François Fillon et Vladimir Poutine, novembre 2009

La brusque ascension de François Fillon lors du premier tour de la primaire de droite fait partie de ces phénomènes politiques qui sont à la fois parfaitement explicables et profondément mystérieux. Fillon a gagné parce que, dès l’instant où l’échec de Sarkozy devenait de plus en plus probable, il récupérait des électeurs dans les deux camps : ceux qui ne s’apprêtaient à voter Juppé que pour éliminer Sarkozy et ceux qui n’étaient fidèles à l’ancien président que pour écarter la ligne « molle » ou même « de gauche » soutenue par Alain Juppé. L’élection du président américain a fait le reste, en favorisant les spéculations sur les incertitudes des sondages, pendant que les médias faisaient de Fillon un « troisième homme » possible dès lors qu’il atteignait 20 % d’intentions de vote. Dans ces conditions, le choix des électeurs de droite en faveur de Fillon apparaît comme un vote d’adhésion pour un homme politique qui a compris qu’il était inutile de tenir des discours extrémistes pour satisfaire un public conservateur qui, non sans raisons, s’estime délaissé, voire méprisé, par la majorité de la classe politique. Il est habile, quand Alain Juppé croit bon d’invoquer l’autorité des évêques au bénéfice de sa politique « ouverte », de s’appuyer sur les sentiments des paroissiens et des pratiquants dont on sait bien qu’ils ont de la peine à suivre leurs pasteurs dans cette voie. De la même manière, il n’est pas mauvais de faire écho aux inquiétudes des parents (et de certains enseignants) devant l’évolution de l’école, même si, dans les faits, on ne propose rien d’autre que ses concurrents. La chose surprenante n’est pas que François Fillon entraîne sur ce terrain l’adhésion des électeurs de droite, mais que ses adversaires aient des difficultés à susciter un minimum d’adhésion de ce côté-là. Pour parler le langage de Pareto, les primaires de la droite ne se sont pas jouées sur les « dérivations » idéologiques ou politiques mais sur les « résidus », c’est-à-dire sur les passions fondamentales et élémentaires qui déterminent les émotions et les choix.

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