Thibault de Montaigu est l’écrivain des peuplades bizarres et des contrées difficiles. Dès son premier roman, Les Anges brûlent, il s’est intéressé à la jeunesse dorée d’Auteuil qu’il a ensuite emmenée, dans Un jeune homme triste, sur la côte normande, déguster des fruits de mer en buvant du pouilly-fumé. Plus tard, Les grands gestes la nuit nous a tout dit de la vie des playboys français et des minettes délurées de bonne famille, au cœur des sixties, entre Paris, Megève et Saint-Tropez. Avec Zanzibar, Montaigu va plus loin : il suit les traces de deux journalistes, Vasconcelos et Klein, dont la ligne de vie – insolente, flamboyante et hasardeuse – se brise sur l’archipel de l’océan Indien. L’un a été retrouvé pendu au ventilateur de la chambre de sa luxueuse villa ; l’autre, ligoté à un poteau maritime, s’est fait grignoter les entrailles par des barracudas.
Vasconcelos écrivait des articles touristiques ; Klein était photographe. Ils possédaient un certain charme : lunettes noires, mots à l’assaut, filles faciles à leur cou. Klein, notamment, avait rencontré une très jeune Islandaise : sur le Web, ils échangeaient mots doux et coquineries. Dans les gazettes, les premiers reportages des duettistes avaient la cote. Il y avait une langue, un style, des angles de vue. Klein et Vasconcelos ont très vite compris, pourtant, que ça ne payait guère. Leur idée de génie : quitte à toucher une misère pour écrire beaucoup et prendre de trop nombreux clichés, autant paresser à l’œil dans des palaces.

*Photo : eutrophication&hypoxia.

Thibault de Montaigu, Zanzibar (Fayard).

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