Le Comité international olympique a tranché lundi soir : c’est le couple italien Milan-Cortina d’Ampezzo qui remporte la mise et gagne le droit d’organiser les Jeux Olympiques d’hiver 2026. Présentée comme une victoire politique autant que populaire à grands coups de tweets euphoriques, ces jeux brillent également par leur coût. Alors que l’Italie traverse une crise économique d’importance, sont-ils réellement les bienvenus ?


Le discours dominant est étonnamment optimiste. Comme si jeux après jeux, bilans décevants après bilans déprimants, la leçon n’était toujours pas retenue : non, les Jeux olympiques ne sont pas un moyen de s’enrichir ! Les faits sont là : mis à part les JO de Los Angeles de 1984, aucun budget olympique n’a été tenu. Les jeux sont peut-être un moyen de gagner en attractivité, éventuellement en visibilité, mais ils ne pourront certainement pas combler une dette aussi importante que celle de l’Italie actuellement.

Le mythe des J.O. rémunérateurs

Le cadre de ces Jeux olympiques fait rêver : Milan, Vérone, les Dolomites…Des noms évocateurs de paysages splendides, de monuments magnifiques, d’histoires particulières, mais également d’endettement important. Et Milan remporte le palmarès : avec ses 3733,9 Millions d’euros de dettes, elle est la ville la plus endettée du pays. Suivie par Turin (2807,6 millions d’euros), qui – ô coïncidence ! – avait accueilli les J.O d’hiver en 2006. Le lien est rapidement fait !

Le coût estimé de cette édition a d’ores et déjà été annoncé : ces J.O d’hiver coûteront à priori la bagatelle de 1 milliards et 362 millions d’euros. Le CIO devrait prendre en charge 75% des coûts, soit presque 1 milliard d’euros, le reste étant à la charge de l’Etat (uniquement en ce qui concerne les coûts liés à la sécurité, soit environ 402 millions d’euros), des régions de Lombardie (211 millions d’euros), de Vénétie, des provinces autonomes de Trente et Bolzano (à elles trois, elles devraient débourser 130 millions d’euros) ainsi que des acteurs privés. Les sommes sont conséquentes et la perspective d’une aide du CIO plutôt réjouissante. Mais quid d’un dépassement de contrat ? Qui payera les pots cassés ? La question reste ouverte au plus preneur.

Une Italie, deux Italie…

Il faut croire que la nomination de l’Italie comme pays d’accueil des J.O 2026 a rassemblé la classe politique du pays, qui n’est depuis lundi 18 heures, que joie, voire exultation. Ce projet qui n’était porté à l’origine que par quelques personnalités isolées concentre à présent l’effervescence politique et populaire. Les revirements sont nombreux, notamment du côté du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligue (Salvini en tête), ce qui n’a pas manqué de faire railler la presse. Mais si la classe politique semble plutôt unie, il n’en est pas de même du pays.

Le célèbre adage « Panem et circenses » (du pain et des jeux) ne fait sens que lorsqu’il y a encore assez de pain pour que la population vive décemment. Mais quand on sait que le taux de chômage est supérieur à 55% dans le Sud du pays contre 35% dans le Nord, et que le taux de pauvreté supérieur à 25% dans le Sud et est inférieur à 10% dans le Nord, envisager des Jeux olympiques peut sembler un peu futile, voire même offensant. Le gouffre entre les deux extrémités continue de se creuser…

Dans toute cette euphorie post-nomination, le discours de la maire de Rome, Virginia Raggi (Mouvement 5 étoiles), qui avait suivi l’évocation d’une possible candidature de la capitale pour les Jeux olympiques 2024, sonne comme une prophétie en mal de prophète : « Non aux Olympiades de béton (…), non aux cathédrales dans le désert (…), nous hypothéquerons pas l’avenir de cette ville. » Et l’élue locale de marteler : « Rome peut réussir sans les J.O ». Milan pourra-t-elle supporter les Jeux ?

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