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Que fait la police ?

La police est une grande famille composée de commissaires de télévision (Maigret, Moulin, Roger Hanin) et de beaucoup d’anonymes en uniformes. On appartient, dans la famille, à des unités aux noms imprononçables et mystérieux, sigles, signes ou acronymes au rayonnement poétique… On est membre de la BRDA (Brigade de répression de la délinquance astucieuse), on travaille à la DNRAPD (Division nationale pour la répression des atteintes aux personnes), on bosse à l’OCPRF (Office central chargé des personnes recherchées ou en fuite), on pointe à l’OCLTIC (Office central de lutte contre la criminalité des technologies de l’information et de la communication)… où, en tant qu’OPJ on passe beaucoup de temps au bureau à consulter le FAED, tout en méditant à sa jeunesse où l’on rêvait d’être officier dans l’antigang, autrement appelée BRI. Voilà qui contribue déjà à donner de la saveur au métier.
On a beaucoup parlé de la police ces derniers jours. Surtout depuis les événements qui ont enflammé l’esplanade du Trocadéro, après le grand rassemblement « festif » footballophile de lundi dernier autour des héros du PSG. La suite est connue. Les « ultras » du club qui s’agitent devant les caméras de télévision et montent comme des ânes sur des échafaudages branlants. Puis c’est l’embrasement. Les boutiques pillées. Les passants agressés. Les touristes dépouillés. Et la plupart des médias qui s’obstinent farouchement à ne pas vouloir distinguer les hooligans à l’origine des désordres, et le « nouveau public » des casseurs qui a donné l’impression au monde entier – lundi dernier – que la plus belle ville du monde était à feu et à sang. Les polémiques on les connaît… Contre Manuel Valls. Contre le préfet de police (On espère qu’il a un violon d’Ingres… il est probable que d’ici quelques temps il ait beaucoup de temps libre…). Et finalement contre la police…
Car oui, que faisait la police ? Et bien c’est très simple. Et je le prouve, grâce à la fascinante lettre d’information publiée chaque semaine par la préfecture de police de Paris, appelée PPrama. En effet, dans l’édition datée du 15 mai, soit deux jours après les regrettables incidents, la préfecture de police communiquait sur un certain nombre de sujets cruciaux. Tout d’abord elle entendait rappeler l’action injustement méconnue de la “police verte“… “A l’approche de l’été, la direction opérationnelle des services techniques et logistiques (DOSTI) coordonne des opérations de sensibilisation aux nuisances sonores“… Et l’on disait la police absente du terrain ? Le bulletin d’information croit bon, plus loin, de rappeler que la pratique de la chasse dans l’agglomération parisienne est “réglementée” (ouf !) : “Responsable de la sécurité des personnes et des biens à Paris et dans les départements de petite couronne, le Préfet de police assure cette mission sur ce territoire où subsiste certaines zones chassables.” Voilà une curiosité qui ravira les esprits marginaux. Et notez bien qu’il ne s’agit pas là de chasse au touriste japonais.  Mais, à la une de PPrama, on retrouve une mise en garde solennelle concernant la question des escroqueries à la charité publique dans les zones touristiques, dont… le Trocadéro. La police est fortement mobilisée. Oui. Contre l’attaque des faux mendiants roumains… “Sur les sites touristiques de la capitale, vous rencontrez régulièrement des jeunes filles et garçons, souvent mineurs, qui vous abordent ‘pétition’ à la main. Parfois sous couvert d’un handicap feint – ils peuvent se prétendre sourds et muets…” Ah, ce drame des handicaps feints… Et on se demande ce qu’a fait la police face aux casseurs déchaînés ? Semblant d’être aveugle ?
Circulez, y’a rien à voir !


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Il est l’auteur de L’eugénisme de Platon (L’Harmattan, 2002) et a participé à l’écriture du "Dictionnaire Molière" (à paraître - collection Bouquin) ainsi qu’à un ouvrage collectif consacré à Philippe Muray.

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