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Des chercheuses l’affirment, France Inter confirme: les hommes coûtent une blinde à la société

En librairie, la misandrie se vend bien

Des chercheuses l’affirment, France Inter confirme: les hommes coûtent une blinde à la société
Manifestation à Bordeaux, 8 mars 2021 © UGO AMEZ/SIPA

La savante féministe Lucile Peytavin publie l’indispensable Coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes (Anne Carrière). Elle chiffre le coût du patriarcat et de la virilité à 118 milliards d’euros pour la société française. Environ.


La femme, écrivait Vialatte, remonte à la plus haute Antiquité. « Elle ne diffère de l’homme que par le sexe. » Des savants, précisait-il, ont montré que « la femme qui veut s’émanciper se réveille dans un lit glacé, devient très rapidement frigide, souffre de dettes et de diabète galopant, et finit dans l’acrocyanose, maladie de la circulation qui la rend chauve et lui fait les pieds bleus ». De nos jours, la femme qui veut s’émanciper souffre en plus du reste d’une sorte d’obsession comptable. Elle dresse, dans un cahier Clairefontaine à petits carreaux, des colonnes de chiffres représentant des sommes d’argent plus ou moins considérables.

Lucile, Ginevra et Camille, femmes puissantes

Puis elle écrit un livre stupéfiant dans lequel elle dévoile les conclusions scientifiques auxquelles elle a abouti grâce à ses calculs savants composés d’additions de « comportements virils » et de multiplications signifiant la « surreprésentation des hommes dans les comportements asociaux ». Parmi ces comportements asociaux on retiendra les homicides, les violences conjugales, la pétanque en plein soleil, l’insécurité routière, la belote de comptoir et l’alcoolisme. La femme émancipée du jour s’appelle Lucile Peytavin et a écrit un livre qui s’intitule Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes.

Lucile Peytavin publie “Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes”. Capture d’écran Brut

C’est un livre un peu sec mais instructif. Si on est célibataire, on peut le lire le soir, au lit, et découvrir ainsi l’avantage qu’il y a à ne pas partager avec une épouse légitime les motifs de fâcheries inhérents à toute vie commune et reposant souvent sur des questions d’argent. Si on est marié, on le lira en cachette, dans les toilettes, en évitant de rire bêtement.

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Nous prenons connaissance de ces nouvelles scientifiques grâce à un article paru sur le site de France Inter qui nous en apprend de belles. La virilité, écrit en substance la bouillonnante journaliste Camille Chaudière, coûte un bras à la société. Les calculs les plus sérieux ont été  faits par Mmes Lucile Peytavin (voir ci-dessus) et Ginevra Bersani, deux pointilleuses chercheuses, membres de l’association Genre et Statistiques, spécialistes en virilité et en économie très souterraine. Ces chercheuses se sont concentrées sur l’histoire récente et ont exclu de leurs calculs les « conduites à risque virilistes » des hommes lors des guerres plus ou moins longues, plus ou moins mondiales et plus ou moins meurtrières, qui auraient sûrement rendu les résultats plus aléatoires. Ou plus flous. Ou moins fiables. Et Camille Chaudière brûle d’envie de ne laisser planer aucun doute : les calculs de cette étude sont rigoureux, la méthode est scientifique, les chiffres sont objectifs. Par conséquent, le résultat est sans appel : la virilité coûterait à la société 89 milliards d’euros par an. Ou 102 milliards d’euros. Ou 118. Ou 212. Ou 915. Enfin, bref, la virilité coûte une blinde à la société.

Références philosophiques principalement rousseauistes

Lucile Peytavin ne s’est pas contentée de faire des comptes d’apothicaire. S’appuyant sur des références philosophiques principalement rousseauistes, de Jean-Jacques à Sandrine, elle écrit : « Nous verrons que les hommes ne sont pas naturellement violents ou malveillants » ; ce sont les sociétés qui « valorisent et perpétuent les valeurs viriles » ; la virilité est donc « une construction sociale ». Piochant dans les œuvres des penseurs les plus éminents de ce début de siècle, elle en appelle également au chanteur Renaud. Ce dernier aurait exprimé dans sa chanson Miss Maggie « son aversion pour les hommes et leur “morale guerrière” » en montrant que l’exception thatchérienne confirme la règle selon laquelle « les femmes sont pacifiques, comparées aux hommes ». Vialatte pensait que le sac à main des femmes devait ses dimensions gigantesques à la nécessité d’y caser un parapluie, des objets qui brillent, une torche pour éclairer le fond du sac et trouver la lettre qu’on cherchait depuis trois semaines, et une paire de souliers de montagne. Nous savons maintenant que peuvent s’y glisser en plus l’almanach Vermot et les œuvres complètes de Sandrine Rousseau et de Renaud. Malgré l’excellence des auteurs susnommés et la rigueur de Lucile Peytavin qui a calculé que, depuis dix ans, « les hommes ne s’emploient aux tâches ménagères qu’une minute de plus, passant de 1h59 à 2 heures par jour », il semblerait bien que « des études manquent sur le prix des inégalités de genre dans le domaine de la santé par exemple ». Autant dire qu’il y a encore du pain sur la planche et que les hommes ne sont pas sortis de l’auberge.

La fausse repentance de la Saint-Valentin

Nous apprenons aussi que les stéréotypes de genre poussent les femmes à dépenser leur argent dans des achats relevant d’un « effet du patriarcat ». Les hommes les moins sensibles ne sauraient rester de marbre devant les sommes annuelles révélées par nos chercheuses : 52 euros pour la coiffure, 103 pour les sous-vêtements, 104 pour la contraception, 392 pour l’épilation, 900 pour les produits de beauté. Tout ça pour ne pas ressembler à une souillon, faire la nique à sa voisine de bureau ou complaire au chef du service contentieux. Nous comprenons mieux pour quelle raison le calendrier compte, chaque 14 février, une fête dite des amoureux. Ce jour-là, l’homme casse sa tirelire et tente de se faire pardonner en se livrant lui aussi à des dépenses élyséennes : un restaurant ici, un diamant là, un bouquet de roses un peu partout. Mais la femme qui veut s’émanciper n’est pas dupe ; elle décèle la fourberie patriarcale et l’ingéniosité masculiniste derrière cette unique journée de fausse repentance. Elle le fait savoir : le diamant est bien petit, le restaurant ne propose pas de menus vegans, elle aurait préféré une orchidée. De plus, ce soir, elle a la migraine.

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De son côté, Lucile Quillet a écrit un livre intitulé Le prix à payer dans lequel elle cherche à savoir « ce que le couple hétéro coûte aux femmes ». Il coûte cher, évidemment. Bouleversée par les révélations qui lui sont apparues au fil de ses lectures et de ses expériences, Mme Quillet tente désespérément de retrouver ses esprits et conclut son livre en échouant, sous le coup de l’émotion, à retrouver sa langue natale : « J’ai réalisé à quel point les hommes et la société avec eux, étaient dépendants des femmes, de leur travail, de leur argent, de leur énergie. Sans elles, ils ne s’enrichisseraient pas de la sorte. » Autant dire qu’ils s’appauvrisseraient, et que ça ne serasserait que justice.

Il est rassurant de constater que la radio publique a décidé de porter à notre connaissance ces indispensables ouvrages scientifiques. Loin des vieux grimoires écrits par des auteurs testiculés qui ignoraient péremptoirement la responsabilité ancestrale du mâle moyen dans à peu près toutes les atrocités du monde, les livres de ces dames invitent l’homme à se pencher sur sa carrière de tyran et à se repentir. Sévères mais justes, la tête haute et la chevelure au vent, ces magnanimes chercheuses précisent par ailleurs que l’étude comptable et scientifique qu’elles ont réalisée n’inclut pas les coûts liés aux protections périodiques car « ce poste de dépense supplémentaire résulte d’une réalité biologique et non d’un effet du patriarcat ». On voit par-là que la femme qui veut s’émanciper ne se départit jamais d’une grandeur d’âme et d’un port altier qui la rendront toujours plus rayonnante qu’un physicien nucléaire, plus aimable qu’un maréchal des logis et plus désirable qu’un routier. De toute manière, ces monstres masculinistes, ces aberrations virilistes sont, Dieu merci, en cours de disparition. Car l’homme devient une femme comme tout le monde : après s’être épilé le torse il farfouille dans son sac Vuitton en se demandant ce qu’il a bien pu faire de son vernis à ongles et des clés du camion – voilà qui rassure les marchands de maroquinerie et de cosmétiques qui craignaient, avec la chute du patriarcat, l’effondrement de leurs bénéfices. Mais pas certaines femmes, qui n’en demandaient pas tant.

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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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