Après celui de Nadia Daam, voilà un autre livre pour la plage : Si souvent éloignée de vous de Marlène Schiappa. Dès qu’elle s’est retrouvée dans le train, la secrétaire d’Etat a pris la plume pour écrire à ses deux filles. Digne des lettres de Madame de Sévigné à sa fille. 


Quand elle n’est pas occupée à flagorner celui que ses filles comparent à Jésus (Emmanuel Macron, ce « président qui tient des engagements que lui seul a eu l’intelligence et la clairvoyance de prendre »), la secrétaire d’Etat à « l’Egalité entre les femmes et les hommes » lève le voile sur son éreintant travail.

Un livre niais

Je n’étais certes pas dans la cible « marketing » du livre de la sous-ministre… Mais je n’ai pas pu résister et l’ai dévoré. « Ce livre n’est pas une communication gouvernementale ni un bilan d’action politique », prévient-elle. Faire un livre politique quand on est soi même au gouvernement ? « Ancien monde » ! Il ne faudrait pas non plus nous prendre pour des perdreaux de l’année… La quatrième de couverture est grandiloquente : « Aux confins de l’intime et du politique, ce récit à la fois exceptionnel et universel nous dévoile le cœur d’une mère au service du gouvernement à l’heure où la parole des femmes se libère dans le monde entier ».

Dès la première page, deux marques de shampooing sont citées. J’aurais dû y voir un signe… et savoir à quoi m’attendre. Marlène Schiappa n’est pas la première à penser que sa vie de famille puisse avoir de l’intérêt, mais la niaiserie du livre a dépassé mes espérances ! Elle rêve qu’on s’intéresse à sa famille, et, à travers ses filles, à elle-même. Il est normal que les citoyens s’intéressent à la vie privée des hommes et femmes de pouvoir. Mais Marlène n’est pas ni Brigitte ni Carla.

Entre vie politique et éducation des filles

La vie de la sous-ministre étant « une succession d’opportunités uniques », elle s’en veut d’être éloignée de ses rejeton.e.s. Elle nous raconte tout ça façon vedette de télé-réalité. Cette femme ambitieuse, que ses amis décrivent comme « une sorte d’idole des femmes », réalise un « exploit » lorsqu’elle s’adresse devant 700 personnes, son bébé en bandoulière. Ah ! l’émotion et les larmes quand Macron a été élu!

Elle raconte tout à ses filles avec une étonnante complicité. Même l’affaire Weinstein ou sa brillante interprétation des Monologues du Vagin. Original. Comme ses filles sont « pudiques », elle craint de les « gêner ». Je crois qu’une des deux a 11 ans. A un moment, elle se demande aussi si elle leur a « assez parlé de #Metoo, ou trop ». Oh, on n’en parle jamais assez !

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Si ce qu’elle peut raconter sur la maternité est intéressant, ses conceptions éducatives sont fortement marquées par le féminisme consensuel dont le gouvernement actuel nous rabat les oreilles non-stop. Marlène Schiappa estime qu’elle a réussi son rôle de mère quand sa fille préfère le rôle de sorcière à celui de princesse.

Quand bien même Schiappa n’est pas à la maison, cette relation mère-filles devient étouffante. Surtout qu’il s’agit de passer son temps à se regarder le nombril. « Ce que moi seule ai pu vivre, je n’en fais pas une politique publique », affirme la secrétaire d’Etat. Quand on a besoin de le préciser…

La communication, quel boulot !

Comme la moitié des adhérentes « En marche » (et c’est là tout le génie de Macron), Marlène Schiappa est persuadée d’avoir fait l’élection.

Au Mans en tout cas, elle se donne tous les mérites. Quant à En Marche, on va finir par tous prendre la carte : « Un tel concentré de personnes brillantes au m2, ce n’est mathématiquement pas probable ! » Avec Macron et elle, c’est sûr, on entre carrément dans « une nouvelle ère ». J’ai hâte de voir, mais m’est avis que les gens qui peupleront cette « ère » sont d’une rare prétention !

Marlène Schiappa frise le burn-out. Elle ne veut pas « subir son époque », elle veut « la faire ». En guise de travail, elle fait surtout de la communication. Loi contre le harcèlement de rue, soirée #Metoo à Cannes, matinales radio: elle charme et se place. Persuadée de changer le monde, elle ne fait en fait que changer la plage horaire de telle ou telle réunion interministérielle sur son Iphone, parler « sororité » et fournir à ses lecteurs un abécédaire de futilités éducatives comme une visite de Beaubourg sans intérêt.

Seul passage que l’on peut mettre à son crédit, deux ou trois pages sur sa conception de la laïcité. Malheureusement, le sujet est complètement et volontairement déserté par le vrai décisionnaire du moment en la matière.

300 pages plus tard…

Je referme cet épuisant recueil de confidences naïves et réalise que la sous-ministre a déjà commis une quinzaine d’autres ouvrages… Loin de moi l’idée de critiquer ce que je n’ai pas lu. Mais les autres bouquins ayant été publiés AVANT qu’elle n’entre en politique et ne refrène son verbiage, fonction oblige, un léger frisson m’envahit.

Si souvent éloignée de vous, Marlène Schiappa, Stock, 2018.

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