Image : PS.

L’accord « de mandature » signé entre Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et le Parti socialiste, a fait couler beaucoup d’encre. Il y a certes l’affaire du Mox, ce combustible hybride, objet de désaccords manifestes. Mais il y eût auparavant le psychodrame du « parachutage » de Cécile Duflot à Paris pour les élections législatives, et quelques autres marchandages autour du réacteur de Flamanville.

Il faut dire que les leaders écologistes semblaient mettre un point d’honneur à faire renoncer le PS à la construction l’EPR. Cécile Duflot assurait que ses convictions n’étaient pas à vendre, Eva Joly assénant quant à elle : « il n’y a pas de plan B ». Pourtant, si l’on peut reprocher quelque chose aux représentants d’EELV, ce n’est pas tant d’avoir « dealé » des circonscriptions. C’est sur le fond qu’il convient de critiquer les Verts, notamment leur obsession pour la sortie du nucléaire, cette idée rétrograde vêtue des oripeaux du progressisme.

A-t-on vraiment cru, sans blague, que les écologistes feraient effectivement « de la politique autrement » ? Cela, tous les partis politiques ou presque prétendent le faire. Et pourtant…tous agissent de la même façon – avec toutefois plus ou moins d’hypocrisie.

Car la politique a ses lois, et elles s’imposent à tous. Les institutions de la V République, qui poussent à la bipolarisation, mettent les deux partis dominants, PS et UMP, en position hégémonique. A droite comme à gauche, il faut bien s’entendre avec eux pour avoir une chance d’obtenir quelques élus. Ainsi, ce qui est regrettable, ce n’est pas qu’on passe des accords. C’est plutôt de constater que ces deux grandes formations s’entendent comme larrons en foire pour que perdure cette hégémonie, et même pour qu’elle s’aggrave. Ainsi ont-ils modifié le mode de scrutin des élections régionales pour qu’il ne soit plus possible de proposer une liste dans un département s’il l’on n’est pas en mesure d’en proposer une dans chaque département de la région ! Il s’agit là, pour le PS comme pour l’UMP, d’une véritable rente de situation. Ce sont eux qui distribuent les circonscriptions et les postes. Ils vont même jusqu’à crier au scandale, quand certains candidats osent se présenter sans leur bénédiction, comme si chacun était le co-propriétaire d’un électorat indivis. Il y a là, à l’évidence, une véritable perversion de la démocratie.

Ainsi, quelque réticence que l’on puisse avoir à l’égard des positions des écologistes, il semble quelque peu malhonnête de leur reprocher de négocier avec le Parti socialiste. D’autant que les positions des uns et des autres ont été clairement et publiquement exposées. Accords et désaccords ont été loyalement « actés ». Désormais, les citoyens jugeront.

Il n’y a rien là de comparable, tant s’en faut, avec les très graves atteintes à la démocratie qui se préparent ou qui ont déjà eu lieu. Par exemple, en 2005, le souverain, c’est à dire le peuple, a voté « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Par la suite, ceux qui ne demeurent que les modestes représentants du souverain, les parlementaires, se sont crus autorisés, à droite comme à gauche, à violer sa décision. Nous savons que c’était légal. Nous savons aussi que c’était parfaitement illégitime, et le signe grave du mépris actuel de certains élus pour ce peuple dont ils tiennent pourtant leur pouvoir et, en outre, leur confort.

Quant aux écologistes, c’est plutôt le fond de leur programme qu’il convient de contester. Leur focalisation sur le nucléaire ne laisse de surprendre. On ne peut pas ne pas songer à tous ces épouvantails que l’on agita tout au long de l’histoire de l’industrialisation.

Certes, il y eut Tchernobyl, puis Fukushima. Nous nous risquerons pourtant à répondre que cela n’a rien à voir. Tchernobyl ne témoigne pas de l’insécurité d’une technologie, mais de l’incurie généralisée qui caractérisait la fin de l’empire soviétique. Quant au Japon, c’est un pays connu pour ses séismes à répétition. Aussi reste-t-on ébahi de constater qu’on y ai oublié que les tsunamis sont la suite habituelle des séismes. Lors du drame de Fukushima, les réacteurs ont d’ailleurs résisté au séisme, pourtant exceptionnellement violent, parce qu’ils avaient été construits à dessein. Et s’ils n’ont pas résisté aux tsunamis qui ont suivi, c’est parce qu’on avait omis de prévoir cette option. La preuve : on les avait construits au bord de la mer ! Sommes-nous, aujourd’hui, en France et en Europe, dans une situation comparable ?

Le véritable problème de la sécurité nucléaire nous semble être plutôt celui-ci : qui est le maître d’ouvrage et qui gère les centrales ? Si l’on compte sur le secteur privé, on peut être certain que la recherche de la rentabilité l’emportera toujours sur le souci de la sécurité. Si c’est l’autorité publique, en revanche, la sécurité pourra être assurée.

Finalement, derrière ce débat, l’on perçoit la controverse philosophique sur la notion de « risque raisonnable », qui déborde largement la question du nucléaire. Il n’y a pas d’acte sans risque. Refuser le risque, ce serait refuser tout acte et donc refuser la vie et a fortiori tout changement dans la vie, donc toute idée de progrès. Certains ont voulu théoriser leur horreur du risque avec le fameux « principe de précaution », qui semble nous enjoindre à la prudence en ces termes : « quand on ne sait pas, on ne fait pas ». En somme, il faudrait attendre de tout savoir pour faire. On peut toujours attendre !

Concernant le nucléaire, on nous objectera que « les risques sont d’une autre nature ». C’est faux, mais c’est là la doxa d’une époque étonnante qui vit sur l’illusion qu’à force de précautions on peut éliminer tout risque, en niant que le meilleur moyen de limiter les risques liés à une technologie, c’est encore de continuer à l’exploiter, tout en poursuivant l’acquisition des connaissances qui permettront de la rendre plus sûre.

Hélas, « l’heuristique de la peur » n’est pas le seul contresens de notre modernité.

Cet article provient du blog L’arène nue.

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