Accueil Site Page 1050

Le grand remplacement, c’est maintenant!

L’addition est simple. Immigration non maîtrisée + surnatalité des femmes étrangères = de moins en moins d’autochtones. La situation dans de nombreuses villes prouve que le changement n’est pas un « fantasme ».


À la fin du mois d’août, la publication d’une première version de notre étude « Immigration et démographie urbaine » sur le site de Causeur a suscité une vague de réactions dans les médias, chez les politiques et sur les réseaux sociaux. Les bandeaux de CNews parlaient de « bouleversement démographique ». Mais d’autres mots ont hanté les conversations et figuré toute une journée en haut des tendances Twitter : #GrandRemplacement.

Forgée par l’écrivain Renaud Camus dans un essai paru en 2011, cette notion nourrit désormais les éditoriaux, les discussions familiales, mais aussi les lieux de pouvoir. Le journaliste Marc Endeweld affirmait récemment que le président Macron la reprenait régulièrement lors de conversations au sujet de l’immigration et de l’islam.

Un basculement historique

Il est donc légitime de se demander si nos cartes et nos analyses valident ou non la thèse du « grand remplacement ».

Renaud Camus défend l’idée selon laquelle la France et l’Europe connaissent un changement de population, qu’il résume de la façon suivante : « Pouvez-vous développer le concept de Grand Remplacement ? – Oh, c’est très simple : vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples » [1]. Pour l’auteur, cela constitue « le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre ».

A lire aussi: Causeur: Souriez, vous êtes grand-remplacés!

Avec le « grand remplacement », Renaud Camus défend, selon François Héran, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Migrations et sociétés, « une thèse à deux jambes » [2] :

– La première jambe est quantitative, elle se réfère aux flux migratoires et aux différentiels de fécondité ;
– La seconde est qualitative et se réfère aux changements culturels au sein de la société française.

Sur le plan quantitatif, les éléments ne manquent pas pour étayer le constat d’une transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration. Celle-ci a eu pour conséquence que 11 % de la population résidant en France est immigrée en 2017 et que 25 % est d’origine immigrée – si l’on compte les enfants de la seconde génération issue de l’immigration –, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) publiés en octobre 2018 [3].

Nous sommes donc loin du pur « fantasme » évoqué par certains, d’autant plus qu’il s’agit là exclusivement de stocks – c’est-à-dire de ce qui est et non de ce qui sera à l’avenir. Or deux moteurs conjoints amplifient rapidement ces transformations.

1) La poursuite et l’accélération de l’immigration vers la France

Pour la seule année 2019, 469 000 étrangers se sont légalement installés sur le territoire national [4] (primo-titres de séjour accordés + demandes d’asile enregistrées + mineurs étrangers reconnus « isolés »), soit un record absolu. Il faut ajouter à cela les entrées clandestines, difficiles à chiffrer par nature, mais que l’on peut estimer à plusieurs dizaines de milliers par an.

2) La surnatalité des populations immigrées par rapport aux natifs.

Il importe de tenir compte du différentiel de fécondité entre les femmes descendantes d’autochtones (moins de 1,8 enfant par femme en moyenne en 2017), les femmes descendantes d’immigrés (2,02 enfants par femme en moyenne) et les femmes immigrées (2,73 enfants par femme en moyenne). Cette fécondité varie fortement selon l’origine des femmes : 3,6 enfants par femme en moyenne pour les immigrées algériennes, 3,5 enfants par femme pour les immigrées tunisiennes, 3,4 enfants par femme pour les immigrées marocaines et 3,1 enfants par femme pour les immigrées turques, ce qui est plus élevé que la fécondité de leurs pays d’origine (respectivement 3 ; 2,4 ; 2,2 ; 2,1 [5]).

Sur une même période de vingt ans, entre 1998 et 2018 :

– Le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a baissé de 13,7 % ;

– Le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a augmenté de 63,6 % ;

– Le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 43 % [6].

A lire aussi, Radu Portocala: Intolérable Zemmour

En 2018, près d’un tiers des enfants nés en France (31,4 %) ont au moins un parent né à l’étranger.

Les natifs au carré déjà minoritaires dans de vastes zones urbaines

Commentant les projections de population d’origine étrangère dans les pays de l’UE adossées au scénario Convergence 2008-2060 d’Eurostat [7], la démographe Michèle Tribalat précisait que dans certains pays, « les natifs au carré pourraient devenir minoritaires avant l’âge de 40 ans, d’ici 2060 » – natifs au carré désignant les personnes nées dans un pays de deux parents qui y sont nés également. Elle explique ces résultats par « la conjonction d’une démographie interne peu dynamique et des soldes migratoires projetés qui donne une contribution aussi importante à l’immigration » [8].

Quant à l’aspect « qualitatif » de la notion de « grand remplacement », recouvrant les transformations de mœurs et de civilisation potentiellement induites par l’immigration (spécialement extra-européenne), il ne saurait évidemment être résumé par des données statistiques. Concluons néanmoins avec Michèle Tribalat : « Il me semble que le succès de cette notion vient de son pouvoir d’évocation de certaines situations vécues. Elle a un sens figuré qui évoque l’effondrement d’un univers familier que vit, ou craint de vivre, une partie de la population française : disparition de commerces, et donc de produits auxquels elle est habituée, habitudes vestimentaires, mais aussi pratiques de civilité, modes de vie… »


Le Grand Remplacement

Price: ---

0 used & new available from

[1] Renaud Camus, Le Grand Remplacement, 2011.

[2] Interview de François Héran par Ivanne Trippenbach pour L’Opinion, 4 octobre 2019.

[3] Cités par Jean-Paul Gourévitch dans Le Grand Remplacement : réalité ou intox ?, Pierre-Guillaume de Roux, 2019.

[4] Sources : Ministère de l’Intérieur et Ofpra.

[5] Interview de François Héran, op. cit.

[6] Statistiques de l’état civil de l’Insee et du document « T37BIS : nés vivants selon la nationalité des parents (Union européenne à 28 ou non) ». Calculs : OID. https://observatoire-immigration.fr/natalite-et-immigration/ 

[7] Eurostat, « Fewer, older and multicultural ? Projections of the EU populations by foreign/national background », 2011.

[8] Interview de la démographe Michèle Tribalat par Rudy Reichstadt réalisée en 2017 et publiée sur le site de Causeur en 2019 : « L’idée de “grand remplacement” évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population ».

Un exil français, de Georges Bensoussan

20 ans après la publication des Territoires perdus de la République, Georges Bensoussan revient sur les procès intentés contre lui dans un nouveau livre (Un exil français, Un historien face à la Justice, L’Artilleur, septembre 2021). Le seul crime de l’historien finalement innocenté est d’avoir dénoncé avant les autres le nouvel antisémitisme.


On vous fait toujours payer vos bonnes actions. Il y a déjà vingt ans, Georges Bensoussan, épaulé par Iannis Roder et Barbara Lefebvre, sortait sous le pseudo collectif d’Emmanuel Brenner les Territoires perdus de la République, recueil de témoignages sur l’infiltration islamiste dans ces « territoires » que la France abandonne peu à peu à l’islam le plus rigoriste et au trafic de drogue. Ce titre est devenu une métaphore sur-utilisée, mais les autorités n’ont jamais rien fait pour bloquer la communautarisation de départements entiers, l’islamisation d’établissements scolaires, ni la montée d’un anti-sémitisme d’origine musulmane. Être lanceur d’alerte ne suffit pas pour qu’on vous croie — et il faudra attendre 2018 pour qu’au péril de leur bonne conscience, deux journalistes du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, osent franchir le périph pour enquêter en Seine Saint-Denis. Saluons leur courage.

Entre-temps, Bensoussan avait plusieurs fois réédité son livre, augmenté chaque fois de témoignages nouveaux. Au grand dam des associations de poil et de plumes qui voient du racisme chez toute personne qui dit la vérité. Ainsi, l’« historienne » Laurence De Cock affirmait-elle depuis vingt ans que les Territoires perdus portaient la marque d’un « racisme culturel ». 

Hypocrisie monumentale

Je mets le mot « historienne » entre guillemets parce qu’il ne suffit pas d’être prof d’histoire ou de philo pour se décréter historien ou philosophe — surtout quand votre haut fait d’armes en matière de recherche porte sur « l’enseignement de l’Histoire », ce qui apparemment suffit à faire de vous un spécialiste, dans les sphères à oxygène raréfié du pédagogisme, Les profs de Lettres, après tout, par crainte du ridicule, évitent de se déclarer écrivains. Mais chacun, en France, se pare des plumes du paon, comme disait La Fontaine — même les geais et même les vilains corbeaux.

Pour mémoire, c’est cette honnête militante, pas du tout partisane ni imbue d’elle-même, que France 2, une chaîne 100% objective, avait choisi pour interroger le candidat Fillon lors de la présidentielle de 2017. Un gage certain d’objectivité.

A lire aussi, Alain Finkielkraut: Antisémitisme: face au parti du néant

Il a suffi que dans Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut, Bensoussan enfonce le clou pour que l’envie de pénal, comme disait Philippe Muray, saisisse cette « historienne » et ces officines bien-pensantes. C’est fou, quand on y pense, qu’une certaine extrême-gauche bien-pensante use des procédés de dénonciation popularisés sous Pétain. René Char en 1962, avec la préscience des poètes, parlait déjà de « pétainistes invertis », de « ce lot d’intellectuels aujourd’hui fardés au progressisme. »

Qu’avait donc dit Bensoussan— qui est, lui, un vrai historien, spécialiste des Juifs en pays arabes (2012) et de l’histoire de la Shoah ? Que les petits musulmans « tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère ».

C’était une métaphore qui en décalquait une autre, articulée par le sociologue d’origine algérienne Smaïn Laacher dans le documentaire de Georges Benayoun, Profs en territoires perdus de la République (2015) : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique, et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Il est dans l’air qu’on respire. Des parents à leurs enfants… quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de Juifs. Bon, mais ça, toutes les familles arabes la savent ! C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique. »

Bensoussan avait résumé le propos en exploitant la métaphore sous-jacente. La langue, c’est la langue maternelle — d’où le glissement à l’idée de « téter l’antisémitisme avec le lait de sa mère ». Au passage, notre historien de la Shoah s’est peut-être souvenu de la réflexion d’Itzhak Shamir déclarant au Jerusalem Post que « les Polonais tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère ». Être assimilé à des Polonais, pour des arabes, voilà qui frise probablement l’injure caractérisée. Le journaliste marocain Saïd Ghallab parlait déjà — en 1965 — du « lait haineux » dans lequel, par lequel grandissaient les Arabes.

Un long calvaire

Laurence De Cock, dont la vaste culture implique qu’elle connaissait ces références, lance immédiatement une pétition, signée par tout ce que la France compte de gens éclairés et pas du tout à parti pris, en jouant sur une seconde métaphore induite, du « lait » au « sang », pour accuser Bensoussan d’invoquer un argument génétique — donc raciste.

Je ne chercherai pas à savoir si le racisme n’est pas dans l’inconscient de gens qui opèrent ce genre de glissement sémantique. Le fait est qu’un certain nombre d’associations (le CCIF, la LDH, le MRAP et SOS Racisme) se joignent à la protestation et portent plainte nommément contre Bensoussan.

Entre-temps, le CSA, dont l’impartialité est légendaire et s’est encore illustrée ces jours derniers avec l’invention du statut de « candidat potentiel à la présidentielle » créé tout exprès pour Eric Zemmour, tance Finkielkraut et l’oblige à lire à l’antenne une mise au point qui ressemble fort à une rétractation. On ne disait pas encore « woke » en 2016, mais il y avait déjà plein de gens courageux et pas du tout soumis au politiquement correct.

Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021

Quant aux sites islamistes, ils s’indignent avec toute la vertu dont ils sont capables. Pour avoir été moi-même la cible d’Oumma.fr, sur eux la bénédiction d’Allah le Miséricordieux, je sais ce qu’une insinuation peut provoquer dans des cervelles malades. Sans avoir besoin d’articuler des menaces. Sans parler de Médiapart et de son honorable directeur, Edwy Plenel. On vit une époque formidable. Mais pas seulement les sites spécialisés. Libération en rajoute une couche, dénonçant les propos d’un responsable du Mémorial de la Shoah. Et de fait les institutionnels juifs ne se bousculeront pas pour soutenir Bensoussan. 

Faisons-la courte, pour ne pas déflorer un livre qui raconte patiemment le calvaire et le défilé de petites horreurs de quatre ans de procédure. Innocenté en première instance, puis en appel, Bensoussan est finalement définitivement blanchi en Cassation. Ces gens-là disposent apparemment de fonds illimités, tous issus, bien sûr, de dons parfaitement traçables. Eh bien oui, si tant de Juifs ont fui la Seine Saint-Denis, ce n’est pas seulement pour voir du pays, mais parce que leur sécurité n’était plus assurée dans ces territoires pas perdus pour tout le monde. Désormais, on peut le dire.

Ce qui a amené en avril 2018 Philippe Val et quelques autres — dont l’auteur de ces lignes — à signer un Manifeste contre le nouvel antisémitisme né dans notre France éclatée façon puzzle. Mais il ne faut pas en parler, de même que les lois mémorielles interdisent de fait d’évoquer un autre esclavagisme que celui des Européens. La traite africano-arabe ? Chut…

A lire aussi: L’étrange projet de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage

Jacques Julliard, qui n’a « ni le courage d’être juif ni l’élégance d’être nègre », comme disait Brel (dans « Voir un ami pleurer ») et se contente d’être humaniste et intelligent — deux tares dont j’espère qu’il se repent chaque jour — livre à ce livre édifiant une préface lumineuse. Il y évoque le « pharisaïsme antiraciste de l’extrême-gauche » qui, prenant la raison à l’envers comme dans 1984, veut « faire reconnaître coupable celui qui ne partage pas ses convictions, quand bien même, et surtout, il est lui-même un combattant des droits de l’homme. » Parce que la Bêtise et la lâcheté chassent en meute, et qu’offenser un imbécile, c’est les offenser tous — et leur nom est légion.

Parce qu’il ne s’agit pas uniquement de protéger les Juifs. Il faut bien comprendre, écrit Bensoussan, qu’en « se montrant incapable de nommer le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir ce qui la menace elle-même. » La haine du Juif est toujours le premier pas. Puis vient la haine du Blanc, du « kouffir », de tout ce qui n’est pas conforme à la doxa islamique et tiers-mondiste. 

Quant aux complices objectifs d’Houria Bouteldja, dont les livres ne sont pas du tout racistes, et de ses coreligionnaires, leurs noms apparaissent au bas des pétitions lancées par Laurence De Cock et ses semblables — sur eux sottise et bénédiction, comme disait Voltaire.

Georges Bensoussan, Un exil français, Un historien face à la justice, l’Artilleur, 20€

Un exil français: Un historien face à la Justice

Price: ---

0 used & new available from

Inch'allah : l'islamisation à visage découvert

Price: ---

0 used & new available from

Les territoires perdus de la République

Price: ---

0 used & new available from

Tour de passe-passe à la belge

N’allez pas parler aux Belges de “passe sanitaire”. Comme ils ne peuvent jamais rien faire comme tout le monde, la région autonome bruxelloise met en place le “Covid Safe Ticket”.


La Belgique, qui est réputée être un pays surréaliste – ce qui est un gentil euphémisme pour dire « crétin » – va encore s’illustrer dans ce domaine [1]. Contrairement à la France, on n’y aura pas recours à un passe sanitaire. Les autorités l’ont martelé à l’envi, pas de ça chez nous ! Non, la Belgique n’aura pas de passe sanitaire, elle aura plutôt un « Covid Safe Ticket ». Les dirigeants belges sont très friands d’anglais d’aéroport, le moindre terme à consonance un peu trop francophone hérissant les Flamands. Donc pas de passe sanitaire, et vive le Covid Safe Ticket ! Il sera exigé pour se rendre au restaurant, au spectacle ou tout simplement pour siroter une Duvel en savourant le tardif soleil automnal à la terrasse du troquet du coin. Du moins, il sera exigé d’une partie des Belges : les Bruxellois [2].

En effet, dans le cadre de son coûteux surréalisme, la Belgique se divise en un vrai mille-feuille d’autorités complémentaires – parfois – ou opposées -souvent. 

C’est d’ailleurs en mars 2020, à l’aube du confinement, que les Belges ébahis ont appris qu’ils entretenaient neuf ministres de la santé ! Ces autorités peuvent être fédérales, régionales, provinciales, communales ou communautaires. Sans compter la Cocof (Commission communautaire francophone), la Cocon (Commission communautaire néerlandophone) et la Cococo (Commission communautaire commune). 

Et c’est donc la Région bruxelloise qui a eu cette ingénieuse idée de Covid Safe Ticket, assorti d’amendes, sinon on ne voit pas trop l’intérêt du bidule. Préemptée par une éternelle coalition rouge et verte, avec quelques partis-croupions pour faire l’appoint, ladite Région en avait déjà fait beaucoup baver au secteur de la restauration. Des aménagements urbanistiques ubuesques, une politique de mobilité ahurissante, des piétonniers gigantesques, une insécurité croissante mais non sanctionnée et des taxes à perte de vue avaient contraint nombre de représentants du secteur Horeca (Hotels, Restaurants, Cafés) à la faillite. Les survivants avaient dû affronter la police de la « chaîne alimentaire » plus sourcilleuse que jamais, traquant les œufs de poules non estampillées ou le lait de vaches non certifiées dans toutes les arrière-cuisines. C’est donc au bord de l’asphyxie que la plupart des bistrotiers a affronté le confinement de 2020 et se bat encore, du moins ceux qui n’ont pas mis la clé sous le paillasson, pour survivre. Et paf ! Voilà le Covid Safe Ticket qui fait son apparition. La clientèle devra donc montrer patte blanche et se faire enfoncer un coton-tige dans le pif avant de passer à table. Sauf que ladite clientèle ne fait pas mystère de ses intentions, elle ira déguster son moules-frites dans une des deux autres régions, vu qu’un bobo à trottinette ferait le tour de la Région bruxelloise en vingt minutes.

Le bon sens voudrait donc que cette Région bruxelloise renonce à ses singeries et restitue aux habitants leurs élémentaires libertés. Mais le bon sens n’est pas à proprement parler la marque de fabrique des autorités bruxelloises. Elles font donc pression sur les deux autres régions afin que celles-ci adoptent les mêmes mesures. Pour la Flandre, c’est « Niet ! ». Mais en Wallonie on se tâte en se demandant ce qui sera le plus lucratif de l’oppression ou de la liberté. 

Sophonisbe

Price: ---

0 used & new available from


[1] La Belgique est réputée « surréaliste » dans le domaine des arts (cinéma, peinture, poésie, architecture) mais aussi pour son système politique assez ubuesque, le pays pouvant demeurer plus d’un an sans gouvernement après des élections NDLR…

[2] La Belgique est constituée de trois régions autonomes (qui se tapent dessus), la Wallonie, la Flandre et le Région bruxelloise. Cette dernière est toute petite, et compte un million d’habitants.

Appelez ça comme vous voulez…

Indignations et criailleries ont accueilli les travaux de France Stratégie qui prouvent qu’une révolution démographique est en cours dans les grandes et moyennes villes de France. Si l’expression Grand Remplacement, vous donne de l’urticaire, parlez de Grand Basculement.


Freud appelle cela la dénégation : un processus défensif qui consiste à nier une réalité ou une pensée avec tellement de force que cela revient à les confirmer. Après la publication, sur le site de Causeur, d’une première série de cartes et de données montrant l’ampleur du bouleversement démographique dans notre pays, le parti de l’aveuglement, de France Inter à L’Express en passant par Le Monde, sans oublier de nombreux responsables politiques, s’est surpassé dans la criaillerie et l’offuscation. Fermez le ban : la réalité « dévoilée » par les cartes de France Stratégie et par l’analyse qu’en fait l’Observatoire de l’immigration et de la démographie n’existe pas. Vous ne voyez pas ce que vous voyez. Théorie complotiste « prisée par la fachosphère », fantasme d’extrême droite relayé par des « médias ultraconservateurs » : tout l’arsenal sémantique du déni a été convoqué à grand renfort d’airs dégoûtés. Cet unanimisme du clergé médiatique indique, à lui seul, que nous avons mis le doigt sur une vérité dont les belles âmes ne veulent pas entendre parler.

A ne pas manquer, nos cartes et chiffres, dans les kiosques: Causeur n°93: Souriez, vous êtes grand-remplacés!

« On peut débattre de tout sauf des chiffres. » Cette formule, employée par la propagande sanitaire du gouvernement pour nous convaincre des bienfaits du vaccin, est éminemment contestable. Comme les images, les chiffres parlent et comme elles, ils peuvent dire n’importe quoi. Reste qu’en l’occurrence, les chiffres sont têtus. On peut les tordre dans tous les sens, se boucher le nez et répéter « extrême droite » en guise de mantra conjuratoire, ils prouvent bel et bien que le Grand Remplacement n’est pas un fantasme, mais une réalité. Qu’on l’appelle désormais Grand Basculement, expression sans doute préférée parce qu’elle n’a pas été forgée par Renaud Camus, n’y change rien.

Chacun pourra juger sur pièces dans les pages suivantes, mais résumons : une proportion croissante des enfants nés en France est issue de parents immigrés ou descendants d’immigrés extra-européens, c’est-à-dire pour une grande part originaires du Maghreb et d’Afrique noire, tandis que la part des enfants « de souche » se réduit. Ainsi, un tiers des bébés nés en 2018 a au moins un parent étranger. Sauf que le parent français est souvent lui-même issu de la « diversité » : nombre de « mariages mixtes » unissent un Français d’origine étrangère qui épouse une personne venue de son pays, voire de son village.

En effet, ces données qui, faute de statistiques ethniques, se fondent sur le seul critère de la nationalité, n’intègrent pas les enfants de la troisième génération qui, du point de vue statistique, sont considérés comme des « natifs au carré » (enfants français nés de deux parents français) : en clair, la substitution démographique est encore plus importante que ce que suggèrent les chiffres. Il faut ajouter que ce phénomène n’est plus concentré dans les banlieues des grandes villes puisqu’il concerne aussi bien des cités autrefois emblématiques de la douce France comme Orléans ou Poitiers – d’aucuns verront dans ce dernier cas une revanche de l’histoire…

On me dira que c’est très mal de distinguer les enfants en fonction de leur origine, que la plupart sont français et que la République ne reconnaît que des citoyens. Cette cécité militante suppose que les gens sont interchangeables et les immigrés des voyageurs sans bagages. Peu importe en effet que les enfants soient noirs, blancs ou jaunes s’ils deviennent des Français de cœur, de valeurs et de mœurs. Ce qui transforme le changement ethnique en Grand Remplacement, c’est la révolution culturelle qui l’accompagne dans les faits. Comme l’ont noté Élisabeth Badinter, Gérard Collomb ou François Hollande, qui à notre connaissance n’émargent pas à l’extrême droite, on assiste bien à l’émergence d’un deuxième peuple (voire de plusieurs autres peuples) vivant selon ses propres codes sur le territoire français. On a le droit d’aimer ce changement à l’image des thuriféraires de la nouvelle France, qui voudraient par ailleurs nous faire croire, sans rire, que le prénom le plus répandu dans le « 9-3 » est Nicolas. On a aussi le droit de s’en inquiéter, comme le font au demeurant beaucoup de descendants d’immigrés dont les parents sont venus chercher en France la liberté qui n’avait pas cours chez eux. Vivre à Montreuil comme à Bamako ou à La Courneuve comme à Alger revient à affirmer que la France ne vaut que par sa prospérité – et ses allocs.

A relire: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

D’un point de vue statistique, cette mutation s’explique par deux facteurs : la poursuite de l’immigration et la différence de fécondité entre les femmes « de souche » et les autres. Certes, ce différentiel s’atténue au fil du temps (chez les femmes de la troisième génération, il est presque nul). Mais avec un flux constant de nouvelles arrivées, il y a toujours une « première génération ». Pour autant, on se gardera d’affirmer que le Grand Remplacement résulte d’une volonté assumée de changer le visage de la France. En réalité, les individus, qui ont tous d’excellentes raisons de venir, en sont plutôt les vecteurs inconscients que les agents organisés.

Répétons-le, ce ne sont pas les différences ethnico-religieuses qui sont déterminantes, mais notre façon de les accommoder. Autrement dit, si la mutation démographique se traduit par un changement de peuple, c’est parce que la machine à fabriquer des Français s’est totalement grippée. En partie parce que le grand nombre d’immigrés les dissuade de tout effort d’adaptation – pourquoi changeraient-ils leur manière de vivre quand c’est celle de tous leurs voisins ? –, mais surtout parce que, honteux d’être ce que nous sommes, nous avons renoncé à toute exigence : nous ne demandons même pas aux nouveaux venus la maîtrise de notre langue. Au contraire, nous multiplions les contorsions pour nous adapter à eux. Certes, nous avons fini, après moult tergiversations, par interdire la burqa, trop visiblement contraire à nos mœurs mais, dès l’école, on s’efforce de les persuader que leur culture a autant de droits, en France, que la culture française, quand on n’explique pas, comme le candidat Macron, que celle-ci n’existe pas. À l’arrivée, de jeunes Français appellent « mon frère » ou « mon cousin » d’autres Français sur la seule base d’une origine ethnique et/ou d’une religion commune.

Les belles illusions sur la diversité heureuse n’y peuvent mais : l’actualité nous rappelle quotidiennement que la coexistence de cultures n’est pas une promenade de santé, surtout quand aucune d’elles n’est considérée comme une culture de référence s’imposant à tous. Même dans les pays dont elle constitue la tradition politique, la société multiculturelle est de moins en moins pacifique. Et en France, comme le disait Gérard Collomb, le côte-à-côte menace de plus en plus de se transformer en face-à-face.

Pour conjurer ce danger, il faudrait à la fois stopper ou réduire au maximum le flux des nouveaux arrivants et remettre en route la machine assimilationniste qui a transformé des millions d’étrangers venus de partout en excellents Français. Ces choix politiques sont aussi des impératifs démocratiques dès lors qu’ils correspondent à la volonté d’une majorité de Français (de toutes origines). Il y a urgence : faute de réaction, la France de demain ressemblera à un vaste hall d’aéroport. Le duty free en moins, la violence en plus.


[1] Par exemple : « Moi je n’ai jamais, au grand jamais, désiré une adolescente, quelle horreur ! »

[2] Si l’on peut dire, s’agissant de phénomènes que n’importe qui peut observer depuis des années en se baladant dans nos villes.

[3] Remercions Martin Pimentel, rédacteur en chef de causeur.fr pour ce travail si éclairant.

L’urinoir et les talibans

1

Dans des rushes tirés d’un documentaire de la BBC [1], des Afghanes observent incrédules l’œuvre artistique de Marcel Duchamp qui leur est présentée. Une forme de nihilisme ronge l’Occident et explique pour partie l’échec de la coalition en Afghanistan.


Il est des anecdotes qui ne sont pas des faits divers, mais des surgissements inattendus et implacables de la vérité. Ainsi d’une courte vidéo qui dit tout de l’échec de l’Occident en Afghanistan, et plus généralement de l’impuissance actuelle de l’Occident face à l’islamisme.

Gêne et incrédulité

Trente secondes sans aucune violence, et pourtant terribles. L’envoyée d’une ONG quelconque présente L’Urinoir de Duchamp à un groupe d’Afghanes incrédules et dépitées. La gêne de l’intervenante est palpable en même temps que sa suffisance pincée. Le regard des Afghanes est éloquent : c’est celui du bon sens à qui on demande de prendre la démence au sérieux. On n’ose imaginer ce qu’elles peuvent penser : « c’est donc ça la civilisation qui a envahi notre pays et qui vient nous expliquer comment nous devrions vivre, des gens pour qui un sommet de l’art est de mettre un urinoir sur une estrade ? » Et de notre côté, comment ne pas nous révolter en pensant que c’est finalement pour ça que 90 de nos soldats ont donné leur vie : pour que des ONG folles puissent expliquer aux Afghans que l’art occidental, c’est une pissoire.

Les Talibans ont détruit les Bouddhas millénaires de Bâmiyân. L’épopée messianique conduite par les Etats-Unis n’a rien de mieux à proposer pour raviver l’art sur ces décombres qu’un urinoir. Comment s’étonner ensuite que l’état afghan créé de toutes pièces par les Occidentaux se soit effondré si vite ?

Ce nihilisme qui ronge l’Occident

Nous aurions pu parler aux Afghans de l’art gréco-bouddhique qui s’épanouissait jadis sur leurs terres, fruit sublime de l’épopée immortelle d’Alexandre et de la rencontre entre deux civilisations magnifiques. Nous aurions pu leur parler des miniatures persanes et des estampes japonaises, leur dire que nous, Occidentaux, sommes les héritiers du Parthénon, et des bâtisseurs de cathédrales et de vitraux enchâssant la lumière dans des symphonies de pierre ciselée. Nous aurions pu montrer à ces Afghanes que les Talibans enferment sous l’obscurité ignoble du tchador, la manière dont notre civilisation célèbre la beauté féminine depuis des millénaires, des drapés sensuels de l’Antiquité aux reines préraphaélites en passant par les Vierges médiévales en majesté, Athéna pensive et Jeanne d’Arc en prière.

A lire aussi, Jean-Yves Berthault: On peut et on doit parler avec les Talibans

Mais non. Nous leur avons montré L’Urinoir de Duchamp, parfait symbole du ricanement cynique et du nihilisme qui nous rongent. Nous leur avons montré qu’en même temps que nous prétendons être un modèle universel, nous nous méprisons nous-mêmes : François Chevallier le démontre avec brio dans La société du mépris de soi, en partant justement de Duchamp.

Foule passive et pervertie de consommateurs

Mais faut-il vraiment dire « nous » ? En regardant cette vidéo, la plupart des Occidentaux ne se sentent-ils pas plus proches des Afghanes effarées que de la conférencière ? Ce qui a si lamentablement échoué en Afghanistan, est-ce l’Occident ou l’idéologie délirante qui n’a pris le pouvoir en Occident que pour le dévorer de l’intérieur et le pousser à l’autodestruction ?

Nous, qui nous voulons encore héritiers des philosophes d’Athènes, des chevaliers de la Chrétienté et des savants des Lumières, nous qui considérons que l’Opéra Garnier est de l’art, mais que des pneus plaqués or n’en sont pas et n’ont rien à y faire, nous qui attendons autre chose qu’un urinoir, un carré blanc sur fond blanc, ou les œuvres grossières enrobées de discours pédants de Jeff Koons, nous ne sommes pas les responsables de la défaite face aux Talibans. Pourtant, nous aussi sommes coupables.

Kamel Daoud l’avait vu avec une lucidité remarquable après les agressions sexuelles de la nuit du Nouvel An à Cologne : c’était un double scandale. Scandale des agresseurs pervertis par les rapports hommes-femmes profondément pathologiques du monde arabo-musulman, mais scandale aussi de cette foule occidentale, restée passive car pervertie elle aussi. Pervertie et rendue lâche par une société où elle se sent lentement dépossédée de son pays, de son histoire, de sa dignité, par une éducation qui l’a dévitalisée, qui glorifie l’effacement de soi et le renoncement, qui la conditionne à renoncer à vivre pour se réfugier dans la consommation compulsive de la vie.

L’empire du moche

Oui, c’est bien la même perversion qui fait dire « vous n’aurez pas ma haine » à ceux qui massacrent nos enfants au Bataclan ou à ceux qui agressent nos femmes et nos filles à Cologne, et qui pousse à consentir à l’exhibition d’un plug anal en guise de sapin de Noël.

Nous ne sommes coupables d’aucun des crimes dont nous accusent chaque jour le progressisme et l’idolâtrie de la « diversité », mais nous sommes néanmoins coupables. Nous sommes coupables de courber l’échine. Nous sommes coupables d’avoir laissé la soif de beauté se déliter, étouffée par la banalisation du moche plus encore que du laid – je renvoie à la passionnante analyse qu’en fait le blogueur Cincinnatus. Nous sommes coupables d’avoir renoncé à l’élan vers la grandeur.

Jadis, pourtant, nous étions parvenus à imposer l’abolition de l’esclavage sur la quasi-totalité du globe. Nous avons remporté des batailles éclatantes, au champ d’honneur et sur nous-mêmes. Nous avons permis à l’humanité entière de lutter contre les épidémies et les famines, et de réduire de façon presque miraculeuse la mortalité infantile. Nous avons apprivoisé l’électricité et l’atome, et nous avons ouvert la route vers les étoiles. Il nous faudra, bien sûr, veiller à ne pas retomber dans les travers de l’impérialisme : les Grecs, à qui nous devons ce que nous avons de plus grand, nous mettent en garde contre l’hubris. Mais si nous voulons un jour pouvoir à nouveau défendre véritablement la dignité de l’Homme, nous devrons d’abord retrouver la conscience de notre dignité d’Occidentaux, et relever la tête.


[1] ‘Bitter Lake’, Adam Curtis, 2015.

Déjeuners avec les talibans

Price: ---

0 used & new available from

De « Titane » à « L’Événement »: des prix dans l’air du temps

Le cinéma accorde une place démesurée aux thèses néoféministes. Après la Palme d’Or de l’esbroufe remise à Cannes au film raté « Titane », le film « L’Événement » vient de remporter le Lion d’or à la Mostra de Venise.


Il y a quelques semaines la Palme d’Or du festival de Cannes a été attribuée au film de Julia Ducournau, “Titane”. Rien que de très normal en ces temps où la dénonciation de la « masculinité toxique » et la lutte contre « le patriarcat hétéronormatif » sont devenus les sujets de prédilection de ganaches artistiques et engagées n’ayant aucune once d’imagination créative, aucune autre idée que celles distillées par les évangiles progressistes.

Secouer les murs de la normativité

La réalisatrice, viscéralement wokée, dit souhaiter secouer « les murs de la normativité ». Le Monde s’enflamme : « Julia Ducourneau signe un film de genre et transgenre, à l’image claire-obscure comme les flammes. » La Voix du Nord s’époumone : « Les tabous ne résistent pas longtemps à la force de Titane. » Heureusement, tout le monde n’est pas dupe. Dans Marianne, Olivier de Bruyn décrit la supercherie : cette « Palme d’or de l’esbroufe » est « un prix qui honore une fiction évoquant […] dans la plus grande confusion des thématiques contemporaines : clouage au pilori de la masculinité toxique, éloge d’un féminisme hardcore, apologie des mutations transgenres… ». Philippe Bilger, dans ces colonnes, a trouvé ce film « hilarant et grotesque » et d’une extrême médiocrité. Même Libération descend en flammes une « palme vraiment acier ». 

A lire aussi: “Benedetta”, le pseudo-scandale de Cannes

Mais voilà, selon le barème actuel des cérémonies cinématographiques, Julie Ducournau a tout bon. Elle est une femme (10 points). Elle est jeune (10 points). Elle désire un « monde inclusif et fluide » (10 points). Elle est archi-féministe (10 points). Elle veut déconstruire les stéréotypes de genre (10 points). Le seul qui aurait pu sérieusement la concurrencer – et qui y est semble-t-il parvenu pour ce qui est du grotesque – c’est Paul Verhoeven avec Benedetta. Son film se veut féministe (10 points). Il évoque le lesbianisme (10 points). Celui d’une religieuse, qui plus est (10 points). Ce film a « au minimum troublé voire excité » Léa Salamé (10 points). Mais… le réalisateur est un homme (0 point). Il est né en 1938, c’est un boomer (0 point). Raté, de peu. En revanche, le film du franco-tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Lingui, les liens sacrés, n’avait strictement aucune chance de remporter le moindre prix. Mahamat-Saleh Haroun est à des lieues des préoccupations du nouveau monde artistique déconstructiviste, inclusif, fluide et transgenre. Olivier de Bruyn parle d’un film puissant, exigeant sur le fond et sur la forme (0 point). Le réalisateur (0 point) dénonce la culture du viol au Tchad (0 point – s’il avait dénoncé la culture du viol en France, c’eût été autrement mieux noté) et l’influence délétère de l’obscurantisme religieux islamique qui punit très sévèrement l’avortement (0 point) – il en aurait été naturellement tout autrement s’il avait dénoncé les lois polonaises, ou filmé un avortement illégal en France dans les années 60, comme nous allons pouvoir le constater à l’instant.

Vent mauvais

« Vent féministe sur la Mostra », titre Sud-Ouest. Apparemment le jury de cet événement qui vient de s’achever utilise le même barème que celui du festival de Cannes. Audrey Diwan a réalisé « un film cru, intimiste et féministe sur l’avortement », écrit Le Monde. De plus, elle s’est inspirée d’un roman d’Annie Ernaux (écrivain bourdieusard ayant gagné ses galons de garde-chiourme des salons littéraires en libellant l’arrêt de mort sociale d’un écrivain qui écrit mieux qu’elle). Audrey Diwan vient par conséquent de remporter le Lion d’or de la 78e édition de la Mostra de Venise pour son film intitulé L’Événement. « Une femme a gagné l’Oscar, une femme a gagné la Palme d’or, une femme a gagné le Lion d’Or. Ça signifie forcément quelque chose, ça ne peut pas être le hasard », a notamment déclaré la réalisatrice. Elle a raison, et la suite du palmarès confirme que « ça ne peut pas être le hasard ». Le prix de la meilleure réalisation revient à Jane Campion, pour son film Le pouvoir du chien. Et pour cause : « Le film aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique. » Le prix de la meilleure actrice est attribué à Pénélope Cruz « pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents ». 

« Il semble se passer quelque chose dans le cinéma mondial. Comme un vent de jeunesse, de féminisme, d’audace. Un renouveau, peut-être, marquant la fin d’interminables décennies de primauté masculine sur le 7e art », écrit une Hélène Marzolf requinquée dans Télérama, résumant ainsi tout ce qui a été écrit à propos des films ayant remporté les derniers prix des plus prestigieux festivals cinématographiques. Très très peu de véritable travail de critique cinématographique dans ce que j’ai lu. Mais énormément de lieux communs néo-féministes nappés de sauce butlérienne.

A lire aussi: Belmondo, une virilité ironique


Revenons au très emblématique cas de Titane. La réalisatrice de cette daube est diplômée de la prestigieuse Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Cette école réputée a bien sûr adopté l’écriture dite inclusive. Elle a également une Charte égalité (consultable sur son site). Cette charte promeut la parité partout, pour tou.te.s (étudiant.e.s, président.e.s, directeur.trice.s, etc.). Elle rappelle que la Fémis « agit en faveur de la lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement et dans l’industrie du cinéma » et qu’elle organise « au moins une fois par an une journée de réflexion interdisciplinaire dédiée aux problématiques de genre » ; qu’elle a aménagé un « espace dédié aux ouvrages abordant les problématiques de genre » ; qu’elle organise « une demi-journée de formation lors de la semaine de rentrée pour tous les étudiant.e.s de 1ère année dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles » ; qu’elle « met à jour régulièrement les statistiques sur le genre » dans son enceinte, etc. En somme, la Fémis, comme nombre d’institutions artistiques, universitaires ou politiques, a adopté les thèses néo-féministes sur le genre qui font les beaux jours des sous-doués de toute obédience. Ce petit monde paresseux et dogmatique a compris que dorénavant une reconnaissance médiatique ne saurait s’obtenir sans une soumission totale à tous les catéchismes démagogiques, féministes et “déconstructivistes”. Les ravages sont visibles dans toutes les sphères. Les pitreries de Sandrine Rousseau ou la prose odorifère de Virginie Despentes le démontrent. Au cinéma, ça donne le film de Julia Ducourneau, Titane.

L'Evénement - Prix Nobel de Littérature 2022

Price: ---

0 used & new available from

Adieu Beauvau, vache, cochon, couvée!

Le président de la République était hier à Roubaix pour clôturer les tables rondes du Beauvau de la Sécurité. Il a eu beau taper du poing sur son pupitre et faire des promesses pour l’avenir, c’est beaucoup trop peu et beaucoup trop tard pour être efficace contre la « violence », qui, de son propre aveu, « s’est emparée de notre société » ces dernières années.


Semblable à Perrette qui, n’ayant qu’un pot de lait, bien posé sur un coussinet sur sa tête, se promettait à elle-même œufs, couvée, poulets, cochon, vache et veau, Emmanuel Macron a conclu le Beauvau de la Sécurité par un discours dans lequel il se promettait et surtout promettait à ses auditeurs réformes, réorganisations, volontarisme, effectifs et moyens – mais pour plus tard. 

2030, dit-il. Bel optimisme tablant sur une réélection en 2022, suivie d’une réélection en 2027, et se projetant sans doute sur une réélection en 2032, voire en 2037 ! Face à cet élan, les esprits chagrins s’étonneront juste que, gouvernant depuis plus de quatre ans, il ait attendu les derniers mois de son mandat pour s’occuper vraiment d’un problème datant d’avant son prédécesseur : ah, si seulement les policiers avaient hué le garde des Sceaux au début du quinquennat…

Pendant ce temps, çà chauffe aux Tarterets et à Val-de-Rueil

Long discours, dont la première moitié fut un interminable satisfecit : « voyez tout ce que j’ai déjà fait pour vous » – Maître Corbeau, sur un isoloir perché, tenait dans son bec un bulletin de vote…. on connaît la suite. Dommage qu’Emmanuel Macron n’ait pas évoqué dans ce bilan glorieux les émeutes aux Tarterets (Essonne) et les conflits entre Kurdes et Africains à Val-de-Reuil (Eure), qui sont pourtant de parfaites illustrations de ce que l’on peut attendre de sa politique.

Arrivent les annonces : du numérique, de l’auto-satisfaction, une réforme de la procédure pénale mais pour plus tard (il faudra attendre les États Généraux de la Justice), toujours de l’auto-satisfaction, une réflexion sur les cycles horaires dans la Police, encore du numérique et encore de l’auto-satisfaction, des promesses pour une loi de programmation également remises à plus tard, un contrôle parlementaire renforcé des forces de sécurité (du moins en théorie, attendons de voir si les élus de l’opposition auront accès aux données que l’on reprocha jadis au général Soubelet d’avoir communiquées à ces mêmes élus), et des « nouveautés » comme les caméras-piétons déjà promises depuis des années. Et du numérique, et encore de l’auto-satisfaction.

A lire aussi: La Fontaine ou l’esprit français

Mettre à jour le cadre légal d’usage des armes des forces de l’ordre au regard de l’extrême-violence dans les « quartiers » ? Nenni ! Et que nul ne songe à raviver le fameux Décret Organique du 20 mai 1903 des gendarmes, et encore moins de l’étendre à la police.

Avec la justice, ça coince toujours!

Se pencher enfin sur la responsabilité individuelle des magistrats, et en particulier des juges ? Vous n’y pensez pas !

Modifier radicalement notre politique migratoire (96% des déboutés du droit d’asile ne sont pas expulsés, moins de 15% des OQTF sont exécutées, droit du sol et regroupement familial, etc) ? N’allez surtout pas sous-entendre qu’il y aurait un lien quelconque entre l’insécurité et certaines immigrations, ce n’est pas comme si les conclusions du rapport du gouvernement suédois étaient connues.

Il y a fort à craindre qu’emporté par ses ambitions, moins champêtres que celles de Perrette mais tout aussi fumeuses, Emmanuel Macron ne finisse par renverser le pot au lait des douces promesses sur le dur chemin d’un pays confronté à tout ce qu’il fait semblant de ne pas voir. Et si on peut espérer qu’aujourd’hui policiers et gendarmes sauraient éviter à la pauvre Perrette d’être battue, on peut espérer aussi que ce Beauvau, qui ressemble surtout à une grenouille tentant de se faire aussi grosse qu’un bœuf, n’empêchera pas Emmanuel Macron de l’être (dans les urnes, naturellement).

Zemmour, un woke pas comme les autres

2

Alors qu’il entretient le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, et alors que son livre très attendu sort en librairie demain, le monde politico-médiatique se demande si Eric Zemmour est simplement un phénomène de début de campagne. Ou bien si c’est une tendance lourde qui répond aux attaques du « wokisme » et qui est là pour durer…


Au cours de l’émission du samedi 12 de C News, « Place aux idées », l’invité du jour, Pascal Bruckner dit cette chose énorme — c’est du lourd — que, oui, il y avait  bien « un choc de civilisations » entre l’Europe et l’islam, quoi qu’ait dit et dise encore la gauche, qu’il n’était un secret pour personne que la Turquie, par exemple, rêvait de prendre sa revanche sur le second siège de Vienne, en 1683, en attendant la prise de Rome. Il a dit ça— énorme, le Bruckner— sur le ton calme et modéré qui sied à une chevelure blanchie sur les campus. Or, que disait-il de moins, de plus que ce que Zemmour nous répète inlassablement, mais en tirant de l’Histoire, sur un mode tragique, les dangers qu’un tel choc représente pour la France ? 

Ce que fait Zemmour

La décision du CSA était prévisible—et nous rassure : nous sommes dans un régime démocratique où la parole est libre. La tribune de Philippe Bilger, dans le dernier numéro du magazine Causeur, fait une analyse juste et chaleureuse des potentialités politiques de Zemmour. En refusant la nuance, Z rend « simple ce qui est complexe, lisible ce qui est obscur, évident ce qui est occulté. » À savoir qu’il y a le feu à la Maison France. Quel politique, quel politologue, quel homme sensé pense et dit le contraire dans les forums ? Mais mezzo voce, sans insister sur les mots identité  et civilisation. En disant « changement démographique » au lieu de grand remplacement. En distinguant précautionneusement musulmans et islam afin de ne pas affronter le tiers exclu : l’islamisation de la société. Bref, en ne sortant pas du politiquement correct.

A lire aussi: Intolérable Zemmour

Et que fait Zemmour ? Du Woke. Il est radical voire brutal, fait tomber les masques, débusque la mauvaise foi derrière l’altruisme, dégoupille les mots, répète les évidences que l’on ne veut admettre, met sous les yeux ce qu’on ne veut pas voir, réveille les esprits. Et on l’écoute car il « jette dans le chaos et le désordre du monde… dans l’effrayante angoisse de notre pays, des pincées d’espérance. »  Vous avez bien lu.

Une nation politique à l’identité contrariée

En France, nous passons notre temps à analyser : « les valeurs » de la République, nos libertés, celles des autres, nos droits, notre modèle démocratique, exportable partout. Là où Zemmour parle des femmes afghanes « bâchées de la tête aux pieds », ce qui n’est pas notre problème, BHL voit des femmes à émanciper et à secourir in situ. Les plateaux T.V. sont bourrés de politologues — comme il y eut des épidémiologistes. S’il est vrai que, depuis Athènes, la vie démocratique se caractérise par l’opposition entre parole et action, ce qu’on veut, en France, c’est parler à l’infini, « faire logos » partout, selon l’expression épatante d’une féministe, au Grand débat élyséen de 2019. Parce que parler, analyser, ergoter dispense de juger et de s’engager. 

A lire aussi: BHL, réac asymptomatique

Zemmour, lui, parle, beaucoup, en vue d’agir. Il agit déjà sur notre vie politique, en brisant les tabous et en cassant les codes. Il ne veut pas regretter, a-t-il souvent dit, comme l’historien Jacques Bainville, d’avoir « théorisé » au lieu de s’engager. Aussi force-t-il le trait car le temps presse. Ses obsessions sont justes. C’est le diagnostic qui importe. Ce que Bilger appelle « sincérité, absence de faux-fuyant, refus de l’argutie », c’est la lucidité et le courage. À l’époque du Grand Woke, Zemmour est un éveilleur. Il est normal qu’on le bâillonne.

Le CSA traite Z. comme un candidat. Sauf qu’on ne sait pas si Z. est candidat. Le Grand Méchant Loup va-t-il sortir du bois bientôt ? La seule question qui vaille est de savoir si le diagnostic de Z sur la France est justifié ou non. Et s’il a raison, dans le sommeil régnant, dans l’anesthésie généralisée des esprits, de nous réveiller, inlassablement, à cor et à cris. Ou s’il faut attendre la soupe populaire insipide qu’on nous servira lors des élections.

La France n'a pas dit son dernier mot

Price: ---

0 used & new available from

L’atypique fascisme russe

Sylvain Roussillon publie Les fascismes russes (1922-1945): Vie et mort d’une mouvance en exil (Editions Ars Magna)


Après la parution des Brigades internationales de Franco et L’épopée coloniale allemande, c’est un nouvel opus tout aussi fascinant que nous livre Sylvain Roussillon. Publié aux éditions « Ars Magna », Les fascismes russes, vie et mort d’une mouvance en exil jette un regard sur le destin tragique de ces Russes blancs, jetés par millions sur les routes de l’exil après le déclenchement de la révolution de 1917. Remontant le fil de l’histoire tumultueuse d’un empire, dont le principal tort fut d’avoir ignoré jusqu’à sa chute les revendications d’un peuple, épuisé par le système autocratique des tsars et par un conflit mondial, ce directeur d’un établissement privé d’Enseignement Universitaire à Lyon, nous conte la genèse d’une idéologie aux multiples facettes.

Fascistes contre bolcheviks

Un voyage passionnant de 343 pages au cœur de mouvements divers que tout va opposer, des anarchistes aux mencheviks en passant par les organisations monarchistes ou sociales-révolutionnaires, mais que tout rapprochera autour d’un seul but : celui de renverser l’appareil bolchévique qui s’est emparé de l’État. On suit pas à pas l’extraordinaire aventure de ce courant contre-révolutionnaire, avec ses héros indissociables comme l’amiral Koltchak ou le général Wrangel, qui va progressivement glisser vers un fascisme moulé à l’âme russe, avec ses théoriciens, ses journaux, ses militants. On découvre les étranges Mladorossis (« Jeunes Russes ») qui reçoivent le soutien du prétendant au trône de Russie, le grand-duc Cyrille Romanov, et qui vont nouer des contacts avec l’Organisation fasciste panrusse de Anastase Andreïvitch Vonsyatsky. Une tentative de fusion entre l’aigle bicéphale et la croix gammée toujours muée par le désir commun de mettre fin au communisme à l’aube d’un nouveau conflit mondial.

A lire aussi: L’Allemagne, puissance coloniale éphémère

Une mouvance méconnue

Sylvain Roussillon nous transporte sur tout le continent. On suit l’évolution de cette mouvance fasciste atypique qui s’installe au Mandchoukouo, cet État fantoche créé par les Japonais, frontalier à l’Union Soviétique et lieu de toutes les intrigues. Caressant le rêve de créer un vaste État eurasiatique et conquérir Moscou, ces Russes blancs deviennent une force supplétive du Soleil Levant. Avant de déchanter lorsque les Américains finissent par larguer une bombe à Hiroshima en 1945.

De l’Ukraine à la Baltique, nos fascistes en herbe sont germanophones pour leurs propres intérêts comme le général Bermondt-Avalow, un officier qui finira par s’attirer l’animosité des nazis et des émigrés russes blancs eux-mêmes. Un national-socialisme à la sauce russe, teinté de monarchisme, dont l’étoile va progressivement pâlir lorsqu’Adolf Hitler décide d’envahir la sainte patrie, divisant les Russes blancs entre deux camps. Ceux qui s’éloignent du nazisme pour rejoindre la résistance et ceux qui espèrent que sous la protection de la croix allemande, ils vont rentrer chez eux victorieux à l’instar des cosaques d’Ivan Poltavets-Ostryanitsa. L’Ukraine occupée devient une Russie de substitution pour un nombre d’émigrés enrôlés sur le front de l’Est. Y compris pour des dissidents comme le général Andreï Andreïevitch Vlassov qui passe du communisme au nazisme sans état d’âme et qui sera finalement remis entre les mains de ses anciens amis à la fin de la guerre.

Un véritable chapitre méconnu de l’Histoire russe qu’il vous reste à découvrir, un ouvrage indispensable à toutes les bibliothèques et un témoignage historique de qualité accessible à tous.

Intolérable Zemmour

0

Le grand tribunal de la presse juge Éric Zemmour coupable de penser autrement. La première séance, présidée par Laurent Ruquier et Léa Salamé, a présenté les éléments constitutifs de la mise en accusation…


Autrefois, le monde communiste, avide d’éliminations, avait inventé une catégorie de coupables aussi vaste que vague : les ennemis de classe. Une fois désignés, l’immense machine à broyer se mettait en marche, les aspirait, les détruisait, stupide et implacable. Mais, pour commencer, il fallait le spectacle : de grandes réunions publiques étaient organisées, messes haineuses durant lesquelles le malheureux était démasqué, offert à la vindicte populaire, promis au prétoire.

C’est à ces sombres fantasmagories qu’a fait penser le passage d’Éric Zemmour dans l’émission de Laurent Ruquier et Léa Salamé. S’attendait-on à un débat ? On a eu droit à la constitution en direct d’un dossier de mise en accusation. À la fois enquêteurs, procureurs et juges, Ruquier et Salamé, hybrides de Fouquier-Tinville et Vychinski (!), se seraient contentés, n’eût été la durée fixe de leur spectacle, d’une seule question : « Comment osez-vous penser ce que vous pensez ? » Et ils auraient bien ajouté, en guise de sentence : « Nuisible, vous ne penserez plus, vous n’écrirez plus, vous ne vous montrerez plus, vous ne parlerez plus ! »

Faire barrage, c’est pas une vie !

Ils sont avec tant d’autres – toute une armée ! – les diseurs du Bien absolu, du Bien radical, les défenseurs du peuple ingénu contre les attaques sournoises, sulfureuses des gens comme Zemmour. Ils sont la presse-juge, la presse-filtre, la presse-censure, investie d’une mission de purification de la pensée publique. Ils luttent contre le nauséabond, contre le rance. Ils passent leurs vies à « faire barrage ». Triste, petit destin.

A lire aussi, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Qu’ils aient invité Éric Zemmour uniquement pour lui signifier son inculpation, c’est une chose dont il n’y a aucune raison de douter. Mais, en acceptant de s’y rendre, Éric Zemmour pensait-il à un possible gain de cause ? Pensait-il qu’il allait pouvoir transpercer la toile déjà tissée autour de lui ? Convaincre quelques-uns des adeptes du couple d’accusateurs publics ? Ils se sont bien gardés de le laisser faire. Poser la question qui incrimine et ne pas laisser l’inculpé répondre – c’est une vieille technique, utilisée dans tant de salles d’interrogatoire et, ce qui revient parfois au même, sur tant de plateaux de télévision. « Ici, vous n’êtes pas sur CNews », avertit Ruquier, voulant sans doute dire : « Ici, vous parlez quand et si nous vous le permettons. »

Ruquier n’était pas au courant, en disant cela, du fait que, sur injonction du CSA, qui l’a qualifié d’« acteur du débat politique national », CNews était sur le point de fermer son antenne à Éric Zemmour. La création d’une chaîne YouTube a déjà été annoncée – mais nul ne sait combien de temps Google, propriétaire du site, tolérera son existence.

Déguiser la vulgaire censure en bonne action

Ce déchaînement est-il dû à l’éventuelle participation d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle ? Cela a commencé il y a trop longtemps pour qu’on puisse l’expliquer ainsi. Depuis trop longtemps Éric Zemmour a des idées qu’il ne faut pas avoir – et, encore moins, exprimer en public –, des idées qui offensent la bienséance progressiste, des idées qu’il faut éradiquer. Cependant, ce n’est pas Zemmour lui-même qui gêne. Si ses livres se vendaient à 200 exemplaires, si ses émissions étaient regardées par 3 000 spectateurs, nul ne se donnerait la peine de lui couper la parole. Mais il a une audience, et elle grandit. Ce sont ceux qui l’écoutent qui gênent et ceux qui, en l’écoutant, disent : « Il a raison ». Ce sont eux qu’il faut renvoyer dans le vide de l’obéissance bien-pensante. Et, en fin de compte, c’est sur eux que le couple Ruquier-Salamé a voulu faire glisser l’ombre de la potence.

Il ne s’agit pas d’un combat d’idées, puisqu’il n’y en a pas dans le camp d’en face. Nous n’assistons qu’à une tentative, avec ses tortillements pudibonds, de déguiser la vulgaire censure en bonne action.

Et si Éric Zemmour, que le cirque politique et médiatique s’acharne bêtement de transformer en martyr, décidait de se présenter à la prochaine élection, qu’aurait-il en face de lui ? Une société française qui étouffe sous le poids de certitudes inculquées et qui n’écoute plus avant de contredire. Une société dont la culture s’évanouit et où les dogmes ont remplacé les idées. Une société fermée. Zemmour pourrait-il convaincre ceux qui ne partagent pas ses idées, ceux que le progressisme des politiciens et des journalistes a intoxiqués depuis bien longtemps ? Rien n’est moins sûr.

Nous vivons dans un monde où se faire haïr pour ses idées et évincer à cause d’elles est une paradoxale victoire. Zemmour l’a emportée, et plus haut s’élèvera le mur que ses juges construisent autour de lui, plus belle elle sera. Telle est la stupidité de la censure.

La France n'a pas dit son dernier mot

Price: ---

0 used & new available from


P.S. Depuis lundi matin, l’enregistrement de l’émission On est en direct avec Éric Zemmour comme inculpé a été retiré du site YouTube. Des fragments de quelques minutes peuvent être vus ici et là, mais rien de plus. C’est un signe, sans doute, mais un signe de quoi ?

Le grand remplacement, c’est maintenant!

L'écrivain français Renaud Camus © Renaud Camus

L’addition est simple. Immigration non maîtrisée + surnatalité des femmes étrangères = de moins en moins d’autochtones. La situation dans de nombreuses villes prouve que le changement n’est pas un « fantasme ».


À la fin du mois d’août, la publication d’une première version de notre étude « Immigration et démographie urbaine » sur le site de Causeur a suscité une vague de réactions dans les médias, chez les politiques et sur les réseaux sociaux. Les bandeaux de CNews parlaient de « bouleversement démographique ». Mais d’autres mots ont hanté les conversations et figuré toute une journée en haut des tendances Twitter : #GrandRemplacement.

Forgée par l’écrivain Renaud Camus dans un essai paru en 2011, cette notion nourrit désormais les éditoriaux, les discussions familiales, mais aussi les lieux de pouvoir. Le journaliste Marc Endeweld affirmait récemment que le président Macron la reprenait régulièrement lors de conversations au sujet de l’immigration et de l’islam.

Un basculement historique

Il est donc légitime de se demander si nos cartes et nos analyses valident ou non la thèse du « grand remplacement ».

Renaud Camus défend l’idée selon laquelle la France et l’Europe connaissent un changement de population, qu’il résume de la façon suivante : « Pouvez-vous développer le concept de Grand Remplacement ? – Oh, c’est très simple : vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples » [1]. Pour l’auteur, cela constitue « le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre ».

A lire aussi: Causeur: Souriez, vous êtes grand-remplacés!

Avec le « grand remplacement », Renaud Camus défend, selon François Héran, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Migrations et sociétés, « une thèse à deux jambes » [2] :

– La première jambe est quantitative, elle se réfère aux flux migratoires et aux différentiels de fécondité ;
– La seconde est qualitative et se réfère aux changements culturels au sein de la société française.

Sur le plan quantitatif, les éléments ne manquent pas pour étayer le constat d’une transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration. Celle-ci a eu pour conséquence que 11 % de la population résidant en France est immigrée en 2017 et que 25 % est d’origine immigrée – si l’on compte les enfants de la seconde génération issue de l’immigration –, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) publiés en octobre 2018 [3].

Nous sommes donc loin du pur « fantasme » évoqué par certains, d’autant plus qu’il s’agit là exclusivement de stocks – c’est-à-dire de ce qui est et non de ce qui sera à l’avenir. Or deux moteurs conjoints amplifient rapidement ces transformations.

1) La poursuite et l’accélération de l’immigration vers la France

Pour la seule année 2019, 469 000 étrangers se sont légalement installés sur le territoire national [4] (primo-titres de séjour accordés + demandes d’asile enregistrées + mineurs étrangers reconnus « isolés »), soit un record absolu. Il faut ajouter à cela les entrées clandestines, difficiles à chiffrer par nature, mais que l’on peut estimer à plusieurs dizaines de milliers par an.

2) La surnatalité des populations immigrées par rapport aux natifs.

Il importe de tenir compte du différentiel de fécondité entre les femmes descendantes d’autochtones (moins de 1,8 enfant par femme en moyenne en 2017), les femmes descendantes d’immigrés (2,02 enfants par femme en moyenne) et les femmes immigrées (2,73 enfants par femme en moyenne). Cette fécondité varie fortement selon l’origine des femmes : 3,6 enfants par femme en moyenne pour les immigrées algériennes, 3,5 enfants par femme pour les immigrées tunisiennes, 3,4 enfants par femme pour les immigrées marocaines et 3,1 enfants par femme pour les immigrées turques, ce qui est plus élevé que la fécondité de leurs pays d’origine (respectivement 3 ; 2,4 ; 2,2 ; 2,1 [5]).

Sur une même période de vingt ans, entre 1998 et 2018 :

– Le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a baissé de 13,7 % ;

– Le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a augmenté de 63,6 % ;

– Le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 43 % [6].

A lire aussi, Radu Portocala: Intolérable Zemmour

En 2018, près d’un tiers des enfants nés en France (31,4 %) ont au moins un parent né à l’étranger.

Les natifs au carré déjà minoritaires dans de vastes zones urbaines

Commentant les projections de population d’origine étrangère dans les pays de l’UE adossées au scénario Convergence 2008-2060 d’Eurostat [7], la démographe Michèle Tribalat précisait que dans certains pays, « les natifs au carré pourraient devenir minoritaires avant l’âge de 40 ans, d’ici 2060 » – natifs au carré désignant les personnes nées dans un pays de deux parents qui y sont nés également. Elle explique ces résultats par « la conjonction d’une démographie interne peu dynamique et des soldes migratoires projetés qui donne une contribution aussi importante à l’immigration » [8].

Quant à l’aspect « qualitatif » de la notion de « grand remplacement », recouvrant les transformations de mœurs et de civilisation potentiellement induites par l’immigration (spécialement extra-européenne), il ne saurait évidemment être résumé par des données statistiques. Concluons néanmoins avec Michèle Tribalat : « Il me semble que le succès de cette notion vient de son pouvoir d’évocation de certaines situations vécues. Elle a un sens figuré qui évoque l’effondrement d’un univers familier que vit, ou craint de vivre, une partie de la population française : disparition de commerces, et donc de produits auxquels elle est habituée, habitudes vestimentaires, mais aussi pratiques de civilité, modes de vie… »


Le Grand Remplacement

Price: ---

0 used & new available from

[1] Renaud Camus, Le Grand Remplacement, 2011.

[2] Interview de François Héran par Ivanne Trippenbach pour L’Opinion, 4 octobre 2019.

[3] Cités par Jean-Paul Gourévitch dans Le Grand Remplacement : réalité ou intox ?, Pierre-Guillaume de Roux, 2019.

[4] Sources : Ministère de l’Intérieur et Ofpra.

[5] Interview de François Héran, op. cit.

[6] Statistiques de l’état civil de l’Insee et du document « T37BIS : nés vivants selon la nationalité des parents (Union européenne à 28 ou non) ». Calculs : OID. https://observatoire-immigration.fr/natalite-et-immigration/ 

[7] Eurostat, « Fewer, older and multicultural ? Projections of the EU populations by foreign/national background », 2011.

[8] Interview de la démographe Michèle Tribalat par Rudy Reichstadt réalisée en 2017 et publiée sur le site de Causeur en 2019 : « L’idée de “grand remplacement” évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population ».

Un exil français, de Georges Bensoussan

2
L'historien Georges Bensoussan, photographié en mai 2018. Il publie "Un exil français" le 21 septembre 2021 © Hannah Assouline.

20 ans après la publication des Territoires perdus de la République, Georges Bensoussan revient sur les procès intentés contre lui dans un nouveau livre (Un exil français, Un historien face à la Justice, L’Artilleur, septembre 2021). Le seul crime de l’historien finalement innocenté est d’avoir dénoncé avant les autres le nouvel antisémitisme.


On vous fait toujours payer vos bonnes actions. Il y a déjà vingt ans, Georges Bensoussan, épaulé par Iannis Roder et Barbara Lefebvre, sortait sous le pseudo collectif d’Emmanuel Brenner les Territoires perdus de la République, recueil de témoignages sur l’infiltration islamiste dans ces « territoires » que la France abandonne peu à peu à l’islam le plus rigoriste et au trafic de drogue. Ce titre est devenu une métaphore sur-utilisée, mais les autorités n’ont jamais rien fait pour bloquer la communautarisation de départements entiers, l’islamisation d’établissements scolaires, ni la montée d’un anti-sémitisme d’origine musulmane. Être lanceur d’alerte ne suffit pas pour qu’on vous croie — et il faudra attendre 2018 pour qu’au péril de leur bonne conscience, deux journalistes du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, osent franchir le périph pour enquêter en Seine Saint-Denis. Saluons leur courage.

Entre-temps, Bensoussan avait plusieurs fois réédité son livre, augmenté chaque fois de témoignages nouveaux. Au grand dam des associations de poil et de plumes qui voient du racisme chez toute personne qui dit la vérité. Ainsi, l’« historienne » Laurence De Cock affirmait-elle depuis vingt ans que les Territoires perdus portaient la marque d’un « racisme culturel ». 

Hypocrisie monumentale

Je mets le mot « historienne » entre guillemets parce qu’il ne suffit pas d’être prof d’histoire ou de philo pour se décréter historien ou philosophe — surtout quand votre haut fait d’armes en matière de recherche porte sur « l’enseignement de l’Histoire », ce qui apparemment suffit à faire de vous un spécialiste, dans les sphères à oxygène raréfié du pédagogisme, Les profs de Lettres, après tout, par crainte du ridicule, évitent de se déclarer écrivains. Mais chacun, en France, se pare des plumes du paon, comme disait La Fontaine — même les geais et même les vilains corbeaux.

Pour mémoire, c’est cette honnête militante, pas du tout partisane ni imbue d’elle-même, que France 2, une chaîne 100% objective, avait choisi pour interroger le candidat Fillon lors de la présidentielle de 2017. Un gage certain d’objectivité.

A lire aussi, Alain Finkielkraut: Antisémitisme: face au parti du néant

Il a suffi que dans Répliques, l’émission d’Alain Finkielkraut, Bensoussan enfonce le clou pour que l’envie de pénal, comme disait Philippe Muray, saisisse cette « historienne » et ces officines bien-pensantes. C’est fou, quand on y pense, qu’une certaine extrême-gauche bien-pensante use des procédés de dénonciation popularisés sous Pétain. René Char en 1962, avec la préscience des poètes, parlait déjà de « pétainistes invertis », de « ce lot d’intellectuels aujourd’hui fardés au progressisme. »

Qu’avait donc dit Bensoussan— qui est, lui, un vrai historien, spécialiste des Juifs en pays arabes (2012) et de l’histoire de la Shoah ? Que les petits musulmans « tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère ».

C’était une métaphore qui en décalquait une autre, articulée par le sociologue d’origine algérienne Smaïn Laacher dans le documentaire de Georges Benayoun, Profs en territoires perdus de la République (2015) : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique, et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Il est dans l’air qu’on respire. Des parents à leurs enfants… quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de Juifs. Bon, mais ça, toutes les familles arabes la savent ! C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique. »

Bensoussan avait résumé le propos en exploitant la métaphore sous-jacente. La langue, c’est la langue maternelle — d’où le glissement à l’idée de « téter l’antisémitisme avec le lait de sa mère ». Au passage, notre historien de la Shoah s’est peut-être souvenu de la réflexion d’Itzhak Shamir déclarant au Jerusalem Post que « les Polonais tètent l’antisémitisme avec le lait de leur mère ». Être assimilé à des Polonais, pour des arabes, voilà qui frise probablement l’injure caractérisée. Le journaliste marocain Saïd Ghallab parlait déjà — en 1965 — du « lait haineux » dans lequel, par lequel grandissaient les Arabes.

Un long calvaire

Laurence De Cock, dont la vaste culture implique qu’elle connaissait ces références, lance immédiatement une pétition, signée par tout ce que la France compte de gens éclairés et pas du tout à parti pris, en jouant sur une seconde métaphore induite, du « lait » au « sang », pour accuser Bensoussan d’invoquer un argument génétique — donc raciste.

Je ne chercherai pas à savoir si le racisme n’est pas dans l’inconscient de gens qui opèrent ce genre de glissement sémantique. Le fait est qu’un certain nombre d’associations (le CCIF, la LDH, le MRAP et SOS Racisme) se joignent à la protestation et portent plainte nommément contre Bensoussan.

Entre-temps, le CSA, dont l’impartialité est légendaire et s’est encore illustrée ces jours derniers avec l’invention du statut de « candidat potentiel à la présidentielle » créé tout exprès pour Eric Zemmour, tance Finkielkraut et l’oblige à lire à l’antenne une mise au point qui ressemble fort à une rétractation. On ne disait pas encore « woke » en 2016, mais il y avait déjà plein de gens courageux et pas du tout soumis au politiquement correct.

Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021

Quant aux sites islamistes, ils s’indignent avec toute la vertu dont ils sont capables. Pour avoir été moi-même la cible d’Oumma.fr, sur eux la bénédiction d’Allah le Miséricordieux, je sais ce qu’une insinuation peut provoquer dans des cervelles malades. Sans avoir besoin d’articuler des menaces. Sans parler de Médiapart et de son honorable directeur, Edwy Plenel. On vit une époque formidable. Mais pas seulement les sites spécialisés. Libération en rajoute une couche, dénonçant les propos d’un responsable du Mémorial de la Shoah. Et de fait les institutionnels juifs ne se bousculeront pas pour soutenir Bensoussan. 

Faisons-la courte, pour ne pas déflorer un livre qui raconte patiemment le calvaire et le défilé de petites horreurs de quatre ans de procédure. Innocenté en première instance, puis en appel, Bensoussan est finalement définitivement blanchi en Cassation. Ces gens-là disposent apparemment de fonds illimités, tous issus, bien sûr, de dons parfaitement traçables. Eh bien oui, si tant de Juifs ont fui la Seine Saint-Denis, ce n’est pas seulement pour voir du pays, mais parce que leur sécurité n’était plus assurée dans ces territoires pas perdus pour tout le monde. Désormais, on peut le dire.

Ce qui a amené en avril 2018 Philippe Val et quelques autres — dont l’auteur de ces lignes — à signer un Manifeste contre le nouvel antisémitisme né dans notre France éclatée façon puzzle. Mais il ne faut pas en parler, de même que les lois mémorielles interdisent de fait d’évoquer un autre esclavagisme que celui des Européens. La traite africano-arabe ? Chut…

A lire aussi: L’étrange projet de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage

Jacques Julliard, qui n’a « ni le courage d’être juif ni l’élégance d’être nègre », comme disait Brel (dans « Voir un ami pleurer ») et se contente d’être humaniste et intelligent — deux tares dont j’espère qu’il se repent chaque jour — livre à ce livre édifiant une préface lumineuse. Il y évoque le « pharisaïsme antiraciste de l’extrême-gauche » qui, prenant la raison à l’envers comme dans 1984, veut « faire reconnaître coupable celui qui ne partage pas ses convictions, quand bien même, et surtout, il est lui-même un combattant des droits de l’homme. » Parce que la Bêtise et la lâcheté chassent en meute, et qu’offenser un imbécile, c’est les offenser tous — et leur nom est légion.

Parce qu’il ne s’agit pas uniquement de protéger les Juifs. Il faut bien comprendre, écrit Bensoussan, qu’en « se montrant incapable de nommer le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir ce qui la menace elle-même. » La haine du Juif est toujours le premier pas. Puis vient la haine du Blanc, du « kouffir », de tout ce qui n’est pas conforme à la doxa islamique et tiers-mondiste. 

Quant aux complices objectifs d’Houria Bouteldja, dont les livres ne sont pas du tout racistes, et de ses coreligionnaires, leurs noms apparaissent au bas des pétitions lancées par Laurence De Cock et ses semblables — sur eux sottise et bénédiction, comme disait Voltaire.

Georges Bensoussan, Un exil français, Un historien face à la justice, l’Artilleur, 20€

Un exil français: Un historien face à la Justice

Price: ---

0 used & new available from

Inch'allah : l'islamisation à visage découvert

Price: ---

0 used & new available from

Les territoires perdus de la République

Price: ---

0 used & new available from

Tour de passe-passe à la belge

0
Présentation du Covid Safe Ticket devant un restaurant de Woluwe-Saint-Lambert, région de Bruxelles, Belgique © Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40884597_000002

N’allez pas parler aux Belges de “passe sanitaire”. Comme ils ne peuvent jamais rien faire comme tout le monde, la région autonome bruxelloise met en place le “Covid Safe Ticket”.


La Belgique, qui est réputée être un pays surréaliste – ce qui est un gentil euphémisme pour dire « crétin » – va encore s’illustrer dans ce domaine [1]. Contrairement à la France, on n’y aura pas recours à un passe sanitaire. Les autorités l’ont martelé à l’envi, pas de ça chez nous ! Non, la Belgique n’aura pas de passe sanitaire, elle aura plutôt un « Covid Safe Ticket ». Les dirigeants belges sont très friands d’anglais d’aéroport, le moindre terme à consonance un peu trop francophone hérissant les Flamands. Donc pas de passe sanitaire, et vive le Covid Safe Ticket ! Il sera exigé pour se rendre au restaurant, au spectacle ou tout simplement pour siroter une Duvel en savourant le tardif soleil automnal à la terrasse du troquet du coin. Du moins, il sera exigé d’une partie des Belges : les Bruxellois [2].

En effet, dans le cadre de son coûteux surréalisme, la Belgique se divise en un vrai mille-feuille d’autorités complémentaires – parfois – ou opposées -souvent. 

C’est d’ailleurs en mars 2020, à l’aube du confinement, que les Belges ébahis ont appris qu’ils entretenaient neuf ministres de la santé ! Ces autorités peuvent être fédérales, régionales, provinciales, communales ou communautaires. Sans compter la Cocof (Commission communautaire francophone), la Cocon (Commission communautaire néerlandophone) et la Cococo (Commission communautaire commune). 

Et c’est donc la Région bruxelloise qui a eu cette ingénieuse idée de Covid Safe Ticket, assorti d’amendes, sinon on ne voit pas trop l’intérêt du bidule. Préemptée par une éternelle coalition rouge et verte, avec quelques partis-croupions pour faire l’appoint, ladite Région en avait déjà fait beaucoup baver au secteur de la restauration. Des aménagements urbanistiques ubuesques, une politique de mobilité ahurissante, des piétonniers gigantesques, une insécurité croissante mais non sanctionnée et des taxes à perte de vue avaient contraint nombre de représentants du secteur Horeca (Hotels, Restaurants, Cafés) à la faillite. Les survivants avaient dû affronter la police de la « chaîne alimentaire » plus sourcilleuse que jamais, traquant les œufs de poules non estampillées ou le lait de vaches non certifiées dans toutes les arrière-cuisines. C’est donc au bord de l’asphyxie que la plupart des bistrotiers a affronté le confinement de 2020 et se bat encore, du moins ceux qui n’ont pas mis la clé sous le paillasson, pour survivre. Et paf ! Voilà le Covid Safe Ticket qui fait son apparition. La clientèle devra donc montrer patte blanche et se faire enfoncer un coton-tige dans le pif avant de passer à table. Sauf que ladite clientèle ne fait pas mystère de ses intentions, elle ira déguster son moules-frites dans une des deux autres régions, vu qu’un bobo à trottinette ferait le tour de la Région bruxelloise en vingt minutes.

Le bon sens voudrait donc que cette Région bruxelloise renonce à ses singeries et restitue aux habitants leurs élémentaires libertés. Mais le bon sens n’est pas à proprement parler la marque de fabrique des autorités bruxelloises. Elles font donc pression sur les deux autres régions afin que celles-ci adoptent les mêmes mesures. Pour la Flandre, c’est « Niet ! ». Mais en Wallonie on se tâte en se demandant ce qui sera le plus lucratif de l’oppression ou de la liberté. 

Sophonisbe

Price: ---

0 used & new available from


[1] La Belgique est réputée « surréaliste » dans le domaine des arts (cinéma, peinture, poésie, architecture) mais aussi pour son système politique assez ubuesque, le pays pouvant demeurer plus d’un an sans gouvernement après des élections NDLR…

[2] La Belgique est constituée de trois régions autonomes (qui se tapent dessus), la Wallonie, la Flandre et le Région bruxelloise. Cette dernière est toute petite, et compte un million d’habitants.

Appelez ça comme vous voulez…

3
Station RER Gare-du-Nord, Paris, 23 septembre 2010 © ETIENNE LAURENT / AFP

Indignations et criailleries ont accueilli les travaux de France Stratégie qui prouvent qu’une révolution démographique est en cours dans les grandes et moyennes villes de France. Si l’expression Grand Remplacement, vous donne de l’urticaire, parlez de Grand Basculement.


Freud appelle cela la dénégation : un processus défensif qui consiste à nier une réalité ou une pensée avec tellement de force que cela revient à les confirmer. Après la publication, sur le site de Causeur, d’une première série de cartes et de données montrant l’ampleur du bouleversement démographique dans notre pays, le parti de l’aveuglement, de France Inter à L’Express en passant par Le Monde, sans oublier de nombreux responsables politiques, s’est surpassé dans la criaillerie et l’offuscation. Fermez le ban : la réalité « dévoilée » par les cartes de France Stratégie et par l’analyse qu’en fait l’Observatoire de l’immigration et de la démographie n’existe pas. Vous ne voyez pas ce que vous voyez. Théorie complotiste « prisée par la fachosphère », fantasme d’extrême droite relayé par des « médias ultraconservateurs » : tout l’arsenal sémantique du déni a été convoqué à grand renfort d’airs dégoûtés. Cet unanimisme du clergé médiatique indique, à lui seul, que nous avons mis le doigt sur une vérité dont les belles âmes ne veulent pas entendre parler.

A ne pas manquer, nos cartes et chiffres, dans les kiosques: Causeur n°93: Souriez, vous êtes grand-remplacés!

« On peut débattre de tout sauf des chiffres. » Cette formule, employée par la propagande sanitaire du gouvernement pour nous convaincre des bienfaits du vaccin, est éminemment contestable. Comme les images, les chiffres parlent et comme elles, ils peuvent dire n’importe quoi. Reste qu’en l’occurrence, les chiffres sont têtus. On peut les tordre dans tous les sens, se boucher le nez et répéter « extrême droite » en guise de mantra conjuratoire, ils prouvent bel et bien que le Grand Remplacement n’est pas un fantasme, mais une réalité. Qu’on l’appelle désormais Grand Basculement, expression sans doute préférée parce qu’elle n’a pas été forgée par Renaud Camus, n’y change rien.

Chacun pourra juger sur pièces dans les pages suivantes, mais résumons : une proportion croissante des enfants nés en France est issue de parents immigrés ou descendants d’immigrés extra-européens, c’est-à-dire pour une grande part originaires du Maghreb et d’Afrique noire, tandis que la part des enfants « de souche » se réduit. Ainsi, un tiers des bébés nés en 2018 a au moins un parent étranger. Sauf que le parent français est souvent lui-même issu de la « diversité » : nombre de « mariages mixtes » unissent un Français d’origine étrangère qui épouse une personne venue de son pays, voire de son village.

En effet, ces données qui, faute de statistiques ethniques, se fondent sur le seul critère de la nationalité, n’intègrent pas les enfants de la troisième génération qui, du point de vue statistique, sont considérés comme des « natifs au carré » (enfants français nés de deux parents français) : en clair, la substitution démographique est encore plus importante que ce que suggèrent les chiffres. Il faut ajouter que ce phénomène n’est plus concentré dans les banlieues des grandes villes puisqu’il concerne aussi bien des cités autrefois emblématiques de la douce France comme Orléans ou Poitiers – d’aucuns verront dans ce dernier cas une revanche de l’histoire…

On me dira que c’est très mal de distinguer les enfants en fonction de leur origine, que la plupart sont français et que la République ne reconnaît que des citoyens. Cette cécité militante suppose que les gens sont interchangeables et les immigrés des voyageurs sans bagages. Peu importe en effet que les enfants soient noirs, blancs ou jaunes s’ils deviennent des Français de cœur, de valeurs et de mœurs. Ce qui transforme le changement ethnique en Grand Remplacement, c’est la révolution culturelle qui l’accompagne dans les faits. Comme l’ont noté Élisabeth Badinter, Gérard Collomb ou François Hollande, qui à notre connaissance n’émargent pas à l’extrême droite, on assiste bien à l’émergence d’un deuxième peuple (voire de plusieurs autres peuples) vivant selon ses propres codes sur le territoire français. On a le droit d’aimer ce changement à l’image des thuriféraires de la nouvelle France, qui voudraient par ailleurs nous faire croire, sans rire, que le prénom le plus répandu dans le « 9-3 » est Nicolas. On a aussi le droit de s’en inquiéter, comme le font au demeurant beaucoup de descendants d’immigrés dont les parents sont venus chercher en France la liberté qui n’avait pas cours chez eux. Vivre à Montreuil comme à Bamako ou à La Courneuve comme à Alger revient à affirmer que la France ne vaut que par sa prospérité – et ses allocs.

A relire: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

D’un point de vue statistique, cette mutation s’explique par deux facteurs : la poursuite de l’immigration et la différence de fécondité entre les femmes « de souche » et les autres. Certes, ce différentiel s’atténue au fil du temps (chez les femmes de la troisième génération, il est presque nul). Mais avec un flux constant de nouvelles arrivées, il y a toujours une « première génération ». Pour autant, on se gardera d’affirmer que le Grand Remplacement résulte d’une volonté assumée de changer le visage de la France. En réalité, les individus, qui ont tous d’excellentes raisons de venir, en sont plutôt les vecteurs inconscients que les agents organisés.

Répétons-le, ce ne sont pas les différences ethnico-religieuses qui sont déterminantes, mais notre façon de les accommoder. Autrement dit, si la mutation démographique se traduit par un changement de peuple, c’est parce que la machine à fabriquer des Français s’est totalement grippée. En partie parce que le grand nombre d’immigrés les dissuade de tout effort d’adaptation – pourquoi changeraient-ils leur manière de vivre quand c’est celle de tous leurs voisins ? –, mais surtout parce que, honteux d’être ce que nous sommes, nous avons renoncé à toute exigence : nous ne demandons même pas aux nouveaux venus la maîtrise de notre langue. Au contraire, nous multiplions les contorsions pour nous adapter à eux. Certes, nous avons fini, après moult tergiversations, par interdire la burqa, trop visiblement contraire à nos mœurs mais, dès l’école, on s’efforce de les persuader que leur culture a autant de droits, en France, que la culture française, quand on n’explique pas, comme le candidat Macron, que celle-ci n’existe pas. À l’arrivée, de jeunes Français appellent « mon frère » ou « mon cousin » d’autres Français sur la seule base d’une origine ethnique et/ou d’une religion commune.

Les belles illusions sur la diversité heureuse n’y peuvent mais : l’actualité nous rappelle quotidiennement que la coexistence de cultures n’est pas une promenade de santé, surtout quand aucune d’elles n’est considérée comme une culture de référence s’imposant à tous. Même dans les pays dont elle constitue la tradition politique, la société multiculturelle est de moins en moins pacifique. Et en France, comme le disait Gérard Collomb, le côte-à-côte menace de plus en plus de se transformer en face-à-face.

Pour conjurer ce danger, il faudrait à la fois stopper ou réduire au maximum le flux des nouveaux arrivants et remettre en route la machine assimilationniste qui a transformé des millions d’étrangers venus de partout en excellents Français. Ces choix politiques sont aussi des impératifs démocratiques dès lors qu’ils correspondent à la volonté d’une majorité de Français (de toutes origines). Il y a urgence : faute de réaction, la France de demain ressemblera à un vaste hall d’aéroport. Le duty free en moins, la violence en plus.


[1] Par exemple : « Moi je n’ai jamais, au grand jamais, désiré une adolescente, quelle horreur ! »

[2] Si l’on peut dire, s’agissant de phénomènes que n’importe qui peut observer depuis des années en se baladant dans nos villes.

[3] Remercions Martin Pimentel, rédacteur en chef de causeur.fr pour ce travail si éclairant.

L’urinoir et les talibans

1
"Fontaine" de Marcel Duchamp © Guy Bell/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40603579_000008

Dans des rushes tirés d’un documentaire de la BBC [1], des Afghanes observent incrédules l’œuvre artistique de Marcel Duchamp qui leur est présentée. Une forme de nihilisme ronge l’Occident et explique pour partie l’échec de la coalition en Afghanistan.


Il est des anecdotes qui ne sont pas des faits divers, mais des surgissements inattendus et implacables de la vérité. Ainsi d’une courte vidéo qui dit tout de l’échec de l’Occident en Afghanistan, et plus généralement de l’impuissance actuelle de l’Occident face à l’islamisme.

Gêne et incrédulité

Trente secondes sans aucune violence, et pourtant terribles. L’envoyée d’une ONG quelconque présente L’Urinoir de Duchamp à un groupe d’Afghanes incrédules et dépitées. La gêne de l’intervenante est palpable en même temps que sa suffisance pincée. Le regard des Afghanes est éloquent : c’est celui du bon sens à qui on demande de prendre la démence au sérieux. On n’ose imaginer ce qu’elles peuvent penser : « c’est donc ça la civilisation qui a envahi notre pays et qui vient nous expliquer comment nous devrions vivre, des gens pour qui un sommet de l’art est de mettre un urinoir sur une estrade ? » Et de notre côté, comment ne pas nous révolter en pensant que c’est finalement pour ça que 90 de nos soldats ont donné leur vie : pour que des ONG folles puissent expliquer aux Afghans que l’art occidental, c’est une pissoire.

Les Talibans ont détruit les Bouddhas millénaires de Bâmiyân. L’épopée messianique conduite par les Etats-Unis n’a rien de mieux à proposer pour raviver l’art sur ces décombres qu’un urinoir. Comment s’étonner ensuite que l’état afghan créé de toutes pièces par les Occidentaux se soit effondré si vite ?

Ce nihilisme qui ronge l’Occident

Nous aurions pu parler aux Afghans de l’art gréco-bouddhique qui s’épanouissait jadis sur leurs terres, fruit sublime de l’épopée immortelle d’Alexandre et de la rencontre entre deux civilisations magnifiques. Nous aurions pu leur parler des miniatures persanes et des estampes japonaises, leur dire que nous, Occidentaux, sommes les héritiers du Parthénon, et des bâtisseurs de cathédrales et de vitraux enchâssant la lumière dans des symphonies de pierre ciselée. Nous aurions pu montrer à ces Afghanes que les Talibans enferment sous l’obscurité ignoble du tchador, la manière dont notre civilisation célèbre la beauté féminine depuis des millénaires, des drapés sensuels de l’Antiquité aux reines préraphaélites en passant par les Vierges médiévales en majesté, Athéna pensive et Jeanne d’Arc en prière.

A lire aussi, Jean-Yves Berthault: On peut et on doit parler avec les Talibans

Mais non. Nous leur avons montré L’Urinoir de Duchamp, parfait symbole du ricanement cynique et du nihilisme qui nous rongent. Nous leur avons montré qu’en même temps que nous prétendons être un modèle universel, nous nous méprisons nous-mêmes : François Chevallier le démontre avec brio dans La société du mépris de soi, en partant justement de Duchamp.

Foule passive et pervertie de consommateurs

Mais faut-il vraiment dire « nous » ? En regardant cette vidéo, la plupart des Occidentaux ne se sentent-ils pas plus proches des Afghanes effarées que de la conférencière ? Ce qui a si lamentablement échoué en Afghanistan, est-ce l’Occident ou l’idéologie délirante qui n’a pris le pouvoir en Occident que pour le dévorer de l’intérieur et le pousser à l’autodestruction ?

Nous, qui nous voulons encore héritiers des philosophes d’Athènes, des chevaliers de la Chrétienté et des savants des Lumières, nous qui considérons que l’Opéra Garnier est de l’art, mais que des pneus plaqués or n’en sont pas et n’ont rien à y faire, nous qui attendons autre chose qu’un urinoir, un carré blanc sur fond blanc, ou les œuvres grossières enrobées de discours pédants de Jeff Koons, nous ne sommes pas les responsables de la défaite face aux Talibans. Pourtant, nous aussi sommes coupables.

Kamel Daoud l’avait vu avec une lucidité remarquable après les agressions sexuelles de la nuit du Nouvel An à Cologne : c’était un double scandale. Scandale des agresseurs pervertis par les rapports hommes-femmes profondément pathologiques du monde arabo-musulman, mais scandale aussi de cette foule occidentale, restée passive car pervertie elle aussi. Pervertie et rendue lâche par une société où elle se sent lentement dépossédée de son pays, de son histoire, de sa dignité, par une éducation qui l’a dévitalisée, qui glorifie l’effacement de soi et le renoncement, qui la conditionne à renoncer à vivre pour se réfugier dans la consommation compulsive de la vie.

L’empire du moche

Oui, c’est bien la même perversion qui fait dire « vous n’aurez pas ma haine » à ceux qui massacrent nos enfants au Bataclan ou à ceux qui agressent nos femmes et nos filles à Cologne, et qui pousse à consentir à l’exhibition d’un plug anal en guise de sapin de Noël.

Nous ne sommes coupables d’aucun des crimes dont nous accusent chaque jour le progressisme et l’idolâtrie de la « diversité », mais nous sommes néanmoins coupables. Nous sommes coupables de courber l’échine. Nous sommes coupables d’avoir laissé la soif de beauté se déliter, étouffée par la banalisation du moche plus encore que du laid – je renvoie à la passionnante analyse qu’en fait le blogueur Cincinnatus. Nous sommes coupables d’avoir renoncé à l’élan vers la grandeur.

Jadis, pourtant, nous étions parvenus à imposer l’abolition de l’esclavage sur la quasi-totalité du globe. Nous avons remporté des batailles éclatantes, au champ d’honneur et sur nous-mêmes. Nous avons permis à l’humanité entière de lutter contre les épidémies et les famines, et de réduire de façon presque miraculeuse la mortalité infantile. Nous avons apprivoisé l’électricité et l’atome, et nous avons ouvert la route vers les étoiles. Il nous faudra, bien sûr, veiller à ne pas retomber dans les travers de l’impérialisme : les Grecs, à qui nous devons ce que nous avons de plus grand, nous mettent en garde contre l’hubris. Mais si nous voulons un jour pouvoir à nouveau défendre véritablement la dignité de l’Homme, nous devrons d’abord retrouver la conscience de notre dignité d’Occidentaux, et relever la tête.


[1] ‘Bitter Lake’, Adam Curtis, 2015.

Déjeuners avec les talibans

Price: ---

0 used & new available from

De « Titane » à « L’Événement »: des prix dans l’air du temps

0
La réalisatrice Audrey Diwan, Lion d'or à Venise pour "L'évènement", 12 septembre 2021 © KIKA Press/Cover Images/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA31572479_000004

Le cinéma accorde une place démesurée aux thèses néoféministes. Après la Palme d’Or de l’esbroufe remise à Cannes au film raté « Titane », le film « L’Événement » vient de remporter le Lion d’or à la Mostra de Venise.


Il y a quelques semaines la Palme d’Or du festival de Cannes a été attribuée au film de Julia Ducournau, “Titane”. Rien que de très normal en ces temps où la dénonciation de la « masculinité toxique » et la lutte contre « le patriarcat hétéronormatif » sont devenus les sujets de prédilection de ganaches artistiques et engagées n’ayant aucune once d’imagination créative, aucune autre idée que celles distillées par les évangiles progressistes.

Secouer les murs de la normativité

La réalisatrice, viscéralement wokée, dit souhaiter secouer « les murs de la normativité ». Le Monde s’enflamme : « Julia Ducourneau signe un film de genre et transgenre, à l’image claire-obscure comme les flammes. » La Voix du Nord s’époumone : « Les tabous ne résistent pas longtemps à la force de Titane. » Heureusement, tout le monde n’est pas dupe. Dans Marianne, Olivier de Bruyn décrit la supercherie : cette « Palme d’or de l’esbroufe » est « un prix qui honore une fiction évoquant […] dans la plus grande confusion des thématiques contemporaines : clouage au pilori de la masculinité toxique, éloge d’un féminisme hardcore, apologie des mutations transgenres… ». Philippe Bilger, dans ces colonnes, a trouvé ce film « hilarant et grotesque » et d’une extrême médiocrité. Même Libération descend en flammes une « palme vraiment acier ». 

A lire aussi: “Benedetta”, le pseudo-scandale de Cannes

Mais voilà, selon le barème actuel des cérémonies cinématographiques, Julie Ducournau a tout bon. Elle est une femme (10 points). Elle est jeune (10 points). Elle désire un « monde inclusif et fluide » (10 points). Elle est archi-féministe (10 points). Elle veut déconstruire les stéréotypes de genre (10 points). Le seul qui aurait pu sérieusement la concurrencer – et qui y est semble-t-il parvenu pour ce qui est du grotesque – c’est Paul Verhoeven avec Benedetta. Son film se veut féministe (10 points). Il évoque le lesbianisme (10 points). Celui d’une religieuse, qui plus est (10 points). Ce film a « au minimum troublé voire excité » Léa Salamé (10 points). Mais… le réalisateur est un homme (0 point). Il est né en 1938, c’est un boomer (0 point). Raté, de peu. En revanche, le film du franco-tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Lingui, les liens sacrés, n’avait strictement aucune chance de remporter le moindre prix. Mahamat-Saleh Haroun est à des lieues des préoccupations du nouveau monde artistique déconstructiviste, inclusif, fluide et transgenre. Olivier de Bruyn parle d’un film puissant, exigeant sur le fond et sur la forme (0 point). Le réalisateur (0 point) dénonce la culture du viol au Tchad (0 point – s’il avait dénoncé la culture du viol en France, c’eût été autrement mieux noté) et l’influence délétère de l’obscurantisme religieux islamique qui punit très sévèrement l’avortement (0 point) – il en aurait été naturellement tout autrement s’il avait dénoncé les lois polonaises, ou filmé un avortement illégal en France dans les années 60, comme nous allons pouvoir le constater à l’instant.

Vent mauvais

« Vent féministe sur la Mostra », titre Sud-Ouest. Apparemment le jury de cet événement qui vient de s’achever utilise le même barème que celui du festival de Cannes. Audrey Diwan a réalisé « un film cru, intimiste et féministe sur l’avortement », écrit Le Monde. De plus, elle s’est inspirée d’un roman d’Annie Ernaux (écrivain bourdieusard ayant gagné ses galons de garde-chiourme des salons littéraires en libellant l’arrêt de mort sociale d’un écrivain qui écrit mieux qu’elle). Audrey Diwan vient par conséquent de remporter le Lion d’or de la 78e édition de la Mostra de Venise pour son film intitulé L’Événement. « Une femme a gagné l’Oscar, une femme a gagné la Palme d’or, une femme a gagné le Lion d’Or. Ça signifie forcément quelque chose, ça ne peut pas être le hasard », a notamment déclaré la réalisatrice. Elle a raison, et la suite du palmarès confirme que « ça ne peut pas être le hasard ». Le prix de la meilleure réalisation revient à Jane Campion, pour son film Le pouvoir du chien. Et pour cause : « Le film aborde la question de la masculinité exacerbée et toxique. » Le prix de la meilleure actrice est attribué à Pénélope Cruz « pour son rôle dans Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, qui continue avec son actrice fétiche à célébrer la force des femmes et des mères face à des hommes lâches ou absents ». 

« Il semble se passer quelque chose dans le cinéma mondial. Comme un vent de jeunesse, de féminisme, d’audace. Un renouveau, peut-être, marquant la fin d’interminables décennies de primauté masculine sur le 7e art », écrit une Hélène Marzolf requinquée dans Télérama, résumant ainsi tout ce qui a été écrit à propos des films ayant remporté les derniers prix des plus prestigieux festivals cinématographiques. Très très peu de véritable travail de critique cinématographique dans ce que j’ai lu. Mais énormément de lieux communs néo-féministes nappés de sauce butlérienne.

A lire aussi: Belmondo, une virilité ironique


Revenons au très emblématique cas de Titane. La réalisatrice de cette daube est diplômée de la prestigieuse Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Cette école réputée a bien sûr adopté l’écriture dite inclusive. Elle a également une Charte égalité (consultable sur son site). Cette charte promeut la parité partout, pour tou.te.s (étudiant.e.s, président.e.s, directeur.trice.s, etc.). Elle rappelle que la Fémis « agit en faveur de la lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement et dans l’industrie du cinéma » et qu’elle organise « au moins une fois par an une journée de réflexion interdisciplinaire dédiée aux problématiques de genre » ; qu’elle a aménagé un « espace dédié aux ouvrages abordant les problématiques de genre » ; qu’elle organise « une demi-journée de formation lors de la semaine de rentrée pour tous les étudiant.e.s de 1ère année dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles » ; qu’elle « met à jour régulièrement les statistiques sur le genre » dans son enceinte, etc. En somme, la Fémis, comme nombre d’institutions artistiques, universitaires ou politiques, a adopté les thèses néo-féministes sur le genre qui font les beaux jours des sous-doués de toute obédience. Ce petit monde paresseux et dogmatique a compris que dorénavant une reconnaissance médiatique ne saurait s’obtenir sans une soumission totale à tous les catéchismes démagogiques, féministes et “déconstructivistes”. Les ravages sont visibles dans toutes les sphères. Les pitreries de Sandrine Rousseau ou la prose odorifère de Virginie Despentes le démontrent. Au cinéma, ça donne le film de Julia Ducourneau, Titane.

L'Evénement - Prix Nobel de Littérature 2022

Price: ---

0 used & new available from

Adieu Beauvau, vache, cochon, couvée!

1
Roubaix, 14 septembre 2021 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22605432_000004

Le président de la République était hier à Roubaix pour clôturer les tables rondes du Beauvau de la Sécurité. Il a eu beau taper du poing sur son pupitre et faire des promesses pour l’avenir, c’est beaucoup trop peu et beaucoup trop tard pour être efficace contre la « violence », qui, de son propre aveu, « s’est emparée de notre société » ces dernières années.


Semblable à Perrette qui, n’ayant qu’un pot de lait, bien posé sur un coussinet sur sa tête, se promettait à elle-même œufs, couvée, poulets, cochon, vache et veau, Emmanuel Macron a conclu le Beauvau de la Sécurité par un discours dans lequel il se promettait et surtout promettait à ses auditeurs réformes, réorganisations, volontarisme, effectifs et moyens – mais pour plus tard. 

2030, dit-il. Bel optimisme tablant sur une réélection en 2022, suivie d’une réélection en 2027, et se projetant sans doute sur une réélection en 2032, voire en 2037 ! Face à cet élan, les esprits chagrins s’étonneront juste que, gouvernant depuis plus de quatre ans, il ait attendu les derniers mois de son mandat pour s’occuper vraiment d’un problème datant d’avant son prédécesseur : ah, si seulement les policiers avaient hué le garde des Sceaux au début du quinquennat…

Pendant ce temps, çà chauffe aux Tarterets et à Val-de-Rueil

Long discours, dont la première moitié fut un interminable satisfecit : « voyez tout ce que j’ai déjà fait pour vous » – Maître Corbeau, sur un isoloir perché, tenait dans son bec un bulletin de vote…. on connaît la suite. Dommage qu’Emmanuel Macron n’ait pas évoqué dans ce bilan glorieux les émeutes aux Tarterets (Essonne) et les conflits entre Kurdes et Africains à Val-de-Reuil (Eure), qui sont pourtant de parfaites illustrations de ce que l’on peut attendre de sa politique.

Arrivent les annonces : du numérique, de l’auto-satisfaction, une réforme de la procédure pénale mais pour plus tard (il faudra attendre les États Généraux de la Justice), toujours de l’auto-satisfaction, une réflexion sur les cycles horaires dans la Police, encore du numérique et encore de l’auto-satisfaction, des promesses pour une loi de programmation également remises à plus tard, un contrôle parlementaire renforcé des forces de sécurité (du moins en théorie, attendons de voir si les élus de l’opposition auront accès aux données que l’on reprocha jadis au général Soubelet d’avoir communiquées à ces mêmes élus), et des « nouveautés » comme les caméras-piétons déjà promises depuis des années. Et du numérique, et encore de l’auto-satisfaction.

A lire aussi: La Fontaine ou l’esprit français

Mettre à jour le cadre légal d’usage des armes des forces de l’ordre au regard de l’extrême-violence dans les « quartiers » ? Nenni ! Et que nul ne songe à raviver le fameux Décret Organique du 20 mai 1903 des gendarmes, et encore moins de l’étendre à la police.

Avec la justice, ça coince toujours!

Se pencher enfin sur la responsabilité individuelle des magistrats, et en particulier des juges ? Vous n’y pensez pas !

Modifier radicalement notre politique migratoire (96% des déboutés du droit d’asile ne sont pas expulsés, moins de 15% des OQTF sont exécutées, droit du sol et regroupement familial, etc) ? N’allez surtout pas sous-entendre qu’il y aurait un lien quelconque entre l’insécurité et certaines immigrations, ce n’est pas comme si les conclusions du rapport du gouvernement suédois étaient connues.

Il y a fort à craindre qu’emporté par ses ambitions, moins champêtres que celles de Perrette mais tout aussi fumeuses, Emmanuel Macron ne finisse par renverser le pot au lait des douces promesses sur le dur chemin d’un pays confronté à tout ce qu’il fait semblant de ne pas voir. Et si on peut espérer qu’aujourd’hui policiers et gendarmes sauraient éviter à la pauvre Perrette d’être battue, on peut espérer aussi que ce Beauvau, qui ressemble surtout à une grenouille tentant de se faire aussi grosse qu’un bœuf, n’empêchera pas Emmanuel Macron de l’être (dans les urnes, naturellement).

Zemmour, un woke pas comme les autres

2
Invité de BFMTV, Eric Zemmour n'a pas dit s'il se portait candidat à la présidentielle, 15 septembre 2021 Image: capture d'écran YouTube / BFMTV

Alors qu’il entretient le doute sur une éventuelle candidature à la présidentielle, et alors que son livre très attendu sort en librairie demain, le monde politico-médiatique se demande si Eric Zemmour est simplement un phénomène de début de campagne. Ou bien si c’est une tendance lourde qui répond aux attaques du « wokisme » et qui est là pour durer…


Au cours de l’émission du samedi 12 de C News, « Place aux idées », l’invité du jour, Pascal Bruckner dit cette chose énorme — c’est du lourd — que, oui, il y avait  bien « un choc de civilisations » entre l’Europe et l’islam, quoi qu’ait dit et dise encore la gauche, qu’il n’était un secret pour personne que la Turquie, par exemple, rêvait de prendre sa revanche sur le second siège de Vienne, en 1683, en attendant la prise de Rome. Il a dit ça— énorme, le Bruckner— sur le ton calme et modéré qui sied à une chevelure blanchie sur les campus. Or, que disait-il de moins, de plus que ce que Zemmour nous répète inlassablement, mais en tirant de l’Histoire, sur un mode tragique, les dangers qu’un tel choc représente pour la France ? 

Ce que fait Zemmour

La décision du CSA était prévisible—et nous rassure : nous sommes dans un régime démocratique où la parole est libre. La tribune de Philippe Bilger, dans le dernier numéro du magazine Causeur, fait une analyse juste et chaleureuse des potentialités politiques de Zemmour. En refusant la nuance, Z rend « simple ce qui est complexe, lisible ce qui est obscur, évident ce qui est occulté. » À savoir qu’il y a le feu à la Maison France. Quel politique, quel politologue, quel homme sensé pense et dit le contraire dans les forums ? Mais mezzo voce, sans insister sur les mots identité  et civilisation. En disant « changement démographique » au lieu de grand remplacement. En distinguant précautionneusement musulmans et islam afin de ne pas affronter le tiers exclu : l’islamisation de la société. Bref, en ne sortant pas du politiquement correct.

A lire aussi: Intolérable Zemmour

Et que fait Zemmour ? Du Woke. Il est radical voire brutal, fait tomber les masques, débusque la mauvaise foi derrière l’altruisme, dégoupille les mots, répète les évidences que l’on ne veut admettre, met sous les yeux ce qu’on ne veut pas voir, réveille les esprits. Et on l’écoute car il « jette dans le chaos et le désordre du monde… dans l’effrayante angoisse de notre pays, des pincées d’espérance. »  Vous avez bien lu.

Une nation politique à l’identité contrariée

En France, nous passons notre temps à analyser : « les valeurs » de la République, nos libertés, celles des autres, nos droits, notre modèle démocratique, exportable partout. Là où Zemmour parle des femmes afghanes « bâchées de la tête aux pieds », ce qui n’est pas notre problème, BHL voit des femmes à émanciper et à secourir in situ. Les plateaux T.V. sont bourrés de politologues — comme il y eut des épidémiologistes. S’il est vrai que, depuis Athènes, la vie démocratique se caractérise par l’opposition entre parole et action, ce qu’on veut, en France, c’est parler à l’infini, « faire logos » partout, selon l’expression épatante d’une féministe, au Grand débat élyséen de 2019. Parce que parler, analyser, ergoter dispense de juger et de s’engager. 

A lire aussi: BHL, réac asymptomatique

Zemmour, lui, parle, beaucoup, en vue d’agir. Il agit déjà sur notre vie politique, en brisant les tabous et en cassant les codes. Il ne veut pas regretter, a-t-il souvent dit, comme l’historien Jacques Bainville, d’avoir « théorisé » au lieu de s’engager. Aussi force-t-il le trait car le temps presse. Ses obsessions sont justes. C’est le diagnostic qui importe. Ce que Bilger appelle « sincérité, absence de faux-fuyant, refus de l’argutie », c’est la lucidité et le courage. À l’époque du Grand Woke, Zemmour est un éveilleur. Il est normal qu’on le bâillonne.

Le CSA traite Z. comme un candidat. Sauf qu’on ne sait pas si Z. est candidat. Le Grand Méchant Loup va-t-il sortir du bois bientôt ? La seule question qui vaille est de savoir si le diagnostic de Z sur la France est justifié ou non. Et s’il a raison, dans le sommeil régnant, dans l’anesthésie généralisée des esprits, de nous réveiller, inlassablement, à cor et à cris. Ou s’il faut attendre la soupe populaire insipide qu’on nous servira lors des élections.

La France n'a pas dit son dernier mot

Price: ---

0 used & new available from

L’atypique fascisme russe

0
Moscou. Photo d'illustration Unsplash

Sylvain Roussillon publie Les fascismes russes (1922-1945): Vie et mort d’une mouvance en exil (Editions Ars Magna)


Après la parution des Brigades internationales de Franco et L’épopée coloniale allemande, c’est un nouvel opus tout aussi fascinant que nous livre Sylvain Roussillon. Publié aux éditions « Ars Magna », Les fascismes russes, vie et mort d’une mouvance en exil jette un regard sur le destin tragique de ces Russes blancs, jetés par millions sur les routes de l’exil après le déclenchement de la révolution de 1917. Remontant le fil de l’histoire tumultueuse d’un empire, dont le principal tort fut d’avoir ignoré jusqu’à sa chute les revendications d’un peuple, épuisé par le système autocratique des tsars et par un conflit mondial, ce directeur d’un établissement privé d’Enseignement Universitaire à Lyon, nous conte la genèse d’une idéologie aux multiples facettes.

Fascistes contre bolcheviks

Un voyage passionnant de 343 pages au cœur de mouvements divers que tout va opposer, des anarchistes aux mencheviks en passant par les organisations monarchistes ou sociales-révolutionnaires, mais que tout rapprochera autour d’un seul but : celui de renverser l’appareil bolchévique qui s’est emparé de l’État. On suit pas à pas l’extraordinaire aventure de ce courant contre-révolutionnaire, avec ses héros indissociables comme l’amiral Koltchak ou le général Wrangel, qui va progressivement glisser vers un fascisme moulé à l’âme russe, avec ses théoriciens, ses journaux, ses militants. On découvre les étranges Mladorossis (« Jeunes Russes ») qui reçoivent le soutien du prétendant au trône de Russie, le grand-duc Cyrille Romanov, et qui vont nouer des contacts avec l’Organisation fasciste panrusse de Anastase Andreïvitch Vonsyatsky. Une tentative de fusion entre l’aigle bicéphale et la croix gammée toujours muée par le désir commun de mettre fin au communisme à l’aube d’un nouveau conflit mondial.

A lire aussi: L’Allemagne, puissance coloniale éphémère

Une mouvance méconnue

Sylvain Roussillon nous transporte sur tout le continent. On suit l’évolution de cette mouvance fasciste atypique qui s’installe au Mandchoukouo, cet État fantoche créé par les Japonais, frontalier à l’Union Soviétique et lieu de toutes les intrigues. Caressant le rêve de créer un vaste État eurasiatique et conquérir Moscou, ces Russes blancs deviennent une force supplétive du Soleil Levant. Avant de déchanter lorsque les Américains finissent par larguer une bombe à Hiroshima en 1945.

De l’Ukraine à la Baltique, nos fascistes en herbe sont germanophones pour leurs propres intérêts comme le général Bermondt-Avalow, un officier qui finira par s’attirer l’animosité des nazis et des émigrés russes blancs eux-mêmes. Un national-socialisme à la sauce russe, teinté de monarchisme, dont l’étoile va progressivement pâlir lorsqu’Adolf Hitler décide d’envahir la sainte patrie, divisant les Russes blancs entre deux camps. Ceux qui s’éloignent du nazisme pour rejoindre la résistance et ceux qui espèrent que sous la protection de la croix allemande, ils vont rentrer chez eux victorieux à l’instar des cosaques d’Ivan Poltavets-Ostryanitsa. L’Ukraine occupée devient une Russie de substitution pour un nombre d’émigrés enrôlés sur le front de l’Est. Y compris pour des dissidents comme le général Andreï Andreïevitch Vlassov qui passe du communisme au nazisme sans état d’âme et qui sera finalement remis entre les mains de ses anciens amis à la fin de la guerre.

Un véritable chapitre méconnu de l’Histoire russe qu’il vous reste à découvrir, un ouvrage indispensable à toutes les bibliothèques et un témoignage historique de qualité accessible à tous.

Intolérable Zemmour

0
Le Monsieur "Loyal" de France 2 Laurent Ruquier, face à Eric Zemmour, 11 septembre 2021 Image: Capture d'écran France 2.

Le grand tribunal de la presse juge Éric Zemmour coupable de penser autrement. La première séance, présidée par Laurent Ruquier et Léa Salamé, a présenté les éléments constitutifs de la mise en accusation…


Autrefois, le monde communiste, avide d’éliminations, avait inventé une catégorie de coupables aussi vaste que vague : les ennemis de classe. Une fois désignés, l’immense machine à broyer se mettait en marche, les aspirait, les détruisait, stupide et implacable. Mais, pour commencer, il fallait le spectacle : de grandes réunions publiques étaient organisées, messes haineuses durant lesquelles le malheureux était démasqué, offert à la vindicte populaire, promis au prétoire.

C’est à ces sombres fantasmagories qu’a fait penser le passage d’Éric Zemmour dans l’émission de Laurent Ruquier et Léa Salamé. S’attendait-on à un débat ? On a eu droit à la constitution en direct d’un dossier de mise en accusation. À la fois enquêteurs, procureurs et juges, Ruquier et Salamé, hybrides de Fouquier-Tinville et Vychinski (!), se seraient contentés, n’eût été la durée fixe de leur spectacle, d’une seule question : « Comment osez-vous penser ce que vous pensez ? » Et ils auraient bien ajouté, en guise de sentence : « Nuisible, vous ne penserez plus, vous n’écrirez plus, vous ne vous montrerez plus, vous ne parlerez plus ! »

Faire barrage, c’est pas une vie !

Ils sont avec tant d’autres – toute une armée ! – les diseurs du Bien absolu, du Bien radical, les défenseurs du peuple ingénu contre les attaques sournoises, sulfureuses des gens comme Zemmour. Ils sont la presse-juge, la presse-filtre, la presse-censure, investie d’une mission de purification de la pensée publique. Ils luttent contre le nauséabond, contre le rance. Ils passent leurs vies à « faire barrage ». Triste, petit destin.

A lire aussi, Philippe Bilger: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Qu’ils aient invité Éric Zemmour uniquement pour lui signifier son inculpation, c’est une chose dont il n’y a aucune raison de douter. Mais, en acceptant de s’y rendre, Éric Zemmour pensait-il à un possible gain de cause ? Pensait-il qu’il allait pouvoir transpercer la toile déjà tissée autour de lui ? Convaincre quelques-uns des adeptes du couple d’accusateurs publics ? Ils se sont bien gardés de le laisser faire. Poser la question qui incrimine et ne pas laisser l’inculpé répondre – c’est une vieille technique, utilisée dans tant de salles d’interrogatoire et, ce qui revient parfois au même, sur tant de plateaux de télévision. « Ici, vous n’êtes pas sur CNews », avertit Ruquier, voulant sans doute dire : « Ici, vous parlez quand et si nous vous le permettons. »

Ruquier n’était pas au courant, en disant cela, du fait que, sur injonction du CSA, qui l’a qualifié d’« acteur du débat politique national », CNews était sur le point de fermer son antenne à Éric Zemmour. La création d’une chaîne YouTube a déjà été annoncée – mais nul ne sait combien de temps Google, propriétaire du site, tolérera son existence.

Déguiser la vulgaire censure en bonne action

Ce déchaînement est-il dû à l’éventuelle participation d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle ? Cela a commencé il y a trop longtemps pour qu’on puisse l’expliquer ainsi. Depuis trop longtemps Éric Zemmour a des idées qu’il ne faut pas avoir – et, encore moins, exprimer en public –, des idées qui offensent la bienséance progressiste, des idées qu’il faut éradiquer. Cependant, ce n’est pas Zemmour lui-même qui gêne. Si ses livres se vendaient à 200 exemplaires, si ses émissions étaient regardées par 3 000 spectateurs, nul ne se donnerait la peine de lui couper la parole. Mais il a une audience, et elle grandit. Ce sont ceux qui l’écoutent qui gênent et ceux qui, en l’écoutant, disent : « Il a raison ». Ce sont eux qu’il faut renvoyer dans le vide de l’obéissance bien-pensante. Et, en fin de compte, c’est sur eux que le couple Ruquier-Salamé a voulu faire glisser l’ombre de la potence.

Il ne s’agit pas d’un combat d’idées, puisqu’il n’y en a pas dans le camp d’en face. Nous n’assistons qu’à une tentative, avec ses tortillements pudibonds, de déguiser la vulgaire censure en bonne action.

Et si Éric Zemmour, que le cirque politique et médiatique s’acharne bêtement de transformer en martyr, décidait de se présenter à la prochaine élection, qu’aurait-il en face de lui ? Une société française qui étouffe sous le poids de certitudes inculquées et qui n’écoute plus avant de contredire. Une société dont la culture s’évanouit et où les dogmes ont remplacé les idées. Une société fermée. Zemmour pourrait-il convaincre ceux qui ne partagent pas ses idées, ceux que le progressisme des politiciens et des journalistes a intoxiqués depuis bien longtemps ? Rien n’est moins sûr.

Nous vivons dans un monde où se faire haïr pour ses idées et évincer à cause d’elles est une paradoxale victoire. Zemmour l’a emportée, et plus haut s’élèvera le mur que ses juges construisent autour de lui, plus belle elle sera. Telle est la stupidité de la censure.

La France n'a pas dit son dernier mot

Price: ---

0 used & new available from


P.S. Depuis lundi matin, l’enregistrement de l’émission On est en direct avec Éric Zemmour comme inculpé a été retiré du site YouTube. Des fragments de quelques minutes peuvent être vus ici et là, mais rien de plus. C’est un signe, sans doute, mais un signe de quoi ?