Le mercredi 29 mai prochain, toute l’Europe du foot de Reykjavik à Vladivostok aura les yeux rivés sur la finale de l’Europa League, entre Chelsea et Arsenal. Tout cela n’aurait pas grand-chose de cocasse si la rencontre n’avait pas été programmée à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, et si Arsenal ne comptait pas dans ses rangs un certain Henrikh Mkhitaryan, joueur international arménien… 


Petite république de population chiite et turcophone propulsée par la rente gazière et pétrolière, l’Azerbaïdjan mène depuis une dizaine d’années une énergique campagne de visibilité à destination du monde en organisant les grand-messes mondiales. Déjà, en 2012, le pays avait accueilli l’Eurovision, l’occasion pour Mireille Dumas et Cyril Féraud d’adresser quelques piques démocratiques au pays organisateur. Depuis 2016, il organise un grand prix de Formule 1, rare moment de circuit archi-court dans l’économie du pétrole. Mais la meilleure vitrine, c’est encore le football. Pendant trois saisons, entre 2012 et 2015, l’inscription Azerbaïjan. Lands of fire a figuré sur les maillots de l’Atletico Madrid comme d’autres arborent des marques de voitures ou d’opérateur téléphonique, moyennant un chèque annuel de 12 millions d’euros.

Bakou, centre du monde sportif

Dans le même temps, Bakou soumettait sa candidature pour organiser l’Euro 2020, en compagnie de douze autres villes européennes. Si Michel Platini, alors président de l’UEFA, semble avoir joué un grand rôle dans l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, pas de raison que l’Azerbaïdjan n’ait pas part du gâteau. Pas mal pour des pays qui n’ont jamais joué une seule phase finale de grande compétition mondiale, et qui sont à peu près aussi mal classés à l’indice FIFA qu’à l’indice des droits de l’homme. Entre temps, pour se rôder un peu, Bakou s’est vu aussi attribué l’organisation de la finale de l’Europa League 2019.

Or, l’Azerbaïdjan n’a pas forcément coutume de délivrer des visas aux ressortissants arméniens. Les deux pays se sont affrontés au début des années 1990 dans l’un des plus violents conflits engendrés par la chute du bloc soviétique, et aucun accord de paix n’existe encore aujourd’hui. Il faut dire que Staline, en son temps, avait eu la bonne idée d’intégrer une enclave du voisin au beau milieu de chacune des républiques soviétiques ; une fantaisie encore supportable quand Moscou dominait le Caucase, mais qui n’a pas manqué d’embraser la région lors des indépendances. En 2016 encore, une guerre dite des Quatre-Jours a éclaté, coûtant la vie de quelques dizaines de militaires de part et d’autres.

Des sportifs arméniens en Azerbaïdjan

Difficile dans ce contexte d’imaginer Henrikh Mkhitaryan (les puristes prononcent « Mrrritariane », les autres « Emkitarian ») évoluer dans le stade olympique de Bakou le 29 mai prochain, surtout si, en cas de victoire, il lui prenait d’arborer le drapeau de son pays natal à la remise du trophée comme le font de plus en plus souvent les joueurs. Déjà, lorsqu’il évoluait au Borussia Dortmund, le milieu offensif avait dû renoncer à se rendre en Azerbaïdjan pour un match de Coupe d’Europe beaucoup moins important. Malgré tout, la porte-parole du ministère azéri des Affaires étrangères a bien voulu rassurer tout le monde: « En Azerbaïdjan, des sportifs Arméniens ont participé à des rencontres sportives internationales. Le sport et la politique sont des domaines séparés. » Le club londonien, pour sa part, n’est pas rassuré pour la sécurité de son milieu de terrain offensif. Et il vient de l’annoncer officiellement: Henrikh Mkhitaryan « ne voyagera pas avec le groupe pour la finale ». Cette affaire pourrait anéantir un soft power actif qui a pour but premier de redorer le blason déjà écorné du pays.

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