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«Les Promesses d’Hasan»: pèlerinage rural

«Les Promesses d’Hasan», sortie en salles le 3 août

«Les Promesses d’Hasan»: pèlerinage rural
Umut Karadağ dans le rôle d'Hasan dans "Les Promesses d'Hasan" de Semih Kaplanoğlu (2022) © ARP Selection

Un voyage dans la ruralité turque, conditionnée par le religieux, à faire au cinéma


Mandaté par une entreprise en charge d’installer une ligne à haute tension, un type se pointe un beau jour chez Hasan, vieux cultivateur qui possède des hectares de bois et de vastes vergers sur lesquels travaillent jour après jour des cohortes de journaliers. L’échange est tendu. Car cet ingénieur inflexible y tient : le tracé prévoit qu’on implante un pylône et un transformateur, ici et pas ailleurs. Et tant pis si ce machin se dresse pile au milieu d’un des champs maraîchers de Hasan. Nous sommes en Turquie, sous un ciel d’été, au cœur d’un paysage faussement immaculé : à l’horizon, une batterie d’éoliennes, un lotissement de petits immeubles… Pour Hasan, cette menace sonne le début d’un combat acharné contre les autorités… Qu’est-ce qui empêcherait en effet, selon lui, de décaler ce socle en béton et ces poutrelles d’acier à cent mètres de distance, et de les poser dans le champ en friches du voisin ?

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Lenteur maitrisée

Réalisé en 2020, « Les Promesses d’Hasan » s’inscrit dans une trilogie entamée en 2017 avec « La Particule humaine ». Cinéaste émérite né en 1963, Semih Kaplanoglu doit sa renommée internationale à quelques films remarquables,  « Le Lait » (2008) ou encore « Miel » (2010). Ramifiant ses registres avec une grande finesse d’observation, conjuguant un regard acéré tout à la fois sur la couleur locale, sur le rapport à la tradition et à la religion, sur la relation au territoire dans un monde globalisé, le présent récit ne cesse de s’étoffer, de s’enrichir et de se complexifier pendant les deux heures et demi que durent le film, sans baisse de régime quoique sur un tempo à la lenteur très maîtrisée.

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Depuis les manœuvres du paysan madré auprès de l’administration, puis d’un juge bonasse et amateur de bakchichs en vue d’obtenir gain de cause, en passant par l’imbroglio d’anciens litiges vicinaux et autres brouilles familiales qui refont surface à la faveur des événements, sans compter les âpres négociations pour l’acquisition des terres d’un cultivateur voisin, jusqu’aux harcèlements d’un commis de banque mal fagoté pour convaincre Hasan de souscrire un emprunt aux clauses léonines, ou aux conciliabules autour de pesticides qui, importés d’Allemagne et ayant déjà contaminé sols et nappes phréatiques, empêchent d’exporter une récolte de tomates en vertu des normes européennes, l’intrigue documente à merveille, de façon sous-jacente, les arrière-plans économiques, sociologiques, environnementaux sur lesquels s’adosse une réalité anthropologique et culturelle incontournable : l’islam.

Les Promesses d’Hasan, © ARP Selection

Dimension confessionnelle très présente

De fait, nuitamment assailli de hantises où surgissent en lui (magnifiquement rendues à l’image) les forces élémentaires de la nature, Hasan le raisonneur, homme d’arrangements et de compromissions, est aussi un époux. Celui d’une femme indépendante, âpre au gain, exigeante et intraitable. Mais Hasan est, au premier chef, musulman. Tiré au sort pour effectuer le pèlerinage à La Mecque, le mari doit réunir l’argent du voyage, mais également, au préalable, « se purifier » : promesse faite à son épouse – d’où le titre du film. Pour ce « djihad », Hasan suivra même une « formation » de groupe – initiation non mixte, bien sûr ! Cette dimension confessionnelle n’a rien d’anecdotique. Elle atteste une « ruralité » plus fondamentalement annexée au conditionnement moral et religieux que soumise aux contingences du réel.

« Les Promesses d’Hasan ». Film de Semih Kaplanoglu. Turquie, 2020. Couleur. Durée : 2h27. En salles le 3 août 2022.


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