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Un père de l’Église nommé Basile

Basile de Koch et Richard de Seze publient "Les 33 meilleures blagues de Jésus" (Les éditions du Cerf)

Un père de l’Église nommé Basile
"Pierre qui coule" © Les éditions du Cerf

Pourquoi ne pas écrire, encore aujourd’hui, un ouvrage de théologie ? Basile de Koch et Richard de Seze ont relevé le gant, avec Les 33 meilleures blagues de Jésus, essai sur la divine drôlerie des Évangiles, paru en juin 2021 aux éditions du Cerf.


Figurez-vous qu’au paradis, c’est saint Jérôme lui-même qui est chargé de la bibliothèque de la patristique ! En même temps, il a réalisé lui-même la traduction officielle de la Bible. Mais dans les rayonnages solennels et poussiéreux contenant l’intégrale de la patrologie, un nouveau petit candidat vient de faire son apparition. Un énième commentaire de saint Augustin, ou un savant traité de casuistique ? Pas du tout ! Il faut dire qu’il jure un peu. Déjà ses quelque 160 pages font pâle figure au milieu des épais traités en trois volumes. De plus, son titre fait lever un sourcil étonné au digne prélat : Les 33 meilleures blagues de Jésus. « Basile, Basile, si c’était le Grand je le saurais, murmure-t-il. Et Koch ? C’est en Cappadoce ? Ou en Égypte peut-être ? Quant à Seze, je ne sais pas… ».

Une somme drolatique

Jésus riait-il ? C’est toute la question de cet ouvrage. Ce problème très sérieux fut envisagé par tout ce que l’on peut compter de graves savants parmi les théologiens, les exégètes et autres glossateurs. Leur réponse était bien souvent non, mais tel n’est pas l’avis – revendiqué – des auteurs qui préfèrent prendre tout cela à rebours.

© Les éditions du Cerf

Cependant rien qui ne sente le souffre ici. Au contraire, nos christologues en herbe s’inscrivent dans le plus orthodoxe des discours et révèlent le caractère profondément drolatique des Évangiles. Le Christ incarné était pleinement homme, et, même si l’on veut camper fermement sur la position théologique de l’absence de rire, tout prouve qu’il avait tout de même un très solide sens de l’humour. Son incarnation apporte un peu de fraîcheur aux réactions divines parfois un peu raides de l’Ancien Testament, et aborder les Évangiles sous cet angle permet de les redécouvrir, de reconsidérer leur originalité, leur actualité, pourquoi pas leur « folie » (au sens « chestertonien ») et en tout cas leur richesse.

Ceci est un ouvrage savant

On s’inquiète, comment peut-on s’y prendre ?

Eh bien que l’on se rassure, les auteurs ont tenu à écrire un ouvrage savant. La preuve, ils utilisent le mot Hiérosolymitain, qui, comme chacun le sait, désigne les habitants de Jérusalem et est, comme le souligne l’auteur, un gentilé bien plus chic que d’autres.

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Conformément à la tradition intellectuelle chrétienne, ils remettent au goût du jour le genre du catalogue, qui mieux est du « catalogue raisonné », qui permet de faire une sélection de facéties divines, ces dernières étant bien sûr infiniment nombreuses.

Le titre est un premier indice de leur volonté exégétique : le nombre de blagues promises n’est bien évidement pas un hasard. Chacune est tirée d’un passage d’un des évangiles, largement commenté. Et comme les auteurs ne se sont pas résignés à oublier que l’Église fut la protectrice des arts, des dessins hilarants accompagnent le propos. Cette cocasse « théologie illustrée » est probablement une première dans l’histoire de la littérature chrétienne, mais allez savoir…

Jésus pince sans rire

La mystérieuse folie de l’Incarnation prend vie devant nous. Jésus joue des tours à ses disciples, en apparaissant et en disparaissant à volonté, ou en se baladant sur la surface de l’eau. Il met à l’épreuve, en souriant par avance, toujours dans un but pédagogique, tendant la main à nos faiblesses. Il affronte en « running gag » des pharisiens légalistes comme « des vieux présidents de club qui ne veulent rien lâcher ». Il appelle à sa suite des pêcheurs et même un collecteur d’impôt. C’est un Jésus proche de nous et soucieux de nos besoins terrestres qui se dessine. Ainsi, il recommande, en première prescription post-opératoire, de nourrir une jeune ressuscitée. De même, invité à des noces et face à la gêne des hôtes qui arrivent à court de vin, il intervient délicatement en rinçant abondamment l’assemblée (les auteurs, plus que consciencieux, se sont échinés à calculer qu’il offrit entre 640 et 960 bouteilles standards précisément), pratiquant une véritable « théologie de la libation ». Il est toujours là où on ne l’attend pas, et surtout jamais là où on le voudrait (comme en leader de révolte fiscale). Il prépare finalement doucement le terrain pour son incroyable et scandaleux message « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

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Comme le remarquent les auteurs en préambule, un Dieu ayant inventé les espèces bizarres de l’ornithorynque ou du théologien est nécessairement doué de fantaisie. Et l’on ressort convaincu de cet essai « sur la divine drôlerie des Évangiles ». Premiers à occuper ce créneau théologique, Basile de Koch et Richard de Seze nous invitent à considérer la nature pleinement humaine du Christ, ainsi que sa nature pleinement divine, avec d’autres arguments qu’un Michel Onfray (qui nie l’existence historique de Jésus parce qu’on ne le voit jamais aller aux toilettes !). Ils nous rappellent surtout la partie la plus importante de son message, qu’il faut savoir le reconnaître malgré les apparences.

« Malgré les apparences, en effet », sourit le vieux Jérôme en lissant sa barbe et en reposant le livre. Le saint homme saisit alors son tampon le plus officiel, y appose son cachet et classe l’ouvrage parmi les œuvres certifiées les plus orthodoxes. Après tout, le sage père de l’Église sait bien qu’il y a en réalité déjà tellement de bizarreries dans toute cette littérature rangée là, et tellement d’originaux à la droite du Père… Et puis en plus, ça fera sûrement rire Jésus.

Basile de Koch et Richard de Seze, Les 33 meilleures blagues de Jésus, Les éditions du Cerf, juin 2021

Les trente-trois meilleures blagues de Jésus

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est historien.

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