Dans une petite commune du New Hampshire, l’été de l’année 1987 touche à sa fin. Henry, 13 ans s’occupe de sa mère, Adèle. Plongée dans une dépression, Adèle vit retirée du monde. Mais à la veille d’un  week-end précédant la rentrée scolaire, Henry a besoin d’un nouveau pantalon et les courses au supermarché s’imposent. Là, un homme à la carrure impressionnante surgit. Blessé,  cet inconnu lui demande de l’aide. Henry le dirige vers sa mère. L’homme, c’est Franck, un prisonnier qui s’est évadé de l’hôpital où il se faisait soigner pour une appendicite. D’une manière douce et ferme, le fugitif persuade Adèle de l’emmener chez elle.

S’ensuit un huis-clos où la prise d’otage devient au fil des heures une histoire d’amour délicate et sensuelle. Toute la mise en scène repose sur une tension dramatique palpable à travers le jeu des acteurs, en particulier celui de Kate Winslet, incroyable dans sa touchante fragilité. Il faut également signaler la présence discrète d’une véritable toile sonore qui fait alterner les notes graves et aiguës et suggère que la situation peut basculer à tout moment.

Ce n’est évidemment pas un simple kidnapping romantique que Jason Reitman tire du roman à succès de Joyce Mayngard, Labor Day mais une véritable éducation sentimentale. Avec une extrême sensualité le metteur en scène filme ces bras qui n’emprisonnent pas mais qui protègent, ces mains qui ne frappent pas mais qui enlacent, ces regards qui ne se fuient pas mais qui se parlent.

Franck le fugitif libère Adèle, prisonnière d’une douleur passée. Son visage crispé par l’anxiété s’apaise et enfin sa tête trouve une épaule sur laquelle se poser. De nouveau, elle se sent regardée par un homme qui s’occupe d’elle et qui la désire. Franck répare la chaudière, nettoie la gouttière, lave et cire le sol, fixe la marche de l’escalier, retape la maison qui se délabrait, et surtout, il cuisine. L’odorat, le toucher, Franck réactive les sens anesthésiés d’une mère et de son fils. Les mains se joignent pour recueillir le sucre et le mélanger à la chair des pêches, elles se touchent pour pétrir la farine et aplatir la pâte. Reitman met en scène avec finesse le parallèle entre la préparation de la tarte aux pêches que Franck, Adèle et Henry cuisinent ensemble et la formation d’une famille que ce trio est en train de refonder. Henry regarde ainsi cet homme lui apprendre à reconnaître une clef à cliquet, à changer une roue, à lancer une balle de baseball, avec les yeux d’un fils en manque de père.

Le réalisateur de Juno et de Young adult, a donc bien mûri. Avec Last days of summer, Jason Reitman signe un film qui s’inscrit dans la grande lignée de ceux réalisés par Sydney Pollack et Clint Eastwood auxquels il rend d’ailleurs hommage en glissant quelques clins d’œil cinématographiques bien sentis. La scène où Franck noue les mains puis les pieds d’Adèle est filmée avec une sensualité comparable à celle avec laquelle Pollack avait filmé Robert Redford et Faye Dunaye dans les Trois jours du condor. Quant à celle où Adèle apprend la rumba à Franck, elle reprend la scène mythique où Meryl Streep danse enlacée dans les bras de Clint dans Sur la route de Madison. Autant dire de sérieuses références.

Last days of summer,  un film de Jason Reitman.

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