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De « Titane » à « L’Événement »: des prix dans l’air du temps

Le cinéma accorde une place démesurée aux thèses néoféministes. Après la Palme d’Or de l’esbroufe remise à Cannes au film raté « Titane », le film « L’Événement » vient de remporter le Lion d’or à la Mostra de Venise.


Il y a quelques semaines la Palme d’Or du festival de Cannes a été attribuée au film de Julia Ducournau, “Titane”. Rien que de très normal en ces temps où la dénonciation de la « masculinité toxique » et la lutte contre « le patriarcat hétéronormatif » sont devenus les sujets de prédilection de ganaches artistiques et engagées n’ayant aucune once d’imagination créative, aucune autre idée que celles distillées par les évangiles progressistes.

Secouer les murs de la normativité

La réalisatrice, viscéralement wokée, dit souhaiter secouer « les murs de la normativité ». Le Monde s’enflamme : « Julia Ducourneau signe un film de genre et transgenre, à l’image claire-obscure comme les flammes. » La Voix du Nord s’époumone : « Les tabous ne résistent pas longtemps à la force de Titane. » Heureusement, tout le monde n’est pas dupe. Dans Marianne, Olivier de Bruyn décrit la supercherie : cette « Palme d’or de l’esbroufe » est « un prix qui honore une fiction évoquant […] dans la plus grande confusion des thématiques contemporaines : clouage au pilori de la masculinité toxique, éloge d’un féminisme hardcore, apologie des mutations transgenres… ». Philippe Bilger, dans ces colonnes, a trouvé ce film « hilarant et grotesque » et d’une extrême médiocrité. Même Libération descend en flammes une « palme vraiment acier ». 

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Mais voilà, selon le barème actuel des cérémonies cinématographiques, Julie Ducournau a tout bon. Elle est une femme (10 points). Elle est jeune (10 points). Elle désire un « monde inclusif et fluide » (10 points). Elle est archi-féministe (10 points). Elle veut déconstruire les stéréotypes de genre (10 points). Le seul qui aurait pu sérieusement la concurrencer – et qui y est semble-t-il parvenu pour ce qui est du grotesque – c’est Paul Verhoeven avec Benedetta. Son film se veut féministe (10 points). Il évoque le lesbianisme (10 points). Celui d’une religieuse, qui plus est (10 points). Ce film a « au minimum troublé voire excité » Léa Salamé (10 points). Mais… le réalisateur est un homme (0 point). Il est né en 1938, c’est un boomer (0 point). Raté, de peu. En revanche, le film du franco-tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Lingui, les liens sacrés, n’avait strictement aucune chance de remporter le moindre prix. Mahamat-Saleh Haroun est à des lieues des préoccupations du nouveau monde artistique déconstructiviste, inclusif, fluide et transgenre. Olivier de Bruyn parle d’un film puissant, exigeant sur le fond et sur la forme (0 point). Le réalisateur (0 point) dénonce la culture du viol au Tchad (0 point – s’il avait dénoncé la culture du viol en France, c’eût été autrement mieux noté) et l’influence délétère de l’obscurantisme religieux islamique qui punit très sévèrement l’avortement (0 point) – il en aurait été naturellement tout autrement s’il avait dénoncé les lois polonaises, ou filmé un avortement illégal en France dans les années 60, comme nous allons pouvoir le constater à l’instant.

Vent mauvais

« Vent féministe sur la Mostra », titre Sud-Ouest. Apparemment le jury de cet événement qui vient de s’achever utilise le même barème que celui du festival de Cannes. Audrey Diwan a réalisé « un film cru, intimiste et féministe sur l’avortement », écrit Le Monde. De plus, elle s’est inspirée d’un roman d’Annie Ernaux (écrivain bourdieusard ayant gagné ses galons de garde-chiourme des salons littéraires en libellant l’arrêt de mort sociale d’un écrivain qui écrit mieux qu’elle). Audrey Diwan vient par conséquent de remporter le Lion d’or de la 78e édition de la Mostra de Venise pour son film intitulé L’Événement. « Une femme a gagné l’Oscar, une femme a gagné la Palme d’or, une femme a gagné le Lion d’Or. Ça signifie forcément quelque chose, ça ne peut pas être le hasard », a notamment déclaré la réalisatrice. Elle a raison, et la suite du palmarès confirme que « ça ne peut pas être le hasard ». Le prix de la meilleure réalisation revient à Jane Campion, pour son film Le pouvoir du chien. Et pour cause : « Le film aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique. » Le prix de la meilleure actrice est attribué à Pénélope Cruz « pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents ». 

« Il semble se passer quelque chose dans le cinéma mondial. Comme un vent de jeunesse, de féminisme, d’audace. Un renouveau, peut-être, marquant la fin d’interminables décennies de primauté masculine sur le 7e art », écrit une Hélène Marzolf requinquée dans Télérama, résumant ainsi tout ce qui a été écrit à propos des films ayant remporté les derniers prix des plus prestigieux festivals cinématographiques. Très très peu de véritable travail de critique cinématographique dans ce que j’ai lu. Mais énormément de lieux communs néo-féministes nappés de sauce butlérienne.

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Revenons au très emblématique cas de Titane. La réalisatrice de cette daube est diplômée de la prestigieuse Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Cette école réputée a bien sûr adopté l’écriture dite inclusive. Elle a également une Charte égalité (consultable sur son site). Cette charte promeut la parité partout, pour tou.te.s (étudiant.e.s, président.e.s, directeur.trice.s, etc.). Elle rappelle que la Fémis « agit en faveur de la lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement et dans l’industrie du cinéma » et qu’elle organise « au moins une fois par an une journée de réflexion interdisciplinaire dédiée aux problématiques de genre » ; qu’elle a aménagé un « espace dédié aux ouvrages abordant les problématiques de genre » ; qu’elle organise « une demi-journée de formation lors de la semaine de rentrée pour tous les étudiant.e.s de 1ère année dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles » ; qu’elle « met à jour régulièrement les statistiques sur le genre » dans son enceinte, etc. En somme, la Fémis, comme nombre d’institutions artistiques, universitaires ou politiques, a adopté les thèses néo-féministes sur le genre qui font les beaux jours des sous-doués de toute obédience. Ce petit monde paresseux et dogmatique a compris que dorénavant une reconnaissance médiatique ne saurait s’obtenir sans une soumission totale à tous les catéchismes démagogiques, féministes et “déconstructivistes”. Les ravages sont visibles dans toutes les sphères. Les pitreries de Sandrine Rousseau ou la prose odorifère de Virginie Despentes le démontrent. Au cinéma, ça donne le film de Julia Ducourneau, Titane.

Adieu Beauvau, vache, cochon, couvée!

Le président de la République était hier à Roubaix pour clôturer les tables rondes du Beauvau de la Sécurité. Il a eu beau taper du poing sur son pupitre et faire des promesses pour l’avenir, c’est beaucoup trop peu et beaucoup trop tard pour être efficace contre la « violence », qui, de son propre aveu, « s’est emparée de notre société » ces dernières années.


Semblable à Perrette qui, n’ayant qu’un pot de lait, bien posé sur un coussinet sur sa tête, se promettait à elle-même œufs, couvée, poulets, cochon, vache et veau, Emmanuel Macron a conclu le Beauvau de la Sécurité par un discours dans lequel il se promettait et surtout promettait à ses auditeurs réformes, réorganisations, volontarisme, effectifs et moyens – mais pour plus tard. 

2030, dit-il. Bel optimisme tablant sur une réélection en 2022, suivie d’une réélection en 2027, et se projetant sans doute sur une réélection en 2032, voire en 2037 ! Face à cet élan, les esprits chagrins s’étonneront juste que, gouvernant depuis plus de quatre ans, il ait attendu les derniers mois de son mandat pour s’occuper vraiment d’un problème datant d’avant son prédécesseur : ah, si seulement les policiers avaient hué le garde des Sceaux au début du quinquennat…

Pendant ce temps, çà chauffe aux Tarterets et à Val-de-Rueil

Long discours, dont la première moitié fut un interminable satisfecit : « voyez tout ce que j’ai déjà fait pour vous » – Maître Corbeau, sur un isoloir perché, tenait dans son bec un bulletin de vote…. on connaît la suite. Dommage qu’Emmanuel Macron n’ait pas évoqué dans ce bilan glorieux les émeutes aux Tarterets (Essonne) et les conflits entre Kurdes et Africains à Val-de-Reuil (Eure), qui sont pourtant de parfaites illustrations de ce que l’on peut attendre de sa politique.

Arrivent les annonces : du numérique, de l’auto-satisfaction, une réforme de la procédure pénale mais pour plus tard (il faudra attendre les États Généraux de la Justice), toujours de l’auto-satisfaction, une réflexion sur les cycles horaires dans la Police, encore du numérique et encore de l’auto-satisfaction, des promesses pour une loi de programmation également remises à plus tard, un contrôle parlementaire renforcé des forces de sécurité (du moins en théorie, attendons de voir si les élus de l’opposition auront accès aux données que l’on reprocha jadis au général Soubelet d’avoir communiquées à ces mêmes élus), et des « nouveautés » comme les caméras-piétons déjà promises depuis des années. Et du numérique, et encore de l’auto-satisfaction.

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Mettre à jour le cadre légal d’usage des armes des forces de l’ordre au regard de l’extrême-violence dans les « quartiers » ? Nenni ! Et que nul ne songe à raviver le fameux Décret Organique du 20 mai 1903 des gendarmes, et encore moins de l’étendre à la police.

Avec la justice, ça coince toujours!

Se pencher enfin sur la responsabilité individuelle des magistrats, et en particulier des juges ? Vous n’y pensez pas !

Modifier radicalement notre politique migratoire (96% des déboutés du droit d’asile ne sont pas expulsés, moins de 15% des OQTF sont exécutées, droit du sol et regroupement familial, etc) ? N’allez surtout pas sous-entendre qu’il y aurait un lien quelconque entre l’insécurité et certaines immigrations, ce n’est pas comme si les conclusions du rapport du gouvernement suédois étaient connues.

Il y a fort à craindre qu’emporté par ses ambitions, moins champêtres que celles de Perrette mais tout aussi fumeuses, Emmanuel Macron ne finisse par renverser le pot au lait des douces promesses sur le dur chemin d’un pays confronté à tout ce qu’il fait semblant de ne pas voir. Et si on peut espérer qu’aujourd’hui policiers et gendarmes sauraient éviter à la pauvre Perrette d’être battue, on peut espérer aussi que ce Beauvau, qui ressemble surtout à une grenouille tentant de se faire aussi grosse qu’un bœuf, n’empêchera pas Emmanuel Macron de l’être (dans les urnes, naturellement).

Zemmour, un woke pas comme les autres

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Alors qu’il entretient le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, et alors que son livre très attendu sort en librairie demain, le monde politico-médiatique se demande si Eric Zemmour est simplement un phénomène de début de campagne. Ou bien si c’est une tendance lourde qui répond aux attaques du « wokisme » et qui est là pour durer…


Au cours de l’émission du samedi 12 de C News, « Place aux idées », l’invité du jour, Pascal Bruckner dit cette chose énorme — c’est du lourd — que, oui, il y avait  bien « un choc de civilisations » entre l’Europe et l’islam, quoi qu’ait dit et dise encore la gauche, qu’il n’était un secret pour personne que la Turquie, par exemple, rêvait de prendre sa revanche sur le second siège de Vienne, en 1683, en attendant la prise de Rome. Il a dit ça— énorme, le Bruckner— sur le ton calme et modéré qui sied à une chevelure blanchie sur les campus. Or, que disait-il de moins, de plus que ce que Zemmour nous répète inlassablement, mais en tirant de l’Histoire, sur un mode tragique, les dangers qu’un tel choc représente pour la France ? 

Ce que fait Zemmour

La décision du CSA était prévisible—et nous rassure : nous sommes dans un régime démocratique où la parole est libre. La tribune de Philippe Bilger, dans le dernier numéro du magazine Causeur, fait une analyse juste et chaleureuse des potentialités politiques de Zemmour. En refusant la nuance, Z rend « simple ce qui est complexe, lisible ce qui est obscur, évident ce qui est occulté. » À savoir qu’il y a le feu à la Maison France. Quel politique, quel politologue, quel homme sensé pense et dit le contraire dans les forums ? Mais mezzo voce, sans insister sur les mots identité  et civilisation. En disant « changement démographique » au lieu de grand remplacement. En distinguant précautionneusement musulmans et islam afin de ne pas affronter le tiers exclu : l’islamisation de la société. Bref, en ne sortant pas du politiquement correct.

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Et que fait Zemmour ? Du Woke. Il est radical voire brutal, fait tomber les masques, débusque la mauvaise foi derrière l’altruisme, dégoupille les mots, répète les évidences que l’on ne veut admettre, met sous les yeux ce qu’on ne veut pas voir, réveille les esprits. Et on l’écoute car il « jette dans le chaos et le désordre du monde… dans l’effrayante angoisse de notre pays, des pincées d’espérance. »  Vous avez bien lu.

Une nation politique à l’identité contrariée

En France, nous passons notre temps à analyser : « les valeurs » de la République, nos libertés, celles des autres, nos droits, notre modèle démocratique, exportable partout. Là où Zemmour parle des femmes afghanes « bâchées de la tête aux pieds », ce qui n’est pas notre problème, BHL voit des femmes à émanciper et à secourir in situ. Les plateaux T.V. sont bourrés de politologues — comme il y eut des épidémiologistes. S’il est vrai que, depuis Athènes, la vie démocratique se caractérise par l’opposition entre parole et action, ce qu’on veut, en France, c’est parler à l’infini, « faire logos » partout, selon l’expression épatante d’une féministe, au Grand débat élyséen de 2019. Parce que parler, analyser, ergoter dispense de juger et de s’engager. 

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Zemmour, lui, parle, beaucoup, en vue d’agir. Il agit déjà sur notre vie politique, en brisant les tabous et en cassant les codes. Il ne veut pas regretter, a-t-il souvent dit, comme l’historien Jacques Bainville, d’avoir « théorisé » au lieu de s’engager. Aussi force-t-il le trait car le temps presse. Ses obsessions sont justes. C’est le diagnostic qui importe. Ce que Bilger appelle « sincérité, absence de faux-fuyant, refus de l’argutie », c’est la lucidité et le courage. À l’époque du Grand Woke, Zemmour est un éveilleur. Il est normal qu’on le bâillonne.

Le CSA traite Z. comme un candidat. Sauf qu’on ne sait pas si Z. est candidat. Le Grand Méchant Loup va-t-il sortir du bois bientôt ? La seule question qui vaille est de savoir si le diagnostic de Z sur la France est justifié ou non. Et s’il a raison, dans le sommeil régnant, dans l’anesthésie généralisée des esprits, de nous réveiller, inlassablement, à cor et à cris. Ou s’il faut attendre la soupe populaire insipide qu’on nous servira lors des élections.

La France n'a pas dit son dernier mot

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L’atypique fascisme russe

Sylvain Roussillon publie Les fascismes russes (1922-1945): Vie et mort d’une mouvance en exil (Editions Ars Magna)


Après la parution des Brigades internationales de Franco et L’épopée coloniale allemande, c’est un nouvel opus tout aussi fascinant que nous livre Sylvain Roussillon. Publié aux éditions « Ars Magna », Les fascismes russes, vie et mort d’une mouvance en exil jette un regard sur le destin tragique de ces Russes blancs, jetés par millions sur les routes de l’exil après le déclenchement de la révolution de 1917. Remontant le fil de l’histoire tumultueuse d’un empire, dont le principal tort fut d’avoir ignoré jusqu’à sa chute les revendications d’un peuple, épuisé par le système autocratique des tsars et par un conflit mondial, ce directeur d’un établissement privé d’Enseignement Universitaire à Lyon, nous conte la genèse d’une idéologie aux multiples facettes.

Fascistes contre bolcheviks

Un voyage passionnant de 343 pages au cœur de mouvements divers que tout va opposer, des anarchistes aux mencheviks en passant par les organisations monarchistes ou sociales-révolutionnaires, mais que tout rapprochera autour d’un seul but : celui de renverser l’appareil bolchévique qui s’est emparé de l’État. On suit pas à pas l’extraordinaire aventure de ce courant contre-révolutionnaire, avec ses héros indissociables comme l’amiral Koltchak ou le général Wrangel, qui va progressivement glisser vers un fascisme moulé à l’âme russe, avec ses théoriciens, ses journaux, ses militants. On découvre les étranges Mladorossis (« Jeunes Russes ») qui reçoivent le soutien du prétendant au trône de Russie, le grand-duc Cyrille Romanov, et qui vont nouer des contacts avec l’Organisation fasciste panrusse de Anastase Andreïvitch Vonsyatsky. Une tentative de fusion entre l’aigle bicéphale et la croix gammée toujours muée par le désir commun de mettre fin au communisme à l’aube d’un nouveau conflit mondial.

A lire aussi: L’Allemagne, puissance coloniale éphémère

Une mouvance méconnue

Sylvain Roussillon nous transporte sur tout le continent. On suit l’évolution de cette mouvance fasciste atypique qui s’installe au Mandchoukouo, cet État fantoche créé par les Japonais, frontalier à l’Union Soviétique et lieu de toutes les intrigues. Caressant le rêve de créer un vaste État eurasiatique et conquérir Moscou, ces Russes blancs deviennent une force supplétive du Soleil Levant. Avant de déchanter lorsque les Américains finissent par larguer une bombe à Hiroshima en 1945.

De l’Ukraine à la Baltique, nos fascistes en herbe sont germanophones pour leurs propres intérêts comme le général Bermondt-Avalow, un officier qui finira par s’attirer l’animosité des nazis et des émigrés russes blancs eux-mêmes. Un national-socialisme à la sauce russe, teinté de monarchisme, dont l’étoile va progressivement pâlir lorsqu’Adolf Hitler décide d’envahir la sainte patrie, divisant les Russes blancs entre deux camps. Ceux qui s’éloignent du nazisme pour rejoindre la résistance et ceux qui espèrent que sous la protection de la croix allemande, ils vont rentrer chez eux victorieux à l’instar des cosaques d’Ivan Poltavets-Ostryanitsa. L’Ukraine occupée devient une Russie de substitution pour un nombre d’émigrés enrôlés sur le front de l’Est. Y compris pour des dissidents comme le général Andreï Andreïevitch Vlassov qui passe du communisme au nazisme sans état d’âme et qui sera finalement remis entre les mains de ses anciens amis à la fin de la guerre.

Un véritable chapitre méconnu de l’Histoire russe qu’il vous reste à découvrir, un ouvrage indispensable à toutes les bibliothèques et un témoignage historique de qualité accessible à tous.

Intolérable Zemmour

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Le grand tribunal de la presse juge Éric Zemmour coupable de penser autrement. La première séance, présidée par Laurent Ruquier et Léa Salamé, a présenté les éléments constitutifs de la mise en accusation…


Autrefois, le monde communiste, avide d’éliminations, avait inventé une catégorie de coupables aussi vaste que vague : les ennemis de classe. Une fois désignés, l’immense machine à broyer se mettait en marche, les aspirait, les détruisait, stupide et implacable. Mais, pour commencer, il fallait le spectacle : de grandes réunions publiques étaient organisées, messes haineuses durant lesquelles le malheureux était démasqué, offert à la vindicte populaire, promis au prétoire.

C’est à ces sombres fantasmagories qu’a fait penser le passage d’Éric Zemmour dans l’émission de Laurent Ruquier et Léa Salamé. S’attendait-on à un débat ? On a eu droit à la constitution en direct d’un dossier de mise en accusation. À la fois enquêteurs, procureurs et juges, Ruquier et Salamé, hybrides de Fouquier-Tinville et Vychinski (!), se seraient contentés, n’eût été la durée fixe de leur spectacle, d’une seule question : « Comment osez-vous penser ce que vous pensez ? » Et ils auraient bien ajouté, en guise de sentence : « Nuisible, vous ne penserez plus, vous n’écrirez plus, vous ne vous montrerez plus, vous ne parlerez plus ! »

Faire barrage, c’est pas une vie !

Ils sont avec tant d’autres – toute une armée ! – les diseurs du Bien absolu, du Bien radical, les défenseurs du peuple ingénu contre les attaques sournoises, sulfureuses des gens comme Zemmour. Ils sont la presse-juge, la presse-filtre, la presse-censure, investie d’une mission de purification de la pensée publique. Ils luttent contre le nauséabond, contre le rance. Ils passent leurs vies à « faire barrage ». Triste, petit destin.

A lire aussi, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Qu’ils aient invité Éric Zemmour uniquement pour lui signifier son inculpation, c’est une chose dont il n’y a aucune raison de douter. Mais, en acceptant de s’y rendre, Éric Zemmour pensait-il à un possible gain de cause ? Pensait-il qu’il allait pouvoir transpercer la toile déjà tissée autour de lui ? Convaincre quelques-uns des adeptes du couple d’accusateurs publics ? Ils se sont bien gardés de le laisser faire. Poser la question qui incrimine et ne pas laisser l’inculpé répondre – c’est une vieille technique, utilisée dans tant de salles d’interrogatoire et, ce qui revient parfois au même, sur tant de plateaux de télévision. « Ici, vous n’êtes pas sur CNews », avertit Ruquier, voulant sans doute dire : « Ici, vous parlez quand et si nous vous le permettons. »

Ruquier n’était pas au courant, en disant cela, du fait que, sur injonction du CSA, qui l’a qualifié d’« acteur du débat politique national », CNews était sur le point de fermer son antenne à Éric Zemmour. La création d’une chaîne YouTube a déjà été annoncée – mais nul ne sait combien de temps Google, propriétaire du site, tolérera son existence.

Déguiser la vulgaire censure en bonne action

Ce déchaînement est-il dû à l’éventuelle participation d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle ? Cela a commencé il y a trop longtemps pour qu’on puisse l’expliquer ainsi. Depuis trop longtemps Éric Zemmour a des idées qu’il ne faut pas avoir – et, encore moins, exprimer en public –, des idées qui offensent la bienséance progressiste, des idées qu’il faut éradiquer. Cependant, ce n’est pas Zemmour lui-même qui gêne. Si ses livres se vendaient à 200 exemplaires, si ses émissions étaient regardées par 3 000 spectateurs, nul ne se donnerait la peine de lui couper la parole. Mais il a une audience, et elle grandit. Ce sont ceux qui l’écoutent qui gênent et ceux qui, en l’écoutant, disent : « Il a raison ». Ce sont eux qu’il faut renvoyer dans le vide de l’obéissance bien-pensante. Et, en fin de compte, c’est sur eux que le couple Ruquier-Salamé a voulu faire glisser l’ombre de la potence.

Il ne s’agit pas d’un combat d’idées, puisqu’il n’y en a pas dans le camp d’en face. Nous n’assistons qu’à une tentative, avec ses tortillements pudibonds, de déguiser la vulgaire censure en bonne action.

Et si Éric Zemmour, que le cirque politique et médiatique s’acharne bêtement de transformer en martyr, décidait de se présenter à la prochaine élection, qu’aurait-il en face de lui ? Une société française qui étouffe sous le poids de certitudes inculquées et qui n’écoute plus avant de contredire. Une société dont la culture s’évanouit et où les dogmes ont remplacé les idées. Une société fermée. Zemmour pourrait-il convaincre ceux qui ne partagent pas ses idées, ceux que le progressisme des politiciens et des journalistes a intoxiqués depuis bien longtemps ? Rien n’est moins sûr.

Nous vivons dans un monde où se faire haïr pour ses idées et évincer à cause d’elles est une paradoxale victoire. Zemmour l’a emportée, et plus haut s’élèvera le mur que ses juges construisent autour de lui, plus belle elle sera. Telle est la stupidité de la censure.

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P.S. Depuis lundi matin, l’enregistrement de l’émission On est en direct avec Éric Zemmour comme inculpé a été retiré du site YouTube. Des fragments de quelques minutes peuvent être vus ici et là, mais rien de plus. C’est un signe, sans doute, mais un signe de quoi ?

Un professeur n’a pas à exprimer son opinion sur la politique sanitaire en cours

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Un professeur de l’Éducation Nationale toulousain ayant diffusé une vidéo vaccino-sceptique de France-Soir à ses élèves a été suspendu. Si seulement un tel rappel à l’ordre pouvait aussi intervenir pour toutes les autres propagandes diffusées à nos enfants dans les classes…


L’Éducation Nationale a rappelé cette règle il y a quelques jours : un professeur qui exprime son opinion personnelle devant ses élèves sort de son rôle. Ouf ! Il était temps. Depuis tant d’années que certains cours d’histoire, mais aussi bien d’anglais ou de français, et même de physique, étaient régulièrement l’occasion d’assener des opinions politiques personnelles comme des principes indiscutables ! Depuis tant d’années qu’on fustigeait allègrement en classe cet imbécile de Trump, qu’on encensait la bonne Greta Thumberg, qu’on déclarait l’amour inconditionnel obligatoire pour les migrants de tous les pays, qu’on accusait “les gens de droite” d’être tout simplement des salauds ou qu’on invitait ses élèves à la fête de l’Huma… Tous ces exemples sont véridiques, et j’aurais bien aimé citer quelques professions de foi inverses, mais le hasard – ou leur rareté dans le corps professoral ? – ne m’a pas permis de les observer. 

Élémentaire, mon cher…

Il aura fallu que survienne le coronavirus pour qu’enfin l’on s’émeuve qu’un enseignant, abusant de l’autorité académique dont il est revêtu, profite de son cours pour assener des opinions toutes faites, partisanes, sans nuance ni contrepoids, en toute bonne conscience – c’est-à-dire sans aucun scrupule. 

Il aura fallu qu’un professeur diffuse une vidéo qualifiée de complotiste, c’est-à-dire issue d’un journal qui alimente la controverse sur la politique sanitaire choisie par le gouvernement et ce faisant ulcère ceux qui voudraient que cette politique sanitaire restât hors de portée de la critique, pour qu’on rappelle quelques principes élémentaires de l’enseignement régulièrement bafoués. Ainsi donc, à quelque chose malheur est bon, pour parler comme ma grand-mère !

On ne sait quelle vidéo précisément le professeur a diffusé, ni quel commentaire il en a proposé à ses élèves. Gageons, puisqu’il a été suspendu, qu’il n’a pas introduit la distance critique nécessaire vis-à-vis des propos tenus dans la vidéo en question. Espérons que la hiérarchie de l’Éducation Nationale se montrera également sévère avec les professeurs qui, en cette rentrée, ont déclaré à leurs élèves que les non-vaccinés étaient tous des “abrutis”, voire des “assassins” (autres exemples véridiques). Ceux-là ne diffusent peut-être pas de vidéo tirée d’un journal urticant, mais ils assènent leurs opinions personnelles et ce qui est bien pire, ils insultent et accusent gravement des parents d’élèves dont certains, évidemment, ne sont pas vaccinés puisque la vaccination n’est pas obligatoire.

Les leçons de Condorcet

Qu’on soit professeur ou non, on n’a pas, d’ailleurs, à insulter ni à accuser sans mesure ceux qui se vaccinent ou ceux qui ne se vaccinent pas : ce comportement hystérique n’est ni raisonnable, ni digne, et dans le cadre d’un cours c’est tout simplement intolérable. On se demande comment certains ont osé proférer de telles énormités. N’allez pas me dire qu’ils auraient été encouragés par un climat politique et social délétère ?

A lire aussi, du même auteur: Ne laissons pas notre société s’enliser dans une vie amoindrie et névrotique

On ne peut, en ces circonstances, que revenir aux principes fondateurs de l’école républicaine selon Condorcet : “l’éducation… ne se borne pas seulement… à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or la liberté de ces opinions ne serait plus qu’illusoire si la société s’emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu’elles doivent croire… Si donc elles font partie de l’éducation publique, elles cessent d’être le choix libre des citoyens et deviennent un joug imposé par un pouvoir illégitime… Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation.” Et Condorcet poursuit : le devoir de l’école publique, “est d’armer contre l’erreur, qui est toujours un mal public, toute la force de la vérité, mais elle n’a pas le droit de décider où réside la vérité, où se trouve l’erreur. La puissance publique ne peut pas établir un corps de doctrine qui doive être enseigné exclusivement.” Il est toujours intéressant de revenir aux sources : Condorcet nous rappelle que si un professeur n’a pas à dicter ses opinions personnelles, il n’est pas là non plus pour se faire le relais d’une quelconque propagande gouvernementale exclusive, sauf à tomber dans la tyrannie.

Ce qui relève de l’opinion religieuse comme des opinions morale et politique ne devrait être abordé en classe qu’avec la plus grande prudence. Armer contre l’erreur, dans ces matières, c’est non pas taire ou répéter ou attaquer aveuglément le dogme du jour, mais rendre à l’âme humaine, au réel, à l’histoire comme à l’époque, leur complexité, leurs obscurités ; c’est surtout encourager le libre examen contradictoire des faits, seul chemin pour espérer élever l’esprit plutôt que le pousser complaisamment dans les séductions faciles d’hier ou d’aujourd’hui, sans réfléchir. 

C’est, pour reprendre le mot de Camus, d’abord penser contre soi-même. Tâche éminemment difficile ! Effort presque démesuré. Et c’est pourquoi nous avons désespérément besoin d’exemples qui viennent d’en haut : exemples d’honnêteté, de prudence, de raison et de mesure, exemples de respect de la liberté des consciences, de respect de la liberté d’expression des opinions et analyses, si contradictoires et désobligeantes soient-elles pour nos propres opinions. Sans le choc des idées, nulle étincelle de vérité ne peut jaillir.

Extrême droite modérée, je crois que c’est ce qui me correspond le plus…

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Je ne veux plus faire partie d’un camp où l’on conspue une prétendue « société de surveillance » et le « contrôle des corps »…


Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être anti-moderne.

Quand je pense que j’ai été « d’extrême droite » ! Quand je pense que je le suis peut-être encore sur bien des points – mais d’une manière trop peu méchante pour être crédible auprès des vrais. Tant pis ou tant mieux, il faut mûrir et grâce au  Covid, je serai enfin devenu politiquement adulte. Les réactions de certains face à la crise sanitaire (et que j’ai explorées ici) m’auront ouvert les yeux sur l’imbécilité congénitale de « mon camp ». Antivax et anti passe auront fait en trois semaines ce que les antiracistes n’auront pas réussi à faire en trente ans. Parce que je ne sais pas, vous, mais moi, les bigots obtus, les terreux fin de race, les jobards de « la vie d’avant », tous plus ou moins conspi, je n’en peux plus.

Foucaldisme primaire

Soyons clairs. Il pouvait y avoir du bon dans « l’extrême droite ». Une liberté anthropologique qui ne s’en laisse pas conter par les sociologues à la noix ; une sensibilité tellurique qui fait frémir les belles âmes ; une foi antique aux Dieux, aux Hommes, au Ciel et à la Terre (le fameux Quadriparti heideggerien) qui inquiète les chrétiens ; un catholicisme flamboyant qui vomit les tièdes ; une audace littéraire absolue qui fait qu’avec elle, on peut en effet « tout dire » ; un sens du beau, du grand, du noble et aussi du tragique ; une lucidité extrême. Être réactionnaire, c’était être visionnaire. Dantec, Houellebecq, Millet, Camus l’ont été – et avant eux Baudelaire, Balzac, Chateaubriand, Joseph de Maistre. Hélas, les réactionnaires d’aujourd’hui ressemblent plus aux aristo décatis du Cabinet des Antiques de Balzac (un de ses plus prodigieux romans) qu’aux dandys extralucides à la Baudelaire. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont de douloureux antédiluviens boursoufflés dans leur nostalgie, dévots du passé, athées du présent et zombies du futur. Pauvres et parfois très méchants diables qui croient au mythe du sauveur et raisonnent en termes de « dernier bond », « dernier sursaut », « dernier mot », toujours à voir l’Histoire à « la croisée des chemins » et la « Nation » entre le gouffre et la colline (inspirée) – vision certes romantique, poétique, apocalyptique mais peu opératoire et qui leur fait perdre la partie à chaque coup. N’en pouvant plus d’être sans cesse contrariés par une Histoire qui les a perdus en chemin depuis longtemps, les droitards sombrent alors dans le ressentiment, l’esprit de revanche, et, comme on l’a vu avec le Covid, la désinformation, la fake news, l’anarchie libertaire.

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Un comble pour eux qui ne juraient que par l’autorité (ah ! Poutine !) et Machiavel et qui se retrouvent cocus des deux côtés. Alors qu’ils devraient au moins admirer Macron comme tacticien, ils le conspuent honteusement. Rien de moins « sport » que ces ganaches qui ont pété les plombs sociaux et civils et qui, de manière infantile, « refusent d’être des enfants » – ce que les Anciens admettaient volontiers : le Roi est le Père de la Nation et nous sommes tous enfants de France et enfants de Dieu. Quel bonheur c’était ! Quel âge d’or ! Mais non, plus pour eux ! Les voilà qui donnent dans un foucaldisme primaire à dénoncer la « société de surveillance » (alors qu’ils ne jurent que par la sécurité) et le « contrôle des corps » (alors qu’ils sont généralement militaristes et cléricaux). Évidemment et heureusement qu’il y a un contrôle des corps – depuis les Dix Commandements, en fait, « kit de l’humanité » s’il en est. Des Stoïciens à l’impératif catégorique kantien, en passant par la fessée de mademoiselle Lambercier infligée à Jean-Jacques Rousseau (avec quelques effets secondaires, il est vrai), le contrôle des corps est une nécessité sociale et vitale et qui, faut-il le rappeler, n’a rien à voir avec Staline ou Mao. Mais dans l’indistinction crasse où ils sont tombés, hors de tout contrat social, les droitards ne discernent plus rien tout et se la jouent « assoiffés de liberté ».

Les contradictions de l’antivax

Alors ils s’égosillent avec « nos valeurs » en faisant du surplace. Comme les « gauchiasses » qu’ils sont devenus, ils défilent contre « la dictature sanitaire », se trouvant même une nouvelle conscience marxiste. Leur grand concept en ce moment, c’est le « mépris de classe ». À l’instar du prolo qui se sentait rejeté par le bourgeois, l’anti-passe (qui est souvent un antivax) se sent discriminé par le vacciné qu’il considère pourtant comme un niais en sursis. C’est là la contradiction étonnante du « dissident » : d’un côté, il soutient que le vaccin n’est pas fiable et pourrait même se révéler un poison ; de l’autre, il considère que le vacciné est un privilégié. Le dissident est à la fois obscurantiste et révolutionnaire. Deux bonnes raisons de ne plus l’être.

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Donc, 2021 aura été ma nuit de foi droitiste, ma reconversion au réel, c’est-à-dire à l’inévitable évolution des choses, au devenir, au changement de monde. Non pas que je sois devenu apôtre du progrès tout aussi mortifère, mais au moins aurais-je admis que les choses bougent, que les mondes muent, que les idées ondoient. À Bossuet qui dénonçait « les variations des Églises protestantes », Leibniz répondait : « il nous plaît, Monseigneur, d’être de cette Église toujours mouvante et variable ». Eh bien voilà. Je suis leibnizien. Je plaide pour une droite méta-réactionnaire. Plus au fait. Plus humaine. Plus intellectuelle aussi – mais intellectualiser la droite ! Combien de penseurs s’y sont cassés les dents tant la droite est incapable de dialectique, de prise en compte des contraires, de synthèse par laquelle on conquiert vraiment les choses. Alors que c’est sa « dernière chance », comme elle dirait. Car si elle veut survivre, il lui faudra comprendre le changement de paradigme, la redistribution des valeurs (dont César Pavèse disait qu’elles étaient avant tout « des qualités que l’on sent » – et que sentent-ils, nos réactionnaires, sinon leur propre putréfaction ?), les nouvelles connexions. En fait, il faudra que la nouvelle droite s’émancipe d’elle-même, se « nietzschéise » un chouia, se transhumanise pour son bien. Autant dire qu’il va y avoir du boulot.

On peut et on doit parler avec les Talibans

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Diplomate, Jean-Yves Berthault a été en poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997, il a dirigé la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001. Il est l’auteur de Déjeuners avec les Talibans, Révélations d’un diplomate


Alain Roumestand. Jean-Yves Berthault, avant d’entrer dans le vif du sujet, parlez-nous de votre carrière. 

Jean-Yves Berthault. Je suis rentré dans la carrière diplomatique après avoir fait Sciences Po et mon premier poste a été l’Afghanistan. C’était une sorte de « mauvaise pioche » mais j’en étais ravi. Je suis arrivé en 1979 alors que ce pays était déjà en guerre civile larvée. On venait d’avoir une révolution communiste en avril 1978 qui avait jeté bas la présidence Daoud, le cousin du dernier monarque, le roi Zaher Shah. Mais à son tour le régime communiste vacillait et en décembre l’armée soviétique est intervenue pour le sauver. Ensuite, j’y ai vu l’avènement de l’insurrection, les premiers moudjahidines et le début d’une crise qui ont plongé le pays dans 43 ans de guerre civile sous diverses formes. Je suis revenu en Afghanistan dix-huit ans plus tard, lorsqu’on cherchait un diplomate connaissant le pays, pour servir de conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, qui explorait les voies d’un règlement négocié du conflit. Enfin, de 1998 à 2001, j’ai dirigé l’ambassade de France où j’avais fait mes débuts, et cela, jusqu’à la chute des Talibans. Trois années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement et à plusieurs reprises avec les Talibans. J’ai également servi dans le monde arabo-musulman entre temps et depuis, dans des pays aussi divers que l’Algérie, le Maroc, la Syrie, l’Azerbaïdjan, le Pakistan et Bruneï. 

Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci

Votre livre fait une belle place aux portraits de responsables talibans que vous avez rencontrés lors de déjeuners ou dans d’autres cadres informels. Y a-t-il un portrait type des Talibans ? 

C’est un pays très morcelé par les montagnes où chaque vallée a ses particularités, sinon ses particularismes. Vous avez mille vallées, vous avez mille façons, mille bonnets brodés, pour chaque tribu, pour chaque sous-tribu. Et autant de mentalités, d’idéologies et de partis politiques. Le mouvement des Talibans n’échappe pas à cette complexité des paysages physiques et humains. Certains voient en leur mouvement la possibilité de faire triompher l’islam comme à l’époque du prophète. D’autres, moins nombreux, voient au contraire, l’opportunité du djihad. Mais ce qui rassemble et unifie le mouvement, c’est la référence à une idéologie religieuse fondée sur le wahhabisme. Cette doctrine rigoureuse originaire d’Arabie Saoudite et quelques autres pays du Golfe anime également une école de pensée d’une région du nord de l’Inde, où il existe des madrassas qui enseignent une doctrine proche du wahhabisme. Cependant, malgré sa grande rigueur, son traditionalisme et son fondamentalisme, sur le plan politique il existe des appréciations qui varient considérablement d’un individu à l’autre. Et c’est ce que j’ai voulu montrer dans cette galerie de portraits. Parmi eux il y a des gens qui, tout en se réclamant du Coran et ses enseignements, estiment devoir s’adapter au monde moderne dans certaines circonstances. D’autres en revanche ne considèrent pas la moindre concession possible. J’ai toujours essayé d’identifier d’abord les radicaux et puis convaincre les plus modérés de coopérer, pour que la population souffre moins.

Jean-Yves Berthault Photo: D.R.

Lorsque vous invitez les Occidentaux à suivre votre exemple et nouer un dialogue avec les Talibans, on vous rétorque qu’ « on ne pactise pas avec le diable  » ! Vu leur lourd et triste passif, entendez-vous ces critiques ? 

Je les comprends très bien surtout quand on entend certaines déclarations, qui font objectivement froid dans le dos, ou que l’on observe le sort des femmes qui pendant ces deux décennies de libéralisme relatif – notamment à Kaboul – pouvaient faire des études, avaient la liberté d’aller et de venir et voient tout cela disparaitre d’un coup. Je comprends très bien que dans une appréciation occidentale, on ressente une vive émotion. En même temps dans la diplomatie, il faut être pragmatique. Si nous ne devions parler qu’à des pays qui nous ressemblent, on se retrouverait assez isolé… Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci. Le monde est un village indivisible. Il faut bien parler et si on laisse de côté les pays qui nous déplaisent, d’abord on se coupe des ¾ de la planète et ensuite on perd toutes chances de les faire évoluer dans le sens de nos intérêts ou des intérêts de leurs peuples. 

Et vous, dans vos différentes responsabilités en Afghanistan, qu’avez-vous obtenu des Talibans par la négociation ? 

À l’époque les pays unanimes avaient décidé de ne pas parler avec les Talibans, donc de retirer leurs ambassades. Dans le cas de la France, on avait une autre position. On s’était dit qu’il fallait conserver les canaux existants. On avait plusieurs bonnes raisons pour cela. La première, c’était le fait que beaucoup d’ONG françaises étaient présentes (à peu près la moitié de tous les humanitaires occidentaux présents en Afghanistan étaient des Français), et faisaient un travail admirable. Or, les ONG rencontraient au quotidien des problèmes incommensurables, et il fallait quelqu’un pour les protéger et les aider dans leur travail. L’autre bonne raison, c’est qu’il fallait observer et informer. Un diplomate est en poste pour rapporter ce qui se passe et c’était une grande partie de mon travail : rédiger des télégrammes diplomatiques sur la situation. Et je ne parlais pas seulement aux Talibans, mais aussi avec le camp opposé, c’est-à-dire l’Alliance du nord et plus particulièrement avec l’entourage du commandant Massoud. J’étais aussi en relation avec l’ancien roi, ce qui m’a permis de jouer un rôle politique dans l’espoir de susciter une relève démocratique. On voyait bien, tout en parlant avec les Talibans, qu’il n’était pas très facile d’espérer des accommodements. Mais comme il se trouve que je respecte beaucoup l’islam, que je connais bien cette religion, j’étais en mesure de citer certains versets du Coran et j’ai pu établir un dialogue pertinent et espérer convaincre. Si on leur parlait du droit international et de la déclaration universelle des droits de l’homme, ce n’était pas un langage qui allait beaucoup les influencer. En revanche, il m’est arrivé de leur citer des exemples tirés du Coran, des paroles du prophète, le dialogue était possible. Ainsi, en évoquant la clémence du prophète j’avais réussi en 1997 à faire libérer deux jeunes Français d’une ONG qui risquaient la peine de mort. J’ai également obtenu du ministre de la Santé qu’il ouvre des hôpitaux pour les femmes, puisque celles-ci n’avaient pas le droit d’aller à l’hôpital général par manque de médecins femmes et qu’il n’était pas question qu’elles soient auscultées par un homme. Ce dialogue paraît un peu illusoire mais quand il s’agit de sauver des vies humaines, d’obtenir quelques progrès, même ténus, c’est quelque chose d’essentiel. 

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Quelle est votre appréciation de l’action diplomatique de l’administration Trump qui a abouti en février 2020 aux « accords de Doha » ? 

Le président Biden a été accusé par la presse d’avoir décidé un retrait précipité et sans préparer l’armée afghane. Tout cela est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Parce qu’en effet, comme vous le souligniez, son prédécesseur lui avait un peu savonné la planche en le mettant devant le fait accompli d’un accord sans y associer ni le gouvernement afghan ni les Occidentaux autrement que d’une façon elliptique. Ainsi, quand Biden est arrivé, il savait qu’il avait une opinion publique plutôt isolationniste et lassée de la guerre. Il a pensé que dans la situation où il se trouvait, d’une Amérique divisée en deux camps irréconciliables, poursuivre la logique de son prédécesseur serait un geste vis-à-vis des trumpistes. Il a été obligé pour toutes ces raisons de continuer à prendre ce train qui était déjà en marche. La seule chose qu’on pourrait dire, c’est qu’il aurait pu faire patienter les Talibans deux ou trois mois de plus pour que ce retrait ne se fasse pas dans une précipitation aussi théâtrale et tragique. 

Malgré l’échec américain, vous pensez que Washington continuera à financer l’Afghanistan pour contrer les visées chinoises et russes. Il serait donc judicieux de se poser la question : “où sont allés les milliards déjà distribués ?” 

Même si l’argent a un peu ruisselé dans les grandes villes et en particulier à Kaboul, l’essentiel a été englouti dans les poches profondes des « élites » au pouvoir en Afghanistan ces vingt dernières années dans le cadre d’une corruption généralisée. Quelques personnes bien placées ont constitué des fortunes énormes : 800 millions de dollars, 600 millions de dollars, 1 milliard 200 millions de dollars… Ce sont des gens qui étaient aux affaires, au gouvernement et qui avaient leurs commissions sur tout. Il y avait de faux régiments payés et de bien réels qui ne l’étaient pas. Et c’était comme cela dans tous les domaines. On s’est beaucoup étonné de voir que Kaboul tombait comme un fruit mûr ; en fait, c’était un fruit pourri de l’intérieur et il est tombé tout seul. Je dois dire que personnellement, je n’ai pas été surpris. C’était une évidence pour moi et pour les gens qui connaissent bien l’Afghanistan. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les Américains se sont découragés : ils se rendaient bien compte que les Talibans étaient déjà chez eux depuis des années dans les campagnes, qu’ils étaient bien acceptés par la population qui les avait accueillis à bras ouverts, parce que leur idéologie était finalement très voisine de celle de beaucoup de campagnards. Ils se heurtaient à une résistance essentiellement dans les villes où les gens étaient davantage éduqués. 

Et le commandant Massoud ? Pendant votre mandat d’ambassadeur, il a demandé l’aide – entre autre à la France – sans beaucoup de succès avant son assassinat l’avant-veille du 11 septembre… Quel bilan tiriez-vous de l’homme et de son action ? 

Il y a une de confusion autour de la légende du commandant Massoud, l’un des grands héros de la résistance contre les Soviétiques. Lorsque les Talibans ont pris le pouvoir entre 1996 et 2001, il a eu le grand mérite d’être un chef de guerre et un stratège remarquable, réussissant à mettre au point une résistance avec d’autres groupes comme les ouzbeks et les hazaras. Massoud a joué un rôle très important et cela a permis à un moment donné d’avoir l’espoir que le régime des Talibans ne durerait pas. Aujourd’hui il ne reste qu’un petit réduit dans le Panchir et aussi son fils, le jeune Ahmad Massoud, un jeune homme bien éduqué, en Angleterre notamment, et sans doute très épris du modèle que lui a légué son père. Mais connaissant mieux l’Afghanistan que beaucoup de nos Parisiens, je ne suis pas persuadé que ce mouvement ait la moindre chance de réussir parce que c’est la première fois que les Talibans arrivent à conquérir quasiment tout l’Afghanistan. Dans ces conditions, je ne crois pas que le jeune Massoud ait un avenir dans les armes. 

Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais…

L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien représentant spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi s’est lui aussi exprimé, dénonçant l’échec de l’importation d’un modèle institutionnel occidental en Afghanistan. Que dire de cette prise de position ? 

Lakhdar Brahimi, mon patron pendant quelques mois pendant l’année que j’ai passée comme conseiller politique aux Nations Unies, paraît avoir compris plusieurs choses importantes. À l’époque, j’avais essayé de lui expliquer qu’il fallait compter sur les tribus et le système tribal pour fonder des espoirs, mais il avait beaucoup de difficultés à le comprendre. Il disait que les tribus, c’était comme en Algérie ; elles n’existaient plus. Il ne connaissait pas l’Afghanistan, mais désormais, visiblement, il a appris beaucoup de choses. Je ne peux qu’être d’accord avec lui sur ce qu’il a exprimé dans le texte que vous citez : les Occidentaux ont voulu plaquer leur modèle sur ce pays, comme sur beaucoup d’autres territoires. Or, la réalité est que les Afghans s’agrègent autour d’un chef tribal ; c’est lui qui, s’il y a des élections, va leur dire comment voter. Et l’idée même des élections transversales, dans une société profondément ethnique et tribale, est aux antipodes de leur système de réflexion. Dans les villes, cela peut fonctionner. Dans les campagnes, aller voter pour une personne qui n’est le cousin d’aucune des personnes que les électeurs connaissent, cela leur paraît quelque chose de tout à fait artificiel et cela ne convient pas culturellement… Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a strictement rien compris à ce type de pays. Et il y a aussi l’aspect militaire. Les Américains n’y sont pas allés de main morte. Naturellement, tuer des gens qui vous menacent cela s’appelle la guerre, mais cela a été fait de façon « indiscriminée », et avec beaucoup trop de bavures. Les Etats-Unis parlent de leurs frappes chirurgicales… mais on aimerait bien ne pas passer un jour entre les mains de tels chirurgiens. 

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Comment voyez-vous l’avenir de l’Afghanistan à court, moyen et long terme ? 

Les paris, si on peut employer ce terme, sont ouverts. Pour la première fois depuis 43 ans, il n’y a pas de guerre civile. Malgré les circonstances dans lesquelles cela se produit, c’est-à-dire l’arrivée d’un groupe à l’idéologie problématique qui représente une régression, pour beaucoup d’Afghans, c’est tout de même un soulagement. Parce que ces vingt ans de libéralisme relatif n’ont pas apporté la sécurité qui est une des aspirations élémentaires d’un peuple. Maintenant il n’y a plus de guerre ; les Talibans ont peut-être la chance de durer s’ils font le nécessaire pour leur peuple. D’abord le premier des devoirs, est de nourrir le peuple et faire cesser la corruption, raison principale de la misère. Un autre devoir, tout aussi essentiel, concerne les droits humains et là il va falloir la conjonction de tous les efforts de la communauté internationale, pour faire en sorte que les Talibans comprennent qu’il est de leur intérêt de les respecter. Ils le disent en tout cas, et il faut les prendre au mot. Et en cela il faut, là aussi travailler avec des pays qui ne nous ressemblent pas, mais qui peuvent être des alliés. Je pense notamment au Qatar. Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais. Je sais que cela peut paraître étrange à certains, mais je le crois et je le dis car je m’intéresse davantage à la vérité qu’à la vérité qu’on voudrait entendre : les Talibans en réalité ont peut-être une chance de réussir s’ils viennent à résipiscence. 

Et pour revenir à la France, certains disent qu’elle n’a rien à faire dans ce pays. Que leur répondriez-vous ? 

La France est un pays qui est très cher à beaucoup d’Afghans. D’abord, il y a beaucoup d’Afghans qui parlent notre langue, parce qu’on a un lycée français à Kaboul qui a formé depuis presque un siècle une grande partie des élites du pays ; parce qu’on a toujours joué un rôle important dans la mesure où nous n’avons jamais été dans cette partie du monde une puissance « ingérente ». Les Afghans le savent très bien : ils ont dû mettre dehors les Britanniques après trois guerres perdues par ces derniers ; ils ont mis dehors les Soviétiques ; ils ont mis dehors les Américains. Certes la France, jusqu’en 2014, était présente militairement en Afghanistan, mais à la demande des Américains et aussi dans le but de mettre un terme aux agressions d’Al Qaïda. Et d’ailleurs l’armée française, indépendamment de ses frappes beaucoup plus chirurgicales pour le coup que celles des Américains, avait une façon de procéder qui s’accompagnait toujours d’un soutien aux populations locales, là où nos forces étaient implantées. Elles ont laissé un souvenir très différent, je le sais par beaucoup de témoignages des Afghans qui m’ont parlé. Il y a aussi cette passion française pour l’Afghanistan. La passion pour Massoud en est l’exemple : nous sommes le seul pays où on parle de Massoud, même si c’est parfois un peu à côté de la plaque, parce que cette cause-là appartient plus au passé qu’à l’avenir. Mais cela montre l’attachement des Français à ce pays, parfois à juste titre, parfois moins. La France est un grand pays et c’est une des principales économies du monde. La France a un rôle à jouer parce que c’est un pays qui compte dans le monde, sa voix est entendue et importante au sein de l’Europe, première puissance commerciale mondiale. La France est, enfin, membre du Conseil de sécurité. Elle ne peut se désintéresser de l’Afghanistan.

Soins aux clandestins: une “anomalie” à 1.5 milliard d’euros

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Une tribune libre de Nicolas Bay (RN), député français au parlement européen


L’OMS proclame un droit universel à la santé. Si le bien-fondé d’un tel principe ne peut être nié, il n’est écrit nulle part que ce droit universel devrait impérativement s’exercer en France. Et encore moins au détriment des Français. C’est pourtant le cas. Les présidents changent, le nombre de lits hospitaliers diminue, le coût des mutuelles complémentaires explose, mais n’importe quel clandestin se voit rapidement offrir un panel de soins comme il n’en existe dans aucun autre pays dans le monde. Entrez, c’est français, c’est gratuit !

L’AME, un gouffre financier pour les Français

Un rapport récent de l’Assemblée nationale [1] témoigne d’une hausse vertigineuse en vingt ans du nombre d’immigrés en situation irrégulière bénéficiant de l’Aide Médicale d’État (AME) dite de « droit commun » : 180 000 en 2003, 334 000 en 2019, et déjà 369 000 sur les neuf premiers mois de l’année 2020. 

Nicolas Bay, du Rassemblement national © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

À ce nombre, on doit ajouter en 2019 au titre des AME dites d’urgence ou humanitaire environ 15 000 personnes. Ce dernier chiffre est une estimation, aucun service de l’Etat ne se montre capable de fournir une statistique fiable. Pour autant, ce chiffre de 15 000 bénéficiaires d’une aide dite d’urgence (souvent concernant des femmes enceintes) indique bien que les centaines de milliers d’autres clandestins ne sont pas soignés dans le cadre d’une « urgence ».

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A tous ces montants, il convient encore d’ajouter de 30 000 à 52 000 clandestins (personne ne sait combien exactement !) bénéficiant d’autres dispositifs de santé, alors qu’ils devraient réglementairement être rattachés à l’AME [2]. Au total, c’est sans doute un demi-million de clandestins qui profitent d’un ensemble de onze (!) dispositifs d’accès aux soins gratuits.

Le coût pour 2019 de ce droit à la santé est estimé par les rapporteurs à 1,5 milliard d’euros. Encore précisent-ils que ce montant est certainement sous-évalué. Il faut donc le considérer comme un minimum. D’ailleurs, l’administration est incapable de chiffrer le coût de cinq des dispositifs. Quelques millions ? Des dizaines de millions ? Plus de cent millions ?

Ce 1,5 milliard certifié qui permet de payer des dialyses [3] à des clandestins provenant parfois de pays dits « sûrs » par l’OFPRA comme l’Albanie ou le Sénégal, représente plus que le coût global annuel des quatre hôpitaux de Marseille et de leurs 14 000 employés [4]. Il est équivalent à 4,8% du fameux « trou de la sécu » dans sa branche maladie pour 2020. C’est encore la dépense annuelle moyenne d’une couverture de mutuelle santé pour près de deux millions de Français !

L’hôpital du monde

Cette prodigalité française, qui allie dépenses colossales et contrôles incertains voire dans certains cas une absence totale de contrôles, est, redisons-le, une exception en Europe. Une « anomalie », selon le rapport ; un scandale pour tout esprit libre et sensé. Nulle part ailleurs il est offert à des clandestins un « panier de soins » équivalent. C’est en France qu’un Pakistanais peut se faire recoller les oreilles aux frais des citoyens, pas en Italie. C’est à Paris qu’un Albanais peut se faire poser un anneau gastrique, pas à Berlin. Le « sans dents » français décrit par François Hollande n’y aura pas droit. Aucune officine, aucune filière, pour le prendre en main. 

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Mais il y a plus grave. C’est aussi chez nous qu’un clandestin peut passer devant un autochtone pour bénéficier d’une greffe. Impossible ? C’est au contraire habituel, selon le rapport de l’Assemblée. On peut lire à la page 58 : « les étrangers qui viennent pour être greffés (du Maghreb ou des pays de l’Est) peuvent peser sur le dispositif français et retarder les greffes pour les résidents ». 

Sachant que ces greffes sont souvent une question de vie ou de mort, existe-t-il un seul autre pays au monde qui, par aveuglement ou lâcheté politique, condamne à mort, du fait d’un « retard » un des siens pour soigner un étranger ? 

Plus sages que nous, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et même la Suède, ne prennent en charge « que » les soins urgents, les femmes enceintes, les mineurs et la prévention des infections. Et c’est déjà beaucoup.

Rien ne contraint la France a être l’hôpital du monde. Ni Bruxelles ni l’OMS ne l’exigent. C’est donc à cette prétention d’être plus « universelle » que les autres, infection idéologique de gauche, que notre pays doit cette situation. 

Faute de réaction rapide, la situation va s’aggraver. La réforme proposée par le rapport va dans le bon sens (suppression de la protection pour les clandestins venant de pays dits « sûrs », restriction sur les délais etc…) mais reste très insuffisante au regard des enjeux à venir. C’est encore l’Assemblée qui nous prévient : « plusieurs éléments suggèrent qu’à court et moyen terme, les dépenses de soins en faveur des étrangers en situation irrégulière devraient sensiblement s’accroître » [5]. Le nombre de « soignés » croît mécaniquement avec la hausse du nombre de clandestins. Selon l’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales : « l’hypothèse d’une migration pour soins, […] n’est clairement pas un phénomène marginal (plus d’un quart des étrangers en situation irrégulière citeraient les soins parmi les raisons de leur migration)» [6] !

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Les Français ignorent tout ou presque de ce sujet. Aucun n’a lu le rapport de l’Assemblée. Aucune émission spéciale sur ce sujet n’a été diffusée dans aucun grand média. Et pour cause, la vérité, c’est-à-dire le récit de la réalité, vaudrait révolte. Il faut donc la taire. Exagération ? Non. Par deux fois, en 2019 et encore le 2 novembre 2020, Olivier Véran s’est opposé à un amendement parlementaire demandant un rapport sur le coût des soins des clandestins [7].

Dans ces conditions, qu’espérer encore de ce pouvoir ? Rien, évidemment. Que faire ? Lui dresser l’an prochain une ordonnance et une sévère.


[1] Rapport du 26 mai 2021 sur le budget, annexe 38 sur la santé.

[2] Ibid, pages 32, 38 et 40.

[3] 80 000 euros par patient.

[4] Ibid, page 48.

[5] Ibid, page 52.

[6] Ibid, page 59.

[7] Ibid, pages 25 et 26.

Tag au Portugal: la vandale française risque la prison

Érigé en 1960 à Lisbonne dans le quartier de Belém au bord du Tage, le Monument des découvertes a été la cible mi-aôut d’un tag empreint d’idéologie déconoloniale. Les conservateurs du pays ont dénoncé un véritable terrorisme culturel. La coupable est une Française.


Érigé à Lisbonne en 1960, le Monument des découvertes est une flamboyante sculpture installée au bord de l’océan Atlantique. Juchés sur une immense caravelle en béton, une trentaine de navigateurs et missionnaires de l’ancien empire y ont les yeux rivés vers l’Amérique. S’y côtoient le précurseur Bartolemeu Dias, Vasco de Gama, Henri le Navigateur ou Pedro Álvares Cabral, l’homme qui découvrit le Brésil en 1500. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 août, Leila Lakel, une Française étudiante aux Beaux-Arts à Paris, était en villégiature à Lisbonne.

Vandalisme dominical

Loin de succomber au charme des conquérants, la jeune femme a tenu à représenter la France à l’étranger à sa façon. « Blindly sailing for monney [sic], humanity is drowing in a scarllet [sic], sea lia [sic] », a-t-elle tagué sous la sculpture. Un anglais pour le moins approximatif que l’on peut traduire par : « Naviguant aveuglément pour de l’argent, l’humanité se noie dans une mer écarlate. » La poétesse a ensuite partagé son œuvre sur Instagram. Peu rompue à ce type d’inconduite, la société portugaise ne prend pas ce vandalisme à la légère. Dans une tribune publiée par le journal Observador, le président de la Société historique de l’indépendance du Portugal a ironisé sur une « Parisienne menant une vie de bourgeoise le vendredi » et se livrant au vandalisme le dimanche. Il semble qu’au Portugal, la déprédation décoloniale soit vue comme un caprice de privilégiés.

Vue de Lisbonne. Image: Unsplash.

Des Lisboètes y voient d’ailleurs une « insulte à leur culture ».

Quand la chaîne Fala Portugal, consacrant sa une à l’incident, a précisé que l’étudiante risquait jusqu’à cinq ans de prison, celle-ci s’est hâtée de rentrer à la maison. Pour sa prochaine destination, on pourrait suggérer à la jeune femme d’aller à Istanbul repeindre la statue de l’amiral Barberousse, pirate en Méditerranée et colonisateur en Afrique du Nord.

De « Titane » à « L’Événement »: des prix dans l’air du temps

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La réalisatrice Audrey Diwan, Lion d'or à Venise pour "L'évènement", 12 septembre 2021 © KIKA Press/Cover Images/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA31572479_000004

Le cinéma accorde une place démesurée aux thèses néoféministes. Après la Palme d’Or de l’esbroufe remise à Cannes au film raté « Titane », le film « L’Événement » vient de remporter le Lion d’or à la Mostra de Venise.


Il y a quelques semaines la Palme d’Or du festival de Cannes a été attribuée au film de Julia Ducournau, “Titane”. Rien que de très normal en ces temps où la dénonciation de la « masculinité toxique » et la lutte contre « le patriarcat hétéronormatif » sont devenus les sujets de prédilection de ganaches artistiques et engagées n’ayant aucune once d’imagination créative, aucune autre idée que celles distillées par les évangiles progressistes.

Secouer les murs de la normativité

La réalisatrice, viscéralement wokée, dit souhaiter secouer « les murs de la normativité ». Le Monde s’enflamme : « Julia Ducourneau signe un film de genre et transgenre, à l’image claire-obscure comme les flammes. » La Voix du Nord s’époumone : « Les tabous ne résistent pas longtemps à la force de Titane. » Heureusement, tout le monde n’est pas dupe. Dans Marianne, Olivier de Bruyn décrit la supercherie : cette « Palme d’or de l’esbroufe » est « un prix qui honore une fiction évoquant […] dans la plus grande confusion des thématiques contemporaines : clouage au pilori de la masculinité toxique, éloge d’un féminisme hardcore, apologie des mutations transgenres… ». Philippe Bilger, dans ces colonnes, a trouvé ce film « hilarant et grotesque » et d’une extrême médiocrité. Même Libération descend en flammes une « palme vraiment acier ». 

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Mais voilà, selon le barème actuel des cérémonies cinématographiques, Julie Ducournau a tout bon. Elle est une femme (10 points). Elle est jeune (10 points). Elle désire un « monde inclusif et fluide » (10 points). Elle est archi-féministe (10 points). Elle veut déconstruire les stéréotypes de genre (10 points). Le seul qui aurait pu sérieusement la concurrencer – et qui y est semble-t-il parvenu pour ce qui est du grotesque – c’est Paul Verhoeven avec Benedetta. Son film se veut féministe (10 points). Il évoque le lesbianisme (10 points). Celui d’une religieuse, qui plus est (10 points). Ce film a « au minimum troublé voire excité » Léa Salamé (10 points). Mais… le réalisateur est un homme (0 point). Il est né en 1938, c’est un boomer (0 point). Raté, de peu. En revanche, le film du franco-tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Lingui, les liens sacrés, n’avait strictement aucune chance de remporter le moindre prix. Mahamat-Saleh Haroun est à des lieues des préoccupations du nouveau monde artistique déconstructiviste, inclusif, fluide et transgenre. Olivier de Bruyn parle d’un film puissant, exigeant sur le fond et sur la forme (0 point). Le réalisateur (0 point) dénonce la culture du viol au Tchad (0 point – s’il avait dénoncé la culture du viol en France, c’eût été autrement mieux noté) et l’influence délétère de l’obscurantisme religieux islamique qui punit très sévèrement l’avortement (0 point) – il en aurait été naturellement tout autrement s’il avait dénoncé les lois polonaises, ou filmé un avortement illégal en France dans les années 60, comme nous allons pouvoir le constater à l’instant.

Vent mauvais

« Vent féministe sur la Mostra », titre Sud-Ouest. Apparemment le jury de cet événement qui vient de s’achever utilise le même barème que celui du festival de Cannes. Audrey Diwan a réalisé « un film cru, intimiste et féministe sur l’avortement », écrit Le Monde. De plus, elle s’est inspirée d’un roman d’Annie Ernaux (écrivain bourdieusard ayant gagné ses galons de garde-chiourme des salons littéraires en libellant l’arrêt de mort sociale d’un écrivain qui écrit mieux qu’elle). Audrey Diwan vient par conséquent de remporter le Lion d’or de la 78e édition de la Mostra de Venise pour son film intitulé L’Événement. « Une femme a gagné l’Oscar, une femme a gagné la Palme d’or, une femme a gagné le Lion d’Or. Ça signifie forcément quelque chose, ça ne peut pas être le hasard », a notamment déclaré la réalisatrice. Elle a raison, et la suite du palmarès confirme que « ça ne peut pas être le hasard ». Le prix de la meilleure réalisation revient à Jane Campion, pour son film Le pouvoir du chien. Et pour cause : « Le film aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique. » Le prix de la meilleure actrice est attribué à Pénélope Cruz « pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents ». 

« Il semble se passer quelque chose dans le cinéma mondial. Comme un vent de jeunesse, de féminisme, d’audace. Un renouveau, peut-être, marquant la fin d’interminables décennies de primauté masculine sur le 7e art », écrit une Hélène Marzolf requinquée dans Télérama, résumant ainsi tout ce qui a été écrit à propos des films ayant remporté les derniers prix des plus prestigieux festivals cinématographiques. Très très peu de véritable travail de critique cinématographique dans ce que j’ai lu. Mais énormément de lieux communs néo-féministes nappés de sauce butlérienne.

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Revenons au très emblématique cas de Titane. La réalisatrice de cette daube est diplômée de la prestigieuse Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Cette école réputée a bien sûr adopté l’écriture dite inclusive. Elle a également une Charte égalité (consultable sur son site). Cette charte promeut la parité partout, pour tou.te.s (étudiant.e.s, président.e.s, directeur.trice.s, etc.). Elle rappelle que la Fémis « agit en faveur de la lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement et dans l’industrie du cinéma » et qu’elle organise « au moins une fois par an une journée de réflexion interdisciplinaire dédiée aux problématiques de genre » ; qu’elle a aménagé un « espace dédié aux ouvrages abordant les problématiques de genre » ; qu’elle organise « une demi-journée de formation lors de la semaine de rentrée pour tous les étudiant.e.s de 1ère année dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles » ; qu’elle « met à jour régulièrement les statistiques sur le genre » dans son enceinte, etc. En somme, la Fémis, comme nombre d’institutions artistiques, universitaires ou politiques, a adopté les thèses néo-féministes sur le genre qui font les beaux jours des sous-doués de toute obédience. Ce petit monde paresseux et dogmatique a compris que dorénavant une reconnaissance médiatique ne saurait s’obtenir sans une soumission totale à tous les catéchismes démagogiques, féministes et “déconstructivistes”. Les ravages sont visibles dans toutes les sphères. Les pitreries de Sandrine Rousseau ou la prose odorifère de Virginie Despentes le démontrent. Au cinéma, ça donne le film de Julia Ducourneau, Titane.

Adieu Beauvau, vache, cochon, couvée!

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Roubaix, 14 septembre 2021 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22605432_000004

Le président de la République était hier à Roubaix pour clôturer les tables rondes du Beauvau de la Sécurité. Il a eu beau taper du poing sur son pupitre et faire des promesses pour l’avenir, c’est beaucoup trop peu et beaucoup trop tard pour être efficace contre la « violence », qui, de son propre aveu, « s’est emparée de notre société » ces dernières années.


Semblable à Perrette qui, n’ayant qu’un pot de lait, bien posé sur un coussinet sur sa tête, se promettait à elle-même œufs, couvée, poulets, cochon, vache et veau, Emmanuel Macron a conclu le Beauvau de la Sécurité par un discours dans lequel il se promettait et surtout promettait à ses auditeurs réformes, réorganisations, volontarisme, effectifs et moyens – mais pour plus tard. 

2030, dit-il. Bel optimisme tablant sur une réélection en 2022, suivie d’une réélection en 2027, et se projetant sans doute sur une réélection en 2032, voire en 2037 ! Face à cet élan, les esprits chagrins s’étonneront juste que, gouvernant depuis plus de quatre ans, il ait attendu les derniers mois de son mandat pour s’occuper vraiment d’un problème datant d’avant son prédécesseur : ah, si seulement les policiers avaient hué le garde des Sceaux au début du quinquennat…

Pendant ce temps, çà chauffe aux Tarterets et à Val-de-Rueil

Long discours, dont la première moitié fut un interminable satisfecit : « voyez tout ce que j’ai déjà fait pour vous » – Maître Corbeau, sur un isoloir perché, tenait dans son bec un bulletin de vote…. on connaît la suite. Dommage qu’Emmanuel Macron n’ait pas évoqué dans ce bilan glorieux les émeutes aux Tarterets (Essonne) et les conflits entre Kurdes et Africains à Val-de-Reuil (Eure), qui sont pourtant de parfaites illustrations de ce que l’on peut attendre de sa politique.

Arrivent les annonces : du numérique, de l’auto-satisfaction, une réforme de la procédure pénale mais pour plus tard (il faudra attendre les États Généraux de la Justice), toujours de l’auto-satisfaction, une réflexion sur les cycles horaires dans la Police, encore du numérique et encore de l’auto-satisfaction, des promesses pour une loi de programmation également remises à plus tard, un contrôle parlementaire renforcé des forces de sécurité (du moins en théorie, attendons de voir si les élus de l’opposition auront accès aux données que l’on reprocha jadis au général Soubelet d’avoir communiquées à ces mêmes élus), et des « nouveautés » comme les caméras-piétons déjà promises depuis des années. Et du numérique, et encore de l’auto-satisfaction.

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Mettre à jour le cadre légal d’usage des armes des forces de l’ordre au regard de l’extrême-violence dans les « quartiers » ? Nenni ! Et que nul ne songe à raviver le fameux Décret Organique du 20 mai 1903 des gendarmes, et encore moins de l’étendre à la police.

Avec la justice, ça coince toujours!

Se pencher enfin sur la responsabilité individuelle des magistrats, et en particulier des juges ? Vous n’y pensez pas !

Modifier radicalement notre politique migratoire (96% des déboutés du droit d’asile ne sont pas expulsés, moins de 15% des OQTF sont exécutées, droit du sol et regroupement familial, etc) ? N’allez surtout pas sous-entendre qu’il y aurait un lien quelconque entre l’insécurité et certaines immigrations, ce n’est pas comme si les conclusions du rapport du gouvernement suédois étaient connues.

Il y a fort à craindre qu’emporté par ses ambitions, moins champêtres que celles de Perrette mais tout aussi fumeuses, Emmanuel Macron ne finisse par renverser le pot au lait des douces promesses sur le dur chemin d’un pays confronté à tout ce qu’il fait semblant de ne pas voir. Et si on peut espérer qu’aujourd’hui policiers et gendarmes sauraient éviter à la pauvre Perrette d’être battue, on peut espérer aussi que ce Beauvau, qui ressemble surtout à une grenouille tentant de se faire aussi grosse qu’un bœuf, n’empêchera pas Emmanuel Macron de l’être (dans les urnes, naturellement).

Zemmour, un woke pas comme les autres

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Invité de BFMTV, Eric Zemmour n'a pas dit s'il se portait candidat à la présidentielle, 15 septembre 2021 Image: capture d'écran YouTube / BFMTV

Alors qu’il entretient le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, et alors que son livre très attendu sort en librairie demain, le monde politico-médiatique se demande si Eric Zemmour est simplement un phénomène de début de campagne. Ou bien si c’est une tendance lourde qui répond aux attaques du « wokisme » et qui est là pour durer…


Au cours de l’émission du samedi 12 de C News, « Place aux idées », l’invité du jour, Pascal Bruckner dit cette chose énorme — c’est du lourd — que, oui, il y avait  bien « un choc de civilisations » entre l’Europe et l’islam, quoi qu’ait dit et dise encore la gauche, qu’il n’était un secret pour personne que la Turquie, par exemple, rêvait de prendre sa revanche sur le second siège de Vienne, en 1683, en attendant la prise de Rome. Il a dit ça— énorme, le Bruckner— sur le ton calme et modéré qui sied à une chevelure blanchie sur les campus. Or, que disait-il de moins, de plus que ce que Zemmour nous répète inlassablement, mais en tirant de l’Histoire, sur un mode tragique, les dangers qu’un tel choc représente pour la France ? 

Ce que fait Zemmour

La décision du CSA était prévisible—et nous rassure : nous sommes dans un régime démocratique où la parole est libre. La tribune de Philippe Bilger, dans le dernier numéro du magazine Causeur, fait une analyse juste et chaleureuse des potentialités politiques de Zemmour. En refusant la nuance, Z rend « simple ce qui est complexe, lisible ce qui est obscur, évident ce qui est occulté. » À savoir qu’il y a le feu à la Maison France. Quel politique, quel politologue, quel homme sensé pense et dit le contraire dans les forums ? Mais mezzo voce, sans insister sur les mots identité  et civilisation. En disant « changement démographique » au lieu de grand remplacement. En distinguant précautionneusement musulmans et islam afin de ne pas affronter le tiers exclu : l’islamisation de la société. Bref, en ne sortant pas du politiquement correct.

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Et que fait Zemmour ? Du Woke. Il est radical voire brutal, fait tomber les masques, débusque la mauvaise foi derrière l’altruisme, dégoupille les mots, répète les évidences que l’on ne veut admettre, met sous les yeux ce qu’on ne veut pas voir, réveille les esprits. Et on l’écoute car il « jette dans le chaos et le désordre du monde… dans l’effrayante angoisse de notre pays, des pincées d’espérance. »  Vous avez bien lu.

Une nation politique à l’identité contrariée

En France, nous passons notre temps à analyser : « les valeurs » de la République, nos libertés, celles des autres, nos droits, notre modèle démocratique, exportable partout. Là où Zemmour parle des femmes afghanes « bâchées de la tête aux pieds », ce qui n’est pas notre problème, BHL voit des femmes à émanciper et à secourir in situ. Les plateaux T.V. sont bourrés de politologues — comme il y eut des épidémiologistes. S’il est vrai que, depuis Athènes, la vie démocratique se caractérise par l’opposition entre parole et action, ce qu’on veut, en France, c’est parler à l’infini, « faire logos » partout, selon l’expression épatante d’une féministe, au Grand débat élyséen de 2019. Parce que parler, analyser, ergoter dispense de juger et de s’engager. 

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Zemmour, lui, parle, beaucoup, en vue d’agir. Il agit déjà sur notre vie politique, en brisant les tabous et en cassant les codes. Il ne veut pas regretter, a-t-il souvent dit, comme l’historien Jacques Bainville, d’avoir « théorisé » au lieu de s’engager. Aussi force-t-il le trait car le temps presse. Ses obsessions sont justes. C’est le diagnostic qui importe. Ce que Bilger appelle « sincérité, absence de faux-fuyant, refus de l’argutie », c’est la lucidité et le courage. À l’époque du Grand Woke, Zemmour est un éveilleur. Il est normal qu’on le bâillonne.

Le CSA traite Z. comme un candidat. Sauf qu’on ne sait pas si Z. est candidat. Le Grand Méchant Loup va-t-il sortir du bois bientôt ? La seule question qui vaille est de savoir si le diagnostic de Z sur la France est justifié ou non. Et s’il a raison, dans le sommeil régnant, dans l’anesthésie généralisée des esprits, de nous réveiller, inlassablement, à cor et à cris. Ou s’il faut attendre la soupe populaire insipide qu’on nous servira lors des élections.

La France n'a pas dit son dernier mot

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L’atypique fascisme russe

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Moscou. Photo d'illustration Unsplash

Sylvain Roussillon publie Les fascismes russes (1922-1945): Vie et mort d’une mouvance en exil (Editions Ars Magna)


Après la parution des Brigades internationales de Franco et L’épopée coloniale allemande, c’est un nouvel opus tout aussi fascinant que nous livre Sylvain Roussillon. Publié aux éditions « Ars Magna », Les fascismes russes, vie et mort d’une mouvance en exil jette un regard sur le destin tragique de ces Russes blancs, jetés par millions sur les routes de l’exil après le déclenchement de la révolution de 1917. Remontant le fil de l’histoire tumultueuse d’un empire, dont le principal tort fut d’avoir ignoré jusqu’à sa chute les revendications d’un peuple, épuisé par le système autocratique des tsars et par un conflit mondial, ce directeur d’un établissement privé d’Enseignement Universitaire à Lyon, nous conte la genèse d’une idéologie aux multiples facettes.

Fascistes contre bolcheviks

Un voyage passionnant de 343 pages au cœur de mouvements divers que tout va opposer, des anarchistes aux mencheviks en passant par les organisations monarchistes ou sociales-révolutionnaires, mais que tout rapprochera autour d’un seul but : celui de renverser l’appareil bolchévique qui s’est emparé de l’État. On suit pas à pas l’extraordinaire aventure de ce courant contre-révolutionnaire, avec ses héros indissociables comme l’amiral Koltchak ou le général Wrangel, qui va progressivement glisser vers un fascisme moulé à l’âme russe, avec ses théoriciens, ses journaux, ses militants. On découvre les étranges Mladorossis (« Jeunes Russes ») qui reçoivent le soutien du prétendant au trône de Russie, le grand-duc Cyrille Romanov, et qui vont nouer des contacts avec l’Organisation fasciste panrusse de Anastase Andreïvitch Vonsyatsky. Une tentative de fusion entre l’aigle bicéphale et la croix gammée toujours muée par le désir commun de mettre fin au communisme à l’aube d’un nouveau conflit mondial.

A lire aussi: L’Allemagne, puissance coloniale éphémère

Une mouvance méconnue

Sylvain Roussillon nous transporte sur tout le continent. On suit l’évolution de cette mouvance fasciste atypique qui s’installe au Mandchoukouo, cet État fantoche créé par les Japonais, frontalier à l’Union Soviétique et lieu de toutes les intrigues. Caressant le rêve de créer un vaste État eurasiatique et conquérir Moscou, ces Russes blancs deviennent une force supplétive du Soleil Levant. Avant de déchanter lorsque les Américains finissent par larguer une bombe à Hiroshima en 1945.

De l’Ukraine à la Baltique, nos fascistes en herbe sont germanophones pour leurs propres intérêts comme le général Bermondt-Avalow, un officier qui finira par s’attirer l’animosité des nazis et des émigrés russes blancs eux-mêmes. Un national-socialisme à la sauce russe, teinté de monarchisme, dont l’étoile va progressivement pâlir lorsqu’Adolf Hitler décide d’envahir la sainte patrie, divisant les Russes blancs entre deux camps. Ceux qui s’éloignent du nazisme pour rejoindre la résistance et ceux qui espèrent que sous la protection de la croix allemande, ils vont rentrer chez eux victorieux à l’instar des cosaques d’Ivan Poltavets-Ostryanitsa. L’Ukraine occupée devient une Russie de substitution pour un nombre d’émigrés enrôlés sur le front de l’Est. Y compris pour des dissidents comme le général Andreï Andreïevitch Vlassov qui passe du communisme au nazisme sans état d’âme et qui sera finalement remis entre les mains de ses anciens amis à la fin de la guerre.

Un véritable chapitre méconnu de l’Histoire russe qu’il vous reste à découvrir, un ouvrage indispensable à toutes les bibliothèques et un témoignage historique de qualité accessible à tous.

Intolérable Zemmour

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Le Monsieur "Loyal" de France 2 Laurent Ruquier, face à Eric Zemmour, 11 septembre 2021 Image: Capture d'écran France 2.

Le grand tribunal de la presse juge Éric Zemmour coupable de penser autrement. La première séance, présidée par Laurent Ruquier et Léa Salamé, a présenté les éléments constitutifs de la mise en accusation…


Autrefois, le monde communiste, avide d’éliminations, avait inventé une catégorie de coupables aussi vaste que vague : les ennemis de classe. Une fois désignés, l’immense machine à broyer se mettait en marche, les aspirait, les détruisait, stupide et implacable. Mais, pour commencer, il fallait le spectacle : de grandes réunions publiques étaient organisées, messes haineuses durant lesquelles le malheureux était démasqué, offert à la vindicte populaire, promis au prétoire.

C’est à ces sombres fantasmagories qu’a fait penser le passage d’Éric Zemmour dans l’émission de Laurent Ruquier et Léa Salamé. S’attendait-on à un débat ? On a eu droit à la constitution en direct d’un dossier de mise en accusation. À la fois enquêteurs, procureurs et juges, Ruquier et Salamé, hybrides de Fouquier-Tinville et Vychinski (!), se seraient contentés, n’eût été la durée fixe de leur spectacle, d’une seule question : « Comment osez-vous penser ce que vous pensez ? » Et ils auraient bien ajouté, en guise de sentence : « Nuisible, vous ne penserez plus, vous n’écrirez plus, vous ne vous montrerez plus, vous ne parlerez plus ! »

Faire barrage, c’est pas une vie !

Ils sont avec tant d’autres – toute une armée ! – les diseurs du Bien absolu, du Bien radical, les défenseurs du peuple ingénu contre les attaques sournoises, sulfureuses des gens comme Zemmour. Ils sont la presse-juge, la presse-filtre, la presse-censure, investie d’une mission de purification de la pensée publique. Ils luttent contre le nauséabond, contre le rance. Ils passent leurs vies à « faire barrage ». Triste, petit destin.

A lire aussi, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Qu’ils aient invité Éric Zemmour uniquement pour lui signifier son inculpation, c’est une chose dont il n’y a aucune raison de douter. Mais, en acceptant de s’y rendre, Éric Zemmour pensait-il à un possible gain de cause ? Pensait-il qu’il allait pouvoir transpercer la toile déjà tissée autour de lui ? Convaincre quelques-uns des adeptes du couple d’accusateurs publics ? Ils se sont bien gardés de le laisser faire. Poser la question qui incrimine et ne pas laisser l’inculpé répondre – c’est une vieille technique, utilisée dans tant de salles d’interrogatoire et, ce qui revient parfois au même, sur tant de plateaux de télévision. « Ici, vous n’êtes pas sur CNews », avertit Ruquier, voulant sans doute dire : « Ici, vous parlez quand et si nous vous le permettons. »

Ruquier n’était pas au courant, en disant cela, du fait que, sur injonction du CSA, qui l’a qualifié d’« acteur du débat politique national », CNews était sur le point de fermer son antenne à Éric Zemmour. La création d’une chaîne YouTube a déjà été annoncée – mais nul ne sait combien de temps Google, propriétaire du site, tolérera son existence.

Déguiser la vulgaire censure en bonne action

Ce déchaînement est-il dû à l’éventuelle participation d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle ? Cela a commencé il y a trop longtemps pour qu’on puisse l’expliquer ainsi. Depuis trop longtemps Éric Zemmour a des idées qu’il ne faut pas avoir – et, encore moins, exprimer en public –, des idées qui offensent la bienséance progressiste, des idées qu’il faut éradiquer. Cependant, ce n’est pas Zemmour lui-même qui gêne. Si ses livres se vendaient à 200 exemplaires, si ses émissions étaient regardées par 3 000 spectateurs, nul ne se donnerait la peine de lui couper la parole. Mais il a une audience, et elle grandit. Ce sont ceux qui l’écoutent qui gênent et ceux qui, en l’écoutant, disent : « Il a raison ». Ce sont eux qu’il faut renvoyer dans le vide de l’obéissance bien-pensante. Et, en fin de compte, c’est sur eux que le couple Ruquier-Salamé a voulu faire glisser l’ombre de la potence.

Il ne s’agit pas d’un combat d’idées, puisqu’il n’y en a pas dans le camp d’en face. Nous n’assistons qu’à une tentative, avec ses tortillements pudibonds, de déguiser la vulgaire censure en bonne action.

Et si Éric Zemmour, que le cirque politique et médiatique s’acharne bêtement de transformer en martyr, décidait de se présenter à la prochaine élection, qu’aurait-il en face de lui ? Une société française qui étouffe sous le poids de certitudes inculquées et qui n’écoute plus avant de contredire. Une société dont la culture s’évanouit et où les dogmes ont remplacé les idées. Une société fermée. Zemmour pourrait-il convaincre ceux qui ne partagent pas ses idées, ceux que le progressisme des politiciens et des journalistes a intoxiqués depuis bien longtemps ? Rien n’est moins sûr.

Nous vivons dans un monde où se faire haïr pour ses idées et évincer à cause d’elles est une paradoxale victoire. Zemmour l’a emportée, et plus haut s’élèvera le mur que ses juges construisent autour de lui, plus belle elle sera. Telle est la stupidité de la censure.

La France n'a pas dit son dernier mot

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P.S. Depuis lundi matin, l’enregistrement de l’émission On est en direct avec Éric Zemmour comme inculpé a été retiré du site YouTube. Des fragments de quelques minutes peuvent être vus ici et là, mais rien de plus. C’est un signe, sans doute, mais un signe de quoi ?

Un professeur n’a pas à exprimer son opinion sur la politique sanitaire en cours

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Image d'illustration Unsplash

Un professeur de l’Éducation Nationale toulousain ayant diffusé une vidéo vaccino-sceptique de France-Soir à ses élèves a été suspendu. Si seulement un tel rappel à l’ordre pouvait aussi intervenir pour toutes les autres propagandes diffusées à nos enfants dans les classes…


L’Éducation Nationale a rappelé cette règle il y a quelques jours : un professeur qui exprime son opinion personnelle devant ses élèves sort de son rôle. Ouf ! Il était temps. Depuis tant d’années que certains cours d’histoire, mais aussi bien d’anglais ou de français, et même de physique, étaient régulièrement l’occasion d’assener des opinions politiques personnelles comme des principes indiscutables ! Depuis tant d’années qu’on fustigeait allègrement en classe cet imbécile de Trump, qu’on encensait la bonne Greta Thumberg, qu’on déclarait l’amour inconditionnel obligatoire pour les migrants de tous les pays, qu’on accusait “les gens de droite” d’être tout simplement des salauds ou qu’on invitait ses élèves à la fête de l’Huma… Tous ces exemples sont véridiques, et j’aurais bien aimé citer quelques professions de foi inverses, mais le hasard – ou leur rareté dans le corps professoral ? – ne m’a pas permis de les observer. 

Élémentaire, mon cher…

Il aura fallu que survienne le coronavirus pour qu’enfin l’on s’émeuve qu’un enseignant, abusant de l’autorité académique dont il est revêtu, profite de son cours pour assener des opinions toutes faites, partisanes, sans nuance ni contrepoids, en toute bonne conscience – c’est-à-dire sans aucun scrupule. 

Il aura fallu qu’un professeur diffuse une vidéo qualifiée de complotiste, c’est-à-dire issue d’un journal qui alimente la controverse sur la politique sanitaire choisie par le gouvernement et ce faisant ulcère ceux qui voudraient que cette politique sanitaire restât hors de portée de la critique, pour qu’on rappelle quelques principes élémentaires de l’enseignement régulièrement bafoués. Ainsi donc, à quelque chose malheur est bon, pour parler comme ma grand-mère !

On ne sait quelle vidéo précisément le professeur a diffusé, ni quel commentaire il en a proposé à ses élèves. Gageons, puisqu’il a été suspendu, qu’il n’a pas introduit la distance critique nécessaire vis-à-vis des propos tenus dans la vidéo en question. Espérons que la hiérarchie de l’Éducation Nationale se montrera également sévère avec les professeurs qui, en cette rentrée, ont déclaré à leurs élèves que les non-vaccinés étaient tous des “abrutis”, voire des “assassins” (autres exemples véridiques). Ceux-là ne diffusent peut-être pas de vidéo tirée d’un journal urticant, mais ils assènent leurs opinions personnelles et ce qui est bien pire, ils insultent et accusent gravement des parents d’élèves dont certains, évidemment, ne sont pas vaccinés puisque la vaccination n’est pas obligatoire.

Les leçons de Condorcet

Qu’on soit professeur ou non, on n’a pas, d’ailleurs, à insulter ni à accuser sans mesure ceux qui se vaccinent ou ceux qui ne se vaccinent pas : ce comportement hystérique n’est ni raisonnable, ni digne, et dans le cadre d’un cours c’est tout simplement intolérable. On se demande comment certains ont osé proférer de telles énormités. N’allez pas me dire qu’ils auraient été encouragés par un climat politique et social délétère ?

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On ne peut, en ces circonstances, que revenir aux principes fondateurs de l’école républicaine selon Condorcet : “l’éducation… ne se borne pas seulement… à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or la liberté de ces opinions ne serait plus qu’illusoire si la société s’emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu’elles doivent croire… Si donc elles font partie de l’éducation publique, elles cessent d’être le choix libre des citoyens et deviennent un joug imposé par un pouvoir illégitime… Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation.” Et Condorcet poursuit : le devoir de l’école publique, “est d’armer contre l’erreur, qui est toujours un mal public, toute la force de la vérité, mais elle n’a pas le droit de décider où réside la vérité, où se trouve l’erreur. La puissance publique ne peut pas établir un corps de doctrine qui doive être enseigné exclusivement.” Il est toujours intéressant de revenir aux sources : Condorcet nous rappelle que si un professeur n’a pas à dicter ses opinions personnelles, il n’est pas là non plus pour se faire le relais d’une quelconque propagande gouvernementale exclusive, sauf à tomber dans la tyrannie.

Ce qui relève de l’opinion religieuse comme des opinions morale et politique ne devrait être abordé en classe qu’avec la plus grande prudence. Armer contre l’erreur, dans ces matières, c’est non pas taire ou répéter ou attaquer aveuglément le dogme du jour, mais rendre à l’âme humaine, au réel, à l’histoire comme à l’époque, leur complexité, leurs obscurités ; c’est surtout encourager le libre examen contradictoire des faits, seul chemin pour espérer élever l’esprit plutôt que le pousser complaisamment dans les séductions faciles d’hier ou d’aujourd’hui, sans réfléchir. 

C’est, pour reprendre le mot de Camus, d’abord penser contre soi-même. Tâche éminemment difficile ! Effort presque démesuré. Et c’est pourquoi nous avons désespérément besoin d’exemples qui viennent d’en haut : exemples d’honnêteté, de prudence, de raison et de mesure, exemples de respect de la liberté des consciences, de respect de la liberté d’expression des opinions et analyses, si contradictoires et désobligeantes soient-elles pour nos propres opinions. Sans le choc des idées, nulle étincelle de vérité ne peut jaillir.

Extrême droite modérée, je crois que c’est ce qui me correspond le plus…

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Manifestation à Winnipeg, Canada, septembre 2021 © David Lipnowski/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22605285_000003

Je ne veux plus faire partie d’un camp où l’on conspue une prétendue « société de surveillance » et le « contrôle des corps »…


Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être anti-moderne.

Quand je pense que j’ai été « d’extrême droite » ! Quand je pense que je le suis peut-être encore sur bien des points – mais d’une manière trop peu méchante pour être crédible auprès des vrais. Tant pis ou tant mieux, il faut mûrir et grâce au  Covid, je serai enfin devenu politiquement adulte. Les réactions de certains face à la crise sanitaire (et que j’ai explorées ici) m’auront ouvert les yeux sur l’imbécilité congénitale de « mon camp ». Antivax et anti passe auront fait en trois semaines ce que les antiracistes n’auront pas réussi à faire en trente ans. Parce que je ne sais pas, vous, mais moi, les bigots obtus, les terreux fin de race, les jobards de « la vie d’avant », tous plus ou moins conspi, je n’en peux plus.

Foucaldisme primaire

Soyons clairs. Il pouvait y avoir du bon dans « l’extrême droite ». Une liberté anthropologique qui ne s’en laisse pas conter par les sociologues à la noix ; une sensibilité tellurique qui fait frémir les belles âmes ; une foi antique aux Dieux, aux Hommes, au Ciel et à la Terre (le fameux Quadriparti heideggerien) qui inquiète les chrétiens ; un catholicisme flamboyant qui vomit les tièdes ; une audace littéraire absolue qui fait qu’avec elle, on peut en effet « tout dire » ; un sens du beau, du grand, du noble et aussi du tragique ; une lucidité extrême. Être réactionnaire, c’était être visionnaire. Dantec, Houellebecq, Millet, Camus l’ont été – et avant eux Baudelaire, Balzac, Chateaubriand, Joseph de Maistre. Hélas, les réactionnaires d’aujourd’hui ressemblent plus aux aristo décatis du Cabinet des Antiques de Balzac (un de ses plus prodigieux romans) qu’aux dandys extralucides à la Baudelaire. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont de douloureux antédiluviens boursoufflés dans leur nostalgie, dévots du passé, athées du présent et zombies du futur. Pauvres et parfois très méchants diables qui croient au mythe du sauveur et raisonnent en termes de « dernier bond », « dernier sursaut », « dernier mot », toujours à voir l’Histoire à « la croisée des chemins » et la « Nation » entre le gouffre et la colline (inspirée) – vision certes romantique, poétique, apocalyptique mais peu opératoire et qui leur fait perdre la partie à chaque coup. N’en pouvant plus d’être sans cesse contrariés par une Histoire qui les a perdus en chemin depuis longtemps, les droitards sombrent alors dans le ressentiment, l’esprit de revanche, et, comme on l’a vu avec le Covid, la désinformation, la fake news, l’anarchie libertaire.

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Un comble pour eux qui ne juraient que par l’autorité (ah ! Poutine !) et Machiavel et qui se retrouvent cocus des deux côtés. Alors qu’ils devraient au moins admirer Macron comme tacticien, ils le conspuent honteusement. Rien de moins « sport » que ces ganaches qui ont pété les plombs sociaux et civils et qui, de manière infantile, « refusent d’être des enfants » – ce que les Anciens admettaient volontiers : le Roi est le Père de la Nation et nous sommes tous enfants de France et enfants de Dieu. Quel bonheur c’était ! Quel âge d’or ! Mais non, plus pour eux ! Les voilà qui donnent dans un foucaldisme primaire à dénoncer la « société de surveillance » (alors qu’ils ne jurent que par la sécurité) et le « contrôle des corps » (alors qu’ils sont généralement militaristes et cléricaux). Évidemment et heureusement qu’il y a un contrôle des corps – depuis les Dix Commandements, en fait, « kit de l’humanité » s’il en est. Des Stoïciens à l’impératif catégorique kantien, en passant par la fessée de mademoiselle Lambercier infligée à Jean-Jacques Rousseau (avec quelques effets secondaires, il est vrai), le contrôle des corps est une nécessité sociale et vitale et qui, faut-il le rappeler, n’a rien à voir avec Staline ou Mao. Mais dans l’indistinction crasse où ils sont tombés, hors de tout contrat social, les droitards ne discernent plus rien tout et se la jouent « assoiffés de liberté ».

Les contradictions de l’antivax

Alors ils s’égosillent avec « nos valeurs » en faisant du surplace. Comme les « gauchiasses » qu’ils sont devenus, ils défilent contre « la dictature sanitaire », se trouvant même une nouvelle conscience marxiste. Leur grand concept en ce moment, c’est le « mépris de classe ». À l’instar du prolo qui se sentait rejeté par le bourgeois, l’anti-passe (qui est souvent un antivax) se sent discriminé par le vacciné qu’il considère pourtant comme un niais en sursis. C’est là la contradiction étonnante du « dissident » : d’un côté, il soutient que le vaccin n’est pas fiable et pourrait même se révéler un poison ; de l’autre, il considère que le vacciné est un privilégié. Le dissident est à la fois obscurantiste et révolutionnaire. Deux bonnes raisons de ne plus l’être.

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Donc, 2021 aura été ma nuit de foi droitiste, ma reconversion au réel, c’est-à-dire à l’inévitable évolution des choses, au devenir, au changement de monde. Non pas que je sois devenu apôtre du progrès tout aussi mortifère, mais au moins aurais-je admis que les choses bougent, que les mondes muent, que les idées ondoient. À Bossuet qui dénonçait « les variations des Églises protestantes », Leibniz répondait : « il nous plaît, Monseigneur, d’être de cette Église toujours mouvante et variable ». Eh bien voilà. Je suis leibnizien. Je plaide pour une droite méta-réactionnaire. Plus au fait. Plus humaine. Plus intellectuelle aussi – mais intellectualiser la droite ! Combien de penseurs s’y sont cassés les dents tant la droite est incapable de dialectique, de prise en compte des contraires, de synthèse par laquelle on conquiert vraiment les choses. Alors que c’est sa « dernière chance », comme elle dirait. Car si elle veut survivre, il lui faudra comprendre le changement de paradigme, la redistribution des valeurs (dont César Pavèse disait qu’elles étaient avant tout « des qualités que l’on sent » – et que sentent-ils, nos réactionnaires, sinon leur propre putréfaction ?), les nouvelles connexions. En fait, il faudra que la nouvelle droite s’émancipe d’elle-même, se « nietzschéise » un chouia, se transhumanise pour son bien. Autant dire qu’il va y avoir du boulot.

On peut et on doit parler avec les Talibans

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Un garçon réalise une corvée sur les hauteurs de Kaboul, Afghanistan, 11 septembre 2021 © Felipe Dana/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22604569_000002

Diplomate, Jean-Yves Berthault a été en poste à l’ambassade de France à Kaboul entre 1979 et 1981. Conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU en Afghanistan en 1997, il a dirigé la mission diplomatique française à Kaboul de 1998 à 2001. Il est l’auteur de Déjeuners avec les Talibans, Révélations d’un diplomate


Alain Roumestand. Jean-Yves Berthault, avant d’entrer dans le vif du sujet, parlez-nous de votre carrière. 

Jean-Yves Berthault. Je suis rentré dans la carrière diplomatique après avoir fait Sciences Po et mon premier poste a été l’Afghanistan. C’était une sorte de « mauvaise pioche » mais j’en étais ravi. Je suis arrivé en 1979 alors que ce pays était déjà en guerre civile larvée. On venait d’avoir une révolution communiste en avril 1978 qui avait jeté bas la présidence Daoud, le cousin du dernier monarque, le roi Zaher Shah. Mais à son tour le régime communiste vacillait et en décembre l’armée soviétique est intervenue pour le sauver. Ensuite, j’y ai vu l’avènement de l’insurrection, les premiers moudjahidines et le début d’une crise qui ont plongé le pays dans 43 ans de guerre civile sous diverses formes. Je suis revenu en Afghanistan dix-huit ans plus tard, lorsqu’on cherchait un diplomate connaissant le pays, pour servir de conseiller politique de la mission spéciale de l’ONU pour l’Afghanistan, qui explorait les voies d’un règlement négocié du conflit. Enfin, de 1998 à 2001, j’ai dirigé l’ambassade de France où j’avais fait mes débuts, et cela, jusqu’à la chute des Talibans. Trois années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement et à plusieurs reprises avec les Talibans. J’ai également servi dans le monde arabo-musulman entre temps et depuis, dans des pays aussi divers que l’Algérie, le Maroc, la Syrie, l’Azerbaïdjan, le Pakistan et Bruneï. 

Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci

Votre livre fait une belle place aux portraits de responsables talibans que vous avez rencontrés lors de déjeuners ou dans d’autres cadres informels. Y a-t-il un portrait type des Talibans ? 

C’est un pays très morcelé par les montagnes où chaque vallée a ses particularités, sinon ses particularismes. Vous avez mille vallées, vous avez mille façons, mille bonnets brodés, pour chaque tribu, pour chaque sous-tribu. Et autant de mentalités, d’idéologies et de partis politiques. Le mouvement des Talibans n’échappe pas à cette complexité des paysages physiques et humains. Certains voient en leur mouvement la possibilité de faire triompher l’islam comme à l’époque du prophète. D’autres, moins nombreux, voient au contraire, l’opportunité du djihad. Mais ce qui rassemble et unifie le mouvement, c’est la référence à une idéologie religieuse fondée sur le wahhabisme. Cette doctrine rigoureuse originaire d’Arabie Saoudite et quelques autres pays du Golfe anime également une école de pensée d’une région du nord de l’Inde, où il existe des madrassas qui enseignent une doctrine proche du wahhabisme. Cependant, malgré sa grande rigueur, son traditionalisme et son fondamentalisme, sur le plan politique il existe des appréciations qui varient considérablement d’un individu à l’autre. Et c’est ce que j’ai voulu montrer dans cette galerie de portraits. Parmi eux il y a des gens qui, tout en se réclamant du Coran et ses enseignements, estiment devoir s’adapter au monde moderne dans certaines circonstances. D’autres en revanche ne considèrent pas la moindre concession possible. J’ai toujours essayé d’identifier d’abord les radicaux et puis convaincre les plus modérés de coopérer, pour que la population souffre moins.

Jean-Yves Berthault Photo: D.R.

Lorsque vous invitez les Occidentaux à suivre votre exemple et nouer un dialogue avec les Talibans, on vous rétorque qu’ « on ne pactise pas avec le diable  » ! Vu leur lourd et triste passif, entendez-vous ces critiques ? 

Je les comprends très bien surtout quand on entend certaines déclarations, qui font objectivement froid dans le dos, ou que l’on observe le sort des femmes qui pendant ces deux décennies de libéralisme relatif – notamment à Kaboul – pouvaient faire des études, avaient la liberté d’aller et de venir et voient tout cela disparaitre d’un coup. Je comprends très bien que dans une appréciation occidentale, on ressente une vive émotion. En même temps dans la diplomatie, il faut être pragmatique. Si nous ne devions parler qu’à des pays qui nous ressemblent, on se retrouverait assez isolé… Il y a 100 ans, on pouvait ignorer les pays qui nous déplaisaient. Aujourd’hui le monde s’est rétréci. Le monde est un village indivisible. Il faut bien parler et si on laisse de côté les pays qui nous déplaisent, d’abord on se coupe des ¾ de la planète et ensuite on perd toutes chances de les faire évoluer dans le sens de nos intérêts ou des intérêts de leurs peuples. 

Et vous, dans vos différentes responsabilités en Afghanistan, qu’avez-vous obtenu des Talibans par la négociation ? 

À l’époque les pays unanimes avaient décidé de ne pas parler avec les Talibans, donc de retirer leurs ambassades. Dans le cas de la France, on avait une autre position. On s’était dit qu’il fallait conserver les canaux existants. On avait plusieurs bonnes raisons pour cela. La première, c’était le fait que beaucoup d’ONG françaises étaient présentes (à peu près la moitié de tous les humanitaires occidentaux présents en Afghanistan étaient des Français), et faisaient un travail admirable. Or, les ONG rencontraient au quotidien des problèmes incommensurables, et il fallait quelqu’un pour les protéger et les aider dans leur travail. L’autre bonne raison, c’est qu’il fallait observer et informer. Un diplomate est en poste pour rapporter ce qui se passe et c’était une grande partie de mon travail : rédiger des télégrammes diplomatiques sur la situation. Et je ne parlais pas seulement aux Talibans, mais aussi avec le camp opposé, c’est-à-dire l’Alliance du nord et plus particulièrement avec l’entourage du commandant Massoud. J’étais aussi en relation avec l’ancien roi, ce qui m’a permis de jouer un rôle politique dans l’espoir de susciter une relève démocratique. On voyait bien, tout en parlant avec les Talibans, qu’il n’était pas très facile d’espérer des accommodements. Mais comme il se trouve que je respecte beaucoup l’islam, que je connais bien cette religion, j’étais en mesure de citer certains versets du Coran et j’ai pu établir un dialogue pertinent et espérer convaincre. Si on leur parlait du droit international et de la déclaration universelle des droits de l’homme, ce n’était pas un langage qui allait beaucoup les influencer. En revanche, il m’est arrivé de leur citer des exemples tirés du Coran, des paroles du prophète, le dialogue était possible. Ainsi, en évoquant la clémence du prophète j’avais réussi en 1997 à faire libérer deux jeunes Français d’une ONG qui risquaient la peine de mort. J’ai également obtenu du ministre de la Santé qu’il ouvre des hôpitaux pour les femmes, puisque celles-ci n’avaient pas le droit d’aller à l’hôpital général par manque de médecins femmes et qu’il n’était pas question qu’elles soient auscultées par un homme. Ce dialogue paraît un peu illusoire mais quand il s’agit de sauver des vies humaines, d’obtenir quelques progrès, même ténus, c’est quelque chose d’essentiel. 

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Quelle est votre appréciation de l’action diplomatique de l’administration Trump qui a abouti en février 2020 aux « accords de Doha » ? 

Le président Biden a été accusé par la presse d’avoir décidé un retrait précipité et sans préparer l’armée afghane. Tout cela est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Parce qu’en effet, comme vous le souligniez, son prédécesseur lui avait un peu savonné la planche en le mettant devant le fait accompli d’un accord sans y associer ni le gouvernement afghan ni les Occidentaux autrement que d’une façon elliptique. Ainsi, quand Biden est arrivé, il savait qu’il avait une opinion publique plutôt isolationniste et lassée de la guerre. Il a pensé que dans la situation où il se trouvait, d’une Amérique divisée en deux camps irréconciliables, poursuivre la logique de son prédécesseur serait un geste vis-à-vis des trumpistes. Il a été obligé pour toutes ces raisons de continuer à prendre ce train qui était déjà en marche. La seule chose qu’on pourrait dire, c’est qu’il aurait pu faire patienter les Talibans deux ou trois mois de plus pour que ce retrait ne se fasse pas dans une précipitation aussi théâtrale et tragique. 

Malgré l’échec américain, vous pensez que Washington continuera à financer l’Afghanistan pour contrer les visées chinoises et russes. Il serait donc judicieux de se poser la question : “où sont allés les milliards déjà distribués ?” 

Même si l’argent a un peu ruisselé dans les grandes villes et en particulier à Kaboul, l’essentiel a été englouti dans les poches profondes des « élites » au pouvoir en Afghanistan ces vingt dernières années dans le cadre d’une corruption généralisée. Quelques personnes bien placées ont constitué des fortunes énormes : 800 millions de dollars, 600 millions de dollars, 1 milliard 200 millions de dollars… Ce sont des gens qui étaient aux affaires, au gouvernement et qui avaient leurs commissions sur tout. Il y avait de faux régiments payés et de bien réels qui ne l’étaient pas. Et c’était comme cela dans tous les domaines. On s’est beaucoup étonné de voir que Kaboul tombait comme un fruit mûr ; en fait, c’était un fruit pourri de l’intérieur et il est tombé tout seul. Je dois dire que personnellement, je n’ai pas été surpris. C’était une évidence pour moi et pour les gens qui connaissent bien l’Afghanistan. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les Américains se sont découragés : ils se rendaient bien compte que les Talibans étaient déjà chez eux depuis des années dans les campagnes, qu’ils étaient bien acceptés par la population qui les avait accueillis à bras ouverts, parce que leur idéologie était finalement très voisine de celle de beaucoup de campagnards. Ils se heurtaient à une résistance essentiellement dans les villes où les gens étaient davantage éduqués. 

Et le commandant Massoud ? Pendant votre mandat d’ambassadeur, il a demandé l’aide – entre autre à la France – sans beaucoup de succès avant son assassinat l’avant-veille du 11 septembre… Quel bilan tiriez-vous de l’homme et de son action ? 

Il y a une de confusion autour de la légende du commandant Massoud, l’un des grands héros de la résistance contre les Soviétiques. Lorsque les Talibans ont pris le pouvoir entre 1996 et 2001, il a eu le grand mérite d’être un chef de guerre et un stratège remarquable, réussissant à mettre au point une résistance avec d’autres groupes comme les ouzbeks et les hazaras. Massoud a joué un rôle très important et cela a permis à un moment donné d’avoir l’espoir que le régime des Talibans ne durerait pas. Aujourd’hui il ne reste qu’un petit réduit dans le Panchir et aussi son fils, le jeune Ahmad Massoud, un jeune homme bien éduqué, en Angleterre notamment, et sans doute très épris du modèle que lui a légué son père. Mais connaissant mieux l’Afghanistan que beaucoup de nos Parisiens, je ne suis pas persuadé que ce mouvement ait la moindre chance de réussir parce que c’est la première fois que les Talibans arrivent à conquérir quasiment tout l’Afghanistan. Dans ces conditions, je ne crois pas que le jeune Massoud ait un avenir dans les armes. 

Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais…

L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien représentant spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi s’est lui aussi exprimé, dénonçant l’échec de l’importation d’un modèle institutionnel occidental en Afghanistan. Que dire de cette prise de position ? 

Lakhdar Brahimi, mon patron pendant quelques mois pendant l’année que j’ai passée comme conseiller politique aux Nations Unies, paraît avoir compris plusieurs choses importantes. À l’époque, j’avais essayé de lui expliquer qu’il fallait compter sur les tribus et le système tribal pour fonder des espoirs, mais il avait beaucoup de difficultés à le comprendre. Il disait que les tribus, c’était comme en Algérie ; elles n’existaient plus. Il ne connaissait pas l’Afghanistan, mais désormais, visiblement, il a appris beaucoup de choses. Je ne peux qu’être d’accord avec lui sur ce qu’il a exprimé dans le texte que vous citez : les Occidentaux ont voulu plaquer leur modèle sur ce pays, comme sur beaucoup d’autres territoires. Or, la réalité est que les Afghans s’agrègent autour d’un chef tribal ; c’est lui qui, s’il y a des élections, va leur dire comment voter. Et l’idée même des élections transversales, dans une société profondément ethnique et tribale, est aux antipodes de leur système de réflexion. Dans les villes, cela peut fonctionner. Dans les campagnes, aller voter pour une personne qui n’est le cousin d’aucune des personnes que les électeurs connaissent, cela leur paraît quelque chose de tout à fait artificiel et cela ne convient pas culturellement… Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a strictement rien compris à ce type de pays. Et il y a aussi l’aspect militaire. Les Américains n’y sont pas allés de main morte. Naturellement, tuer des gens qui vous menacent cela s’appelle la guerre, mais cela a été fait de façon « indiscriminée », et avec beaucoup trop de bavures. Les Etats-Unis parlent de leurs frappes chirurgicales… mais on aimerait bien ne pas passer un jour entre les mains de tels chirurgiens. 

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Comment voyez-vous l’avenir de l’Afghanistan à court, moyen et long terme ? 

Les paris, si on peut employer ce terme, sont ouverts. Pour la première fois depuis 43 ans, il n’y a pas de guerre civile. Malgré les circonstances dans lesquelles cela se produit, c’est-à-dire l’arrivée d’un groupe à l’idéologie problématique qui représente une régression, pour beaucoup d’Afghans, c’est tout de même un soulagement. Parce que ces vingt ans de libéralisme relatif n’ont pas apporté la sécurité qui est une des aspirations élémentaires d’un peuple. Maintenant il n’y a plus de guerre ; les Talibans ont peut-être la chance de durer s’ils font le nécessaire pour leur peuple. D’abord le premier des devoirs, est de nourrir le peuple et faire cesser la corruption, raison principale de la misère. Un autre devoir, tout aussi essentiel, concerne les droits humains et là il va falloir la conjonction de tous les efforts de la communauté internationale, pour faire en sorte que les Talibans comprennent qu’il est de leur intérêt de les respecter. Ils le disent en tout cas, et il faut les prendre au mot. Et en cela il faut, là aussi travailler avec des pays qui ne nous ressemblent pas, mais qui peuvent être des alliés. Je pense notamment au Qatar. Les Américains ont délégué au Qatar ce qu’ils ne voulaient et ne pouvaient plus déléguer au Pakistan dont ils se méfient désormais. Je sais que cela peut paraître étrange à certains, mais je le crois et je le dis car je m’intéresse davantage à la vérité qu’à la vérité qu’on voudrait entendre : les Talibans en réalité ont peut-être une chance de réussir s’ils viennent à résipiscence. 

Et pour revenir à la France, certains disent qu’elle n’a rien à faire dans ce pays. Que leur répondriez-vous ? 

La France est un pays qui est très cher à beaucoup d’Afghans. D’abord, il y a beaucoup d’Afghans qui parlent notre langue, parce qu’on a un lycée français à Kaboul qui a formé depuis presque un siècle une grande partie des élites du pays ; parce qu’on a toujours joué un rôle important dans la mesure où nous n’avons jamais été dans cette partie du monde une puissance « ingérente ». Les Afghans le savent très bien : ils ont dû mettre dehors les Britanniques après trois guerres perdues par ces derniers ; ils ont mis dehors les Soviétiques ; ils ont mis dehors les Américains. Certes la France, jusqu’en 2014, était présente militairement en Afghanistan, mais à la demande des Américains et aussi dans le but de mettre un terme aux agressions d’Al Qaïda. Et d’ailleurs l’armée française, indépendamment de ses frappes beaucoup plus chirurgicales pour le coup que celles des Américains, avait une façon de procéder qui s’accompagnait toujours d’un soutien aux populations locales, là où nos forces étaient implantées. Elles ont laissé un souvenir très différent, je le sais par beaucoup de témoignages des Afghans qui m’ont parlé. Il y a aussi cette passion française pour l’Afghanistan. La passion pour Massoud en est l’exemple : nous sommes le seul pays où on parle de Massoud, même si c’est parfois un peu à côté de la plaque, parce que cette cause-là appartient plus au passé qu’à l’avenir. Mais cela montre l’attachement des Français à ce pays, parfois à juste titre, parfois moins. La France est un grand pays et c’est une des principales économies du monde. La France a un rôle à jouer parce que c’est un pays qui compte dans le monde, sa voix est entendue et importante au sein de l’Europe, première puissance commerciale mondiale. La France est, enfin, membre du Conseil de sécurité. Elle ne peut se désintéresser de l’Afghanistan.

Déjeuners avec les talibans

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Soins aux clandestins: une “anomalie” à 1.5 milliard d’euros

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Evacuation du parc André Citroën, Paris, 4 septembre 2021 © JEANNE ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01036555_000009

Une tribune libre de Nicolas Bay (RN), député français au parlement européen


L’OMS proclame un droit universel à la santé. Si le bien-fondé d’un tel principe ne peut être nié, il n’est écrit nulle part que ce droit universel devrait impérativement s’exercer en France. Et encore moins au détriment des Français. C’est pourtant le cas. Les présidents changent, le nombre de lits hospitaliers diminue, le coût des mutuelles complémentaires explose, mais n’importe quel clandestin se voit rapidement offrir un panel de soins comme il n’en existe dans aucun autre pays dans le monde. Entrez, c’est français, c’est gratuit !

L’AME, un gouffre financier pour les Français

Un rapport récent de l’Assemblée nationale [1] témoigne d’une hausse vertigineuse en vingt ans du nombre d’immigrés en situation irrégulière bénéficiant de l’Aide Médicale d’État (AME) dite de « droit commun » : 180 000 en 2003, 334 000 en 2019, et déjà 369 000 sur les neuf premiers mois de l’année 2020. 

Nicolas Bay, du Rassemblement national © Michel Stoupak / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

À ce nombre, on doit ajouter en 2019 au titre des AME dites d’urgence ou humanitaire environ 15 000 personnes. Ce dernier chiffre est une estimation, aucun service de l’Etat ne se montre capable de fournir une statistique fiable. Pour autant, ce chiffre de 15 000 bénéficiaires d’une aide dite d’urgence (souvent concernant des femmes enceintes) indique bien que les centaines de milliers d’autres clandestins ne sont pas soignés dans le cadre d’une « urgence ».

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A tous ces montants, il convient encore d’ajouter de 30 000 à 52 000 clandestins (personne ne sait combien exactement !) bénéficiant d’autres dispositifs de santé, alors qu’ils devraient réglementairement être rattachés à l’AME [2]. Au total, c’est sans doute un demi-million de clandestins qui profitent d’un ensemble de onze (!) dispositifs d’accès aux soins gratuits.

Le coût pour 2019 de ce droit à la santé est estimé par les rapporteurs à 1,5 milliard d’euros. Encore précisent-ils que ce montant est certainement sous-évalué. Il faut donc le considérer comme un minimum. D’ailleurs, l’administration est incapable de chiffrer le coût de cinq des dispositifs. Quelques millions ? Des dizaines de millions ? Plus de cent millions ?

Ce 1,5 milliard certifié qui permet de payer des dialyses [3] à des clandestins provenant parfois de pays dits « sûrs » par l’OFPRA comme l’Albanie ou le Sénégal, représente plus que le coût global annuel des quatre hôpitaux de Marseille et de leurs 14 000 employés [4]. Il est équivalent à 4,8% du fameux « trou de la sécu » dans sa branche maladie pour 2020. C’est encore la dépense annuelle moyenne d’une couverture de mutuelle santé pour près de deux millions de Français !

L’hôpital du monde

Cette prodigalité française, qui allie dépenses colossales et contrôles incertains voire dans certains cas une absence totale de contrôles, est, redisons-le, une exception en Europe. Une « anomalie », selon le rapport ; un scandale pour tout esprit libre et sensé. Nulle part ailleurs il est offert à des clandestins un « panier de soins » équivalent. C’est en France qu’un Pakistanais peut se faire recoller les oreilles aux frais des citoyens, pas en Italie. C’est à Paris qu’un Albanais peut se faire poser un anneau gastrique, pas à Berlin. Le « sans dents » français décrit par François Hollande n’y aura pas droit. Aucune officine, aucune filière, pour le prendre en main. 

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Mais il y a plus grave. C’est aussi chez nous qu’un clandestin peut passer devant un autochtone pour bénéficier d’une greffe. Impossible ? C’est au contraire habituel, selon le rapport de l’Assemblée. On peut lire à la page 58 : « les étrangers qui viennent pour être greffés (du Maghreb ou des pays de l’Est) peuvent peser sur le dispositif français et retarder les greffes pour les résidents ». 

Sachant que ces greffes sont souvent une question de vie ou de mort, existe-t-il un seul autre pays au monde qui, par aveuglement ou lâcheté politique, condamne à mort, du fait d’un « retard » un des siens pour soigner un étranger ? 

Plus sages que nous, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et même la Suède, ne prennent en charge « que » les soins urgents, les femmes enceintes, les mineurs et la prévention des infections. Et c’est déjà beaucoup.

Rien ne contraint la France a être l’hôpital du monde. Ni Bruxelles ni l’OMS ne l’exigent. C’est donc à cette prétention d’être plus « universelle » que les autres, infection idéologique de gauche, que notre pays doit cette situation. 

Faute de réaction rapide, la situation va s’aggraver. La réforme proposée par le rapport va dans le bon sens (suppression de la protection pour les clandestins venant de pays dits « sûrs », restriction sur les délais etc…) mais reste très insuffisante au regard des enjeux à venir. C’est encore l’Assemblée qui nous prévient : « plusieurs éléments suggèrent qu’à court et moyen terme, les dépenses de soins en faveur des étrangers en situation irrégulière devraient sensiblement s’accroître » [5]. Le nombre de « soignés » croît mécaniquement avec la hausse du nombre de clandestins. Selon l’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales : « l’hypothèse d’une migration pour soins, […] n’est clairement pas un phénomène marginal (plus d’un quart des étrangers en situation irrégulière citeraient les soins parmi les raisons de leur migration)» [6] !

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Les Français ignorent tout ou presque de ce sujet. Aucun n’a lu le rapport de l’Assemblée. Aucune émission spéciale sur ce sujet n’a été diffusée dans aucun grand média. Et pour cause, la vérité, c’est-à-dire le récit de la réalité, vaudrait révolte. Il faut donc la taire. Exagération ? Non. Par deux fois, en 2019 et encore le 2 novembre 2020, Olivier Véran s’est opposé à un amendement parlementaire demandant un rapport sur le coût des soins des clandestins [7].

Dans ces conditions, qu’espérer encore de ce pouvoir ? Rien, évidemment. Que faire ? Lui dresser l’an prochain une ordonnance et une sévère.


[1] Rapport du 26 mai 2021 sur le budget, annexe 38 sur la santé.

[2] Ibid, pages 32, 38 et 40.

[3] 80 000 euros par patient.

[4] Ibid, page 48.

[5] Ibid, page 52.

[6] Ibid, page 59.

[7] Ibid, pages 25 et 26.

Tag au Portugal: la vandale française risque la prison

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Photo: D.R.

Érigé en 1960 à Lisbonne dans le quartier de Belém au bord du Tage, le Monument des découvertes a été la cible mi-aôut d’un tag empreint d’idéologie déconoloniale. Les conservateurs du pays ont dénoncé un véritable terrorisme culturel. La coupable est une Française.


Érigé à Lisbonne en 1960, le Monument des découvertes est une flamboyante sculpture installée au bord de l’océan Atlantique. Juchés sur une immense caravelle en béton, une trentaine de navigateurs et missionnaires de l’ancien empire y ont les yeux rivés vers l’Amérique. S’y côtoient le précurseur Bartolemeu Dias, Vasco de Gama, Henri le Navigateur ou Pedro Álvares Cabral, l’homme qui découvrit le Brésil en 1500. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 août, Leila Lakel, une Française étudiante aux Beaux-Arts à Paris, était en villégiature à Lisbonne.

Vandalisme dominical

Loin de succomber au charme des conquérants, la jeune femme a tenu à représenter la France à l’étranger à sa façon. « Blindly sailing for monney [sic], humanity is drowing in a scarllet [sic], sea lia [sic] », a-t-elle tagué sous la sculpture. Un anglais pour le moins approximatif que l’on peut traduire par : « Naviguant aveuglément pour de l’argent, l’humanité se noie dans une mer écarlate. » La poétesse a ensuite partagé son œuvre sur Instagram. Peu rompue à ce type d’inconduite, la société portugaise ne prend pas ce vandalisme à la légère. Dans une tribune publiée par le journal Observador, le président de la Société historique de l’indépendance du Portugal a ironisé sur une « Parisienne menant une vie de bourgeoise le vendredi » et se livrant au vandalisme le dimanche. Il semble qu’au Portugal, la déprédation décoloniale soit vue comme un caprice de privilégiés.

Vue de Lisbonne. Image: Unsplash.

Des Lisboètes y voient d’ailleurs une « insulte à leur culture ».

Quand la chaîne Fala Portugal, consacrant sa une à l’incident, a précisé que l’étudiante risquait jusqu’à cinq ans de prison, celle-ci s’est hâtée de rentrer à la maison. Pour sa prochaine destination, on pourrait suggérer à la jeune femme d’aller à Istanbul repeindre la statue de l’amiral Barberousse, pirate en Méditerranée et colonisateur en Afrique du Nord.