À la recherche d’une côte pluvieuse pour poser nos lourds bagages
Nous sommes saouls d’une actualité déprimante. Et nous titubons dans la ville. Une campagne atone se met en marche. Avec l’inertie des machins qui ne servent à rien. Avec le bruit suffocant des promesses non tenues. Avec aussi, la distance qui sied aux vieux peuples fatigués par toutes ces espagnolades. Nous avons connu tant de révolutions et de circonvolutions que nous sommes immunisés contre les mots. Les éoliennes menacent mon Berry des châteaux forts. Et des candidats nombreux et peu inspirés, squatteurs revenant tous les cinq ans comme des démarcheurs trop collants, habiteront mon poste de télévision jusqu’au printemps. Le doute n’atteint pas ces gens-là. Comme si leurs échecs successifs les galvanisaient. Comme s’ils avaient peur du silence de l’anonymat. Comme ces enfants qui font semblant de jouer au gendarme et au voleur, à la récré.
Notre charité nous perdra
Alors, bons princes, nous leur offrons l’hospitalité à échéance régulière, plus par dépit que par adhésion. Notre charité nous perdra de leur ouvrir les portes de nos intérieurs. Leur indécence à nous déranger a presque quelque chose de touchant et de désarmant. Ils insistent, malades d’eux-mêmes et du système qui a horreur du vide, jamais mal à l’aise d’abuser de notre bonté. Dans ce partage des rôles, ils feignent de nous gouverner et nous, de croire en leur pouvoir magique. Nous les observons entre frissons et sourire, entre agacement et abandons. Ils parleront longtemps durant des semaines, nous les écouterons distraitement, par politesse, parce qu’être Français, c’est se soumettre par désintérêt de la chose publique. Laissons l’espoir fugace aux Nations nouvelles qui veulent réenchanter l’existence et reconstruire sur les décombres. Nous sommes las de ce cirque ambulant. La France n’est pas une jouvencelle. Jean-Paul est mort, il y a sept jours maintenant. La chambre de Blondin au Grand Hôtel de Mayenne est vide. Où sont passés ses cahiers grands carreaux à l’écriture appliquée ? Comment autant d’amertume pouvait suinter d’une calligraphie enfantine ? La Pichonnière ne verra plus la casquette de Gabin, à la traite du matin. Noël Roquevert a fermé sa boutique de farces et attrapes.
Fillettes recluses
Les fillettes recluses dans les pensionnats ne portent plus de laines du Queensland, leur sommeil est moins doux. Seule l’Arménie de Verneuil saigne encore. Cette année, les pétards du feu d’artifice sont mouillés. La fête de la rentrée est terminée. Le décor de notre enfance tombe, les dialogues sonnent creux, la mise en scène a des ratés et les caractères semblent déjà épuisés avant de démarrer cette cueillette quinquennale. Désengagés, nous aspirons à la tranquillité et au respect, à nous retrouver dans les entrailles de notre pays, à toréer avec notre passé sur le littoral de la Manche, à pleurer en cachette comme le font les pères fraîchement divorcés.
Ce coin existe, je l’ai vu au cinéma. Tigreville ou Villerville peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse de cette station balnéaire à la mélancolie pluvieuse située en Normandie, dans le département du Calvados, sur la Côte de Grâce. Là-haut, à l’hiver 1961-1962, durant le tournage d’Un singe en hiver, notre identité polissonne et cafardeuse, fantasque et désespérée a trouvé refuge. Nous nous sommes vus dans le miroir, ni glorieux, ni pathétiques, à la bonne taille, avec ce fond de sentimentalisme mal guéri et nos tocades pour les bistrots à l’air tarte. Regarde public ingrat ! Les carabineros ont l’accent de Rodez. Les hommes boivent du Picon-Bière, enfilent des canadiennes à col moumoute et se souviennent de leurs vingt ans. Les vannes fusent sur le parquet dans un flamenco désespéré. La guerre et les amours déçues hantent les soirées. Les héros dorment en pyjamas et sucent des bonbons. L’amitié, la dernière et la plus belle conquête des hommes libres, se fraye un chemin dans les vapeurs d’alcool. Sous les édredons et les soupières d’un hôtel de famille, dans la chaleur des nuits de Chine, l’homme misérable, jeune ou vieux, seul et désarticulé, se réchauffe, un instant.
Nous sommes tous des Gabriel Fouquet et des Albert Quentin, surnuméraires du quotidien, inadaptés des temps présents. Publicitaire en déshérence ou hôtelier fusiller-marin, nous avons été positivement charmés de vous rencontrer.
Jean Paulhan relevait qu’il y a une forme de dandysme suisse, composé d’humour, d’une certaine façon de n’être pas là et d’un goût de l’absurde dans la conversation. À l’opposé du Français, le Suisse s’en voudrait d’avoir raison. Vouloir imposer son opinion relève d’une forme d’inélégance. Aussi préfère-t-il la taire, à supposer qu’il en ait une, ce qui est rarement le cas.
André Gide s’extasiait devant la propreté helvétique : il n’osait même pas jeter sa cigarette dans le lac Léman et s’étonnait de l’absence de graffitis dans les urinoirs. Il ajoutait : la Suisse s’en enorgueillit, mais je crois que c’est de cela qu’elle manque précisément : de fumier.
Sans doute est-ce un endroit idéal pour mourir, surtout quand on doit fuir à la fois son ex-femme et le fisc. Les acteurs américains y ont trouvé un refuge. Certes, l’ennui vous guette à chaque coin de rue – la police aussi. Mais on s’en accommode d’autant plus facilement que passé un certain âge les distractions sont rares.
Hitler exécrait la Suisse : il trouvait qu’on y mangeait mal. Est-ce pour cela qu’il s’est bien gardé de l’envahir ? Il ne voyait aucune raison d’aller en Suisse alors que les Alpes autrichiennes offraient un spectacle bien plus grandiose. Guillaume Tell avait libéré la Suisse de la domination habsbourgeoise. On n’allait pas remettre ça quand même.
Musée du capitalisme
Nikita Krouchtchev, qui ne manquait pas d’humour, affirmait que lorsque le monde entier se serait converti au communisme, il souhaitait faire de la Suisse un musée du capitalisme dans ce qu’il avait de meilleur. Il est toujours risqué de faire des prophéties : les Suisses en font d’autant moins qu’ils vivent dans la certitude que, quoi qu’il arrive, ce sont eux qui tireront les marrons du feu. Leur neutralité bienveillante leur a donné raison jusqu’à présent. Il leur arrive même d’accumuler les médailles en or aux Jeux Olympiques et d’en distribuer avec générosité aux défavorisés, surtout si elles sont en chocolat. On s’achète une bonne conscience comme on peut.
Quand il s’agit de chercher les responsables de la prolongation de la crise sanitaire, on désigne à la vindicte générale les citoyens qui refusent de se faire vacciner ou hésitent. Et quand on dresse le portrait-robot de ces individus, on imagine quelqu’un d’ignorant, d’inculte, de moins diplômé, supporteur de quelque mouvement ou leader populiste. Aux États-Unis, ce serait un électeur typique de Donald Trump, un de ces « déplorables », selon le mot de la malheureuse candidate à la présidence, Hilary Clinton.
La réalité est plus contrastée. Une étude menée par des chercheurs des universités de Pittsburgh et Carnegie Mellon a mesuré l’hésitation vaccinale à partir d’un échantillon de 5 millions de personnes classées selon plusieurs données démographiques. Certes, la corrélation entre l’hésitation à se faire vacciner et le vote Trump se confirme. Cependant, quand on s’intéresse au niveau d’étude des hésitants, les réponses forment une courbe de Gauss (en U inversé), ces derniers se recrutant autant parmi les moins diplômés (diplôme secondaire ou moins) que parmi les plus diplômés (titulaires d’un doctorat). C’est même ce dernier groupe qui apparaît comme le plus hésitant et le moins susceptible de se laisser convaincre. En effet, au cours des premiers mois de 2021, le groupe des moins diplômés s’est révélé le plus perméable à l’intense campagne vaccinale, et celui qui a le plus changé d’avis, tandis que les titulaires d’un doctorat forment celui qui a le moins varié. Au centre de la courbe, parmi les plus favorables à la vaccination, on trouve les titulaires d’un bac +5, soit cette population urbaine, instruite, progressiste, facilement donneuse de leçons et apparemment la plus domestiquée.
Quant à convaincre la frange récalcitrante des « PhD », bonne chance aux stratèges sanitaires. Allez donc faire changer d’avis des gens qui se sentent plus intelligents que le reste de l’univers…
« Cachez ce sein que je ne saurais voir », dit Tartuffe. Eh bien, de bonnes consciences de gauche (ou prétendues telles, parce que Christophe Castaner, ex-ministre de Macron, hein…) s’indignent sur les réseaux sociaux de la couverture du dernier Causeur. Ciel ! L’enfance manipulée ! Le « grand remplacement » invoqué ! À quand l’appel génocidaire ? Faut-il pendre préventivement Elisabeth Lévy ? Ou la brûler, peut-être…
Alors que @Causeur revendique un racisme décomplexé (visant des enfants…) dans une Une qui ne mérite pas d'être montrée.
Je suis fier de défendre une France où tous les enfants naissent avec les mêmes droits et où discriminer restera, toujours, un délit.
L’inconvénient, c’est que ce n’est pas Renaud Camus, mais les cartes d’un organisme tout à fait officiel, France Stratégie, qui le démontre : le différentiel de reproduction entre femmes françaises et immigrées est tel que des zones entières du territoire sont aujourd’hui majoritairement peuplées d’étrangers. Des étrangers dont une politique habile a refusé l’assimilation — selon une idée empruntée à Sartre, parce que séparer un immigré de sa culture, c’est encore exercer une pression colonialiste, bla-bla-bla.
Comme l’a très bien dit Elisabeth sur TPMP, le problème n’est pas que la France soit multi-ethnique, elle l’a toujours été, mais qu’elle soit multi-culturelle. Pendant 2000 ans l’héritage romano-chrétien a structuré l’Europe. C’est en considération de cet héritage qu’avaient gouverné les rois, que la République s’était construite — les Droits de l’homme sont la laïcisation des Dix commandements —, que Napoléon avait établi le Concordat ou qu’avait été promulguée la loi de 1905. Les enfants que faisaient alors les Françaises étaient chrétiens, et majoritairement catholiques. Il n’était pas question de je ne sais quel dieu incréé ni d’un prophète illettré, nés dans des solitudes sableuses. Les étrangers qui optaient pour la France le faisaient en toute conscience, et les Juifs mangeaient du cochon dans les banquets républicains — lire absolument la République et le cochon, de Pierre Birnbaum.
Nous avons cessé d’assimiler les étrangers à partir des années Giscard, quand a été décidé le rapprochement familial — et, coïncidence troublante et pas du tout fortuite (c’est l’axe central de mon prochain livre), quand le « collège unique », générateur d’une effroyable baisse de niveau, a été décrété par le ministre René Haby. À six mois d’intervalle.
De cette époque date le renoncement à l’intégration et à l’assimilation. Et le début d’une France éclatée façon puzzle en « communautés » rivales. En cultures ennemies.
Au passage, je m’étonne que les belles consciences qui tweetent leur colère dès qu’on décrypte la réalité — mais ce ne seraient pas des idéologues s’ils tenaient compte du réel —, ne s’indignent pas quand un journaliste parle de « communauté ». Nous sommes un peuple français, avec une langue et une culture — c’est inscrit dans la Constitution —, pas un rassemblement d’antagonismes. Nous avons une justice, pas une juxtaposition de droits, le libéralisme ici, la charia là. Nous ne pouvons être discriminés en fonction de notre origine ou de notre sexe, pas empalés quand nous sommes homosexuels, ni violées quand nous portons des mini-jupes. Ni pendus quand ce que nous disons déplaît à un ex-ministre de l’Intérieur.
Et ceux qui prétendent qu’il faut faire de la place à des cultures « autres » et cherchent des excuses aux tueurs d’enfants et de vieilles dames se prononcent, souvent sans le savoir, pour la lapidation des femmes, l’excision des gamines et la mise à mort des impies. De jolies coutumes que la culture française bannit.
À l’immigration le plus souvent non choisie vient s’ajouter l’immense cohorte des enfants d’immigrés, nés Français mais enracinés, à force de matraquage et d’aliénation (ça vous dit quelque chose, ce concept, ô mes frères de gauche ?) dans des superstitions importées. Comme disait Houari Boumédiène : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la Victoire. » Le dossier de Causeur, qui reprend et commente l’étude de France Stratégie, montre par exemple que par l’opération du Saint-Esprit et des allocations familiales réunies, les femmes d’origine étrangère, maghrébines, africaines ou turques, font plus d’enfants en moyenne une fois en France que dans leur pays d’origine. Nous fournissons le biberon pour nous faire battre.
Et le pire, c’est que grâce à des théories pédagogiques libertaires venues au secours du libéralisme mondialisé, nous refusons désormais d’enseigner la langue et la culture françaises à ces enfants dont nous pourrions parfaitement faire des Français parfaitement intégrés. Nous les laissons proliférer aux marges, nous satisfaisant du fait qu’ils achètent des smartphones, et autres produits de la civilisation mondialisée, et fournissent de la chair fraîche aux exploitants de misère humaine type Uber. Et, croit savoir la Fondation Jean Jaurès et les autres « think tank » de gauche, de futurs électeurs pour Anne Hidalgo. Dans leurs rêves ! Des enfants nés dans le ghetto, élevés dans le ghetto, n’ont rien en commun avec la boboïtude parisienne. Et leurs idoles, ce sont parfois moins Dominique Strauss-Kahn ou même Jean-Luc Mélenchon que Mohamed Merah. Faute d’éducation. Faute de transmission des valeurs républicaines.
Je me fiche pas mal que les Françaises « de souche », qu’elles s’appellent Lévy ou Brighelli, noms gaulois caractéristiques, fassent ou non des enfants. Et je me soucierais assez peu que Lina ou Inaya en fassent davantage si nous prenions la peine de les former, de les instruire, de les intégrer. Ceux qui aujourd’hui crient au racisme parce que Causeur dit la vérité sont les mêmes qui depuis trois décennies ont laissé l’Ecole dégénérer, entre les mains des Jospin et Vallaud-Belkacem. Pour un peu je dirais que c’est eux qu’il faudrait pendre — mais je ne le dirai pas, ils seraient capables de croire que je les menace, eux qui menacent sans cesse tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
S’il visait à la construction de sous-marins, utiles appareils de plongée aquatique, ses concepteurs les plus optimistes ne l’imaginaient pas descendre si loin au fond des mers… Le contrat du siècle est tombé à l’eau ! L’Australie a brutalement rompu son accord avec l’entreprise française Naval Group. Signé il y a cinq ans, il garantissait à l’Australie la livraison de douze sous-marins de classe Attack et pour l’Arsenal de Cherbourg plusieurs décennies de travail, le tout pour un tarif enviable de 56 milliards d’euros. Localement, le maire socialiste Benoît Arrivé parle de « coup de poignard » alors que 500 emplois sont occupés par une activité liée au contrat. Ce dernier avait dopé l’économie de Cherbourg et du Cotentin rendant aussi le territoire euphorique. Les Cherbourgeois se voyaient monter en gamme. Forte de son dynamisme et d’un taux de chômage famélique, la ville délaissait son passé portuaire et ouvrier pour accueillir des ingénieurs qualifiés et des cadres supérieurs. Les prix de l’immobilier grimpaient. En visionnaires, les élus locaux avaient lancé une grande campagne de promotion affichée gare Saint-Lazare et dans les couloirs des métros parisiens – laquelle plastronnait : « l’industrie recrute dans le Cotentin ». L’avenir dira si l’industrie locale recrute toujours autant et si – en cas de réponse négative – un contrat publicitaire avec la RATP devenu désuet et inutile se dénonce aussi facilement que l’achat d’engins militaires parrainé par deux puissances souveraines.
Persuasif et généreux, à l’aise dansson rôle de VRP militaire, Joe Biden semble aussi soucieux de bien gaver un complexe militaro-industriel soumis à la diète pendant quatre ans par la politique de retrait de Donald Trump
Hors contexte local, l’annonce comme sa brutalité ont surpris. L’accord semblait honnête. Équilibré en termes de retombées économiques, il devait permettre d’assurer la formation sur place des Australiens et garantissait même un transfert de technologie. Le « contrat du siècle » devait engager la réputation de Naval Group sur plusieurs décennies. Révélée le 15 septembre, cette rupture contractuelle annonce dans le même temps la signature d’un nouveau pacte liant les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, appelé « AUKUS ». Outre les juteux accords sur l’équipement militaire, les trois nations « s’engagent à renforcer [leur] partenariat globalpour travailler à la sécurité de nos peuples, pour la paix et la stabilité de l’indopacifique » [1].
Pékin ne dissimuleplus ses ambitions sur la mer de Chine:sa politique vise à un grignotage des eaux territoriales de ses voisins. Dans ce contexte, l’Australie cherche un protecteur. Depuis un an, une crise diplomatique oppose ainsi les Australiens à la Chine. L’Australie voulant bannir toute ingérence chinoise de sa politique intérieure, Pékin s’est attaqué en représailles à ses exportations (embargos ciblés). En octobre 2020, la Chine a ainsi fermé ses ports aux navires de minerais provenant d’Australie. S’il s’en défend officiellement, le texte introductif de l’AUKUS vise à contenir la puissance chinoise, alors que le poids de la France dans le Pacifique reste relativement marginal.
Birtania rules the waves
Le nouveau partenariat – et la rupture avec Naval Group – répond donc avant tout à des impératifs stratégiques. Mais il sait aussi être lyrique quand il brandit ses convergences de civilisation. Australie, Angleterre et États-Unis d’Amérique se présentent comme « trois démocraties maritimes unies par de vastes océans et continents ». Les théoriciens de la puissance auraient parlé plus franchement de Thalassocratie – modèle de puissance impériale pour les pays anglo-saxons depuis le XVIIIe. En Thalassocratie moderne, les États-Unis ont besoin d’un nouveau porte-avion pour contrer l’essor de leur nouveau rival chinois. L’Angleterre a docilement joué ce rôle pendant la première moitié du XXe siècle avant que l’Europe et la Turquie n’accueillent les missiles pointés sur l’URSS. L’Australie pourrait prendre le relais alors que la réalité des conflits géopolitiques se déplace vers le Pacifique.
Suivie d’une déclaration conjointe des présidents américains et des premiers ministres australiens et anglais, l’annonce consacrait en tout cas la solidarité du monde anglophone. Alors que Boris Johnson plastronnait, Scott Morrison n’a pas eu un seul mot pour ménager la France. L’Angleterre suit la stratégie maritime du « global Britain » depuis le Brexit. Elle équipe déjà les frégates australiennes et joue résolument la carte du Commonwealth.
Ces pays ont une histoire : même langue, même culture anglo-saxonne, même projection vers l’élément marin, même pragmatisme aussi. Dans la classe atlantique, l’Amérique favorisera désormais ses chouchous. Au prix du principe de non-prolifération, elle permettra à la Royal Australian Navy d’acquérir de sous-marins nucléaire s– lui apportant toute son aide logistique – alors que le contrat initial passé avec la France concernait des sous-marins à propulsion conventionnelle. Le saut technologique est assez remarquable : l’Australie ne dispose d’aucune filière nucléaire… Persuasif et généreux, à l’aise dansson rôle de VRP militaire, Joe Biden semble aussi soucieux de bien gaver un complexe militaro-industriel soumis à la diète pendant quatre ans par la politique de retrait de Donald Trump.
Les Français en coqs plumés
Et quid des Français ? Dindon de la farce, la France a été mise devant le fait accompli. Prévenue en dernier, l’annonce fait l’effet d’un coup de tonnerre. Elle fera peut-être bientôt l’effet d’un dévoilement : en particulier de ce que pèse notre parole dans le monde, c’est-à-dire pas grand-chose. L’affaire amorce ce que les médias appellent une « crise diplomatique » entre la France et les Etats-Unis.Jean-Yves le Drian aurait rappelé les deux ambassadeurs, l’Américain et l’Australien, pour « consultations ». La France a aussi annulé une soirée de gala prévue pour célébrer la victoire de Chesapeake Bay, le 5 septembre 1781, tournant de la guerre d’Indépendance qui vit l’intervention décisive de la flotte française commandée par l’Amiral de Grasse. Mais que valent ces remontadas diplomatiques alors que notre parole a été ouvertement négligée ?
En l’occurrence, la brutalité de l’annonce passerait presque pour de la défiance. Face aux Anglais et aux Américains la France a multiplié les mauvais signes : opposant récemment – sur décision présidentielle – son véto à l’achat de gardes côtes anglais pour sécuriser la mer de la Manche pour cause de Brexit, alors que la manœuvre a été très mal vécue sur l’ile. Le président Macron parle à tue-tête de « souveraineté européenne » – une nécessité sans doute, mais dont les objectifs affichés de briser le protectorat américain sur l’Europe peuvent légitimement froisser son détenteur. Le lyrisme français de notre président coûte déjà cher. La France continue d’afficher sa détermination à poursuivre une politique « indopacifique », inspirée par la doctrine américaine du containment dela rivalité géopolitique chinoise, alors que ce n’est en rien pour nous une priorité stratégique.
La défiance américaine pour la France comme la solidarité du monde anglo-saxon ne sont pas nouvelles. Le vieux monde anglo-saxon se retrouve et se positionne face au nouveau monde chinois qui essaie de devenir maître. Et entre les deux, gémissent la France et l’Europe. La nouvelle de cette rupture de contrat est presque un retour à la normale, alors que l’anomalie résidait plus dans ce partenariat privilégié entre la France et l’Australie qu’inspiraient des considérations industrielles et financières plus que stratégiques. Trompée par cette solidarité anglophone, l’entreprise Naval Group serait inspirée de changer son nom et de redevenir DCNS, ou au moins de revenir sur cette inversion très idiomatique du nom et de l’épithète. Et qu’ainsi vive – avec l’honneur français – le Groupe Navale !
Après un été plein de salles vides, comment le cinéma va-t-il rebondir ? Évitez soigneusement la « titanesque » et désolante Palme d’or de l’année. Le dernier Ozon, en revanche, est une bonne raison de retrouver sans tarder le chemin des salles obscures.
Que les films de François Ozon s’avèrent tour à tour réussis ou ratés n’a rien de très étonnant eu égard à la frénésie de tournage dudit cinéaste. On passe ainsi du jubilatoire Potiche au navrant Ricky en se frottant les yeux tout en se demandant si c’est bien le même homme qui en est l’auteur… Avec Tout s’est bien passé, on est incontestablement du bon côté d’Ozon.
En adaptant le récit d’Emmanuèle Bernheim sur la mort volontaire de son père, il prenait le risque d’un film au bord de la crise de larmes. Or, passées les insupportables dix premières minutes dans lesquelles Dussollier et Marceau cabotinent allègrement, le film prend la seule vitesse de croisière possible pour un tel sujet : un savant mélange de trivialité assumée et d’émotion maîtrisée.
Tout est donc sur le fil du rasoir mais, titre oblige en quelque sorte, tout se passe bien. Comme si le sujet même du film (réussir sa mort) contaminait au bon sens du terme le film lui-même (réussir sa sortie). Ozon tient la note jusqu’au bout, aidé par un casting d’où émergent plus particulièrement les impeccables Géraldine Pailhas et Charlotte Rampling qui rendent plus complexe encore ce rendez-vous avec la mort voulue.
« Tout s’est bien passé », de François Ozon, Sortie le 22 septembre
Seine-Saint-Denis, Paris intra-muros… mais aussi Rennes, Limoges ou Poitiers (!) : les cartes de 55 villes mises à disposition des citoyens par France Stratégie démontrent que la proportion des 0-18 ans nés de parents extra-européens explose dans de nombreuses aires urbaines. Un changement démographique historique.
Depuis de nombreuses années, la question des statistiques ethniques constitue un sujet brûlant au sein d’un débat explosif : celui sur le fait migratoire, son approche scientifique et ses répercussions dans la société française. En effet, la constitution de bases de données fondées sur la « race » ou « l’origine ethnique » auto-déclarée (telles qu’elles existent notamment aux États-Unis ou en Grande-Bretagne) demeure formellement interdite par la jurisprudence du Conseil constitutionnel, lequel y voit une atteinte aux principes d’égalité et de non-discrimination proclamés dans l’article 1er de la Constitution.
Il n’en va pas de même quant à l’origine nationale des individus. En se fondant sur les données du recensement, l’Insee entretient tout un appareil statistique relatif au nombre d’immigrés vivant en France, au nombre d’enfants nés de parents immigrés et aux pays d’origine de ceux-ci. C’est en partie sur cette base que France Stratégie, organisme de prospective rattaché au Premier ministre, a rendu publique en juillet 2020 une vaste étude consacrée à « la ségrégation résidentielle en France ».
Se concentrant sur les 55 « unités urbaines » françaises comptant plus de 100 000 habitants, les équipes de France Stratégie ont cherché à comprendre « l’inégale répartition dans l’espace urbain des différentes catégories de population » au regard de plusieurs critères : la tranche d’âge, la catégorie socioprofessionnelle, le statut d’occupation du logement… Mais aussi l’origine migratoire directe : les immigrés et leurs enfants. Le site public créé pour l’occasion permet de visualiser, pour chaque commune et chaque « zone IRIS » (quartier de 2 000 habitants environ), le pourcentage d’immigrés européens et extra-européens parmi les 25-54 ans, ainsi que la part d’enfants nés de parents immigrés parmi les 0-18 ans. Ces données sont accessibles pour différentes années entre 1968 et 2017.
Le constat : un bouleversement sans précédent
Si tel n’était certainement pas la volonté de France Stratégie, l’analyse que nous avons menée sur la base de ces données permet néanmoins de constater que les mutations démographiques générées par l’immigration sont spectaculaires dans l’ensemble des métropoles. En particulier, la part des mineurs nés directement de parents immigrés non européens a augmenté de manière forte et rapide dans toutes les grandes et moyennes villes de France depuis 1990.
Si cette part atteint des records en Île-de-France (les enfants d’immigrés extra-européens représentent 37,4 % des 0-18 ans dans l’agglomération parisienne et jusqu’au double dans certaines communes de Seine-Saint-Denis) la hausse est aussi exponentielle dans des zones urbaines longtemps peu concernées. En moins de trente ans, on observe par exemple une multiplication par trois de la part des mineurs nés de parents extra-européens dans les principales villes de l’Ouest (entre 21 et 23 % à Rennes, Angers, Le Mans, Poitiers…), mais aussi dans des régions enclavées (comme à Limoges : 27,5 %).
Examinons ici quelques situations significatives – en nous focalisant sur ce même indicateur.
La Seine-Saint-Denis
1990 Source : Insee / France Stratégie
2017 Source : Insee / France Stratégie
Le criblage des données Insee/France Stratégie nous apprend que les enfants immigrés ou nés de parents immigrés extra-européens sont majoritaires parmi les 0-18 dans plus de la moitié des communes de Seine-Saint-Denis en 2017.
Ce basculement est particulièrement marqué dans certaines communes :
La Courneuve : 75 % des 0-18 ans sont nés de parents immigrés extra-européens (moins d’un quart des mineurs résidant sur la commune est donc d’origine française ou européenne)
Villetaneuse : 73 %
Clichy-sous-Bois : 72 %
Aubervilliers : 70 %.
Pierrefitte-sur-Seine : 69 %
L’analyse par zone IRIS démontre que les pourcentages sont encore plus élevés dans certains quartiers de ces villes – jusqu’à 84 % dans plusieurs zones de Clichy-sous-Bois.
En 1990, si ces taux étaient déjà nettement plus élevés en Seine-Saint-Denis que la moyenne nationale, ils étaient néanmoins beaucoup plus faibles qu’aujourd’hui :
À La Courneuve, la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens a augmenté de 60 % entre 1990 et 2017.
À Pierrefitte-sur-Seine, la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens a augmenté de 102 % : elle a donc plus que doublé.
Orléans
1990 Source: Insee / France Stratégie
2017 Source: Insee / France Stratégie
La capitale de la région Centre-Val-de-Loire, située à une heure de train de Paris, connaît elle aussi une dynamique démographique largement perfusée par l’immigration. À tel point que les statistiques locales y sont désormais presque semblables à celles de l’Île-de-France.
En effet, les enfants de parents immigrés extra-européens représentent désormais un tiers (33,1 %) des 0-18 ans vivant dans l’unité urbaine d’Orléans – contre 37,4 % en moyenne pour Paris et sa petite couronne. En 1990, ils n’étaient que 15,1 % dans l’agglomération orléanaise ; leur part relative a donc augmenté de 119 % en moins de trente ans.
Si cette hausse est générale, certains quartiers sont cependant en pointe. Les jeunes d’origine non européenne y sont même nettement majoritaires :
L’Argonne : 69 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens
La Source : 66 %
Outre l’augmentation globale, l’aspect le plus remarquable de la situation orléanaise réside dans le basculement spectaculaire de communes périphériques qui étaient encore peu concernées par l’immigration extra-européenne voici vingt-sept ans. Citons parmi d’autres :
Saran : 30 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, contre 4 % en 1990 – soit une multiplication par huit
Fleury-les-Aubrais : 38 % contre 9 % en 1990 – soit une multiplication par quatre
Poitiers
1990 Source: Insee / France Stratégie
2017 Source: Insee / France Stratégie
À l’instar de tout le Grand Ouest, la région poitevine est longtemps demeurée à l’écart des différentes vagues d’immigration reçues par la France depuis le xixe siècle. Cela était resté le cas pour les flux extra-européens… jusqu’à ces dernières années.
La part des enfants de parents immigrés extra-européens parmi les mineurs vivant dans l’agglomération de Poitiers a été multipliée par trois entre 1990 et 2017 : ils représentent désormais 21,7 % des 0-18 ans, contre 7,6 % il y a moins de trente ans.
Si certaines communes périphériques sont encore peu touchées par cette mutation, celle-ci a été spectaculaire dans plusieurs quartiers de Poitiers – où les jeunes d’origine extra-européenne sont en passe de devenir majoritaires :
Le Breuil-Mingot : 45 % des 0-18 ans sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, soit quatre fois plus qu’en 1990 (12 %)
Les Couronneries : 45 %, soit trois fois plus qu’en 1990 (15 %)
Les Trois Cités / Les Sables : 40 %, soit quatre fois plus qu’en 1990 (10%)
Contrairement au Poitou, le Gard est concerné par l’immigration extra-européenne depuis les années 1970. Si le phénomène n’y est donc pas radicalement nouveau, il n’en demeure pas moins que son amplification a été particulièrement notable à Nîmes durant les trois dernières décennies.
En moyenne sur l’agglomération nîmoise de 2017, 31,4 % des 0-18 ans sont nés de parents immigrés extra-européens – contre 15,2 % en 1990. La part relative de ces mineurs a donc augmenté de 107 % sur cette période, et ils sont désormais nettement majoritaires dans plusieurs quartiers. Par exemple :
Chemin-bas d’Avignon : 63 % des 0-18 ans sont des enfants d’immigrés extra-européens
Pissevin : 59 %
Valdegour : 54 %
Une autre nouveauté consiste dans la diffusion rapide de cette démographie vers des quartiers nîmois dont la part de natalité non européenne était très en dessous de la moyenne locale il y a une trentaine d’années. Citons entre autres :
Beausoleil : 26 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, soit cinq fois plus qu’en 1990 (5 %)
Costières / Capouchiné : 29 %, soit cinq fois plus qu’en 1990 (6 %)
Puech-du-Teil : 32 %, soit quatre fois plus qu’en 1990 (7 %)
Les angles morts de cette étude
Il apparaît utile de préciser que les données Insee mobilisées par France Stratégie seraient sous-évaluées si l’on cherchait à les utiliser pour estimer la part complète de telle ou telle origine « ethnique » au sein d’une population – et ce pour deux raisons principales :
1) Ce calcul n’inclut pas la « troisième génération », celle des enfants nés de grands-parents immigrés extra-européens ;
2) Il n’intègre probablement que très partiellement la présence de mineurs immigrés clandestins (sachant que la population totale des immigrés illégaux dans la seule Seine-Saint-Denis est estimée entre 150 000 et 450 000 individus d’après un rapport parlementaire de 2018).
Les données ici présentées ne remplacent donc pas les « statistiques ethniques », objets récurrents de polémiques et d’obstacles juridiques, dont la démographe Michèle Tribalat considère pourtant qu’elles sont « indispensables à la connaissance ».
Par ailleurs, la double dynamique induite par la surnatalité des populations immigrées et l’accélération de l’immigration au cours des dernières années conduisent à penser que les données ici compilées en 2017 sont déjà significativement dépassées.
Enfin, l’approche englobante de la catégorie des « 0-18 ans » ne donne pas une idée aussi précise que possible des dynamiques en cours. Au vu de la tendance dessinée par ces cartes, on peut imaginer que la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens est plus forte chez les 0-5 ans ou les 0-10 ans que chez les 10-18 ans. Une telle segmentation statistique aurait permis de percevoir de façon plus précise l’accélération des transformations démographiques en cours, ainsi que leur impact à venir sur l’ensemble des catégories d’âge.
Conclusion
L’analyse à laquelle nous venons de nous livrer démontre que les effets cumulés de l’immigration et des différentiels de fécondité ont d’ores et déjà modifié significativement la population française dans les grandes et moyennes agglomérations – et qu’ils continuent de le faire.
Une fois posé ce diagnostic incontestable, il est permis à chacun de s’interroger sur les conséquences d’un tel basculement à court, moyen et long terme, étant entendu qu’il ne pourra cesser de s’amplifier « naturellement » sans la mise en œuvre d’une volonté politique contraire.
[1] Décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007, « Loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile » (site du Conseil constitutionnel).
[2] « Rapport d’information sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis », enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 31 mai 2018 (rapport Cornut-Gentille-Kokouendo)
[3] Entretien au Figaro, 26 février 2016
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie est une structure d’étude indépendante, animée par des bénévoles, relative aux évolutions migratoires et démographiques de la France. Face à la défiance démocratique grandissante sur ces sujets, l’OID souhaite contribuer à permettre un débat serein et éclairé en proposant des analyses inédites, solidement étayées et compréhensibles par chacun. https://observatoire-immigration.fr https://twitter.com/ObservatoireID
Dans Enfant de salaud, Sorj Chalandon revient sur le personnage ambigu de son père collabo et mythomane.
L’humanité entre dans une ère nouvelle et les écrivains tournent en rond. Après Christine Angot, qui reprend son histoire personnelle avec l’inceste comme fil noir, Sorj Chalandon revient sur celle de son père, un homme méprisable qui résume à lui seul la phrase d’Oscar Wilde : « Aucun homme n’est assez riche pour racheter son propre passé ». L’auteur, en effet, avait déjà ouvert le dossier familial avec Profession du père en 2015. Il racontait tout sur son géniteur mythomane, arrogant et violent. Tout ? Il faut croire que non puisque Chalandon lui consacre un nouveau livre Enfant de salaud.C’est une enquête à la fois policière et psychologique à laquelle le narrateur, double de l’auteur, convie le lecteur. Ce père a failli. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut « collabo » et alla jusqu’à porter l’uniforme allemand.
Cette confidence est faite par le grand-père du narrateur, qui ajoute : « Tu es un enfant de salaud. » C’est le point de départ de l’engrenage pour connaître la vérité. Engrenage, car rien n’est vraiment simple avec ce père coupable qui prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Quand le fils interroge le père, ce dernier sort une pièce du puzzle puis une autre, puis encore une autre. La reconstitution laisse des espaces vides. Quand le fils s’approche de la vérité, le père s’emporte. Il a non seulement été « collabo », confirme-t-il, mais il prétend qu’il a défendu Hitler face aux Russes, à Berlin en 1945, avec le dernier carré du bataillon Charlemagne.
On doit tout dire à l’être qu’on aime. C’est, au-delà des monstruosités nazies rappelées, la bouleversante leçon du livre
En réalité, ce n’est pas vrai puisque le père se trouvait en prison. Le puzzle a soudain trop de pièces. Le lecteur est un peu perdu au milieu de toutes ces contradictions. Une chose est sûre : le père ment. C’est un artiste de l’ambiguïté. On se prend même à le trouver intéressant. L’époque ne cessant de nous vendre de la soupe aux bons sentiments, sans sel ni poivre.
Rebondissement : on découvre qu’il a fait partie de la Résistance. Ayant eu accès au dossier judiciaire du père, le fils découvre la complexité du parcours de son géniteur. Il contient notamment une incroyable photo officielle. « Il y a quelques semaines, tu portais la croix gammée et maintenant, les couleurs nationales », écrit Chalandon. Cet homme est « un égaré », conclut-il. Sa trajectoire offre une épopée de la noirceur et fait de lui un personnage de roman crédible. Du reste, il le savait, ce père cabotin. Face au juge de la prison de Loos, où il fut incarcéré, le 21 juin 1945, pour « atteinte à la Sûreté extérieure de l’État et Collaboration », il répondit : « Excusez Monsieur le juge mon pauvre style, mais je suis un soldat et non un romancier. »
Interminables dialogues
L’histoire familiale rejoint l’Histoire avec un « H » majuscule. Chalandon, journaliste à Libération, a suivi le procès Klaus Barbie en 1987. Il nous décrit les grands moments de ce procès, rappelant les atrocités ordonnées par l’officier SS ainsi que les témoignages de ses victimes. Il évoque les provocations théâtrales de son avocat, Jacques Vergès, engagé dans la Résistance à 17 ans et demi. Grâce à son fils, le père finit par assister aux audiences. À la fin du procès, il lâche : « On dirait le festival de Cannes, non ? »
Lors de leurs interminables dialogues, où le narrateur boit beaucoup de bière, le père n’hésite pas à déstabiliser le fils. Il se moque des convictions du fiston : « C’est pas toujours facile d’être de gauche, bonhomme. » Dans les temps troublés, rien n’est tout blanc ou tout noir. Il y a une zone grise où chacun tente d’agir avec plus ou moins de courage, de dignité. L’important étant de ne pas être « un pêcheur à la ligne ». Après Sartre, Chalandon souligne la difficulté du choix, et les angoisses qui en découlent. Mais l’enjeu de ce livre est ailleurs. Chalandon : « Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. » Il ajoute, phrase uppercut : « Le salaud, c’est le père qui m’a trahi. » L’essence même de la douleur du fils est ici exprimée. L’amour ne supporte pas le mensonge.
On doit tout dire à l’être qu’on aime. C’est, au-delà des monstruosités nazies rappelées dans ce livre, la bouleversante leçon du livre. On ne pardonne pas à un faussaire. Surtout si on l’a cru.
La semaine de Causeur revient sur les quatre articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée. Notre Directeur adjoint de la rédaction Jeremy Stubbs commente et analyse.
Quels sont les articles qui ont le plus suscité l’intérêt des lecteurs de Causeur.fr cette semaine ?
Qu’avez-vous fait pendant les vacances ? Vous avez joué au badminton dans un camping ? Ringard ! Fait du jet surfing ou du vol en flyboard en Méditerranée ? Ringard ! Parcouru la Galerie des Offices à Florence ? Ringard ! Traversé les paysages montagnards sublimes du Queyras ? Ringard !
Les Portugais n’avaient rien demandé…
La dernière mode, c’est le tourisme décolonial. Vous vous rendez dans un pays étranger où vous êtes accueilli en visiteur. Vous repérez quelque monument national qui représente une histoire dont vous ignorez tout et des luttes héroïques qui vous dépassent. Et vous dégradez ledit monument. C’est aussi simple que cela ! C’est ce qu’a fait une étudiante des beaux-arts française en vacances à Lisbonne en y taguant le monument consacré aux grands navigateurs portugais – et dans un anglais agrammatical. Alexis Brunet nous raconte cette histoire.
Menacée de prison, la touriste s’est hâtée de rentrer à la maison. Car un voyage décolonial est forcément un aller-retour.
Si l’expression « grand remplacement » vous donne de l’urticaire, parlez de « basculement démographique »
La vérité vous intéresse-t-elle ? Soit par curiosité, soit parce que votre destin en dépend ? Eh bien, une grande transformation de la population est en cours dans les grandes et moyennes villes de France. Les chiffres et les cartes officiels de France Stratégie, analysés par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, mis en avant dans le dernier numéro du magazine Causeur, le démontrent.
Comme le dit Elisabeth Lévy, vous pouvez appeler ça comme vous voulez, on peut parler de « grand remplacement » ou de « grand basculement », peu importe. Ce qui compte c’est d’avoir un débat public sur ce sujet. Mais le clergé médiatique, ainsi que les rangs serrés des politicards, des béni-oui-oui de la diversité et des culs non moins bénis de l’inclusivité nient l’existence même du phénomène. La vérité vous intéresse-t-elle ? Il faut lire Causeur.
"On montre qu'il y a un changement de peuple" @ELevyCauseur, directrice de la rédaction du magazine Causeur, revient sur la une qui fait polémique ! #TPMPpic.twitter.com/0akCq3N68Z
Avez-vous lu le dernier livre de Michel Onfray ? Dider Desrimais l’a déjà lu pour nous. Autodafés raconte tous les cas historiques récents – du maoïsme à la doxa psychanalytique ou la controverse sur le choc des civilisations – où l’intelligentsia de gauche s’est mobilisée pour discréditer les livres démasquant les idéologies totalitaires ou les dogmes établis. Parmi tant d’exemples de myopie idéologique, retenons celui du voyage en Chine de Roland Barthes en 1974. Le sémioticien célèbre remarque qu’en Chine « le champ sémantique est désorganisé » et que « les signifiants sont rares. » Mais il ne fait jamais le lien entre ce vide et l’extermination massive des intellectuels et des artistes par le régime communiste.
C’était déjà le tourisme décolonial en quelque sorte, le voyage au cours de laquelle le nombrilisme du touriste cache la réalité qui l’entoure.
Zemmour, le bouquin évènement de la rentrée, que Laurent Ruquier n’apprécie pas
En parlant de lectures, avez-vous lu le dernier livre d’Éric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot ? Le problème, c’est que les mafiosi du multiculturalisme voudraient qu’Éric Zemmour ait dit son dernier mot.
Pour lui imposer le silence, les petits malins, ils l’invitent à parler. C’est ce qui s’est passé samedi dernier lors de son passage dans On est en direct avec Laurent Ruquier et Léa Salamé. Radu Portocola a regardé l’émission pour nous. Incapable de mettre Eric Zemmour en difficulté au sujet de ses idées et propositions, Laurent Ruquier a procédé à un règlement de comptes personnels. Au plus fort de l’échange, les deux hommes ont comparé leurs audiences respectives, comme ils auraient pu comparer d’autres signes de virilité. Pauvre Ruquier ! tandis que son ex-chroniqueur a gonflé remarquablement le nombre des fidèles de CNews, son propre score est aujourd’hui en état de détumescence relative. Le livre de Zemmour est en voie de devenir un bestseller – encore un ! – et personne ne se demande si Ruquier sera candidat aux présidentielles.
Comme c’est si souvent le cas, l’autodafé se transforme en autodérision… involontaire.
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple
Depuis le 8 septembre se tient le procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015. Un événement douloureux pour les familles de victimes dont la douleur est cruellement ravivée. Si certains n’attendent rien de particulier de cet événement médiatique, d’autres au contraire souhaitent obtenir justice pour leurs disparus. D’autres encore déclarent qu’ils ne souhaitent pas de récupération politique autour de ce procès. Pourtant, et malgré tout le respect que nous devons à ces victimes, il n’est pas question d’éviter ce sujet. En effet, l’enjeu de cet événement va bien au-delà d’un simple procès. Il met en lumière la lutte qui s’est amorcée entre deux civilisations incompatibles. Une lutte dont beaucoup de Français semblent ne pas avoir conscience, sans doute par méconnaissance de nos adversaires.
Nous ne pourrons pas combattre l’Islam conquérant tant que nous ne comprendrons pas l’état d’esprit de ceux qui ont frappé le Bataclan, l’Hyper Cacher, mais aussi Nice, le marché de Strasbourg et qui ont assassiné le Père Hamel, Arnaud Beltrame et tant d’autres. À cet égard, le silence de Salah Abdeslam depuis son incarcération nous en apprend davantage que les propos qui peuvent émerger de différents interrogatoires de terroristes : Salah Abdeslam se tait. Il ne dialogue qu’avec ses codétenus qu’il influence. Il se tait, car le dialogue ne l’intéresse pas ; notre point de vue n’a pas la moindre valeur pour lui. Il n’attend pas davantage de notre part que nous le comprenions. Il se tait jusqu’à son procès, occasion pour lui de déclarer : « je tiens à témoigner qu’il n’y a point de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager » [1]; ce qui constitue, mot pour mot, la profession de foi à l’Islam. Beaucoup semblent étonnés par cette sortie, mais l’explication de son attitude est pourtant limpide : Abdeslam appartient à une autre civilisation au sein de laquelle existe un état d’esprit particulier, façonné par le Coran. Le terroriste n’est pas disposé à la repentance parce que ce qu’il défend se trouve dans une dimension religieuse qui transcende de loin la laïcité, la liberté, l’égalité et la fraternité, valeurs apparemment indépassables de nos sociétés modernes. Pour les musulmans, il s’agit de défendre un véritable droit soufflé par Dieu à son prophète et qui structure toutes les sociétés appartenant à l’Oumma, la communauté des croyants. De là découle le modèle immuable d’une religion qui interdit depuis le Xe siècle et la réforme du calife al-Mutawakil, toute actualisation ou interprétation du Coran. C’est le fond du problème. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais développé ce sujet dans mon ouvrage L’Islam à la Conquête de l’Occident en 2018. Tout dialogue est impossible tant que les adeptes du Coran se refusent à l’autocritique.
Nous devons comprendre que ces hommes n’ont pas peur de notre justice, qu’ils n’ont pas honte de ce qu’ils ont fait, qu’ils appliquent les conseils du prophète : « Je ne veux rien ni de vous ni du juge. Il n’y a que la justice d’Allah qui compte ! » déclarait Abdeslam en décembre 2020 [2]. Au contraire, ils se réjouissent de pouvoir confirmer leur allégeance à Daech, d’avoir une tribune pour montrer leur bravoure face aux mécréants. Si de notre point de vue, ce sont des criminels, du point de vue de nombreux musulmans, ce sont des héros qui sont allés jusqu’au bout de leurs convictions. Le procès peut avoir du sens pour les victimes, il n’en aura jamais aucun du point de vue des bourreaux.
L’enjeu dépasse l’action de quelques islamistes radicaux, puisqu’une véritable stratégie de conquête de l’Occident est mise en place depuis une vingtaine d’année par les États musulmans qui n’ont jamais caché leurs ambitions pour notre continent. L’idée pour eux consiste à faire avancer la cause de l’Islam dans le monde, quelle qu’en soit la manière. C’est d’ailleurs en substance ce qu’affirme un document stratégique adopté à l’unanimité par ces États réunis au sein de l’Organisation islamique pour l’éducation, la science et la culture en 2000. Il y a chez eux une négation de notre identité et une volonté de conquête qui pardonne aux terroristes tous leurs excès au nom de la sainte cause du Djihad. Voilà pourquoi, indépendamment du rôle que la justice doit poursuivre dans cette affaire, la question de fond de ce procès est bien celle de l’incompatibilité idéologique de l’Islam conquérant avec notre société européenne. Au-delà de la connaissance de ceux qui nient ce que nous sommes, nous devons également retrouver l’esprit de nos pères, un esprit de service et d’héroïsme, cultiver les vertus qui nous permettront d’opposer notre force à leurs forces, notre civilisation à leur civilisation.
À la recherche d’une côte pluvieuse pour poser nos lourds bagages
Nous sommes saouls d’une actualité déprimante. Et nous titubons dans la ville. Une campagne atone se met en marche. Avec l’inertie des machins qui ne servent à rien. Avec le bruit suffocant des promesses non tenues. Avec aussi, la distance qui sied aux vieux peuples fatigués par toutes ces espagnolades. Nous avons connu tant de révolutions et de circonvolutions que nous sommes immunisés contre les mots. Les éoliennes menacent mon Berry des châteaux forts. Et des candidats nombreux et peu inspirés, squatteurs revenant tous les cinq ans comme des démarcheurs trop collants, habiteront mon poste de télévision jusqu’au printemps. Le doute n’atteint pas ces gens-là. Comme si leurs échecs successifs les galvanisaient. Comme s’ils avaient peur du silence de l’anonymat. Comme ces enfants qui font semblant de jouer au gendarme et au voleur, à la récré.
Notre charité nous perdra
Alors, bons princes, nous leur offrons l’hospitalité à échéance régulière, plus par dépit que par adhésion. Notre charité nous perdra de leur ouvrir les portes de nos intérieurs. Leur indécence à nous déranger a presque quelque chose de touchant et de désarmant. Ils insistent, malades d’eux-mêmes et du système qui a horreur du vide, jamais mal à l’aise d’abuser de notre bonté. Dans ce partage des rôles, ils feignent de nous gouverner et nous, de croire en leur pouvoir magique. Nous les observons entre frissons et sourire, entre agacement et abandons. Ils parleront longtemps durant des semaines, nous les écouterons distraitement, par politesse, parce qu’être Français, c’est se soumettre par désintérêt de la chose publique. Laissons l’espoir fugace aux Nations nouvelles qui veulent réenchanter l’existence et reconstruire sur les décombres. Nous sommes las de ce cirque ambulant. La France n’est pas une jouvencelle. Jean-Paul est mort, il y a sept jours maintenant. La chambre de Blondin au Grand Hôtel de Mayenne est vide. Où sont passés ses cahiers grands carreaux à l’écriture appliquée ? Comment autant d’amertume pouvait suinter d’une calligraphie enfantine ? La Pichonnière ne verra plus la casquette de Gabin, à la traite du matin. Noël Roquevert a fermé sa boutique de farces et attrapes.
Fillettes recluses
Les fillettes recluses dans les pensionnats ne portent plus de laines du Queensland, leur sommeil est moins doux. Seule l’Arménie de Verneuil saigne encore. Cette année, les pétards du feu d’artifice sont mouillés. La fête de la rentrée est terminée. Le décor de notre enfance tombe, les dialogues sonnent creux, la mise en scène a des ratés et les caractères semblent déjà épuisés avant de démarrer cette cueillette quinquennale. Désengagés, nous aspirons à la tranquillité et au respect, à nous retrouver dans les entrailles de notre pays, à toréer avec notre passé sur le littoral de la Manche, à pleurer en cachette comme le font les pères fraîchement divorcés.
Ce coin existe, je l’ai vu au cinéma. Tigreville ou Villerville peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse de cette station balnéaire à la mélancolie pluvieuse située en Normandie, dans le département du Calvados, sur la Côte de Grâce. Là-haut, à l’hiver 1961-1962, durant le tournage d’Un singe en hiver, notre identité polissonne et cafardeuse, fantasque et désespérée a trouvé refuge. Nous nous sommes vus dans le miroir, ni glorieux, ni pathétiques, à la bonne taille, avec ce fond de sentimentalisme mal guéri et nos tocades pour les bistrots à l’air tarte. Regarde public ingrat ! Les carabineros ont l’accent de Rodez. Les hommes boivent du Picon-Bière, enfilent des canadiennes à col moumoute et se souviennent de leurs vingt ans. Les vannes fusent sur le parquet dans un flamenco désespéré. La guerre et les amours déçues hantent les soirées. Les héros dorment en pyjamas et sucent des bonbons. L’amitié, la dernière et la plus belle conquête des hommes libres, se fraye un chemin dans les vapeurs d’alcool. Sous les édredons et les soupières d’un hôtel de famille, dans la chaleur des nuits de Chine, l’homme misérable, jeune ou vieux, seul et désarticulé, se réchauffe, un instant.
Nous sommes tous des Gabriel Fouquet et des Albert Quentin, surnuméraires du quotidien, inadaptés des temps présents. Publicitaire en déshérence ou hôtelier fusiller-marin, nous avons été positivement charmés de vous rencontrer.
Jean Paulhan relevait qu’il y a une forme de dandysme suisse, composé d’humour, d’une certaine façon de n’être pas là et d’un goût de l’absurde dans la conversation. À l’opposé du Français, le Suisse s’en voudrait d’avoir raison. Vouloir imposer son opinion relève d’une forme d’inélégance. Aussi préfère-t-il la taire, à supposer qu’il en ait une, ce qui est rarement le cas.
André Gide s’extasiait devant la propreté helvétique : il n’osait même pas jeter sa cigarette dans le lac Léman et s’étonnait de l’absence de graffitis dans les urinoirs. Il ajoutait : la Suisse s’en enorgueillit, mais je crois que c’est de cela qu’elle manque précisément : de fumier.
Sans doute est-ce un endroit idéal pour mourir, surtout quand on doit fuir à la fois son ex-femme et le fisc. Les acteurs américains y ont trouvé un refuge. Certes, l’ennui vous guette à chaque coin de rue – la police aussi. Mais on s’en accommode d’autant plus facilement que passé un certain âge les distractions sont rares.
Hitler exécrait la Suisse : il trouvait qu’on y mangeait mal. Est-ce pour cela qu’il s’est bien gardé de l’envahir ? Il ne voyait aucune raison d’aller en Suisse alors que les Alpes autrichiennes offraient un spectacle bien plus grandiose. Guillaume Tell avait libéré la Suisse de la domination habsbourgeoise. On n’allait pas remettre ça quand même.
Musée du capitalisme
Nikita Krouchtchev, qui ne manquait pas d’humour, affirmait que lorsque le monde entier se serait converti au communisme, il souhaitait faire de la Suisse un musée du capitalisme dans ce qu’il avait de meilleur. Il est toujours risqué de faire des prophéties : les Suisses en font d’autant moins qu’ils vivent dans la certitude que, quoi qu’il arrive, ce sont eux qui tireront les marrons du feu. Leur neutralité bienveillante leur a donné raison jusqu’à présent. Il leur arrive même d’accumuler les médailles en or aux Jeux Olympiques et d’en distribuer avec générosité aux défavorisés, surtout si elles sont en chocolat. On s’achète une bonne conscience comme on peut.
Quand il s’agit de chercher les responsables de la prolongation de la crise sanitaire, on désigne à la vindicte générale les citoyens qui refusent de se faire vacciner ou hésitent. Et quand on dresse le portrait-robot de ces individus, on imagine quelqu’un d’ignorant, d’inculte, de moins diplômé, supporteur de quelque mouvement ou leader populiste. Aux États-Unis, ce serait un électeur typique de Donald Trump, un de ces « déplorables », selon le mot de la malheureuse candidate à la présidence, Hilary Clinton.
La réalité est plus contrastée. Une étude menée par des chercheurs des universités de Pittsburgh et Carnegie Mellon a mesuré l’hésitation vaccinale à partir d’un échantillon de 5 millions de personnes classées selon plusieurs données démographiques. Certes, la corrélation entre l’hésitation à se faire vacciner et le vote Trump se confirme. Cependant, quand on s’intéresse au niveau d’étude des hésitants, les réponses forment une courbe de Gauss (en U inversé), ces derniers se recrutant autant parmi les moins diplômés (diplôme secondaire ou moins) que parmi les plus diplômés (titulaires d’un doctorat). C’est même ce dernier groupe qui apparaît comme le plus hésitant et le moins susceptible de se laisser convaincre. En effet, au cours des premiers mois de 2021, le groupe des moins diplômés s’est révélé le plus perméable à l’intense campagne vaccinale, et celui qui a le plus changé d’avis, tandis que les titulaires d’un doctorat forment celui qui a le moins varié. Au centre de la courbe, parmi les plus favorables à la vaccination, on trouve les titulaires d’un bac +5, soit cette population urbaine, instruite, progressiste, facilement donneuse de leçons et apparemment la plus domestiquée.
Quant à convaincre la frange récalcitrante des « PhD », bonne chance aux stratèges sanitaires. Allez donc faire changer d’avis des gens qui se sentent plus intelligents que le reste de l’univers…
« Cachez ce sein que je ne saurais voir », dit Tartuffe. Eh bien, de bonnes consciences de gauche (ou prétendues telles, parce que Christophe Castaner, ex-ministre de Macron, hein…) s’indignent sur les réseaux sociaux de la couverture du dernier Causeur. Ciel ! L’enfance manipulée ! Le « grand remplacement » invoqué ! À quand l’appel génocidaire ? Faut-il pendre préventivement Elisabeth Lévy ? Ou la brûler, peut-être…
Alors que @Causeur revendique un racisme décomplexé (visant des enfants…) dans une Une qui ne mérite pas d'être montrée.
Je suis fier de défendre une France où tous les enfants naissent avec les mêmes droits et où discriminer restera, toujours, un délit.
L’inconvénient, c’est que ce n’est pas Renaud Camus, mais les cartes d’un organisme tout à fait officiel, France Stratégie, qui le démontre : le différentiel de reproduction entre femmes françaises et immigrées est tel que des zones entières du territoire sont aujourd’hui majoritairement peuplées d’étrangers. Des étrangers dont une politique habile a refusé l’assimilation — selon une idée empruntée à Sartre, parce que séparer un immigré de sa culture, c’est encore exercer une pression colonialiste, bla-bla-bla.
Comme l’a très bien dit Elisabeth sur TPMP, le problème n’est pas que la France soit multi-ethnique, elle l’a toujours été, mais qu’elle soit multi-culturelle. Pendant 2000 ans l’héritage romano-chrétien a structuré l’Europe. C’est en considération de cet héritage qu’avaient gouverné les rois, que la République s’était construite — les Droits de l’homme sont la laïcisation des Dix commandements —, que Napoléon avait établi le Concordat ou qu’avait été promulguée la loi de 1905. Les enfants que faisaient alors les Françaises étaient chrétiens, et majoritairement catholiques. Il n’était pas question de je ne sais quel dieu incréé ni d’un prophète illettré, nés dans des solitudes sableuses. Les étrangers qui optaient pour la France le faisaient en toute conscience, et les Juifs mangeaient du cochon dans les banquets républicains — lire absolument la République et le cochon, de Pierre Birnbaum.
Nous avons cessé d’assimiler les étrangers à partir des années Giscard, quand a été décidé le rapprochement familial — et, coïncidence troublante et pas du tout fortuite (c’est l’axe central de mon prochain livre), quand le « collège unique », générateur d’une effroyable baisse de niveau, a été décrété par le ministre René Haby. À six mois d’intervalle.
De cette époque date le renoncement à l’intégration et à l’assimilation. Et le début d’une France éclatée façon puzzle en « communautés » rivales. En cultures ennemies.
Au passage, je m’étonne que les belles consciences qui tweetent leur colère dès qu’on décrypte la réalité — mais ce ne seraient pas des idéologues s’ils tenaient compte du réel —, ne s’indignent pas quand un journaliste parle de « communauté ». Nous sommes un peuple français, avec une langue et une culture — c’est inscrit dans la Constitution —, pas un rassemblement d’antagonismes. Nous avons une justice, pas une juxtaposition de droits, le libéralisme ici, la charia là. Nous ne pouvons être discriminés en fonction de notre origine ou de notre sexe, pas empalés quand nous sommes homosexuels, ni violées quand nous portons des mini-jupes. Ni pendus quand ce que nous disons déplaît à un ex-ministre de l’Intérieur.
Et ceux qui prétendent qu’il faut faire de la place à des cultures « autres » et cherchent des excuses aux tueurs d’enfants et de vieilles dames se prononcent, souvent sans le savoir, pour la lapidation des femmes, l’excision des gamines et la mise à mort des impies. De jolies coutumes que la culture française bannit.
À l’immigration le plus souvent non choisie vient s’ajouter l’immense cohorte des enfants d’immigrés, nés Français mais enracinés, à force de matraquage et d’aliénation (ça vous dit quelque chose, ce concept, ô mes frères de gauche ?) dans des superstitions importées. Comme disait Houari Boumédiène : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la Victoire. » Le dossier de Causeur, qui reprend et commente l’étude de France Stratégie, montre par exemple que par l’opération du Saint-Esprit et des allocations familiales réunies, les femmes d’origine étrangère, maghrébines, africaines ou turques, font plus d’enfants en moyenne une fois en France que dans leur pays d’origine. Nous fournissons le biberon pour nous faire battre.
Et le pire, c’est que grâce à des théories pédagogiques libertaires venues au secours du libéralisme mondialisé, nous refusons désormais d’enseigner la langue et la culture françaises à ces enfants dont nous pourrions parfaitement faire des Français parfaitement intégrés. Nous les laissons proliférer aux marges, nous satisfaisant du fait qu’ils achètent des smartphones, et autres produits de la civilisation mondialisée, et fournissent de la chair fraîche aux exploitants de misère humaine type Uber. Et, croit savoir la Fondation Jean Jaurès et les autres « think tank » de gauche, de futurs électeurs pour Anne Hidalgo. Dans leurs rêves ! Des enfants nés dans le ghetto, élevés dans le ghetto, n’ont rien en commun avec la boboïtude parisienne. Et leurs idoles, ce sont parfois moins Dominique Strauss-Kahn ou même Jean-Luc Mélenchon que Mohamed Merah. Faute d’éducation. Faute de transmission des valeurs républicaines.
Je me fiche pas mal que les Françaises « de souche », qu’elles s’appellent Lévy ou Brighelli, noms gaulois caractéristiques, fassent ou non des enfants. Et je me soucierais assez peu que Lina ou Inaya en fassent davantage si nous prenions la peine de les former, de les instruire, de les intégrer. Ceux qui aujourd’hui crient au racisme parce que Causeur dit la vérité sont les mêmes qui depuis trois décennies ont laissé l’Ecole dégénérer, entre les mains des Jospin et Vallaud-Belkacem. Pour un peu je dirais que c’est eux qu’il faudrait pendre — mais je ne le dirai pas, ils seraient capables de croire que je les menace, eux qui menacent sans cesse tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
S’il visait à la construction de sous-marins, utiles appareils de plongée aquatique, ses concepteurs les plus optimistes ne l’imaginaient pas descendre si loin au fond des mers… Le contrat du siècle est tombé à l’eau ! L’Australie a brutalement rompu son accord avec l’entreprise française Naval Group. Signé il y a cinq ans, il garantissait à l’Australie la livraison de douze sous-marins de classe Attack et pour l’Arsenal de Cherbourg plusieurs décennies de travail, le tout pour un tarif enviable de 56 milliards d’euros. Localement, le maire socialiste Benoît Arrivé parle de « coup de poignard » alors que 500 emplois sont occupés par une activité liée au contrat. Ce dernier avait dopé l’économie de Cherbourg et du Cotentin rendant aussi le territoire euphorique. Les Cherbourgeois se voyaient monter en gamme. Forte de son dynamisme et d’un taux de chômage famélique, la ville délaissait son passé portuaire et ouvrier pour accueillir des ingénieurs qualifiés et des cadres supérieurs. Les prix de l’immobilier grimpaient. En visionnaires, les élus locaux avaient lancé une grande campagne de promotion affichée gare Saint-Lazare et dans les couloirs des métros parisiens – laquelle plastronnait : « l’industrie recrute dans le Cotentin ». L’avenir dira si l’industrie locale recrute toujours autant et si – en cas de réponse négative – un contrat publicitaire avec la RATP devenu désuet et inutile se dénonce aussi facilement que l’achat d’engins militaires parrainé par deux puissances souveraines.
Persuasif et généreux, à l’aise dansson rôle de VRP militaire, Joe Biden semble aussi soucieux de bien gaver un complexe militaro-industriel soumis à la diète pendant quatre ans par la politique de retrait de Donald Trump
Hors contexte local, l’annonce comme sa brutalité ont surpris. L’accord semblait honnête. Équilibré en termes de retombées économiques, il devait permettre d’assurer la formation sur place des Australiens et garantissait même un transfert de technologie. Le « contrat du siècle » devait engager la réputation de Naval Group sur plusieurs décennies. Révélée le 15 septembre, cette rupture contractuelle annonce dans le même temps la signature d’un nouveau pacte liant les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, appelé « AUKUS ». Outre les juteux accords sur l’équipement militaire, les trois nations « s’engagent à renforcer [leur] partenariat globalpour travailler à la sécurité de nos peuples, pour la paix et la stabilité de l’indopacifique » [1].
Pékin ne dissimuleplus ses ambitions sur la mer de Chine:sa politique vise à un grignotage des eaux territoriales de ses voisins. Dans ce contexte, l’Australie cherche un protecteur. Depuis un an, une crise diplomatique oppose ainsi les Australiens à la Chine. L’Australie voulant bannir toute ingérence chinoise de sa politique intérieure, Pékin s’est attaqué en représailles à ses exportations (embargos ciblés). En octobre 2020, la Chine a ainsi fermé ses ports aux navires de minerais provenant d’Australie. S’il s’en défend officiellement, le texte introductif de l’AUKUS vise à contenir la puissance chinoise, alors que le poids de la France dans le Pacifique reste relativement marginal.
Birtania rules the waves
Le nouveau partenariat – et la rupture avec Naval Group – répond donc avant tout à des impératifs stratégiques. Mais il sait aussi être lyrique quand il brandit ses convergences de civilisation. Australie, Angleterre et États-Unis d’Amérique se présentent comme « trois démocraties maritimes unies par de vastes océans et continents ». Les théoriciens de la puissance auraient parlé plus franchement de Thalassocratie – modèle de puissance impériale pour les pays anglo-saxons depuis le XVIIIe. En Thalassocratie moderne, les États-Unis ont besoin d’un nouveau porte-avion pour contrer l’essor de leur nouveau rival chinois. L’Angleterre a docilement joué ce rôle pendant la première moitié du XXe siècle avant que l’Europe et la Turquie n’accueillent les missiles pointés sur l’URSS. L’Australie pourrait prendre le relais alors que la réalité des conflits géopolitiques se déplace vers le Pacifique.
Suivie d’une déclaration conjointe des présidents américains et des premiers ministres australiens et anglais, l’annonce consacrait en tout cas la solidarité du monde anglophone. Alors que Boris Johnson plastronnait, Scott Morrison n’a pas eu un seul mot pour ménager la France. L’Angleterre suit la stratégie maritime du « global Britain » depuis le Brexit. Elle équipe déjà les frégates australiennes et joue résolument la carte du Commonwealth.
Ces pays ont une histoire : même langue, même culture anglo-saxonne, même projection vers l’élément marin, même pragmatisme aussi. Dans la classe atlantique, l’Amérique favorisera désormais ses chouchous. Au prix du principe de non-prolifération, elle permettra à la Royal Australian Navy d’acquérir de sous-marins nucléaire s– lui apportant toute son aide logistique – alors que le contrat initial passé avec la France concernait des sous-marins à propulsion conventionnelle. Le saut technologique est assez remarquable : l’Australie ne dispose d’aucune filière nucléaire… Persuasif et généreux, à l’aise dansson rôle de VRP militaire, Joe Biden semble aussi soucieux de bien gaver un complexe militaro-industriel soumis à la diète pendant quatre ans par la politique de retrait de Donald Trump.
Les Français en coqs plumés
Et quid des Français ? Dindon de la farce, la France a été mise devant le fait accompli. Prévenue en dernier, l’annonce fait l’effet d’un coup de tonnerre. Elle fera peut-être bientôt l’effet d’un dévoilement : en particulier de ce que pèse notre parole dans le monde, c’est-à-dire pas grand-chose. L’affaire amorce ce que les médias appellent une « crise diplomatique » entre la France et les Etats-Unis.Jean-Yves le Drian aurait rappelé les deux ambassadeurs, l’Américain et l’Australien, pour « consultations ». La France a aussi annulé une soirée de gala prévue pour célébrer la victoire de Chesapeake Bay, le 5 septembre 1781, tournant de la guerre d’Indépendance qui vit l’intervention décisive de la flotte française commandée par l’Amiral de Grasse. Mais que valent ces remontadas diplomatiques alors que notre parole a été ouvertement négligée ?
En l’occurrence, la brutalité de l’annonce passerait presque pour de la défiance. Face aux Anglais et aux Américains la France a multiplié les mauvais signes : opposant récemment – sur décision présidentielle – son véto à l’achat de gardes côtes anglais pour sécuriser la mer de la Manche pour cause de Brexit, alors que la manœuvre a été très mal vécue sur l’ile. Le président Macron parle à tue-tête de « souveraineté européenne » – une nécessité sans doute, mais dont les objectifs affichés de briser le protectorat américain sur l’Europe peuvent légitimement froisser son détenteur. Le lyrisme français de notre président coûte déjà cher. La France continue d’afficher sa détermination à poursuivre une politique « indopacifique », inspirée par la doctrine américaine du containment dela rivalité géopolitique chinoise, alors que ce n’est en rien pour nous une priorité stratégique.
La défiance américaine pour la France comme la solidarité du monde anglo-saxon ne sont pas nouvelles. Le vieux monde anglo-saxon se retrouve et se positionne face au nouveau monde chinois qui essaie de devenir maître. Et entre les deux, gémissent la France et l’Europe. La nouvelle de cette rupture de contrat est presque un retour à la normale, alors que l’anomalie résidait plus dans ce partenariat privilégié entre la France et l’Australie qu’inspiraient des considérations industrielles et financières plus que stratégiques. Trompée par cette solidarité anglophone, l’entreprise Naval Group serait inspirée de changer son nom et de redevenir DCNS, ou au moins de revenir sur cette inversion très idiomatique du nom et de l’épithète. Et qu’ainsi vive – avec l’honneur français – le Groupe Navale !
Après un été plein de salles vides, comment le cinéma va-t-il rebondir ? Évitez soigneusement la « titanesque » et désolante Palme d’or de l’année. Le dernier Ozon, en revanche, est une bonne raison de retrouver sans tarder le chemin des salles obscures.
Que les films de François Ozon s’avèrent tour à tour réussis ou ratés n’a rien de très étonnant eu égard à la frénésie de tournage dudit cinéaste. On passe ainsi du jubilatoire Potiche au navrant Ricky en se frottant les yeux tout en se demandant si c’est bien le même homme qui en est l’auteur… Avec Tout s’est bien passé, on est incontestablement du bon côté d’Ozon.
En adaptant le récit d’Emmanuèle Bernheim sur la mort volontaire de son père, il prenait le risque d’un film au bord de la crise de larmes. Or, passées les insupportables dix premières minutes dans lesquelles Dussollier et Marceau cabotinent allègrement, le film prend la seule vitesse de croisière possible pour un tel sujet : un savant mélange de trivialité assumée et d’émotion maîtrisée.
Tout est donc sur le fil du rasoir mais, titre oblige en quelque sorte, tout se passe bien. Comme si le sujet même du film (réussir sa mort) contaminait au bon sens du terme le film lui-même (réussir sa sortie). Ozon tient la note jusqu’au bout, aidé par un casting d’où émergent plus particulièrement les impeccables Géraldine Pailhas et Charlotte Rampling qui rendent plus complexe encore ce rendez-vous avec la mort voulue.
« Tout s’est bien passé », de François Ozon, Sortie le 22 septembre
Département de la Seine Saint-Denis. A gauche 1990, à droite 2017. Sources: INSEE - France Stratégie
Seine-Saint-Denis, Paris intra-muros… mais aussi Rennes, Limoges ou Poitiers (!) : les cartes de 55 villes mises à disposition des citoyens par France Stratégie démontrent que la proportion des 0-18 ans nés de parents extra-européens explose dans de nombreuses aires urbaines. Un changement démographique historique.
Depuis de nombreuses années, la question des statistiques ethniques constitue un sujet brûlant au sein d’un débat explosif : celui sur le fait migratoire, son approche scientifique et ses répercussions dans la société française. En effet, la constitution de bases de données fondées sur la « race » ou « l’origine ethnique » auto-déclarée (telles qu’elles existent notamment aux États-Unis ou en Grande-Bretagne) demeure formellement interdite par la jurisprudence du Conseil constitutionnel, lequel y voit une atteinte aux principes d’égalité et de non-discrimination proclamés dans l’article 1er de la Constitution.
Il n’en va pas de même quant à l’origine nationale des individus. En se fondant sur les données du recensement, l’Insee entretient tout un appareil statistique relatif au nombre d’immigrés vivant en France, au nombre d’enfants nés de parents immigrés et aux pays d’origine de ceux-ci. C’est en partie sur cette base que France Stratégie, organisme de prospective rattaché au Premier ministre, a rendu publique en juillet 2020 une vaste étude consacrée à « la ségrégation résidentielle en France ».
Se concentrant sur les 55 « unités urbaines » françaises comptant plus de 100 000 habitants, les équipes de France Stratégie ont cherché à comprendre « l’inégale répartition dans l’espace urbain des différentes catégories de population » au regard de plusieurs critères : la tranche d’âge, la catégorie socioprofessionnelle, le statut d’occupation du logement… Mais aussi l’origine migratoire directe : les immigrés et leurs enfants. Le site public créé pour l’occasion permet de visualiser, pour chaque commune et chaque « zone IRIS » (quartier de 2 000 habitants environ), le pourcentage d’immigrés européens et extra-européens parmi les 25-54 ans, ainsi que la part d’enfants nés de parents immigrés parmi les 0-18 ans. Ces données sont accessibles pour différentes années entre 1968 et 2017.
Le constat : un bouleversement sans précédent
Si tel n’était certainement pas la volonté de France Stratégie, l’analyse que nous avons menée sur la base de ces données permet néanmoins de constater que les mutations démographiques générées par l’immigration sont spectaculaires dans l’ensemble des métropoles. En particulier, la part des mineurs nés directement de parents immigrés non européens a augmenté de manière forte et rapide dans toutes les grandes et moyennes villes de France depuis 1990.
Si cette part atteint des records en Île-de-France (les enfants d’immigrés extra-européens représentent 37,4 % des 0-18 ans dans l’agglomération parisienne et jusqu’au double dans certaines communes de Seine-Saint-Denis) la hausse est aussi exponentielle dans des zones urbaines longtemps peu concernées. En moins de trente ans, on observe par exemple une multiplication par trois de la part des mineurs nés de parents extra-européens dans les principales villes de l’Ouest (entre 21 et 23 % à Rennes, Angers, Le Mans, Poitiers…), mais aussi dans des régions enclavées (comme à Limoges : 27,5 %).
Examinons ici quelques situations significatives – en nous focalisant sur ce même indicateur.
La Seine-Saint-Denis
1990 Source : Insee / France Stratégie
2017 Source : Insee / France Stratégie
Le criblage des données Insee/France Stratégie nous apprend que les enfants immigrés ou nés de parents immigrés extra-européens sont majoritaires parmi les 0-18 dans plus de la moitié des communes de Seine-Saint-Denis en 2017.
Ce basculement est particulièrement marqué dans certaines communes :
La Courneuve : 75 % des 0-18 ans sont nés de parents immigrés extra-européens (moins d’un quart des mineurs résidant sur la commune est donc d’origine française ou européenne)
Villetaneuse : 73 %
Clichy-sous-Bois : 72 %
Aubervilliers : 70 %.
Pierrefitte-sur-Seine : 69 %
L’analyse par zone IRIS démontre que les pourcentages sont encore plus élevés dans certains quartiers de ces villes – jusqu’à 84 % dans plusieurs zones de Clichy-sous-Bois.
En 1990, si ces taux étaient déjà nettement plus élevés en Seine-Saint-Denis que la moyenne nationale, ils étaient néanmoins beaucoup plus faibles qu’aujourd’hui :
À La Courneuve, la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens a augmenté de 60 % entre 1990 et 2017.
À Pierrefitte-sur-Seine, la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens a augmenté de 102 % : elle a donc plus que doublé.
Orléans
1990 Source: Insee / France Stratégie
2017 Source: Insee / France Stratégie
La capitale de la région Centre-Val-de-Loire, située à une heure de train de Paris, connaît elle aussi une dynamique démographique largement perfusée par l’immigration. À tel point que les statistiques locales y sont désormais presque semblables à celles de l’Île-de-France.
En effet, les enfants de parents immigrés extra-européens représentent désormais un tiers (33,1 %) des 0-18 ans vivant dans l’unité urbaine d’Orléans – contre 37,4 % en moyenne pour Paris et sa petite couronne. En 1990, ils n’étaient que 15,1 % dans l’agglomération orléanaise ; leur part relative a donc augmenté de 119 % en moins de trente ans.
Si cette hausse est générale, certains quartiers sont cependant en pointe. Les jeunes d’origine non européenne y sont même nettement majoritaires :
L’Argonne : 69 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens
La Source : 66 %
Outre l’augmentation globale, l’aspect le plus remarquable de la situation orléanaise réside dans le basculement spectaculaire de communes périphériques qui étaient encore peu concernées par l’immigration extra-européenne voici vingt-sept ans. Citons parmi d’autres :
Saran : 30 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, contre 4 % en 1990 – soit une multiplication par huit
Fleury-les-Aubrais : 38 % contre 9 % en 1990 – soit une multiplication par quatre
Poitiers
1990 Source: Insee / France Stratégie
2017 Source: Insee / France Stratégie
À l’instar de tout le Grand Ouest, la région poitevine est longtemps demeurée à l’écart des différentes vagues d’immigration reçues par la France depuis le xixe siècle. Cela était resté le cas pour les flux extra-européens… jusqu’à ces dernières années.
La part des enfants de parents immigrés extra-européens parmi les mineurs vivant dans l’agglomération de Poitiers a été multipliée par trois entre 1990 et 2017 : ils représentent désormais 21,7 % des 0-18 ans, contre 7,6 % il y a moins de trente ans.
Si certaines communes périphériques sont encore peu touchées par cette mutation, celle-ci a été spectaculaire dans plusieurs quartiers de Poitiers – où les jeunes d’origine extra-européenne sont en passe de devenir majoritaires :
Le Breuil-Mingot : 45 % des 0-18 ans sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, soit quatre fois plus qu’en 1990 (12 %)
Les Couronneries : 45 %, soit trois fois plus qu’en 1990 (15 %)
Les Trois Cités / Les Sables : 40 %, soit quatre fois plus qu’en 1990 (10%)
Contrairement au Poitou, le Gard est concerné par l’immigration extra-européenne depuis les années 1970. Si le phénomène n’y est donc pas radicalement nouveau, il n’en demeure pas moins que son amplification a été particulièrement notable à Nîmes durant les trois dernières décennies.
En moyenne sur l’agglomération nîmoise de 2017, 31,4 % des 0-18 ans sont nés de parents immigrés extra-européens – contre 15,2 % en 1990. La part relative de ces mineurs a donc augmenté de 107 % sur cette période, et ils sont désormais nettement majoritaires dans plusieurs quartiers. Par exemple :
Chemin-bas d’Avignon : 63 % des 0-18 ans sont des enfants d’immigrés extra-européens
Pissevin : 59 %
Valdegour : 54 %
Une autre nouveauté consiste dans la diffusion rapide de cette démographie vers des quartiers nîmois dont la part de natalité non européenne était très en dessous de la moyenne locale il y a une trentaine d’années. Citons entre autres :
Beausoleil : 26 % des 0-18 sont des enfants d’immigrés extra-européens en 2017, soit cinq fois plus qu’en 1990 (5 %)
Costières / Capouchiné : 29 %, soit cinq fois plus qu’en 1990 (6 %)
Puech-du-Teil : 32 %, soit quatre fois plus qu’en 1990 (7 %)
Les angles morts de cette étude
Il apparaît utile de préciser que les données Insee mobilisées par France Stratégie seraient sous-évaluées si l’on cherchait à les utiliser pour estimer la part complète de telle ou telle origine « ethnique » au sein d’une population – et ce pour deux raisons principales :
1) Ce calcul n’inclut pas la « troisième génération », celle des enfants nés de grands-parents immigrés extra-européens ;
2) Il n’intègre probablement que très partiellement la présence de mineurs immigrés clandestins (sachant que la population totale des immigrés illégaux dans la seule Seine-Saint-Denis est estimée entre 150 000 et 450 000 individus d’après un rapport parlementaire de 2018).
Les données ici présentées ne remplacent donc pas les « statistiques ethniques », objets récurrents de polémiques et d’obstacles juridiques, dont la démographe Michèle Tribalat considère pourtant qu’elles sont « indispensables à la connaissance ».
Par ailleurs, la double dynamique induite par la surnatalité des populations immigrées et l’accélération de l’immigration au cours des dernières années conduisent à penser que les données ici compilées en 2017 sont déjà significativement dépassées.
Enfin, l’approche englobante de la catégorie des « 0-18 ans » ne donne pas une idée aussi précise que possible des dynamiques en cours. Au vu de la tendance dessinée par ces cartes, on peut imaginer que la proportion d’enfants d’immigrés extra-européens est plus forte chez les 0-5 ans ou les 0-10 ans que chez les 10-18 ans. Une telle segmentation statistique aurait permis de percevoir de façon plus précise l’accélération des transformations démographiques en cours, ainsi que leur impact à venir sur l’ensemble des catégories d’âge.
Conclusion
L’analyse à laquelle nous venons de nous livrer démontre que les effets cumulés de l’immigration et des différentiels de fécondité ont d’ores et déjà modifié significativement la population française dans les grandes et moyennes agglomérations – et qu’ils continuent de le faire.
Une fois posé ce diagnostic incontestable, il est permis à chacun de s’interroger sur les conséquences d’un tel basculement à court, moyen et long terme, étant entendu qu’il ne pourra cesser de s’amplifier « naturellement » sans la mise en œuvre d’une volonté politique contraire.
[1] Décision n° 2007-557 DC du 15 novembre 2007, « Loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile » (site du Conseil constitutionnel).
[2] « Rapport d’information sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis », enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 31 mai 2018 (rapport Cornut-Gentille-Kokouendo)
[3] Entretien au Figaro, 26 février 2016
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie est une structure d’étude indépendante, animée par des bénévoles, relative aux évolutions migratoires et démographiques de la France. Face à la défiance démocratique grandissante sur ces sujets, l’OID souhaite contribuer à permettre un débat serein et éclairé en proposant des analyses inédites, solidement étayées et compréhensibles par chacun. https://observatoire-immigration.fr https://twitter.com/ObservatoireID
Dans Enfant de salaud, Sorj Chalandon revient sur le personnage ambigu de son père collabo et mythomane.
L’humanité entre dans une ère nouvelle et les écrivains tournent en rond. Après Christine Angot, qui reprend son histoire personnelle avec l’inceste comme fil noir, Sorj Chalandon revient sur celle de son père, un homme méprisable qui résume à lui seul la phrase d’Oscar Wilde : « Aucun homme n’est assez riche pour racheter son propre passé ». L’auteur, en effet, avait déjà ouvert le dossier familial avec Profession du père en 2015. Il racontait tout sur son géniteur mythomane, arrogant et violent. Tout ? Il faut croire que non puisque Chalandon lui consacre un nouveau livre Enfant de salaud.C’est une enquête à la fois policière et psychologique à laquelle le narrateur, double de l’auteur, convie le lecteur. Ce père a failli. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut « collabo » et alla jusqu’à porter l’uniforme allemand.
Cette confidence est faite par le grand-père du narrateur, qui ajoute : « Tu es un enfant de salaud. » C’est le point de départ de l’engrenage pour connaître la vérité. Engrenage, car rien n’est vraiment simple avec ce père coupable qui prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Quand le fils interroge le père, ce dernier sort une pièce du puzzle puis une autre, puis encore une autre. La reconstitution laisse des espaces vides. Quand le fils s’approche de la vérité, le père s’emporte. Il a non seulement été « collabo », confirme-t-il, mais il prétend qu’il a défendu Hitler face aux Russes, à Berlin en 1945, avec le dernier carré du bataillon Charlemagne.
On doit tout dire à l’être qu’on aime. C’est, au-delà des monstruosités nazies rappelées, la bouleversante leçon du livre
En réalité, ce n’est pas vrai puisque le père se trouvait en prison. Le puzzle a soudain trop de pièces. Le lecteur est un peu perdu au milieu de toutes ces contradictions. Une chose est sûre : le père ment. C’est un artiste de l’ambiguïté. On se prend même à le trouver intéressant. L’époque ne cessant de nous vendre de la soupe aux bons sentiments, sans sel ni poivre.
Rebondissement : on découvre qu’il a fait partie de la Résistance. Ayant eu accès au dossier judiciaire du père, le fils découvre la complexité du parcours de son géniteur. Il contient notamment une incroyable photo officielle. « Il y a quelques semaines, tu portais la croix gammée et maintenant, les couleurs nationales », écrit Chalandon. Cet homme est « un égaré », conclut-il. Sa trajectoire offre une épopée de la noirceur et fait de lui un personnage de roman crédible. Du reste, il le savait, ce père cabotin. Face au juge de la prison de Loos, où il fut incarcéré, le 21 juin 1945, pour « atteinte à la Sûreté extérieure de l’État et Collaboration », il répondit : « Excusez Monsieur le juge mon pauvre style, mais je suis un soldat et non un romancier. »
Interminables dialogues
L’histoire familiale rejoint l’Histoire avec un « H » majuscule. Chalandon, journaliste à Libération, a suivi le procès Klaus Barbie en 1987. Il nous décrit les grands moments de ce procès, rappelant les atrocités ordonnées par l’officier SS ainsi que les témoignages de ses victimes. Il évoque les provocations théâtrales de son avocat, Jacques Vergès, engagé dans la Résistance à 17 ans et demi. Grâce à son fils, le père finit par assister aux audiences. À la fin du procès, il lâche : « On dirait le festival de Cannes, non ? »
Lors de leurs interminables dialogues, où le narrateur boit beaucoup de bière, le père n’hésite pas à déstabiliser le fils. Il se moque des convictions du fiston : « C’est pas toujours facile d’être de gauche, bonhomme. » Dans les temps troublés, rien n’est tout blanc ou tout noir. Il y a une zone grise où chacun tente d’agir avec plus ou moins de courage, de dignité. L’important étant de ne pas être « un pêcheur à la ligne ». Après Sartre, Chalandon souligne la difficulté du choix, et les angoisses qui en découlent. Mais l’enjeu de ce livre est ailleurs. Chalandon : « Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. » Il ajoute, phrase uppercut : « Le salaud, c’est le père qui m’a trahi. » L’essence même de la douleur du fils est ici exprimée. L’amour ne supporte pas le mensonge.
On doit tout dire à l’être qu’on aime. C’est, au-delà des monstruosités nazies rappelées dans ce livre, la bouleversante leçon du livre. On ne pardonne pas à un faussaire. Surtout si on l’a cru.
La semaine de Causeur revient sur les quatre articles les plus consultés sur le site Causeur.fr durant la semaine écoulée. Notre Directeur adjoint de la rédaction Jeremy Stubbs commente et analyse.
Quels sont les articles qui ont le plus suscité l’intérêt des lecteurs de Causeur.fr cette semaine ?
Qu’avez-vous fait pendant les vacances ? Vous avez joué au badminton dans un camping ? Ringard ! Fait du jet surfing ou du vol en flyboard en Méditerranée ? Ringard ! Parcouru la Galerie des Offices à Florence ? Ringard ! Traversé les paysages montagnards sublimes du Queyras ? Ringard !
Les Portugais n’avaient rien demandé…
La dernière mode, c’est le tourisme décolonial. Vous vous rendez dans un pays étranger où vous êtes accueilli en visiteur. Vous repérez quelque monument national qui représente une histoire dont vous ignorez tout et des luttes héroïques qui vous dépassent. Et vous dégradez ledit monument. C’est aussi simple que cela ! C’est ce qu’a fait une étudiante des beaux-arts française en vacances à Lisbonne en y taguant le monument consacré aux grands navigateurs portugais – et dans un anglais agrammatical. Alexis Brunet nous raconte cette histoire.
Menacée de prison, la touriste s’est hâtée de rentrer à la maison. Car un voyage décolonial est forcément un aller-retour.
Si l’expression « grand remplacement » vous donne de l’urticaire, parlez de « basculement démographique »
La vérité vous intéresse-t-elle ? Soit par curiosité, soit parce que votre destin en dépend ? Eh bien, une grande transformation de la population est en cours dans les grandes et moyennes villes de France. Les chiffres et les cartes officiels de France Stratégie, analysés par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, mis en avant dans le dernier numéro du magazine Causeur, le démontrent.
Comme le dit Elisabeth Lévy, vous pouvez appeler ça comme vous voulez, on peut parler de « grand remplacement » ou de « grand basculement », peu importe. Ce qui compte c’est d’avoir un débat public sur ce sujet. Mais le clergé médiatique, ainsi que les rangs serrés des politicards, des béni-oui-oui de la diversité et des culs non moins bénis de l’inclusivité nient l’existence même du phénomène. La vérité vous intéresse-t-elle ? Il faut lire Causeur.
"On montre qu'il y a un changement de peuple" @ELevyCauseur, directrice de la rédaction du magazine Causeur, revient sur la une qui fait polémique ! #TPMPpic.twitter.com/0akCq3N68Z
Avez-vous lu le dernier livre de Michel Onfray ? Dider Desrimais l’a déjà lu pour nous. Autodafés raconte tous les cas historiques récents – du maoïsme à la doxa psychanalytique ou la controverse sur le choc des civilisations – où l’intelligentsia de gauche s’est mobilisée pour discréditer les livres démasquant les idéologies totalitaires ou les dogmes établis. Parmi tant d’exemples de myopie idéologique, retenons celui du voyage en Chine de Roland Barthes en 1974. Le sémioticien célèbre remarque qu’en Chine « le champ sémantique est désorganisé » et que « les signifiants sont rares. » Mais il ne fait jamais le lien entre ce vide et l’extermination massive des intellectuels et des artistes par le régime communiste.
C’était déjà le tourisme décolonial en quelque sorte, le voyage au cours de laquelle le nombrilisme du touriste cache la réalité qui l’entoure.
Zemmour, le bouquin évènement de la rentrée, que Laurent Ruquier n’apprécie pas
En parlant de lectures, avez-vous lu le dernier livre d’Éric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot ? Le problème, c’est que les mafiosi du multiculturalisme voudraient qu’Éric Zemmour ait dit son dernier mot.
Pour lui imposer le silence, les petits malins, ils l’invitent à parler. C’est ce qui s’est passé samedi dernier lors de son passage dans On est en direct avec Laurent Ruquier et Léa Salamé. Radu Portocola a regardé l’émission pour nous. Incapable de mettre Eric Zemmour en difficulté au sujet de ses idées et propositions, Laurent Ruquier a procédé à un règlement de comptes personnels. Au plus fort de l’échange, les deux hommes ont comparé leurs audiences respectives, comme ils auraient pu comparer d’autres signes de virilité. Pauvre Ruquier ! tandis que son ex-chroniqueur a gonflé remarquablement le nombre des fidèles de CNews, son propre score est aujourd’hui en état de détumescence relative. Le livre de Zemmour est en voie de devenir un bestseller – encore un ! – et personne ne se demande si Ruquier sera candidat aux présidentielles.
Comme c’est si souvent le cas, l’autodafé se transforme en autodérision… involontaire.
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple
Depuis le 8 septembre se tient le procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015. Un événement douloureux pour les familles de victimes dont la douleur est cruellement ravivée. Si certains n’attendent rien de particulier de cet événement médiatique, d’autres au contraire souhaitent obtenir justice pour leurs disparus. D’autres encore déclarent qu’ils ne souhaitent pas de récupération politique autour de ce procès. Pourtant, et malgré tout le respect que nous devons à ces victimes, il n’est pas question d’éviter ce sujet. En effet, l’enjeu de cet événement va bien au-delà d’un simple procès. Il met en lumière la lutte qui s’est amorcée entre deux civilisations incompatibles. Une lutte dont beaucoup de Français semblent ne pas avoir conscience, sans doute par méconnaissance de nos adversaires.
Nous ne pourrons pas combattre l’Islam conquérant tant que nous ne comprendrons pas l’état d’esprit de ceux qui ont frappé le Bataclan, l’Hyper Cacher, mais aussi Nice, le marché de Strasbourg et qui ont assassiné le Père Hamel, Arnaud Beltrame et tant d’autres. À cet égard, le silence de Salah Abdeslam depuis son incarcération nous en apprend davantage que les propos qui peuvent émerger de différents interrogatoires de terroristes : Salah Abdeslam se tait. Il ne dialogue qu’avec ses codétenus qu’il influence. Il se tait, car le dialogue ne l’intéresse pas ; notre point de vue n’a pas la moindre valeur pour lui. Il n’attend pas davantage de notre part que nous le comprenions. Il se tait jusqu’à son procès, occasion pour lui de déclarer : « je tiens à témoigner qu’il n’y a point de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager » [1]; ce qui constitue, mot pour mot, la profession de foi à l’Islam. Beaucoup semblent étonnés par cette sortie, mais l’explication de son attitude est pourtant limpide : Abdeslam appartient à une autre civilisation au sein de laquelle existe un état d’esprit particulier, façonné par le Coran. Le terroriste n’est pas disposé à la repentance parce que ce qu’il défend se trouve dans une dimension religieuse qui transcende de loin la laïcité, la liberté, l’égalité et la fraternité, valeurs apparemment indépassables de nos sociétés modernes. Pour les musulmans, il s’agit de défendre un véritable droit soufflé par Dieu à son prophète et qui structure toutes les sociétés appartenant à l’Oumma, la communauté des croyants. De là découle le modèle immuable d’une religion qui interdit depuis le Xe siècle et la réforme du calife al-Mutawakil, toute actualisation ou interprétation du Coran. C’est le fond du problème. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais développé ce sujet dans mon ouvrage L’Islam à la Conquête de l’Occident en 2018. Tout dialogue est impossible tant que les adeptes du Coran se refusent à l’autocritique.
Nous devons comprendre que ces hommes n’ont pas peur de notre justice, qu’ils n’ont pas honte de ce qu’ils ont fait, qu’ils appliquent les conseils du prophète : « Je ne veux rien ni de vous ni du juge. Il n’y a que la justice d’Allah qui compte ! » déclarait Abdeslam en décembre 2020 [2]. Au contraire, ils se réjouissent de pouvoir confirmer leur allégeance à Daech, d’avoir une tribune pour montrer leur bravoure face aux mécréants. Si de notre point de vue, ce sont des criminels, du point de vue de nombreux musulmans, ce sont des héros qui sont allés jusqu’au bout de leurs convictions. Le procès peut avoir du sens pour les victimes, il n’en aura jamais aucun du point de vue des bourreaux.
L’enjeu dépasse l’action de quelques islamistes radicaux, puisqu’une véritable stratégie de conquête de l’Occident est mise en place depuis une vingtaine d’année par les États musulmans qui n’ont jamais caché leurs ambitions pour notre continent. L’idée pour eux consiste à faire avancer la cause de l’Islam dans le monde, quelle qu’en soit la manière. C’est d’ailleurs en substance ce qu’affirme un document stratégique adopté à l’unanimité par ces États réunis au sein de l’Organisation islamique pour l’éducation, la science et la culture en 2000. Il y a chez eux une négation de notre identité et une volonté de conquête qui pardonne aux terroristes tous leurs excès au nom de la sainte cause du Djihad. Voilà pourquoi, indépendamment du rôle que la justice doit poursuivre dans cette affaire, la question de fond de ce procès est bien celle de l’incompatibilité idéologique de l’Islam conquérant avec notre société européenne. Au-delà de la connaissance de ceux qui nient ce que nous sommes, nous devons également retrouver l’esprit de nos pères, un esprit de service et d’héroïsme, cultiver les vertus qui nous permettront d’opposer notre force à leurs forces, notre civilisation à leur civilisation.