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Macron II: Et maintenant?

La plume au vent, la chronique de Frédéric Ferney

Macron II: Et maintenant?

On finit tous par défendre à contrecœur ou à notre insu les convictions qui servent nos intérêts. Pourtant le ressort de nos suffrages reste non pas une surprise, mais un mystère. Quoi qu’il en soit, en France désormais, il y a deux catégories d’élus : les vestales et les eunuques ! Tous insuffisants, recalés, relégables. On a l’embarras du choix.


Qu’est-ce qui se cache sous le mot aujourd’hui ?… Cette chronique qui veut dire quelque chose de la France ne sera pas gaie, je vous préviens. À gauche… non, inutile, il n’y a pas de remède à la bêtise. À droite… où ça ? Dites-moi où… Amis, quelle déconfiture !

L’heure est au (dépôt de) bilan. D’ici aux législatives, les 12 et 19 juin, les vieux partis seront sur la sellette, les comités de la hache vont fleurir, brrr !, les têtes vont tomber. On entre dans la saison bénie du mercato. En France où, sans se vanter, tout est national : l’éducation, la loterie, le réseau routier – et même le Rassemblement qui ne l’a été qu’en songe –, ce sera l’heure de la grande lessive – le Grand Remplacement, enfin !

Difficile d’y croire encore

Vivent les vacances ! Les cahiers (de doléance) au feu, le maître au milieu. Et maintenant ? Macron a gagné mais gagné quoi ? On a seulement compris qu’il était taillé pour le job (et que les autres ne l’étaient pas), mais pour qu’une fiction s’impose, il faut d’abord y croire ; il faut que s’opère « une suspension volontaire de l’incrédulité », selon l’expression de l’Anglais Samuel Coleridge – un romantique.

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Pour Macron, cette fois, la marche n’est-elle pas trop haute ? Sans être naïf, on voudrait le croire, ce jeune président – croire par volonté, sans preuves, et même contre les preuves. On voudrait croire à l’école, à la nation, à l’Union européenne. On voudrait croire à l’égalité, à la jeunesse, à la lutte de l’humanité souffrante contre le harcèlement, le handicap ou le carbone, et à la victoire finale de la planète contre le réchauffement climatique ! On voudrait aussi être libre, s’il vous plaît, de ne point croire et qu’on nous fiche la paix étant un brin allergique à la pleine lune – et réfractaire à tous les dogmes.

Si l’on veut rassembler, il faut commencer par rassembler son propre camp, disait Mitterrand. D’où l’échec de Valérie Pécresse, la petite fille aux allumettes, trahie et abandonnée par les siens. D’où celui de Marine-qui-voulait-donner-aux-pauvres-et-être-aimée – « Va te faire foutre, Papa ! » – et celui de Mélenchon-qui-voulait-juste-humilier-le-PS-et-saigner-les-riches. Encore un qui est convaincu qu’on ne s’en sortira pas sans lui !

L’une se prend pour Jeanne d’Arc, l’autre est prêt à devenir le nouveau vizir de Macron ! Une même pavane piteuse et triomphale dont ils ont le secret. Ce que ces deux-là ont en commun, c’est une vision sacrée, absolutiste et totalement fantasmée du Peuple. Avec eux, on le flatte. On le convoque sans relâche. On l’invite à célébrer ou condamner tout ce qu’on veut. Il y a une sorte d’hérésie peut-être salutaire mais désespérée dans ce refus d’une démocratie modérément représentative et faiblement participative, certes défaillante, souvent inique.

La cinquième république ou le pouvoir d’un seul homme

La Ve République, ha ! ha !… Qu’un président élu par une majorité ait le droit de gouverner sans qu’on l’emmerde, c’est insensé, non ?… Pourquoi ne pas instaurer la tutelle définitive du Cratos par le Demos, c’est-à-dire la prééminence du Peuple sur le Pouvoir, de l’impatience sur le jugement, de l’instinct sur la raison ? Terreur et vertu – c’est l’impensé aveugle de ce projet libertaire. Mirage de l’instant, primauté de la méfiance, culte de l’unanimité. Il faut relire sur ce sujet les pages écrites par François Furet sur l’idéologie des sans-culottes. Rien de doctrinal, tout est gazeux.

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Cela explique aussi, paradoxalement,le succès relatif de Macron qui n’est d’aucun bord et qui ne croit qu’en lui-même, comme Sarkozy. Le seul souci, c’est que certains rêvent encore de parader en gilet jaune et de brandir sa tête sur une pique dès les beaux jours – ce qui ne sera pas reposant. Et lui, le président, quel est son rêve – a-t-il encore un rêve ?

Son programme ? Un peu de tout, beaucoup de rien. Difficile de s’y retrouver. Comme si chaque idée qui lui vient était la promesse d’une autre qui la contredit et qui déjà le charme. Une « nouvelle méthode », vraiment ? À force de taire ce qu’il aime, on ne sait plus qui il est, ni ce qu’il incarne. Ceux-là même qui ont voté pour lui peinent à détecter la vision qui l’anime tout en redoutant les effets de sa « bienveillance » – et la tournure un peu floue des réformes promises. Les autres s’en moquent – ou le haïssent. Pour des millions de Français, chasseurs de papillons ou abstentionnistes batifolant au bord de l’eau, il est juste là où on l’a mis, à la place du président.

La réforme des institutions qu’on nous annonce sera-t-elle autre chose qu’une habile martingale mitterrandienne ?

À force de se montrer le plus fort et de ridiculiser ses adversaires, s’insinue en soi une gloriole qui aboutit à l’inepte assurance qu’on est au-dessus des autres. On excelle quand on a gagné à tirer parti de ses moindres défauts. On a beau être « au service de tous les Français », on a des amis, un clan, une camarilla qui elle aussi vous oblige et qui réclame. Réélu, on voudrait refonder, on ne peut que récidiver, non ?… Un ange passe avec l’accent de la Chiraquie éternelle.

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D’où vient dans ce pays que nous nous sentons toujours vaguement les soldats perdus d’une guerre oubliée ? On serait tenté de jeter l’éponge. À quoi bon faire l’inventaire de nos repentirs, de nos duperies, de nos lâchetés ? Nous parlons une langue morte. Nos regrets sont devenus une forme douce de possession qui nous donne l’illusion de s’appartenir. Cela permet de distinguer un Français d’un Bulgare – faible consolation.

Encore cinq années de lassitude ?

Vous n’aimez pas le parfum d’avenir qui émane de ce 24 avril ?… L’acquisition frénétique des richesses, l’inculture non plus honteuse mais agressive, la novlangue des médias, le conformisme travesti en rébellion, la confusion des rôles et des comportements, l’abolition des catégories d’âge, de sexe, de classe, de métier – brave new world ! Encore un effort, on y est presque ! J’ai tort, je sais, je compare ce qui s’annonce et ce qui sera à ce qui a été, ce qui revient à s’apitoyer sur soi. Comment font-ils, les Ukrainiens, pour être si confiants !

Bref, au-delà de ce murmure qu’il a été incapable d’entendre, ce que le président de la République doit vaincre, ce n’est ni la colère, ni le déclin, ni les éternels mécontents, c’est la lassitude. Une sévère mélancolie française. On dit que les cons ne sont jamais tristes – cela devrait sans excès le rassurer.

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Mai 2022 - Causeur #101

Article extrait du Magazine Causeur


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est écrivain, essayiste et journaliste littéraire

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