Nicole Belloubet est sous le feu des critiques suite à ses propos tenus hier sur Europe 1. Interrogée sur l’affaire de la jeune Mila, la garde des Sceaux a affirmé qu’ « insulter les religions, c’est porter atteinte à la liberté de conscience ». L’exécutif avait restauré le délit de blasphème, mais ne nous avait pas prévenus ! Dans ce portrait, rédigé avant ces maladroites déclarations, nous rappelons que si Belloubet semble si sage, sa politique progressiste appelle pourtant bien des commentaires (notamment sur le djihadisme, la pédophilie, le féminisme et la politique carcérale).


Est-ce son apparence de grand-mère-confiture, extrêmement convenable et juste un peu sexy grâce à sa longue chevelure indisciplinée ? Est-ce son look de mamie idéale que les ados rêvent de présenter à leurs copains quand ceux-ci viennent faire les devoirs à la maison (en réalité se gaver ensemble de smartphone) ? Est-ce une relative discrétion qui l’empêche de défrayer la chronique par ses coups d’éclats, comme faisait Christiane Taubira ?

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En tout cas Nicole Belloubet, ministre de la Justice d’Emmanuel Macron, n’attire pas le feu roulant de critiques exaspérées qu’attirait sur elle la précédente Garde des Sceaux(1).

Viol à distance

Cette mansuétude de l’opinion et des médias est profondément injuste car Nicole Belloubet fait largement pire que Taubira. Preuve est faite que les gouvernements socialistes de la Vème République peuvent toujours tomber plus bas. On savait qu’elle méditait une loi de “refondation pénale”, ce qui en langue de bois macroniste veut dire qu’on va encore réduire les peines de prison pour les remplacer par des dispositifs aussi efficaces que les rappels à la loi ou les bracelets électroniques, dont le crime de Saint-Etienne-du Rouvray a montré la merveilleuse efficacité. Mais on apprend dans le Figaro du 22 janvier que c’est une “réforme des peines qui va à rebours de la criminalité”. On se lamentait sur le laxisme de la justice, on découvre que les juges sont en train de réagir et que, face à la montée des violences, ils ont décidé de distribuer les peines de prison ferme avec beaucoup plus de sévérité. Problème : où va-t-on incarcérer tout ce beau monde, puisque les prisons sont déjà saturées et que le bisounoursisme macronien empêche d’en construire de nouvelles ?

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Ce même 22 janvier, la belle (ou la bête?) fait encore parler d’elle. Le Point.fr annonce qu’elle souhaite créer l’infraction de “viol à distance” pour contrecarrer les phénomènes de criminalité et singulièrement de pédocriminalité sur internet. Il est possible de commander sur le darknet qu’un viol soit commis à l’autre bout du monde pour vous être ensuite livré chez vous sous forme de vidéo. Le problème existe, même si les méfaits commis en France en une année sont bien moins nombreux que les mains aux fesses ou à la poche qui contient le portefeuille en un seul jour d’une seule ligne de métro parisien, à condition bien sûr qu’elle fonctionne. Gageons que l’idée de “viol à distance” va avoir beaucoup de succès chez les ultraféministes et qu’elles vont bientôt réclamer la pénalisation des regards masculins trop appuyés.

Pour l’instant les “viols à distance” ne concernent que la pédopornographie. Ce qui donne l’occasion à Zorro Nicole de réclamer l’alourdissement des sanctions contre la consultation d’images pédopornographiques. Fort bien. Elle suit d’ailleurs la voie tracée par Emmanuel Macron qui a réclamé une telle mesure dès le mois de novembre dernier. Une question se pose : est-ce que la mise en valeur du pédophile dans la démonologie macroniste ne sert pas à cacher le djihadiste ? Le pédophile est apparemment devenu la figure absolue du mal, même s’il ne tue pas et se contente d’abuser physiquement de ses victimes. Le père Preynat a eu droit à ses sept années de prison ferme, c’est plus que beaucoup des djihadistes qui vont être relâchés dans la nature cette année. Il est loisible et sans risques de dire tout le mal qu’on voudra des pédophiles, aucune milice d’autodéfense des PPP (pro pedophiles people) ne viendra vous dézinguer à la kalachnikov.

Notre garde des sots: « Vous n’aurez pas ma haine »

Mais poursuivons la comparaison de ces deux pratiques hautement condamnables que sont le djihadisme et la pédophilie, plus exactement de la façon dont elles sont vues et jugées par l’opinion. Il s’est trouvé beaucoup de gens pour essayer d’entrer dans les raisons des terroristes djihadistes, dont le fameux Antoine Leiris et son trop fameux Vous n’aurez pas ma haine, devenu un slogan dans le camp du Bien. Au contraire, personne ne s’est jamais avisé de dire à un pédophile : “Tu n’auras pas ma haine”. Ce doit être pourtant une sexualité terrible à vivre, un chemin de nuit accidenté entre la honte, le désir, la culpabilité, et l’impossibilité totale de trouver écoute et sympathie chez quiconque. C’était un peu le sort des homosexuels dans les périodes et les pays très répressifs : quand j’écoute la sublime musique de Tchaïkovski, je pense à la vallée de larmes que fut sa vie sexuelle et sentimentale.

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Il n’existe à ma connaissance qu’un film qui adopte le point de vue du pédophile et le prend un peu en pitié : c’est Little Children de Todd Field, sorti en 2006. Il a été tourné dans une banlieue chic de Boston et croise les destins de plusieurs personnages dont le point commun est la frustration sexuelle. Le pédophile, joué par Jackie Earle Haley, qui obtint d’ailleurs l’Oscar du meilleur second rôle en 2007, a été relâché de prison, il essaie de s’amender, mais sa présence dans une piscine publique est signalée, ce qui donne lieu à une scène de panique générale grandiose, digne de figurer dans les anthologies. Il s’essaie vainement à l’hétérosexualité et à fin, dégoûté du monde, des autres et de lui-même, il s’émascule à mort dans un parc public.

Régis Debray explique dans son dernier livre Le Siècle vert que nous vivons dans un ordre moral dominé de plus en plus par le féminisme. Un ordre moral qui est devenu la religion d’aujourd’hui, une religion qui ne comporte ni pardon ni amour du pécheur. Nicole Belloubet est la parfaite incarnation de cet ordre moral féminisé qui se permet comme celui des Jésuites dénoncé par Pascal dans les Provinciales au XVII ème siècle de faire de la casuistique, c’est-à-dire du cas par cas dans l’examen des crimes et délits.

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