800 mètres de long, 83 km3de réserve). Pour le Caire, dont l’agriculture dépend à 97% de l’irrigation permise par le Nil, c’est un enjeu majeur, à l’instar de Khartoum qui craint pour la capacité future de remplissage de ses barrages en aval.

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Conflits. En avril dernier le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à la tête de la présidence annuelle de l’Union africaine, réunissait le Soudan, l’Égypte et l’Éthiopie afin de trouver un compromis permettant la mise en place d’un accord autour de la question du barrage. Suite à cette réunion, qui dura trois jours au lieu de deux, aucun accord ne fut signé et les acteurs repartirent en boudant la séance de clôture. Après dix ans de bras de fer, et à quelques mois seulement de la mise en activités du barrage, existe-t-il encore une possibilité de désescalade des tensions ?

Mikail Barah. L’escalade comme telle est verbale plutôt que physique ou militaire. Évidemment, chacune des parties pense qu’elle a intérêt à faire monter les enchères et à se placer en position de force. Mais le rapport de force réel est à jauger par des réalités du terrain. Et ici, force est de constater que l’Éthiopie est l’acteur qui dispose le plus d’atouts, tant sur le plan militaire que diplomatique finalement. Pourrait-on avoir une escalade de type militaire qui mette aux prises l’Éthiopie et ses voisins ? Rien n’empêche de dire que non. Mais si les gouvernements de la région s’en tiennent à une attitude pragmatique et réaliste, ils feront tout pour éviter les scénarii militaires. En d’autres termes, la réponse quant à la nature de l’escalade autour des eaux du Nil – politique, militaire, ou les deux à la fois – dépendra en premier lieu de l’attitude du Caire.

Quelles sont les différentes options pour chaque protagoniste ? Finalement est-ce important pour l’Éthiopie, en position de force sur ce dossier, de parvenir à un accord ?

Il n’y a que deux options envisagées, et à envisager : la coopération, ou la confrontation. Les faits se situent plus près de cette dernière option, mais sans pour autant avoir basculé dans le militaire… il faut souhaiter que cela reste ainsi. Pour le reste, il va de soi que chacun a intérêt à la coopération, côté éthiopien comme côté égyptien ou soudanais.

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Comment y parvenir ? C’est là que les choses se compliquent, bien évidemment. L’Égypte est rétive à une « coopération » qui ne se ferait pas selon ses termes et conditions. Le Soudan, parent faible de l’équation, continue à rechercher une forme de parapluie diplomatique – et militaire au besoin – égyptien, mais tout en étant conscient de ce que le rapport de force abonde dans le sens de l’Éthiopie. L’Éthiopie pour sa part suit un schéma classique : elle est en position de force, grâce à une combinaison entre ses moyens diplomatiques et militaires et sa position de pays d’amont. S’ajoute à cela le fait que l’Éthiopie ne vit pas de situation de stress hydrique, contrairement à ses voisins d’aval. Donc dans le fond, l’Éthiopie est à la limite heureuse de sa revanche sur l’histoire : elle se sent en position de force, dans son bon droit, et ne rechigne pas à l’idée de voir que les cycles de l’histoire ont renversé à son profit une situation injuste dont elle pâtissait précédemment – les termes en vigueur sur le partage des eaux du Nil, qui ne reconnaissaient aucun droit à l’Éthiopie.

Est-il envisageable pour l’Égypte de recourir à la force armée ? Quelles seraient les conséquences d’une telle action ?

On ne peut rien exclure de la part de l’Égypte : Le Caire n’exagère en rien lorsqu’il avance ou suggère que toute goutte d’eau du Nil est vitale pour le pays. L’écrasante majorité de la nombreuse et croissante population égyptienne vit le long des eaux du Nil, cela résume tout côté égyptien.

Donc, en ultime recours, rien n’empêche d’écarter la tentation égyptienne de recourir à la force armée, qu’elle justifierait par les risques existentiels générés par le barrage de la Renaissance en Éthiopie. Les conséquences d’une telle action seraient dramatiques, du moins si l’Égypte décidait d’aller jusqu’à un bombardement de ce barrage : outre le désastre humain et écologique, l’Égypte aurait à subir une condamnation internationale et une réponse sans faille – à laquelle elle n’aurait aucun intérêt – de la part de l’Éthiopie.

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Mais on n’est vraiment pas devant un tel scénario à l’heure qu’il est, malgré les apparences parfois. L’Égypte, surtout sous la houlette de son président actuel, mais aussi devant les relents fiers et ultranationalistes de sa population, souhaite renouer avec une grandeur et une splendeur déchues, celles des Pharaons, des Fatimides, de Nasser… mais ils sont conscients de leurs limites. C’est pourquoi il convient de ne pas confondre rhétorique et action. Si l’Égypte voyait dans l’action militaire une option sérieuse, elle aurait probablement déjà commencé à mettre à exécution ses menaces. Le Caire est cependant conscient de ses propres limites, ainsi que des bénéfices encore présents du dialogue, même si celui-ci va souvent à sens unique.

En matière de gestion de l’eau que dit le droit international ? Sur quels textes pourraient se référer les acteurs ? Y ont-ils recours ?

Très bonne question : il n’y a pas de règle, sinon celle de la loi du plus fort. Quand l’Éthiopie était plus faible diplomatiquement et militairement, elle ne pouvait…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

C’est la région, idiot!

Il n’y a pas de crise démocratique. Les Français ne voient pas l’intérêt de voter aux régionales, voilà tout.


Les résultats du premier tour des élections régionales ont pris presque tout le monde par surprise. Les LR, en premier lieu, s’affirment comme la première force politique de France. Le RN, toujours deuxième, perd énormément de terrain et, même s’il sera présent au second tour dans plusieurs régions, il n’y a qu’en PACA qu’il conserve un petit espoir de l’emporter. Quant à la gauche, l’alliance rouge-rose-vert reste potentiellement très forte, vivante, pleine d’espoir et tout ça et tout ça, mais concrètement faible…

Mais surtout, comme le disaient tous les participants sur les plateaux hier soir, on déplore un taux d’abstention sans précédent.

Situation immensément dangereuse

Pour Patrick Roger du Monde, nous avons vécu dimanche « une bérézina démocratique » quand « sur les 47,7 millions d’électeurs appelés à voter, plus de 30 millions ont choisi de ne pas se déplacer », un fait qui confirme pour lui « un mauvais penchant ». Sur FigaroVox Maxime Tandonnet est plutôt d’accord : l’effondrement de la participation « est évidemment le signe d’une démocratie agonisante. Dès lors que l’immense majorité des citoyens s’abstient de se rendre aux urnes, le suffrage universel est annihilé et le pouvoir du peuple devient une formule vide de tout sens. Cette situation est immensément dangereuse. » Selon lui, la responsabilité « incombe à la classe dirigeante du pays. Depuis quelques années, le naufrage de la politique au plus haut niveau dans les coups de communication, le Grand-Guignol permanent, l’obsession de paraître et de pavoiser finit par engendrer un profond dégoût des citoyens.. »

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Dans la liste non exhaustive des raisons de l’abstention, la plus ridicule est sans doute celle du « fiasco de la propagande » proposée hier par quelques commentateurs ; un grand nombre de citoyens n’auraient pas reçu l’enveloppe contentant les professions de foi des candidats de leur région. C’est sans doute un problème, mais d’ici à y voir une explication ne serait-ce que partielle de l’abstention, il y a plus qu’un pas…

On peut empiler commentaires et analyses, critiquer les médias, la classe politique et déplorer le niveau du débat politique, lequel serait de plus trop éloigné des préoccupations de la vraie vie des vrais Français – c’était le consensus sur les plateaux hier soir.

Les régions, c’est quoi ce machin ?

Mais pour comprendre, il ne faut pas chercher très loin. A quelques exceptions, la Ve République a fait des élections présidentielles les seuls et uniques scrutins qui comptent vraiment. J’en veux pour preuve que les taux de participation en 2012 et 2017 ont été proches de 80%. Alors, on peut à loisir comparer à un beau millefeuille la formidable administration de notre territoire. Reste qu’en haut, il n’y qu’une seule cerise : l’Elysée.

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En France, même le Premier ministre n’est qu’un « collaborateur » du président de la République, à qui des citoyens bien élevés ont l’habitude de donner une majorité législative six semaines après l’avoir élu, vidant au passage sa substance à l’Assemblée nationale, qui devrait être le lieu où le rapport de forces des législatives engendre un projet politique de gouvernement…  Et puis ce « millefeuille », tous ces échelons avec leurs administrations variées et leurs obscures compétences semblent souvent être des « machins » destinés à compliquer la vie et multiplier les fonctionnaires !

Ainsi, contrairement à tout ce qu’on a pu nous dire ces dernières 24 heures, ce n’est pas parce que les citoyens n’ont pas compris les enjeux des régionales qu’ils ne se sont pas déplacés. On peut au contraire avancer que c’est justement parce qu’ils ont enfin saisi le fait qu’on leur demandait de désigner ceux qui construisent les lycées et gèrent les RER et autres TER qu’ils ont décidé de ne pas faire le déplacement. Les chantiers de bahuts (présents et à venir) n’intéressent pas grand monde. Les subtilités des transports en commun, tout autant. Ce n’est pas que ce n’est pas important, mais ce sont tout simplement des sujets qui ne correspondent pas à ce que la plupart des gens appellent « la politique ». Ajoutez à l’hyper-présidentialisation de notre régime une trivialisation des sujets et des enjeux (sans oublier les remarques hilarantes des élus et journalistes rappelant aux citoyens à quel point les régions sont importantes…), et vous avez votre taux d’abstention. 

Après son retour en grâce aux régionales, la droite doit rebondir avec une primaire!

Les résultats du premier tour livrent trois enseignements : le peu d’intérêt des Français pour les élections régionales et départementales, l’effondrement de LREM et du RN et… le rappel que les sondages se trompent toujours pour prédire le résultat des élections ! Pour la droite, c’est le moment de rebondir en lançant rapidement l’organisation de sa primaire.


L’abstention massive (66%) témoigne du peu d’intérêt des Français pour les élections régionales et départementales. La première conclusion à en tirer serait de supprimer l’un de ces deux échelons électoraux. Ceci permettrait de substantielles économies de dépenses publiques et allégerait la lourdeur des processus de décisions publiques.

Prime à la notoriété

Dans ce contexte, la prime aux sortants doit se comprendre avant tout comme une prime de notoriété aux actuels présidents de région. On peut toutefois se demander si faire la publicité de ces derniers est une raison suffisante de maintenir cet échelon électoral. Cette prime aux sortants incite également à la prudence sur l’extrapolation au niveau national des résultats régionaux. Si les présidents sortants de droite obtiennent les scores les plus élevés, les sortants PS arrivent également en tête, et disposent, eux, de réserves de voix bien plus importantes du fait que la gauche ne s’est pas présentée unie au premier tour. Le tableau politique de dimanche prochain devrait ainsi être sensiblement différent d’hier, avec simplement la conservation des Régions par les présidents sortants.

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L’effondrement de LREM et du RN a une triple origine : cette prime aux sortants dont ils ne bénéficiaient pas, une absence d’implantation locale qui les a rendus moins performants dans la chasse aux procurations caractéristique de cette élection, et leur incapacité à se positionner sur des enjeux locaux. L’absence de Jordan Bardella au premier débat télévisé sur les régionales en Ile de France est le symbole de cette déconnection du RN des enjeux régionaux. Les deux partis paient également leur nationalisation du débat. Pour le RN, le fait de s’être borné en guise de programme à mettre Marine Le Pen sur ses affiches n’en est que plus cruel, car il témoigne du peu d’enthousiasme de l’électorat frontiste pour la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. Ses récentes déclarations traitant d’extrémistes les positions d’Eric Zemmour ou son absence de réaction aux accusations de mollesse de Gérald Darmanin n’ont pas aidé. Le faible score de LREM, qui avait également choisi de nationaliser le débat, témoigne de l’appréciation toute relative de la gestion de la crise du Covid : pour user d’une litote, le moins qu’on puisse dire c’est que les électeurs ne se sont pas levés en masse pour soutenir Emmanuel Macron et Jean Castex. Evidemment, les grands médias énamourés de leur champion progressiste ont bizarrement fait peu de cas de ce vote sanction contre l’exécutif.

Momentum favorable

Enfin, comme à chaque élection, les commentateurs font mine de s’étonner que les sondages se sont encore trompés. C’est pourtant une constante. Qui a de la mémoire se souvient que selon les sondages Balladur devait être élu dès l’été 1994, que Jospin gagnerait la présidentielle de 2002, que le Brexit n’avait aucune chance d’être voté comme Trump de battre Hilary Clinton, etc. Ceci devrait faire réfléchir Christian Jacob et inciter les Républicains à stopper net le recours aux sondages pour désigner leur candidat à la présidentielle.

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La droite dispose d’un momentum favorable pour l’organisation d’une primaire qui devrait être lancée dès le lendemain du second tour. Elle pourrait ainsi occuper l’espace médiatique à la rentrée comme elle l’avait fait en 2016. La droite dispose de plusieurs personnalités qui, si elles se mettaient à jouer collectif, pourraient bousculer la donne et incarner l’alternance face à Emmanuel Macron. Un débat entre présidents de régions réélus – Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse – mais également des personnalités bien ancrées à droite –  Bruno Retailleau, David Lisnard, Julien Aubert voire Eric Zemmour (s’il décidait de participer à cette primaire) serait enfin l’occasion de fixer une ligne politique pour la droite et de restaurer la crédibilité qui lui fait encore défaut sur les sujets nationaux. La « droite la plus bête du monde » a l’occasion inespérée de se racheter d’années de guerre des chefs et de trahison de ses électeurs une fois arrivée au pouvoir. Saura-t-elle la saisir ?

Quelle politique africaine pour le camp de la France?

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La France met fin à l’opération Barkhane en Afrique de l’Ouest. Sur ce continent, ne perdons-nous pas notre temps et notre énergie ? Le plan Marshall pour l’Afrique, personne n’y croit vraiment. Il faut en revanche se préparer à contrer les hordes migratoires qu’on nous promet, prévient Jean Messiha.


L’actualité récente marquée par la visite du président de la République française au Rwanda et la décision de mettre fin à l’opération Barkhane, donne l’occasion de s’interroger sur la politique africaine de la France. 

A Kigali, Emmanuel Macron a reconnu ce qu’un président socialiste, François Mitterrand, et son Premier ministre pseudo gaulliste de l’époque, ont fait au début des années 90. Impliquer fortement la France aux côtés d’un régime qui, sous nos yeux, engageait une propagande de haine inter-ethnique d’une virulence inouïe contre le peuple tutsi et qui préparait un génocide. Voilà pour ceux qui nous jettent à la figure ce que l’« extrême droite » avait fait entre 1940 et 1944.

Il y a quelques jours, a été annoncée la fin de l’opération Barkhane qui avait succédé à l’initiative de François Hollande en 2013 de stopper l’avancée des djihadistes sur Bamako et de réduire en miettes les colonnes de fous d’Allah. La France réduit fortement son engagement après huit années d’une guerre des sables et des savanes qui n’a pas donné les résultats escomptés. Après leur défaite, les différents groupes armés islamistes se sont reconstitués et ont même réussi à étendre leur terreur sur trois pays : Mali, Niger et Burkina, de plus en plus fragilisés par un enchevêtrement de luttes tribales, de gouvernance défaillante, de prévarication, de démoralisation des armées locales, de crise hydrique provoquant des tensions entre pasteurs et agriculteurs.

Les coups d’Etat répétés à Bamako et la montée du sentiment anti-Français dans une population qui ne comprend pas comment une grande armée « blanche » suréquipée et sur-armée est incapable de venir à bouts de quelques milliers de rebelles ont convaincu le président français de réduire la voilure. Bonne ou mauvaise décision ? Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas avec 5 000 soldats français que l’on pouvait y arriver. Il eut fallu le double et sans doute davantage de troupes, d’hélicos et de drones pour en finir. L’Europe et les Etats-Unis ont considéré que c’était une « guerre française » et nous ont aidés à minima. Et bien tant pis. On ne peut pas faire la guerre à la place des autres et en particulier des Africains en Afrique.      

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Ce qui constitue un indiscutable échec de notre politique étrangère constitue un point de départ pour réinventer notre stratégie là-bas. Nos présidents successifs jusqu’à Jacques Chirac ont beaucoup aimé l’Afrique. Ce vaste continent qui fut en partie nôtre pendant des décennies a longtemps exercé une fascination largement légitime sur notre élite politique. Comment en effet ne pas se rêver en puissance lorsque l’on est encore capable d’exercer une certaine influence sur plus d’une vingtaine de pays comptant environ 400 millions d’habitants et qui arborèrent si longtemps le drapeau tricolore ? Sans oublier cette francophonie africaine puisque notre langue est encore officielle ou vernaculaire dans ces nations.

Toutefois, le réel a fini par lentement s’imposer. L’Afrique n’a pas du tout tenu les promesses de développement économique que ses immenses ressources naturelles offraient. L’Asie pour sa part prenait son essor avec le Japon dès l’après-guerre, la Corée dans les années 60, Singapour, Hong-Kong, Taiwan à partir des années 70, la monumentale Chine dans les années 80 suivie par l’Inde, sans oublier la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. A l’exception de la Birmanie, du Pakistan et du Bangladesh, le continent asiatique est une histoire de croissance, de développement et de recul de la pauvreté.

C’est plus contrasté en Amérique Latine mais tant le Mexique, le Brésil, le Chili, la Colombie malgré sa guerre civile et même l’Argentine en proie à des crises économiques et financière à répétition, se sont construits des économies d’importance.

« L’Afrique est un continent à fort potentiel et qui le gardera » pourrait-on dire en paraphrasant le Général de Gaulle qui à l’époque faisait référence au Brésil.

C’est à l’évidence une mosaïque ethnique, linguistique, religieuse et culturelle mais dont les caractéristiques communes, à quelques exceptions près, sont bien établies quoique qu’à des degrés divers selon les pays : sous-développement, instabilité politique, mal-gouvernance, corruption, inflation démographique, émigration, infrastructures défaillantes, conflits inter-ethniques et inter-religieux.   

Ce sont aussi des peuples qui se battent contre une adversité folle, qui cultivent, travaillent, entreprennent, étudient, créent, innovent comme ils le peuvent.

Ce sont enfin des ressources naturelles (pétrole, minerais, bois) considérables qui, avouons-le, sont aussi disponibles sur d’autre continents.

La politique post-coloniale africaine de la France a d’abord privilégié les pays des ex AFN, AOF, AEF et Madagascar. Mais cette politique s’est diversifiée au fil du temps.

La fin de l’empire portugais a conduit à l’entrée dans le cercle des nations indépendantes de deux pays prometteurs : Angola et Mozambique. Après l’énorme bourde gaullienne que fut le soutien au sécessionnisme du Biafra, la France a regardé avec des yeux de Chimène le géant nigérian. La chute de l’apartheid en Afrique du Sud permettait de draguer un pays porté depuis toujours vers le monde anglo-saxon.  

La diplomatie française sur le continent fut très active. Entre tentative de maintenir une forme de tutelle sur notre ancien empire, lutte contre l’influence soviétique jusqu’à la fin des années 80 et soutien à nos groupes pétroliers (ELF puis Total), l’Elysée, jusqu’au début des années 2000, a fait de l’Afrique un sujet quasi passionnel.

Nicolas Sarkozy fut sans doute le président qui acta avec le plus de franchise le lent mais inexorable avènement d’un véritable afro-scepticisme au sein de l’élite politique mais surtout économico-financière française. Le discours cinglant qu’il prononça le 27 juillet 2007 à l’université de Dakar, fut en quelque sorte un aveu de déception profonde d’un système politique français qui a nourri tant d’espoirs et pendant si longtemps pour l’Afrique. Après l’habituel mea culpa sur la traite et la colonisation, le président français déclarait : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire […]. Jamais il ne s’élance vers l’avenir […]. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance. […] Il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ».

Considéré par beaucoup comme racistes, ces propos il ne les aurait pourtant jamais tenus s’agissant des Chinois, Indiens, Indonésiens, etc. En effet, nos grandes entreprises étaient depuis fort longtemps parties à la conquête de l’Asie et s’y développaient à toute allure alors qu’elles se désintéressaient des marchés africains trop petits ou trop pauvres ou trop compliqués et souvent les trois à la fois.

Loup Viallet écrit dans Les Echos *: « La majeure partie des intérêts économiques de la France en Afrique sont avant tout situés au Maghreb, puis en Afrique subsaharienne, mais hors de la zone franc : celle-ci ne représente qu’un peu moins de la moitié de nos échanges au sud du Sahara et 12,5% de l’ensemble des échanges pratiqués par la France en Afrique. En 2018, parmi les cinq premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique aucun n’était issu de la zone franc. On y comptait le Maroc en première position (qui concentrait à cette date 18,9% des échanges commerciaux franco-africains), puis l’Algérie (18,4%), la Tunisie (15,2%), le Nigéria (8,5%) et l’Afrique du Sud (5,8%). »

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Toujours selon l’analyse de Loup Viallet, du point de vue des importations en pétrole et en gaz, « les principales sources d’approvisionnement en pétrole de la France en Afrique subsaharienne se situent également hors de la zone franc : au Nigéria (11,7%) et en Angola (7,6%), qui sont respectivement les troisième et cinquième fournisseurs en pétrole brut de la France dans le monde, derrière la Russie (7,9%), le Kazakhstan (13,8%) et l’Arabie Saoudite (18,6%). Pour le gaz naturel, la France ne s’approvisionne pas non plus dans la zone franc, mais en Norvège (qui concentrait 42,2% des importations en gaz naturel entre 2013 et 2015), en Russie (11,4%), aux Pays-Bas (10,7%), en Algérie (9,4%), au Qatar (1,1%) et enfin au Nigéria (0,6%).

Du point de vue de nos exportations, on constate que les parts de marché des entreprises françaises en Afrique se sont fortement réduites ces vingt dernières années, connaissant une division par deux. Cette évolution résulte d’un déclassement de l’importance commerciale de notre pays auprès des économies africaines, alors qu’apparaissaient de nouveaux acteurs, européens et asiatiques, dans un contexte de croissance des secteurs primaires africains. La France demeure le premier fournisseur européen des pays de la zone franc. Mais elle a perdu le statut de premier fournisseur mondial du continent en 2007 au profit de la Chine. Dix ans plus tard, en 2017, l’Allemagne était devenue le premier fournisseur européen d’Afrique, reléguant la France à la deuxième position.« 

Les investissements français en Afrique totalisent environ 60 milliards d’euros mais sur les plus de 1 200 milliards d’investissements que nous avons dans le monde ce continent pèse « peanuts » dans notre économie nationale.

Voilà pour le bilan. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est faiblard, en tout cas sur le plan économique.

Des géo-politologues éthérés nous expliquent que l’Afrique c’est très important pour nous car cela représente des votes à nos côtés aux Nations Unies ! Aux quoi ? A ce « machin » qui ne sert pas tout à fait à rien, mais à si peu ?

Peut-on pour autant en tirer comme conclusion que nous perdons notre temps et notre énergie ?

L’Afrique est trop vaste et notre aide au développement trop faible pour que nous puissions avoir une politique continentale. Une puissance moyenne comme la nôtre doit faire des choix. Nous devons cesser de nous complaire dans un romantisme historique et plutôt analyser les chiffres.

Il n’y a que quelques pays qui sont intéressants pour la France du point de vue économique et stratégique sur ce continent.

Les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie, Lybie) et l’Egypte indiscutablement.

En Afrique de l’Ouest : la Côte d’Ivoire puissance francophone de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana important voisin du précédent, le Nigéria, géant fragile mais incontournable, le Sénégal avec son élite reconnue 

En Afrique centrale : le Gabon ainsi que la Guinée-Equatoriale, riches petit pays pétroliers, le Cameroun et sa population très entrepreneuriale, les deux Congo (Kinshasa et Brazzaville) et l’Angola en raison de leur immense potentiel économique.  

En Afrique australe, l’Afrique du Sud bien entendu.

En Afrique orientale dite des grands lacs, l’incroyable Ethiopie et ses 112 millions d’habitants, Djbouti pour sa position à l’entrée de la Mer Rouge et le trio Kenya- Tanzanie-Ouganda qui totalise 150 millions d’habitants. Enfin Madagascar très pauvre mais au potentiel exceptionnel et occupant une place stratégique dans l’Océan Indien.  

Soit une vingtaine de pays sur les 54 que compte le continent. Et les autres ? Aucun intérêt.

Une approche basée sur les intérêts économiques de la France à court moyen et long terme est cynique. Mais elle correspond à nos besoins.

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On m’opposera que je néglige le lien entre sous-développement et migration vers l’Europe, lien qui devrait nous conduire à redoubler d’efforts à l’égard du Sahel avec la ceinture de la pauvreté en pleine dérive islamique que constituent le Mali, le Niger, le Burkina, la Mauritanie, le Tchad, la Guinée et les Soudans.

« Nous devons aider l’Afrique sinon les Africains vont migrer vers nos rives », nous dit-on. Il faut comprendre qu’à part un plan d’aide colossal, pour autant qu’il puisse être déployé de façon efficace et juste dans un continent miné par l’incurie et la corruption, rien n’arrêtera la volonté de partir. Le fossé de conditions de vie entre le Nord et le Sud est tel que seul un comblement significatif pourrait dissuader ces tentatives. Sommes-nous prêts, nous Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Britanniques à dédier collectivement des dizaines de milliards de plus chaque année à l’aide pour l’Afrique? La réponse est non. Fermez le ban. Le plan Marshall pour l’Afrique c’est du pipeau. Cela fait des années maintenant que le nom de ce brillant général américain est utilisé à toutes les sauces.

Les migrations illégales vers l’Europe doivent être combattues à coup de refoulement, de frappes des forces spéciales contre les réseaux mafieux dans les pays d’origine de transit quand un Etat failli ne peut ou ne veut les combattre, d’internement dans des « hotspots » dont on ne sort que pour être expulsé, ou beaucoup plus rarement, admis chez nous au titre de l’asile.

Il reste le grand fantasme de la défense de la francophonie. A l’exception du Québec, de la Wallonie-Bruxelles et de la Suisse Romande, la cartographie du Français – langue officielle – est celle de la pauvreté voire de la misère. Le Français n’est en rien une arme économique. Nos relations commerciales avec le reste du monde sont essentiellement basées sur l’Anglais.

Certes le Maghreb arabo-francophone (Algérie, Maroc, Tunisie) représente la moitié de nos exportations vers le continent qui ne pèsent d’ailleurs que 5% de notre total mondial. Cela ne laisse pas grand-chose pour le reste. Retirez la Côte-d’Ivoire, le Sénégal, un peu plus significatifs, et l’Afrique francophone ne pèse rien pour notre économie. 2022 sera l’année des grands choix et des grandes réorientations pour la France. Il en est de même pour notre politique africaine. Le camp national doit insuffler une vision nouvelle, une diplomatie nouvelle en particulier s’agissant de ce continent qu’il serait absurde de négliger mais pour lequel nous devons être réaliste. Les liens que nous avons avec certaines ex-colonies ne correspondent plus à la géographie économique. Rationalisons et concentrons nos efforts là où cela contribue à nous renforcer.

La fin du franc CFA

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* Cette tribune a été modifiée le 28 juin à la demande du géopolitologue M. Loup Viallet, dont les chiffres et analyses avaient été abusivement repris sans que son article publié dans Les Echos ne soit mentionné.

Tout doit-il forcément être pluri, multi ou poly quelque chose?

Les « woke », une lutte contre l’unité du genre humain


L’influence du mouvement woke n’est déjà plus à démontrer en Occident, en particulier aux États-Unis où il a vu le jour. Les Chinois aimeraient beaucoup se moquer de ce mouvement perçu comme celui d’une idéologie d’enfant gâtés et dégénérés. Au Canada, pays-extension de l’empire démocrate, son influence est perceptible chez la plupart des politiciens de « gauche », mais aussi de plus en plus chez des élus de « droite », ce qui est plus révélateur encore de son succès.  

Tous les jours au Canada, on voit les codes et nouvelles normes de ce courant être diffusés et imposés à la télévision publique, où de nombreux animateurs et journalistes font du militantisme sans aucune retenue. On voit cette nouvelle utopie dans la posture du Premier ministre Justin Trudeau, dont le progressisme ostentatoire est reconnu mondialement.

Du grand Capital au grand Occidental

Mais qu’est-ce ce nouveau courant dont tout le monde parle ? Le mouvement woke s’enracine d’abord dans la gauche marxiste. On en reconnait plusieurs traits dans son univers : par exemple, le passage de la lutte des classes à la lutte des races, et la transformation des femmes en une sorte de prolétariat mondial devant s’affranchir du très toxique patronat masculin. L’idée d’un combat contre une puissance hégémonique est centrale. Il ne s’agit plus d’en finir avec le grand Capital, mais avec le grand Occidental.

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Cependant, les woke s’éloignent du marxisme et de la gauche née à la Révolution française en niant le caractère universel d’une humanité qu’on fragmente en divers segments pour les enfermer dans une catégorie étanche. La gauche marxiste divisait le monde entre les faibles et les puissants, mais en appelait tout de même au rassemblement de l’humanité sous une bannière commune. Dans l’histoire des idées, l’obsession raciale avait toujours été réservée aux courants racistes et d’extrême droite.

Aujourd’hui, il n’y a plus une humanité une à faire progresser, mais des Afro-descendants contre des « Blancs », des colonisés contre des colonialistes, des femmes contre des hommes et des laids contre des beaux. Le courant woke prône la ségrégation de l’espace public, et même de l’espace numérique : les groupes qu’il croit opprimés et prétend représenter devraient évoluer dans des « safe spaces », de l’autre côté de la société.

Le culte du poly-multi-pluri tout

L’idéologie woke fait de la diversité sous toutes ses formes un idéal absolu. La diversité devient un culte à la limite de la religion. Rappelons que le mot woke vient du verbe « to wake » en anglais, qui signifie « se réveiller » ou « s’éveiller ». Les woke sont donc des « éveillés », alors que les autres sont des « endormis ». Vous croyez ou vous ne croyez pas. Véritables petits bouddhas sociaux, leur combat apparait quasiment comme un éveil spirituel, une sorte de défi lancé par un auteur ésotérique dans un livre de développement personnel. Tout devrait être pluri, multi et poly quelque chose : c’est une lutte menée contre l’unité des sociétés, et même du genre humain, surtout quand il est question de « décolonisation ».

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Le wokisme est fondé sur un déni de la réalité : les sexes n’existeraient plus, de même que les cultures et les nations. La diversité culturelle est niée au nom de la… diversité culturelle. Il n’y a plus de Brésiliens noirs, d’Haïtiens, d’Afro-Américains, de Congolais et d’Éthiopiens, mais seulement des Noirs, lesquels formeraient apparemment une communauté unie. Il n’y a plus de Français, d’Irlandais, de Russes, de Croates et de Grecs, mais des Blancs, lesquels partageraient aussi un même et unique destin. Ce qui existerait, ce serait seulement des races en guerre les unes contre les autres, partout et tout le temps, et des individus troublés en guerre contre leur sexe.

Les woke se distinguent aussi par leur grande fragilité psychologique. Tout est potentiellement une « micro-agression », c’est-à-dire une atteinte à l’intégrité de leur petite personne, dont le confinement a confirmé l’équilibre extrêmement précaire. 

La grande contradiction du « wokeness »

Le plus grand paradoxe de ce courant est de prôner en même temps un hyper essentialisme racial et un éclatement complet de toute identité sexuelle grâce à l’idéologie trans. C’est une contradiction monumentale et insurmontable. D’un côté, les gens dits racisés et leurs pseudos adversaires, les « Blancs », sont confinés à leur identité raciale, mais de l’autre, les gens sont invités à transcender leur sexe, lequel serait « assigné à la naissance » par des médecins malveillants et réactionnaires. On vous emprisonne dans votre origine ethnique, mais on vous force à vous « libérer » de votre prison de genre.

La face cachée du multiculturalisme

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La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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Fake history

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Grâce aux black studies, cours répandus dans les universités anglo-saxonnes, on apprend que les Grecs ont tout piqué aux Égyptiens, qu’une présence africaine est attestée en Angleterre depuis l’Antiquité et que Napoléon a inventé les chambres à gaz pour tuer les Haïtiens…


C’est une petite dame d’apparence toute frêle, aujourd’hui âgée de 86 ans. Mais Mary Lefkowitz possède un courage de lion, un intellect au rayon laser et une passion inextinguible pour la vérité. C’est que ce que nous découvrons avec la réécriture « antiraciste » de l’histoire et la cancel culture, elle l’a déjà vécu il y a trente ans en tant que titulaire d’une chaire de lettres classiques au très paisible Wellesley College, près de Boston. Au nom de la rigueur scientifique, elle a osé réfuter une série de thèses pseudo-historiques, idéologiquement motivées, sur l’origine de la civilisation grecque et le statut de la culture occidentale. Beaucoup plus qu’une tempête universitaire dans un verre d’eau académique, l’esclandre déclenché est devenu une lutte acharnée pour préserver la recherche historique de l’influence perverse des idéologies politiques. Victime d’insultes, de protestations, de dénonciations et d’un interminable procès vexatoire, Lefkowitz a tenu bon. Sa résistance infaillible et les tenants et aboutissants de cette affaire sont riches de leçons pour notre époque.

Athènes n’est plus dans Athènes

Tout commence au début des années 1990. À sa grande surprise, Lefkowitz apprend qu’un collègue, Tony Martin, enseigne dans ses cours que Socrate et Cléopâtre étaient noirs. Trinidadien, Martin est professeur dans la section d’african studies, ou black studies, l’étude de la culture africaine et celle de la diaspora africaine, section que Lefkowitz elle-même a aidé à créer. Peu de temps après, on demande à celle-ci d’écrire un compte-rendu de trois livres, dont le deuxième volume de l’ouvrage monumental, Black Athena, qui prétend démontrer que la plupart des réalisations de la Grèce ancienne ont une origine égyptienne (1). Son auteur, l’Anglais Martin Bernal, n’est pas un spécialiste de ce domaine. Petit-fils d’un égyptologue distingué, il a une formation de sociologue. Enseignant les sciences politiques à l’université de Cornell, c’est dans un but politique qu’il écrit son livre, puisqu’il s’agit d’« ébranler l’arrogance culturelle européenne ». Il se présente comme un non-spécialiste qui bouleverse les suppositions paresseuses et racistes des spécialistes de l’histoire ancienne. Son travail, truffé de références et accompagné d’une longue bibliographie, a de quoi impressionner le lecteur naïf.

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Scandalisée, Lefkowitz démonte les arguments de Bernal dans une série d’articles et un ouvrage collectif (2). Selon Bernal, avant le XVIIIe siècle, tout le monde savait que la culture grecque venait de l’Égypte, mais les historiens modernes se sont employés à faire croire que les Grecs avaient créé leur propre culture – comme la déesse Athéna était sortie tout armée de la tête de Zeus. Il qualifie cette prétendue affabulation d’« aryenne » pour souligner son caractère raciste. Lefkowitz montre non seulement que la plupart des chercheurs sont loin d’être des suprémacistes blancs, mais que Bernal lui-même ignore tous les travaux mettant en lumière les contacts étroits des Grecs avec d’autres peuples du Moyen-Orient comme les Phéniciens et les Perses. Pour étayer son attaque, Bernal soutient que l’Égypte a envahi la Grèce au iie millénaire av. J.-C. et prétend en apporter les preuves archéologiques. Lefkowitz fait remarquer non seulement l’absence de toute trace tangible d’une telle invasion, mais aussi la dépendance de Bernal vis-à-vis de récits mythologiques. Enfin, Bernal affirme qu’au moins un tiers de la langue grecque est d’origine égyptienne, mais ses arguments étymologiques – comme la dérivation du nom d’Athéna de la déesse égyptienne Neith – se révèlent fantaisistes. Certes, l’Égypte a exercé une influence sur la Grèce, mais c’est la Grèce qui, sous Alexandre, a envahi et dominé l’Égypte, de 331 à 31 av. J.-C. Lefkowitz défend le caractère unique de la philosophie grecque, tout en soulignant que l’idée selon laquelle la sagesse des Hellènes provient de mystères censément égyptiens est un mythe promu par les francs-maçons au XVIIIe siècle. On en trouve une expression dans la Flûte enchantée de Mozart, avant que le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion rende de telles spéculations impossibles.

Un racisme classique

Cette querelle aurait pu rester une affaire d’obscurs pédants si le projet de Bernal ne venait pas appuyer un courant de pensée plus ancien, l’afrocentrisme, qui avait largement pignon sur rue dans les départements de black studies où tous les professeurs et tous les étudiants étaient noirs. Dans sa version modérée, que certains appellent « afrocentricité », il s’agit de compenser une vision traditionnelle de l’histoire trop centrée sur l’Europe. Mais souvent, c’est une autre tendance qui domine, plus revendicatrice et plus encline à faire violence aux faits historiques (3). Selon cet afrocentrisme-là, non seulement la première civilisation de l’humanité est égyptienne, mais les Égyptiens étaient des Noirs africains. Ensuite, les Grecs ont tout volé à la culture noire, et les historiens blancs ont dissimulé ce vol. Ce courant a pris racine au XIXe siècle quand des Afro-Américains cherchaient, pour des raisons compréhensibles, une généalogie culturelle plus noble que celle que l’esclavage leur imposait. Ils l’ont trouvée dans l’Égypte ancienne qui était bien un pays africain et entretenait des liens importants avec des peuples noirs habitant plus au sud de la vallée du Nil. À la pseudo-science des Blancs répondait donc une pseudo-histoire des Noirs. Des militants célèbres tels que Marcus Garvey et W. E. B. Du Bois ont adhéré à cette thèse d’un « héritage volé », selon le titre du livre influent publié par l’universitaire George James en 1954 : Stolen Legacy (4). Le monde francophone y a contribué de manière notoire à travers les apports du polymathe Cheik Anta Diop et du linguiste Théophile Obenga qui postulaient l’existence d’une langue négro-égyptienne dont les bases philologiques ont fait l’objet de critiques sévères (5). Ces auteurs ont promu l’idée d’une supériorité de la culture noire sur toutes les autres. À partir des années 1960, la thèse de l’« héritage volé » devient monnaie courante chez maints professeurs de black studies. Elle inspire une méfiance profonde vis-à-vis de la production d’historiens blancs qu’il est désormais légitime d’ignorer.

© Marsault

En critiquant l’œuvre de Bernal, Lefkowitz attaque donc tout l’édifice de l’afrocentrisme. D’ailleurs, les deux autres livres qu’elle recense en même temps que le volume de Bernal sont Stolen Legacy, de James, et Africa, Mother of Civilization, de Yosef Ben-Jochannan, professeur portoricain à Cornell qui se présente comme un juif éthiopien. Elle apprend chez ces deux auteurs qu’Aristote aurait plagié toute sa philosophie dans des livres se trouvant dans la bibliothèque d’Alexandrie – bien que le philosophe soit mort avant la construction de la bibliothèque. Choquée, Lefkowitz consacre un autre livre à la déconstruction de cette nouvelle mythologie, ce qui lui vaut d’être accusée d’être raciste, d’extrême droite et – ce qui est vrai – juive (6). En effet, une fois que la pseudo-histoire est dans la place, tous les délires deviennent possibles. L’afrocentrisme dans ses formes les plus outrancières est souvent associé à l’antisémitisme.

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Typique à cet égard, l’organisation musulmane très hétérodoxe, la Nation of Islam, créée dans les années 1930 et refondée dans les années 1970 par Louis Farrakhan, publie en 1991 le premier volume d’une série intitulée « La Relation secrète entre les Noirs et les juifs » (7). Les juifs y sont accusés d’avoir financé la traite atlantique, d’avoir constitué la majorité des esclavagistes américains et d’être responsables de l’« Holocauste des Noirs africains ». Non content de s’approprier la Shoah, le livre exige excuses et réparations monétaires. Lefkowitz apprend que ce titre figure au programme d’un cours de son collègue Tony Martin, qui la dénoncera personnellement dans un brûlot publié à compte d’auteur et intitulé « L’Assaut juif ». Pour comble, quand elle interroge Yosef Ben-Jochannan sur Aristote, lors d’une conférence publique, il insinue qu’elle n’appartient pas aux vrais juifs qui sont… noirs.

L’archéologie sans le savoir

Aujourd’hui, les compromis avec la vérité,caractéristiques des années 1990, sont de nouveaux présents, bien que sous des formes modifiées. Beaucoup d’archéologues proclament ouvertement que leurs recherches ont des objectifs politiques, comme la lutte contre le nationalisme populiste (Brexit, Trump) et la protestation contre le meurtre de George Floyd. Dans ses interventions en ligne, l’égyptologue américaine Vanessa Davies dénonce le racisme de ses prédécesseurs blancs et parle des afrocentristes Diop et Obenga comme de pionniers injustement conspués. Au nom de la diversité, les archéologues britanniques sont engagés dans une quête de preuves d’une présence africaine en Angleterre à l’époque de l’Antiquité. L’empereur romain Septime Sévère, mort à York en 211, est né en Afrique du Nord. D’origine romano-punique, il est souvent présenté abusivement comme noir dans des listes des personnalités noires de l’histoire britannique qui foisonnent dans les médias – y compris la BBC – et une certaine littérature de vulgarisation. Toute personne potentiellement nord-africaine est présentée de façon à suggérer qu’elle est subsaharienne, pour montrer que l’immigration noire est une constante historique. C’est le cas de deux squelettes de femmes datant de l’époque romaine. La « Dame aux bijoux d’ivoire », découverte à York en 1901, qui a vécu au ive siècle, a été jugée par une analyse de 2010 comme potentiellement, partiellement nord-africaine, en dépit de la fragilité des données. En 2020, le Yorkshire Museum en a parlé dans un message posté pour saluer le mois de l’histoire des Noirs. La « Dame de Beachy Head », découverte en 1953, qui a vécu au iiie siècle, est présentée avec une certitude questionnable dans une étude de 2014 comme étant certainement d’origine subsaharienne. Si l’on consulte le matériel pédagogique proposé pendant le confinement par la municipalité londonienne – et travailliste – de Hackney, on trouve une leçon centrée sur cette dame où on pose aux élèves la question suivante : pourquoi ne savait-on pas qu’il y avait des gens originaires de l’Afrique au Royaume-Uni ? La réponse implicite est : parce que les beaufs blancs et leurs historiens officiels ont dissimulé cette présence.

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Quant à l’histoire moderne, une autre technique consiste à détrôner les héros blancs traditionnels. C’est ainsi qu’une femme d’affaires et guérisseuse jamaïcaine, Mary Seacole (1805-1881), est portée aux nues comme une rivale de la grande pionnière des soins infirmiers, Florence Nightingale (1820-1910). Seacole était certes une personnalité remarquable, mais elle ne se définissait pas comme infirmière, n’a jamais mis les pieds dans un hôpital et ne se considérait pas comme noire. D’autres approches ont pour effet implicite d’éroder le caractère unique de la Shoah. Le professeur de black studies à Birmingham, Kehinde Andrews, considère Churchill comme l’équivalent d’Hitler à cause de la campagne britannique de bombardement de l’Allemagne. En 2005, l’écrivain et réalisateur Claude Ribbe lance le mythe d’une extermination planifiée des Noirs de Haïti ordonnée par Napoléon et mise en œuvre à travers le recours systématique à des chambres à gaz installées dans les cales des navires français (8). Cette mystification refait surface dans un article du professeur Marlene L. Daut, publié dans le New York Times le 18 mars. Ici, ainsi que dans un entretien sur France Culture et sur son compte Twitter, l’universitaire de Virginie décrit Napoléon comme « un fou raciste, belliqueux, génocidaire », le créateur des « chambres à gaz » et l’inventeur du « plan directeur pour Hitler ».Cependant, si la vérité est tant malmenée aujourd’hui, ce n’est pas tant par ces historiens militants et autres philosophes « postmodernes » que par ceux qui se taisent, par lâcheté, et n’osent pas contester les mensonges des autres. On pense à Juvénal : « Nec civis erat qui libera posset verba animi proferre et vitam impendere vero. » (« Il n’y avait pas un citoyen qui puisse exprimer librement ses opinions et risquer sa vie au nom de la vérité. ») Prenons exemple sur Mary Lefkowitz.


(1) Les deux premiers volumes de Black Athena : les racines afro-asiatiques de la civilisation classique, publiés en anglais en 1987 et 1991, ont été traduits en français et publiés aux PUF :vol. 1 :L’Invention de la Grèce antique, 1785-1985 (1996) ; vol. 2 : Les Sources écrites et archéologiques (1999). Le troisième volume est paru en anglais en 2006 : Black Athena. The Afroasiatic Roots of Classical Civilization, Volume III : The Linguistic Evidence.

(2) Mary Lefkowitz, Guy MacLean Rogers (dir.), Black Athena Revisited, University of North Carolina Press, 1996.

(3) Stephen Howe, Afrocentrism. Mythical Pasts and Imagined Home, Verso, 1999.

(4) Stolen Legacy. Greek Philosophyis Stolen Egyptian Philosophy(1954), réédité de nombreuses fois.

(5) Voir l’ouvrage collectif, Afrocentrismes : l’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, Karthala, 2010.

(6) Not Out of Africa. How Afrocentrism Became an Excuse to Teach Myth as History, Basic Books, 1996.

(7) The Secret Relationship between Blacks and Jews. Le premier tome date de 1991, les deux autres de 2010 et 2016.

(8) Le Crime de Napoléon (2005), réédité en 2013 au Cherche-midi.

Orange en Irak: l’influence française encore amoindrie

L’expropriation d’Orange en Irak souligne la nécessité de renforcer la protection des entreprises dans les pays les plus corrompus.


Les économistes experts du secteur des télécommunications évoquent une véritable expropriation. L’affaire est complexe mais pourrait se résumer ainsi. Le groupe de télécommunications français Orange s’est implanté en Irak en 2011, en investissant 430 millions $ au sein du troisième acteur irakien de la téléphonie mobile, Korek. Pour ce faire, il s’était lié à une société koweïtienne, Agility Public Warehouse. Ensemble, ces deux acteurs ont engagé 810 millions $ pour acquérir 44% de Korek. Accusé de ne pas avoir respecté ses engagements, notamment en termes d’infrastructures, Orange a vu son contrat dénoncé en 2014. L’autorité irakienne régulatrice des télécommunications, la CMC, a refusé tout règlement à l’amiable et a définitivement tranché l’affaire en 2018, le groupe français voyant ses parts transférées à trois investisseurs, dont le président de Korek, membre d’une puissante famille du Kurdistan irakien. Exproprié de facto, Orange a porté le cas auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, le CIRDI, à l’automne 2020. Le partenaire d’Orange, Agility, avait déjà eu recours au CIRDI, dont les trois juges Cavinder Bull, John Beechey et Sean Murphy, ont rejeté sa demande d’indemnisation en février.

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De forts soupçons de corruption

Toutefois, selon de nombreux observateurs, de forts soupçons de corruption entachent l’ensemble de cette affaire. La justice britannique enquête d’ailleurs sur cette dernière, dans laquelle semblent être impliqués des intermédiaires de nationalité libanaise. Deux hommes d’affaires libanais, entrés au conseil d’administration de Korek, auraient chargé l’un de leurs partenaires d’acquérir une demeure à Wembley, dans la banlieue de Londres. C’est chose faite en septembre 2014, avec l’achat en cash d’une maison pour 830 000 £. Or, il apparaît qu’elle fut alors occupée par l’un des responsables de la CMC. Cette pratique en dit long sur l’état de corruption endémique qui sévit en Irak, ce pays étant placé à la 160ème position de l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

Interrogations sur le CIRDI 

Dès lors, il semblerait que le CIRDI, dont c’est pourtant l’une des attributions, n’ait pas suffisamment enquêté sur ces forts soupçons de corruption, comme en témoigne le rejet dont Agility a fait l’objet. Pourtant, le CIRDI est un organisme crucial pour garantir les investissements étrangers dans des pays comme l’Irak. En effet, un pays en reconstruction ou en voie de développement a besoin de capitaux et de savoir-faire étrangers pour rétablir une économie stable. Les investisseurs doivent donc être assurés que les moyens engagés soient à l’abri de pratiques comme la corruption ou l’expropriation. Un Etat qui aurait un recours massif à ces pratiques se verrait condamné à verser de lourdes indemnités, ce qui pourrait l’encourager à une plus grande transparence. Sans investissements, les chances d’un tel pays de se redresser, de moderniser son économie et donc de stabiliser sa société, sont faibles. L’Irak, déjà ruiné par le factionnalisme et les ingérences étrangères, n’a pas besoin en plus de voir les investissements étrangers se tarir. Or, ces derniers sont en chute libre, avec un record de pertes de -4,8 milliards $ en 2018.

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Peut-être faudrait-il songer à réformer le CIRDI pour que cet organisme soit plus crédible dans ses missions. Fondé en 1965, il fait partie du Groupe de la Banque mondiale. L’Irak y a adhéré en 2015. Toutefois, le CIRDI a fait l’objet de multiples critiques, notamment de la part de pays latino-américains, dont de nombreux s’en sont retirés (le Brésil n’a, quant à lui, jamais adhéré). Parmi les principales critiques figurent sa trop grande proximité avec la Banque mondiale, le manque de moyens financiers et humains alors que le nombre de recours est en hausse, le déficit de transparence ou encore l’absence de procédures d’appel véritables. Le CIRDI n’en est pas moins indispensable aux yeux de nombreuses entreprises souhaitant réaliser de manière sereine des investissements à l’étranger. Il n’est donc pas question de remettre en question la pertinence de cette institution, mais davantage de la renforcer et de la crédibiliser : une plus grande autonomie face à la Banque mondiale et le renforcement des moyens semblent certaines des pistes à explorer sérieusement.

L’enjeu géopolitique

Cette affaire révèle aussi l’importance centrale d’une bonne analyse géopolitique préalable à un investissement. L’Irak est, on le sait, l’enjeu de luttes d’influence féroces entre les diverses factions présentes, ainsi que l’objet d’appétits étrangers, notamment iraniens. Non qu’Orange ne soit allé en Irak sans procéder à une telle analyse. Le pays est très complexe, déchiré entre communautés qui tentent de s’approprier les ressources financières (comme le pétrole, au centre des antagonismes entre la région autonome du Kurdistan et l’Etat central de Bagdad dans la région de Mossoul). L’influence britannique y est encore palpable, l’Irak ayant été créé au sortir de la Première guerre mondiale sous un mandat confié à Londres. En témoigne l’accord en 2012 entre le britannique Vodafone et Zain, 1er opérateur irakien de téléphonie mobile.

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Le cas d’Orange mérite réflexion. S’il n’est pas indemnisé, cela ne pourrait que provoquer davantage de réticences de la part des investisseurs internationaux de se placer en Irak, condamnant à terme tout espoir de développement véritable.

Voir au-delà du « ras-le-bol démocratique »

Les raisons de l’abstention massive des Français aux élections sont à aller chercher dans le désintérêt total pour l’échelon régional et au-delà du ras-le-bol général!


Les raisons à l’abstention massive des Français aux élections sont simples: ras-le-bol général! Ras-le-bol de la culpabilisation, ras-le-bol des diktats européens, ras-le-bol de la destruction de la bioéthique, ras-le-bol des sujets abscons et imposés. Nous, on veut des sujets qui nous concernent!

Ne prenons pas les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages et, tant qu’on y est, allons-y du « ras-le-bol démocratique », selon l’expression de Madame de Montchalin, qui monte de la France profonde, en ce lendemain de premier tour des élections régionales où le président chauffe sa campagne présidentielle.

Ras-le-bol!

Ras-le-bol de s’accuser, se culpabiliser, se flageller. De mettre un genou en terre devant le monde entier. De plier l’échine sous la férule de l’oncle Jo. De se battre la coulpe pour la colonisation, la couleur de notre peau, la beauté de notre langue et de notre civilisation. De déplorer notre inappétence pour le mixage, le dégenrage, le métissage, la désidendité, la désexualisation. De ne pas voir ce que nous voyons. Entendre ce que nous entendons. Dire ce que nous pensons. Non, nous n’adorons pas sainte Greta. Non, le multiculturalisme à la Trudeau n’est pas notre code. Non, notre drapeau n’est pas arc-en-ciel, mais bleu blanc rouge, aux couleurs de la France.

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Ras-le-bol que charbonnier ne soit plus maître chez lui. Ras-le-bol que Bruxelles, avec ses Commissions, sa Cour de justice, son Parlement, nous impose ses diktats qui excédent ses domaines de compétence économique et fasse main basse sur notre souveraineté. Aujourd’hui, c’est contre la fronde de la Hongrie qu’Ursula von der Leyen montre les dents. Demain, ce sera contre le Danemark et les demandeurs d’asile. Après-demain, la France, pour sa laïcité à la française. En attendant, on laisse violer (sans prévenir Madame Schiappa) l’article 1 du traité de la Convention internationale des droits de l’enfant. On nous saoule du verjus de la novlangue avec l’homophobie, la discrimination, la stigmatisation, l’hystérisation des débats, l’intolérance. Avec « la femme en souffrance d’enfant » et « les familles issues du don ». Avec le père qui n‘est jamais un donneur, et l’enfant qui naît de « la volonté » de deux femmes ; d’une grand-mère qui peut être un père ; du Code Napoléon qui est fini, et de l’altérité sexuelle des personnes de même sexe. Des « parents » qui peuvent être deux mères. Ras-le-bol qu’on se moque de nous, comme l’a dit le Sénat, refusant d’examiner, il y a peu, en commission spéciale, le projet de loi bioéthique. Car, au Sénat, on ne sert pas deux fois le même plat.

Nous, on veut!

Ce que « nous, on veut » comme dit un air populaire ? C’est simple ! D’abord, qu’on arrête de parler d’amour à la Chambre. Les députés n’y connaissent rien : l’amour dure deux ans. Il est « enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi. » Le mal d’enfant n’est pas une maladie orpheline. Les lesbiennes ne sont pas victimes d’une discrimination nécessitant une refonte du code civil. Le coût de la loi bioéthique, c’est 2,3 millions d’euros et huit associations rémunérées de façon ou d’une autre. Le tout imposé par la Commission européenne des droits de l’homme et la CEDH que notre filiation à la française ne regarde absolument pas. Et qui c’est qui paierait ? Le contribuable !

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Nul besoin de sillonner la France, les manches retroussées, pour savoir ce que « nous, on veut ». Il suffit de passer en boucle le Flashmob, parti de la gare de l’Est, le 8 avril, pour la réouverture des lieux de culture, qui a fait le tour de France : « Non, non, non…. Nous, on veut… » et tirer les leçons de ce joyeux happening, en l’étendant à tous les domaines de la vie publique et privée, de quoi faire danser Marlène Schiappa jusqu’au vertige : santé, immigration, sécurité, travail, autorité, école, paix civile. Non, les Français ne sont pas tous des canards, ce sont aussi des piafs, ces boules de plumes trapues, effrontées, et sautillantes, qui ont siffloté, dimanche, un petit avant-goût du tournoi de 2022. Hélas ! On dira qu’il y a moins d’oiseaux à Paris, à part les corbeaux au bec jaune, larges comme des pelles, dans les jardins publics. À entendre les médias, le vote des régionales, comme les lois sociétales, les Français s’en taperaient. Ils préfèreraient la pêche à la ligne au vote. La plage sous le soleil, au bitume brûlant. Belle République, en vérité ! Sûr que, quand on serine une chronique de l’abstention annoncée, cela n’incite pas à aller voter : on l’a vu ce dimanche. Alors, on se console en pensant qu’à partir d’aujourd’hui, on tombe le masque mais on garde le slip français.

« Côté jardin: de Monet à Bonnard », une exposition qui ne pouvait avoir lieu qu’à Giverny!

L’exposition « Côté jardin, de Monet à Bonnard » réunit pour la première fois les œuvres d’artistes que tout opposait, les nabis et les impressionnistes. Elle nous permet aussi de retrouver le chemin des musées et le somptueux écrin de Giverny.


On entend déjà grogner au loin les ronchons : « Encore l’impressionnisme ! » Oui, et alors ? Pour attirer les touristes et remplir les caisses des musées qui sortent d’une mauvaise passe, mieux vaut Pissarro que Poussin, Le Nain ou Georges de la Tour (peut-être nos plus grands peintres). Mais la démagogie et l’appât du gain ne sont pas la tasse de thé de Cyrille Sciama, conservateur en chef du patrimoine et directeur général du très méconnu musée des impressionnismes, créé en 2009 à Giverny, à proximité de la maison de Monet. Ce mélomane érudit voue un culte au grand pianiste Alfred Brendel (dont le portrait orne son bureau) et l’exposition qu’il vient d’inaugurer dans son musée, il l’a méditée et préparée pendant des années. « Le projet de cette exposition traînait dans un carton depuis longtemps, raconte-t-il. Le fait que beaucoup de Français aient adopté le jardin comme un refuge, et aient quitté leur appartement pour aller vivre à la campagne pendant la pandémie, m’a fait soudain prendre conscience de son actualité : c’était le moment ou jamais ! Ce que j’ai voulu montrer, c’est que le jardin, de 1870 à 1940, a été un foyer de création artistique intense en France. Mais ce foyer ne passe pas par Matisse et Picasso : c’est donc une autre histoire de la modernité qui est racontée ici, celle d’un dialogue méconnu et oublié, mais qui a réellement existé, entre Monet et les nabis (Bonnard, Denis, Roussel et Vuillard) qui, au départ, ont d’abord rejeté l’impressionnisme avant de renouer avec lui. »

Giverny, lieu de pélerinage

Pour la première fois, une exposition rassemble et entrecroise les œuvres de ces peintres que tout opposait, puisque les nabis, qui se revendiquaient de Gauguin et de l’art japonais, avec leur théâtre d’ombres et ses larges aplats, refusaient la sensation immédiate et le travail en plein air, sur le motif, au profit d’une lente maturation spirituelle en atelier. Mais à partir de 1900, ils se séparent, doutent et se tournent à nouveau vers le patriarche de Giverny dont la quête contemplative les fascine. L’admiration réciproque entre Monet et Bonnard est une révélation : « Ils se rendent visite mutuellement, se parlent, s’écrivent… C’est l’une des plus belles amitiés artistiques de notre histoire. Alors que le jardin de Monet est totalement construit, celui de Bonnard est fou, sauvage et touffu », précise Cyrille Sciama. Le plus touchant est de voir le vieux sage encourager son nouveau « disciple » dans la voie qu’il s’est tracée et dont le but ultime, Monet le sait, ne peut être que le dépassement de l’impressionnisme, puisque Bonnard ne se contente pas de recomposer les couleurs du réel, mais les transpose, et crée un nouveau monde, imaginaire, où les feuillages, la mer, les champs et les fleurs fusionnent dans une explosion d’or, de bleu, de vert et d’orangé : plus encore que son maître, Bonnard reproduit l’intensité de la vie et annonce l’abstraction.

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Cette exposition ne pouvait avoir lieu qu’à Giverny puisque ce village de Normandie a été le point de rencontre et de réconciliation entre Monet et les nabis.

« Nymphéas avec rameaux de saule », 1916-1919, Monet © Paris, lycée Claude Monet, photo Jean-Charles Louiset

Giverny ! Depuis plus d’un siècle, ce lieu de pèlerinage, situé à 60 km de Paris, est le symbole universel de l’art de vivre à la française. Mais y aller, aujourd’hui, est un choc spatio-temporel : au départ de la gare Saint-Lazare, on rêve de prendre le train de La Bête humaine filmé par Renoir (Jean).

Les impressionnistes à l’avant-garde

Visionnaires et parfaitement lucides, pour ne pas dire « réactionnaires » et « antimodernes », les impressionnistes ont fixé pour l’éternité des paysages et une douceur de vivre qu’ils savaient être en train de disparaître (cette conscience est très nette dans tous les propos d’Auguste Renoir rapportés par son fils dans son livre Pierre-Auguste Renoir, mon père). Témoins de la destruction de la nature et de l’extension tentaculaire des villes, ils ont vu surgir la laideur (Renoir, encore lui, peste sur les objets du quotidien fabriqués en série qui n’expriment plus la main de l’artisan sans laquelle il n’y a pas de beauté). En s’installant à Giverny en 1883, alors qu’il est riche, reconnu et qu’il se considère lui-même comme un homme de progrès (il conduit une automobile, se passionne pour la photographie et règne sur une famille recomposée), Monet pressent la fin d’un monde, de son monde. Comme le note Oswald Spengler dans Le Déclin de l’Occident (publié en 1918), Monet incarne en 1914 « les derniers feux du monde occidental ». Composé dans la lignée des aquariums et des serres inventés au milieu du XIXe siècle pour sauvegarder des pans de nature, son jardin d’eau sublime est un paradis artificiel entouré de murs et de haies, où l’on se perd, comme dans un rêve, et dans lequel il ne reçoit que ses amis les plus proches, tel Clemenceau. Avant lui, Pissarro, Manet, Caillebotte et Renoir avaient déjà fui Paris pour se réfugier dans de petites maisons dotées d’un jardin : « Le jardin, rappelle Sciama, symbolise aussi alors les valeurs de la République : la famille, l’unité, la concorde. »

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En parcourant cette exposition légère et pleine de charme, on aura le plaisir de découvrir des peintres oubliés, comme Albert Bartholomé, dont le tableau Dans la serre (1881) est un chef-d’œuvre digne de Manet. Mais aussi des toiles récemment acquises par le musée et jamais présentées, comme le Parterre de marguerites de Gustave Caillebotte : quatre panneaux décoratifs, comme un papier peint en trompe-l’œil, destiné à être vus de loin. Du Klimt avant l’heure !

Alors que notre connaissance de la peinture repose trop souvent sur des reproductions lisses aux couleurs tronquées, la plus grande force de cette exposition est peut-être de nous rappeler qu’un tableau est bien plus qu’une image, que c’est quelque chose qui rayonne et qui nous murmure une « petite chanson ».  

« Côté jardin : de Monet à Bonnard », jusqu’au 1er novembre Musée des impressionnismes Giverny, 99, rue Claude-Monet, 27620 Giverny

Affiche de l’exposition Côté jardin : de Monet à Bonnard

Pierre - Auguste Renoir, Mon Père

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Il faut bien que détresse se passe

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Elisabeth Roudinesco © BALTEL / FTV/SIPA Numéro de reportage : 00897911_000067

Les transgenres, une transition?


Puisque tout se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux, je vais me permettre de rapporter, avec bien entendu son autorisation, une conversation tirée du mur Facebook de Sophie Bachat qui me semble on ne peut plus représentative des clivages idéologiques qui animent notre société, sinon ceux qui se révèlent au sein d’un même camp, l’époque étant à la schizophrénie du « en même temps ».

Dans un post à la furibonderie goguenarde, typique de notre causeuse préférée, celle-ci avouait qu’elle « n’en pouvait plus » de « la question trans » depuis que celle-ci était au centre de tous les débats, phénomène lui semblant à elle « le plus inquiétant du grand carnaval transhumain ». Et à voir tous ces enfants qui viennent expliquer à la télévision comment ils ne se sont jamais sentis de leur sexe mais de l’autre, on aurait tendance à réagir comme Elisabeth Roudinesco chez Yann Barthès[1] et à vociférer que cette « épidémie de transgenres » commence à bien faire, qu’un enfant de huit ans « n’est pas habilité » à changer d’identité et qu’à son âge une panoplie de Batman devrait lui suffire – qu’il soit garçon ou fille, l’héroïsation étant pour le coup unisexe[2]. Bien sûr, ce post fit réagir nombre de ses suiveurs, réacs sans humour, ironistes grinçants, lacaniens phallocrates (pléonasme), mais aussi, et plus intéressant, le post-moderne inclusif de service, avocat performant de toutes les singularités et de toutes les nouvelles suprématies du moment qu’elles soient « victimes », stoïcien de la transhumanité, notre ami JB.

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Bill Kaulitz et Conchita Wurst en novembre 2019 à Berlin © People Picture/Kochan/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40736429_000011

Institutionnalisation des marginalités

Celui-ci argua non sans justesse que ceux « qui n’en peuvent plus » des trans sont les mêmes qui, il y a trente ans, n’en pouvaient plus des homos – et par extension, tout comme ceux qui s’époumonaient contre l’avortement dans les années 60 étaient les mêmes qui gueulaient contre le divorce au XIX ème siècle, l’histoire des luttes sociétales fonctionnant comme un invariant historique, chaque minorité revendicatrice étant par définition insupportable au monde qui l’entoure. En Terminator du progressisme, JB pouvait tenir la dragée haute à Sophie – d’autant que celle-ci ne sut quoi répondre, piégée entre sa gauche libertaire, héritée des années 70, et son ras-le-bol néo-conservateur, contradiction attachante qui me semble le propre de Causeur. Elle eut beau rétorquer que sa liberté de mœurs « n’avait aucune limite » (chouette !) et préciser que ce qui l’horripilait dans ces revendications était qu’elles cherchaient moins à vivre qu’à institutionnaliser des marginalités, l’impitoyable millenial ne voulut rien entendre. Toute Sex Pistol et Ziggy Startust qu’elle était, Sophie Bachat était aujourd’hui une méchante réac s’en prenant à des gens qu’elle aurait dû défendre.

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Voir ma si rock-and-roll camarade en difficulté devant cet Y[3] de JB me donna une magnifique occasion d’être le chevalier blanc de celle-ci. Et c’est ainsi que je m’invitai dans le débat tagada tagada. L’idée était de défendre l’honneur de la Bachat sans pour autant contredire JB – puisque fondamentalement, c’est lui qui avait raison – et pour cela démontrer que tous les deux n’étaient pas sur le même terrain. La vérité est que JB avait réagi politiquement et moralement à ce qui n’était au fond qu’une mauvaise humeur très compréhensible de Sophie et qui aurait pu être la mienne. Car oui, je le confesse, les transgenres de huit ans qui vont expliquer la vie à la télé, sous le regard énamouré de leur maman, toute fière d’avoir un enfant tellement en avance sur son sexe, me gonflaient tout autant qu’elle.

Tous castrés

Mais au bout du compte, qu’allions-nous faire contre eux ? Rien, bien sûr. Notre mauvaise humeur ne saurait jamais se transformer en « procédure ». On se contenterait d’aboyer sans mordre et de laisser passer – et peut-être plus rapidement que prévu. Mieux, ceux qu’on finirait par mordre seraient, contre toute attente, les opposants réels au processus transgenre – un peu comme ces militants anti-avortement qui attaquent les cliniques où l’on pratique l’IVG et qui finissent par faire plus horreur que l’acte lui-même. Curieuse propension que beaucoup d’entre nous ont à se retourner contre des gens avec qui on était philosophiquement d’accord mais dont l’acharnement moral et pénal nous dégoûte tellement qu’elle finit par nous faire prendre parti pour une cause qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne nous enthousiasmait guère au début. Je dois l’avouer : les transgenres me cassent les couilles mais les hétéros-catho graves m’insupportent mille fois plus. Je préfère le délire sociétal à l’interdiction obscurantiste. Et puis, si l’humanité trouve son bonheur dans la transhumanité, qui suis-je pour m’y opposer ? Quelle objection sérieuse émettre à l’abjection néo-libérale dans laquelle notre JB se sent si à l’aise et qui fondamentalement n’est que la résultante de cette période que nous avons appelée « la parenthèse enchantée » ? Car hélas oui, ma chère Sophie, il faut s’y résoudre, Ultra Vomit trouve aussi son origine dans Iron Maiden (et la chanson Une souris verte, il est vrai.)

Eh bien que la nouvelle humanité se castre puisque c’est ça qui l’éclate ! Mais à condition bien sûr qu’elle ne vienne pas nous castrer nous aussi, nous effacer, nous déboulonner, nous censurer, nous réécrire.  Au fond, ce que nous reprochons d’abord aux Frankenstein et aux freaks du nouveau monde, c’est de vouloir cancelliser le nôtre.

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C’est notre paradoxe à nous néo-conservateurs, notre libéralisme « vieux jeu » finira par céder devant le néo-libéralisme androïd. La mort dans l’âme, nous verrons nos enfants et petits-enfants en finir avec l’âme et la mort – comme ils sont en train d’en finir avec le sexué, l’humour, Beethoven et Scarlett O’Hara. De toute façon, tout ce qui est techniquement faisable se fera. Tout ce qui est vendable sera conçu. Le néo-libéralisme s’inventera de nouveaux droits de l’iel et personne, à part les islamistes, n’y pourra rien. Car c’est aussi cela le drame : les seuls qui s’opposent aujourd’hui, sérieusement, moralement, politiquement, et avec une rare efficacité, aux nouveaux paradigmes sont nos premiers ennemis. Les seuls qui peuvent empêcher nos castrations sont les décapiteurs. Contre les désintégrés, les intégristes. Contre l’homme augmenté, les sous-hommes. Contre le post-monde, l’immonde. Mais si l’on doit choisir entre eux, comme dirait Raphaël Enthoven, eh bien on choisira les premiers, dussions-nous en avoir mal au cul. Parce que voilà, nous préfèrerons toujours notre société décadente et déconstruite à celle, totalitaire et sanguinaire, des fils d’Allah. Nous préfèrerons toujours notre nihilisme passif et polymorphe à leur nihilisme de bourreau moyenâgeux. Nous préfèrerons toujours vivre dans notre Satyricon que dans leur Daesh. Mieux vaut sacrifier des enfants à leurs caprices plutôt que les marier de force à des barbus. D’ailleurs qui sait ? Rien ne dit que les transgenres n’en reviennent pas un jour de leur genritude et peut-être même ultra-traumatisés par des choix infantiles qu’on leur aura laissé faire. Mais quoi ? Il faut bien que détresse se passe…

Soi-même comme un roi: Essai sur les dérives identitaires

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[1] https://twitter.com/lecoindeslgbt/status/1369756837436882953

[2] Encore qu’une panoplie de Catwoman conviendrait mieux à une fille qu’à un garçon, je dis ça, je dis rien.  

[3] De la « génération Y » https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ration_Y

Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

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Photo des travaux du grand barrage de la Renaissance, Ethiopie, 28 juin 2013 © Elias Asmare/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22526999_000002

Le barrage de la Renaissance sera-t-il le barrage de la guerre? Si ce barrage est vital pour assurer l’apport hydraulique dont l’Ethiopie a besoin, pour l’Egypte c’est un casus belli car celui-ci bloque l’approvisionnement en eau du Nil. La mise en route de celui-ci va-t-il provoquer une guerre de l’eau? Entretien avec Mikail Barah.


Mikail Barah est chargé du parcours Sciences Politiques et Relations Internationales de l’Université Saint Louis à Madrid ; directeur de l’Observatoire des Crises contemporaines ; auteur notamment de l’ouvrage L’eau, source de menaces ? (2008, Dalloz, Iris Editions). Propos recueillis par Rémi de Francqueville.

Le grand barrage de la Renaissance s’impose comme une source de tensions entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie. Pour cette dernière il est question d’assurer une grande part de sa production énergétique (qui repose encore majoritairement sur la transformation de biomasse) par ce qui deviendrait alors le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique (puissance annoncée de 6 500 mégawatts pour répondre aux besoins de ses 110 millions d’habitants (dont jusqu’alors la moitié n’a pas accès à l’électricité), 175 mètres de haut, 1 800 mètres de long, 83 km3de réserve). Pour le Caire, dont l’agriculture dépend à 97% de l’irrigation permise par le Nil, c’est un enjeu majeur, à l’instar de Khartoum qui craint pour la capacité future de remplissage de ses barrages en aval.

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Conflits. En avril dernier le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à la tête de la présidence annuelle de l’Union africaine, réunissait le Soudan, l’Égypte et l’Éthiopie afin de trouver un compromis permettant la mise en place d’un accord autour de la question du barrage. Suite à cette réunion, qui dura trois jours au lieu de deux, aucun accord ne fut signé et les acteurs repartirent en boudant la séance de clôture. Après dix ans de bras de fer, et à quelques mois seulement de la mise en activités du barrage, existe-t-il encore une possibilité de désescalade des tensions ?

Mikail Barah. L’escalade comme telle est verbale plutôt que physique ou militaire. Évidemment, chacune des parties pense qu’elle a intérêt à faire monter les enchères et à se placer en position de force. Mais le rapport de force réel est à jauger par des réalités du terrain. Et ici, force est de constater que l’Éthiopie est l’acteur qui dispose le plus d’atouts, tant sur le plan militaire que diplomatique finalement. Pourrait-on avoir une escalade de type militaire qui mette aux prises l’Éthiopie et ses voisins ? Rien n’empêche de dire que non. Mais si les gouvernements de la région s’en tiennent à une attitude pragmatique et réaliste, ils feront tout pour éviter les scénarii militaires. En d’autres termes, la réponse quant à la nature de l’escalade autour des eaux du Nil – politique, militaire, ou les deux à la fois – dépendra en premier lieu de l’attitude du Caire.

Quelles sont les différentes options pour chaque protagoniste ? Finalement est-ce important pour l’Éthiopie, en position de force sur ce dossier, de parvenir à un accord ?

Il n’y a que deux options envisagées, et à envisager : la coopération, ou la confrontation. Les faits se situent plus près de cette dernière option, mais sans pour autant avoir basculé dans le militaire… il faut souhaiter que cela reste ainsi. Pour le reste, il va de soi que chacun a intérêt à la coopération, côté éthiopien comme côté égyptien ou soudanais.

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Comment y parvenir ? C’est là que les choses se compliquent, bien évidemment. L’Égypte est rétive à une « coopération » qui ne se ferait pas selon ses termes et conditions. Le Soudan, parent faible de l’équation, continue à rechercher une forme de parapluie diplomatique – et militaire au besoin – égyptien, mais tout en étant conscient de ce que le rapport de force abonde dans le sens de l’Éthiopie. L’Éthiopie pour sa part suit un schéma classique : elle est en position de force, grâce à une combinaison entre ses moyens diplomatiques et militaires et sa position de pays d’amont. S’ajoute à cela le fait que l’Éthiopie ne vit pas de situation de stress hydrique, contrairement à ses voisins d’aval. Donc dans le fond, l’Éthiopie est à la limite heureuse de sa revanche sur l’histoire : elle se sent en position de force, dans son bon droit, et ne rechigne pas à l’idée de voir que les cycles de l’histoire ont renversé à son profit une situation injuste dont elle pâtissait précédemment – les termes en vigueur sur le partage des eaux du Nil, qui ne reconnaissaient aucun droit à l’Éthiopie.

Est-il envisageable pour l’Égypte de recourir à la force armée ? Quelles seraient les conséquences d’une telle action ?

On ne peut rien exclure de la part de l’Égypte : Le Caire n’exagère en rien lorsqu’il avance ou suggère que toute goutte d’eau du Nil est vitale pour le pays. L’écrasante majorité de la nombreuse et croissante population égyptienne vit le long des eaux du Nil, cela résume tout côté égyptien.

Donc, en ultime recours, rien n’empêche d’écarter la tentation égyptienne de recourir à la force armée, qu’elle justifierait par les risques existentiels générés par le barrage de la Renaissance en Éthiopie. Les conséquences d’une telle action seraient dramatiques, du moins si l’Égypte décidait d’aller jusqu’à un bombardement de ce barrage : outre le désastre humain et écologique, l’Égypte aurait à subir une condamnation internationale et une réponse sans faille – à laquelle elle n’aurait aucun intérêt – de la part de l’Éthiopie.

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Mais on n’est vraiment pas devant un tel scénario à l’heure qu’il est, malgré les apparences parfois. L’Égypte, surtout sous la houlette de son président actuel, mais aussi devant les relents fiers et ultranationalistes de sa population, souhaite renouer avec une grandeur et une splendeur déchues, celles des Pharaons, des Fatimides, de Nasser… mais ils sont conscients de leurs limites. C’est pourquoi il convient de ne pas confondre rhétorique et action. Si l’Égypte voyait dans l’action militaire une option sérieuse, elle aurait probablement déjà commencé à mettre à exécution ses menaces. Le Caire est cependant conscient de ses propres limites, ainsi que des bénéfices encore présents du dialogue, même si celui-ci va souvent à sens unique.

En matière de gestion de l’eau que dit le droit international ? Sur quels textes pourraient se référer les acteurs ? Y ont-ils recours ?

Très bonne question : il n’y a pas de règle, sinon celle de la loi du plus fort. Quand l’Éthiopie était plus faible diplomatiquement et militairement, elle ne pouvait…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

C’est la région, idiot!

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Il n’y a pas de crise démocratique. Les Français ne voient pas l’intérêt de voter aux régionales, voilà tout.


Les résultats du premier tour des élections régionales ont pris presque tout le monde par surprise. Les LR, en premier lieu, s’affirment comme la première force politique de France. Le RN, toujours deuxième, perd énormément de terrain et, même s’il sera présent au second tour dans plusieurs régions, il n’y a qu’en PACA qu’il conserve un petit espoir de l’emporter. Quant à la gauche, l’alliance rouge-rose-vert reste potentiellement très forte, vivante, pleine d’espoir et tout ça et tout ça, mais concrètement faible…

Mais surtout, comme le disaient tous les participants sur les plateaux hier soir, on déplore un taux d’abstention sans précédent.

Situation immensément dangereuse

Pour Patrick Roger du Monde, nous avons vécu dimanche « une bérézina démocratique » quand « sur les 47,7 millions d’électeurs appelés à voter, plus de 30 millions ont choisi de ne pas se déplacer », un fait qui confirme pour lui « un mauvais penchant ». Sur FigaroVox Maxime Tandonnet est plutôt d’accord : l’effondrement de la participation « est évidemment le signe d’une démocratie agonisante. Dès lors que l’immense majorité des citoyens s’abstient de se rendre aux urnes, le suffrage universel est annihilé et le pouvoir du peuple devient une formule vide de tout sens. Cette situation est immensément dangereuse. » Selon lui, la responsabilité « incombe à la classe dirigeante du pays. Depuis quelques années, le naufrage de la politique au plus haut niveau dans les coups de communication, le Grand-Guignol permanent, l’obsession de paraître et de pavoiser finit par engendrer un profond dégoût des citoyens.. »

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Dans la liste non exhaustive des raisons de l’abstention, la plus ridicule est sans doute celle du « fiasco de la propagande » proposée hier par quelques commentateurs ; un grand nombre de citoyens n’auraient pas reçu l’enveloppe contentant les professions de foi des candidats de leur région. C’est sans doute un problème, mais d’ici à y voir une explication ne serait-ce que partielle de l’abstention, il y a plus qu’un pas…

On peut empiler commentaires et analyses, critiquer les médias, la classe politique et déplorer le niveau du débat politique, lequel serait de plus trop éloigné des préoccupations de la vraie vie des vrais Français – c’était le consensus sur les plateaux hier soir.

Les régions, c’est quoi ce machin ?

Mais pour comprendre, il ne faut pas chercher très loin. A quelques exceptions, la Ve République a fait des élections présidentielles les seuls et uniques scrutins qui comptent vraiment. J’en veux pour preuve que les taux de participation en 2012 et 2017 ont été proches de 80%. Alors, on peut à loisir comparer à un beau millefeuille la formidable administration de notre territoire. Reste qu’en haut, il n’y qu’une seule cerise : l’Elysée.

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En France, même le Premier ministre n’est qu’un « collaborateur » du président de la République, à qui des citoyens bien élevés ont l’habitude de donner une majorité législative six semaines après l’avoir élu, vidant au passage sa substance à l’Assemblée nationale, qui devrait être le lieu où le rapport de forces des législatives engendre un projet politique de gouvernement…  Et puis ce « millefeuille », tous ces échelons avec leurs administrations variées et leurs obscures compétences semblent souvent être des « machins » destinés à compliquer la vie et multiplier les fonctionnaires !

Ainsi, contrairement à tout ce qu’on a pu nous dire ces dernières 24 heures, ce n’est pas parce que les citoyens n’ont pas compris les enjeux des régionales qu’ils ne se sont pas déplacés. On peut au contraire avancer que c’est justement parce qu’ils ont enfin saisi le fait qu’on leur demandait de désigner ceux qui construisent les lycées et gèrent les RER et autres TER qu’ils ont décidé de ne pas faire le déplacement. Les chantiers de bahuts (présents et à venir) n’intéressent pas grand monde. Les subtilités des transports en commun, tout autant. Ce n’est pas que ce n’est pas important, mais ce sont tout simplement des sujets qui ne correspondent pas à ce que la plupart des gens appellent « la politique ». Ajoutez à l’hyper-présidentialisation de notre régime une trivialisation des sujets et des enjeux (sans oublier les remarques hilarantes des élus et journalistes rappelant aux citoyens à quel point les régions sont importantes…), et vous avez votre taux d’abstention. 

Après son retour en grâce aux régionales, la droite doit rebondir avec une primaire!

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Meeting de Valérie Pécresse à Boulogne Billancourt, 19 juin 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01024522_000053

Les résultats du premier tour livrent trois enseignements : le peu d’intérêt des Français pour les élections régionales et départementales, l’effondrement de LREM et du RN et… le rappel que les sondages se trompent toujours pour prédire le résultat des élections ! Pour la droite, c’est le moment de rebondir en lançant rapidement l’organisation de sa primaire.


L’abstention massive (66%) témoigne du peu d’intérêt des Français pour les élections régionales et départementales. La première conclusion à en tirer serait de supprimer l’un de ces deux échelons électoraux. Ceci permettrait de substantielles économies de dépenses publiques et allégerait la lourdeur des processus de décisions publiques.

Prime à la notoriété

Dans ce contexte, la prime aux sortants doit se comprendre avant tout comme une prime de notoriété aux actuels présidents de région. On peut toutefois se demander si faire la publicité de ces derniers est une raison suffisante de maintenir cet échelon électoral. Cette prime aux sortants incite également à la prudence sur l’extrapolation au niveau national des résultats régionaux. Si les présidents sortants de droite obtiennent les scores les plus élevés, les sortants PS arrivent également en tête, et disposent, eux, de réserves de voix bien plus importantes du fait que la gauche ne s’est pas présentée unie au premier tour. Le tableau politique de dimanche prochain devrait ainsi être sensiblement différent d’hier, avec simplement la conservation des Régions par les présidents sortants.

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L’effondrement de LREM et du RN a une triple origine : cette prime aux sortants dont ils ne bénéficiaient pas, une absence d’implantation locale qui les a rendus moins performants dans la chasse aux procurations caractéristique de cette élection, et leur incapacité à se positionner sur des enjeux locaux. L’absence de Jordan Bardella au premier débat télévisé sur les régionales en Ile de France est le symbole de cette déconnection du RN des enjeux régionaux. Les deux partis paient également leur nationalisation du débat. Pour le RN, le fait de s’être borné en guise de programme à mettre Marine Le Pen sur ses affiches n’en est que plus cruel, car il témoigne du peu d’enthousiasme de l’électorat frontiste pour la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. Ses récentes déclarations traitant d’extrémistes les positions d’Eric Zemmour ou son absence de réaction aux accusations de mollesse de Gérald Darmanin n’ont pas aidé. Le faible score de LREM, qui avait également choisi de nationaliser le débat, témoigne de l’appréciation toute relative de la gestion de la crise du Covid : pour user d’une litote, le moins qu’on puisse dire c’est que les électeurs ne se sont pas levés en masse pour soutenir Emmanuel Macron et Jean Castex. Evidemment, les grands médias énamourés de leur champion progressiste ont bizarrement fait peu de cas de ce vote sanction contre l’exécutif.

Momentum favorable

Enfin, comme à chaque élection, les commentateurs font mine de s’étonner que les sondages se sont encore trompés. C’est pourtant une constante. Qui a de la mémoire se souvient que selon les sondages Balladur devait être élu dès l’été 1994, que Jospin gagnerait la présidentielle de 2002, que le Brexit n’avait aucune chance d’être voté comme Trump de battre Hilary Clinton, etc. Ceci devrait faire réfléchir Christian Jacob et inciter les Républicains à stopper net le recours aux sondages pour désigner leur candidat à la présidentielle.

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La droite dispose d’un momentum favorable pour l’organisation d’une primaire qui devrait être lancée dès le lendemain du second tour. Elle pourrait ainsi occuper l’espace médiatique à la rentrée comme elle l’avait fait en 2016. La droite dispose de plusieurs personnalités qui, si elles se mettaient à jouer collectif, pourraient bousculer la donne et incarner l’alternance face à Emmanuel Macron. Un débat entre présidents de régions réélus – Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse – mais également des personnalités bien ancrées à droite –  Bruno Retailleau, David Lisnard, Julien Aubert voire Eric Zemmour (s’il décidait de participer à cette primaire) serait enfin l’occasion de fixer une ligne politique pour la droite et de restaurer la crédibilité qui lui fait encore défaut sur les sujets nationaux. La « droite la plus bête du monde » a l’occasion inespérée de se racheter d’années de guerre des chefs et de trahison de ses électeurs une fois arrivée au pouvoir. Saura-t-elle la saisir ?

Quelle politique africaine pour le camp de la France?

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Militaires français au Mali, juin 2021 © AP/SIPA Numéro de reportage : AP22574978_000005

La France met fin à l’opération Barkhane en Afrique de l’Ouest. Sur ce continent, ne perdons-nous pas notre temps et notre énergie ? Le plan Marshall pour l’Afrique, personne n’y croit vraiment. Il faut en revanche se préparer à contrer les hordes migratoires qu’on nous promet, prévient Jean Messiha.


L’actualité récente marquée par la visite du président de la République française au Rwanda et la décision de mettre fin à l’opération Barkhane, donne l’occasion de s’interroger sur la politique africaine de la France. 

A Kigali, Emmanuel Macron a reconnu ce qu’un président socialiste, François Mitterrand, et son Premier ministre pseudo gaulliste de l’époque, ont fait au début des années 90. Impliquer fortement la France aux côtés d’un régime qui, sous nos yeux, engageait une propagande de haine inter-ethnique d’une virulence inouïe contre le peuple tutsi et qui préparait un génocide. Voilà pour ceux qui nous jettent à la figure ce que l’« extrême droite » avait fait entre 1940 et 1944.

Il y a quelques jours, a été annoncée la fin de l’opération Barkhane qui avait succédé à l’initiative de François Hollande en 2013 de stopper l’avancée des djihadistes sur Bamako et de réduire en miettes les colonnes de fous d’Allah. La France réduit fortement son engagement après huit années d’une guerre des sables et des savanes qui n’a pas donné les résultats escomptés. Après leur défaite, les différents groupes armés islamistes se sont reconstitués et ont même réussi à étendre leur terreur sur trois pays : Mali, Niger et Burkina, de plus en plus fragilisés par un enchevêtrement de luttes tribales, de gouvernance défaillante, de prévarication, de démoralisation des armées locales, de crise hydrique provoquant des tensions entre pasteurs et agriculteurs.

Les coups d’Etat répétés à Bamako et la montée du sentiment anti-Français dans une population qui ne comprend pas comment une grande armée « blanche » suréquipée et sur-armée est incapable de venir à bouts de quelques milliers de rebelles ont convaincu le président français de réduire la voilure. Bonne ou mauvaise décision ? Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas avec 5 000 soldats français que l’on pouvait y arriver. Il eut fallu le double et sans doute davantage de troupes, d’hélicos et de drones pour en finir. L’Europe et les Etats-Unis ont considéré que c’était une « guerre française » et nous ont aidés à minima. Et bien tant pis. On ne peut pas faire la guerre à la place des autres et en particulier des Africains en Afrique.      

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Ce qui constitue un indiscutable échec de notre politique étrangère constitue un point de départ pour réinventer notre stratégie là-bas. Nos présidents successifs jusqu’à Jacques Chirac ont beaucoup aimé l’Afrique. Ce vaste continent qui fut en partie nôtre pendant des décennies a longtemps exercé une fascination largement légitime sur notre élite politique. Comment en effet ne pas se rêver en puissance lorsque l’on est encore capable d’exercer une certaine influence sur plus d’une vingtaine de pays comptant environ 400 millions d’habitants et qui arborèrent si longtemps le drapeau tricolore ? Sans oublier cette francophonie africaine puisque notre langue est encore officielle ou vernaculaire dans ces nations.

Toutefois, le réel a fini par lentement s’imposer. L’Afrique n’a pas du tout tenu les promesses de développement économique que ses immenses ressources naturelles offraient. L’Asie pour sa part prenait son essor avec le Japon dès l’après-guerre, la Corée dans les années 60, Singapour, Hong-Kong, Taiwan à partir des années 70, la monumentale Chine dans les années 80 suivie par l’Inde, sans oublier la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. A l’exception de la Birmanie, du Pakistan et du Bangladesh, le continent asiatique est une histoire de croissance, de développement et de recul de la pauvreté.

C’est plus contrasté en Amérique Latine mais tant le Mexique, le Brésil, le Chili, la Colombie malgré sa guerre civile et même l’Argentine en proie à des crises économiques et financière à répétition, se sont construits des économies d’importance.

« L’Afrique est un continent à fort potentiel et qui le gardera » pourrait-on dire en paraphrasant le Général de Gaulle qui à l’époque faisait référence au Brésil.

C’est à l’évidence une mosaïque ethnique, linguistique, religieuse et culturelle mais dont les caractéristiques communes, à quelques exceptions près, sont bien établies quoique qu’à des degrés divers selon les pays : sous-développement, instabilité politique, mal-gouvernance, corruption, inflation démographique, émigration, infrastructures défaillantes, conflits inter-ethniques et inter-religieux.   

Ce sont aussi des peuples qui se battent contre une adversité folle, qui cultivent, travaillent, entreprennent, étudient, créent, innovent comme ils le peuvent.

Ce sont enfin des ressources naturelles (pétrole, minerais, bois) considérables qui, avouons-le, sont aussi disponibles sur d’autre continents.

La politique post-coloniale africaine de la France a d’abord privilégié les pays des ex AFN, AOF, AEF et Madagascar. Mais cette politique s’est diversifiée au fil du temps.

La fin de l’empire portugais a conduit à l’entrée dans le cercle des nations indépendantes de deux pays prometteurs : Angola et Mozambique. Après l’énorme bourde gaullienne que fut le soutien au sécessionnisme du Biafra, la France a regardé avec des yeux de Chimène le géant nigérian. La chute de l’apartheid en Afrique du Sud permettait de draguer un pays porté depuis toujours vers le monde anglo-saxon.  

La diplomatie française sur le continent fut très active. Entre tentative de maintenir une forme de tutelle sur notre ancien empire, lutte contre l’influence soviétique jusqu’à la fin des années 80 et soutien à nos groupes pétroliers (ELF puis Total), l’Elysée, jusqu’au début des années 2000, a fait de l’Afrique un sujet quasi passionnel.

Nicolas Sarkozy fut sans doute le président qui acta avec le plus de franchise le lent mais inexorable avènement d’un véritable afro-scepticisme au sein de l’élite politique mais surtout économico-financière française. Le discours cinglant qu’il prononça le 27 juillet 2007 à l’université de Dakar, fut en quelque sorte un aveu de déception profonde d’un système politique français qui a nourri tant d’espoirs et pendant si longtemps pour l’Afrique. Après l’habituel mea culpa sur la traite et la colonisation, le président français déclarait : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire […]. Jamais il ne s’élance vers l’avenir […]. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance. […] Il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ».

Considéré par beaucoup comme racistes, ces propos il ne les aurait pourtant jamais tenus s’agissant des Chinois, Indiens, Indonésiens, etc. En effet, nos grandes entreprises étaient depuis fort longtemps parties à la conquête de l’Asie et s’y développaient à toute allure alors qu’elles se désintéressaient des marchés africains trop petits ou trop pauvres ou trop compliqués et souvent les trois à la fois.

Loup Viallet écrit dans Les Echos *: « La majeure partie des intérêts économiques de la France en Afrique sont avant tout situés au Maghreb, puis en Afrique subsaharienne, mais hors de la zone franc : celle-ci ne représente qu’un peu moins de la moitié de nos échanges au sud du Sahara et 12,5% de l’ensemble des échanges pratiqués par la France en Afrique. En 2018, parmi les cinq premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique aucun n’était issu de la zone franc. On y comptait le Maroc en première position (qui concentrait à cette date 18,9% des échanges commerciaux franco-africains), puis l’Algérie (18,4%), la Tunisie (15,2%), le Nigéria (8,5%) et l’Afrique du Sud (5,8%). »

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Toujours selon l’analyse de Loup Viallet, du point de vue des importations en pétrole et en gaz, « les principales sources d’approvisionnement en pétrole de la France en Afrique subsaharienne se situent également hors de la zone franc : au Nigéria (11,7%) et en Angola (7,6%), qui sont respectivement les troisième et cinquième fournisseurs en pétrole brut de la France dans le monde, derrière la Russie (7,9%), le Kazakhstan (13,8%) et l’Arabie Saoudite (18,6%). Pour le gaz naturel, la France ne s’approvisionne pas non plus dans la zone franc, mais en Norvège (qui concentrait 42,2% des importations en gaz naturel entre 2013 et 2015), en Russie (11,4%), aux Pays-Bas (10,7%), en Algérie (9,4%), au Qatar (1,1%) et enfin au Nigéria (0,6%).

Du point de vue de nos exportations, on constate que les parts de marché des entreprises françaises en Afrique se sont fortement réduites ces vingt dernières années, connaissant une division par deux. Cette évolution résulte d’un déclassement de l’importance commerciale de notre pays auprès des économies africaines, alors qu’apparaissaient de nouveaux acteurs, européens et asiatiques, dans un contexte de croissance des secteurs primaires africains. La France demeure le premier fournisseur européen des pays de la zone franc. Mais elle a perdu le statut de premier fournisseur mondial du continent en 2007 au profit de la Chine. Dix ans plus tard, en 2017, l’Allemagne était devenue le premier fournisseur européen d’Afrique, reléguant la France à la deuxième position.« 

Les investissements français en Afrique totalisent environ 60 milliards d’euros mais sur les plus de 1 200 milliards d’investissements que nous avons dans le monde ce continent pèse « peanuts » dans notre économie nationale.

Voilà pour le bilan. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est faiblard, en tout cas sur le plan économique.

Des géo-politologues éthérés nous expliquent que l’Afrique c’est très important pour nous car cela représente des votes à nos côtés aux Nations Unies ! Aux quoi ? A ce « machin » qui ne sert pas tout à fait à rien, mais à si peu ?

Peut-on pour autant en tirer comme conclusion que nous perdons notre temps et notre énergie ?

L’Afrique est trop vaste et notre aide au développement trop faible pour que nous puissions avoir une politique continentale. Une puissance moyenne comme la nôtre doit faire des choix. Nous devons cesser de nous complaire dans un romantisme historique et plutôt analyser les chiffres.

Il n’y a que quelques pays qui sont intéressants pour la France du point de vue économique et stratégique sur ce continent.

Les pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie, Lybie) et l’Egypte indiscutablement.

En Afrique de l’Ouest : la Côte d’Ivoire puissance francophone de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana important voisin du précédent, le Nigéria, géant fragile mais incontournable, le Sénégal avec son élite reconnue 

En Afrique centrale : le Gabon ainsi que la Guinée-Equatoriale, riches petit pays pétroliers, le Cameroun et sa population très entrepreneuriale, les deux Congo (Kinshasa et Brazzaville) et l’Angola en raison de leur immense potentiel économique.  

En Afrique australe, l’Afrique du Sud bien entendu.

En Afrique orientale dite des grands lacs, l’incroyable Ethiopie et ses 112 millions d’habitants, Djbouti pour sa position à l’entrée de la Mer Rouge et le trio Kenya- Tanzanie-Ouganda qui totalise 150 millions d’habitants. Enfin Madagascar très pauvre mais au potentiel exceptionnel et occupant une place stratégique dans l’Océan Indien.  

Soit une vingtaine de pays sur les 54 que compte le continent. Et les autres ? Aucun intérêt.

Une approche basée sur les intérêts économiques de la France à court moyen et long terme est cynique. Mais elle correspond à nos besoins.

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On m’opposera que je néglige le lien entre sous-développement et migration vers l’Europe, lien qui devrait nous conduire à redoubler d’efforts à l’égard du Sahel avec la ceinture de la pauvreté en pleine dérive islamique que constituent le Mali, le Niger, le Burkina, la Mauritanie, le Tchad, la Guinée et les Soudans.

« Nous devons aider l’Afrique sinon les Africains vont migrer vers nos rives », nous dit-on. Il faut comprendre qu’à part un plan d’aide colossal, pour autant qu’il puisse être déployé de façon efficace et juste dans un continent miné par l’incurie et la corruption, rien n’arrêtera la volonté de partir. Le fossé de conditions de vie entre le Nord et le Sud est tel que seul un comblement significatif pourrait dissuader ces tentatives. Sommes-nous prêts, nous Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Britanniques à dédier collectivement des dizaines de milliards de plus chaque année à l’aide pour l’Afrique? La réponse est non. Fermez le ban. Le plan Marshall pour l’Afrique c’est du pipeau. Cela fait des années maintenant que le nom de ce brillant général américain est utilisé à toutes les sauces.

Les migrations illégales vers l’Europe doivent être combattues à coup de refoulement, de frappes des forces spéciales contre les réseaux mafieux dans les pays d’origine de transit quand un Etat failli ne peut ou ne veut les combattre, d’internement dans des « hotspots » dont on ne sort que pour être expulsé, ou beaucoup plus rarement, admis chez nous au titre de l’asile.

Il reste le grand fantasme de la défense de la francophonie. A l’exception du Québec, de la Wallonie-Bruxelles et de la Suisse Romande, la cartographie du Français – langue officielle – est celle de la pauvreté voire de la misère. Le Français n’est en rien une arme économique. Nos relations commerciales avec le reste du monde sont essentiellement basées sur l’Anglais.

Certes le Maghreb arabo-francophone (Algérie, Maroc, Tunisie) représente la moitié de nos exportations vers le continent qui ne pèsent d’ailleurs que 5% de notre total mondial. Cela ne laisse pas grand-chose pour le reste. Retirez la Côte-d’Ivoire, le Sénégal, un peu plus significatifs, et l’Afrique francophone ne pèse rien pour notre économie. 2022 sera l’année des grands choix et des grandes réorientations pour la France. Il en est de même pour notre politique africaine. Le camp national doit insuffler une vision nouvelle, une diplomatie nouvelle en particulier s’agissant de ce continent qu’il serait absurde de négliger mais pour lequel nous devons être réaliste. Les liens que nous avons avec certaines ex-colonies ne correspondent plus à la géographie économique. Rationalisons et concentrons nos efforts là où cela contribue à nous renforcer.

La fin du franc CFA

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* Cette tribune a été modifiée le 28 juin à la demande du géopolitologue M. Loup Viallet, dont les chiffres et analyses avaient été abusivement repris sans que son article publié dans Les Echos ne soit mentionné.

Tout doit-il forcément être pluri, multi ou poly quelque chose?

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L'auteur et journaliste Jérôme Blanchet-Gravel. © Ángel Santibañez M.

Les « woke », une lutte contre l’unité du genre humain


L’influence du mouvement woke n’est déjà plus à démontrer en Occident, en particulier aux États-Unis où il a vu le jour. Les Chinois aimeraient beaucoup se moquer de ce mouvement perçu comme celui d’une idéologie d’enfant gâtés et dégénérés. Au Canada, pays-extension de l’empire démocrate, son influence est perceptible chez la plupart des politiciens de « gauche », mais aussi de plus en plus chez des élus de « droite », ce qui est plus révélateur encore de son succès.  

Tous les jours au Canada, on voit les codes et nouvelles normes de ce courant être diffusés et imposés à la télévision publique, où de nombreux animateurs et journalistes font du militantisme sans aucune retenue. On voit cette nouvelle utopie dans la posture du Premier ministre Justin Trudeau, dont le progressisme ostentatoire est reconnu mondialement.

Du grand Capital au grand Occidental

Mais qu’est-ce ce nouveau courant dont tout le monde parle ? Le mouvement woke s’enracine d’abord dans la gauche marxiste. On en reconnait plusieurs traits dans son univers : par exemple, le passage de la lutte des classes à la lutte des races, et la transformation des femmes en une sorte de prolétariat mondial devant s’affranchir du très toxique patronat masculin. L’idée d’un combat contre une puissance hégémonique est centrale. Il ne s’agit plus d’en finir avec le grand Capital, mais avec le grand Occidental.

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Cependant, les woke s’éloignent du marxisme et de la gauche née à la Révolution française en niant le caractère universel d’une humanité qu’on fragmente en divers segments pour les enfermer dans une catégorie étanche. La gauche marxiste divisait le monde entre les faibles et les puissants, mais en appelait tout de même au rassemblement de l’humanité sous une bannière commune. Dans l’histoire des idées, l’obsession raciale avait toujours été réservée aux courants racistes et d’extrême droite.

Aujourd’hui, il n’y a plus une humanité une à faire progresser, mais des Afro-descendants contre des « Blancs », des colonisés contre des colonialistes, des femmes contre des hommes et des laids contre des beaux. Le courant woke prône la ségrégation de l’espace public, et même de l’espace numérique : les groupes qu’il croit opprimés et prétend représenter devraient évoluer dans des « safe spaces », de l’autre côté de la société.

Le culte du poly-multi-pluri tout

L’idéologie woke fait de la diversité sous toutes ses formes un idéal absolu. La diversité devient un culte à la limite de la religion. Rappelons que le mot woke vient du verbe « to wake » en anglais, qui signifie « se réveiller » ou « s’éveiller ». Les woke sont donc des « éveillés », alors que les autres sont des « endormis ». Vous croyez ou vous ne croyez pas. Véritables petits bouddhas sociaux, leur combat apparait quasiment comme un éveil spirituel, une sorte de défi lancé par un auteur ésotérique dans un livre de développement personnel. Tout devrait être pluri, multi et poly quelque chose : c’est une lutte menée contre l’unité des sociétés, et même du genre humain, surtout quand il est question de « décolonisation ».

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Le wokisme est fondé sur un déni de la réalité : les sexes n’existeraient plus, de même que les cultures et les nations. La diversité culturelle est niée au nom de la… diversité culturelle. Il n’y a plus de Brésiliens noirs, d’Haïtiens, d’Afro-Américains, de Congolais et d’Éthiopiens, mais seulement des Noirs, lesquels formeraient apparemment une communauté unie. Il n’y a plus de Français, d’Irlandais, de Russes, de Croates et de Grecs, mais des Blancs, lesquels partageraient aussi un même et unique destin. Ce qui existerait, ce serait seulement des races en guerre les unes contre les autres, partout et tout le temps, et des individus troublés en guerre contre leur sexe.

Les woke se distinguent aussi par leur grande fragilité psychologique. Tout est potentiellement une « micro-agression », c’est-à-dire une atteinte à l’intégrité de leur petite personne, dont le confinement a confirmé l’équilibre extrêmement précaire. 

La grande contradiction du « wokeness »

Le plus grand paradoxe de ce courant est de prôner en même temps un hyper essentialisme racial et un éclatement complet de toute identité sexuelle grâce à l’idéologie trans. C’est une contradiction monumentale et insurmontable. D’un côté, les gens dits racisés et leurs pseudos adversaires, les « Blancs », sont confinés à leur identité raciale, mais de l’autre, les gens sont invités à transcender leur sexe, lequel serait « assigné à la naissance » par des médecins malveillants et réactionnaires. On vous emprisonne dans votre origine ethnique, mais on vous force à vous « libérer » de votre prison de genre.

La face cachée du multiculturalisme

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La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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Fake history

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L'historienne américaine Mary Lefkowitz © Onassis Foundation

Grâce aux black studies, cours répandus dans les universités anglo-saxonnes, on apprend que les Grecs ont tout piqué aux Égyptiens, qu’une présence africaine est attestée en Angleterre depuis l’Antiquité et que Napoléon a inventé les chambres à gaz pour tuer les Haïtiens…


C’est une petite dame d’apparence toute frêle, aujourd’hui âgée de 86 ans. Mais Mary Lefkowitz possède un courage de lion, un intellect au rayon laser et une passion inextinguible pour la vérité. C’est que ce que nous découvrons avec la réécriture « antiraciste » de l’histoire et la cancel culture, elle l’a déjà vécu il y a trente ans en tant que titulaire d’une chaire de lettres classiques au très paisible Wellesley College, près de Boston. Au nom de la rigueur scientifique, elle a osé réfuter une série de thèses pseudo-historiques, idéologiquement motivées, sur l’origine de la civilisation grecque et le statut de la culture occidentale. Beaucoup plus qu’une tempête universitaire dans un verre d’eau académique, l’esclandre déclenché est devenu une lutte acharnée pour préserver la recherche historique de l’influence perverse des idéologies politiques. Victime d’insultes, de protestations, de dénonciations et d’un interminable procès vexatoire, Lefkowitz a tenu bon. Sa résistance infaillible et les tenants et aboutissants de cette affaire sont riches de leçons pour notre époque.

Athènes n’est plus dans Athènes

Tout commence au début des années 1990. À sa grande surprise, Lefkowitz apprend qu’un collègue, Tony Martin, enseigne dans ses cours que Socrate et Cléopâtre étaient noirs. Trinidadien, Martin est professeur dans la section d’african studies, ou black studies, l’étude de la culture africaine et celle de la diaspora africaine, section que Lefkowitz elle-même a aidé à créer. Peu de temps après, on demande à celle-ci d’écrire un compte-rendu de trois livres, dont le deuxième volume de l’ouvrage monumental, Black Athena, qui prétend démontrer que la plupart des réalisations de la Grèce ancienne ont une origine égyptienne (1). Son auteur, l’Anglais Martin Bernal, n’est pas un spécialiste de ce domaine. Petit-fils d’un égyptologue distingué, il a une formation de sociologue. Enseignant les sciences politiques à l’université de Cornell, c’est dans un but politique qu’il écrit son livre, puisqu’il s’agit d’« ébranler l’arrogance culturelle européenne ». Il se présente comme un non-spécialiste qui bouleverse les suppositions paresseuses et racistes des spécialistes de l’histoire ancienne. Son travail, truffé de références et accompagné d’une longue bibliographie, a de quoi impressionner le lecteur naïf.

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Scandalisée, Lefkowitz démonte les arguments de Bernal dans une série d’articles et un ouvrage collectif (2). Selon Bernal, avant le XVIIIe siècle, tout le monde savait que la culture grecque venait de l’Égypte, mais les historiens modernes se sont employés à faire croire que les Grecs avaient créé leur propre culture – comme la déesse Athéna était sortie tout armée de la tête de Zeus. Il qualifie cette prétendue affabulation d’« aryenne » pour souligner son caractère raciste. Lefkowitz montre non seulement que la plupart des chercheurs sont loin d’être des suprémacistes blancs, mais que Bernal lui-même ignore tous les travaux mettant en lumière les contacts étroits des Grecs avec d’autres peuples du Moyen-Orient comme les Phéniciens et les Perses. Pour étayer son attaque, Bernal soutient que l’Égypte a envahi la Grèce au iie millénaire av. J.-C. et prétend en apporter les preuves archéologiques. Lefkowitz fait remarquer non seulement l’absence de toute trace tangible d’une telle invasion, mais aussi la dépendance de Bernal vis-à-vis de récits mythologiques. Enfin, Bernal affirme qu’au moins un tiers de la langue grecque est d’origine égyptienne, mais ses arguments étymologiques – comme la dérivation du nom d’Athéna de la déesse égyptienne Neith – se révèlent fantaisistes. Certes, l’Égypte a exercé une influence sur la Grèce, mais c’est la Grèce qui, sous Alexandre, a envahi et dominé l’Égypte, de 331 à 31 av. J.-C. Lefkowitz défend le caractère unique de la philosophie grecque, tout en soulignant que l’idée selon laquelle la sagesse des Hellènes provient de mystères censément égyptiens est un mythe promu par les francs-maçons au XVIIIe siècle. On en trouve une expression dans la Flûte enchantée de Mozart, avant que le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion rende de telles spéculations impossibles.

Un racisme classique

Cette querelle aurait pu rester une affaire d’obscurs pédants si le projet de Bernal ne venait pas appuyer un courant de pensée plus ancien, l’afrocentrisme, qui avait largement pignon sur rue dans les départements de black studies où tous les professeurs et tous les étudiants étaient noirs. Dans sa version modérée, que certains appellent « afrocentricité », il s’agit de compenser une vision traditionnelle de l’histoire trop centrée sur l’Europe. Mais souvent, c’est une autre tendance qui domine, plus revendicatrice et plus encline à faire violence aux faits historiques (3). Selon cet afrocentrisme-là, non seulement la première civilisation de l’humanité est égyptienne, mais les Égyptiens étaient des Noirs africains. Ensuite, les Grecs ont tout volé à la culture noire, et les historiens blancs ont dissimulé ce vol. Ce courant a pris racine au XIXe siècle quand des Afro-Américains cherchaient, pour des raisons compréhensibles, une généalogie culturelle plus noble que celle que l’esclavage leur imposait. Ils l’ont trouvée dans l’Égypte ancienne qui était bien un pays africain et entretenait des liens importants avec des peuples noirs habitant plus au sud de la vallée du Nil. À la pseudo-science des Blancs répondait donc une pseudo-histoire des Noirs. Des militants célèbres tels que Marcus Garvey et W. E. B. Du Bois ont adhéré à cette thèse d’un « héritage volé », selon le titre du livre influent publié par l’universitaire George James en 1954 : Stolen Legacy (4). Le monde francophone y a contribué de manière notoire à travers les apports du polymathe Cheik Anta Diop et du linguiste Théophile Obenga qui postulaient l’existence d’une langue négro-égyptienne dont les bases philologiques ont fait l’objet de critiques sévères (5). Ces auteurs ont promu l’idée d’une supériorité de la culture noire sur toutes les autres. À partir des années 1960, la thèse de l’« héritage volé » devient monnaie courante chez maints professeurs de black studies. Elle inspire une méfiance profonde vis-à-vis de la production d’historiens blancs qu’il est désormais légitime d’ignorer.

© Marsault

En critiquant l’œuvre de Bernal, Lefkowitz attaque donc tout l’édifice de l’afrocentrisme. D’ailleurs, les deux autres livres qu’elle recense en même temps que le volume de Bernal sont Stolen Legacy, de James, et Africa, Mother of Civilization, de Yosef Ben-Jochannan, professeur portoricain à Cornell qui se présente comme un juif éthiopien. Elle apprend chez ces deux auteurs qu’Aristote aurait plagié toute sa philosophie dans des livres se trouvant dans la bibliothèque d’Alexandrie – bien que le philosophe soit mort avant la construction de la bibliothèque. Choquée, Lefkowitz consacre un autre livre à la déconstruction de cette nouvelle mythologie, ce qui lui vaut d’être accusée d’être raciste, d’extrême droite et – ce qui est vrai – juive (6). En effet, une fois que la pseudo-histoire est dans la place, tous les délires deviennent possibles. L’afrocentrisme dans ses formes les plus outrancières est souvent associé à l’antisémitisme.

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Typique à cet égard, l’organisation musulmane très hétérodoxe, la Nation of Islam, créée dans les années 1930 et refondée dans les années 1970 par Louis Farrakhan, publie en 1991 le premier volume d’une série intitulée « La Relation secrète entre les Noirs et les juifs » (7). Les juifs y sont accusés d’avoir financé la traite atlantique, d’avoir constitué la majorité des esclavagistes américains et d’être responsables de l’« Holocauste des Noirs africains ». Non content de s’approprier la Shoah, le livre exige excuses et réparations monétaires. Lefkowitz apprend que ce titre figure au programme d’un cours de son collègue Tony Martin, qui la dénoncera personnellement dans un brûlot publié à compte d’auteur et intitulé « L’Assaut juif ». Pour comble, quand elle interroge Yosef Ben-Jochannan sur Aristote, lors d’une conférence publique, il insinue qu’elle n’appartient pas aux vrais juifs qui sont… noirs.

L’archéologie sans le savoir

Aujourd’hui, les compromis avec la vérité,caractéristiques des années 1990, sont de nouveaux présents, bien que sous des formes modifiées. Beaucoup d’archéologues proclament ouvertement que leurs recherches ont des objectifs politiques, comme la lutte contre le nationalisme populiste (Brexit, Trump) et la protestation contre le meurtre de George Floyd. Dans ses interventions en ligne, l’égyptologue américaine Vanessa Davies dénonce le racisme de ses prédécesseurs blancs et parle des afrocentristes Diop et Obenga comme de pionniers injustement conspués. Au nom de la diversité, les archéologues britanniques sont engagés dans une quête de preuves d’une présence africaine en Angleterre à l’époque de l’Antiquité. L’empereur romain Septime Sévère, mort à York en 211, est né en Afrique du Nord. D’origine romano-punique, il est souvent présenté abusivement comme noir dans des listes des personnalités noires de l’histoire britannique qui foisonnent dans les médias – y compris la BBC – et une certaine littérature de vulgarisation. Toute personne potentiellement nord-africaine est présentée de façon à suggérer qu’elle est subsaharienne, pour montrer que l’immigration noire est une constante historique. C’est le cas de deux squelettes de femmes datant de l’époque romaine. La « Dame aux bijoux d’ivoire », découverte à York en 1901, qui a vécu au ive siècle, a été jugée par une analyse de 2010 comme potentiellement, partiellement nord-africaine, en dépit de la fragilité des données. En 2020, le Yorkshire Museum en a parlé dans un message posté pour saluer le mois de l’histoire des Noirs. La « Dame de Beachy Head », découverte en 1953, qui a vécu au iiie siècle, est présentée avec une certitude questionnable dans une étude de 2014 comme étant certainement d’origine subsaharienne. Si l’on consulte le matériel pédagogique proposé pendant le confinement par la municipalité londonienne – et travailliste – de Hackney, on trouve une leçon centrée sur cette dame où on pose aux élèves la question suivante : pourquoi ne savait-on pas qu’il y avait des gens originaires de l’Afrique au Royaume-Uni ? La réponse implicite est : parce que les beaufs blancs et leurs historiens officiels ont dissimulé cette présence.

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Quant à l’histoire moderne, une autre technique consiste à détrôner les héros blancs traditionnels. C’est ainsi qu’une femme d’affaires et guérisseuse jamaïcaine, Mary Seacole (1805-1881), est portée aux nues comme une rivale de la grande pionnière des soins infirmiers, Florence Nightingale (1820-1910). Seacole était certes une personnalité remarquable, mais elle ne se définissait pas comme infirmière, n’a jamais mis les pieds dans un hôpital et ne se considérait pas comme noire. D’autres approches ont pour effet implicite d’éroder le caractère unique de la Shoah. Le professeur de black studies à Birmingham, Kehinde Andrews, considère Churchill comme l’équivalent d’Hitler à cause de la campagne britannique de bombardement de l’Allemagne. En 2005, l’écrivain et réalisateur Claude Ribbe lance le mythe d’une extermination planifiée des Noirs de Haïti ordonnée par Napoléon et mise en œuvre à travers le recours systématique à des chambres à gaz installées dans les cales des navires français (8). Cette mystification refait surface dans un article du professeur Marlene L. Daut, publié dans le New York Times le 18 mars. Ici, ainsi que dans un entretien sur France Culture et sur son compte Twitter, l’universitaire de Virginie décrit Napoléon comme « un fou raciste, belliqueux, génocidaire », le créateur des « chambres à gaz » et l’inventeur du « plan directeur pour Hitler ».Cependant, si la vérité est tant malmenée aujourd’hui, ce n’est pas tant par ces historiens militants et autres philosophes « postmodernes » que par ceux qui se taisent, par lâcheté, et n’osent pas contester les mensonges des autres. On pense à Juvénal : « Nec civis erat qui libera posset verba animi proferre et vitam impendere vero. » (« Il n’y avait pas un citoyen qui puisse exprimer librement ses opinions et risquer sa vie au nom de la vérité. ») Prenons exemple sur Mary Lefkowitz.


(1) Les deux premiers volumes de Black Athena : les racines afro-asiatiques de la civilisation classique, publiés en anglais en 1987 et 1991, ont été traduits en français et publiés aux PUF :vol. 1 :L’Invention de la Grèce antique, 1785-1985 (1996) ; vol. 2 : Les Sources écrites et archéologiques (1999). Le troisième volume est paru en anglais en 2006 : Black Athena. The Afroasiatic Roots of Classical Civilization, Volume III : The Linguistic Evidence.

(2) Mary Lefkowitz, Guy MacLean Rogers (dir.), Black Athena Revisited, University of North Carolina Press, 1996.

(3) Stephen Howe, Afrocentrism. Mythical Pasts and Imagined Home, Verso, 1999.

(4) Stolen Legacy. Greek Philosophyis Stolen Egyptian Philosophy(1954), réédité de nombreuses fois.

(5) Voir l’ouvrage collectif, Afrocentrismes : l’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, Karthala, 2010.

(6) Not Out of Africa. How Afrocentrism Became an Excuse to Teach Myth as History, Basic Books, 1996.

(7) The Secret Relationship between Blacks and Jews. Le premier tome date de 1991, les deux autres de 2010 et 2016.

(8) Le Crime de Napoléon (2005), réédité en 2013 au Cherche-midi.

Orange en Irak: l’influence française encore amoindrie

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Siège du Groupe de la Banque mondiale, auquel appartient le CIRDI, Washington D.C. (USA), 17 avril 2020 © CHINE NOUVELLE/SIPA, Numéro de reportage : 00956755_000001

L’expropriation d’Orange en Irak souligne la nécessité de renforcer la protection des entreprises dans les pays les plus corrompus.


Les économistes experts du secteur des télécommunications évoquent une véritable expropriation. L’affaire est complexe mais pourrait se résumer ainsi. Le groupe de télécommunications français Orange s’est implanté en Irak en 2011, en investissant 430 millions $ au sein du troisième acteur irakien de la téléphonie mobile, Korek. Pour ce faire, il s’était lié à une société koweïtienne, Agility Public Warehouse. Ensemble, ces deux acteurs ont engagé 810 millions $ pour acquérir 44% de Korek. Accusé de ne pas avoir respecté ses engagements, notamment en termes d’infrastructures, Orange a vu son contrat dénoncé en 2014. L’autorité irakienne régulatrice des télécommunications, la CMC, a refusé tout règlement à l’amiable et a définitivement tranché l’affaire en 2018, le groupe français voyant ses parts transférées à trois investisseurs, dont le président de Korek, membre d’une puissante famille du Kurdistan irakien. Exproprié de facto, Orange a porté le cas auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, le CIRDI, à l’automne 2020. Le partenaire d’Orange, Agility, avait déjà eu recours au CIRDI, dont les trois juges Cavinder Bull, John Beechey et Sean Murphy, ont rejeté sa demande d’indemnisation en février.

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De forts soupçons de corruption

Toutefois, selon de nombreux observateurs, de forts soupçons de corruption entachent l’ensemble de cette affaire. La justice britannique enquête d’ailleurs sur cette dernière, dans laquelle semblent être impliqués des intermédiaires de nationalité libanaise. Deux hommes d’affaires libanais, entrés au conseil d’administration de Korek, auraient chargé l’un de leurs partenaires d’acquérir une demeure à Wembley, dans la banlieue de Londres. C’est chose faite en septembre 2014, avec l’achat en cash d’une maison pour 830 000 £. Or, il apparaît qu’elle fut alors occupée par l’un des responsables de la CMC. Cette pratique en dit long sur l’état de corruption endémique qui sévit en Irak, ce pays étant placé à la 160ème position de l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

Interrogations sur le CIRDI 

Dès lors, il semblerait que le CIRDI, dont c’est pourtant l’une des attributions, n’ait pas suffisamment enquêté sur ces forts soupçons de corruption, comme en témoigne le rejet dont Agility a fait l’objet. Pourtant, le CIRDI est un organisme crucial pour garantir les investissements étrangers dans des pays comme l’Irak. En effet, un pays en reconstruction ou en voie de développement a besoin de capitaux et de savoir-faire étrangers pour rétablir une économie stable. Les investisseurs doivent donc être assurés que les moyens engagés soient à l’abri de pratiques comme la corruption ou l’expropriation. Un Etat qui aurait un recours massif à ces pratiques se verrait condamné à verser de lourdes indemnités, ce qui pourrait l’encourager à une plus grande transparence. Sans investissements, les chances d’un tel pays de se redresser, de moderniser son économie et donc de stabiliser sa société, sont faibles. L’Irak, déjà ruiné par le factionnalisme et les ingérences étrangères, n’a pas besoin en plus de voir les investissements étrangers se tarir. Or, ces derniers sont en chute libre, avec un record de pertes de -4,8 milliards $ en 2018.

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Peut-être faudrait-il songer à réformer le CIRDI pour que cet organisme soit plus crédible dans ses missions. Fondé en 1965, il fait partie du Groupe de la Banque mondiale. L’Irak y a adhéré en 2015. Toutefois, le CIRDI a fait l’objet de multiples critiques, notamment de la part de pays latino-américains, dont de nombreux s’en sont retirés (le Brésil n’a, quant à lui, jamais adhéré). Parmi les principales critiques figurent sa trop grande proximité avec la Banque mondiale, le manque de moyens financiers et humains alors que le nombre de recours est en hausse, le déficit de transparence ou encore l’absence de procédures d’appel véritables. Le CIRDI n’en est pas moins indispensable aux yeux de nombreuses entreprises souhaitant réaliser de manière sereine des investissements à l’étranger. Il n’est donc pas question de remettre en question la pertinence de cette institution, mais davantage de la renforcer et de la crédibiliser : une plus grande autonomie face à la Banque mondiale et le renforcement des moyens semblent certaines des pistes à explorer sérieusement.

L’enjeu géopolitique

Cette affaire révèle aussi l’importance centrale d’une bonne analyse géopolitique préalable à un investissement. L’Irak est, on le sait, l’enjeu de luttes d’influence féroces entre les diverses factions présentes, ainsi que l’objet d’appétits étrangers, notamment iraniens. Non qu’Orange ne soit allé en Irak sans procéder à une telle analyse. Le pays est très complexe, déchiré entre communautés qui tentent de s’approprier les ressources financières (comme le pétrole, au centre des antagonismes entre la région autonome du Kurdistan et l’Etat central de Bagdad dans la région de Mossoul). L’influence britannique y est encore palpable, l’Irak ayant été créé au sortir de la Première guerre mondiale sous un mandat confié à Londres. En témoigne l’accord en 2012 entre le britannique Vodafone et Zain, 1er opérateur irakien de téléphonie mobile.

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Le cas d’Orange mérite réflexion. S’il n’est pas indemnisé, cela ne pourrait que provoquer davantage de réticences de la part des investisseurs internationaux de se placer en Irak, condamnant à terme tout espoir de développement véritable.

Voir au-delà du « ras-le-bol démocratique »

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Le président de la République Emmanuel Macron et sa femme Brigitte Macron sont allés voter pour le premier tour des élections régionales et départementales 2021 a la mairie du Touquet, le 20 juin 2021 © STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA, Numéro de reportage : 01024769_000104

Les raisons de l’abstention massive des Français aux élections sont à aller chercher dans le désintérêt total pour l’échelon régional et au-delà du ras-le-bol général!


Les raisons à l’abstention massive des Français aux élections sont simples: ras-le-bol général! Ras-le-bol de la culpabilisation, ras-le-bol des diktats européens, ras-le-bol de la destruction de la bioéthique, ras-le-bol des sujets abscons et imposés. Nous, on veut des sujets qui nous concernent!

Ne prenons pas les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages et, tant qu’on y est, allons-y du « ras-le-bol démocratique », selon l’expression de Madame de Montchalin, qui monte de la France profonde, en ce lendemain de premier tour des élections régionales où le président chauffe sa campagne présidentielle.

Ras-le-bol!

Ras-le-bol de s’accuser, se culpabiliser, se flageller. De mettre un genou en terre devant le monde entier. De plier l’échine sous la férule de l’oncle Jo. De se battre la coulpe pour la colonisation, la couleur de notre peau, la beauté de notre langue et de notre civilisation. De déplorer notre inappétence pour le mixage, le dégenrage, le métissage, la désidendité, la désexualisation. De ne pas voir ce que nous voyons. Entendre ce que nous entendons. Dire ce que nous pensons. Non, nous n’adorons pas sainte Greta. Non, le multiculturalisme à la Trudeau n’est pas notre code. Non, notre drapeau n’est pas arc-en-ciel, mais bleu blanc rouge, aux couleurs de la France.

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Ras-le-bol que charbonnier ne soit plus maître chez lui. Ras-le-bol que Bruxelles, avec ses Commissions, sa Cour de justice, son Parlement, nous impose ses diktats qui excédent ses domaines de compétence économique et fasse main basse sur notre souveraineté. Aujourd’hui, c’est contre la fronde de la Hongrie qu’Ursula von der Leyen montre les dents. Demain, ce sera contre le Danemark et les demandeurs d’asile. Après-demain, la France, pour sa laïcité à la française. En attendant, on laisse violer (sans prévenir Madame Schiappa) l’article 1 du traité de la Convention internationale des droits de l’enfant. On nous saoule du verjus de la novlangue avec l’homophobie, la discrimination, la stigmatisation, l’hystérisation des débats, l’intolérance. Avec « la femme en souffrance d’enfant » et « les familles issues du don ». Avec le père qui n‘est jamais un donneur, et l’enfant qui naît de « la volonté » de deux femmes ; d’une grand-mère qui peut être un père ; du Code Napoléon qui est fini, et de l’altérité sexuelle des personnes de même sexe. Des « parents » qui peuvent être deux mères. Ras-le-bol qu’on se moque de nous, comme l’a dit le Sénat, refusant d’examiner, il y a peu, en commission spéciale, le projet de loi bioéthique. Car, au Sénat, on ne sert pas deux fois le même plat.

Nous, on veut!

Ce que « nous, on veut » comme dit un air populaire ? C’est simple ! D’abord, qu’on arrête de parler d’amour à la Chambre. Les députés n’y connaissent rien : l’amour dure deux ans. Il est « enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi. » Le mal d’enfant n’est pas une maladie orpheline. Les lesbiennes ne sont pas victimes d’une discrimination nécessitant une refonte du code civil. Le coût de la loi bioéthique, c’est 2,3 millions d’euros et huit associations rémunérées de façon ou d’une autre. Le tout imposé par la Commission européenne des droits de l’homme et la CEDH que notre filiation à la française ne regarde absolument pas. Et qui c’est qui paierait ? Le contribuable !

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Nul besoin de sillonner la France, les manches retroussées, pour savoir ce que « nous, on veut ». Il suffit de passer en boucle le Flashmob, parti de la gare de l’Est, le 8 avril, pour la réouverture des lieux de culture, qui a fait le tour de France : « Non, non, non…. Nous, on veut… » et tirer les leçons de ce joyeux happening, en l’étendant à tous les domaines de la vie publique et privée, de quoi faire danser Marlène Schiappa jusqu’au vertige : santé, immigration, sécurité, travail, autorité, école, paix civile. Non, les Français ne sont pas tous des canards, ce sont aussi des piafs, ces boules de plumes trapues, effrontées, et sautillantes, qui ont siffloté, dimanche, un petit avant-goût du tournoi de 2022. Hélas ! On dira qu’il y a moins d’oiseaux à Paris, à part les corbeaux au bec jaune, larges comme des pelles, dans les jardins publics. À entendre les médias, le vote des régionales, comme les lois sociétales, les Français s’en taperaient. Ils préfèreraient la pêche à la ligne au vote. La plage sous le soleil, au bitume brûlant. Belle République, en vérité ! Sûr que, quand on serine une chronique de l’abstention annoncée, cela n’incite pas à aller voter : on l’a vu ce dimanche. Alors, on se console en pensant qu’à partir d’aujourd’hui, on tombe le masque mais on garde le slip français.

« Côté jardin: de Monet à Bonnard », une exposition qui ne pouvait avoir lieu qu’à Giverny!

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"Dans la serre", Albert Bartholomé, vers 1881 © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

L’exposition « Côté jardin, de Monet à Bonnard » réunit pour la première fois les œuvres d’artistes que tout opposait, les nabis et les impressionnistes. Elle nous permet aussi de retrouver le chemin des musées et le somptueux écrin de Giverny.


On entend déjà grogner au loin les ronchons : « Encore l’impressionnisme ! » Oui, et alors ? Pour attirer les touristes et remplir les caisses des musées qui sortent d’une mauvaise passe, mieux vaut Pissarro que Poussin, Le Nain ou Georges de la Tour (peut-être nos plus grands peintres). Mais la démagogie et l’appât du gain ne sont pas la tasse de thé de Cyrille Sciama, conservateur en chef du patrimoine et directeur général du très méconnu musée des impressionnismes, créé en 2009 à Giverny, à proximité de la maison de Monet. Ce mélomane érudit voue un culte au grand pianiste Alfred Brendel (dont le portrait orne son bureau) et l’exposition qu’il vient d’inaugurer dans son musée, il l’a méditée et préparée pendant des années. « Le projet de cette exposition traînait dans un carton depuis longtemps, raconte-t-il. Le fait que beaucoup de Français aient adopté le jardin comme un refuge, et aient quitté leur appartement pour aller vivre à la campagne pendant la pandémie, m’a fait soudain prendre conscience de son actualité : c’était le moment ou jamais ! Ce que j’ai voulu montrer, c’est que le jardin, de 1870 à 1940, a été un foyer de création artistique intense en France. Mais ce foyer ne passe pas par Matisse et Picasso : c’est donc une autre histoire de la modernité qui est racontée ici, celle d’un dialogue méconnu et oublié, mais qui a réellement existé, entre Monet et les nabis (Bonnard, Denis, Roussel et Vuillard) qui, au départ, ont d’abord rejeté l’impressionnisme avant de renouer avec lui. »

Giverny, lieu de pélerinage

Pour la première fois, une exposition rassemble et entrecroise les œuvres de ces peintres que tout opposait, puisque les nabis, qui se revendiquaient de Gauguin et de l’art japonais, avec leur théâtre d’ombres et ses larges aplats, refusaient la sensation immédiate et le travail en plein air, sur le motif, au profit d’une lente maturation spirituelle en atelier. Mais à partir de 1900, ils se séparent, doutent et se tournent à nouveau vers le patriarche de Giverny dont la quête contemplative les fascine. L’admiration réciproque entre Monet et Bonnard est une révélation : « Ils se rendent visite mutuellement, se parlent, s’écrivent… C’est l’une des plus belles amitiés artistiques de notre histoire. Alors que le jardin de Monet est totalement construit, celui de Bonnard est fou, sauvage et touffu », précise Cyrille Sciama. Le plus touchant est de voir le vieux sage encourager son nouveau « disciple » dans la voie qu’il s’est tracée et dont le but ultime, Monet le sait, ne peut être que le dépassement de l’impressionnisme, puisque Bonnard ne se contente pas de recomposer les couleurs du réel, mais les transpose, et crée un nouveau monde, imaginaire, où les feuillages, la mer, les champs et les fleurs fusionnent dans une explosion d’or, de bleu, de vert et d’orangé : plus encore que son maître, Bonnard reproduit l’intensité de la vie et annonce l’abstraction.

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Cette exposition ne pouvait avoir lieu qu’à Giverny puisque ce village de Normandie a été le point de rencontre et de réconciliation entre Monet et les nabis.

« Nymphéas avec rameaux de saule », 1916-1919, Monet © Paris, lycée Claude Monet, photo Jean-Charles Louiset

Giverny ! Depuis plus d’un siècle, ce lieu de pèlerinage, situé à 60 km de Paris, est le symbole universel de l’art de vivre à la française. Mais y aller, aujourd’hui, est un choc spatio-temporel : au départ de la gare Saint-Lazare, on rêve de prendre le train de La Bête humaine filmé par Renoir (Jean).

Les impressionnistes à l’avant-garde

Visionnaires et parfaitement lucides, pour ne pas dire « réactionnaires » et « antimodernes », les impressionnistes ont fixé pour l’éternité des paysages et une douceur de vivre qu’ils savaient être en train de disparaître (cette conscience est très nette dans tous les propos d’Auguste Renoir rapportés par son fils dans son livre Pierre-Auguste Renoir, mon père). Témoins de la destruction de la nature et de l’extension tentaculaire des villes, ils ont vu surgir la laideur (Renoir, encore lui, peste sur les objets du quotidien fabriqués en série qui n’expriment plus la main de l’artisan sans laquelle il n’y a pas de beauté). En s’installant à Giverny en 1883, alors qu’il est riche, reconnu et qu’il se considère lui-même comme un homme de progrès (il conduit une automobile, se passionne pour la photographie et règne sur une famille recomposée), Monet pressent la fin d’un monde, de son monde. Comme le note Oswald Spengler dans Le Déclin de l’Occident (publié en 1918), Monet incarne en 1914 « les derniers feux du monde occidental ». Composé dans la lignée des aquariums et des serres inventés au milieu du XIXe siècle pour sauvegarder des pans de nature, son jardin d’eau sublime est un paradis artificiel entouré de murs et de haies, où l’on se perd, comme dans un rêve, et dans lequel il ne reçoit que ses amis les plus proches, tel Clemenceau. Avant lui, Pissarro, Manet, Caillebotte et Renoir avaient déjà fui Paris pour se réfugier dans de petites maisons dotées d’un jardin : « Le jardin, rappelle Sciama, symbolise aussi alors les valeurs de la République : la famille, l’unité, la concorde. »

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En parcourant cette exposition légère et pleine de charme, on aura le plaisir de découvrir des peintres oubliés, comme Albert Bartholomé, dont le tableau Dans la serre (1881) est un chef-d’œuvre digne de Manet. Mais aussi des toiles récemment acquises par le musée et jamais présentées, comme le Parterre de marguerites de Gustave Caillebotte : quatre panneaux décoratifs, comme un papier peint en trompe-l’œil, destiné à être vus de loin. Du Klimt avant l’heure !

Alors que notre connaissance de la peinture repose trop souvent sur des reproductions lisses aux couleurs tronquées, la plus grande force de cette exposition est peut-être de nous rappeler qu’un tableau est bien plus qu’une image, que c’est quelque chose qui rayonne et qui nous murmure une « petite chanson ».  

« Côté jardin : de Monet à Bonnard », jusqu’au 1er novembre Musée des impressionnismes Giverny, 99, rue Claude-Monet, 27620 Giverny

Affiche de l’exposition Côté jardin : de Monet à Bonnard

Pierre - Auguste Renoir, Mon Père

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