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Quand les droitards choisissent Nupes au second tour…

"La droite bourgeoise ne viendra vers la droite nationale que si l’extrême-gauche est forte et qu’elle prend peur", avancent certains

Quand les droitards choisissent Nupes au second tour…
Le militant d'extrème gauche Aymeric Caron, Aubervilliers, 7 mai 2022 © ISA HARSIN/SIPA,

Avant de plaider le lapsus, Mélenchon a appelé les « fachos » à voter pour lui. Des électeurs de Zemmour et Marine expliquent à Causeur pourquoi ils comptent voter Nupes.


Habituels électeurs d’Éric Zemmour, de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont-Aignan, ils se retrouvent malgré eux dans l’une des 271 circonscriptions où vont s’affronter pour le deuxième tour des législatives, ce dimanche 19 juin, un candidat d’Ensemble !, la coalition macronienne, et un candidat Nupes, la fameuse alliance menée par Jean-Luc Mélenchon qui redonne un coup de fouet à la gauche en ce printemps 2022.

Notre Staline de la Cannebière semble lui-même avoir eu une attention pour cette possible réserve de voix venue de la droite de la droite, en appelant les « fachos pas fâchés » à voter pour lui, avant de plaider le lapsus.

N’est-ce pas un trop beau cadeau fait au wokisme de laisser entrer au Palais Bourbon certains candidats farfelus (Aymeric Caron, Sandrine Rousseau…) ? -«Le wokisme est déjà au gouvernement»

Pour certains d’entre eux, ça sera l’occasion d’aller à la pêche, de passer le week-end en famille. Quelques autres opteront pour un moindre mal présidentiel. Ils sont quelques-uns cependant à revendiquer leur vote pour un candidat Nupes. Trolls ou stratèges à la petite semaine, nous sommes allés poser quelques questions à ces adeptes du billard à trois bandes.

Les fabos se mettront-ils au sarouel ?

Issue d’une famille pied-noire engagée dans l’OAS, elle-même passée dans les rangs de l’Action française dans sa tumultueuse jeunesse, Gersende Bessède n’est pas totalement inconnue des auditeurs de Radio Courtoisie. Se définissant de sensibilité « anarcho-libertaire droitière », on l’imaginerait mal à première vue grossir les rangs de l’électorat mélenchoniste et tout ce qu’il compte de jongleurs en sarouel. Au premier tour de la présidentielle 2022, elle aurait aimé voter Florian Philippot, « le seul à mon sens qui propose réellement des solutions concernant la crise des libertés publiques et la souveraineté du pays ». Elle s’est finalement décidée, « à la dernière minute », à voter Marine Le Pen, « dès le premier tour ». Dimanche dernier, alors que la Nupes semblait la mieux partie pour tailler des croupières à la majorité sortante, l’évidence tactique lui a sauté aux yeux. Elle l’a expliquée non sans lyrisme sur les réseaux sociaux : en votant Nupes, « tu tentes le risque, l’échec possible, le panache, le blocage institutionnel, le bordel créateur qui rouvre les possibles et le foutoir vitaliste… Tu tentes le chaos ».

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Gersende Bessède distingue deux raisons principales pour expliquer son vote : « D’abord, sanctionner le régime et Macron. Leur bilan a été complètement évacué aussi bien de la campagne présidentielle que de la campagne législative. Tout le monde fait comme s’il ne s’était rien passé depuis cinq ans, comme si les gilets jaunes n’avaient pas été éborgnés, comme si nous n’avions pas été enfermés indûment pendant deux ans, comme si on ne nous avait pas insultés quotidiennement, comme si le pays n’était pas vendu à l’encan, livré à la rapine de cabinets de conseil transnationaux… ».

« La deuxième raison, et la plus importante à mes yeux dans le cadre des législatives, c’est l’absence totale de contre-pouvoir depuis cinq ans. Tout le monde semble trouver parfaitement normal que l’opposition n’ait qu’un rôle de potiche à l’Assemblée nationale, voire pire, on arrive à un tel niveau d’abaissement de l’esprit public et de totalitarisme tranquille, que beaucoup sont même scandalisés que l’opposition ait, ne serait-ce qu’une poignée de députés. Il faut essayer de rétablir un fonctionnement normal de la démocratie et porter à l’Assemblée un maximum de candidats d’opposition. L’exécutif ne doit pas avoir un chèque en blanc pour faire n’importe quoi. D’autant plus que tous les autres contre-pouvoirs sont inexistants. La seule petite chance qu’il reste pour gripper un peu la machine, c’est celle-ci. Les Nupes sont les mieux placés, donc allons-y pour les Nupes. C’est un vote tactique. »

De Mélenchon à Zemmour

Avec moins de bouteille au compteur dans la mouvance droitière, Lyam, étudiant de vingt-deux ans, va miser sur la même stratégie. Il avoue lui-même avoir été « mélenchoniste, par manque de culture, d’ouverture politique, et de curiosité intellectuelle ». Depuis, il a milité pour le mouvement d’Éric Zemmour, dès l’automne, avant même l’officialisation de la candidature de l’ancien chroniqueur de CNews. Pour lui aussi, le coup est d’abord stratégique : « sur le court terme, l’ennemi à maîtriser, c’est Macron. Et la France insoumise est la plus à même d’y parvenir. La Nupes est la seule véritable opposition, à l’heure actuelle ». S’il a renié ses égarements de jeunesse, il peut reconnaître encore quelques points de convergence avec le bloc politique autour de Mélenchon : « J’ai un désaccord de vision avec la FI sur pas mal de points irréconciliables. L’immigration, la question LGBT, la place de la police et de la justice, l’augmentation du SMIC… mais d’autres tiennent assez la route. Le RIC, le minimum à vivre étudiant, par exemple. Et ils ont été parmi les plus nombreux à s’élever à l’Assemblée contre la majorité présidentielle, lors de l’instauration des dérives sanitaires. Ce que je respecte ». S’il a voté Zemmour puis Le Pen à la dernière présidentielle, il admet aussi que « si Mélenchon aurait eu son bulletin s’il était arrivé au second tour ».

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Pour Gersende, les convergences possibles avec la Nupes sont moins nettes : « il y a plusieurs composantes dans Nupes dans lesquelles je ne me reconnais pas du tout (les Verts, le PS, la gauche bourgeoise en gros) mais même au sein de La France Insoumise, qui reste la formation dominante, il y a trop de composantes contradictoires pour que je me reconnaisse vraiment. Si convergence il doit y avoir, elle est ténue et va porter plutôt sur des idées générales du type : plus de justice sociale, l’arrêt du démantèlement de nos administrations et de nos industries mais pas vraiment sur les réponses apportées ». Quand on lui demande si ce n’est pas un trop beau cadeau fait au wokisme en faisant entrer au Palais Bourbon certains candidats farfelus (Aymeric Caron, Sandrine Rousseau…), elle coupe court : « Le wokisme est déjà au gouvernement ».

Faire peur à la bourgeoisie patriote

Croisés à la soirée électorale d’Eric Zemmour lors du premier tour, Pierre et Emmanuel ne sont pas insensibles à cette stratégie du Tout sauf Macron « pour paralyser le gouvernement ». Dans leur circonscription parisienne, ils estiment que Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts investi par la Nupes, a de trop fortes chances de gagner pour qu’il soit utile de lui apporter leur voix. « Sur la politique étrangère, Jean-Luc Mélenchon n’est pas mauvais. Mais ses députés n’ont pas ces qualités, justement » précise Emmanuel. « Je dirais que l’essentiel est d’empêcher des nuisibles en mettant d’autres nuisibles ». Plus tordu que les autres encore, Samuel Vigneau, également militant zemmouriste, me glisse : « La droite bourgeoise ne viendra vers nous [la droite nationale] que si l’extrême-gauche est forte et qu’elle prend peur pour sa résidence secondaire à La Baule ! En donnant un coup de pouce aux Nupes, on peut renforcer nos propres rangs ». A l’Assemblée Nationale, « la Nupes et les députés RN se coaliseront tacitement pour bloquer le parti présidentiel. Bien sûr, LR sera toujours une réserve de voix plus ou moins docile et de temps en temps, Macron pourra y piocher un député pour en faire un secrétaire d’Etat. Mais avec un système bien bloqué, le président sera peut-être obligé de dissoudre l’Assemblée nationale dans un an ou deux ». Dernier argument massue, il ajoute en rigolant : « En faisant entrer Aymeric Caron au Palais Bourbon, on repousse de quelques années son entrée Quai Conti. Son dernier livre, Nous mourrons de nous être tant haïs, est vraiment mauvais. Vraiment, pas une voix patriote ne doit lui manquer dimanche prochain ! »

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Professeur démissionnaire de l'Education nationale

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