Le philosophe Bernard-Henri Lévy publie Ce virus qui rend fou, un essai qui critique notre attitude face au coronavirus


Bernard-Henri Lévy est-il en train de mal tourner ? Samedi dernier, pour démontrer qu’il se rit du coronavirus et de nos excès précautionneux, on l’a vu ostensiblement serrer les mains chez Laurent Ruquier. Un coup d’éclat télévisuel digne du plus vil populiste ? On ne pense pas que le philosophe ait rejoint le camp des réacs, mais ces derniers, tout étonnés d’avoir raison avec BHL, ont pu trouver des arguments réjouissants sous sa plume dans Ce virus qui rend fou (Grasset). 

Sur moins de cent pages, le penseur peste contre la période que nous venons de vivre, et s’en prend au confinement.

Un coup d’édition réjouissant

Il dégaine ainsi le premier. La plupart de ses petits camarades n’ont pas terminé de revoir leur copies, copies où l’on imagine que le monde d’après sera esquissé sans grande humilité.

La genèse du Virus qui rend fou est un coup de colère. Le confinement vient d’être décidé en France et Paris Match publie un reportage de l’écrivain, rentré du Bangladesh quelques jours plus tôt. Les critiques fusent alors sur le voyageur, accusé de donner le mauvais exemple avec ses tours du monde et de manquer de décence. Vexé, il écrit : « En quelques heures je compris ceci. Cette solidarité crépitante dont on était en train de nous bassiner, cette insurrection de fraternité sur fond de robinsonade et de “no conso”, ce côté “moins de biens plus de liens, il faut parler aux arbres, laisser entrer la lumière, s’écouter les uns les autres” était une duperie »

C’est ensuite un festival de reproches plutôt bien vus envers ceux qui ont pris une joie mauvaise à le voir empêché de reprendre un vol. Et tous les autres ravis du confinement. Internationaliste contraint de rester chez lui, il nous fait alors bien rire. De nous, en croquant nos petites lâchetés et notre pleutrerie. ET un peu de lui, comme toujours quand il abuse de la pose résistante.

Un virus, cela ne parle pas

Avec nos controverses médicales, BHL estime que nous avons invité la foire à la table du roi. Il fustige l’opinion qui a voulu voir la médecine au poste de commande. 

Il raille aussi l’indécence des militants écolos, qui ont pu accomplir un tour de force en nous contraignant à adopter leurs thèses. Ces gauchistes déclinistes sont parvenus à nous refourguer leur “vieille camelote accusatrice qui, cette fois, ne se refusera pas”. BHL remet les pendules à l’heure : le catéchisme virologique de tout ce petit monde n’est qu’une “niaiserie”. L’idée que Gaia nous a adressé un dernier avertissement avant la fin du monde est très partagée. Or, selon BHL, la pandémie est “un fléau qui n’a rien à voir avec la mondialisation libérale, l’épuisement des énergies fossiles et les concentrations atmosphériques de CO2”. De plus, un virus n’a rien à nous dire… Un virus, cela ne parle pas, n’en déplaise aux collapsologues qu’il vilipende.

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Si les bons esprits s’inquiéteront du virage climato-sceptique (!) du penseur, lui s’inquiète plus sérieusement du tournant anthropologique observé sur la période. L’attitude de nombre de ses concitoyens l’a effrayé. Nous partageons ses inquiétudes.

Il faut résister au repli sur soi

Au delà des emmerdeurs de la distanciation sociale ou des pascaliens du dimanche, le consentement général à toutes les conditions imposées au nom de la lutte contre l’épidémie, y compris les plus absurdes, a en effet de quoi faire peur. 

S’appuyant sur son érudition philosophique, Lévy voit pointer un hygiénisme, qui pourrait à tout moment basculer vers l’eugénisme. Il redoute que l’exception ne devienne la nouvelle normalité, dans une époque où le repli sur soi et la méfiance de tous contre tous sont déjà bien installés. Qu’on se rassure cependant, BHL n’est pas devenu réac. La preuve : il réserve surtout ses flèches au peuple apeuré et aux extrêmes (notamment en Amérique), oubliant notre très libéral président ainsi que les fous du règlement qui l’entourent et qui gouvernent la France.

Ce virus qui rend fou, Grasset

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