Dans l’univers étriqué de la chanson française, qui sue sur les rimes et louche sur le voisin, Murat est une sorte de miracle, ce que vient une fois de plus confirmer son dernier album en date, Grand lièvre, dont le titre ne reprend pas pour rien le nom d’une espèce en voie de disparition. Avec ses textes exigeants, jamais tire-larmes, mais à la nostalgie tenace, ses expressions désuètes, ses lapsus anglais, son érotisme païen et son besoin inassouvi de héros, Murat, c’est l’anti-Aznavour, l’improbable croisement entre Ferré et Dylan.
Si l’on rencontre, au fil des albums, des « citrons volages » et de l’« herbe têtue », un « voleur de rhubarbe » ou un « cœur hérissé de tessons », le chanteur n’en prend pas moins acte de ce qu’une partie du surréalisme a fait long feu, récupéré, et de quelle manière, par l’hydre publicitaire. Son écriture se veut dès lors plus ambitieuse qu’une simple mise en relation de mots rares, qu’une facile mise à l’honneur de rapports incongrus entre les choses. Plutôt que d’accepter, comme d’autres, le règne de l’optique, qui ne nous permet plus d’appréhender le monde autrement que par son image infiniment diffractée, il développe tous les sens : on sent, on touche et on goûte chez Murat !

Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.

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