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Macron et Pécresse, c’est drapeau bleu et bleu drapeau

Macron et Pécresse, c’est drapeau bleu et bleu drapeau
Arc de Triomphe, Paris, le 1er janvier 2022 © SADAKA EDMOND/SIPA

Le drapeau européen placé sous l’Arc de Triomphe à l’occasion de l’ouverture de la présidence française du Conseil de l’Union européenne a été retiré dans la nuit de samedi à dimanche. Valérie Pécresse, adversaire de comédie du président, avait demandé « solennellement » à Emmanuel Macron de remettre le drapeau tricolore à côté de celui de l’Europe. Analyse.


On aura tout vu, tout entendu. Les députés Les Républicains et ceux de La République en Marche sont entrés dans une ignoble compétition. C’est à qui désignera avec le plus de virulence le responsable de l’échec de la vaccination. Car ce n’est ni le vaccin, ni l’incompétence du ministère de la Santé, ni la corruption de l’industrie pharmaceutique, ni l’interdiction faite aux médecins de soigner, ni le somnambulisme d’une opposition complice ; le coupable, Macron l’a dit, c’est le non-vacciné, ce maudit animal, ce pelé, ce galeux… 

Celui qui hier s’est cru « puissant » avec sa deuxième dose, se voit aujourd’hui « misérable » devant l’obligation d’une troisième injection suivie bientôt d’une quatrième. Devant la colère populaire et l’insuffisante efficacité de la vaccination, le gouvernement israélien a dû faire marche arrière et suspendre l’injection d’une quatrième dose. 

Mordre sur l’électorat de son faux adversaire

En France, il y a cette année une élection présidentielle, suivie des élections législatives. La stratégie d’Emmanuel Macron n’est pas encore totalement arrêtée. Utiliser la crise sanitaire à son profit ? Faire de la présidence européenne un atout supplémentaire ? La partie s’annonce difficile et n’est pas gagnée. 

Mettre les Français sous le joug d’un nouveau confinement qui justifierait la restauration du vote par correspondance, continuer de jouer sur la peur, imposer avec le passe vaccinal le port du masque en extérieur, sont les armes de la nouvelle panoplie du président-candidat. Si Napoléon faisait « les plans de ses batailles avec les rêves de ses soldats endormis », Emmanuel Macron fait ses petits calculs avec les craintes d’un électorat sur lequel son adversaire de comédie, Valérie Pécresse, entend mordre suffisamment pour être au second tour.

L’Arc de Triomphe contraint de faire campagne pour Macron

Le hasard du calendrier offre au président sortant ce qu’il croit être un avantage. N’ayant pas su durant son mandat être un chef d’État à la hauteur des difficultés intérieures et des enjeux extérieurs, il entend mettre dans la tête des Français que leur véritable patrie, c’est l’Europe ! Il est important pour lui que son électorat continue de se persuader avec autant de mauvaise foi que d’aveugle confiance que leur chef n’a nullement démérité. Il y eut simplement maldonne. Pourquoi l’avoir attendu sur le règlement des problèmes des Français alors qu’il avait fait jouer l’hymne européen le soir de son élection ? Ce n’est donc pas aujourd’hui qu’il faut le juger. Il lui faut cinq ans de plus. D’où cet immense drapeau européen ondulant sous l’Arc de Triomphe. En ayant pris cette initiative sacrilège trois mois après avoir fait empaqueter le monument par le fantôme de Christo, Emmanuel Macron montre aux Français que la politique n’est, à ses yeux, que communication. Aussi ce coup de com’ avec le drapeau européen se retourne-t-il déjà contre lui. L’idée européenne dévoyée dans l’oubli des nations et le mépris des peuples est une imposture qui va de pair avec celle de l’art contemporain.

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Les amis de Pécresse au sénat, pires que Macron ! 

Valérie Pécresse s’est engouffrée dans la brèche sans attendre. « Présider l’Europe oui, effacer l’identité française non ! », a-t-elle lancé. Quelle pitoyable comédie ! En 2008, à la veille de la présidence française de l’Union européenne – elle était alors ministre de Nicolas Sarkozy –, ses amis sénateurs ne s’étaient pas gênés pour refuser d’installer le drapeau de la nation dans l’hémicycle du Sénat comme le proposait un des leurs. Voici l’argument cousu de fil blanc que le président (UMP) de cette Chambre utilisa pour motiver son refus : « Au terme d’un échange de vues approfondi et ouvert, le Bureau a décidé de ne pas donner suite à [votre] proposition. Il est en effet apparu que (…) les conditions d’une quasi-unanimité requises par une initiative aussi symbolique n’étaient pas réunies. C’est en espérant que vous comprendrez cette décision, qui s’inscrit dans le contexte de la prochaine ouverture de la Présidence française de l’Union européenne, que je vous prie de croire, cher collègue… »

Eh bien non, quatorze ans plus tard, cette mise sous le boisseau du drapeau français n’est toujours pas compréhensible… ou ne l’est que trop. Cela fait en effet des années que l’Europe est le cheval de Troie d’une droite (plus fédéraliste que gaulliste) qui l’a introduit au cœur de la souveraineté française pour, de l’intérieur, en venir à bout. Ce refus de pavoiser l’hémicycle aux couleurs de la France s’inscrivait dans la même vision post-nationale que la décision prise par les parlementaires de ne pas tenir compte du « non » au référendum de 2005 et de ratifier le traité de Lisbonne de 2009. Il faudra attendre 2015 pour que nos couleurs soient installées dans l’hémicycle du sénat. Elles le seront dans la plus grande discrétion, à la faveur d’un subterfuge, et accompagnées des inévitables couleurs de l’Europe qui veille comme une duègne sur la France.

Valérie Pécresse : moi aussi, je suis la candidate du multiculturalisme

« Présider l’Europe oui, effacer l’identité française non ! », c’est la candidate des Républicains qui parle. C’est elle, Valérie Pécresse, qui joue désormais la vestale du temple, la même qui en janvier 2010, en plein débat sur l’identité nationale, ne se gênait pas pour signer aux côtés de Rama Yade et de Rokhaya Diallo un appel « pour une république multiculturelle et post raciale ». Tout cela fleure l’escroquerie politique. 

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Le cynisme est un métier. Si Valérie Pécresse est animée par un opportunisme qui n’a rien à envier à celui de Macron, ce dernier a, sur sa fausse adversaire, un certain avantage. Comme elle, il dit une chose et son contraire, mais n’attend pas douze ans. Il ne retourne pas sa veste : il la tombe pour que chacun puisse voir en même temps l’endroit et l’envers du personnage. Il est président de tous les Français mais ne se prive pas d’en humilier régulièrement un certain nombre. 

Quand les Français comprendront-ils que cette manière de faire est de la même veine que l’humiliation publique du chef d’État-Major des armées, que la vulgarité de sa fête de la musique en bas résille, que les photos prises aux Antilles, les galipettes sur la pelouse de l’Élysée, la gifle du contrat australien sur les sous-marins ou la séance d’autosatisfaction devant deux journalistes d’une complaisance indécente ? C’est notre pays que Macron dégrade avec un plaisir pervers. Et il en jouit sous les yeux d’une candidate secrètement admirative de ses coups de com’ et qui, à défaut de pouvoir s’asseoir demain dans son fauteuil, se verrait bien assise à Matignon.


Le drapeau européen flottant – seul – sous l’arc de Triomphe pour marquer le début de la présidence française de l’Union européenne a finalement été retiré samedi.

Première provocation de l’année de notre exécutif politique disruptif, le drapeau de l’UE flottant sous l’Arc de Triomphe est une subversion plus grave qu’on ne le pense. C’est en tout cas la première polémique de l’année ! De nombreux Français ne l’ont pas comprise. 
Par courte vue, certains ne conçoivent pas qu’on puisse contester le drapeau bleu étoilé, un drapeau supposément paré de toutes les vertus du monde (“L’Europe c’est très bien”, “Unis on est plus forts”, “75 ans de paix c’est grâce à l’UE” etc., alors que le drapeau tricolore qu’il remplace ne saurait avoir d’autre signification que celle d’un nationalisme rance et guerrier). D’autres, qui ne vibrent ni au souvenir de Reims ni à celui de la Fête de la fédération, pensent qu’il n’existe pas une culture française mais une culture en France et qu’elle est diverse. Adeptes de l’identité heureuse ou de la start up nation, vivant dans des sociétés post nationales et mondialisées, ils peuvent aisément retrouver dans le drapeau européen les valeurs qu’ils chérissent.
N’en déplaise à tous ces fâcheux, le drapeau européen flottant seul sous l’Arc de Triomphe (qui est non seulement un bâtiment public mais également une nécropole nationale) constitue une méconnaissance de tous les usages républicains. En droit, la France ne reconnaît qu’un seul drapeau national, le drapeau tricolore, conformément à l’article 2 de la Constitution et s’il est permis de pavoiser aux couleurs bleues et or, « le drapeau européen ne peut toutefois être hissé qu’en y associant les couleurs françaises et sous réserve qu’il soit placé à droite du drapeau français et donc vu à gauche de ce dernier en regardant l’édifice public ».
Il n’y a pas de souveraineté européenne
S’il ne doit y avoir qu’un seul drapeau sous l’Arc de Triomphe, alors cela ne peut être que celui de la nation. Au-delà de cette petite entorse juridique, faire flotter seul le drapeau étoilé au-dessus de la tombe du soldat inconnu constitue clairement un acte politique, celui de conférer à l’Europe une place qui n’est pas la sienne, celle d’un État souverain.
Les symboles ont un sens et s’il est concevable de célébrer la présidence française de l’Union européenne, cela ne saurait se faire au détriment des symboles de la République et par une inversion des rôles. L’État, c’est la France, l’organisation internationale, c’est l’Union européenne et l’évènement à célébrer n’est pas la présidence européenne de la France.
La polémique sur le drapeau pourrait paraître anecdotique si elle n’avait pas été précédée des sauts de cabri incantatoires permanents du président Macron sur l’Europe, lui qui ne cesse de se complaire par provocation à parler d’une Europe « souveraine » alors même qu’en démocratie le souverain c’est le peuple et qu’il n’existe pas de peuple européen. Lorsque le président de la République – qui a pourtant reçu mandat du peuple pour veiller au respect de la Constitution de 1958 et pour être garant de l’indépendance nationale – joue en permanence avec l’inversion des rôles, la polémique à laquelle donne lieu la présence du drapeau étoilé sous l’Arc de Triomphe, certes pour une seule journée, n’en est que plus légitime. Elle est saine et juste.
Ce n’est pas un énième grognement des réacs
On aurait vraiment tort de vouloir la balayer d’un revers de la main, de ressortir le baratin habituel sur « l’Europe c’est la paix » ou d’assigner le rôle d’affreux réacs aux défenseurs du drapeau tricolore, car l’effacement du drapeau national au profit d’un autre emblème revêt une charge symbolique immense.
Le drapeau national c’est celui de Valmy et de la Résistance, c’est celui du peuple et celui de la République, c’est celui de l’indépendance de la nation et celui que les nazis avaient justement interdit sur les Champs-Elysées le 11 novembre 1940. Il représente la souveraineté nationale et, dès lors qu’elle en l’expression, la démocratie. 
Substituer un autre emblème au drapeau national, c’est effacer le symbole de la démocratie et de la République et cela ne peut que concourir à alimenter le sentiment de remplacement et de dépossession du peuple. Dans un monde qui ne cesse de promouvoir la liberté des peuples, il n’est pas incongru que les Français puissent revendiquer la leur.
On se souvient que pour les 70 ans de la déclaration Schuman, il avait été décidé de marquer le coup par des dessins pour enfants de trois ans sur des tramways avec des slogans ridicules du type « avec l’Europe je respire mieux. » Il est vrai que la présence d’un drapeau sous l’Arc de Triomphe a plus d’allure. Pour autant et quels que soient les mérites et les valeurs qu’incarne ce drapeau, il n’a pas à y figurer seul.
Au demeurant, on a évidemment tort de conférer au drapeau étoilé les vertus un peu sottes énumérées plus haut et de taxer de nationaliste quiconque porterait à son endroit la moindre critique. 
Qu’il nous soit permis de pouvoir contester certaines des valeurs portées par cette Union européenne, qui, l’année dernière, n’aura rien trouvé de mieux à financer qu’une campagne « Beauty is in diversity » faisant la promotion du hijab ou, par l’intermédiaire de sa commissaire maltaise à l’Égalité, un guide effrayant de revendications inclusives inspirées du pire de la pensée diversitaire américaine.
Qu’il nous soit permis de contester ce qu’est devenue cette Union européenne, bien loin du rêve de ses pères fondateurs, celle de la primauté de l’économique sur le politique, de la protection du droit des minorités au détriment du droit des peuples et de la consolidation d’un État de droit à l’anglo-saxonne défini par le juge primant sur la souveraineté populaire.
Qu’il nous soit permis également de contester la primauté du droit de l’Union européenne – qui n’a jamais été inscrite dans un seul traité – affirmée pour la première fois par la Cour de justice de l’Union dans un obscur arrêt Costa de 1964 (qui n’intéresse plus beaucoup de monde à part des juristes) et qui a été massivement rejetée par le peuple lorsqu’elle a été soumise à son suffrage en 2005.
Qu’il nous soit enfin permis de contester que cette Europe soit considérée comme le seul horizon indépassable de la France, France qui ne pourrait entrevoir son avenir que sous le contrôle d’un commissaire letton ou d’un juge danois, France qui est pourtant présente sur les cinq continents et dont la grandeur a un pacte multiséculaire avec la liberté du monde • Stanislas François.

Élisabeth Lévy : “Enlever le drapeau français de l’arc de Triomphe ? Une insulte aux morts !”

Lévy sans interdit. Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy chaque matin à 8h10 dans la matinale de Sud Radio.


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Ancien collaborateur parlementaire, Jérôme Serri est journaliste et essayiste. Il a publié Les Couleurs de la France avec Michel Pastoureau et Pascal Ory (éditions Hoëbeke/Gallimard), Roland Barthes, le texte et l'image (éditions Paris Musées), et participé à la rédaction du Dictionnaire André Malraux (éditions du CNRS).

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