Le socialiste Malek Boutih et l’homme en marche Christophe Castaner se sont succédé dans la matinale de France Inter, mardi 27 mars. Mais tous deux n’ont pas eu le même discours face à l’assassinat de Mireille Knoll et aux attentats de l’Aude…


Après un vendredi 23 mars sanglant, Malek Boutih (PS) et Christophe Castaner (ex-PS) étaient amenés à réagir sur France Inter ce matin.

A Trèbes, une prise d’otages sanglante d’un islamiste réclamant la libération de Salah Abdeslam s’est soldée par 4 morts (dont l’héroïque lieutenant-colonel Beltrame, qui aura droit à un hommage national mérité demain). A Paris, le même jour, une femme de confession juive de 85 ans (Mireille Knoll) était tuée de 11 coups de couteaux avant que son appartement ne soit incendié. Ces deux drames sont venus rappeler aux Français la persistance du niveau rouge écarlate de la menace djihadiste et antisémite dans leur pays.

« Les juifs ne sont pas en sécurité en France » (Malek Boutih)

Au sein d’une gauche bien souvent gangrenée par l’islamo-gauchisme, le socialiste Malek Boutih, qui a dirigé SOS Racisme, tient depuis quelque temps un discours fort dissonant dans sa famille politique. « Pas d’amalgame », effroi de circonstance face à la « stigmatisation » dont pourraient pâtir les Français musulmans dans la France post-2015, lutte contre l’ « islamophobie », ce ne sont pas (ou plus) ses combats ! Il a tenu, sur France Inter ce matin, un discours de vérité. Qui tranchait avec le politiquement correct d’un Christophe Castaner, délégué général de La République En Marche (LREM), passé derrière le micro juste après lui sur la même radio publique.

Concernant Madame Knoll, Malek Boutih l’a clairement dit : en 2018, on meurt encore en France parce qu’on est juif. « Les juifs ne sont pas en sécurité en France », a-t-il affirmé. Selon l’ancien député, il y a un problème de « très grande ampleur » qui pousse les Français juifs à se cacher.

« Est-ce que Macron en fait assez sur le sujet ? », a demandé Léa Salamé. Sans jamais accabler le président, Monsieur Boutih a regretté qu’il y ait en France « beaucoup de débats, beaucoup de blabla » et une action « trop hésitante ». A l’école notamment, on gagnerait pourtant à « appeler un chat un chat » et à « prendre le taureau par les cornes ». On n’aurait pas dit mieux !

Manuel Valls propose d’interdire le salafisme en France ? Malek Boutih est plutôt d’accord, et regrette en fait de voir réapparaitre les mêmes débats que ceux qui avaient suivi les premiers attentats en 2015. Proche de lui, il abonde dans le sens de l’ancien Premier ministre : « il faut arrêter les subtilités entre celui qui est quiétiste ou pas quiétiste», tonne-t-il. Il ajoute : « on a face à nous une idéologie moderne, très pertinente, efficace et installée sur le long terme ». Il y a urgence à agir. Trèbes l’a montré : même la France rurale est touchée, alors qu’elle pensait être à l’abri. Cette France qui vit dans une insécurité culturelle historique et qui « voit le voile se multiplier autour d’elle et les mosquées apparaitre » pourrait partir en vrille si rien de concret n’est fait par Macron et son gouvernement.

Christophe Castaner, le vivre-ensemble d’abord

Face à la lucidité de Malek Boutih, le protégé d’Emmanuel Macron (qui a parlé, fin décembre, de « radicalisation de la laïcité »), Christophe Castaner, a tenu un discours beaucoup moins offensif. Le patron de LREM voit bien en France une « banalisation de l’antisémitisme », mais le glissement du vieil antisémitisme de la droite nationale vers un nouvel antisémistime musulman, ça en revanche… Défendant la « diversité » et la laïcité de façon très creuse, c’est contre l’opposition de droite qu’il avait préparé ses arguments, opposition de droite qui reproche au gouvernement une « coupable naïveté » face aux attentats islamistes. Pour lui, les préconisations de Laurent Wauquiez ou Marine Le Pen, en matière de terrorisme, relèvent de la bêtise. Face à ce qu’il considère être une vulgaire « course à l’échalote », Christophe Castaner refuse de mettre en place de nouvelles mesures ou de revenir à l’état d’urgence. Pas de nouvelle loi antiterroriste « de circonstance » ! Les « lois émotionnelles » ce n’est « jamais la bonne façon de travailler ». Peut-être devrait-il le souffler à son Emmanuel Macron et à son projet de loi sur les « fake news ».

Pour Christophe Castaner, le « vivre-ensemble » passe avant tout. Mais la liberté d’un salafiste est-elle plus importante que la mort d’un innocent ? On aurait aimé lui poser la question.

Madame Knoll a pourtant, semble-t-il, bien été assassinée parce qu’elle était juive, pas pour qu’on la vole. Ce n’est pas un crime crapuleux, le Parquet de Paris a retenu la piste de l’assassinat antisémite. Motif aggravant. L’émotion est grande, et pas seulement dans la « communauté » juive. C’est bien la communauté nationale tout entière qui est touchée. Si les juifs sont prioritairement visés, Trèbes a aussi montré que tous les Français peuvent être touchés.

En guise d’apaisement, Christophe Castaner a invité toutes « celles et ceux » qui sont adhérents à En Marche à participer à la marche blanche organisée en hommage à Mireille Knoll aux côtés de la communauté juive. Chaque citoyen français s’honorerait en fait à rejoindre ce mouvement ! Après les attentats de Merah à Toulouse où une majorité de Français, certes effrayée, ne s’est pas toujours sentie directement concernée, laisser une nouvelle fois les Français de confession juive seuls serait une erreur majeure.

Alors que l’islamisme ensanglante la France plus que tout autre pays occidental, Malek Boutih sauve par ses propos l’honneur de toute une gauche antiraciste qui s’est trop souvent égarée ces dernières années. Malek Boutih fait un revirement salutaire au sein d’une gauche antiraciste à la dérive. De son côté, Christophe Castaner apparaît lui comme un patron de parti qui ne nomme pas vraiment les maux de la société française et noie un peu le poisson. Malheureusement, de ces deux invités matinaux de France Inter, lequel des deux à l’oreille attentive de l’exécutif selon vous ?

 

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