La marche blanche qui aura lieu, le 28 mars à Paris, n’est pas le meilleur moyen de rendre hommage à Mireille Knoll. Les crimes antisémites, qui se multiplient en France, réclameraient plutôt un défilé de la colère.


Avant même de s’être ébranlée pour parcourir les rues de Paris, la « marche blanche » initiée par le CRIF en mémoire de Mireille Knoll, sauvagement assassinée par deux voyous déclenche, sur les réseaux sociaux, une polémique indécente.

« De quoi se mêle le CRIF ! », hurle-t-on dans les commentaires anonymes, mais pas seulement. Même Guillaume Erner, dans son billet d’humeur de chef des « Matins » de France Culture, dénie à ce rassemblement d’une cinquantaine d’associations juives le droit de parler au nom d’une communauté qui, selon lui, n’existe pas. Pour faire bonne mesure, il réduit le CRIF à une officine chargée de promouvoir, en France, la politique criminelle de Benyamin Netanyahou.

La marche blanche n’est pas l’hommage approprié

En un tournemain, on transforme l’émotion suscitée par un abominable crime, dont la composante antisémite ne semble pas faire de doutes, même pour des juges ordinairement plutôt réticents à prononcer ce genre d’incrimination, en un procès en règle d’une association de défense des intérêts moraux des Juifs de France.

Le président du CRIF, Francis Kalifat, porte, certes, une certaine responsabilité dans la confusion ambiante.

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Le choix du mode d’expression de l’inquiétude grandissante des Juifs de France soumis, depuis près de deux décennies aux agressions des antisémites issus du monde arabo-musulman, la marche blanche, n’était pas, en l’occurrence, le plus adéquat. Ce modèle de défilé de masse est né en 1998, à Bruxelles, lors de la découverte des crimes pédophiles en série commis par Marc Dutroux. La marche blanche n’est pas décrétée d’en haut, mais émerge de la base, dans une communauté traumatisée par l’horreur de crimes perpétrés par des pervers isolés, hors de tout contexte politique et idéologique. C’est un mouvement spontané en faveur des proches des victimes, auxquelles on s’identifie, car ce malheur aurait pu frapper tout un chacun.

D’ailleurs, dans ces marches blanches, les responsables politiques, nationaux ou locaux se font discrets : ils viennent sans écharpe tricolore, mêlés à la foule anonyme et désemparée devant un événement totalement apolitique, ne renvoyant qu’à la persistance, au sein de la communauté des humains, d’un mal dont seul l’individu qui le commet est la cause. Voir Nordahl Lelandais.

Pas un crime ordinaire

L’affaire Mireille Knoll est totalement différente. Elle s’inscrit dans la trop longue série des crimes antijuifs perpétrés par des individus dont le degré d’appartenance au terrorisme islamiste type Daesh peut varier, mais qui sont tous issus d’un environnement où la haine des Juifs fait partie de la culture. De l’incivilité du quotidien au massacre de l’Hyper Cacher de Vincennes, il existe un continuum : des sourates du Coran aux prêches diffusés par Al Jazeera, en passant par la régulière stigmatisation d’Israël pratiquée sur nos chaînes nationales, tout concourt à faire du harcèlement des juifs une pratique excusable, sinon recommandable. Pourquoi se priver de tuer des Juifs en France alors que ces derniers massacrent nos frères à Gaza ? Ce discours de fausse évidence, lié au fantasme des Juifs tous riches et manipulateurs des pouvoirs constitue le fond de l’air dans nombre de quartiers. L’idéologie bisounoursique du « vivre ensemble » n’a pas montré, jusque-là de résultats probants, même si ses promoteurs sont souvent de bonne foi.

Ceux qui attaquent aujourd’hui le CRIF continuent à vouloir « individualiser » les crimes commis par des individus relevant de cette culture, en les psychiatrisant, ou en les mettant sur le compte de l’exclusion et la discrimination dont leurs auteurs auraient été les victimes. Non, ces meurtriers ne sont pas les produits de notre société, mais ceux de la contre-société qui s’est établie dans des territoires de notre République. Cette contre-société a remporté quelques victoires, comme l’épuration ethnique insidieuse de ces Juifs qui ne peuvent demeurer dans certaines communes. Ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas partir en Israël choisissent « l’Alyah intérieure », fuyant les banlieues islamisées pour des quartiers plus sûrs, et mettent leurs enfants à l’abri du harcèlement dans des écoles juives, ou même dans des établissements privés catholiques. C’est de tout cela qu’il est question dans la marche du 28 mars, qui ne sera pas une marche blanche, mais un défilé de la colère.

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